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Psiché
Tragi-Comedie & Ballet
dansé devant sa Majesté au mois de Ianvier 1671

Livret de Molière
musique de: Jean-Baptiste Lully

 

Description de la Sale

Le lieu destiné pour la representation, & pour les spectateurs de cet assemblage de tant de magnifiques Divertissements, est une Sale faite exprés pour les grandes Festes, & qui seule peut passer pour un superble spectacle.. Sa longueur est de quarante Thoises; Elle est partagée en deux parties, l'une est pour le Theatre, & l'autre pour l'Assemblée. Cette derniere partie est celle que l'on void la premiere; Elle a des beautez qui amusent agreablement les regards jusques au moment où la Scene doit s'ouvrir. La face du Theatre ainsi que les deux retours est un grand ordre Corinthien, qui comprend toute la hauteur de l'Edifice. On entre dans le Parterre par deux Portes differentes, à droit & à gauche. Ces Entrées ont des deux costez des Colonnes sur des Piedestaux, & des Pilastres quarrez élevez à la hauteur du Theatre: On monte encsuite sur un Haut-d'aix reservé pour les places des PErsonnes Royales, & de ce qu'il y a de plus considérable à la Cour. Cet espace est bordé d'une Balustrade par devant, & de degrez en Amphitheatre tout à l'entour: Des Colonnes posées sur le haut de ces degrez, soûtiennent des Galeries, sous lesquelles, entre les Colonnes, on a placé des Balcons qui sont ornez, ainis que le Plat-fond, & tout ce qui paroist dans la Sale, de ce que l'Architecture, la Sculpure, la Peinture & la Dorure ont de plus beau, de plus riche, & de plus éclatant.

PROLOGUE

Trente Lustres qui éclairent la Sale de l'Assemblée se haussent pour laisser la veuë du spectacle libre dans le moment que la Thoile qui ferme le Theatre se leve. La Scene represente sur le devant des lieux Champestres. Un peu plus loin paroist un Port de Mer fortifié de plusieurs Tours; dans l'enfoncement on void un grand nombre de Vaisseaux d'un costé, & de l'autre, une Ville d'une tres-vaste estenduë.
Flore est au milieu du Theatre, suivie de ses Nymphes, & accompagnée à droit & à gauche de Vertumne, Dieu des Arbres & des Fruits, & de Palaemon, Dieu des Eaux. Chacun de ces Dieux conduit une Troupe de Divinitez; l'Un mene à sa suite des Driades & des Silvains, & l'Autre des Dieux de Fleuves & de Nayades.
Une grande Machine descend du Ciel au milieu de deux autres plus petites. Elles sont toutestrois envelopées d'abord dans des Nuages, qui en descendant, roulent, s'ouvrent, s'étendent, & occupent enfin toute la largeur du Theatre. On découvre une des Graces dans chacune des petites Machines, & la plus grande est occupée par Venus, & par son Fils, environnez de six Amours. Aussi-tost que Flore aperçoit Venus, elle l'a presse de venir achever par ses charmes les douceurs que la Paix a commencé de faire gouster sur la Terre, & par un Recit qu'elle chante, elle témoigne l'impatience qu'elle a de profiter du retour de la plus aimable des Deesses, & qui preside à la plus belle des Saisons.

Recit de Flore
Chanté par
Mademoiselle Hylaire

Ce n'est plus le temps de la Guerre;
Le plus puissant des Rois
Interrompt ses Exploits
Pour donner la Paix à la Terre:
Descendez, Mere des Amours,
Vous nous donnez de beaux jours.

[les Nymphes de Flore, Vertumne & Palaemon, avec les Divinitez qui les accompagnent, joignent leurs voix à celle de Flore pour presser Venus de descendre sur la Terre]

Le Choeur des Divinitez, de la terre & des Eaux:
Nous goustons une Paix profonde;
Les plus doux Ieux sont icy bas;
On doit ce repos plein d'appas
Au plus grand ROY du Monde:
Descendez, Mere des Amours,
Vous nous donnez de beaux jours.

[Vertumne & Palaemon font en chantant une maniere de Dialogue pour exciter les plus sensibles à cesser de l'estre à a lveuë de Venus & de l'Amour. Les Dryades, les Silvains, les Dieux des Fleuves, & les Nayades expriment en mesme temps par leurs dances la joye que leur inspire la presence de ces deux charmantes Divinitez]

Dialogue de Vertumne & de Palaemon
chantés par
Messieurs de la Grille & Gaye

Vertumne:
Rendez-vous, Beautez cruelles,
Soûpirez à vostre tour.

Palaemon:
Voicy la Reyne des Belles
Qui vient inspirer l'amour.

Vertumne:
Un bel Objet toûjours severe
Ne se fait jamais bien aimer.

Palaemon:
C'est la beauté qui commence de plaire,
Mais la douceur acheve de charmer.

Ensemble:
C'est la beauté qui commence de plaire,
Mais la douceur acheve de charmer.

Vertumne:
Souffrons tous qu'Amour nous blesse;
Languissons, puis qu'il le faut;

Palaemon:
Que sert un coeur sans tendresse;
Est-il un plus grand defaut ?

[

Flore respond au Dialogue de Vertumne & de Palaemon, par un Menüet qu'elle chante: Elle fait entendre que l'on de doit pas perdre le temps des Plaisirs; & que c'est une folie à la Ieunesse d'estre sans amour. Les Divinistez qui suivent Vertumne & Palaemon, meslent leurs dançes au chant de Flore, & chacun fait connoistre son empressement à contribüer à la réjoüissance generale]

Menuet de Flore
chanté par
Mademoiselle Hylaire

Est-on sage
Dans le bel âge ?
Est-on sage
De n'aimer pas.
Que sans cesse
L'on se presse
De gouster les plaisirs icy bas;
La sagesse
De la Ieunesse
C'est de sçavoir joüir de ses appas.

L'Amour charme
Ceux qu'il désarme,
L'Amour charme
Cedons luy tous:
Nostre peine
Seroit vaine
De vouloir resister à ses coups:
Quelque chaîne
Qu'un Amant prenne,
La Liberté n'a rien qui soit si doux.

[les Divinitez de la Terre & des Eaux, voyant approcher Venus, recommencent de joindre toutes leurs voix, & continüent par leurs Dançes de luy témoigner le plaisir qu'elles ressentent à son abord, & la douce esperance dont son retour les flate]

Le Choeur des Divinitez, de la terre & des Eaux:
Nous goustons une Paix profonde;
Les plus doux Ieux sont icy bas;
On doit ce repos plein d'appas
Au plus grand ROY du Monde:
Descendez, Mere des Amours,
Vous nous donnez de beaux jours.

[Venus descend avec son Fils & les Graces, Elle ne peut dissimuler la confusion qu'elle a des honneurs que l'on rend à la beauté de Psiché, au mépris de la sienne: Elle oblige les Divinitez qui se réjoüissent de son retour sur la Terre, de la laisser seule avec l'Amour. Elle luy exagere son dépit, & l'ayant conjuré de la vanger, elle va se cacher aux yeux de tout le Monde, en attendant le succez de sa vengeance. L'Amour pert du bord du Theatre, & aprés avoir fait un tour en l'air en volant, il se va perdre dans les Nuës]

Premier Intermede

La Scene change en des Rochers affreux, & fait voir en éloignement une effoyable Solitude.
C'est dans ce Desert que Psiché doit estre exposée pour obïr à l'Oracle. Une Troupe de Personnes affligées y viennent deplorer sa disgrace. Une Partie de cette Troupe desolée témoigne sa pitié par des Plaintes touchantes, & par des Concerts lugubres, & l'Autre exprime sa desolation par toutes les marques du plus violent desespoir.

Plaintes en Italien
Chantées par
Mademoiselle Hylaire, & Messieurs Morel & Langeais

Mlle Hylaire:
Deh piangete al pianto mio
Saßi duri, antiche selve,
Lagrimate fonti, e belve
D'un bel volto il fato rio.

Mr Langeais:
Ahi dolore.

Mr Morel:
Ahi martire.

Mr Langeais:
Cruda morte.

Mr Morel:
Empia sorte.

Tous trois:
Che condanii a morir tant beltà.
Cieli, stelle, ah crudeltà.

Mlle Hylaire:
Rispondete a miei lamenti
Antri cavi, ascose rupi,
Deh ridite fondi cupi
Del mio duolo i mesti accenti.
Ahi dolore, &c.

Mr Morel:
Com' effet puo fra voi, o Numi eterni,
Chi volgia estinta une beltà innocente,
Ahi che tanto rigor, Cielo inclemente,
Vince di crudeltà gli steßi inferni.

Mr Langeais:
Nume fiero.

Mr Morel:
Dio severo.

Tous trois:
Terche tanto rigor
Contro innocente cor.
Ahi sentenza inudita,
Dar morte a la Beltà, ch' altrui da vita.

[Entrée d'Hommes affligez, & de Femmes desolées]

Continuation des Plaintes

Ahi ch'indarno si tarda,
Non resiste a li Dei, mortale affetto,
Alto imperio ne sforza,
Ove commanda il Ciel, l'Uom cede à sforza.

Deh piangete, &c. come sopra.

Second Intermede

Le Theatre se change en une Cour magnifique coupée dans le fonds par un grand Vestibule qui est soutenu par des Colonnes extremement enrichies. On void au travers de ce Vestibule, un Palais pompeux & brillant que l'Amour a destiné à Psiché.
Des Cyclopes travaillent en diligence pour achever de grands Vases d'or, que des Fées leur aportent, & qui doivent estre de nouveaux Ornemens du Palais de l'Amour.

Troisiesme Intermede

De Petits Zephirs sont invitez à se mesler dans les doux Ieux des Amours par des Chansons qu'un Zephir & deux petites Amours chantent, & tous ensemble s'efforcent par leurs Chants & par leurs Dances de contribuer aux Divertissements que l'Amour veut donner à Psiché.

Chanson du Zephir
chanté par
Iannot

Aimable Ieunesse,
Suivez la Tendresse,
Ioignez aux beaux Iours
La douceur des Amours:
C'est pour Vous surprendre
Qu'on Vous fait entendre
Qu'il faut éviter leurs soûpirs,
Et craindre leurs desirs;
Laissez-Vous aprendre
Quels sont leurs plaisirs.

Dialogue de deux Amours

Ils chantent ensemble:
Chacun est obligé d'aimer
A son tour,
Et plus on a dequoy charmer,
Plus on doit à l'Amour.

Un Amour chante seul:
Un Coeur jeune & tendre
Est fait pour se rendre,
Il n'a point à perdre
De fascheux détour.

Les deux Amours chantent ensemble:
Chacun est obligé d'aimer
A son tour,
Et plus on a dequoy charmer,
Plus on doit à l'Amour.

Le Second Amour chante seul:
Pourquoy se défendre ?
Que sert-il d'attendre ?
Quand on perd un jour,
On le perd sans retour.

Les Deux Amours ensemble:
Chacun est obligé d'aimer
A son tour,
Et plus on a dequoy charmer,
Plus on doit à l'Amour.

Second Couplet de la Chanson de Zephir

L'Amour a des charmes,
Rendons luy les armes:
Ses soisn & ses pleurs
Ne sont pas sans douceurs:
Un Coeur pour le suivre
A cent maux se livre,
Il faut pour gouster ses appas
Languir jursqu'au trépas,
Mais ce n'est pas vivre
Que de n'aimer pas.

Second Couplet du Dialogue des Amours

Les Deux Amours ensemble:
S'il faut des soins, & des travaux,
En aimant,
On est payé de mille maux
Par un heureux moment.

Un Amour seul:
On craint, on espere,
Il faut du mistere;
Mais on n'obtient guere
De bien sans tourment.

Les Deux Amours ensemble:
S'il faut des soins, & des travaux,
En aimant,
On est payé de mille maux
Par un heureux moment.

Le Second Amour seul:
Que peut-on mieux faire
Qu'aimer & que plaire ?
C'est un soin charmant
Que l'employ d'un Amant.

Les Deux Amours ensemble:
S'il faut des soins, & des travaux,
En aimant,
On est payé de mille maux
Par un heureux moment.

IV. Intermede

La Scene represente les Enfers. On y void une Mer toute de feu dont les flots sont dans une perpetuelle agitation. Cette Mer effroyable est bornée par des Ruïnes enflamées , & au milieu de ses Flots agitez, au travers d'une Gueule affreuse, paroist la Palais Infernal de Pluton.
Des Furies se réjoüissent de la rage qu'elles ont allumée dans l'ame de la plus douce des Divinitez. Des Lutins se meslent avec les Furies; ils essayent par des Figures estonnantes d'espouvanter Psiché qui est descendüe aux Enfers, mais les charmes de sa Beauté obligent les Furies & les Lutins à se retirer.

Dernier Intermede

Le Theatre se change & represente le Ciel. Le grand Palais de Iupiter descend & laisse voir dans l'éloignement, par trois suites de Perspectives les autres Palais des Dieux du Ciel les plus puissans; un Nüage sort du Theatre, sur lequel l'Amour & Psiché se placentn & sont enlevez par un second Nüage, qui vient en descendant se joindre au premier. Un Troupe de petits Amours vient dans cinq Machines, dont les mouvements sont tous differens, pour témoigner leur joye au Dieu des Amours: Et dans le mesme temps Iupiter & Venus se croisent en l'Air, & se rangent prés de l'Amour, & de Psiché.
Les Divinitez des Cieux, qui avoient esté partagées entre Venus & son Fils se reünissent en les voyant d'accord; Elles paroissent au nombre de trois cent sur des Nüages, dont tout le Theatre est remply, & Toutes ensemble par des Concerts, des Chants, & des Dançes celebrent la Feste des Nopces de l'Amour.
Apollon conduit les Muses, & les Arts; Bachus est accompagné de Silence, des Aegi pans, & des Maenades: Mome, Dieu de la Raillerie, mene apres luy une troupe enjoüée de Polichinelles, & de Matassins; & Mars paroist à la teste d'une Troupe de Guerriers suivis de Tymballes, de Tambours, & de Trompettes.
Apollon Dieu de l'Harmonie commence le premier à chanter, pour inviter les Dieux à se réjoüir.

Recit d'Apollon
Chanté par
Monsieur Langeais

Unissons Nous, Troupe immortelle;
Le Dieu de l'Amour devient heureux Amant,
Et Venus a repris sa douceur naturelle
En faveur d'un Fils si charmant:
Il va gouster en paix aprés un long moment,
Une felicité qui doit estre éternelle.

[toutes les Divinitez celestes chantent ensemble à la gloire de l'Amour]

Choeur des Divinitez Celestes:
Celebrons ce grand Iour;
Celebrons tous une Feste si belle:
Que nos Chants en tous lieux en portent la nouvelle;
Qu'ils fassent retentir le celeste sejour:
Chantons, repetons, tour à tour,
Qu'il n'est point d'Ame si cruelle,
Qui tost ou tard ne se rende à l'Amour.


[Bachus fait entendre qu'iln'est pas si dangereux que l'Amour]

Recit de Bachus
chanté par
Monsieur Gaye

Si quelquefois,
Suivant nos douces Loix,
La Raison se perd & s'oublie,
Ce que le vin nous cause de folie
Commence & finit en un jour;
Mais quand on Coeur est enivré d'Amour,
Souvent, c'est pour toute la vie.


[Mome declare qu'il n'a point de plus doux employ que de mesdire, & que ce n'est qu'à l'Amour seul qu'il n'ose se joüer]

Recit de Mome
chanté par
Monsieur Morel

Ie cherche à mesdire
Que la Terre, & dans les Cieux;
Ie soûmets à ma Satire
Les plus grands des Dieux.
Il n'est dans l'Univers que l'Amour qui m'étonne,
Il est le Seul que j'épargne aujourd'huy;
Il n'apartient qu'à Luy
De n'épargner personne.


[Mars avouë que malgré toute sa valeur, il n'a pû s'empescher de ceder à l'Amour]

Recit de Mars
chanté par
Monsieur Estival

Mes plus chers Ennemis vaincus ou pleins d'effroy
Ont veu toûjours ma Valeur triomphante,
L'Amour est le Seul qui se vante
D'avoir pû triompher de Moy.


[tous les Dieux du Ciel unissent leurs voix, & engagent les Tymbales & les Trompettes à répondre à leurs Chants, & à se mesler avec leurs plus doux Concerts]

Choeur des Dieux, où se meslent les Trompettes & les Tymbales:
Chantons les plaisirs charmans
Des heureux Amans.
Respondez-nous Trompettes,
Tymbales, & Tambours:
Accordez-vous toûjours
Avec le doux son des Musettes,
Accordez-vous toûjours
Avec le doux chant des Amours.

Entrée de la Suite d'Apollon

[les Arts travestis en Bergers Galants pour paroistre avec plus d'agrément dans cette Feste, commencent les Premiers à danser. Apollon vient joindre une Chanson à leurs Dances, & les sollicite d'oublier les Soins qu'ils ont accoustumé de prendre le jour, pour profiter des Divertissements de cette Nuit bien-heureuse]

Chanson d'Apollon
chantée par
Monsieur Langeais

Le Dieu qui nous engage
A luy faire la Cour,
Deffend qu'on soit trop sage.
Les Plaisirs ont leur tour,
C'est leur plus doux usage
Que de finir les soins du Iour;
La Nuit est le partage
Des Ieux, & de l'Amour.

De seroit grand dommage
Qu'en ce charmant Sejour
On eust ce Coeur sauvage.
Les Plaisirs ont leur tour, &c.

[au milieu de l'Entrée de la Suite d'Apollon deux des Muses qui ont toûjours évité de s'engager sous les Loix de l'Amour, conseillent aux Belles, qui n'ont point ancore aimé, de s'en deffendre avec soin à leur exemple]

Chanson des Muses
chantées par
Mlles Hylaire & Deffronteaux

Gardez-vous, Beautez severes,
Les Amours font trop d'affaires,
Craignez toûjours de vous laisser charmer:
Quand il faut que l'on soûpire,
Tout le mal n'est pas de s'enflamer;
Le martire
De le dire,
Couste plus de cent fois que d'aimer.

On ne peut aimer sans peines,
Il est peu de douces chaines,
A tout moment on se sent allarmer;
Quand il faut que l'on soûpire, &c.

Entrée de la Suite de Bachus

[les Maenades & les Aegipans viennent dancer à leur tour. Bachus s'avance au milieu d'Eux, & chante une Chanson à la loüange du Vin]

Chanson de Bachus
chantée par
Monsieur Gaye

Admirons le Jus de la Treille:
Qu'il est puissant ! qu'il a d'attraits !
Il sert aux douceurs de la Paix,
Et dans la Guerre, il fait merveille:
Mais sur tout pour les Amours,
Le Vin est d'un grand secours.


[Silene Nourricier de Bachus paroist monté sur un Asne. Il chante une Chanson qui fait connoistre les avantages que l'on trouve à suivre les Loix du Dieu du Vin]

Chanson de Silene
chantée par
Monsieur Blondel

Bachus veut qu'on voive à longs traits;
On ne se plaint jamais
Sous sont heureux Empire:
Tout le jour on n'y fait que rire,
Et la nuit on y dort en paix.

Ce Dieu rend nos voeux satisfaits;
Que sa Cour a d'attraits !
Chantons y bien sa gloire:
Tout le jour on n'y fait que boire,
Et la nuit on y dort en paix.


[deux Satyres se joignent à Silene, & tous trois chantent ensemble un Trio à la loüange de Bachus, & des douceurs de son Empire]

Trio de Silene, & de deux Satyres
chanté par
Messieurs Blondel, de la Grille & Bernard

Voulez-vous des douceurs parfaites ?
Ne les cherchez qu'au fonds des Pots.

Un Satyre:
Les grandeurs sont sujettes
A cent peines secrettes.

Second Satyre:
L'Amour fait perdre le repos.

Tous ensemble:
Voulez-vous des douceurs parfaites ?
Ne les cherchez qu'au fonds des Pots.

Un Satyre:
C'est là que sont les Ris, les Ieux, les Chansonnettes.

Second Satyre:
C'est dans le Vin qu'on trouve les bons mots.

Tous ensemble:
Voulez-vous des douceurs parfaites ?
Ne les cherchez qu'au fonds des Pots.


[deux autres Satyres enlevent Silene de dessus de son Asne, qui leur sert à voltiger, & à former des Ieux agreables & surprenants]

Entrée de la Suite de Mome

[Une Troupe de Polichinelles & de Matassins vient joindre leurs plaisanteries & leurs badinages aux Divertissemens de cette grande Feste. Mome qui les conduit chante au milieu d'Eux une Chanson enjoüée sur le sujet des avantages & des plaisirs de la Raillerie]

Chanson de Mome
chantée par
Monsieur Morel

Folatrons, divertissons Nous,
Riallons, Nous ne sçaurions mieux faire,
La Raillerie est necessaire
Dans les Ieux les plus doux.
Sans la douceur que l'on gouste à mesdire,
On trouve peu de plaisirs sans ennuy,
Rien n'est si plaisant que de rire,
Quand on rit aux despens d'autruy.
Plaisantons, ne pardonnons rien,
Rions, rien n'est plus à la mode,
On court péril d'estre incommodé
En disant trop de bien.
Sans la douceur que l'on gouste à mesdire, &c.

Entrée de la Suite de Mars

[Mars vient au milieu du Theatre suivy de sa Troupe guerriere qu'il excite à profiter d eleur loisir, en prenant part aux Divertissemens]

Chanson de Mars
chantée par
Monsieur d'Estival

Laissons en paix de toute la Terre,
Cherchons de doux Amusemens;
Parmy les Jeux les plus charmants,
Meslons l'image de la Guerre.

[quatre Hommes portants des Masses & des Boucliers, quatre Autres armez de Demi-Piques, & quatre Autres avec des Enseignes sont en dançant une maniere d'exercice]

Derniere Entrée

[les quatres Troupes differentes, de la Suite d'Apollon, de Bachus, de Mome, & de Mars, apres avoir achevé leurs Entrées particulieres, s'unissent ensemble, & forment la derniere Entrée, qui renferme toutes les autres. Un Choeur de toutes les voix & tous les Instruments se joignent à la Dance generale, & termine la Feste des Nopces de l'Amour & de Psiché]

Choeur:
Chantons les Plaisirs charmants,
Des heureux Amants:
Respondez-nous Trompettes,
Tymbales, & Tambours;
Accordez-vous toûjours
Avec le doux son des Musettes;
Accordez-vous toûjours
Avec le doux chant des Amours.