La
Princesse
d'Elide
Comedie
héroïque
meslée de Musique, & d'Entrées de
Ballet
La
Pièce est de Moliere
musique
de: Jean-Baptiste
Lully
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Les
Plaisirs de l'Isle
enchantée
Seconde
Iournée
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L'Ouverture
se fait par un grand Concert d'Instruments
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Recit
de l'Aurore,
par Mademoiselle
Hylaire,
qui chante
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Quand
l'Amour à vos yeux offre un choix agreable,
Ieunes beautez laissez-vous enflamer;
Mocquez vous d'affecter cét orgueil indomptable
dont on vous dit qu'il est beau de s'armer:
Dans l'âge où l'on est aymable
Rien n'est si beau que d'aymer.
Soûpirez
librement pour un amant fidelle,
Et bravez ceux qui voudroient vous blasmer;
Un coeur tendre & aymable, & le nom de cruelle
N'est pas un nom à se faire estimer:
Dans le temps où l'on est belle
Rien n'est si beau que d'aymer.
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Autre
Recit Burlesque de Lyciscas, & de trois Valets de Chien,
chantans
Lyciscas: Monsieur
de Moliere
Valents de Chien chantans: Messieurs
D'Estival, Don, & Blondel
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Ces
trois valets de Chien, Musiciens, couchez au milieu du
Theatre, se réveillent, & pour réveiller
aussi Lyciscas leur camarade, chantent les paroles suivantes
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Hola ?
hola ? debout, debout, debout:
Pour la Chasse ordonnée, il faut preparer tout:
Hola ? ho debout, viste debout.
Ier
Valet:
Iusqu'aux plus sombres lieux le jour se
communique,
IIeme
Valet:
L'air sur les fleurs en perles se resout.
IIIeme
Valet:
Les Roßignols commencent leur Musique,
Et leurs petits concerts retentissent par
tout.
Tous
ensemble:
Sus, sus debout, viste debout ?
Qu'est-cecy, Liciscas, quoy ? tu romfles encore,
Toy qui promettois tant de devancer l'Aurore
?
Allons
debout, viste debout,
Pour la Chasse ordonnée, il faut preparer tout,
Debout, viste debout, despeschons, debout.
Lysiscas,
en s'éveillant:
Par la morbleu vous estes de grands braillars, vous autres,
& vous avez la gueule ouverte de bon matin ?
Musiciens:
Ne vois-tu pas le jour qui se respand par tout ?
Allons debout, Lysiscas debout.
Lysiscas:
Hé ! laissez-moy dormir ancor un peu, je vous conjure
?
Musiciens:
Non, non debout, Lysiscas debout.
Lysiscas:
Ie ne vous demande plus qu'un petit quart d'heure
?
Musiciens:
Point, point debout, viste debout.
Lysiscas:
Hé ! je vous prie ?
Musiciens:
Debout.
Lysiscas:
Un moment:
Musiciens:
Debout.
Lysiscas:
De grace.
Musiciens:
Debout.
Lysiscas:
Eh.
Musiciens:
Debout.
Lysiscas:
Ic...
Musiciens:
Debout.
Lysiscas:
I'auray fait incontinent.
Musiciens:
Non, non debout lysiscas debout:
Pour la Chasse ordonnée, il faut preparer tout;
Viste debout, despeschons, debout.
Lysisicas:
Et bien laissez-moy, ie vais me
lever: Vous estes d'estranges gens de me tourmenter comme
cela: vous serez cause que je ne me porteray pas bien de
toute la journée; car, voyez-vous, le sommeil est
necessaire à l'homme, & lors qu'on ne dort pas se
refection, il arrive... que... on est...
Ier:
Lysiscas.
IIeme:
Lysiscas.
IIIeme:
Lysiscas.
Tous
ensemble:
Lysiscas.
Lysiscas:
Diable soient les brailleurs, je voudrois que vous
eußiez la gueule pleine de bouillie bien
chaude.
Musiciens:
Debout, debout viste debout, despeschons
debout.
Lysiscas:
Ah ! qu'elle fatigue de ne pas dormir son sou.
Ier:
Hola ? ho.
IIeme:
Hola ? ho.
IIIeme:
Hola ? ho.
Tous
ensemble:
Oh ! ho ! ho ! ho !
Lysiscas:
Oh ! ho ! ho ! ho ! La peste soit
des gens avec leurs chiens de hurlemens, je me donne au
Diable si je ne vous assome. Mais voyez un peu quel diable
d'entousiasme il leur prend, de me venir chanter aux
oreilles comme cela, je...
Musiciens:
Debout.
Lysiscas:
Encore.
Musiciens:
Debout.
Lysiscas:
Le Diable vous emporte.
Musiciens:
Debout.
Lysiscas,
le levant:
Quoy toûjours ? a-t'on jamais
veu une pareille furie de chanter ? par le sang bleu
j'enrage, puis que me voila eveillé il faut que
j'éveille les autres, & que je les tourmente
comme on m'a fait. Allons ho ? Meßieurs, debout,
debout, viste c'est trop dormir. Ie vais faire un bruit de
Diable par tout, debout, debout, debout; Allons viste, ho,
ho, ho ? Debout, debout, pour la Chasse ordonnée il
faut preparer tout, debout, debout, Lysiscas debout ? ho !
ho ! ho ! ho ! ho.
|
|
|
Lysiscas
s'estant réveillé, avec toutes les peines du
monde, va crier aux oreilles de huit autres Valets endormis,
qui dançent une Entrée, pendant que quatre
Piqueurs sonnent du cor.
|
LE
PREMIER ACTE DE LA COMEDIE
II. Intermede
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Argument:
L'agreable
Moron laissa aller le Prince pour parler de sa passion
naissante aux bois, & aux rochers, et faisant retentir
partout le beau nom de sa Bergere Philis, un Echo ridicule
luy respondant bizarement, il y prit si grand plaisir que
riant en cent manieres, il fit respondre autant de fois
cét Echo, sans tesmoigner d'en estre ennuyé:
Mais un Ours vint interrompre ce beau divertissement, et le
surprit si fort par ceete veuë peut attenduë,
qu'il donna de sensibles marques de sa peur: Il luy fit
faire devant l'Ours toutes les soûmissions dont il se
peut aviser pour l'adoucir: Enfin, se jettant à un
arbre pour y monter, comme il vit l'Ours y vouloit grimper
aussi bien que luy; il cria au secours d'une voix si haute,
qu'elle attira huit pyasans armez de bastons à deux
bouts et d'espieux, pendant qu'un autre Ours parut en suite
du premier. Il se fit un combat qui finit par la mort d'un
des Ours, et par la fuite de l'autre:
|
|
Moron:
Iusqu'au revoir; pour moy je reste icy, & j'ay une
petite conversation à faire avec ces arbres et ces
rochers.
Bois, prez, fontaines, fleurs qui voyez mon teint
blesme,
Si vous ne le sçavez, je vous aprens que j'ayme;
Philis est l'objet charmant
Qui tient mon coeur à l'attache,
Et ie devins son amant
La voyant traire une Vache.
Ses doigts tout plains de laict, et plus blancs mille
fois
Pressoient les bouts du pis d'une grace admirable;
Ouf ! cette idée est capable
De me reduire aux abois.
Ah ! Philis, Philis, Philis.
Ah ! hem, ah ah ah ! hi hi hi, oh oh oh oh.
Voila un Echo qui est bouffon ! hom, hom, hom, ha ha ha
ha.
Uh uh uh. Voila un Echo qui est bouffon !
|
Scene deuxiesme
Moron, Ours
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|
Moron:
Ah ! Monsieur l'Ours, je suis votre
serviteur de tout mon coeur: degrace espargnez-moy. Je vous
asseure que je ne vaux rien du tout à manger, je n'ay
que la peau et les os, et je voy de certaines gens la bas
qui seroient bien mieux vostre affaire. Eh ! Eh ! Eh !
monseigneur, tout doux, s'il vous plaist. La la la la !
monseigneur que vostre Altesse est jolie et bien faite; elle
a tout à fait l'air galand et la taille la plus
mignonne du monde. Ah beau poil ! belle teste ! beaux yeux
brillans et bien fendus ! Ah beau nez ! belle petite bouche
! petites quenotes jolies ! ah belle gorge ! belles petites
menottes ! petits ongles bien faits. A l'aide, au secours,
je suis mort, misericorde, pauvre Moron, a mon Dieu ! et
viste, à moy, je suis perdu !
[les Chasseurs paroissent]
Eh, messieurs, ayez pitié de moy ! bon messieurs
tuez moy ce vilain animal-là ? O Ciel ! daigne
les assister. Bon le voila qui fuit, le voila qui s'arreste
et qui se jette sur eux. Bon en voila un qui vient de luy
donner un coup dans la gueule. Les voila tous à
l'entour de luy. Courage, ferme, allons mes amis. Bon,
poussez fort, encore, ah ! le voila qui est à terre,
c'en est fait il est mort, descendons maintenant pour luy
donner cent coups. Serviteur Messieurs, je vous rends grace
de m'avoir délivré de cette beste, maintenant
que vous l'avez tué je m'en vais l'achever, et en
triompher avec vous.
|
|
Ces heureux chasseurs,
n'eurent pas plustost remporté la victoire, que
Moron, devenu brave par l'éloignement du peril,
voulut aller donner mille coups à la beste, qui
n'estoit plus en estat de se deffendre, et fit tout ce qu'un
fanfaron, qui n'airoit pas esté trop hardy, eust
pû faire en cette occasion; et les chasseurs, pour
tesmoigner leur joye, danserent une fort belle
Entrée...
|
LE
DEUXIESME ACTE DE LA COMEDIE
III. Intermede
|
Scene premiere
Moron, Philis
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|
Moron:
Philis demeure icy ?
Philis:
Non, laissez-moy suivre les autres.
Moron:
Ah ! cruelle, si c'estoit Tircis qui t'n priast, tu
demeurerois bien viste.
Philis:
Cela se pourroit faire, et je
demeure d'accord que ie trouve bien mieux mon conte avec
l'un qu'avec l'autre; car il me divertit avec sa voix, et
toy tu m'estourdis de ton cacquet. Lors que tu chanteras
aussi bien que kuy, ie te promets de t'écouter.
Moron:
Eh ! demeure un peu.
Philis:
Ie ne sçaurois.
Moron:
De grace ?
Philis:
Point te dis-je.
Moron:
Ie ne te laisseray poin aller.
Philis:
Ah ! que de façons.
Moron:
Ie ne te demande qu'un moment à estre avec toy ?
Philis:
Et bien ! oüy, j'y demeureray, pourveu que tu me
promette une chose ?
Moron:
Et laquelle ?
Philis:
De ne me point parler du tout.
Moron:
Eh ! Philis ?
Philis:
A moins que de cela je ne demeureray point avec
toy.
Moron:
Veux-tu me...
Philis:
Laisse-moy aller ?
Moron:
Et bien, ouy, demeure: je ne te diray mot.
Philis:
Prens-y bien garde au moins; car à la moindre parole
je prens la fuite.
Moron:
Soit. Ah ! Philis... Eh... Elle s'enfuit, et je ne
sçaurois l'atraper.
[il fait une Scene de gestes]
Voila ce que c'est, si
je sçavois chanter j'en ferois bien mieux me
affaires. La pluspart des femmes aujourd'huy se laissent
prendre par les oreilles: Elles sont cause que tout le monde
se mesle de Musique, et l'on ne reüssit aupres d'elles,
que par les petites chansons, et les petits vers qu'on leur
fait entendre. Il faut que j'aprenne à chanter pour
faire comme les autres. Bon voicy justement mon homme.
|
Scene deuxiesme
Moron, Satyre
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|
Sature:
La la la.
Moron:
Ah ! Satyre mon amy, tu sçais bien ce que tu m'as
promis il y a long-temps, aprens-moy à chanter, je te
prie ?
Satyre:
Ie le veux; mais auparavant escoute une chanson que je viens
e faire.
Moron:
Il est si accoustumé à chanter qu'il ne
sçauroit parler d'autre façon. Allons chante,
j'escoute.
Satyre:
Ie portois...
Moron:
Une chanson, dis-tu ?
Satyre:
Ie port...
Moron:
Une chanson à chanter ?
Satyre:
Ie port...
Moron:
Chanson amoureuse, peste.
Satyre:
Ie portois
dans une cage
Deux Moyneaux que j'avois pris;
Lors que la jeune Cloris
Fit dans un sombre boccage
Briller, à mes yeux surpris,
Les fleurs de son beau visage:
Helas ! dis-je aux moyneaux, en recevant les coups
De ses yeux si sçavans à faire des
conquestes,
Consolez-vous, pauvres petites bestes,
Celuy qui vous a pris est bien plus pris que
vous.
[Moron ne fut pas satisfait de cette Chanson, quoy
qu'il la trouvast jolie, il en demanda une plus
passionnée, et priant le Satyre de luy dire celle
qu'il luy avoit ouy chanter quelques jours auparavant, il
continua ainsi]
Dans
vos chants si doux,
Chantez à ma belle,
Oyseaux, chantez tous
Ma peine mortelle:
Mais si la cruelle
Se met en courroux
Au recit fidelle
Des maux que je sens pour elle;
Oyseaux, taisez-vous.
Oyseaux, taisez-vous.
[cette seconde Chanson ayant touché Moron
fort sensiblement, il pria le Satyre de luy apprendre
à chanter; et lui dit]
Moron:
Ah ! qu'elle est belle ! apprens -la moy ?
Satyre:
La, la, la, la.
Moron:
La, la, la, la.
Satyre:
Fa, fa, fa, fa.
Moron:
Fa, toy-mesme.
[le Satyre s'en mit en colere, et peu à peu
se mettant en posture d'en venir à des coups de
poing, les Violons reprirent un Air sur lequel ils danserent
une plaisante Entrée]
|
LE
TROISIESME ACTE DE LA COMEDIE
IV. Intermede
|
Scene premiere
Philis, Tircis
|
|
Philis:
Vien, Tircis, laissons les aller, et
me dis un peu ton martyre de la façon que tu
sçais faire ? Il y a long-temps que tes yeux me
parlent; mais je suis plus ayse d'ouyr ta voix.
Tircis, en chantant:
Tu m'escoute, helas ! dans ma triste langueur;
Mais je n'en suis pas mieux, ô ! beauté sans
pareille !
Et je touche ton oreille,
Sans que je touche ton coeur.
Philis:
Va, va, c'est dé-ja quelque chose que de toucher
l'oreille, et le temps amen tout. Chante moy cependant
quelque plainte nouvelle que tu ayes composée pour
moy.
|
Scene deuxiesme
Moron, Philis, Tircis
|
|
Moron:
Ah ! ah ! je vous y prends, cruelle;
vous vous écartez des autres pour ouyr mon rival
?
Philis:
Oüy, je m'écarte pour cela; je te le dis encore:
Ie me plais avec luy, et l'on écoute volontiers les
Amans lors qu'ils se plaignent aussi agreablement qu'il
fait. Que ne chante-tu comme luy ? je prendrois plaisir
à t'écouter.
Moron:
Si je ne sçay chanter, je sçay faire autre
chose, et quand...
Philis:
Tais toy ? je veux l'entendre. Dis, Tircis, ce que tu
voudras.
Moron:
Ah ! cruelle...
Philis:
Silence, dis-je, ou je me mettray en colere.
Tircis, en chantant:
Arbres
espais, & vous prez esmaillez,
La beauté dont l'Hyver vous avoit despouillez
Par le Printemps vous est renduë,
Vous reprenez tous vos appas;
Mais mon ame ne reprend pas
La joye, helas ! que i'ay perduë.
Moron:
Morbleu que n'ay-je de la voix ? ah ! nature marastre !
pourquoy ne m'as-tu âs donné dequoy chanter
comme un autre ?
Philis:
En verité. Tircis, il ne se peut rien de plus
agreable, et tu l'emportes sur tous les Rivaux que tu
as.
Moron:
Mais pourquoy est-ce que je ne puis pas chanter ? N'ay-je
pas un estomach, un gosier, et une langue comme un autre ?
Oüy, oüy, allons, je veux chanter aussi, et te
montrer que l'Amour fait faire toutes choses. Voicy une
chanson que j'ay faite pour toy.
Philis:
Oüy, dis ? je veux bien t'écouter pour la
rareté du fait.
Moron:
Courage, Moron, il n'y a qu'à avoir de la
hardiesse.
Moron chante:
Ton
extrême rigueur
S'acharne sur mon coeur,
Ah ! Philis je trespasse !
Daignes me secourir ?
En seras-tu plus grasse
De m'avoir fait mourir ?
Philis:
Voila qui est le mieux du monde: mais, Moron, je
souhaiterois bien d'avoir la gloire, que quelque Amant
fût mort pour moy; c'est un avantage dont je n'ay pas
encor joüy, et je trouve que j'aymerois de tout mon
coeur une personne qui m'aymeroit assez pour se donner la
mort.
Moron:
Tu aymerois une personne qui se tuëroit pour toy ?
Philis:
Oüy.
Moron:
Il ne faut que cela pour te plaire ?
Philis:
Non.
Moron:
Voilà qui est fait, je te veux montrer que je me
sçay tuër quand je veux.
Tircis, chante:
Ah ! quelle douceur extréme,
De mourir pour ce qu'on ayme.
Moron:
C'est un plaisir que vous aurez quand vous voudrez.
Tircis, chante:
Courage, Moron ? meurs promptement
En genereux Amant.
Moron:
Ie vous prie de vous mesler de vos affaires, et de me
laisser tuër à ma fantaisie. Allons, je vais
faire honte à tous les Amans; tien ? je ne suis pas
homme à faire tant de façons, voy ce poignard
? prens bien garde comme je vais me percer le coeur ? Ie
suis vostre serviteur, quelque niais.
Philis:
Allons. Tircis, viens-t'en me redire à l'écho,
ce que tu m'as chanté.
|
LE
QUATRIESME ACTE DE LA COMEDIE
V. Intermede
|
Scene premiere
La Princesse
|
|
La Princesse:
O Vous ! admirables personnes,
qui, par la douceur de vos chants, avez l'art d'adoucir les
plus fascheuses inquietudes, aprochez vous d'icy, de grace;
et taschez de charmer, avec vostre musique, le chagrin
où je suis.
|
Scene deuxiesme
La Princesse, Climene, Philis
|
|
Climene, en chantant:
Chere Philis, dis-moy, que crois-tu de l'Amour ?
Philis, en chantant:
Toy-mesme, qu'en crois-tu, ma compagne fidelle ?
Climene:
On m'a dit que se flame est pire qu'un Vautour,
Et qu'on souffre en aymant une peine cruelle.
Philis:
On m'a dit qu'il n'est point de passion plus belle,
Et que ne pas aymer c'est renoncer au jour.
Climene:
A qui des deux donnerons-nous victoire ?
Philis:
Qu'en croyrons-nous, ou le mal ou le bien ?
Climene & Philis, ensemble:
Aymons, c'est le vray moyen
De sçavoir ce qu'on en doit croire.
Philis:
Cloris chante par tout l'Amour et ses ardeurs.
Climene:
Amarante pour luy verse en tous lieux des larmes.
Philis:
Si de tant de tourmens il accable les coeurs,
D'où vient qu'on ayme à luy rendre les armes
?
Climene:
Si sa flame, Philis, est si pleine de charmes,
Pourquoy nous deffend-on d'en gouster les douceurs ?
Philis:
A qui des deux donnerons-nous victoire ?
Climene:
Qu'en croyrons-nous, ou le mal ou le bien ?
Climene & Philis, ensemble:
Aymons, c'est le vray moyen
De sçavoir ce qu'on en doit croire.
[la Princesse les
interrompit en cet endroit ,et leur dit:
Achevez seules si vous voulez, je ne sçaurois
demeurer en repos, et quelque douceur qu'ayent vos chants,
il ne font que redoubler mon inquietude. ]
|
|
La
Princesse pour chasser son inquietude, oblige une Bergere
à luy chanter cette plainte.
|
|
|
Mademoiselle
Hylaire,
Bergere
|
|
|
Ah !
mortelles douleurs !
Qu'ay-je plus à pretendre ?
Coulez, coulez mes pleurs,
Ie n'en puis trop répandre.

Pourquoy
faut-il qu'un tyrranique honneur
Tienne nostre ame en esclave asservie ?
Helas ! pour contenter sa barbare rigueur
I'ay reduit mon Amant à sortir de la vie.
Ah ! mortelles douleurs !
Qu'ay-je plus à pretendre ?
Coulez, coulez mes pleurs,
Ie n'en puis trop répandre.

Me
puis-je pardonner dans ce funeste sort
Les severes froideurs dont je m'estois armée ?
Quoy donc, mon cher Amant, je t'ay donné la mort,
Est-ce leprix, helas ! de m'avoir tant aymée ?
Ah ! mortelles douleurs !
Qu'ay-je plus à pretendre ?
Coulez, coulez mes pleurs,
Ie n'en puis trop répandre.
|
LE
CINQUIESME ACTE DE LA COMEDIE
VI. Intermede
|
|
Tous
les Bergers & toutes les Bergeres du Pays, en
réjoüissance du changement du coeur de la
Princesse, celebrent par des danses & des chansons le
pouvoir de l'Amour.
Plus Pasteurs déguisez, pour celebrer entr'eux la
Feste de Bachus, viennent disputer les loüanges que
l'on donne à l'Amour: Ils se forment entre les uns
& les autres un agreable combat, qui se termine par
l'union des deux partis, sans le pouvoir commun de l'Amour,
& de Bachus.
|
|
|
Silvie:
Icy l'ombre des ormeaux
Donne un tein frais aux herbettes,
Et les bords de cet Ruisseaux
Brillent de mille fleurettes
Qui se mirent dans les eaux.
Prenez, Bergers, vos musettes
Ajustez vos chalumeaux,
Et meslons nos chansonnettes
Au chant des petits oyseaux.

Le
Zephir entre ces eaux
Fait mille course [sic] secretes,
Et les Roßignols nouveaux
De leurs douces amourettes
Parlent aux tendres rameaux.
Prenez, Bergers, vos musettes
Ajustez vos chalumeaux,
Et meslons nos chansonnettes
Au chant des petits oyseaux.
|
|
|
Plusieurs
Bergers & Bergeres galantes mélent aussi leurs
pas à tout cecy, & occupent les yeux tandis que
la Musique occupe les oreilles.
|
|
|
Climene:
Ah ! qu'il est doux, belle Silvie,
Ah ! qu'il est doux de s'enflammer;
Il faut retrancher de la vie
Ce qu'on en passe sans aymer.
Silvie:
Ah ! les beaux jours qu'Amour nous donne
Lors que sa flame unit les coeurs;
Est-il ny gloire ny Couronne
Qui vaille ses moindres douceurs ?
Tircis:
Qu'avec peu de raison on se pleint d'un martire
Que suivent de si doux plaisirs.
Philene:
Un moment de bon-heur dans l'amoureux Empire
Repare dix ans de soûpirs.
Tous
ensemble:
Chantons tous de l'Amour le pouvoir adorable,
Chantons tous dans ces lieux
Ses attraits glorieux;
Il est le plus aymable,
Et le plus grand des Dieux.
|
|
|
A ces mots
toute la troupe de Bachus arrive, & l'un d'eux
s'avançant à la teste chante fierement ces
paroles.
|
|
|
Arrestez,
c'est trop entreprendre,
Un autre Dieu dont nous suivons les loix
S'oppose à cét honneur qu'à l'Amour
osent rendre
Vos Musettes & vos voix:
A des titres si beaux, Bachus seul peut pretendre,
Et nous sommes icy pour défendre ses
droits.
Le Choeur
de Bachus:
Nous suivons de Bachus le pouvoir adorable,
Nous suivons en tous lieux
Ses attraits glorieux,
Il est le plus aymable,
Et le plus grand des Dieux.
|
|
|
Plusieurs
du party de Bachus meslent aussi leurs pas à la
Musique, & l'ont void icy un combat de dançeurs
contre dançeurs, & de chantres contre chantres.
|
|
|
Silvie:
C'est le Printemps qui rend l'ame
A nos champs semez de fleurs;
Mais c'est l'Amour & sa flame
Qui font revivre nos coeurs.
Un Suivant
de Bachus:
Le Soleil chasse les ombres
Dont le Ciel est obscurcy,
Et des ames les plus sombres
Bachus chasse le soucy.
Le Choeur
de Bachus:
Bachus est reveré sur la terre & sur
l'onde,
Le Choeur
de l'Amour:
Et l'Amour est un Dieu qu'on adore en tous
lieux.
Le Choeur
de Bachus:
Bachus à son pouvoir a soûmis tout le
monde.
Le Choeur
de l'Amour:
Et l'Amour a dompté les Hommes & les
Dieux.
Le Choeur
de Bachus:
Rien peut-il égaler sa douceur sans seconde
?
Le Choeur
de l'Amour:
Rien peut-il égaler ses charmes precieux
?
Le Choeur
de Bachus:
Fy de l'Amour & de ses feux.
Le party
de l'Amour:
Ah ! quel plaisir d'aymer.
Le party
de Bachus:
Ah ! quel plaisir de boire.
Le party
de l'Amour:
A qui vit sans amour, la vie est sans
appas.
Le party
de Bachus:
C'est mourir que de vivre, & dene boire
pas.
Le Party
de l'Amour:
Aymables fers,
Le party
de Bachus:
Douce victoire,
Le party
de l'Amour:
Ah ! quel plaisir d'aymer.
Le party
de Bachus:
Ah ! quel plaisir de boire.
Les deux
partis:
Non non c'est un abus,
Le plus grand Dieu de tous.
Le party
de l'Amour:
C'est l'Amour.
Le party
de Bachus:
C'est Bachus.
|
|
|
Un Berger
se jette au milieu de cette dispute & chante ces Vers
aux deux partis.
|
|
|
C'est
trop, c'est trop, Bergers, hé pourquoy ces debats
?
Souffrons qu'en un party la raison nous assemble,
L'Amour a des douceurs, Bachus a des appas,
Ce sont deux Deïtez qui sont fort bien ensemble,
Ne les separons pas.
Les deux
Choeurs ensemble:
Meslons donc leurs douceurs aymables,
Meslons nos voix dans ces lieux agreables,
Et faisons repeter aux Echos d'alentour
Qu'il n'est rien de plus doux que Bachus &
l'Amour.
|