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Les Plaisirs de la Ieunesse
Mascarade

 

 

Premiere Entrée

La Ieunesse

RECIT

Tout me rit, & tout me caresse;
Qui ne jugeroit pas
Que ie suis la Ieunesse ?
Ie suis la source des appas.
Par moy les Beautez sont écloses;
Les Lys, les Oeillets, & les Roses,
Naissent dessous mes pas;
Ie ne connoy point la Tristesse;
Qui je jugerois pas
Que ie suis la Ieunesse ?

Des Ieux, de l'Amour, des Combats,
Ie sçay tirer mon avantage;
Et les suplices d'un autre âge
Sont mes plus doux ébats;
Rien n'est égal à mon adresse;
Qui ne jugeroit pas
Que ie suis la Ieunesse ?

Je cours aux douceurs du repas,
I'ayme le bon vin & la dance;
Et ie semble avec insolence
Mepriser le trépas;
Ie fais tout avec allegresse;
Qui ne jugeroit pas
Que ie suis la Ieunesse ?

Seconde Entrée

Le Plaisir, suivy de cinq jeunes Hommes

A Sylvie

Dans un temps rigoureux, où le Dieu de la Guerre
Semble avoir répandu la douleur sur la Terre,
Ie treuve dans la France un Azile asseuré;
Et son Prince, de qui la gloire
N'a point de terme mesuré,
M'y fait regner en paix avecque la Victoire;
Mais quoy que pour mon bien resolue ce Vainqueur,
Ie n'y seray iamais seurement retiré,
Si vous ne me donnez retraitte en vostre cueur.

pour les cinq jeunes Hommes

AUX DAMES

L'ardeur de nos jeunes desirs
Pour toutes sortes de plaisirs,
Nous a fait endurer toutes sortes de peines.
Jusqu'icy nous pensions qu'on n'en pût trop avoir;
Mais aujourd'huy l'Amour découvrant son pouvoir,
Arreste nos esprits par d'invisibles chaines;
Et nous apprend, ô belles inhumaines,
Que nous devons borner nos voeux & nôtre espoir
Au plaisir de vous voir.

Troisiesme Entrée

Le Gros Rieur & la Belle Patissiere,
representans la bonne chere

AUX DAMES

Bien que nous ne nous vantions pas
Des plaisirs dont le Ciel a fait nôtre partage,
Il n'est point de sexe ny d'âge
Qui ne treuve en nous des appas;
Et nous avons cet avantage,
Qu'ainsi vos beaux yeux, dont on reçoit le jour,
Nous allumons les feux qui produisent l'Amour.

Quatriesme Entrée

Trois Furies, representant le Ieu de Dez

A CALISTE

Nous sommes ces Soeurs decevantes,
A plaire, à nuire, si sçavantes,
Qui meslons la fortune avecque le malheur,
Et qui dans un Tablier où regne nostre gloire,
Avons fait au plaisir, ainsi qu'à la douleur
Un Palais d'ebene & d'yvoire;
Les plus fins de nostre Art n'échapent que fort peu;
Un abord si charmant enfin les y convie;
Que s'ils n'aimoient gueres le Ieu,
Ils n'aimeroient gueres la vie.

O Beauté, qui par tout faites sentir vos coups,
Nous avons ce rapport avecque vostre veuë,
Qu'on ne sçauroit iamais rien attendre de nous,
Dont l'attente à la fin ne puisse este deceuë;
Et qu'un commencement, qui n'a rien que de doux,
Est souvent couronné d'une funeste issuë.

Cinquiesme Entrée

La Dame de Pique, & la Dame de Carreau,
suivies de deux Valets, representant le Ieu de Cartes

AUX DAMES

Ceux qui nous ont voulu choisir
Pour la source de leur plaisir,
Auroient semblé vous faire injure,
Cherchans plus avec nous de divertissemans,
Qu'avec les plus beaux ornemans
Dont s'embellisse la Nature,
N'estoit qu'ils peuvent témoigner
Qu'avec nous le bon heur petu suivre la disgrace;
Mais qu'avec vous, quoy que l'on fasse,
On ne peut jamais rien gagner.

Sixiesme Entrée

L'Academie

Ie suis l'Illustre Academie,
La bonne & mauvaise Amie
De tous Cavaliers hazardeux;
Et qui n'ay rente ny domaine,
Si ce n'est une Table ou deux
Où Monsieur le Dez se promeine.

Septiseme Entrée

Un Galant, conduisant une Serenade à sa Maistresse, representant une Intrigue Amoureuse

A CLIMENE

Ie passe pour Amant aux yeux de tout le Monde,
Parce qu'on ne croit pas,
Qu'estant pres d'un obejt où toute grace abonde,
I'en puisse éviter les appas.

O vous qui connessez jusques où va ma peine,
Adorable Climeine,
Achvez ce grand bruit qu'on a par tout semé;
Et souffrez que vos yeux, d'où mon sort doit dépendre,
Puissent encor m'aprendre,
Que si i'aime, ie suis aimê.

Huictiesme Entrée

Un Maistre à dancer, avec des Escoliers, representant la Dance

AUX DAMES

Bien-tost mes Escoliers vous feront reconnoistre
La force d'un objet charmant;
Leurs premiers coup d'essay, vaudront des coups de Maistre;
Et vous direz dans un moment,
Que pour bien faire tout, il suffit d'estre Amant.

Les Escoliers

AUX DAMES

O Divines sources d'appas,
A qui tout le Monde doit plaire,
Nous desirerions que nos pas
Pûssent un peu vous satisfaire;
Mais nous aprehendons de n'y reüßir pas,
Et que nôtre dessein n'ait un effet contraire,
A cause que vos yeux ont d'abord emporté
Nos coeurs & nôtre libertê.

Or comme il n'est aucune Dance
Où l'on n'ait besoin de vigueur,
Et qu'on ne peut l'avoir, quand on n'a point de cueur,
Ainsi l'on ne sçauroit aller à la cadence,
Si le Corps & l'Esprit n'agissent librement;
Et l'on ne le peut pas, si-tost qu'on est Amant.

Neufiesme Entrée

Une Mascarade, representant le Mommon

Pour celuy qui porte le Mommon

A Lyriane

Beau sujet pour qui ie soûpire,
Je me treuve bien empesché,
Lors qu'il faut que mes Vers, qui ne sçauroient dêcrire
Autre chose que mon martyre,
Vous parlent du dessein où ie suis attaché;
Car enfin ie ne sçay qu'en dire,
Sinon, Ce que ie porte est un Tresor caché.

Pour les Masques du Mommon

AUX DAMES

C'est vainement dißimuler,
Nous avons, sans nous plaindren assez porté nos chaines;
Iusqu'icy le respect nous les a fait celer,
Mais on les reconnoist par l'excés de nos peines;
Nous sçavons bien pourtant, qu'il vaudroit mieux mourir,
Que de les décourir;
Et que vous auriez droict d'en punir l'insolence,
Si l'Amour qui jadis nous fit taire & brûler,
Ne nous auroit donné, pour rompre le silence,
Un habit sous lequel, sans crime, on peut parler.

Dixiesme Entrée

Des Pages, qui preparent la Bague

AUX DAMES

Ah ! que nous serions glorieux,
Si ce que nous dançons, & faisons, à vos yeux,
Vous pouvoit obliger de nous estre propices !
Nos Maistres dés ce jour seroient servis sans nous;
Et l'extréme plaisir qu'il y a d'estre à vous,
Feroit abondamment le prix de nos services;
Ceux que nous quitterions, sçauroient mesme estimer
Ce changement en nostre vie;
Et chacun d'eux croiroit, au lieu de nous blâmer,
Nostre infidelité digne de son envie.

Derniere Entrée

Les Chevaliers representans la course de Bague

AUX DAMES

Amour, dont pour vous les Mortels
Sans cesse embrassent les Autels,
Allume en nous le feu, l'espoir & le courage;
Et nous sommes heureux,
Que pour voir cette course, où l'honneur nous engage,
Il ait voulu placer son Trône dans vos yeux;
D'où ce Maistre de la Nature,
En decidant nôtre avanture,
Iugera qui de nous aura couru le mieux.