Ballet
de l'Oracle
de la Sybile
de Pansoust
dansé
à l'Hôtel de Luxembourg
dancé
à la Cour de Gaton d'Orleans, à l'Hostel du
Luxembourg,
publié en 1645
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Recit de
la Renomée, accompagnée de la Curiosité
& de la Vérité
Je suis
l'illustre vagabonde
Qui fait briller tous les exploits,
Et publie avec mes cent voix
Toutes les merveilels du monde:
J'en vois beaucoup icy; mais que n'ay-je autant d'yeux
Que de langues, pour les voir mieux !
Combien
de Déitez mortelles
Ont icy des charmes divers !
Si je dis par tout l'univers
A peu prés comme elles sont belles,
Je porte de leur part un trépas tout certain
A la moitié du genre humain.
Que
partout les armes se posent,
Que la valeur se trouve à bout,
Qu'on ne fasse plus rien du tout,
Que les conquérants se reposent:
Tant que de si beaux yeux auront de quoy brusler,
J'auray toujours de quoy parler.
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Un
Maréchal des Logis & trois Fourriers viennent
marquer les logis de Panurge & de sa suite
AUX DAMES
Belles,
dont la rigueur maltraite les amans,
Lorsque vous nous voyez marquer des logemens
Pour ceux qui sur nos soins leur domicile fondent,
A voir un procédé si remply
d'amitié,
Je ne sçais comme quoy vous n'avez point
pitié
Des pauvres gens qui se lorfondent.
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La Sybile
Pansoust [1],
suivie de deux Magiciennes, nommées Armide &
Urgande la Décognue
AUX DAMES
Je vois
dans le futur
Et sçais ternir l'azur
Dont le ciel se colore.
Je fais partout éclore
Ou les maux ou les biens.
J'ay de puissantes armes,
Et toutefois je tiens
Le moindre de vos charmes
Plus fort que tous les miens.
[la
Sybile & sa Suite rentrent dans un antre dont elles
étoient sorties]
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[1]
Voir Rabelais. Pantagruel,
consulté par Panurge pour savoir si'il se doit
marier, l'envoie à la sybille: "On m'a dit
qu'à Panzoust, prés de Croulay (village
situé à deux lieues de Chinon), est une
sybille trés-insigne, laquelle prédit toutes
choses futures: prenez Epistemon de compagnie & vous
transportez par devers elle, & oyez ce que vous dira."
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Rabelais
va consulter sur le succez du ballet, et revient donnant les
vers du ballet
Je
viens consulter la sorciere
Pour sçavoir, touchant ce ballet,
Dont on prit chez moy la matiere,
S'il doit estre agréable ou laid.
Réponde
de l'Oracle
Il n'est
pas juste qu'il se flatte
De l'espoir de donner plaisir:
On l'entreprit trop à la haste
On le dance trop à loisir.
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Panurge,
avec deux de ses Compagnons, consultant les docteurs s'il se
doit marier ou non
Je ne
sçais si le mariage
Est le parti qu'il me faudroit:
Les uns l'appellent une cage,
D'autres le nomment tout à droit
Le grand chemin de cocuage.
"Il n'est rien tel que le menage",
Dit l'un; l'autre "Romps-toi le cou
"Plutost que d'entrer en servage".
Si je me lie ou me dégage,
A vostre avis, seray-je fou ?
A vostre avis, seray-je sage ?
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Le Docteur
Oesope, Cujas & Gallien,
consultans
pour Panurge
La
question est grande, &, pour y pouvoir mordre
La philosophe est trop
floüet:
Et
voilà sur ce point, dont l'on fait un jouet,
La jurisprudence en désordre
Et la médecine au
roüet.
Réponde
de l'Oracle à Panurge
Si ta
maistresse est jeune & belle,
Tasche de n'en pas mal user;
Mais te mariant avec elle,
Garde-toy bien de l'épouser.
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Cinq
jeunes Débauchés, qui ayant mangé tout
leur bien vont consulter la Sybile pour trouver les moyens
de paroistre invisibles à leurs
créanciers
Ha !
que la débauche est funeste !
Nous avons, sans nous en vanter,
Dévoré tout, et ne nous reste
Rien que le dessein d'emprunter.
De sçavoir où s'est dispersée
La somme trop tost dépensée,
Ce n'est pas un trop grand secret:
La moitié de nostre escarcelle
Est demeurée au cabaret,
Et l'autre chez la demoiselle.
Nous
n'avons pas le double en poche,
Quoyque nous soyons forts pimpans,
Et ce nous est un dur reproche
De vivre un jour à nos dépens.
La chemise à demy tirée
Et l'épaule toute poudrée,
Nostre bonne mine en séduit;
Mais aussi ce qui nous poignarde,
C'est que le créancier nous suit
Lorsque la dame nous regarde.
Réponde
de l'Oracle
Je vous
conseillerois de rendre
Pour voir ces messieurs moins pressans,
Mais vous ne pouvez rien comprendre
A l'obscurité de mon sens.
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Deux
vieilles Gaupes, qui viennent consulet la Sybile pour
apprendre d'elle la Fontaine de
Jouvence,
ou le remede à la vieillesse
Nous
avons bien de l'âge, & désirons
pourtant
N'en paroistre pas tant;
Il nous vient tous les jours quelques rides nouvelles,
Et voulons estre belles.
Nous avosn résolu de faire nos efforts
A rebastir nos corps,
Et, bien que nous soyons vieilles comme nous sommes,
Nous voulons plaire aux hommes.
Réponse
de l'Oracle
Comme la
nécessité presse
Et que le siecle est indigent,
Si vous voulez de la jeunesse,
Vous en aurez pour votre argent.
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L'Amant
infortuné qui cherche le secret de plaire
Je suis
fait comme un autre, & dans chaque maison
J'ayme, & ne suis souffert de brune ny de blonde:
Ou je suis un fascheux, ou certes j'ay raison
De croire qu'il n'est pas une coquette au monde.
Il n'est point de jaloux qui pense à me
détruire:
Il me laisse sa femme, alors qu'il m'aperçoit,
Et la laisse sans crainte, encor que, pour lui nuire,
J'aye l'intention comme il faut qu'elle soit.
Que je marche sans suite, & qu'entre chien et loup,
Le manteau sur le nez, je monte ou je dévale,
Messieurs les médisans n'y gagnent pas beaucoup,
Et je n'ay peur de rien quand je crains le scandale.
Enfin, j'ay beau languir parmy les douces flammes,
Ny mes pas ny mes soins ne peuvent obliger,
Et je rencontrerois plutost toutes les femmes
A l'heure de la mort qu'à l'heure du
Berger.
Réponde
de l'Oracle
Pour bien
faire ce qu'on veut faire,
Il faut la grace & la façon;
Mais, de crainte de vous desplaire,
Je vous renvoye à la chanson.
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Recit de
la Chanson d'Amant infortuné, &c.
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Une Femme
Yvre, conduite par Deux Vignerons Yvres, qui vont à
la Sybile pour voir si les vignes geleront
Si les
vignes s'en vont geler
Qu'est-ce qui nous peut consoler
En cette vie infortunée ?
Toutefois, grace au bon destin,
Nous en avons pris ce matin
Pour tout le reste de l'année.
Réponde
de l'Oracle
Si tous
les fous & les yvrognes
Ont don de prophétie en soy,
Vous pouvez passer à vos trognes,
Pour plus grands oracles que moy.
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Le
RoyAnarche, sur une brouette, assis dessus un tonneau, suivy
des siens
Moy qui
suis un grand potentat,
A qui tant de fortune & d'honneur on souhaite,
Et qui me puis vanter, remplissant ma brouette,
Que je remplis tout mon état,
Que je sçache en un mot ou mon grain ou ma perte,
Que deviendray-je enfin ?
Réponde
de l'Oracle
Pileur de
sauce verte.
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Deux
Aveugles conduits par Deux Boiteuses Bossues, qui vont
chercher l'oracle:
Nous
sommes tous quatre en posture
De faire des souhaits de bizzare nature,
Et n'avons seulement besoin, pour estre mieux,
Que de jambes & d'yeux.
Réponse
de l'Oracle
Courage !
Bien que l'un boite,
Et qu'à l'autre tout soit deuil,
Dès que l'un ouvrira l'oeil,
L'autre aura la jambe droite.
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Polexandre
& sa suite cherchant l'Isle
Inaccessible:
J'ay
veu la mer, j'ay veu la terre,
J'ay fait la paix, j'ay fait la guerre,
Tantost à la campagne & tantost à la
cour;
Je me suis en cent lieux transporté dans peu
d'heure,
Et je n'ay sceu jamais arriver où demeure
L'illustre objet de mon amour.
Réponde
de l'Oracle
Tu dois,
à ce que je prévoy,
Continuer dans ta poursuite:
Un aveugle
y voit
mieux que moy,
Et tu dépens de sa conduite.
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Fernand
Mendez Pinto, avec deux Matelots, consultant l'oracle sur la
découverte de l'Isle de
Calampluy:
Je ne
crains perte ni naufrage,
Et dans le plus fort de l'orage
C'est où j'ay lesprit le plus sain:
En vain Neptune se courrouce,
Il faut que sa fureur s'émousse
Contre mon illustre dessein.
Réponde
de l'Oracle
Vous aurez
bientost fait conqueste
De l'Isle & de ses Habitans,
Si vous jurez dans la tempeste
Et priez Dieu dans le beau temps.
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Deux
Chevaliers Errans cherchant leurs maistresses
Nos
main au combat animées
Ont saccagé plaines & monts,
Nous avons jousté sur les ponts,
Nous avons défait les armées.
Il n'est ny monstre ny géant
Que nous n'ayons mis à néant
Par nos fatigues & nos veilles;
Mais nous ne trouvons point les palais enchantés
Où regnent ces deux déitez
Qui nous font faire ces merveilles.
Réponde
de l'Oracle
Sortez du
Royaume des Fables,
Et coulez-vous, sans dire mot,
Au logement des Incurables
Que vous a marqué Don Quichot.
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Les
Immodestes,
consultant quand le bon temps reviendra
Que
l'on néglige nos talens !
J'ay veu que nous étions trop riches
Quand nous n'avions que deux chalans,
Pourveu qu'ils ne fussent point chiches.
O que la de malediction
Tombe sur la vacation
Et rend le métier inutile !
A présent je ne pense pas
Que tous les péchez de la ville
Nous peussent fournir un repas.
Réponse
de l'Oracle
Sans
embarrasser ni confondre
Vostre jugement éperdu
Tout ce dont je vous puis répondre
Est un commissaire assidu.
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Trois
Dorimènes,
qui cherchent la bonne fortune chez la Sybile
Nous
avons les yeux assez doux,
Et ne manquons point de mérite;
Mais la plus sévère de nous
N'est pas autrement hypocrite.
Nous n'affectons point de sçavoir
Les lois d'honneur ny du devoir;
Mais, malheureuses que nous sommes,
On se plaint de nous à loisir,
Et cependant il est peu d'hommes
A qui nous n'ayons fait plaisir.
Réponse
de l'Oracle
Mettez
vostre argent à la banque
Et prenez viste le galop:
Aussi bien le Canada manque
De ce que Paris a de trop.
[1]
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[1]
On transportait les filles de mauvaise vie au Canada. Les
deux jeunes Hollandais, dont Mr Faugère a
publié le Journal d'un Voyage à Paris, en 1657
- 58, énumèrent, comme les cinq merveilles du
règne de Louis XIV, la défense des duels en
telle sorte que personne n'ose plus se battre; le
désarmement des laquais, dont il n'y en a pas un qui
ose porter l'épée; le renfermement des
pauvres, dont il n'y en a pas un qui mendie; la poursuite
des p... qu'on envoye pour peupler les Canadas, &
à présent la recherche des vagabonds &
filoux.
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Deux Gueux
& deux Gueuses, qui cherchent le moyen
de parvenir:
Bien
que vous nous voiez gueuser par les maisons,
Il n'est pas un de nous qui pourtant ne se flatte,
Et nous avons encor d'autres démangeaisons
Qui nous viennent ailleurs qu'aux lieux où l'on se
gratte,
Car nous ne sçaurions nous tenir
D'essayer tous à parvenir.
Réponde
de l'Oracle
Coupez
quelques bourses honnestes,
Et soyez pris tout d'un plain saut:
Fussiez-vous plus bas que vous n'estes,
Vous ne parviendrez que trop haut.
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RECIT
A deux
visages, dont l'un sera musique d'instrumens, &
retournant l'autre visage, musique de voix
VESTUS A L'ESPAGNOLE
Quoy !
faudra-t'il toujours vivre dans la tristesse !
Nos maux n'auront-ils point de cesse,
Et ne reverrons-nous jamais
L'Abondance & la
Paix
?
La France endure peu dedans cette querelle;
Nous sommes bien plus pressés qu'elle:
Elle reverra désormais
L'Abondance & la Paix.
Il vaut
mieux luy céder, puisqu'enfin tout lui
céde:
Nous n'avons point d'autre remede
Par où nous revoyions jamais
L'Abondance & la Paix.
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Deux
Espagnols & deux Espagnoles, qui viennent consulter la
Sybile pour sçavoir quand la guerre finira
La
Valeur est chez nous, & tient à son
costé
La Générosité;
Les autres nations nous les traitons d'esclaves,
Mais nous vivons de raves. [1]
La guerre est tout nostre élément;
Mais, pour ne point faire les braves,
Elle a duré trop longuement.
Réponse
de l'Oracle
Tout
chacun souhaite à plein zèle
Tant de débats se terminer;
Mais la Paix est une pucelle
Fort difficile à gouverner.
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[1]
Epigramme contre les fanfaronnades
& la pauvreté des Espagnols, qui étaient
l'objet des mêmes railleries perpétuelles que
les Gascons. On en trouve beaucoup d'autres, et souvent plus
mordantes, dans les Ballets de Cour, par exemple dans La
Mascarade des Plaisirs troublez de 1657, & dans La
Boutade du Temps perdu:
L'ESPAGNOL
QUI VEUT PRENDRE LA LUNE AVEC LES DENTS:
Je n'ose
respirer, de peur que de mon souffle
Je n'ébranle tout l'univers.
Il n'est point de vaillans que d'un coup de pantoufle
Je ne fasse choisir à l'envers.
Et ma valeur icy, méprisant la fortune,
Se veut aller prendre à la Lune.
C'est tout
à fait le type du Capitan, que d'ailleurs notre
vieille comédie avait surtout emprunté
à l'Espagne.
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