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Comedie Italienne en Musique entre-meslée d'un Ballet sur le mesme sujet Dansé par sa Majesté 1654 |
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avec l'Argument de chaque Scene de la Comedie, qui donne occasion à chaque Entrée du Ballet |
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L'Epidan Choeur de
Néréides |
Prologue
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L'Epidan & l'Onochone, fleuves de Thessalie Choeur de Nereïdes |
A
l'Ouverture
du Theatre paressent Apollon & les Muses sur le haut de
leur Montagne, & de costé & d'autre les deux
Fleuves principaux de la Thessalie, & les Nereïdes
separées en deux Choeurs qui louënt Apollon,
& le convient à descendre pour donner un heureux
augure aux amours de Pelée. Cette Montagne s'abaisse
peu à peu, & les Fleuves & Nereïdes
s'estant retirées, Apollon & les Muses
r'emplissent le Theatre, & composent la Premiere
Entrée du Ballet.
Premiere
Entrée
Apollon
& les neuf Muses
Le
Roy, representant Apollon Plus
brillant & mieux fait que tous les Dieux ensemble, I'ay
vaincu ce Python qui desoloit le monde, Toutefois
il le faut, c'est une Loy commune,
La Terre ny le Ciel n'ont rien qui me ressemble,
De rayons immortels mon front est couronné:
Amoureux des beautez de la seule victoire,
Ie cours sans cesse apres la gloire
Et ne cours point apres Daphné.![]()
Ce terrible Serpent que l'Enfer, & la Fronde
D'un venin dangereux avoit assaisonné:
La Revolte en un mot ne me sçauroit plus nuire,
Et j'ay mieux aymé la destruire
Que de courir apres Daphné.![]()
Qui veut que tost ou tard je coure apres quelqu'une,
Et tout Dieu que ie suis je m'y voy condamné:
Que mes premiers soûpirs vont attirer de presse !
Est-il Muse, Reine ou Déesse
Qui ne voulut estre Daphné ?

M.
la Princesse d'Angleterre, Erato Ma race
est du plus pur sang Mademoiselle
de Villeroy, Clio Avec ces
rians attraits M.
la Duchesse de Crequy, Euterpe Les
bouches de la Rénommée M.
la Duchesse de Roquelaure, Thalie Il n'est
coeur ny liberté M.
la Princesse de Conty, Uranie Les Astres
dans leur carriere Quelle
gloire ne m'est duë ? Leur
aspect & leur ressorts Aussi je
touche de prés Madame
de Monloüet, Terspycore Regardez-moy
si vous l'osez, M.
la Duchesse de S. Simon, Calliope La
beauté, ce cher thresor, Avec un
brillant éclat Sans trop
loüer mes appas, Et je suis
digne de mieux, Madame
d'Olonne, Melpomene Mille
traicts déliez & fins Mademoiselle
de Gourdon, Polymnie Sur cent
objets à la fois Apollon
voit par hasard I'ay le
teint beau, les yeux doux, Cela fait,
où je feray
Des Dieux, & sur nos Montagnes
On me voit tenir un rang
Tout autre que mes Compagnes:
Mon jeune & Royal aspect
Inspire avec le respect
La pitoyable TENDRESSE,
Et c'est à moy qu'on s'adresse
Quand on veut plaindre tout haut
Le sort des grandes Personnes,
Et dire tout ce qu'il faut
Sur la chûte des Couronnes.
Et si jeunes & si frais,
Ces yeux où l'amour éclate
Et cette bouche incarnate,
Avec ce beau teint de Lys
Tout nouvellement cueillis,
Où la rose aussi s'assemble,
Et qui ne sçauroit, ce semble,
De cent ans estre effacé,
Moy qui n'estois rien n'aguere,
Je ne represente guere
L'HISTOIRE
du temps passé.
Disent que la mienne a des traits
Que les autresn'eurent jamais,
Et soit ouverte ou soit fermée
Qu'il faut mourir dés qu'on la voit,
Qu'elle ne peut estre décrite,
ET qu'on n'en connoist point sui soit
Ny si rouge ny si petite:
I'ay cent attraits, mais nullement
Ie ne m'en picque, & seulement
Ie tasche à donner quelque preuve
De conduite & d'entendement,
Ce qui releve infiniment
Une jeunesse toute neuve:
L'envie avec son desespoir
Au Soleil qu'elle persecute
Trouve quelque chose de noir,
Mais elle aura peine à pouvoir
Trouver de l'ordure à ma FLUSTE.
Qui me voyant ne se rende,
Et ma beauté c'est la grande
Et la supresme beauté:
La moindre de mes oeillades
Reconforte les malades
Et les remet en estat,
Mais c'est pure COMEDIE,
Il est bien fou qui s'y fie
Et s'arreste à leur éclat:
En des rencontres pareilles
Mes yeux disent des merveilles,
Mais qui les croit est un fat.
Me le cedent du costé
De la nette pureté,
Et de la vive lumière.
Ce port, ce teint, & ces yeux,
Monstrent que je suis des cieux
Tout fraischement descenduë.
Qui font mouvoir ces grands corps,
Tombent sous ma cognoissance:
A la haute Intelligence
Qui gouverne ces secrets.
Mortels, & ne vous abusez
En me prenant pour une femme,
I'ay des yeux qui donnent la Loy,
Qui d'eux-mesmes & malgré-moy
Descendent jusqu'au fonds de l'ame:
I'ay de cette beauté
Qui sçait mettre les coeurs en flame,
Et sur tout une Majesté
Qui prouve ma divinité:
En moy les graces sont comblées,
Et tout cela fait decider
Que c'est à moy de presider
Aux BALS
& dans les Assemblées.
Est ma compagne fidelle,
Et si je possede encor
Cent choses au delà d'elle.
I'éleve ceux que j'anime,
Et ie mesle au delicat
L'HEROÏQUE
& le sublime.
Les plus beaux Romans n'ont pas
Un seul Heros qui me vaille,
Si l'on n'en croit à ma taille
Qu'on s'en reporte à mes yeux.
Esclatent dessus mon visage,
Tous mes regards sont des destins,
Mais qui les tient à bon presage
Pour sa fortune n'est pas sage:
Si ma douceur en met aux fers
On s'y trompe, & je ne m'en sers
Qu'avecque tant de Politique,
Qu'enfin l'on void facilement
Qu'il faut que l'Amour & l'Amant
Chez moy faße une fin TRAGIQUE.
Ie r'emporte un grand trophée,
Bien qu'on dise que je sois
Muse qui nacquit coiffée.
Les graces comme les nostres,
Et je pense avoir ma part
Au rien qu'il a pour les autres.
Et je sens mon origine,
La difference entre nous,
Qu'Apollon la determine.
La gloire de nos Montagnes,
Où je me consoleray
Avec huict de mes Compagnes.

Acte Premier
Scene
Premiere
Qui fait
parestre une Grotte ouverte des deux costez
Chiron
conseille à Pelée ou d'abandonner l'Amour, ou
de ne point perdre l'esperance, & luy persuadant que la
Vieillesse de ses Rivaux le doit mettre à couvert de
toute crainte, l'exhorte toutefois (pour s'opposer à
la violence que Iupiter pourroit faire à Thetis) de
s'en aller sur le Caucase implorer le secours de
Promethée, qui avec le feu du Ciel qu'il avoit
derobé, en avoit aussi emporté toutes les
grandes & les sublimes cognoissances, & qui
d'ailleurs seroit assez aise d'obliger Peleé en une
occasion où il y alloit de nuire à la passion
de Iupiter qui luy faisoit souffrir un si cruel tourment.
Pelée approuve le conseil de Chiron, & aussi-tost
les Magiciens font un charme en dançant, &
l'enlevent dans un char volant.
Deuxiesme
Entrée
Les
Magiciens
Le
Comte de Lude Mon coeur
se laisse aisément prendre Le
Marquis de Villequier La
Beauté qui me charme a de l'air du Printemps, Le
Marquis de Senlis Qui
pourroit douter de mon Art ?
representant
un Magicien
Par plus d'une belle à la fois,
Et j'ay du loisir à revendre
Quand je n'en ayme rien que trois,
Ie pleure, je soûpire, & suis prest à me
pendre,
Puis tout à coup je disparois.
representant
un Magicien
Nous devons nous aymer, je suis fier, elle est fiere,
Et c'est assez le fait d'une jeune Sorciere
Qu'un Magicien de vingt ans.
representant
un Magicien
En bon lieu mes raisons ont assez d'energie,
Et je parois beau quelque part,
N'est-ce pas la pure Magie ?
Scene
Seconde
Qui s'ouvre dans la Perspective ou l'on void la Mer
Choeur müet de Pescheurs de Corail
Thetis
paroist sur une grande Coquille conduite par un Demy-dieu
Marin, & toute environnée d'une belle troupe de
Pescheurs de Corail: Et d'un autre costé Neptune
aussi sur une autre Coquille torée par des Chevaux
Marins, vient dire à Thetis la passion qu'il a pour
elle: Mais comme il s'apperçoit qu'elle le mesprise,
il l'a quitte soudain, se retire tout en colere avec sa
suitte, & frapant la Mer de son Trident il esmeut un si
grand orage que Thetis est contrainte de descendre à
terre avec les Pescheurs, qui estants bien aise d'estre
eschapez de la tempeste font entre-eux une dance pour
tascher de la divertir.
Troisiesme
Entrée
Demy-dieux
Marins menant Thetis, suivy de douze Pescheurs de Corail
Pour
le Comte de S. Aignan I'ay dans
un si haut point mis la galanterie, Ie le suis
tout à fait, je veux bien qu'on le sçache, Madrigal Pour une
Nymphe aussi belle Monsieur,
Frere Unique du Roy, De mes
fins hameçons le danger est extrême, A beaucoup
de Maris le crainte se redouble, I'iray
bien plus avant lors que j'auray plus d'âge, Monsieur
le Duc d'York Loin de ne
faire icy que pescher le corel Le
Duc Damville Ayant le
mesme appas & le mesme hameçon Le
Comte de Guiche Sur de
paisibles estangs Le
petit Comte de S. Aignan, Subtil
& droit comme un jon, Le
Marquis de Mirepoix A ce doux
mestier ie pretends
representant
un demy-dieu marin
Que la Cour de Neptune en est toute fleurie,
Des Nobles Paladins les hauts faits égalant:
Ie tasche à relever leur gloire sans seconde:
C'est la plus grande pitié du monde
Quand on est demy-Dieu sur la terre & sur l'onde,
Et qu'on est que demy-galand.
Puisque c'est un honneur, & non pas une tache,
Qui dans le champ d'Amour m'a fait faire moisson,
Grace à l'esprit, au coeur, aux Chasons &
Ballades,
Suivis de souspirs & d'oeillades,
Je puis mieux que personne, en parlant de Nayades,
Dire qi c'est Chair ou Poisson.
Que cruelle
Ie soupire à tout propos,
Ma langueur est eternelle,
Et i'ay le mesme repos
Qu'ont les flots.
representant un Pescheur
Et ie suis un Pescheur plus beau que l'Amour mesme,
Qui m'occupe & qui me plais
A jetter ligne, & filets
Où je voy le Poisson digne
Des filets & de la ligne.![]()
Que chez eux à la fin ne pesche en eau trouble,
Mon esprit est si bien fait,
Et i'en ay tant qu'on ne sçait
Où ie pesche & d'où ie tire
Les choses qu'on m'entend dire.![]()
Mais, je m'exerce encor sur les bords du rivage,
Et ne commence point mal
D'aller peschant le coral
Dessus les leures vermeilles
De mille jeunes Merveilles.
representant un Pescheur
Il faut que d'un endroit malheureux & fatal
Que la vaste mer environne,
Ie m'applique en homme expert
A pescher tout ce qui sert
A refaire une Couronne.
representant un Pescheur
Que i'avois jeune garçon,
Rarement ou s'en eschappe,
Et comme si le temps alloit à reculons,
Dieu sçait comvien i'en attrappe
Avecque mes filets blonds.
representant un Pescheur
Je fais depuis quelque temps
Mon epreuve journaliere,
Mais ie ne prends point l'essor,
Et ie n'ose guere encor
M'approcher de la Riviere.
representant
un Pescheur
Ie sçay pescher à la ligne,
Et mon adresse maligne
Embarasse le goujon:
Quand à ces gros poissons je ne sçauroy qu'en
faire,
Pour n'estre pas encor tout à fait à leur
point,
Et l'on feroit bonne chere
De ceux que je ne prends point.
representant un Pescheur
Faire fortune avec le temps;
Car enfin toute la Science
D'un Pescheur sage & bien instruit
Est d'avoir de la patience
Et de ne point faire de bruit.
Scene Troisiesme
Choeur müet des Furies de la Jalousie
Iupiter
environné de pompe & de majesté, descend
au milieu de l'Air dans une grande Nuë, & dit
à Thetis toutes les choses tendres &
passionées qui la peuvent obliger à l'accepter
pour son espoux:
Mais elle refuse cet honneur ne voulant point manquer de
reconnoissance enver sIunon qui avoit eu soin de son
education, ce qui fait que Iupiter se resout à
l'enlever: & comme il est sur le point d'executer son
dessein (l'ayant des-ja mise dans une partie de cette
Nuë qui l'envelopoit, & commençant à
luy faire perdre terre) Iunon arrive dans un tourbillon
moins impetueux que sa cvolere, & apres de grands
reproches (ayant appellé à son ayde les Furies
de la Jalousie) la Terre s'ouvre & les vomit par la
gueule d'un Monstre effroyable. A cette vuë, Iupiter
lasche prise, & forcé de remettre son entreprise
à une autre fois s'en retourne au Ciel. Cependant les
Furies toutes glorieuses d'avoir utilement servy au
ressentiment de la Déesse, font une dance devant
elle, apres laquelle Iunon ( ayant remercié Thetis de
sa vertueuse resistance, prend ces mesmes Furies & les
emporte dans son tourbillon pour en persecuter Iupiter
jusques dans son repos & dans sa gloire.
Quatriesme
Entrée
Les
Furies
Pour
le Roy representant une Furie Esvite si
tu peux cette jeune FURIE, Elle fuit
les Meschans, les presse, les opprime, Que ie voy
de Beautez dont la rigueur extrême Le
Duc de Ioyeuse Ne vous y
fiez point, apprehendez mes oeuvres, Le
Marquis de Genlis I'ay le
visage doux, amoureux & benin,
Espagne, dont l'orgueil est trop long-temps debout,
Elle te va dompter d'une force aguerrie,
Et la torche à la main s'en va de bout en bout
Mettre le feu par tout.![]()
Leur fait dans ses regards livre un sanglant decret,
Et dans le mesme instant qu'ils commettent le crime
Leur glisse dans le coeur un eternel regret,
Comme un Serpent secret.![]()
A plus de mille Amans a causé le trespas,
Qui voudroient tout le jour, & toute la nuict mesme
Avoit cette Furie attachée à leurs pas,
Et qui ne l'auront pas.
representant une Furie
Je porte sur le front une douceur qui ment,
Et ie cache finement
Mes griffes & mes couleuvres.
representant une Furie
Comme le doit avoir une furie honneste,
Peut-estre sur le coeur ay-je quelque venin,
MAis je n'ay pas beaucoup de serpens à la
teste.

Acte Second
Scene
Premiere
Qui
represente la cime du Caucase
Choeur muët d'hommes & de femmes
Sauvages
Pelée
conduit par des Hommes & des Femmes Sauvages, rencontre
Prometée lié sur un rocher, avec l'Aigle qui
luy ronge le coeur, & apres avoir faire entre-eux une
legere comparaison de leurs tourments, Promethée
l'assure que l'Oracle de Delphes avoit predit qu'il
naistroit de Thetis un fils plus grand que son PEre:
qu'ainsi Iupiter (sans doute) seroit contraint de renoncer
à sa pretiention, & que Mercure ayany des-ja
esté envoyé de sa part à Iupiter pour
luy donner de cét Oracle, il avoit lieu d'esperer que
la chose se ternmineroit à son contentemement.
Pelée s'en retourne en Thessalie extrémement
consolé, & les Sauvages (sur l'apparence que
Promethée sera delivré de sa peine, &
Pelée aura ce que son coeur desire) ne
sçauroient mieux exprimer leur allegresse que par une
dance.
V. Entrée
Nous faisons cas des beaux
visages
Dont nous sçavons fort bien user,
Et ne sommes point si Sauvages
Qu'on ne nous puisse apprivoiser.
Scene
Seconde
Qui
decouvre un Palais d'or & de pierreries
Choeur Muët de Dryades
Iupiter
se trouve avec Mercure dans ce beau Palais qu'il avoit fait
preparer au plus secret endroit du Caucase, afin d'y
celebrer ses nopces à l'insceu de Iunon, &
là songeant aux moyens d'y conduire la nouvelle
espouse, Mercure l'avertit de l'Oracle. Iupiter surpris,
& craignant qu'il ne luy arrive en cette occasion ce qui
estoit autrefois arrivé entre luy & Saturne: fait
ceder l'amour à l'ambition & se retire dans le
CIel, apres avoir commandé à Mercure d'aller
publier qu'il n'y pense plus, & qu'il se desiste d'une
entreprise trop injurieuse à son authorité.
Les Dryades qui comme Nymphes terrestres avoient de la
jalousie e la bonne fortune de Thetis Déesse Marine,
& qui se tenoient aux escoutes pour rendre compte
à Iunon de toutes les pensées de Iupiter,
tesmoignent par une dance la joye qu'elles ont de la
resolution qu'il vient de prendre.
VI. Entrée
Pour
Le Roy representant une Dryade Nymphe
grande & Genereuse Qui
ne juge à son écorce, Prés
de cet Arbre Superbe Le
Duc de Ioyeuse Tandis que
la raison est rude Le
Duc de Roquelaure Tout le
Monde me croit une Nymphe gaillarde Il
n'est point de forest qui ne soit indignée I'ay de la
vanité, je m'emporte & dy rage Mais
enfin mes plaisirs ne nuiront plus aux vostres, Le
Marquis de Genlis Un Satyre
au fond du bois
Dans un Chesne precieux
Ie meine une vie heureuse;
Ses jeunes branches des Cieux
Vont bien-tost est voisines,
Et se haussent à tel point
Qu'elles ne délentent point
La gloire de ses racines.![]()
Et sans plus l'aprofondir,
Quelle est sa séve & sa force,
Er comme il doit s'agrandir ?
Bien que ses rameaux soient tendres,
Qui ne cognoist qu'en effect
Il est du bois dont l'on fait
Les Cesars, les Alexandres.![]()
Tous les autres sont honteux,
Et plus humble que n'est lherbe
Qui croist & rampe autour d'eux;
Aussi par son horoscope
Que les Dieux ont en depost,
Sans doute il fera bien-tost
Ombrage à toute l'Europe.
representant une Dryade
Je m'estonne qu'on ne me fuit,
Mon bois est le fait d'une Prûde,
Il brusle, & ne fait point du bruit.
representant une Dryade
Qui n'ay pas eu grand soin de sa Pudicité,
Pour le moins de nos Soeurs ay-je toujours esté
La plus dévergondée, & la plus
babillarde.![]()
Du fracas ennuyeux que j'ay fait tant de fois,
Et si-tost que je hante une souche de bois,
Il vaudroit tout autant qu'on y mit la
coignée.![]()
Par un droit d'impudence à mon partage
échu,
Et mesme qu'on descouvre un pauvre arbre fourchu,
La malice des gens m'en impute l'ouvrage.![]()
Nymphes, 'asseurez-vous, & ne craignez plus donc,
Ie me trouve si bien de mon aymable Tronc,
Que ie veux desormais laisser là tous les
autres.![]()
representant une Dryade
D'une amoureuse maniere,
Mit mon honneur aux abois,
Quand tout à coup par derriere
On vint pour le détourner,
Et m'oster de ce martyre;
Mais on ne sçeut discerner
La Dryade du Satyre.
Scene
Troisiesme
Qui
represente un Theatre, & au fond de la Perspective une
Statuë du Dieu Mars
Choeur muët des Chevaliers de Thessalie
Les
Chevaliers de la Ville principale de Thessalie affligez de
la cruauté de Thetis envers leur Monarque
Pelée, entreprennent un Combat à la Barriere
en l'honneur de Mars; Cependant que d'un autre costé
l'ont fait des sacrifices à ce mesme Dieu, afin qu'il
employe son credit aupres de Venus pour le retour de
Pelée, & pour l'attendrissement du coeur de
Thetis. A mesme temsp la Statuë de Mars ayant
parlé & predit toute sorte de bon-heur, ces
Chevaliers quittent leurs armes &
dancent.
VII. Entrée
Combat
à la Barriere, par les Chevaliers de Thessalie
Pour
le Comte de S. Aignan Lauriers,
attendez moy, ce Combat est donné Quel si
puissant effort soit de lance, ou de lame
representant un Chevalier
Pour la gloire des fers qui me rendent esclave,
Et comme ie me sens le plus paßionné,
Il faut par consequent que ie sois le plus brave.![]()
Oseroit esperer de tenir contre moy ?
Il s'agit de prouver que celle qui m'enflamme
A le plus de beauté, Lauriers
attendez-moy.

Acte Troisiesme
Scene
Premiere
Qui
represente le Portique du palais de Thetis
Choeur des Academistes de Chiron
Pelée
revenu du Caucase & ayant rencontré Chiron, se
resout par son Conseil de se presenter à Thetis,
& d'en venir aurpres d'elle à la derniere
violence des prieres amoureuses, d'autant plus hardiment
qu'il se trouve fortifié de la declaration qu'a fait
Iupiter de ne plus songer à elle. Les Academistes de
ce mesme Chiron, Inventeur & maistre de plusieurs
diferentes professions, font une Dance pour montrer la joye
qu'il ont du retour de Pelée.
VIII. Entrée
Chiron
Centaure, faisant dançer son Academie pour le divvertissement
de Pelée
Chiron
Centaure qui devoit estre representé Ne vous
espouvantez pas, Ie ne m'en
trouve point trop mal, Lors que
d'un sens net & distinc Le
Masitre de l'Academie representé Si mon
orgueil paroist c'est avecque raison, Pour
le Roy representé un Academiste Ce jeune
Academiste est dans une posture Les
fatigues du corps font ses cheres delices, Il ne
sçauroit souffrir que d'autres le devancent,
par
Mr Hesselin
D'un homme ie n'ay rien que le corps & la teste:
N'est-on pas trop heureux quand il faut qu'on soit
beste,
De l'estre seulement de la ceinture en bas ?![]()
Ce prodige me sert autant qu'il me renomme,
Et i'ay souvent besoin que la moitié d'un homme
Appelle à son secours la moitié du
cheval.![]()
I'ay bien moralizé, j'abandonne l'alcôve,
Regagne l'écurie, & libre ie me sauve,
De la raison chagrine au plaisir de l'instinc.
par
Mr Hesselin
Et j'enseigne à des gens d'assez bonne Maison
Dont les grands bien pourroient multiplier les nostres;
L'interest ne fait pas mes travaux ordinaires,
Et que je sois payé d'un de mes Escholiers,
Je feray de bon coeur credit à tous les
autres.
A n'apprehender pas qu'on l'esgale jamais,
On void trop éclatter jusq'en ses moindres traits
Et sa grandeur presente, & sa grandeur future,
A son noble merite un haut éclat est joint,
Außi dans ce Chef-d'oeuvre accomply de tout point
Fortune a travaillé sur le plan de Nature.![]()
Des-ja contre les siens un peu trop animez
Il a battu le fer, & les a desarmez,
Pour un bel Avenir ce sont de beaux indices:
Il s'appreste a des coups encor plus importans,
Et l'Espagne a son dam sçaura dans quelque temps
Combien il est adroit à tous ses
exercices.![]()
Soit qu'il coure, qu'il saute, ou qu'il monte à
cheval,
Et quand il est paré pour la gloire du Bal
On ne s'apperçoit pas que d'autres que luy
dansent:
Tout le monde le trouve adorable & charmant,
On en parle tout haut, les Dames seulement
N'osent dessus ce point dire ce qu'elles pensent.
Scene Deuxiesme
Choeur muët des Courtisans de Pelée,
& des petites filles de la Cour de
Thetis
Pelée
fait tout ce qu'il peut pour gagner les bonnes graces de
Thetis; mais elle a toujours la mesme rigueur, & comme
fille de Prothée, se sert du Privilege de sa
naissance, pour tromper sa poursuite par les differentes
formes qu'elle prend; toutefois il ne se rebute point &
luy témoigne toujours autant de hardiesse que
d'amour: Enfin elle se change en un Rocher, Pelée
l'embrasse & proteste de mourir plustost que de la
quitter; Thetis se rend à cette derniere espreuve,
& l'accepte pour son Mary: Toute la Cour de Pelée
est dans une allegresse nompareille, & les Courtisans se
mettent à danser.
IX.
Entrée
Les
Courtisans
Le
Roy qui devoit representer un Courtisan Ce parfait
Courtisan a la mine si haute, A son aage
il possede une charge honorable, Il passe
d'assez loin les Titres ordinaires, C'est le
plaisir des yeux & le douleur des ames, Le
Duc de Cancale La Cour a
peu d'esclat qui le dispute au nostre, Le
Marquis de Villequier Pour
arriver à l'Amour, La
Marquis de Genlis Comme
chacun tend à ses fins,
Qu'en le croyant un Roy si c'est faire une faute
C'est conscience aussi de la vouloir punir,
Il est jeune, il se pousse, il entreprend, il ose,
Et n'a rien tant à coeur comme de parvenir,
Je croy qu'il fera quelque chose.![]()
Un establissement assez considerable,
De moins ambitieux s'en tiendroient à cela;
Mais à plus de grandeur sa vertu se dispose,
L'apparence n'est pas qu'il ne demeure là,
Je croy qu'il fera quelque chose.![]()
Et seroit beaucoup mieux qu'il n'est dans ses affaires,
N'estoit son grand procés contre un proche
parent,
On sçait la démeslé du Lys & de la
Rose,
Q'il peut venir à bout de ce vieux diferent,
Ie croy qu'il fera quelque chose.![]()
Tout ce qu'on voit briller de fille, & de femmes
Ont pour luy dans le coeur d'estranges embarras,
Et q'il prend quelque part à la peine qu'il
cause,
Que ie luy voy tomber d'affaires sur les bras,
Ie croy qu'il fera quelque chose.
representant un Courtisan
Et sa Fureur nous garde un assez digne prix,
Nous sommes le fait l'un de l'autre,
Elle me rit, & ie luy ris:
D'une felicité qui n'est guere commune,
Avecque du plaisir on devient l'Artisans,
Lors que le Courtisan en veut à la Fortune,
Et qu'außi la Fortune en veut au Courtisan.
representant un Courtisan
Et venir à la Fortune,
La souplesse & le détour
Sont une chose importune:
De moy i'estime beaucoup
Ce qui se fait par saillie,
Et j'ayme à voir tout d'un coup
L'affaire faire ou faillie:
J'aurois fleschy la rigueur
D'une autre que de l'ingrate
Qui fait ma triste langueur,
Depuis le temps que ie grate
A la porte de son coeur.
representant un Courtisan
Dans la Cour par divers chemins
Tous opposez & tous contraires
A ce qu'on avoit projetté,
Que sçait-on si par ma beauté
Ie ne feray point mes affaires ?
Scene Derniere
Choeur des toutes des Deïtez, Choeur muët des
Amours,
Personnages muëts, Choeur muët des Arts Liberaux
& Mechaniques,
l'Harmonie Celeste
Thetis
& Pelée paroissent assis sur un haut Throsne,
dont le dessus se change en une Perspective di firmament,
où sont les Amours: Et l'autre partie de la Scene se
forme en une Nuë au travers de laquelle brillent toutes
les Deitez accouruës aux Nopces. Hercule u ameine
Promethée delivré par les ordres de Iupiter.
Cependant Iunon & Hyménée, accompagnez des
Intellignences qui composent l'Harmonie Celeste, descendent
dans une grande Machine, & tout cela s'estant joint aux
Arts Liberaux & Mechaniques, de l'invention de
Promethée, qui les a conduits en ce lieu, il se fait
un grand Ballet à Terre tandis que les petits Amours
en font un autre au plus haut du Ciel.
Derniere
Entrée
Les Arts
Liberaux
Madame
de Brancas Nous avons
tout l'éclat de la grande beauté, Mademoiselle
de Mancini En moy la
grace infinie D'ordinaire
je m'applique Mademoiselle
de Mortemart Ma
jeunesse, mon teint & mes regards vainqueurs En toute
ma personne il ne se trouve rien Mademoiselle
d'Estrée Ie n'ay
pas mon esprit tellement dans les Nües Mademoiselle
de la Riviere-Bonneüil Sans honte
on ne me peut choquer dans l'entretien, Par
delà l'a, b, c, tout m'est presque interdit, Tous ceux
où la vieillesse introduit ses glaçons, Mademoiselle
du Foüilloux Sans que
ie parle mesme on m'admire à la Cour, Mademoiselle
de La Loupe Mes jeunes
charmes quoy que sombres, Madame
de Commenge A voir de
ce beau teint l'immortelle fraischeur Pauvres
Mortels, détrompez-vous, Hymenée
ou le Mariage representée Tout
außi serieux que l'Amour est badin, Hercule
representé En faveur
de l'Amour dont les douces amorces
representant la Geometrie
Et pour mieux soûtenir le bon air & la grace,
Une taille sans vanité
A pouvoir atteindre le Parnasse;
Quoy qu'à ne vous en point mentir
Ce soit beaucoup d'honneur pour une creature,
I'irois jusques là sans sortir
De ma Reigle & de ma Mesure.
representant la Musique
A mille charmans thresors
Agreablement unie,
Forme une belle harmonie
Et de l'esprit & du corps.![]()
Sur un ton fin & mocqueur
Qui chatoüille, mais qui pique,
Et monstre que la MUSIQUE
N'est pas bonne dans le Coeur.
representant la Dialectique
Sont de fortes raisons qui n'ont point de pareilles,
Et de clairs argumens qui convainquent les coeurs
Par les yeux & par les oreilles.![]()
Qui ne monstre qu'enfin ie suis hors de ma place,
Et ne serve à prouver que ie tiendrois fort bien
Mon poste dessus le Parnasse.
representant l'Astrologie
Que les choses d'embas ne me soient bien cognües,
Nature fit d'heureux efforts
En travaillant apres mon corps,
Et me fit l'ame ingenieuse,
Et de ses paßions Maistresse imperieuse;
Mais toujours un peu curieuse,
Et le CIel respandit tout ce qu'il a de mieux,
Et ses dons les plus precieux
Sur une delicate & fine Precieuse.
representant la Grammaire
I'ay beaucoup d'innocence, & la pasleur chagrine
Qu'on remarque aux gens de doctrine
Est une preuve en moy comme ie ne sçay
rien.![]()
Il faut que ie m'en tienne aux principes vulgaires,
Il est vray que ie n'en sçay gueres,
Außi ne m'en a t'on encores gueres dit.![]()
Dessous ma discipline onr des peines frivoles
Ie tiens mes petites Escoles
Ouvertes seulement pour les jeunes
garçons.
representant la Rhetorique
I'arrache tous les coeurs si l'on ne me les donne,
Et ie n'ay rien en ma personne
Qui ne persuade l'Amour.
representant l'Arithmetique
A de pauvres Amans que ie voy sanglotter,
Font pousser des soupirs au delà de mes Nombres,
Je ne laisserois pas de les bien supputer,
N'estoit que i'en ay quelque honte,
Et que i'en fais si peu de conte
Que je ne les daigne conter.
representant Iunon
Où le rouge éclatant & la vive
blancheur
Des roses & des lys cont effaçant la gloire,
Me peut-on accuser d'avoir l'esprit jaloux ?![]()
La Fable vous en fait acroire:
La jalousie en moy ne se peut soupçonner,
Ie n'en veux prendre ny donner,
C'est une mauvaise graine
Qui ne fait que de la peine,
Et qui produit seulement
Une seiche & triste fueille,
Il faut plaindre également
Qui la seme, & qui la cueille.
par
le Duc de Ioyeuse
Ie détruis le pouvoir qu'il prend dans les
familles,
Madame du Puy sçait qu'il n'est pas un Blondin
Moins aßidu que moy dans le Chambre des
Filles.
par
le Duc de Damville
M'ont fait de si grands biens & de si cruels maux,
I'ay pour recommencer mes penibles travaux
Les mesmes paßions & de pareilles forces:
Ouy, ie sens dans mon sein mouvoir le mesme coeur,
Ie sens la mesme adresse & la mesme vigueur
Qui m'ont fait acquerir une gloire si haute,
Hormis que i'ay les pieds un peu plus engourdis,
Et que ie ne pourrois retourner chez mon Hoste
De la mesme façon que i'y passay jadis.
Les Arts Mechaniques
Pour le
Roy representant la Guerre Nous
l'aurons cette Paix tant de fois desirée, Le
Comte de S. Aignan En
travaillant nuict & jour
Qui depuis si long-temps s'est au Ciel retirée,
Et la GUERRE
à la fin va combler nos souhaits:
Cent Oracles fameux ont predit à la terre,
Pour avoir une bonne PAIX,
Qu'il failloit une bonne GUERRE.
La voicy qui s'avance, & nous est envoyée
Pour imposer des Loix à l'Europe effroyée
Du cours impetueux de tant d'actes guerriers:
Elle vient dans ces lieux qu'elle va rendre calmes
Y moißonner tous les lauriers,
Et nous laißer toutes les palmes.
Orgueilleuses beautez, cette GUERRE vous
touche,
Et l'eau certainement vous en vient à la bouche,
Vous vous deffendez mal contre ses traits vainqueurs:
Malgré vos sentimens si cachez & si doubles,
On void bien que c'est dans vos coeurs
Que la GUERRE
est cause des troubles.
representant l'Agriculture
Au champ de Mars & d'Amour
I'ay force gloire amaßée:
Il est peu de Lauriers que je n'aye obtenu,
Mais la fleur en est paßée
Et le fruict n'est point venu.
Les Amours
Pour
Monsieur representant un Amour Que ce
jeune & tendre Amour Il
joüe avec vous à cent jeux, Ie
prévoy pourtant que ce Dieu Le
Comte de Guiche Tous ces
Amours que je voy Le
Marquis de Villeroy Pour
écouter je me glisse, Pour
le petit Comte de S. Aignan S'il est
außi discret que sa Mere est discrette, Pour
le petit Rassent Tous nos
talans sont diversifiez,
Sera dangereux quelques jours:
Belles, vous le flatez de mesme qu'il vous flate,
Mais quand il vous caresse & que vous le baisez,
C'est un petit Lion que vous apprivoisez
Qui vous donnera de la pate.![]()
Touche la gorge & les cheveux
D'une paßionnée & perilleuse sorte,
Ce n'est qu'en attendant qu'il ayt tout ce qu'il faut,
Et vous ne doutez pas qu'il ne vole plus haut
Dés qu'il aura l'aisle plus forte.![]()
Devenu grand en temps & lieu,
Sçaura se dégager de vos molles caresses:
A ses braves Ayeux un jour s'égallera,
Et d'un coeur heroïque enfin appellera
La gloire au rang de ses Maistresses.
representant un Amour
D'une beauté singuliere
Ne sont rien au prix de moy,
Soit en feu, soit en lumiere:
Ie découvre qu'en effét
Ie suis un Amour tout a fait,
Et je n'y prenois pas garde:
Mais las ! quand je me hazarde
A faire reflexion
Dessus ma condition
Au sortir de mon enfance,
A moy-mesme je me nuis,
Et par malheur je commance
A sentir ce que je suis.
representant un Amour
Sçachant bien que c'est touiours
Le fait des petits Amours
De songer à la malice.
representant un Amour
Il haïra fort la fleurette:
Mais s'il tient de celuy qui luy donna le iour,
Ie pense que cét Amour
Aura bien quelque maourette.
representant un Amour
Et chacun à ses graces naturelles:
Pour moy, comme vous le voyez,
En attendant qu'il me vienne des aisles,
Ie m'escrime aßez bien des pieds.