La mort d'Orphée, ou les Fetes de Bacchus
Ballet
Héroïque,
représenté sur le Théatre de la Comédie
Françoise
le Mercredi 6 Juin 1759
Composition de Mr Hus
![]()
les
personnages les
interprètes Orphée Mr
D'Eterville Bacchus Mr
Hus Seconde
Bacchante Mlle
Guimard

Aux
deux côtés du fond du Théatre, on
apperçoit plusieurs Montagnes, séparées
par un Vallon orné de quelques arbres, qui laissent
voir l'Ebre dans l'enfoncement. Orphée est assis sous
ces arbres; & enchanté du doux son de la Lyre,
les animaux les plus féroces, qui tranquilles &
couchés autour de lui, demeurent attentifs à
l'harmonie qui les attire. Les Arbres & les Rochers
paroissent se rapprocher pour entendre de plus près;
lorsqu'il cesse de tirer des sons de la Lyre, les Rossignols
font de vains efforts pour les imiter, & tombent morts
de jalousie & de douleur de ne pouvoir y
réussir.Orphée finit par un morceau lugubre
& intéressant, par lequel il exprime les regrets
qu'il a de la perte de sa chere Euridice. Les Animaux
attendris, inclinent leurs têtes. Insensiblement les
Montagnes & les Rochers se fendent; les Arbres laissent
tomber les pleurs que l'Aurore avoit au matin
répandues sur leurs feuillages. Toute la Nature
s'intéresse à la douleur
d'Orphée. Les
Bacchantes seules, qui l'entendent, sont insensibles
à ses sons. Elles le soupçonnent de
mépris pour elle; elles ont juré sa perte;
elles se précipitent en fureur du haut des Montagnes,
couvertes de peaux de Bêtes féroces, tenant un
Thirse d'une main, & un Tambour ou une Flûte de
l'autre; elles viennent pour le frapper de leurs Thirses;
les sons d'Orphée enchantent leurs armes qui
s'échappent de leurs mains, & tombent sans force
au pied du Chantre de la Thrace. Pour y suppléer,
elles veulent ramasser des pierres qui restent
attachées à la terre, quelques efforts
qu'elles fassent, & refusent, ainsi que les branches
d'arbres, de se prêter à ce projet barbare.
Elles paroissent elles-mêmes adoucies un moment par la
Lyre enchanteresse; mais pour n'y pas succomber, &
s'empêcher d'en entendre les sons harmonieux, elles
font avec leurs Tambours & leurs Flûtes un
bacchanal que l'Orchestre exprime. Celle qui est à
leur tête, reste seule attendrie, & s'asseoit
auprès d'Orphée pour l'écouter. Les
Bacchantes arrachent les cornes de plusieurs Taureaux
attirés par les sons de la Lyre, se saisissent des
bêches que des Laboureurs avoient quitées pour
être plus attentifs, & veulent fondre sur le
malheureux Orphée, qui tend en vain les mains pour
les fléchir. La principale Bacchante faite des
efforts inutiles pour arrêter la fureur de ses
Compagnes. Elle qui leur commandoit, se jette à leurs
genoux pour leur demander grace; voyant quelle [sic]
ne peut triompher de leur rage, elle fait un rempart de son
corps au malheureux Orphée, & veut périr
avant lui. Ses Compagnes se saisissent d'elle, l'arrachent
de devant leur victime, &, pour quelle [sic] ne
puisse plus s'opposer à leur fureur, l'attachent
à un arbre avec son écharpe; ensuite elles
tombent sur Orphée, le déchirent, le
massacrent, jettent son corps & sa Lyre dans l'Ebre qui
s'agite d'horreur, & exécutent un Morceau de
Danse rempli de joie, de rage & de plaisir d'avoir
détruit leur Ennemi. Ce
Morceau de Musique dans le goût d'une Tempête,
doit laisser percer de tems en tems les accens plaintifs de
la Lyre, qui d'elle-même & du fond du Fleuve, fait
encore entendre ses sons douloureux. Une Symphonie annonce
l'arrivée de Bacchus, la terreur saisit les
Bacchantes qui prevoyent la colere de ce Dieu terrible,
lorsqu'il apprendra la mort d'un homme qui présidoit
à ses mysteres. Elles expriment leurs craintes &
leur embarras par differens tableaux, & s'enfuyent avec
désordre & confusion à l'arrivée de
Bacchus Ce
Dieu descend de la Montagne dans un Char,
traîné par des Tigres; le vieux Silêne
& une Troupe de Faunes l'entourent. Il est
étonné de voir les Bacchantes s'enfuir
à son aspect; mais son étonnement cesse quand
il apperçoit la principale Bacchante attachée
à un arbre, qui donne toutes les marques du
désespoir, & qui l'implore aussi-tôt
qu'elle le voit, en lui montrant, sous les arbres, l'Echarpe
d'Orphée ensanglantée. Il connoît la
fureur de ces Femmes jalouses, & ne doute plus de la
mort de son cher Orphée. Il fait délier la
principale Bacchante, lui promet justice, & envoye les
Faunes chercher les Bacchantes. Leur terreur est l'aveu de
leur crime; elles se jettent à genoux, mais elles ne
fléchissent point le Dieu irrité, qui les
attache à la terre, & les change en arbres. Les
jeunes Faunes qui ne trouvent point leur compte à la
métamorphose des Bacchantes, font si bien qu'ils
fléchissent insensiblement la colere du Dieu qui
rompt la métamorphose, & rend aux Bacchantes leur
premier être & leurs premiers charmes; les Faunes
& les Bacchantes exécutent les Fêtes de
Bacchus pour le remercier; & les Fêtes se
terminent par une Contre-danse générale, qui
finit par la Marche de Bacchus qui remonde la Montagne avec
sa Suite.