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Mascarade des Matrones
1612

 

Premier Recit de la Déesse Lucine pour les Matrones

Beautez, l'honneur qui vous possede,
N'a besoin de pas un remede,
On ne vient point icy pour vous,
Nostre art inutille demeure,
En vous aymant il faut qu'on meure
Pour n'irriter vostre courroux.

Vos graces divines & sainctes
N'ont point de mortelles ateintes,
Des enfans par nous presentez,
C'est du Ciel la divine engeance,
Que i'anime en vostre presence,
Comme devant les Deitez.

Leurs gestes en tout admirables,
Les doit rendre recommandables,
Non pis seulement à danser,
Ils sont de courage invincible,
Et rien ne leur est impoßible,
Ie m'en vays les faire advancer.

Venez icy femmes habilles,
Monstrer que vous estes utilles
A reparer le genre humain:
Faictes à ces Dames l'offrande
De ceste merveilleuse bande,
De la façon de vostre main.

Suiet du Grand Ballet, pour les Enfans que Lucine a changez en hommes

Ces beaux Enfans changez en hommes,
Pour servir les Dames du tems,
Passeront au siecle où nous sommes
Pour les amoureux plus constans.

Si quelqu'une sous son empire
Veut commander leur liberté,
Il ne faut seulement que dire,
Ils serviront à sa beauté.

Leurs ames nobles & gentilles,
Qui suivent Amour, ce grand Dieu,
Ne verront point de belles filles,
Qu'ils ne les trouvent en ce lieu.

Et ma puissance charmeresse
Rendra ses merveilleux effets,
De tesmoigner à leur maistresse
Qu'ils sont d'enfans hommes parfaits.

pour les Matrones

Ces Matrones sont envoyees
Du ciel, pour monstrer ce qu'il faut
Aux humanitez desvoyees,
Adin d'amander leur deffaut.

Ce n'est point un jeu d'avanture,
Et leur sçavoir est tres-certain,
Car dans les secrets de nature
A chaque heure elles ont la main.

De leur medecine amoureuse
Elles font tres librement part:
Pour quelque enfleûre dangereuse
On ne tient point la chambre à part.

Soubs leut chaperons sans malice,
Bien fournis de capacité,
Elles feront entrer en lice
La plus inhumaine beauté.

S'il faut secourir quelques femmes,
Elles ont assez de raison:
Car en tout les honnestes Dames
Sont des secrets de la maison.

Quand un galand a l'ame esprise,
Elles ne sont que charité:
Et poursuivent son entreprise,
Moyennant quelqu'honnesteté.

Leurs grands chappellets elles disent,
Avec des lanternes en main:
Comme il leur plaist elles divisent
Les affaires du genre humain.

Elles font plus que maistre mouche,
Et iamais rien mal à propos:
Quand il est mestier de la couche,
Le travailleur est un repos.

Dessous la faveur de Lucine,
Qui preside aux accouchemens,
Elles sont pires qu'une Alcine,
Avecque ses enchantemens.

Pour bien estouper un passage,
Et rapaiser les bons maris:
Elles empoprtent l'avantage,
Sur les meilleures de Paris.

On vient de cent lieux à la ronde,
Au secours à leur grand sçavoir:
Elles guerissent l'hipoconde,
Et plusieurs maux qu'on peut avoir.

La mal de maire & le mal de teste,
Mal de ratelle & mal de dents:
A chacun la recepte est preste,
Tant par dehors que par dedans.

Elles font entendre par signe,
Le langage des amoureux:
Et peschent les poissons sans ligne,
Aux destroits les plus dangereux.

A controuver elles font rage,
Et de tout amoureux transi:
Elles eschaufent le courage,
Fut il com'un roc endurcy.

Si quelqu'une se trouve en peine,
D'avoir de son mal guerison:
Elle est bien s'elle se promeine,
Un quart d'heure avec Alison.

Cest Alison entre les sages,
Fait miracle separement:
Ie ne dis rien des puccelages,
Qui sont en son gouvernement.

Iamais leur extreme puissance,
Ne touche du doigt un beau sein:
Qu'il ne leur rende obeissance,
Afin d'accomplir leur dessein.

En l'eau, en l'air, & sur la terre,
Bref parmy tous les elemens:
A ce que l'amour fait la guerre,
Elles ont des commandemens.

Si Iuppiter par fois se monstre,
Desireux d'humaine beauté:
C'est par leur moyen qu'il rencontre,
Celle qui tient sa volonté.

Quand on surprend quelque pucelle,
Leurs regards ont telle vertu:
Qu'on ne peut recognoistre en elle,
Si c'est la trace d'un festu.

Les veufves pourront sans feintise,
Se communiquer aisément:
Et faire par leur entremise,
Mille faveurs à leur amant.

Et des nouvelles mariées
Qui pleurent leurs vieilles amours:
On ne les a si tost priées,
Qu'elles leur donnent prompt secours.

Leur humeur est si charitable,
Et rendent leur bien si commun:
Outre leur nature admirable,
Qu'elles n'en refusent pas un.

En leurs bontez officieuses,
Il ne faut que les requerir:
Et vous trouverez gracieuses,
Les beautez qui vous font mourir.

Allez, belle troupe sçavante,
Le ciel benisse vos desseins:
Vostre vertu est si puissante,
Qu'il ne faut plus de Medecins.

Le Vray Recit du Ballet des Matrones, par Lucine

Aux Dames

Belles, qui de peur d'une enflûre,
Ou d'une longue esgratignûre,
Qui des-honorast vostre cas,
Aymez mieux mourir de jaunice,
Que de me faire un sacrifice.
MOUREZ IE NE VOUS PLAINDRAY PAS.

Ie ne viens icy que pour celles
Qui portent le nom de pucelles,
Et n'en ont que la qualité,
Qui sur mes preceptes se fient,
Qui tous les iours me sacrifient,
Ou d'effect, ou de volonté.

Pour secourir ces pauvres filles,
I'ameine des femmes subtilles,
Qui par des moyens prompts & doux,
Sçavent tirer l'enfant du ventre
Aussi doucement qu'il y entre,
Rentraire & reboucher les troux.

En leur mestier fort asseurées,
Ell'accouchent les plus serrées,
Sans leur foüiller dedans le corp:
Car leurs Bezicles à l'antique,
Vrays miroirs de Mathematique,
Font voir le dedans par dehors.

En mille diverses contrées,
Où elles se sont rencontreés,
(Dames admirez cet effect,)
Ell'ont fait des meres pucelles,
Qui voyant ce qui soirtoit d'elles,
Ne pouvoient croire l'avoir fait.

Tesmoins les enfans à tous aages,
Qu'on leur à laissés pour les gages,
Que vous verrez paroistre icy:
Filles il ne se faut plus feindre,
Faictes des enfans sans rien craindre,
Vous vous en deferez ainsi.

Dans des coings, soubs des galeries,
Derriere des tapisseries,
En tous lieux prenez vos esbas:
Ou si vous desirez encore,
Nourrir un feu qui vous devore,
MOUREZ IE NE VOUS PLAINDRAY PAS.

Les sages femmes, & les petits enfans qui les suivoient, ayans dansé leur Balet, Lucine parût encore, & feit ce second recit pour l'intelligence du grand Ballet.

Dames afin que vous ayez,
Demoy plus ample cognoissance,
Puis qu'aux miracles vous croyez,
Ie desire que vous voyez,
Si Lucine a suelque puissance.

Ie veux que ces petits enfans,
Qui sortent quasi de nourrice,
De petits qu'ils sont viennent grans,
Robustes, adroicts & puissans,
Pour vous pouvoir faire service.

Pendant qu'ils dorment demy-morts,
Ie force nature à s'estendre,
Et luy fais faire des efforts,
Qui vont rendre ces ieunes corps,
Capables de tout entreprendre.

C'est fait les voicy venir tous,
Ie les ay convertis en hommes:
Ils s'advancent déia vers vous,
Et sans doubte ces ieunes fous,
Prennent vos tetons pour des pommes.

Ne prenez en mauvaise part,
S'ils vous abordent davanture,
Car ils ont le coeur si gaillart,
Que ce que d'autres font par art,
Ils vous le feront par nature.