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Mascarade dansée en forme de Ballet
au Chasteau de Robert le Diable

 

La Fée Smirra descenduë en droite ligne d'Urgande la déconnuë de l'AMADIS DE GAULLE, chassée de la solitude du Chasteau de Bissestre, où elle avoit estably sa demeure depuis un si long temps; apres avoir cherché par toute la France un sejour où elle pûst entretenir doucement ses pensées sombres & melancholiques, ne treauvant aucun lieu où le desordre ne troublast son repos, enfin apres avoir resté quelque temps avec Melusine sa compagne à Lusignan, ne voyant pas mesme de seureté en ce lieu, est advertie par un de ses Folets que l'unique place qu'elle puisse habiter, est en Normandie, seule de toutes les Provinces où la Guerre n'a fait aucun ravage, estant gouvernée par la sage conduite d'un des plus genereux & des plus prudens Princes qui soient en Europe: Elle se resout d'y aller, & apres l'avoir parcouruë, enfin elle s'arreste au Chasteau de Robert le Diable, le treuvant fort agreable & fort commode pour son sejour, & pour la demeure de ses Folets: Mais elle n'y a pas resté long-temps, qu'elle apprend qu'on luy veut joüer le mesme tour qu'on a fait à Bissestre, & que l'hoste & l'hostesse de la Cage de la Boüille, voyant que le commerce du Basteau ne va plus comme à l'ordinaire, & que les passans prennent le chemin de terre par ce Chasteau, se revoltent de faire bastir une hostellerie en ce lieu; ce qui la faisant précautionner, assistée des Ombres qui se promenent en ce vieil Manoir, elle entre dans le Palais du Sommeil & du Silence, les advertit de l'insulte qu'on leur veut faire, les oblige de se joindre avec elle, & conjointement protestent quel'insolence des Mortels qui viendront troubler leur repos dans leur demeure solitaire, sera aussi-tost punie d'un chastiment deu à leur temerité.

RECIT

La Nuit tirée dans un Char par des Fantômes

Dans ce lieu triste & sombre, où iamais le Soleil
N'a pû monstrer sa brillante lumiere,
Le repos tient tousiours mon ame prisonniere
Dans les bras du Sommeil.

Aucun Mortel icy n'oseroit librement
S'offrir à moy, ny troubler mon silence,
Si quelqu'un à mes yeux expose sa presence,
c'est avec chastiment.

L'OUVERTURE DU BALLET

Premiere Entrée

Monsieur de Rassent

La Fée va dans le Palais du Sommeil & du Silence, obtient d'eux ce qu'elle souhaite, & vient témoigner la joye qu'elle en a.

Seconde Entrée

M. de Sens, & le Sr Langlois

L'hoste & l'hostesse de la Cage de la Boüille, viennent visiter ce Chasteau, & y menent un Architecte voir qi l'on pourroit bastir une hostellerie dans ces vieilles ruines.

Troisiesme Entrée

M. de S. Michel, Baron de l'Isle

Un Architecte prenant ses mesures pour y faire un nouveau bastiment, est puny par un Lutin.

Quatriesme Entrée

M. le Baron de Vilars Chanteraine, M. le Baron de la Porte,
M. le Marquis de Normanville,
& M. le Vicomte de la Chausse

Quatre braves ayant pris ce lieu pour Rendés-vous, par l'enchantement de la Fée croyent estre couverts de jaques de maille, & pendant qu'ils dépoüillent leurs pourpoints & se visitent, ils se treuvent sans espées.

Cinquiesme Entrée

Monsieur Langlois

Un melancholique Citadin ayant leu l'Histoire de Normandie, se souvient que le Duc de Bethfort auroit laissé un thresor en ce Chasteau, & croyant sa fortune desia faite par la possession de ces richesses imiginaires, va tâcher de le découvrir; mais il y treuve autre chose qui luy cause une telle frayeur, qu'il en devient insensé.

Sixiéme Entrée

M. de Rassant, & le Sr Parnuit

Deux Soldats deserteurs, accoustumez à voler, continuent leur mestier dans la Forest, & s'estans cachez dans les caves de ce lieu pour y partager leur butin, sont détroussez par la Fée, qui les porte à s'entr'égorger.

Septiéme Entrée

M. le Marquis de Normanville,
& M. le Viconte de la Chausse

Deux Merciers & un joüeur de Gobelets allans à la Foire du Pré, s'arrestant par curiosité à voir ce vieil Chasteau, & treuvent que la Fée sçait mieux escamoter & debiter sa marchandise, qu'eux.

Huictiéme Entrée

Monsieur de Sens

Un joüeur de Gobelets que la Fée trompe agreablement un Espagnol & une Espagnolle.

Le petit Monsieur Damertot [?]

Neufiéme Entrée

Monsieur le Baron de la Porte

Un Messager du Bourg-Achard portant le procez d'un plaideur de Costentin, qui ne l'a pas voulu hazarder par eau, veut gagner l'argent du Basteau de Boüille, & est détroussé en passant par le Chasteau.

Dixiéme Entrée

M. de Rassant, M. le Baron de Vilars, & le Sieur Langlois

Trois Folets se divertissans dans les espaces de ces vieilles voutes, cherchent de l'employ.

Onziéme Entrée

M. le Marquis de Normanville, M. le Viconte de la Chaussée, & le Sr de Langlois

Un Capitaine Bohemien & deux de ses Camarades, estans chassez de tous costez, & ne pouvans treuver de logement, se retirent sous les voutes de ce vieil Chasteau, & se treuvent traitez de la mesme maniere qu'ils traitent les autres.

Douziéme Entrée

M. de S. Michel, Baron de l'Isle

Une vieille Sorciere chassée des Landes de Bordeaux, apres avoir passé sur son balé, par la cheminée vient visiter ce lieu, & voir s'il est propre pour y faire le Sabat, avec trois Sorcieres, à qui elle a donné Rendé-vous en ce lieu.

Treiziéme Entrée

Monsieur le Baron de la Porte, & les Sieurs Parnuit & Durand

Les trois Sorciers appelez par la Sorciere, viennent faire leur ceremonie, & sont chassez par la mialice du Lutin.

Quatorziéme Entrée

Le Lutin ravy que son adresse a prévalu la science de cette vieille, s'en réjoüit.

Quinziéme Entrée

Messieurs de Rassent & de Sens, & le Sr Langlois

Trois Suisses cassez d'une garnison, s'en retournans en leur païs, & voyant ces vieilles ruines, y vont chercher des mures de renard, du houblon, & de l'herbe royale, dont ils sont fort friands, & sont punis fort agreablement par la Fée, qui reconnoist la franchise de ces bons hardots.

RECIT

Apollon dans un Char

I'ay veu par tout mesmes alarmes,
J'ay veu par tout briller les armes,
Et les champs remplis de Soldats,
J'ay veu par tout mesme souffrance,
Et ie n'ay pû treuver dedans la France
La douceur de la Paix qu'en ces heureux Climats.

C'est à tes soings, ILLUSTRE PRINCE,
Que doit cette grande Province
L'excez de sa felicité,
Son calme est l'effet de tes veilles,
Et pour mieux l'affermir tes bontez nompareilles
Immolent ton repos à sa tranquillité.

Seiziéme Entrée

Monsieur Langlois

Apollon descendant du Ciel, oblige les Graces avec Luy de venir feliciter un grand Prince sur le repos qu'il donne à sa Province.

Amour: le petit M. Mamertot

Dix-Spetiéme Entrée

M. de Rassent, M. le Marquis de Normanville, M. le Baron de la Porte,
M. le Baron de Vialrs Chanteraine, M. de S. Michel, Baron de l'Isle,
M. de Sens, & M. le Viconte de la Chaussée

Les trois Graces, Venus, Iris, & l'Amour, accompagnées de la Concorde & de la Ioye, obeïssantes à ce Dieu, paroissent & dansent avec luy, pour témoigner qu'elles approuvent son dessein avec plaisir.

VENUS
accompagnée des Graces, d'Iris, de la Paix, & de la Ioye

AUX DAMES

Ie pers icy le nom de Reyne des beautez,
Voyant dessus vos fronts un éclat qui me brave,
Et que de tant de coeurs par vos attraits domptez
Les miens ne vous sçauroient dérober un esclave:
L'Amour m'en fait reproche, & tout mon fils qu'il est,
Il souffre ma disgrace, il en rit, il s'y plaist,
Et redouble ma honte à force de me dire
Que pour affermir en ces lieux
Le pouvoir absolu de son heureux Empire,
Il n'a besoin que de vos yeux.

Les Graces comme moy rougissent devant vous,
Confuses toutes trois, & toutes trois surprises,
De voir que sans leur ayde il soit des traits si doux,
et de si beaux écueils pour toutes les franchises:
Iris mesme, du Ciel le plus vif ornement,
Voit toutes ses couleurs s'effacer pleinement
Dés que vous déployez le moindre de vos charmes,
Et toute sa vivacité
Est außi-tost reduite à distiller en larmes
La pompe de sa vanité.

La Paix seule en ces lieux me suit avec honneur,
Et quand nous y trouvons nostre entiere deffaite,
Par les soins d'un illustre & puissant Gouverneur
Elle y trouve une seure & durable retraite:
Elle seule triomphe en ce Climat chery,
Et borne son exil aux pieds du grand HENRY
Alors qu'on la bannit du reste de la Terre:
Mes chers vainqueurs, Charmants Objets,
Gardez-vous de luy faire une trop rude guerre
Quand il vous asseure la Paix.

L. Maurry