|
Cher
Scarron qui ne sortez point,
Qui ne mettez plus de pourpoint,
Ny pour vous garentir de crottes,
De bas, de souliers, ny de bottes;
Ains, qui toujours estes aßis,
En souffrant des maux plus de six;
Voire plus de dix, ce me semble,
Quand tous les maux seroient ensemble;
Vous, qui vous croyez malheureux
D'avoir le poulmon catarreux:
Qui depuis que mal vous enchaisne
Contez bien pres d'une sepmaine,
Avec six mois, & quatorze ans,
Dont les cinq derniers peu plaisans
Font que souhaitez à toute heure,
Ou la mort, ou santé mailleure.
Pour adoucir vos maux cuisants,
Non les passez, mais les presents,
Et ceux que souffrirez encore
Iusqu'à tant que mort vous devore:
(Mais dussent-ils estre plus grands,
Vivez encor quatre-vingts ans.)
Avant donc qu'il vous mesadvienne,
Il faut que je vous entretienne:
Mais dequoy vous entretenir ?
De ce que j'ay peu retenir
D'Aventures assez crotesques,
Que je mets en rimes burlesques,
En Vers que vous nommez vermisseaux,
Bien fasché qui ne sont plus beaux,
Afin que plus vous peussent plaire.
Par sainct Quinet vostre Libraire
Ie vous les envoye imprimez,
Et du mieux que j'ay peu rimez:
Or sus descouvrons le mystere,
Et disons come va l'affaire.
Enfin
le Ballet des Romans
Est dansé, qu'à plus de dix ans,
Au moins comme chacun en cause,
Ne se verra plus belle chose,
S'il en faut croire au bruit qui court,
PArmy le Bourgeois, & la Cour.
Qu'il fut laid ou beau, ne m'importe;
S'il a paru je m'en rapporte,
Et le passe pour tel qu'il est,
Sans y prendre aucun interest;
Sinon que je serois bien aise
Que l'eußiez veu de vostre chaise,
Et qu'en eußiez eu le plaisir
Sur tout conforme à mon desir:
Mais s'en est fait, & de l'année
Ne se verra celle journée,
Que tel Ballet sera dansé,
Ainsi l'avez vous bien pensé.
Mais, je veux pour vous satisfaire,
Divertir, réjoüir & plaire,
Vous faire parler ces Romans,
Qu'en mes Vers presqu'außi plaisans
Vous trouverez sans menterie,
Qu'ils estoient en leur mommerie.
En voicy l'ordre & le destail:
Mais j'entreprends bien du travail;
N'importe, pourveu que ma Muse
A d'autres choses ne s'amuse,
Ie ne l'apprehenderay point,
Et vous diray de point en point,
Si je ne manque de memoire,
Le cours de tant plaisante Histoire.
Premierement
le premier pas
En fut dansé le Ieudy gras,
Dans une maison empruntée,
Fort en desordre, & fort crottée,
Le train d'un grand Prince en sortoit,
Qui l'ordure point n'emporta:
Si que court, degré, chambre & salle,
Iamais on n'a veu de plus sale.Enfin, tellement
quellement,
Le Ballet fut dansé, comment ?
Comment, pensez-vous de l'espace
Qu'on nous laissa, & quelle place ?
Là, la presse tres-grande estoit;
Sur jambes & pieds on sautoit;
Et tel pensoit danser en crottes,
Qu'il se sentoit tomber sur bottes,
Et crottoit les canons si beaux
De Meßieurs les godeleureaux,
Couchez sur fon drap de Hollande,
Dont souvent ceux de la grand' bandeµ
Pour le grand Ha, Ha, qu'ils faisoient,
Trop de mesure ne joüoient.
Mesme avant la danse finie
Se separa la compagnie:
Lors par la neige qui tomba
Chacun en sa maison alla;
Sçavoir, la Dame en son carosse,
Et le Bourgeoisie, comme en nopce
S'enfuit la crotte en couvrechef,
Sans apprehender danger. Bref,
Ayans plié nostre bagage,
On conduisit nostre équipag;
Quel équipage pensez-vous
Que l'on conduisit apres nous ?
C'estoit, en tres-bel attelage,
Dix carosses, & davantage,
Pour tous les danseurs du Ballet,
Dont le nombre n'estoit complet:
Car la mort qui fut onc bonne,
Et qui ja n'espargna personne,
Par un rhumatisme quel, tel,
Enleva Madame Potel,
Qui gist sous marbre, plomb, ou bronze.
Sans cette mort ils estoient onze.
Car Monsieur son fils y masquet,
Non pas le Seigneur du Parquet,
Mais celuy que par tout on nomme,
L'aisné Potel, ce galand homme;
Qui croyoit danser en effet:
Car despense grande avoit fait;
Ie vous dis tres-grande despense,
Pour paroistre dans cette danse:
Car il dansoit dans ces Romans
Un des Aymons, un des Amans;
Mais par l'effort de mort tant dure
De danser au ballet n'eust cure,
Ny d'estre où l'on nous attendoit,
Où attendant on clabaudoit,
Chez Madame Grave Launé,
Ditte autrement Laune Gravée,
La femme de Grave Launé
Ou comme on dit Laune Gravé,
De pistoles & d'escus riche;
Où le monde ne fut pas chiche:
Car nul portier ne resistoit
Au monde qui se presentoit,
Ce qui fit la place si mince,
Que pour l'augmenter un grand Prince,
Ny son pouvoir, ny sa vertu,
Ne servirent pas d'un festu;
Dont il eut tant de fascherie,
Qu'il n'en vit point la mommerie;
Dequoy les danseurs hebobits,
Sur le champ changerent d'habits,
Tous prests d'abandonner la place,
Lors qu'on leur vint demander grace,
Disans pour les faire danser,
Que le Monde s'alloit presser.
Aussi-tost entra la Musique,
A qui les causeurs firent nique,
Et jamais n'eurent le credit
Que ce bel air on entendit,
Qu'Apollon chantoit sur sa Lyre,
Comme aux Vers vous aurez peu lire,
Ce qui leur fit le lieu quitter,
Et lors baladins de sauter,
Et d'une danse si legere
Que le Ballet ne dura guere:
Car dès que l'on eust commencé,
Et que le Libraire eust dansé,
Les autres vongt & deux entrées,
En peu de temps furent montrées.
Pendant nos Dames attendoient,
Que beaucoup de gens regardoient,
Ie dis nos six Dames Illustres,
Conseillers, que nobles, que rustres,
Tout pesle-mesle curieux,
Regardoient entre les deux yeux:
Mais encore de quelle maniere
A costé, devant, & derriere
Pour le vous dire en peu de mots,
Iamais je ne vis tant de sots:
Car l'un disoit, Mademoiselle,
Dieu me damne vous estes belle;
Parbleu, vous avez des appas
Que ces autres Dames n'ont pas;
Vous dansez avec telle grace,
Que pas-une ne vous surpasse:
Cruelle, vous avez mon coeur,
Croyez-en vostre serviteur.
L'autre faisoit de l'agreable,
Accoudé dessus une table,
Le chapeau dessus les genoux,
Le peigne en main, & les yeux doux,
Contrefaisant sa contenance,
Mordoit son gan, serroit sa gance,
Avec un discours assez plat.
I'y vis encor un autre fat,
Un veau d'une Cour souveraine,
(Non pas de cette Cour hautaine
Où jugent huict vingts Conseillers,
Mais quarante vestigaliers,)
Qui d'une voix claire, & puis basse,
Declamoit comme en une classe,
Qui contrefaisoit le Balzac,
Parloit du Hoc, & du Trictrac;
Par fois retroussant sa moustache,
Gobois l'amande, & la pistache,
Et juroit à deux à la fois,
Qu'il vouloit mourir sous leurs loix.
Ie vis encor plaisante chose,
C'est un certain noble à la Rose
Dont les cheveux noirs & frisez
Estoient si fort puluerisez,
Que quand il se mettoit en panche,
Il tomboit tant de poudre blanche,
Que de son manteau le collet
En estoit plus blanc que du laict:
Or fort plaisante est cette mode,
Car chacun ainsi s'accomode:
Mais c'est tres-mal s'accomoder,
Si salement ne veux moder;
Maintenant que le dueil on porte,
On se salit d'estrange sorte:
Or mes habits veux quitter, si
Il faut s'accomoder ainsi.
Un autre assis dessus un coffre,
De son service faisoit offre
A celle qu'il ne vit jamais,
Et qu'un demy quart d'heure apres
Il ne devoit voir de sa vie,
Iuroit avoir l'ame ravie
De voir tant d'attraits gracieux,
Quoy qu'un masque, excepté les yeux,
Cachast le reste du visage:
Enfin, si tel galand est sage,
Ie croy bien qu'à juger de tous,
Les plus sages sont les plus fous.
Ce qui nous mettoit en colere,
Est qu'on n'avoit peu satisfaire,
N'y donner le plaisir parfait
Qu'on avoit promis en effect,
A la Dame de l'assemblée,
Qui paroissoit toute troublée,
Quoy que le Ballet n'eust esté
Veu dedans toute sa beauté,
Et malgré tant & tant d'obstacles,
Cet objet, l'ojet des miracles,
L'incomparable Desmarets,
Effaçant les autres objets,
Avecque Lolo l'espritée,
Qui retient toute ame domptée,
Vin honorer d'un compliment,
Et d'un rare remerciement
Les danseurs e la Romantie:
Puis cette trouppe fut sevie
De douze perdrix au bassin,
Et du rissolé marcassin,
Qui tint lieu d'un mets agreable,
Avec autres dessus la table,
Suivis de l'excellent cantal,
Des fromages le general,
Qui fit vuider qualques bouteilles,
Dont ce n'estoit grandes merveilles:
Enfin, tres-bien, nullement mal.
On fut
voir Monsieur d'Orgeval,
Qui portant la clef de sa porte,
Avoit mis l'ordre en bonne sorte,
Servante, page, ny valet,
Ne vit danser nostre Ballet,
Personne ny trouvant entrée
Que le voisin de la contrée:
Iugez, donc comme on y dansoit,
Personne ne nous y pressoit,
La salle estoit bien esclairée,
Et de rares beautez parée,
Et sur toutes cette beauté
Par qui tout coeur est enchanté;
La belle Marion de l'Orme
En fautueil, non sur une forme,
Fouloit aux pieds nombre d'amans,
Dont elle cause les tourmens,
Et d'un regard doux & severe
En accabloit cent de misere:
Parmy tous ces amans conquis
Estoit une amoureux Marquis,
Qui fait voir par sa contenance,
Qu'il ne dit pas ce qu'il en pense.
La belle Dame du Til
Qui met ses mourans sur le gril.
Sçavez vous qu'une Presidente
Y parut, & beaucoup charmante ?
Pour qui les nobles s'empressoient,
Et monsieur d'Orgeval poussoient,
Avecque maniere insolente,
Puis aux pieds de la Presidente
Pesle mesle on voyoit veautrez,
Au moment qu'ils estoient entrez,
Et puis en danger de querelle,
Venoient entretenir la belle,
Ie dis la belle d'Eragny,
Qui va tous les ans à Lagny:
Sainct-Germain le jeune merveille,
Babet aussi la nompareille,
Madame aussi de Rotelin,
Laquelle n'eutl'oeil assez fin
Pour voir qu'en la derniere entrée
Une Dame estoit tres-parée
De son habit de toile d'or.
Pensez vous qui j'y vis encore ?
Cent autres & femmes, & filles,
La Guenegaud, des plus gentilles,
Dont les yeux plus que les brillans
Esbloüissoient tous les galans:
Enfin, avec grande conduite,
Là le Ballet fut veu de suite,
Tant qu'il fut par danseurs dansé,
Et finy comme commencé,
Et si bien que la compagnie
Tesmoigna d'en estre ravie;
Des Mets qui leur furent servis,
Receurent avec allegresse
Bon visage d'hostes, & d'hostesse.
Le lendemain de ce Ieudy,
Qui fut me semble un Vendredy:
Chacun cria si haut merveille,
QUe le bruit en vint à l'oreille
Du Roy, qui le desira voir,
Et si tost qu'on sceut son vouloir,
On tascha d'affermir sa hanche,
Pour se preparer au Dimanche
De danser au Palais Royal,
Qui fut autrefois Cardinal,
Sur ce magnifique theatre
Où toute la Cour idolatre,
Le Ballet avoit tant vanté
Iadis, De la Félicité,
Qu'oncque la pure flatterie
Ne fit si lourdre menterie.
Estant donc arrivé ce jour,
Qu'on nous attendoit à la Cour,
(Hélas ! qu'à jamais Dieu me garde,
D'y voir ou franchir Corps de garde;
Dieu me garde d'un Lieutenant,
D'un Garde du corps, d'un Exempt,
Le jour qu'on fait ceremonie:
Car tant qu'emme n'est point finie,
Quoy qu'ils ne soient pas endormis,
Ils ne connoissent leurs amis:
Si donc jamais à jour de Feste
A la Cour je porte ma teste,
Et que je n'y sois appellé,
Puissay-je en revenir pelé,
Et que pieds & mains on me tranche,
Si Lundy, Mardy, ny Dimanche,
Mercredy, Ieudy, Vendredy,
Ny le sainct jour du Samedy,
On m'y void frapper à la porte,
Que Dagon de Louviers m'emporte.)
Alors donc que l'on se serroit,
Qu'à danser on se preparoit,
Ne croyant avoir que la Noblesse
Tenir la place en cette presse,
Ie creus me voir privé de sens
Quand j'apperceus dessus les rangs,
Et sur la forme de moquette,
Non pas la Bourgeoise coquette,
Qui jaze comme Perroquet,
Et par son importun caquet
Estourdit tout son voisinage:
Mais j'y vis encor davantage,
Qui pensez-vous dont que j'y vis ?
Gens, dont les Grands estoient ravis,
Estans entourez de commeres,
De nourrices, d'enfans, de meres,
Si bien tenir leur quant-à-moy,
Qu'ils ne l'eussent cedez au Roy:
On baissan jusqu'en bas la toile
Qui servoit aux danseurs de voile,
Et l'on alluma les flambeaux,
Pour vois au nez les Damoiseaux,
Qui ce jour pour franchir les Gardes,
Souffrirent beaucoup de nazardes,
Et plusieurs ne se sont vantez
D'en avoir esté bien frottez:
Pendant que l'un sur l'autre on roule,
Un bruit s'esleve dans la foule;
Que le Roy dans fort peu de temps
Rendroit beaucoup de gens contents,
Et que bien-tost par sa presence
On alloit commencer la danse.
Or estions d'hommes tres hodez,
Et de gardes incommodez:
Lors qu'on vit avec grande peine,
Venir les filles de la Reyne
Par chez Monseigneur de Crequi,
Et que là, par je ne sçay qui,
Dedans la preße de la porte
On les traittoit d'estrange sorte:
Car gens qui pour entrer preßoient
Non seulement les destoußoient,
Mais les poußoient san dire garre.
Vous souvient-il bi_en de la Barre,
Quand l'an dernier y fut la Cour,
Et ce qui se passa ce jour ?
C'est presqu'icy la mesme chose;
Mais non pas une mesme cause,
Car quelque carrosse y rompit
Et quelque cascade s'y fit,
Testes y furent bossuées,
Et Demoiselles eschoüées:
Des Ducs y furent desmontez,
Et tres-honnestement crottez:
Saintc-Michel y perdit sa cotte,
Mais elle y gaigna quelque crotte;
Segur y meurdrit ses gigotsz;
Pont de conserve d'abricots
Empoissa toute sa pochette;
Sainct-Loüis y perdit sa manchette;
La belle Descars son mouchoir.
Icy c'estoit chose autre à voir,
Il est vray que fille pressées,
Virent leurs robes detroussées,
Nul carrosse ne s'y rompit;
Mais quelques cascades s'y fit,
Ie dis tres-rudes cascades,
Dont aucunes furent malades,
Mesme Madame de Premont
Tomba les deux pieds contre-mont,
Et sa cravate fut crottée
Dessus la petite montée,
Et ne tombant point sur tapis
On creut qu'elle n'eust avoir pis.
Moy qui n'ayme point la dispute,
Ie n'en vis pas la cullebute:
Or qui donc la vit ? plus de trois,
Tres-volontiers je nommerois
De Pont, & Neüillan, ce me
semble,
Segur, & Sainct Maigrin ensemble,
Et Chaumont, avec ses yeux doux,
Qui virent danser à genoux,
M'ont asseuré dessus leur ame
De la cheute de cette Dame.
Enfin, le silence se fit,
Et l'on commeça le recit,
Et le reste alla d'une tire;
Pleust à Dieu que pussiez qu'en dire:
Car on vit le commencement,
Qui fut un Libraire Flamant,
Et qu'on fit incontinent suivre
Par Pedans cherchans quelque Livre;
La troisiesme entrée Amadis,
Oriane du temps jadis,
Et leur gente Dariolette
Qui faisoit assez la follette;
En suitte ces deux beaux Amans,
Qui se meslans dans les Romans,
Si firent voir à tout le monde
Chevaliers de la Table-Ronde;
Aussi leur pas & leur atour,
Et leur air, surprirent la Cour.
Sur le theatre on vit encore
L'amoureux de sa belle Aurore,
Le beau Chevalier du Soleil,
Dont l'habit estoit sans pareil,
Et qui par sa danse agreable
Fit une entrée incomparable.
Item, l'amoureux Celadon,
Ressemblant presqu'à Cupidon;
I'entens Cupidon au gros moule,
Qui ravit par son pas la foule;
En sorte, quer par tout Paris
Ce beau couple emporta le prix,
Autant Celadon comme Astrée,
La plus belle de la contrée.
Item, l'insolent Algoüazil,
Au nez plus rouge que brezil,
Avecque sa belle casaque,
Qui sautoit en demoniaque,
Accompagné de ses demons,
Avoit Melluzine aux talons.
Plus les quatre fils Aymons freres,
Ibrahim & deux Ianissaires;
Dom Quichot, & Sancho Pança
Qui jamais au coups n'eclipsa.
Apres Diane l'eventrée,
Fit une ridicule entrée:
Puis Cardenie en fit autant,
Que Buscon, & l'Extravagant.
Esope, Xantus, sa famille,
Aussi droite qu'une faucille,
Danserent devant les Amans
Les plus volages des Romans;
Puis la Musique Italienne;
Mais pour la belle Egyptienne,
Vous sçavez que toute la Cour
Pour elle s'embrasa d'amour;
Car dedans chacune assemblée,
Pour emporter les coeurs d'emblée,
Chacun l'estime comme il faut,
Toute admirable & sans deffaut;
Aussi cette race merveille,
La surnomma la nompareille.
Ne parlons point de ce Trio
Que pour faire icy le zero,
N'y n'expliquons le Logogrife:
Espargnons & de nostre grife
Et l'Allemand & cet asnier
Que je vis au moulin hier:
Mais de nos tres-illustres Dames,
Remplies de feux & de flammes
Tout autant que de vanité,
Depuis que par sa grande bonté
La REYNE en vertus nompareille,
Leur eut fait regale à merveille:
Qu'elle daigna les avertir
De la voir autant que partir:
Au moindre bruit de sa parole,
Aucune ny va qui ne vole,
Pour salüer sa Majesté,
Qui leur fit la civilité
De leur parler prés d'un quart d'heure,
Dont j'estois honteux, ou je meure,
Et par un ordre en Cour nouveau,
D'un souper magnifique & beau;
Comme de cent honneur comblées
Se virent enfin regalées:
Et le ROY leur fit compliment,
Qui passa pour remerciement.
Si bien que la trouppe esbloüye,
Et de bonté tant inoüye,
Et de l'honneur qu'elle receut,
Et du plaisir qu'elle conceut,
En demeura fort satisfaite,
Ne pensant plus qu'à la retraite.
Quand, je ne sçay quel bon valet,
Nous vint demander le Ballet
Pour Dame illustre & liberale,
Duchesse de place Royale:
38/67
|