Les
Muses
Opéra-Ballet
en I Prologue &
IV Entrées
representé pour la premiere fois
par l'Academie Royale de Musique
le 28. jour d'Octobre 1703
Livret
de Antoine Danchet
musique
de: André
Campra
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les
personnages du Prologue:
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les
interprètes:
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Thetis,
Déesse de la Mer
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Mlle
Desmâtins
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Pelée,
Roy d'une partie de la Tessalie
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Mr
Cochereau
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Jupiter
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Mr
Bonnelle
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Venus
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Mlle
Armand
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Apollon
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Mr
Choplet
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Un
Triton
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Mr
Boutelou
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Suites
de Thetis, de Venus, & d'Apollon
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Scene
premiere
Thetis, qui descend de son trône
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Thetis:
Les Dieux les plus puissants ont soûpiré pour
moy;
Mais du Destin l'irrevocable loy
A l'himen de Thetis leur défend de
prétendre:
J'aime un Mortel charmant, il devient mon Epoux,
Et c'est pour un himen si doux
Que dans ma Cour tous les Dieux vont se rendent.
Tout
flatte mes tendres desirs,
Je ne conte pour rien la grandeur immortelle:
Me feroit-elle les plaisirs
Que me cause un amour fidelle ?
Célébrez le bonheur qui va combler mes
voeux,
Chantez, Fleuves, chantez: chantez, Nimphes charmantes:
Que les festes les plus brillantes
Servent à former ces beaux noeuds.
Les
Choeur:
Célébrons le bonheur qui va combler ses
voeux.
Le Choeur
de Nimphes:
Chantez, Fleuves, chantez:
Le Choeur
de Fleuves:
Cantez, Nimphes charmantes:
Tous:
Que les festes les plus brillantes
Servent à former ces beaux noeuds.
[Entrée
de Fleuves & de Nayades]
Un
Triton:
Les ruisseaux en fuyant leur source
Prennent mille chemins divers,
Mais enfin dans le sein des Mers
Ils viennent terminer leur course:
Les coeurs
cherchent de vains détours,
Ils ont beau fuir & se défendre;
C'est dans l'Empire des Amours
Qu'ils doivent tôt ou tard se rendre.
[le
Divertissement continuë: Jupiter paroît dans une
gloire, où Pelée est placé avec tous
les Dieux]
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Scene
2
Thetis, Jupiter, Pelée, Venus, Apollon,
& les autres Divinitez de leur Suite
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Jupiter:
Obeïssons au Sort: que les Dieux s'interessent
Au bonheur de deux coeurs constants:
Qu'à rendre leurs desirs contents
Les Amour & l'Himen s'empressent.
Thetis
& Pelée:
Tendres Ardeurs, douce Tendresse,
Regnez dans nos coeurs à jamais;
Amour, par mille nouveaux traits
Que ta main chaque jour nous blesse.
[Entrée
de la Suite de Venus]
Venus:
Venez, Amours, venez, c'est par vôtre secours
Qu'il faut signaler ma présence,
C'est dans les lieux de ma naissance
Que doivent regner les Amours.
Que tout
charme, que tout enchante,
De deux parfaits Amants venez combler les voeux:
Qu'à mille feux naissants sous les flots on
ressente
Que Venus y conduit les plaisirs & les jeux.
[le
Divertissement continuë]
Apollon:
pour rendre ce jour memorable
Les Muses dans ces lieux viennent se rassembler,
Elles veulent se signaler
Par quelque spectacle agreable.
Chantez,
redoublez vos efforts,
Préparez des festes nouvelles:
Apollon, par de doux accords
S'appreste à les rendre plus belles.
Le
Choeur:
Chantons, redoublons nos efforts,
Préparons des festes nouvelles:
Apollon, par de doux accords
S'appreste à les rendre plus belles.
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les
personnages du Ballet la Pastorale:
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les
interprètes:
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Mirtil,
Fils de Montan, aimé d'Amarillis
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Mr
Thevenard
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Montan,
Sacrificateur de Diane
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Mr
Hardoüin
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Amarillis,
Bergere aimée de Mirtil
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Mlle
Desmâtins
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|
Un
Berger
|
Mr
Cochereau
|
|
Une
Bergere
|
Mlle
Bataille
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Choeurs
de Bergers & de Bergeres
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Le
Théatre represente un Hameau, & dans le milieu un
Autel
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Le
Théatre représente le Palais de Thetis au
milieu de la Mer: Cette Déesse y paroît sur un
trône; Les Nayades & tous les Fleuves de l'Univers
sont placez autour d'elle
|
|
Amarillis,
seule:
Quels funestes apprests, helas ! voicy les lieux
Où je vais me soûmettre à l'Oracle des
Dieux !
La mort d'Amarillis doit calmer la colere
Que Diane sur nous a trop fait éclater;
Loin que ce coup fatal puisse m'épouvanter,
L'atteinte m'en doit estre chere.
J'aime en
secret Mitil, & malgré tous mes voeux,
Le devoir m'a forcée à feindre:
Helas ! je mourrois, sans me plaindre,
Si je pouvoir du moins luy découvrir mes feux.
Mais c'est luy que je vois ! puis-je encor me contraindre
?
Je suis preste à perdre le jour;
Triste Devoir, Vertu cruelle,
Permettez qu'un moment à vos ordres rebelle
Je n'écoute icy que l'Amour.
|
Scene
2
Amarillis, Mirtil
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|
Mirtil:
Qu'ay-je appris ? quel Arrest funeste
Condamne Amarillis à l'horreur du trépas !
O Dieux ! de si beaux jours... non, vous ne mourrez
pas,
J'en atteste à vos yeux la puissance
céleste.
Amarillis:
En ce cruel moment, qui peut me secourir ?
Mirtil:
Moy. Pour sauver vos jours un autre peut mourir,
C'est l'Arrest de Diane, & je viens de
l'apprendre.
Amarillis:
Hé, que voulez-vous entreprendre ?
Quelle raison pour moy vous oblige à perir
?
Mirtil:
Etranger en ces lieux je suis sans esperance,
Le sort me poursuivit, dés que je vis le jour,
J'ay toûjours ignoré l'auteur de ma
naissance,
Devoré, condumé d'un malheureux
amour...
Amarillis:
Qu'entends-je ?
Mirtil:
En secret je vous aime,
J'ay contraint cette ardeur jusques à ce moment,
Mon trépas me paroîr charmant,
S'il prouve mon amour extrême.
Vous
détournez les yeux ? juste Ciel ! voulez-vous
M'envier le trépas que je cherche pour vous
?
Amarillis:
Helas !
Mirtil:
Vous soûpirez ?
Amarillis:
Que mon sort est à plaindre !
Mirtil:
Je meurs: souvenez-vous d'un Amant malheureux.
Amarillis:
Pourquoy me forcez-vous à vous montrer des feux
Que je devois toûjours contraindre ?
Mirtil:
Vous m'aimez ! quel aveu ! qu'il enchante mon coeur;
Ah ! c'est peu de ma mort pour payer mopn
bonheur.
Devois-tu
separer, ô Destin trop barbare,
Deux Coeurs qu'un tendre amour eut unis pour jamais
!
Amarillis:
Pourquoy, cruel Amour, bleßois-tu de tes traits,
Deux Coeurs que le Destin sépare ?
Tous
deux:
O Sort cruel, ô Dieux jaloux !
Ah ! pourquoy nous séparez-vous ?
Mirtil:
Mais on vient pour le sacrifice.
Amarillis:
Si vous mourez, il faut que la mort nous unisse.
|
Scene
3
Montan, Amarillis, Mirtil,
Troupe de Bergers & de Bergeres
|
|
Montan, le
Sacrificateur:
O Diane, reçoi le sacrifice affreux
Que ton Oracle nous demande,
La sang, qu'il faut que je répande,
De ton couroux doit éteindre les feux.
Mirtil:
Arrestez: c'est mon sang que vous devez répandre.
L'Oracle nous a fait entendre
Que pour Amarillis un autre peut mourir,
Mon coeur à vos coups vient s'offrir.
Le
sacrificateur, à Mirtil:
O Ciel !... je vais répondre à cette noble
envie.
[aux
Bergers]
Venez tous
admirer sa genreuse ardeur.
Amarillis:
Arrestez: c'est à moy qu'on doit ôter la
vie,
Et je sens que déja j'expire de douleur.
[elle
tombe de douleur un sur siege de gazon]
Mirtil, au
Sacrificateur:
Frappez.
Le
Sacrificateur:
Qu'une immortelle gloire
Aux siecles à venir consacre ta memoire.
Approche, & de Diane appaise la fureur...
Mais quel trouble inconnu s'empare de mon coeur ?
Expire sous mes coups... ô Ciel ! quelle foiblesse
!
Est-ce à moy d'épargner les victimes des Dieux
?...
Helas ! je sens des pleurs qui coulent de mes yeux.
Cette indigne pitié trahiroit la
Déeße,
Achevons... je ne puis & je fremis d'effroy !
Diane, explique-nous le trouble où je me voy.
C'est elle-même qui s'avance,
Par nos respects reverons sa presence.
[Diane
descend environnée d'un Nauge]
|
Scene
4
Diane, Montan, Amarillis, Mirtil,
Troupe de Bergers & de Bergeres
|
|
Diane:
Bergers, raßurez-vous,
Vous avez obéy, j'ay calmé mon
courroux.
Toy qui
fait reverer ma suprême puissance,
Dans le trouble inconnu qui saisit tes esprits;
En ce Berger tu vois ce Fils,
Qu'on te ravit, à sa naissance.
Je viens luy conserver le jour,
Qu'il vive pour l'Objet de son fidelle amour.
Le
Sacrificateur:
Mon Fils !
Mirtil:
Ah quel bonheur !
Amarillis:
Dissipons nos allarmes.
Tous
Trois:
Que les Ris & les Jeux fassent cesser nos
larmes.
|
Scene
5
Montan, Amarillis, Mirtil,
Troupe de Bergers & de Bergeres qui viennent celebrer
des jeux, en l'honneur de leurs Dieux
champestres
|
|
Le
Choeur:
Dieux, qui protegez nos Hameaux,
Recevez aujourd'huy les voeux qu'on vous adresse;
Pour tout bien, pour toute richesse,
Conservez toûjours nos troupeaux.
[les
Bergers & les Bergeres par des danses & des chants
font le Divertissement]
Un
Berger:
Charmante Mere des Amours,
C'est vous qui faites nos beaux jours,
Rendez nos flammes éternelles;
Nous renonçons à la grandeur,
Il suffit pour nôtre bonheur,
Que nos Bergeres soient fidelles.
Une
Bergere:
Rend toûjours nos Bergers constants,
Amour, nos voeux seront contents,
Nous n'aurons plus rien à prétendre;
L'Empire qui peut nous charmer
Est de regner sur un coeur tendre,
Qui sçait constamment nous aimer.
Le Choeur
des Bergers:
Que toûjours
De ses pleurs l'Aurore
Nous fasse éclore
Les tresors de Flore;
Que toûjours
Ces heureux Boccages
Par leurs ombrages
Servent les Amours.
Une
Bergere:
Loin des allarmes,
Du bruit des armes,
Les ris, les jeux
Previennent nos voeux.
Le
Choeur:
Que toûjours
De ses pleurs l'Aurore
Nous fasse éclore
Les tresors de Flore;
Que toûjours
Ces heureux Boccages
Par leurs ombrages
Servent les Amours.
Une
Bergere:
La paix tranquile
De cet azile
Vaut mieux cent fois
Que le sort des Rois.
Le
Choeur:
Que toûjours
De ses pleurs l'Aurore
Nous fasse éclore
Les tresors de Flore;
Que toûjours
Ces heureux Boccages
Par leurs ombrages
Servent les Amours.
[la
Feste continuë]
Les
Choeurs:
Dieux, qui protegez nos Hameaux,
Recevez aujourd'huy les voeux qu'on vous adresse;
Pour tout bien, pour toute richesse,
Conservez toûjours nos troupeaux.
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|
les
personnages du Ballet la Satire:
|
les
interprètes:
|
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|
Diogene,
Philisophe Cynique
|
Mr
Dun
|
|
Aristippe,
Courtisan
|
Mr
Choplet
|
|
Alcippe,
Amant présomptueux & indiscret
|
Mr
Poussin
|
|
Laïs,
Jeune Coquette
|
Mlle
Vincent
|
|
Deux
Grecques
|
Mlles
Loignon & Clement
|
|
|
|
|
Troupe
de grecs & de grecques
|
Scene
premiere
Diogene, Aristippe
|
|
Le
Theatre represente le Temple de la Raillerie. On voit dans
l'enfoncement Momus porté par quatre Satires; Sur les
côtez du Theatre plusieurs figures isolées
representent Démocrite, & Heraclite; La Satire
& la Comedie; Tersite, & Esope; Archiloque,
Poëte Satirique, & Aristophane, Poëte Comique:
Deux Philisophes Cyniques avec leurs Lanternes: Mercure,
& Apollon, Dieux de la Poësie & de
l'Eloquence
|
|
Diogene:
Non, malgré nos conseils, je ne sçaurois me
taire,
Le plaisir de railler est mon plus doux employ;
J'ay le défaut d'être sincere,
Je cherche un Mortel comme moy.
Aristippe:
C'est un mal au siecle où nous sommes
D'avoir trop de sincerité:
Il faut avoir, pour plaire aux hommes,
L'art de masquer la verité.
Diogene:
Je suis donc assûré de meriter leur haine;
Je ne puis resister au penchant qui m'entraîne,
Qu'Aristippe à son gré leur dresse des
Autels,
Encense leurs deffauts, adore leurs caprices:
Vous trouvez du plaisir à loüer les Mortels,
J'en trouve à condamner leurs vices.
Aristippe:
C'est un plaisir à redouter.
Diogene:
Je sçay dans quel peril c'est vouloir se
jetter.
La
verité trop importune
Se fait en tous lieux rebuter,
Renoncer à l'art de flater,
C'est renoncer à la Fortune.
Aristippe:
La Fortune pour vous est-elle sans appas ?
Diogene:
Je pretens la braver, & ne la chercher pas.
La Fortune
est toûjours volage;
Quand elle nous rit davantage,
Craignez ses coups les plus affreux:
Rien ne peut la rendre fidelle,
Elle est femme, il est dangereux
De compter un moment avec elle.
Aristippe:
Contre un Sexe charmant d'où naist votre courroux
!
Sous les Loix de Laïs vôtre ame est
asservie.
Diogene:
Elle a mille deffauts, & je les connois tous,
Je l'aime cependant, & c'est-là ma
folie.
Faut-il
que cet Objet trompeur
Me force malgré moy de luy rendre les armes,
Et qu'il ait, pour troubler mon coeur,
Tant de deffauts & tant de charmes ?
Je crois
Laïs volage, & veux m'en assurer.
Aristippe:
C'est toûjours un secret qu'il est bon
d'ignorer.
Diogene:
C'est pour me dégager que je veux m'en instruire.
Les Grecs que charme la Satire
Vont s'assembler dans ce séjour:
Ils ont accoûtumé d'y venir en ce jour,
Goûter la liberté de railler & de rire:
J'y viens chercher laïs; Laissez-moy dans ces jeux
L'observer, la confondre, & briser tous mes
noeuds.
|
|
Alcippe,
à part:
C'est trop-tôt répondre à mes voeux,
Amour, si tu prétens que je porte ta
chaîne;
A flechir l'Objet de mes feux,
Laisse-moy trouver plus de peine.
Diogene:
Vous êtes content de l'Amour ?
Dans vos yeux satisfaits je vois vôtre
victoire.
Alcippe:
Ce Dieu me blesse chaque jour,
Mais c'est pour me combler de gloire.
Du Sort
& de l'Amour j'ignore tous les maux.
Diogene:
Je crois qu'en tous lieux on vous aime;
Mais souvent qui s'ayme soy-même,
Court risque d'aimer sans rivaux.
Alcippe:
L'Objet pour qui mon coeur soupire,
Répond à mes soins amoureux;
Le plaisir d'être heureux
N'est rien sans celuy de le dire.
Laïs
partage mon ardeur...
Diogene:
Laïs ! ah quel coup pour mon coeur !
Alcippe:
Un indigne Rival qu'elle me cache encore,
Vouloit s'oposer à son choix;
Elle m'a juré mille fois
Que son coeur le hait & m'adore.
Diogene:
L'Ingrate !
Alcippe:
Cet aveu pouroit-il vous toucher ?
Diogene:
Si vous êtes aimé vous deviez le
cacher.
Quand on
est aimé d'une Belle,
On doit mieux garder son secret;
Et je condamne moins la Maîtresse infidelle,
Que l'Amant indiscret.
|
Scene
3
Diogene, Alcippe, Laïs
|
|
Diogene,
à Laïs:
Venez, venez confondre un jeune Témeraire,
Alcippe s'est vanté qu'il avoit sçû vous
plaire.
On voit en
tous lieux des Amans
Se parer d'une vaine gloire,
Qui souvent en secret accablez de tourments
Chantent en public leur victoire.
Laïs:
Alcippe est indiscret, son coeur m'avoit promis
Que de nos feux il feroit un mistere.
Alcippe:
L'Amour ne me l'a pas permis,
C'est un excés d'ardeur de ne pouvoir se
taire.
Diogene:
Ingratte, c'est donc vray, vous me manquez de foy
?
Laïs:
Plaignez-vous de l'Amour, sans vous plaindre de
moy.
L'Amour
sous d'autres Loix me contraint à me rendre,
Puis-je resister à ses coups ?
S'il me parloit encor de vous,
Je prendrois plaisir à l'entendre.
Diogene:
Je devrois condamner vôtre Infidelité;
Mais je veux faire grace à la
sincerité.
Ce n'est
point une chose étrange
Qu'un sexe si volage aime le changement;
Mais c'est un prodige en aimant,
De voir une femme qui change,
Sans feinte & sans déguisement.
Loin de
blâmer l'aveu que vous venez de faire,
Je veux qu'on me publie, en ce riant sejour,
Quand dans l'Empire de l'Amour,
Il est quelque femme sincere.
|
Scene
4
Diogene, Alcippe, Laïs, Aristippe,
Troupes de Grecs & de Grecques qui avoient
accoûtumé pendant les Saturnales de venir se
rejoüir dans le Temple de la Raillerie
|
|
Les
Choeurs:
Chantons, rions, c'est de la vie
Le plus aimable amusement:
Est-il un plaisir plus charmant,
Que celuy de la Raillerie ?
Laïs:
Cedez, l'Amour vous y convie,
Beautez, rendez-vous à ses traits;
Mais, si vous avez la folie
De chercher des Amants discrets,
Vous n'aimerez point dans la vie.
Diogene
& Laïs:
Sur les ondes, malgré l'orage,
Sans crainte de faire naufrage,
On peut quelquefois se risquer:
Mais, lorsque l'Amour nous apelle,
Malheur à qui s'ose s'embarquer
Sur les vains sermensts d'une Belle.
Aristippe:
En vain une barbare envie
Veut noircir un sexe charmant,
C'est luy seul qui fait de la vie
Tous les plaisirs & l'ornement.
L'Amour en soumettant nos ames
Fait regner ces charmants vainqueurs,
Et c'est par les plus vives flâmes,
Qu'il les vange au fond de nos coeurs.
Le
Choeur:
Chantons, rions, c'est de la vie
Le plus aimable amusement;
Est-il un plaisir plus charmant,
Que celuy de la Raillerie ?
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|
les
personnages du Ballet la Tragedie:
|
les
interprètes:
|
|
|
Althée,
Reine de Calydon
|
Mlle
Desmâtins
|
|
Plexippe,
Frere d'Althée
|
Mr
Plin
|
|
Méléagre,
Fils d'Althée, Amoureux d'Atalante
|
Mr
Thevenard
|
|
Atalante,
Princesse d'Arcadie, Amante de
Méléagre
|
Mlle
Salé
|
|
Deux
Calydoniennes
|
Mlles
Batailles, & Duperey
|
|
Un
Calydonien
|
Mr
Bonnelle
|
|
|
|
|
Choeur
des Peuples de Calydon
|
|
La
Scene est dans le Palais d'Althée
|
|
Le
Theatre represente la Palais d'Althée
|
|
Althée,
seule:
Quel trouble regne ici ! mes rebelles Sujets
Prétendent sur mon Trône élever Atalante
!
Mon Fils même, mon Fils animant leurs projets,
Cherche à couronner son Amante !
Mon frere veut en vain arrester leur fureur,
Il court dans un peril dont je fremis d'horreur,
Les cris des Combattants se font par tout entendre !
O malheureuse Althée, à quoy dois-je
m'attendre !
Que vois-je ? Justes Dieux !
C'est mon frere mourant qu'on ameine en ces lieux
!
|
Scene
2
Althée, Plexippe, mourant
|
|
Plexippe:
Je meurs... j'ai pris vôtre deffense...
L'espoir d'être vangé soûtient seul mes
esprits...
Je viens de mon trépas vous demander le
prix.
Althée:
Vous serez satisfait: Je cours à la
vengeance.
C'est vous
que j'atteste aujourd'huy,
Maître des Cieux & de la Terre,
Si son cruel vainqueur ne meurt pas avec luy,
Faites voler sur moy les éclats du
Tonnerre.
[à
Plexippe]
Sur qui
doivent tomber mes trop justes fureurs ?
Nommez-moy le cruel...
Plexippe:
Méléagre... Je meurs.
|
|
Althée,
seule:
C'est mon fils ! Quel coup pour mon ame !
Quel serment ay-je fait ? Et qu'est-ce que je veux ?
Mais c'est un fils ingrat, qu'un lâche amour
enflamme,
Qui m'envie un pouvoir qui seul flatte mes voeux...
De mon juste couroux suivons la violence:
Les Parques m'ont remis au temps de sa naissance
Un funeste flambeau d'où dépendent ses
jours,
Je puis par ce secours
Tirer une prompte vengeance.
Allons... Mais quelle voix vient encor me parler ?
Barbare, c'est ton fils que tu vas immoler !
Non, qu'il vive: à mes yeux c'est luy qui se
presente,
Calmez-vous mes transports... Mais je vois Atalante !
Mon couroux se ralume à cet Objet affreux !
Immolons des ingrats & mourons aprés
eux.
|
Scene
4
Méléagre, Atalante
|
|
Méléagre:
Comme moy, de vos yeux tout ressent la puissance,
Nos Peuples ont suivi le penchant de mon coeur.
Atalante:
Ah ! vous devez songer à calmer leur ardeur,
Elle a trop éclaté, la Reine s'en offense,
Et la mort de son frere irrite sa fureur.
Méléagre:
Mon bras a dû punir le dessein
téméraire,
Qui l'osoit armer contre vous:
Mes soins sçauront d'Althée apaiser le
couroux,
Mon amour est trop juste, & ne peut luy
déplaire.
Atalante:
Rendez-luy le pouvoir que l'on offre à mes yeux:
La gloire de regner n'est point ce qui m'enchante;
Un bien plus precieux
Doit charmer Atalante.
Méléagre:
Quels honneurs ne vous doit-on pas ?
Un monstre dans nos bois faisoit sentir sa rage,
Vous avez contre luy montré vôtre courage,
Et si mes derniers coups ont causé son
trépas,
C'est à vous qu'on en doit l'hommage,
Vos regards animoient mon bras.
Atalante:
Pour prix de mes efforts, augmentez vôtre flamme,
Elle est l'unique bien qui peut toucher mon ame.
Méléagre:
Vous regnez sur mon coeur, j'en fais tous mes plaisirs,
Mes fers me sont plus doux que l'Empire du monde:
Qu'à
mes tendres ardeurs votre flamme réponde,
Je ne forme plus de desirs:
Vous
regnez sur mon coeur, j'en fais tous mes plaisirs,
Mes fers me sont plus doux que l'Empire du monde.
Atalante:
De la plus vive ardeur je me sens enchanter,
Doit-elle craindre de paroître ?
C'est la gloire qui l'a fait naître,
Et la raison vient l'augmenter.
Méléagre
& Atalante:
Que mon sort est digne d'envie !
Que mon bonheur doit me charmer !
Le plus doux plaisir de ma vie,
Est le plaisr de vous aimer.
Méléagre:
Le Peuple vient ici vous rendre son hommage.
Atalante:
Ce soin va pour la Reine être un nouvel
outrage.
|
Scene
5
Méléagre, Atalante,
Choeurs des Peuples de Calydon,
Troupe de Heros & d'Amazones qui s'étoient
trouvez à la chasse du Sanglier de
Calydon
|
|
Le
Choeur:
Nous unissons pour vous nos voeux & nos voix:
Triomphez de nos coeurs, regnez, Beauté
charmante,
Le plaisir de vous voir nous ravit, nous enchante,
L'Amour, le tendre Amour nous soûmet à vos
loix
Nous unissons pour vous nos voeux & nos voix.
[les
Peuples de Calydon rendent leur hommages à Atalante,
& par leurs danses & leurs chants forment le
Divertissement]
Deux
Calydoniennes & un Calydonien:
Aprés vôtre victoire,
Laissez-vous charmer:
Joignez à tant de gloire
La douceux d'aimer.
Pourquoi
nous faire entendre
Qu'un coeur doit toûjours
S'armer & se deffendre
Contre les amours ?
De beaux feux,
De doux noeuds
Sçavent rendre
Tous les coeurs heureux.
Aprés
vôtre victoire,
Laissez-vous charmer:
Joignez à tant de gloire
La douceux d'aimer.
Que
nôtre ame se livre
A de doux plaisirs:
Veut-on nous faire vivre
Sans soins, sans desirs ?
Quelle erreur !
Le bonheur
Est de suivre
Le penchant du coeur.
Aprés
vôtre victoire,
Laissez-vous charmer:
Joignez à tant de gloire
La douceux d'aimer.
Méléagre:
Interrompez ces jeux... Ah quelle ardeur fatale
S'allume dans mon sang & déchire mon coeur !
Je fais de vains efforts, ma peine est sans égale
!
Atalante:
O Ciel !
Méléagre:
Je n'en sçaurois surmonter la rigueur;
Suis-je prest à tomber dans la nuit infernale ?
Sort cruel ! Dieux jaloux de nos tendres ardeurs,
Est-ce pour m'arracher à l'Objet que j'adore,
Qu'aujourd'huy vos fureurs
Excitent dans mon sein ce feu qui le devore ?
Atalante:
O juste Ciel, voyez couler mes pleurs !
Cher Prince !
Méléagre:
Que voix touchante
Cherche à suspendre mes douleurs !
Est-ce vous, divine Atalante ?
Nous allions être unis, nous nous aimions... je meurs
!
Ce cruel souvenir acheve mon supplice...
O sort ? quelle est ton injustice...
Ah ! mon tourment s'augmente, & l'Enfer en fureur
De tous ses châtiments me fait sentir
l'horreur.
|
Scene
6
Althée, Méléagre,
Atalante
|
|
Atalante,
à Althée:
Voyez de son tourment quelle est la violence.
Althée:
Dans ce funeste état c'est moy qui l'ai
réduit;
Le flambeau de ses jours étoit en ma puissance,
Le feu l'a consumé, j'ay pressé ma
vengeance,
De son ingratitude il a reçût le
fruit.
Atalante:
O Dieux !
Méléagre:
Venez, Mere cruelle,
C'en est fait: je descends dans la nuit
éternelle,
Je vais... O desespoir ! l'Astre qui nous éclaire
N'offre plus à mes yeux qu'un reste de lumiere.
Je succombe, je meurs... contentez nos desirs...
Mon coeur, malgré vôtre rigeur
extrême,
Entre vous & l'Objet qu'il aime,
Partage ses derniers soûpirs.
Atalante:
Il meurt... en ce moment funeste
La mort est tout ce qui me reste.
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Althée,
seule:
Il n'est plus ! Qu'ay-je fait ? je vois toute ma rage !
Helas ! D'un vain remords mon coeur se sent frapper,
Mon couroux sur mes yeux avoit mis un nüage,
Mon amour renaissant vient de le dissiper.
Quel crime ! Quelle horreur ! O Mere trop barbare,
Où prétends-tu cacher ce forfait odieux ?
Où suis-je ? Les Enfers découvrent à
mes yeux
Les rives de l'affreux Tenare.
J'y vois mon Fils ! O sort ! quel supplice nouveau
!
Les Parques de ses jours consument le flambeau...
Cruelles, arrestez... Esperance trop vaine !
Mon Fils n'est plus ! Je cede à ma mortelle peine
!
Dans l'éternelle nuit c'est moy qui l' ay
plongé !
Il m'appelle... J'entends sa voix triste & plaintive
!
Atten... j'iray bien-tôt sur l'Infernale rive,
T'apprendre que tu meurs vangé.
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de page

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les
personnages du Ballet la Comedie:
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les
interprètes:
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Demée,
Vieillard Athenien, Pere d'Ericine
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Mr
Boutelou
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Geronte,
Vieillard Athenien, Pere d'Eraste
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Mr
Desvoix
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Eraste,
Fils de Geronte, Amoureux d'Ericine
|
Mr
Cochereau
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Ericine,
Amante d'Eraste
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Mlle
Maupin
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Dircé,
Confidente d'Ericine
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Mlle
Armand
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Licas,
Valet d'Eraste
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Mr
Dun
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Choeurs
d'Atheniens
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Scene
premiere
Demée, Ericine, Dircé
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Le
Théatre represente une Place de la Ville d'Athenes,
où est la Maison du Pere d'Ericine
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Demée,
à Ericine:
Ne me resiste plus: j'ay formé ce dessein,
Et Geronte aujourd'huy doit recevoir ta main.
Ericine:
Ah ! ne m'imposez point ce cruel esclavage;
Il faut attendre au moins que je l'aime à mon
tour.
Demée:
Le temps fera naître l'amour,
Commençons par la Mariage.
Dircée:
Cét espoir fait des Malheureux,
On entend mille Epoux s'en plaindre:
L'Himen du tendre Amour n'allume point les feux,
Il est plus propre à les éteindre.
Demée:
Malgré ces beaux conseils, cédez à mon
pouvoir:
Je vais chercher l'Epoux qui vous devez avoir.
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Dircé:
Vous soûpirez ?
Ericine:
Ah quel supplice !
Ce jour va s'opposer à mes voeux les plus doux;
Helas ! j'aime en secret le fils de cét Epoux
A qui l'on veut que je m'unisse.
J'aime Eraste & je crois avoir touché son
coeur,
Depuis que mon Himen s'apreste
Il paroît accablé d'une affreuse langueur;
Il craint autant que moy cette fatale feste.
Dircé:
Tout paroît Amour à nos yeux,
Du moment que nôtre coeur aime:
On trouve
une douceur extrême
A croire que l'Objet que nous aimons le mieux
Et pour nous sensible de même:
Tout
paroît Amour à nos yeux,
Du moment que nôtre coeur aim.
Son
Esclave fidelle est sensible pour moy,
Il doit tout decouvrir... Mais c'est luy que je
voy.
|
Scene
3
Ericine, Dircé, Licas
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Dircé:
He bien, que faut-il qu'on espere ?
Licas:
Dircé, j'ai tout tenté pour te prouver mes
feux,
Mais mon Maître s'obstine à me faire un
mistere...
Dircé:
Il n'est donc point Amant; dans l'Empire amoureux
On ne sçait pas si bien se taire.
Ericine:
Helas !
Licas,
à Ericine:
C'est vainement que vous vous allarmez,
Il vous aime en secret autant que vous l'aimez.
Les
troubles qu'il nous fait paroître,
Sont de ceux que l'Amour excite dans les coeurs:
Les beaux yeux de Dircé par ses reagrds
vainqueurs
M'ont trop apris à m'y connoître.
Dircé:
Ne parle que d'Eraste, & fini ce discours.
Licas,
à Ericine:
Plus vôtre Himen s'aproche, plus son mal
s'augmente,
Son Pere qui s'en épouvante
Veut de l'art d'Esculape emprunter le secours.
Il ne vous
a point vûë & ne peut vous
connoître,
Tout est prest, suivez-moy, pour servir vos amours,
Je pretends faire un coup de maître.
[à
Dircé]
Geronte
vient icy, prend soin de l'arrester;
Et par un doux regard daigne au moins me flatter.
|
|
Geronte:
Malgré les transports de ma flâme
La langueur de mon Fils m'oblige à differer
Un Himen charmant pour mon ame;
L'Objet de mon amour en pourra soûpirer.
Dircé:
Non, non, ne craignez point de luy faire de
peine.
Geronte:
Son coeur doit partager mes amoureux desirs.
Dircé:
Vous luy feriez plus de plaisirs
En renonçant à cette chaîne.
Ces noeuds
qui vous semblent charmants,
Devroient vous causer mille allarmes:
Vous trouverez plus de tourments,
Que vous n'esperez de charmes.
Geronte:
Non, toutes ces raisons ne peuvent m'allarmer.
Dircé:
Estes-vous dans l'âge d'aimer ?
L'Himen
& la tendresse
Peuvent, dans nos beaux ans, combler tous nos desirs;
Mais la vieillesse
Tourne en poison les doux plaisirs
Que goûte l'aimable jeunesse.
Geronte:
Licas a déja fait ce que j'ay desiré,
Et je vois pour mon Fils un secours
aßuré.
|
Scene
5
Ericine déguisée en Medecin, Geronte,
Licas
|
|
Ericine:
Je viens vous presenter & mes soins & mon
zéle,
A mes heureux secours on peut s'abandonner.
Geronte:
Mon Fils est accablé d'une langueur mortelle,
C'est pour luy qu'aujoud'huy je vous fais amener.
Ericine:
Mon Art trouvera tout possible
Dans l'ardeur de le secourir;
Aux tourments qu'il pourroit souffrir
Je sens déja mon coeur sensible.
Geronte:
En finissant ses maux, vous me rendrez heureux,
Sans luy, d'un tendre Himen j'allois former les
noeuds.
Ericine:
Quel desir incensé vous presse,
Dans vôtre derniere saison ?
Goûtez les fruits de la sagesse,
Et les plaisirs de la raison,
Laissez l'amour à la Jeunesse.
Geronte:
L'Amour doit toûjours nous charmer,
Ses feux sçavent nous ranimer,
Malgré les ans, il faut le suivre:
La Jeunesse toûjours doit vivre pour aimer,
Et la Vieillesse aimer pour vivre.
L'Himen va
me livrer une jeune Beauté !
On vante sa douceur & sa fidelité.
Ericine:
L'espoir d'un prompt himen force une fille à
feindre,
Elle affecte long-temps un air aimable & doux;
Dés que l'Amant devient Epoux,
Elle ne sçait plus se contraindre.
Geronte:
Par les soins les plus doux je fixeray ses voeux,
L'âge ne me rend point ni jaloux ni
fâcheux.
Ericine:
Vous n'en aurez pas moins à craindre.
De tout
temps l'infidelité
Fût le commun penchant des Belles,
Leur laisser trop de liberté,
C'est leur dire d'estre infidelles.
Geronte:
Hé bien, je deviendray jaloux de ses appas.
Dans une éternelle contrainte
J'observeray par tout ses pas:
Si l'amour ne la retient pas,
Je la retiendraypar la crainte.
Ericine:
Vous courez un plus grand danger,
Vous prendrez un soin inutile;
Femme qui cherche à se vanger
Ne trouve rien de difficile.
Geronte:
A prévoir le plus grand danger,
L'âge m'a rendu trop habile.
Ericine:
Femme qui cherche à se vanger
Ne trouve rien de difficile.
Geronte:
Quel est donc le secret qui peut me rendre heureux
?
Ericine:
Fuyez l'himen, craignez de reprendre ses noeuds.
Licas:
C'est vôtre Fils qui vient, & l'Amour vous
engage
A luy chercher un prompt secours.
Geronte,
à Ericine:
Mettez tout en usage
Pour conserver ses jours.
|
Scene
6
Eraste, Ericine déguisée en Medecin, Geronte,
Licas
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|
Geronte:
Vien, mon Fils... Pourquoy ce silence...
Tu fais de tes tourments croître la violence !
Tu soûpires... du moins tourne sur nous les yeux,
Ce n'est point un homme ordinaire
Que je t'ameine dans ces lieux,
Il sçaura découvrir ce que tu veux me
taire.
Eraste,
à part en voyant Ericine:
C'est elle-même ! ô Ciel, que dois-je en esperer
?
Ericine,
à Eraste:
Je voy trop les raisons qui vous font soûpirer,
Cessez de m'en faire un mistere.
Eraste,
à Ericine:
Ah ! pouvez-vous les ignorer ?
Geronte,
à part:
Rien ne peut échaper à son art admirable
!
Eraste,
à Ericine:
Vous avez penétré le trouble qui
m'accable,
Mais vous puvez m'offrir l'espoir le plus charmant:
C'est de vous que j'attens le secours favorable
Qui seul peut finir mon tourment.
Geronte,
à Ericine:
Pour luy de tout vôtre Art employez la
puissance.
Eraste,
à Ericine:
C'est en vous seulement que mon espoir est mis.
Geronte,
à Ericine:
Vous verrez les effets de ma reconnoissance.
Ericine,
à Eraste:
Je veux, pour toute récompense,
Que vous soyez sensible aux soins que j'auray
pris.
Eraste,
à Ericine:
Ma reconnoissante éternelle...
Ericine,
à Eraste:
Allez, laissez-nous seuls, fiez-vous à mon
zele.
|
Scene
7
Ericine déguisée en Medecin,
Geronte
|
|
Ericine:
A ses yeux par pitié j'ay caché son
malheur,
Bien-tôt vous le verrez expirer de douleur.
Geronte:
Mon Fils ! qu'entends-je ?
Ericine:
Il faut vous apprendre un mistere:
Une jeune Beauté possede tous mes voeux.
Geronte:
Et qu'importe à mon Fils qu'elle sçache vous
plaire ?
Ericine:
Vôtre Fils en est amoureux.
L'Himen va
pour jamais nous unir de sa chaîne:
Vôtre Fils pourra-t'il resister à sa peine
?
Je vais presser sa mort, en formant de doux
noeuds.
Geronte:
Quoy ! Mon Fils va perir ! vous en seriez la cause !
Ah ! songez aux dangers où l'Himen nous
expose.
Ericine:
Pour sauver vôtre Fils dois-je vaincre mes feux
?
Geronte:
Il méritoit un sort heureux !
Ericine:
C'en est trop: je ne dois plus feindre,
Vous aimez Ericine, elle a touché son coeur,
En l'arrachant à son ardeur,
Vous avez pour luy tout à craindre.
Geronte:
Mais, cet Himen faisoit tout mon bonheur !
Ericine:
Vôtre Fils va perir, vous en serez la cause,
Ah ! songez aux dangers où l'Himen nous
expose.
Geronte:
Pour luy je vaincrai mon amour;
Mais il faut que l'Objet qu'il aime,
Veuille y consentir à son tour.
Ericine,
en se faisant reconnoître:
Ne craignez plus rien, c'est moy-même.
Voyez ce que j'ay fait: le plus doux de mes voeux
Est qu'un tendre himen nous unisse.
Geronte:
Je ne puis trop loüer ce charmant artifice.
[à
Eraste qui rentre sur la Scene]
Vien, mon
Fils, je sçay tout & veux te rendre
heureux.
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Scene
8
Ericine, Geronte, Eraste
|
|
Ericine
& Eraste:
Oublions nôtre peine,
Livrons-nous aux plaisirs:
L'Himen va combler nos desirs,
Que l'Amour en forme la chaîne.
|
Scene
9
Demée, Ericine, Geronte, Eraste
|
|
Geronte:
Je renonce à l'Himen, ne comptez plus sur moy,
Je veux prendre ce soin pour un autre moy-même,
Voyez à quel Objet...
Demée:
Ciel, qu'est-ce que je voy ?
Quoy ! c'est ma Fille ?
Geronte:
Mon Fils l'aime;
Demée:
Allons les rendre heureux sous une même
loy.
[le
Théatre change, & represente une Salle
préparée pour des Nopces]
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Scene
10
Demée, Ericine, Geronte, Eraste, Licas,
Dircé,
Les Parents & les Amis des Mariez qui viennent
célébrer la Nopce
|
|
Le
Choeur:
Joüissez des plaisirs que l'Himen vous apreste,
L'Himen a peu de jours heureux:
Il n'a de charmant que la feste,
Qui sert à célébrer ses
noeuds.
Dorine
[?]:
Qu'est devenu cet heureux temps,
Où l'Himen ne faisoit que des Amants constants ?
Quelque soin que l'on prenne
Rien ne peut arrester leur coeur,
Ils se rebuttent par la peine,
Et se lassent par la douceur.
Le
Choeur:
Joüissez des plaisirs que l'Himen vous apreste,
L'Himen a peu de jours heureux:
Il n'a de charmant que la feste,
Qui sert à célébrer ses
noeuds.
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