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Le Grand Ballet
ou le Bransle de Sortie
Dancé sur
le Theatre de la France, par le Cardinal Mazarin,
et par toute la Suitte des Cardinalistes & Mazarinistes
vers 1649

Pour
rendre ce Bransle de Sortie plus agreable & plus
plaisant, l'on a renouvelé icy l'ancienne mode des
Comedies, où l'on introduisoit un certain personnage
ridicule, qui railloit sur toutes sortes de rencontres,
& disoit quelquefois de bonnes choses, & qu'il
estoit expedient que tout le monde sceut, & personne ne
s'en pouvoit fascher, sans passer par un esprit malfait,
& mesme pour en oster l'occasion ils avoit feint que
c'estoit une divinité qu'ils appelloient le Dieu
Momus; Divertissement qu'ils ont adiousté icy
à toute la piece, afin de n'offencer personne, &
que si quelque'un n'a pas envie de rire dans cette
risée publique qu'il s'en prenne à Momus qui
dit toutes les veritez qui sçait & qui ne
sçait pas; c'est donc Mmus qui parle tandis que les
autres dancent. Le
lieu où ce Bransle de Sortie se dance est iuste &
carré, aussi large qu'il est long, & aussi long
qu'il est large, sa longueur est depuis Paris où le
Bransle commence iusqu'au Havre, & sa largeur
iusqu'à Sedan, où il finit en sortant du
Royaume. Le
Théatre est tout nud, mais le plus beau
paysage du monde qui s'estend par une partie de
l'Isle de France, de la Normandie & de la
Picardie, & il aura autant de faces differentes
& toutes ravissantes, comme il aura
d'Entrées & de Sorties, qui toutes
s'aboutissent à une, qui finit & acheve
ce Grand Balet, ou bien ce Bransle de
Sortie. Pour
les habits des Acteurs n'y prenez pas garde de si pres,
plusieurs n'ont pas eu loisir de leuer des estoffes,
d'autres de les faire tailler, & d'autres de les coudre,
tous ont esté accomodez par deux Tailleurs logez
à la commodité & à l'occasion, ils
sont pourtant, chargez de quantité d'or &
d'argent, & d'un grand nombre de pierreries, & tous
ont mis la plume au vent, avec des cordons à la mode,
& si les Marchands qui leur ont fourny leur or y ont
bien gagné, car ils ont pris des Louys à dix
livres quinze sols & à unze francs, & la
plupart se sont fournis à la ruë Berthysi chez
un bon gros homme qui n'y perdra rien. Pour
les pierreries, l'ont dit qye ce sont des plus belles &
des plus riches du cabinet, & qu'il y en a pour une
somme immense, i'ay peur que la vistesse de leur cadence
& de leurs pas n'empesche que vous n'en puissiez
descouvrir tout l'esclat, admirer le lustre & priser la
richesse. Sçachez
pourtant en un mot, qu'il n'y a iamais eu en France de
magnificence de Carousel, de Comedie, de Machines, de
Theatres superbes, de Balets somptueux, de Bals,
d'assemblées de Mascarades, de Courses de Bagues,
& de Dances qui yaent iamais tant cousté &
qui ait tant consommé, mangé &
emporté d'or & d'argent qu'a fait ce Bransle de
Sortie, sans conter les violons ny les feux de ioye &
les festins qui se sont faits en suite, & sans
comprendre le gain des valets de la feste. Iugez si cette
Sortie ne doit pas estre bien celebre, bien riche & bien
somptueuse. Pour
les places des Spectateurs elles sont libres, il ne faut
point d'argent pour les retenir ny de laquais pour les
garder, & si il y en a pour tous ceux qui auront de la
curiosité, sans crainte de s'y ennuyer à cause
de la grande diversité des faces du Theatre, des
entrées, & des personnages, & ses
entrées êtant tousiours diversifiées
& meslées de serieuses & de plaisantes, pour
ne pas dire de ridicules & d'importantes. Sur
la plate bande du frontispice de la porte, il y a ces vers
escris en grosses lettres, afin que personne n'en pretende
cause d'ignorance & ne s'en formalise mal à
propos. Si
tous ne vont à la cadence, L'on
va commencer, i'entends desia les violons & toute la
compagnie attend il y a long-temps sans mentir le
commencement de ce Bransle de Sortie.
C'est qu'ils sont un peu trop pressez,
Et que pour estre trop hastez
Ils veulent faire diligence:
Mais que personne ne s'offence,
Si l'on dit vray ou si l'on ment,
Tout est de Caresme prenant
Sur ce Theatre de la France.
La Premiere Face
Le
Theatre qui paroissoit tout nud sans aucun appareil, &
par cette nudité faisoit croire aux spectateurs qu'il
n'y avoit pas grandes decorations ny embellissemens pour
divertir la veuë; trompe la compagnie &
s'entr'ouvrants de toutes parts, l'on vit paroistre les
Champs Elisées avec toutes les beautez d'un iardin de
plaisance, & telles que nous depeignent ceux qui ont
escrit mes rares merveilles de ces lieux où sont
logées les ames des morts qui ont quitté le
sejour du monde & de cette vie. Il est vray que comme le
bruit couroit que cela devoit commencer par les ombres des
morts qui en devoient faire la Premiere Entrée, l'on
croyoit voir ouvrir la terre & paroistre les Enfers avec
toutes leurs horreurs & leurs formes hideuses: mais dans
ce Balet il n'y a point de coupables, tous sont gens de
bien, Dieu me pardonne si ie ments; ainsi ces ombres que
vous allez voir ne sont pas criminelles & par consequent
ne paroissnet point parmy les supplices des Enfers, mais
parmy les delices des Champs Elisées: Et au lieu de
spectres, de figures hideuses & de monstres, l'on ne
voit que des arbres chargez de toutes sortes de fruicts
inconnus au goust des vivans, & au lieu des
fumées noires, espaisses, infectes, puantes &
importunes, comme il en exhale des Enfers, l'on vit une
fumée douce & agreable de toutes sortes d'odeurs
& d'une confection aromatique meslangée de tous
les parfums qu'on nous apporte d'Italie, de delà les
monts & les mers. Cette premiere fumée
odoriferante resiouyt toute l'assemblée, aussi
faut-il que ie vous advouë que elle estoit
composée de personnes qui ont de tres-bons nez, il y
en avoit quantité de gros & vilains qui
fleuroient de bien loing, & de petits chiens de nez qui
iugent bien de la difference des vents, chacun en estoit
satisfait, & il n'y eut pas mesme iusqu'au nez camus du
Gazetier qui met sont nez par tout qui ne s'estendit &
n'eslevast ses narines pour fleurer ces parfums de l'autre
monde capables d'embausmer l'air le plus infecté
& de contenter les nez les plus difficiles en
senteurs.
La Premiere Entrée
Cette
fumée estant dissipée & humée
avidement & agréablement par tous les nez de
l'assemblée, l'on vit parestre des arbres qui
formoient un grand rond & une place vuide au milieu,
presque comme celle de l'Echo du Iardin des Thuilleries,
& alors l'on vit saillir tout d'un coup deux ombres sans
avoir veu d'où elles venoient: mais sans doute elles
sortoient de dessous le Theatre à l'improviste comme
elles y rentrerent de mesme apres avoir accomply leur
personnage. La
premiere, estoit l'ombre du Sovoyart, aveugle, fameux
chantre du Pont-neuf, lequel estant mort il y a quelques
mois, avoit porté des nouvelles à l'autre
monde, & chanté de ses beaux airs de sa Cour,
& de son Empire sous le cheval de Bronze, & sur tout
des nouveaux faits en l'honneur & a la louange de
Mazarin, tant de sa façon que de celle des plus
habiles Musiciens du temps. Et
comme ces airs & sa belle voix avoit fort diverty ces
ombres des Champs Elisées, celle d'un illustre
Vielleux de Poictou, petit neveu de Tibogaro & qui en
portoit le nom, les voulut mettre sur sa vieille, & de
fait y avoit si bien reüssy, que du depuis ces deux
ombres ont tousiours esté inseparables. Donc
les deux ombres du Savoyart & de Tibogaro Vieilleux font
le recit, l'un chante & l'autre accorde son agreable
& melodieux instrument, & sur le sujet du Temps fort
à propos, le Savoyart entonna cét air que la
pluspart des honnestes gens n'ont pas encore
oublié. Ne
pensez plus, Messieurs, que ie vous die Tandis
que leur chant & leur harmonie ravissoit les oreilles de
l'audiance, vous ne croyriez combien la bonne compagnie
estoit satisfaite d'entendre & de voir encore une fois
le pauvre Savoyart, tant Momus en disoit de loüanges,
& comme il avoit tousiours mieux aymé dire une
chanson qu'une antienne & un bon verre à peine de
la casser, que le petit bassin de cuivre des quinze-vingts,
& de hanter les freres de la Iubilation, que de la mort
chassez de Roüen il y a vingt ans; les autres
s'arrestoient à contempler leurs grands crespes
blancs tous parsemez, l'un de notes de musiques, l'autre de
divers instrumens & tuyaux d'orgues. Ainsi
tous deux s'esvanouïrent comme ils avoient paru lors
qu'on y pensoit le moins, & lors qu'on attendoit quelque
autre air ou chanson divertissante sur le suiet de la
feste.
en quel estat la Fronde l'a reduit,
Sa retraitte fera si peu de bruit
Que vous sçaurez sa cheute avant sa
maladie,
Nous qui sommes remplis d'esprit de Prophetie,
Pouvons bien asseurer à ce grand
Cardinal
Que parmy les François son cas va si fort
mal
Qu'il luy faudra dancer un bransle de
sortie.
La Seconde Face & la Seconde Entrée
Sans
sortir des Champs Elisées, ce rang d'arbres où
parurent les Musiciens s'esvanouït, & l'on vit une
grande & longue prairie bordee des deux costez de fort
grands arbres, & quoy qu'elle fust à perte de
veuë, l'on descouvroit dans le rond une
assemblée des ombres de morts comme s'ils eussent
tenu conseil, de fait il y avoit tousiours eu plainte contre
Mazarin depuis l'arrivee des deux Gentils-hommes qui furent
pendus ne vous deplaise, l'un à Bourg, l'autre
à Bordeaux à leur grand regret & grand
déplaisir de leurs familles, l'un & l'autre
demandant tousiours iustice, & l'affaire avoit tenu
l'assemblée en balance & irresoluë
iusqu'à l'arrivée du Comte d'Avaux, qui
rapporta tant de particularitez sur cette affaire & dit
tant de choses pour & contre ayant tousiours luy mesme
chancelé sur ce poinct, que l'on fust d'avis
d'envoyer querir un grand President qui estoit son frere,
& qui prirent comme bon Iuge & fort intelligent pour
demesler ces difficultez. Le Couriet fust depesché
aux frais des pendus & des parties qui demandoient
Iustice, il ne fut qu'un Caresme à aller &
à venir, & amena l'ombre du President de Mesme
dans quarente iours à l'assemblée qui estoit
composée des ombres du Cardinal de Richelieu, du
Cardinal de la Valette & de Sourdis Archevesque de
Bourdeaux par le Clergé, du bon vieil Duc d'Espernon,
du Mareschal Deffiat, du Comte de Tournon pour la Noblesse,
& pour le tiers Estat sur Sur-Intendant Bullion, du
President le Iay & de Thou, tous bonnes testes, comme
vous sçavez & bien affectionnez au bien du
public, en ayant pris tant qu'ils ont peu, tous se
resiouyrent de l'arrivée de ce tesmoing
irreprochable, mais comme cette assemblée ne devoit
pas iuger le differend diffinitivement & bien qu'il en
falloit rapporter les advis & les resolutions au Conseil
d'en haut & aux Heros demy-Dieux que vous verrez cy
apres, l'on dit seulement aux pendus que l'on leur feroit
Iustice & qu'on satisferoit toute l'assemblée.
Sur cette premiere esperance de resiouyssance l'on vit se
separer de la troupe & approcher de plus pres sur le
bord du Theatre les ombres De
Richon &
Canole, Ayans
tous l'espée à la main & le bouclier en
l'autre où leurs armes estoient despeintes, ce qui
les faisoit recognoistre: leur dance, estoit un perpetuel
combat, se portans des coups à la candence,
iusqu'à ce que lassez de soustenir deux partis
differens; entendant une voix ils ieterrent leurs armes par
terre, & s'embrasserent en dançant &
dançoient ensemble en retraitte apres le recit de
cette voix qui chantoit. Enfin
c'est trop combattu Nos
ombres n'estant que fumées Nostre
gloire est désia semée C'est
trop nous amuser à tant de
broüilleries,
De Chastillon,
de la Vallette
Clanleu,
& autres Frondeurs,
Ce phantosme est abbatu,
Il faut mettre bas les armes
Au pied de nos belles Dames.
Toutes exemptes du trespas
Ne cherchent plus d'estre estimées
Pour la victoire des combats.
Si bien qu'elle ne mourra pas,
Et nous ne faisons plus de cas
Des bouches de la renommée.
Mazarin va dancer la bransle de
sortie.
La Troisiesme Face & la Troisiesme Entrée
Sur
le milieu de cette prairie paroist une belle rouë qui
tourne tousiours, & l'on voit dessus une Deesse qui
tient un globe & un estendart qui voltige à toute
sorte de vent; c'est sans doute la Deesse
fortune. Aussi
tost l'on vit paroistre quatre ombres qui dançoient,
& taschoient d'arrester cette rouë, qui tournant
tousiours les emportoit tantost seuls & tantost tous
ensemble. La
premiere estoit celle du pere de Mazarin, la seconde de son
frere Cardinal d'Aix, la troisiesme de Magalotty, la
quatriesme de l'Abbé Mondain. I'estois
un bourgeois Romain Si
tu n'as rien fait pour moy, Quoy
pour estre Italien Et
moy pauvre Pantalon
Fort empesché de ma personne,
Tout prest à tendre la main
A celuy qui plus me donne:
Mais la force des Lonys
Ma tiré de la misere,
Et fait enfin que ie vis
Et que mon fils soit mon pere.![]()
Trop inconstante fortune,
Pour luy donc arreste toy,
Ton mouvement m'importune,
Toy qui l'as monté si haut,
Ne luy sois pas ennemie,
Fais qu'il ne dance si tost
Ce grand bransle de sortie.![]()
Faut qu'une rouge callotte
Sur un Chef Sicilien
Me fasse aßieger la Motte
I'allois estre Mareschal,
Mais c'est toy qui nous ballotte
Qui m'a fait choir de cheval
Me iouant comme une plote.![]()
Il me fit vestir de long
Pour entrer avec les Dames
Et gagner leurs belles ames,
L'on m'ouvroit mesme à minuit
Faisant le coffre de nuit
De la Reyne de Poulogne,
Ou du train pour Catalogne.
Ie devins marchand meslé,
Mais ayant bien enfilé
Mon filet se vint à fendre
Et mon corps à se respandre.
Maintenant ô Mazarin
Croyez en l'Abbé Mondain,
Et sans plus qu'on vous le die
Dansez le bransle de sortie.
La Quatriesme Face & la Quatriesme Entrée
Un
grand nuage vint couvrir toute cette prairie, & l'on vit
dans un lieu plein de clartez ravissantes l'assemblée
des demi-Dieux parmy lesquels on recognut a son Sceptre
& sa Couronne l'ombre de Louys le Iuste d'heureuse
memoire; mais on y remarqua particulierement les ombres de
feu le Prince de Condé & de Madame la Princesse
arrivêe depuis peu, & laquelle avoit parlé
si librement de la conduite de Mazarin, qu'elle avoit fait
resoudre les demy-Dieux à consentir à la
liberté des Princes & à la sortie de
Mazarin, & én signe de resiouyssance l'ont vit
dancer six petits Cupidons tous nuds, deux rompans des fers,
deux portans des clefs & deux tenans des foüets de
postillon, sans doute pour haster les sorties. La
France a rompu ses fers, Peuples
voicy les clefs de vostre liberté,
De Bar ouvre ses Enfers,
Nous allons revoir nos Princes
S'esgayer dans nos Provinces.
La discorde s'en va bien tost estre bannie,
Et le Ciel contre vous n'estant plus
irrité
Mazarin va dancer le bransle de
sortie.
La Cinquiesme Face & la Cinquiesme Entrée
Les
Champs Elisées estant disparus, l'on vit le Palais
& les grandes Escuries du Mazarin, d'où sortirent
des chevaux conduits par des Palefreniers, qui les ayant
attachez les pensoient, frottoient & estrilloient
à la cadence, & chantoient une chanson à
leur mode qui finissoit tousiours par ce refrain: Adieu
Paris, adieu belle & longue Escurie,
Il faut enfin dancer le bransle de
sortie.
La Sixiesme Face & la Sixiesme Entrée
La
Sixiesme Face estoit la veuë du Pont neuf & du
Cheval de Bronze, & l'Entrée estoit d'un Escuyer
de Mazarin & deux petits Polonois qui menoient le
Dromadaire de Mazarin & d'un Gascon qui l'acheptoit,
& apres le mettoit au bout du Pont neuf pour le faire
voir, en exposant sa figure pour attirer l'argent des
curieux, avec un gros escriteau, il faisoit argent de tout
selon le commandement de son pere Fato de nari le tout
à la cadence, & en chantant: Adieu
pauvre estranger, adieu la Ionglerie,
Il faut enfin danser le bransle de
sortie.
La Septiesme Face & la Septiesme Entrée
La
Spetiesme Face estoit la ruë S. Honoré,
où la perspective faisoit voir les quinze vingts
& la boucherie, l'Entrée estoit de six boueux
avec leurs pesles & balets qui nettoyoient les rues
& ostoient les bouës pour preparer le chemin de sa
sortie. Durant
de Divertissement Momus dit de bonnes choses sur les
bouës, que les Bourgeois de Paris donnoient de bel
& bon argent pour oster les bouës, & n'avoient
pas l'esprit de se faire servir, & qu'ils estoient si
lasches que de voir engraisser des coquains de leurs
deniers, au lieu que dans chaque quartier chacun devoit en
avoir le soin, que ce party estoit si bon qu'un des Chefs de
Iustice l'avoit pris & y avoit tant gagné, qu'il
en avoit remporté la haine du peuple, aussi bien que
celle des honnestes gens, tout cela fut dit sur ce qui fut
rapporté qu'il avoit autrefois fait bailler les
rués de Paris au retour du Cardinal de Richelieu,
quand il eut fait decapiter S. Mars & de Thou &
qu'il revint dans sa machine pottative, & qu'il
étoit bien plus raisonnable de les balier pour faire
sortir le Cardinal Mazarin son digne successeur; la chanson
n'y manquoit pas qui finissoit tousiours ainsy: Faisons
nostre pavé plus beau que marqueterie,
Mazrin va dancer le bransle de
sortie.
La Huictiesme Face & la Huictiesme Entrée
Paroissoit
un Palais devant le Iardin des Tuilleries où l'on
voyoit une Deesse qui tendoit les bras à des Roys
& des Empereurs, & qui estoit suivie d'une fort
belle Cour toute en resiouyssance avec une bande de petits
violons de nouvelle impression, mais pourtant qui iouoient
à merveilles les airs du temps & triolets faits
en l'honneur de Mazarin. L'entrée
fut de douze Seigneurs parmy lesquels estoit le seigneur
Iule, qui tous paroissoient & dançoient fort
empeschez de leur contenance & de leur personne, comme
s'ils eussent esté surpris ou toutt estourdis de
quelque accident, ou bien enfin d'aller à l'estrade,
parole ne put point, & qui tiennent leur haut de
chausse, ne sçachans où se mettre pour se
descharger, ainsi courans çà & là,
comme gens qui avoient mal au ventre tous en cadance, quand
un d'eux qui n'estoit pas loin de l'estrade fut
arresté par les gardes du Palais dont nous avons
parlé, fort indignes de ce procédé, de
telle façon que les autres ne trouvans plus
d'estrades, ny de lieux communs, publics ou particuliers
fort assurez, sortirent hors de la ville de Paris, tandis
que les gardes de ce Palais chantoient: Peuples
ne pensez plus à la mutinerie,
Mazarin a dancé le bransle de
sortie.
La Neufiesme Face & la Neufiesme Entrée
La
face de l'Hostel de Ville de Paris & la place de Greve
où les Bourgeois tesmoignoient leur ioye sur la
nouvelle de la sortie du Mazarin hors de Paris; Douze des
plus lestes & des meilleurs danseurs de Paris firent un
ballet de postures toutes nouvelles & toutes
divertissantes avec l'air: Peuples
beuvons du vin, beuvons iusques à la
lie,
Mazarin a dancé le branle de
sortie.
La Dixiesme Face & la Dixiesme Entrée
La
face d'une cuisine en déroute & de marmites
renversées: balets des marmitons, vestus aussi
blanchement & grassement que de coustume, à la
mode des volontaires suivant les cuisines de la Cour,
portans tous un instrument de leur office, broches, poisles,
chaudrons & telles ustancilles, fuyans plustost, comme
s'ils desroboient & pilloient la cuisine de Mazarin.
L'air estoit ainsy: Nos
iours gras vont finir avant que commencer;
Adieu potage gras, grailons, boudinerie,
Adieû bons reliquats, Mazarin va dancer
A nostre grand malheur le branle de
sortie.
La Unziesme Face & la Unziesme Entrée
La
face estoit le Vieux Palais de S. Germain en Laye avec
toutes ses arcades & embellissemens. La
dance estoit de Seigneurs qui demandoient d'entrer,, mais un
Capitaine & des soldats en sortent, & en
dançant les chassoient si bien, qu'en retraitte ils
entrerent dans le lion d'or. Icy
ne sert de rien toute l'enchanterie
Mazarin faut dancer le branle de
sortie.
La Douziesme Face & la Douziesme Entrée
La
face estoit la place de S. Germain où est le
lion d'or, ce lion ne fut point sans lionne, qui parut avec
ses pantalons que l'on cogneut à leurs escritoires
& plumes à l'oreille estre Secretaires, dont l'on
disoit que quelques uns l'avoient esté de
S. Innoncent, ils n'en sont pas plus habilles pour
cela: leur dance fut en forme de lettres escrivans, Mazarin,
mais enfin les lettres & le nom se treuverent
esvanouyes. Mettez
la plume aux pieds & non plus en nos mains
Mazarin tout nostre art n'est que badinerie
Vous allez devenir le ioüet des humains,
Quand vous aurez dansé le branle de
sortie.
La Treisiesme Face & la Treisiesme Entrée
La
Treiziesme face estoit le Chasteau neuf de S. Germain
en Laye, où tandis que Mazarin & ses Mazarinistes
se reposent, viennent des Telliers ou Marchands de toille
à vendre, laquelle ils desployent en dançant,
mais l'un en avoit de trop fine & n'est plus d'usage en
ce temps qui fait froid, les autres n'estoient pas assez
fortes pour tendre dans les forests & pour attraper les
bestes qu'on recherche, ainsi les Telliers vont vendre leur
marchandise ailleurs. Telliers
vous tendez tres-mal
De la toille au Cardinal
Au lieu de tapisserie,
Sinon que vous sçavez bien
Qu'il va dancer dans demain
Le grand brnale de sortie.
La Quatorziesme Face & la Quatorziesme Entrée
La
face est la forest de S. Germain, la dance est des
chasseurs avec leurs carquois & leurs flesches.
Plusieurs bestes paroissoient, mesme quelques renards, mais
on se rit de leurs ruses & on ne les suit pas, car un
cerf vient qui donna du plaisir & de l'entretien aux
chasseurs & à la compagnie & les plus habiles
chasseurs dirent qu'il avoit couru les forests d'Allemagne
avec souplesse & passé dans les prairies
d'Hollande avec addresse, & quoy qu'il eust perdu un
oeil à la bataille il estoit encore plus clair voyant
que ceux qui en ont deux, ainsi ayant donné un
destour au Mazarin il laissa les chasseurs battre aux
champs, tandis qu'il estoit en asseurance: mais ces
chasseurs avec leurs arcs & flesches furent chassez par
d'autres chasseurs avec des frondes qui les firent sortir de
la forest de S. Germain. L'air
fut treuvé si beau qu'il est chanté dans
toutes les bonnes compagnies de Paris par les plus honnestes
gens, n'en déplaise à Messieurs dont ie
renverseray les noms, de peur qu'ils ne renversent la
cervelle d'un Imprimeur qui ne tasche qu'à divertir
les melancoliques sans faire mal à personne: car
vrayement icy tout s'en va en raillerie, mais en riant vous
m'entendez bien. O
qu'il y fait bon la chasse sera belle,
S'envala, s'envala, s'envala, long cou
Chou, chou, chou, chou, chaumont bois
La va la, va la va, long bary
Vivre à cot à cot axelle bru.
Il est sur les fins faut que la beste creve,
Tayaut, tayaut a monvert,
Y va, y va, rond neuf
S'eßevant, il va, il va non py
Ourvary, ourvary contron
Tiraly, tiraly, tiraly, leve bois.
La Quinziesme Face & la Quinziesme Entrée
La
Quinziesme face estoit une riviere avec une barque & un
vieux Caron pour passer nos chasseurs qui n'ayans pas pris
ce qu'ils esperoient laisserent la forest de S. Germain
pour courir la Normandie. Ces
basteliers s'amusoient à dancer sur le bord de l'eau
tandis que les Mazarinistes tempestoient sur l'autre bord,
criant pour avoir la barque & pour passer promptement,
craignans que la chasse qu'on leur avoit donnée ne
fut pas encore finie, & qu'on les poursuivit en
queuë. Donc
ces basteliers leur dance estant finie furent passer ces
Messieurs qui ne connoissoient point, mais ils trembloient
si fort de peur qu'ils faisoient une continuelle dance dans
le bateau, dans lequel tous n'ayans pu entrer, les autres se
ietterent en l'eau pour suivre, tant ils brusloient
d'ambition par le froid le plus serré de
l'année, ce qui donna un agreable divertissement
à toute la compagnie de voir ces partisans de la
fortune Mazarinique à vau l'eau voguer pour humer le
vent, & sortir, de là moüillez comme des
barbets courans apres des canes qui se plongent dans l'eau,
vont parestre dans un autre costé & se mocquent
de ces pauvres bestes, toutesfois là là
là, tout n'ont pas humé du vent seulement, il
y en a bien qui ont fait la chasse & qui ont
attrappé de bons lopins de la beste qui couroit les
champs, quelques-uns en courans sans se laisser tomber ont
eu la teste fenduë, d'autres des bastons, d'autres de
l'or & de l'argent, ainsi tous n'ont pas perdu leurs
peines. Vieux
Caron Nautonnier infernal
Donne passage à ce Cardinal.
Et ne crains point sa supercherie
Il dance le bransle de sortie.
La Seiziesme Face & la Seiziesme Entrée
Tandis
qu'ils sont sur l'eau voici venir le ieune Icare avec un
petit Italien compagnon de sa fortune. Icare
avoit ses aisles rompuës pour avoir voulu voler trop
haut & l'autre ses desseins renversez, la Face du
Theatre estoit comme une vaste mer image du changement &
inconstance des choses du monde, & la dance estoit de
ses deux petits badins, i'ay voulu dire baladins, veritables
figures des temeraires audacieux & de ceux qui ne se
connoissent pas eux mesmes. Leurs pas estoient fort
agreables, chacun prenant plaisir à voir tresbucher
l'ambitieux Icare. Suivez,
suivez petit badin
Vostre bon parent Mazarin,
Suivant Icare & sa follie,
Dancez le bransle de sortie.
La Dixseptiesme Face & la Dixseptiesme Entrée
La
Dixseptiesme face estoit la citadelle du Havre belle
à merveille & si bien representée que
chacun pensoit la voir. La
dance estoit composée du Mazarin & d'un Capitaine
qui tenant des clefs à la main ouvroit la citadelle,
d'où l'on vit sortir trois genies, celuy de la
guerre, celuy de la paix & celuy de la Religion, qui
ayant dansé tous trois de ioye, l'on vit Mazarin leur
embrasser la cuisse par respect & leur dire adieu,
recevant pour response l'air qui fut
chanté. Desormais
songe mieux à faire ta partie,
Ta fourbe est descouverte & ton masque est
levé,
Suis donc nostre conseil & peur d'estre
attrapé
Acheve de danser ton bransle sortie.
La Dixhuictiesme Face & la Dixhuictiesme Entrée
La
Dixhuictiesme face estoit la ville de Peronne en Picardie
avec toutes ses fortifications, la dance estoit de trois
Nymphes qui fuyoient les cheveux espars & toutes pleines
de pleurs & de tristesses, l'air portoit: I'ay
le coeur tout amer, coeur tout remply d'amour,
Mais helas sans espoir en sortant de la Cour,
Des plaisirs & douceurs de la caiollerie,
Puis qu'il nous fait danser le branle de
sortie.
La Dixneufiesme Face & la Dixneufiesme Entrée
La
face representoit la ville de Paris, la dance estoit d'une
douzaine d'Italiens entre les autres, qui plioient bagage, a
rompoient les lettres de Naturalité que Mazarin leur
avoit fait sceller pour les rendre capables d'occuper des
benefices, & tenir des biens en France, donnant ainsi
aux estrangers le pain des enfans de la maison: personnes
dignes de foy ayant asseuré qu'en un seul iour le
Maistre des bouëux qui s'est retiré, en avoit
expedié & scellé plus de cinquante, quoy
qu'il eust refusé des années entieres de
sceller celles que portoient restablissement des Evesques
innocens, leur air finissoit ainsi: Helas
malgré les Sceaux & la Chancellerie,
L'on nous a fait dancer le bransle de
sortie.
La Vingtiesme Face & la Vingtiesme Entrée
La
20. face estoit la Perspective du Palais Royal,
l'entrée estoit de deux Seigneurs de la Cour qui
dançant se treuvent attaquez d'Arisans avec les
intrumens de leurs mestiers, lors qu'une trouppe d'enfans
bleus les vint separer tout en riant & en
dançant. Meßieurs
retirez vous
Escartez vous d'icy, ne pensez pas qu'on rie,
Meßieurs retirez vous,
Mazarin a dancé le bransle de
sortie.
La Vingt-uniesme Face & la Vingt-uniesme Entrée
La
21. Face estoit le Ciel, d'où l'on voyoit tomber
trois Estoilles, qui font une partie des armes de Mazarin,
& l'autre estoit des soldats qui rompoient les
faisseaux, & la hache qui font l'autre partie de ses
armes. Comme
l'on voit tomber les Estoilles des Cieux,
Ainsi l'on te vera Mazarin en tous lieux,
Errant & vagabond servir de raillerie,
Quand tu auras dancé ton bransle de
sortie.
La Derniere Face & la Derniere Entrée
La
Face estoit l'assemblée des Dieux dans une grande
Salle dorée à merveille. L'Entrée
estoit de Mercure distribuant les Arrests des Dieux à
ces Postillons plus vistes que les vents pour les aller
porter par tout le monde. Allez
par l'Univers porter l'Arrest des Dieux, S'en
est fait.
Que le Ciel a chassé Mazarin de ces
lieux,
Ne pouvant voir l'excez de sa fripponnerie,
L'a contraint de dancer le bransle de
sortie.