|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
presenté au Roy qui
doit estre dansé le
Lundy 27 Decembre 1632, & les trois iours suivans, |
D'autant que les choses qui surprennent,, touchent plus
puissamment les sens, on s'est advisé de cacher la
face du Theatre de telle façon, que ny du Parterre,
ny de l'Amphitheatre, ny mesme des Galleries, on ne pourra
voir la Scene devant que de commencer le Ballet. A
cét effect il y aura une grand toile qui s'estendra
au devant, & prenant depuis le haut du plancher iusques
à terre, tiendra tous les assistans dans un impatient
desir de voir ce qu'elle cachera. L'heure estant venuë
de l'abbatre, elle disparoistra incontinent, &
descouvrira une Scene tout à fait Comique; Ce sera
une salle à faire Nopces, revestuë de
tapisseries, esclattante de flambeaux & de lumieres,
& parée de tous les autres ornemens requis en
semblable occasion. Mais tandis que chacun repaistra ses
yeux de la beauté de cét objet, la Nature
paroistra tout à coup, & s'adressant aux Dames
comme à ses plus beaux ouvrages, chantera ces vers
suivans avec une grace qui luy sera si naturelle, que chacun
aura sujet d'avoüer qu'en toutes choses la Nature est
meilleure que l'Art.
Astres
brillans de cette Cour, Außi
vous forcez les Mortels C'est
par moy que vous esclattez
Dont l'esclat offusque le iour
Que ie tire du sein de l'onde;
Que vos attraits me semblent doux !
Et que l'on auroit eu peu de plaisir au monde
S'il eut esté sans vous !
D'ériger par tout des Autels
A vos graces incomparables;
Et les Dieux mesmes se croiroient
Indignes du pouvoir qui les rend adorables,
S'ils ne vous adoroient.
Dedans ces aymables beautez
Que les hommes n'ont qu'en peinture;
Et tout l'honneur qu'on vous depart
Est plustost un effect desdons de la Nature,
Que des graces de l'Art.
O que
d'Amour la flesche est douce ! Apres
tant de peines paßées, Dans ce
bon-heur qu'il nous octroye C'es en
secret qu'il nous martyre
Que tous ses effets sont charmans !
Il rid aux fidelles Amans
Dessus le point qu'on croid qu'il se courouce;
Il a, tout Dieu qu'il est, des sentimens humains,
Et dés qu'ils ioient nos coeurs il veut oindre nos
mains.
Il est venu taris nos pleurs;
Si nous allons cueillir des pleurs,
Ce ne sont plus ny soucis, ny pensées:
Mais bien les fleurs qu'Hymen empesche de vieillir,
Et que dans ses vergers on a droit de
cueillir.
Monstrons nous si gays aujourd'huy,
Que comme nous mourions d'ennuy,
Vous nous voyiez bien tost mourir de ioye:
Mais, ô couces faveurs, où nous pensions le
moins !
Mes mysteres d'Amour veulent peu de tesmoins.
Et qu'il nous fait desesperer;
Laßé de nous voir endurer
C'est en secret außi qu'il nous faire rire,
Nous offrant tout le bien que l'on peut souhaiter,
Bien qu'on a peine à dire, & plaisir à
gouster.
Les parens
du Marié & de la Mariée les suivront de
pres,, & danseront avec plusieurs differentes figure sur
un autre air fort gay, & du tout convenable à
leur commune allegresse. Mais comme la diversité des
objets est ce qui charme le plus les sens, pour rejoüir
d'autant plus la compagnie, paroistra sur la Scene un fol de
village ou batteur de sonnettes, lequel vestu de gris, de
jaune & de vert, le capuchon sur la teste de mesme
couleur, & la marotte en main, dancera sur un air aussi
bouffon que se desmarches seront extravagantes. Ce sera un
plaisir de le voir aller au devant des parens pour les
inviter les uns apres les autres de venir faire leurs dons,
qu'il presenteront, les uns avec gravité, &
lés autres follastrement selon leur aage & leur
condition, le tout au son d'une Musique de hauts-bois aussi
douce qu'elle sera differente. En suitte dequoy on couchera
la Mariée, où toutes les ruses & les
galanteries que l'on a de coustume de pratiquer en
samblables rencontres ne seront point oubliées.
Pendant cela on oyra un concert de flutes, qui feront
advoüer à l'assistance que toutes les merveilles
que les Histoires rapportent de cét ancien
joüeur de flutes Ismenias, ne sont rien que l'ombre de
ce qu'ils entendront. Ceste melodie sera suivie d'une
Serenade, composée de toutes sortes d'instrumens de
Musique, dont les accords rendront un si agreable
resonnement, que l'on n' iamais rien oüy de plus
delicieux. Apres cela comme si la nuict s'estoit déja
escoulée, on verra paroistre sur le Theatre quatre
Valets de feste qui porteront le broüet. Le grand soin
qu'ils auront de ne rien respandre, ne leur fera pourtant
oublier un seul de leurs pas. Et apres qu'ils auront fait
quantité de singeries & de postures bouffonnes,
ils disparoistront pour faire place à la nouvelle
Mariée, de qui le ventre enflé fera bien
paroistre qu'ellen'aura pas couché toute seule, &
que la terre aura esté si bien cultivée
qu'elle produira bientost les premiers fruicts de son
mariage.
Iusques icy on n'aura veu que des choses communes, qui
pourtant auront esté non communément
representées. Mais d'oresnavant, comme si par quelque
puissance extraordinaire, les spectateurs avoient
esté transportez de la terre au Ciel, ils seront tous
esbahis qu'ils ne verront plus rien paroistre devant leurs
yeux que des Divinitez. Ce seront les sept Planettes,
lesquelles faisant la meilleur partie des effects de la
Nature, se presenteront pour verser leurs influences sur cet
Enfant de qui la naissance est attenduë de tous avec
une impatience extréme. A cet effet, la Scene se
changera icy tout à coup. Et au lieu d'un sejour
agreable qu'elle estoit, ce ne sera plus qu'un desert plein
d'horreur & d'effroy. On ne verra plus là que des
montagnes couvertes de neignes, que des rochers affreux,
& que des fleuves de glace, dont l'aspect sera capable
de faire transir de froid les plus eschaffez. A mesme temps
on verra paroistre une grosse nuée, du milieu de
laquelle Saturne sortira tout couvert de glaçons
& de neignes, & tout environné de bruines
& de frimas. En cet equipage il recitera ces vers en
faveur des Esprits melancoliques sur lesquels il preside.
Quoy
que ceux-cy vivent à l'ombre, C'est
d'eux que naissent les Prophetes, Ainsi
pour espurer les Ames
Et monstrent un visage sombre,
Leur coeur est toutes fois incapable d'ennuy:
I'aiguise si bien leurs caprices,
Que dans leur entretien ils trouvent des delices,
Ainsi que du dégoust dans l'entretien
d'autruy.
Les Philosophes, les Poëtes,
Dont le corps est sur terre, & l'esprit dans les
Cieux;
En effet à quoy que s'applique
L'homme en qui ie respans l'humeur melancolique,
Autant qu'il est pensif il est ingenieux.
Ma froideur vaut mieux que les flâmes
Qu'inspirent à l'ennuy les autres Immortels.
O fleur d'éternelle durée
FRANCE veux tu joüir de ma saison dorée,
Aux Esprits relevez esleve des Autels.
Ceux-cy n'auront pas si tost dansé que cette affreuse
peinture de l'Hyver s'évanouira tout à coup
à l'arrivée de Iupiter, lequel tira apres luy
la haute montagne d'Aetna toute enflammée, fondra ses
glaces, & fera paroistre toute la Scene en feu. Du sein
de cette montagne sortiront quatre Colles ou Siciliens, de
qui les pantalonades seroient fort agreables à
raconter si elles n'estoient beaucoup plus plaisantes
à voir. Ces quatre Siciliens s'estant retirez, Mars
s'avancera sur la Scene, plus eschauffé de colere que
du feu dont il sera environné. Il sera suivy de
quatre Guerriers de toutes pieces, qui esprouveront leurs
forces les uns contre les autres, & feront en cadance
une infinité de beaux faits d'armes. Aprés
qu'ils se seront lassez dans ce combat, d'où chacun
sortira victorieux, en ce que pas un d'eux n'aura
esté vaincu, ils s'escarteront pour faire place au
Soleil, de qui les rayons jetteront beaucoup plus d'esclat
que les feux du Montgibel. Il sera accompagné de
quatre Neigres qui en dansant luy rendront de semblables
honneurs que les Perses ont accoustumé de rendre
à ce bel Astre lorsqu'il est au poinct de son
Orient.
Le Soleil & ces Neigres n'auront pas si tost
dansé qu'ils se retireront au lieu d'où ils
seront partis. et à mesme temps, sans que les
spectateurs s'en apperçoivent, la Scene changera
encore de face; le tout en faveur de l'arrivée de
cette belle & amoureuse Planette qui porte de lnom de
Venus. Elle sera suivie d'une troupe d'Amans, dont les uns
sous diverses figures montreront les faveurs d eleurs
Maistresses, & les autres feront paroistre le iuste
sujet qu'ils ont de se plaindre de leurs disgraces. Iamais
les vergers de Paphos ny d'Erice, ny les Palais d'Apollodion
ne furent si beaux ny si charmans que la Scene paroistra
lors. Ce ne seront que ruisseaux de crystal, que sources
vives, que concerts d'une infinité d'oiseaux, &
que prairies tapissées de toutes sortes de fleurs. Ce
ne seront que petits bois de myrthes chargez de carquois
& de flesches, & tous semez de chiffres, de devises,
& de trophées d'Amour. Ce ne seront que vallons
& que collines, dont l'air eschauffé des
flâmes de cet aymable Tyran de nos coeurs, fera
respirer des douceurs infinies. Mercure paroistra en suitte,
accompagné de diverses personnes actives, &
soigneuses de leur profit. Là paroistront quelques
Procureurs, qui danseront, l'escritoire au costé,
tenant la plume d'une main, & des papiers de l'autre. Ce
qu'il feront veritablement de si bonne grace, & avec
tant d'agilité, qu'ils seront eux-mesmes estonnez, de
ce que contre l'ordinaire on regardera plustost à
leurs pieds qu'à leurs mains.
Apres qu'ils se seront retirez, laissant à toute
l'assistance un grand desir d'eux, la Lune descendra du Ciel
en terre, & chantera ces paroles, en l'honneur du Roy,
& de la Reine.
Quelle
puissance nompareille Quoy
que l'un ou l'autre desire, Si
quelque chose m'importune
M'a fait abandonner les Cieux ?
Qui m'a conduite dans ces lieux
Où iamais la Nuict ne sommeille ?
Ce sont des charmes inoüis
Qui naissent des yeux d'ANNE, ou des mains de
LOÜIS.
Chacun d'eux en est possesseur;
Et tout par force, ou par douceur
Vient reconnoistre leur empire.
MAis Dieux, que voicy d'appareils !
La Lune peut elle estre où luisent deux Soleils
?
Dans l'heureux estat où je suis,
C'est que ces fous que ie conduis
Ont plus de lunes que la Lune.
Que dis-je, ils cessent d'estre fous,
Puis qu'ils cherchent l'honneur de vivre aupres de
vous.
Tout ce que ie viens de representer, n'est que la premiere
partie du grand Ballet des Effects de la Nature. La seconde
partie duquel ne se dansera que la sepmaine suivante, &
aura pour tiltre, le
Ballet des cinq Sens de Nature;
où l'on verra sans doute des ornemens & des
beautez qu'à peine pourroit-elle rencontrer
ailleurs.
Au reste le Lecteur sera adverty, qu'ayant pris la charge de
faire ce discours, ie n'ay eu du temps pour composer
qu'autant qu'il en a fallu pour l'escrire, & qu'il eut
paru avec plus d'ornement, si i'eusse eu plus de loisir.
Pour ce qui est des vers, i'ay tasché d'y joindre
encore quelque autre grace à celle de la promptitude.
Au pis aller i'espere de le satisfaire davantage dans la
seconde partie de ce Ballet, où ie m'efforceray de
produire quelque chose qui sera plus digne de son entretien,
& de mes pensées.

C'est
à ce coup qu'il faut se retrousser la manche, I'incague
ces braves Guerriers Courage
compagnons, tenons nous sur nos gardes, I'ay
beau faire des voeux, par un ne les exauce; Tu
pleures vainement, que veux tu que i'y face ? Chacun
me craint comme un tonnerre Voila
que c'est de suivre un qui vit de rapine, Que de
feux, & de traits accompagnent vos yeux ! Si
cette couleur que ie porte Enfin
ie suis vaincu, cette ardente blessure Pour se
mocquer de nous, en est-on plus honneste ? Ie me
plais dans le sac & dedans la chicane
Et nettoyer par tout comme ce bon valet;
Mais sans rien desguiser, si i'aime ce Balet
C'est à cause du manche.
pour
un Sergent
Qui ne parlent que de conquestes,
Ie fay littiere des Lauriers
Dont ils environnent leurs testes;
Et les plus chauds d'entre eux demeurent les plus froids
Au bruit de mes exploits.
pour
les Hallebardiers
Le Bourgeois veut, dit-on, nous prendre au
dépourveu;
Mais il verra bien tost ce qu'il n'a iamais veu,
Lorsqu'il verra sur luy pleuvoir des
hallebardes.
pour
un Cuisinier
Si FLORICE vouloit m'obliger un petit,
Ie luy ferois gouster d'une si bonne sauce,
Qu'elle en demeureroit dessus son appetit.
pour
la Mere de la Mariée
C'est un petit assault qu'il te faut soustenir:
Si ie mens, que le mal duquel ie te menace
Me puisse maintenant à moy mesme
advenir.
pour
Mars
Dés-que mon visage parest;
Et dans toute sorte de guerre
I'ay tousiours la lance en arrest.
pour
les Guerriers
Il nous a vollé tout hormis la bonne mine;
Mars, quel affront pour toy si ta belle Venus
Nous rencontre tous nus.
pour
le Soleil, aux Dames
Ils ont trop d'advantage à me faire la guerre;
On ne void qu'un Soleil qui brille dans les Cieux,
Mais i'en vois esclatter mille dessus la
terre.
pour
un Neigre, à sa Maistresse
Est außi sombre qu'un cercueil;
C'est que mon corps porte le dueil
De ce que ma franchise est morte.
pour
Mercure
Tarit mon eloquence, & m'impose la loy:
Et quoy que Dieu des fins on m'appelle Mercure,
Amour est un Démon beaucoup plus fin que
moy.
pour
les Lunatiques
La Folie est un mal dont chacun se ressent;
Il est vray, nous portons la Lune dans la teste,
Mais c'est pour en donner aux autres le
Croissant.
pour
un Procureur
Plus que dedans les eaux ne se plaist une cane;
Si ie suis un Docteur ce n'est pas de la Loy;
Il suffit que i'entens les poincts de la Coustume,
Et que n'estant pourveu que d'une seule Plume
Il n'est pas un Oyseau qui vole mieux que
moy.
