|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Ballet
en I Prologue & IV Entrées
representée
pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique le dixiéme jour de
Septembre 1702
livret
de Antoine Danchet
musiques
extraites des oeuvres de:
Jean-Baptiste
Lully
![]()
![]()
Prologue
les
personnages du Prologue les
interprètes Climene,
Bergere aimée de Silvandre Mlle
Poussin Silvandre,
Berger Amant de Climene Mr
Mantienne Amaryllis,
Bergere Mlle
Aubert Menalque,
Berger Mr
Buseau Lycidas,
Berger Mr
Dessouches
Le
Théatre represente un Temple environné de
Boccages
Climene, Silvandre, Amaryllis,
Choeurs de Nymphes, de Bergers & de
Bergeres
Climene,
& les
Choeurs Silvandre Climene
& Amaryllis
Preparons-nous pour la Feste nouvelle,
Le bruit des Concerts nous appelle:
Meslons nos voix au son des Chalumeaux,
Dansons à l'ombre des Ormeaux.
D'un Roy toûjours vainqueur la vertu sans exemple
Nous asseure un heureux repos.
Les Nymphes de ces lieux ont élevé un
Temple
A l'honneur de la Paix qu'on doit à ce Heros.
La prompte Renommée a publié cette Feste
Quand dans ce Bois tranquille, avec soin on
aprête:
Cent Peuples divers Climats
Viendront entendre nos Musettes,
Et chanter avec nous dans ces belles Retraites
La Paix & ses charmants appas.
Sans crainte, dans nos Prairies
Laissons nos moutons paißants:
Les Animaux cruels & ravissants,
Sont loin de nos Bergeries:
Dans ces beaux lieux nos soins lesplus pressants
Sont de joüir des plaisirs innocents.
Menalque, Silvandre, Lycidas,
Choeurs de Nymphes, de Bergers & de
Bergeres
Menalque
& Silvandre Menalque Lycidas,
& les
Choeurs
Charmant repos d'une vie innocente,
Nôtre bonheur ne dépend que de vous.
Le noir Chagrin fuit la Pompe éclatante;
La Grandeur fait des jaloux,
La Fortune est changeante;
Qui reçoit ses dons, doit craindre ses coups.
Charmant repos d'une vie innocente,
Nôtre bonheur de dépend que de vous.
Tout nous enchante,
Les vrais plaisirs ne sont faits que pour nous,
Notre ame est constante,
Quel sort est plus doux ?
Le Prince qui poursuit avec un soin extrême
Les Hôtes furieux des Forests d'alentour,
Aime assez nos Concerts, pour les offrir luy-même
Au grand Roy dont il tient le jour.
Que ce Roy vainqueur a de gloire !
Le sort du Monde est en ses mains.
Le bonheur des Humains
Est le seul prix qu'il veut de sa victoire.
Climene,
Choeurs de Nymphes, de Bergers & de Bergeres,
une nouvelle Troupe de Nymphes, de Bergers & de Bergeres
vient en dansant, au Temple de la Paix
Climene [les
Nymphes, les Bergers & les Bergers unissent leurs voix
& dansent ensemble] Les
Choeurs
Sans ceße, benißons ce Vainqueur genereux.
Joüissons sous ses loix d'un sort digne d'envie,
Que le Ciel prenne soin d'une si belle vie.
Nous ne formons point d'autres voeux,
C'est aßez pour nous rendre heureux.
Joüissons sous ses loix d'un sort digne d'envie,
Que le Ciel prenne soin d'une si belle vie.
Nous ne formons point d'autres voeux,
C'est aßez pour nous rendre heureux.
Premiere
Entrée
Feste
Marine
les
personnages de la Premiére Entrée: les
interprètes: Cephise,
Matelotte Mlle
Aubert Timandre,
Ie Matelot Mr
Boutelou Neptune Mr
Dun Hilas,
IIe Matelot Mr
Hardoüin Matelotte
chantant un air italien Mlle
Dun
Le
Théatre represente la Mer
Cephise
Cephise
Un coeur dans l'amoureux Empire
De mille soins est toûjours agité:
On dit qu'avec plaisir on languit, on soûpire;
Mais, quoy qu'on puisse dire,
Il n'est rien de si doux que nôtre
liberté.
Deux Matelots (Timandre & Hilas), un
Matelotte
Timandre Hilas Premier
Matelot La
Matelotte Second
Matelot Premier
Matelot La
Matelotte Second
Matelot Premier
Matelot La
Matelotte,
au Second Matelot Second
Matelot La
Matelotte Second
Matelot La
Matelotte Second
Matelot La
Matelotte
& le Premier
Matelot Tous
Trois [on
entend une Symphonie qui annonce Neptune] Second
Matelot
Il n'est rien de si doux que les tendres ardeurs,
Qui font vivre deux coeurs
Dans une même envie.
On ne peut être heureux sans amoureux desirs.
Ostez l'amour de la vie,
Vous ne ôtez les plaisirs.
Il seroit doux d'entrer sous l'amoureuse loy,
Si l'on trouvoit en amour de la foy;
Mais, ô rigueur cruelle !
On ne voit point de Maîtresse fidelle,
Et ce sexe inconstant, trop indigne du jour,
Doit faire pour jamais renoncer à l'amour.
Aimable ardeur !
Franchise heureuse !
Sexe trompeur !
Que tu m'es precieuse !
Que tu plais à mon coeur !
Que tu me fait d'horreur !
Ah !quitte, pour aimer, cette haite mortelle.
On peut te montrer
Une Maîtresse fidelle.
Hélas ! où la rencontrer ?
Pour deffendre nôtre gloire,
Je te veux donner mon coeur.
Mais, Cephise, puis-je croire
Qu'il ne sera point trompeur ?
Voyons par experience,
Qui des deux aimera mieux.
Qui manquera de constance,
Le puissent perdre les Dieux !
A des
ardeurs si belles
Laissons-nous enflâmer.
Ah ! qu'il est doux d'aimer,
Quand deux coeurs sont fideles.
Quel noble spectacle s'avance ?
Neptune, ce grand Dieu, Neptune avec sa cour,
Vient honorer ce beau jour
De son auguste presence.
Neptune, Deux Matelots (Timandre & Hilas), un
Matelotte,
Troupe de Dieux de la Mer, de Matelots & de
Matelottes
Neptune,
sortant de la Mer Le
Choeur Tous
ensemble Un
Matelot L'Amour
toûjours nous inspire, Deux
Matelottes En aimant
tout nous plaît dans la vie. La
tromba d'oro suono, E'
pace al cor se dona, Je
joue de la trompette d'or. Et
le cur obtient la paix, Le
Choeur
Vents qui troublez les plus beaux jours,
Rentrez dans vos Grottes profondes,
Et laissez regner sur les Ondes
Les Zephirs & les Amours.
Ouvrons tous les yeux
A l'éclat suprême
Qui brille en ces lieux:
Quelle grace extrême !
Quel port glorieux !
Où voit-on des Dieux,
Qui soient faits de même !
Le soin de goûter la vie,
Fait icy nôtre employ;
Chacun y suit son envie,
C'est nôtre unique loy.
Ce qu'il a de plus doux:
Ce n'est jamais que pour rire,
Qu'on amie parmy nous.
Joüissons des plaisirs innocens,
Dont les feux de l'amour sçavent charmer nos
sens.
Des grandeurs qui voudra se soucie,
Tous ces honneurs dont on a tant d'envie
Ont des chagrins qui sont trop cuisans.
Joüissons des plaisirs innocens,
Dont les feux de l'amour sçavent charmer nos
sens.
Deux coeurs unis, de leur sort sont contens;
Cette ardeur de plaisir suivie,
De tous nos coeurs fait d'éternels printemps.
Joüissons des plaisirs innocens,
Dont les feux de l'amour sçavent charmer nos
sens.
La Fama, che giù li và,
Vola di riva in riva,
E mi ristora:
Con voci di contento,
Risponder sempre sento
I colli ancora.
la Renommée, qui descend ici-bas,
Vole de rive en rive
Et me rétablit.
Avec des paroles de satisfaction,
J'entends sans cesse répondre
Même les collines.
Ouvrons tous les yeux, &c.
Seconde
Entrée
La
Bergerie
les
personnages de la Seconde Entrée: les
interprètes: Philene Mr
Thevenard Licas Mr
Dun Iris Mlle
Poussin Une
Bergere Mlle
Dun Un
Berger enjoüé Mr
Antienne Un
autre Berger Mr
Choplet Une
Bergere Mlle
Dautrep
Le
Théatre represente une Solitude
agréable
Philene
Philene Pour la
cruelle Iris je me sens enflamer.
Paissez, cheres Brebis, les herbettes naissantes,
Ces prez & ces ruißeaux ont dequoy vous
charmer;
Mais, si vous desirez vivre toûjours contentes,
Petites Innocentes,
Gardez-vous bien d'aimer.
Philene, Licas
Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene,
en s'en allant Licas Philene Licas
Est-ce toy que j'entens, Temeraire, est-ce toy
Qui nomme la Beauté qui me tient sous sa loy
?
Oüy, c'est moy.
Oses-tu vien en aucune façon
Profere ce beau Nom ?
Eh ! pourquoy non ?
Iris charmes mon ame,
Et qui pour elle aura
Le moindre brin de flame,
Il s'en repentira.
Je me mocque de cela.
Je t'étrangleray, mangeray,
Si tu nommes jamais ma Belle.
Ce que je dis je le feray:
Je t'étrangleray, mangeray,
Il suffit que j'en ay juré.
Quand les Dieux prendroient ta querelle,
Je t'étrangleray, mangeray,
Si tu nommes jamais ma Belle.
Bagatelle, Bagatelle.
Arreste, Malheureux,
Tourne, tourne visage,
Et voyons qui des deux
Obtiendra l'avantage.
Iris paroît dans ce boccage.
Contraignons-nous quelques moments,
Pour entendre ses sentiments.
Iris
Iris Ces voeux
que tu faisois, & dont j'étois
charmée:
Rochers, vous êtes sourds, vous n'avez rien de
tendre,
Et sans vous ébranler, vous m'écoutez icy:
L'Ingrat dont je me plains, est un Rocher aussi;
Mais, helas ! il s'enfuit pour ne pas m'entendre.
Que sont-ils devenus, lâche & perfide Amant ?
Helas ! t'avoir aimé toûjours si
tendrement;
Estois-ce une raison pour n'être plus aimée
?
Iris, Philene, Licas
Philene Licas Iris Philene O Ciel
! Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene Licas Philene,
prenant un javelot Licas Philene Licas Philene
De deux coeurs que l'Amour a soumis à vos loix,
Nous venons vous presser de vouloir faire un
choix.
N'attendez pas qu'icy je me vante moi-même,
Pour le choix que vous balancez;
Vous avez des yeux, je vous aime,
C'est vous endire assez.
Je n'offenserai point son amour ni le vôtre,
Ne vous reprochez rien tous deux;
Mon coeur qui pour Mirtil brûle de mille feux,
Ne vous aime ni l'un ni l'autre.
Helas ! peut-on sentir de plus vive douleur !
Vous preferez un servile Pasteur !
O sort !
Quelles rigueurs !
Quel coup !
Quoy ! tant de pleurs !
Tant de perseverance !
Tant de langueurs !
Tant de souffrance !
Tant de voeux !
Tant de soins !
Tant d'ardeur !
Tant d'amour !
Avec tant de mépris sont traitez en ce jour.
Ah ! Cruelle !
Coeur dur !
Tigreße !
Inexorable !
Inhumaine !
Inflexible !
Ingratte !
Impitoyable !
Tu veux donc nous faire mourir ?
Il te faut contenter.
Il te faut obéïr !
Mourons, Licas.
Mourons, Philene.
Avec ce fer, finissons nôtre peine.
Pousse, courage;
Ferme, allons, va le premier.
Non, je veux marcher le dernier.
Puisqu'un même malheur aujourd'huy nous assemble,
Allons, partons ensemble.
Troupe de Bergers & de Bergeres
Un
Berger enjoüé Deux
Bergers Le
Rossignol, sous ce tendre feüillage, Ce beau
sejour, Voi, ma
Climeine, Une
Bergere Depuis que
je suis dans tes chaînes, Amour,
cruel Amour, soy touché de mes peines, Une
Bergere
& le
Choeur Songez de
bonne-heure à suivre Quelque
sort qu'on s'en deffende, Le
Choeur
Ah ! quelle folie
De quitter la vie
Pour une Beauté
Dont on est rebuté !
On peut pour un Objet aimable,
Dont le coeur vous est favorable,
Vouloir perdre la clarté:
Mais quitter la vie
Pour une Beauté
Dont on est rebuté,
Ah ! quelle folie !
Ah ! qu'il fait beau dans ce boccage !
Ah ! que le Ciel donne un beau jour !
Chante aux Echos son doux retour.
Ce doux ramage,
Ce beau sejour,
Nous invite à l'amour.
Voi sous ce chêne
S'entrebaiser ces oyseaux amoureux:
Ils n'ont rien dans leurs voeux
Qui le gêne,
De leurs doux feux,
Leur ame est pleine;
Qu'ils sont heureux !
Nous pouvons tous deux,
Si tu le veux,
Estre comme eux.
Amour, cruel Amour, soy touché de mes peines,
Ecoûte mes soûpirs, & voy couler mes
pleurs.
Tu m'a fait éprouver les plus affreux malheurs,
Le départ d'un Amant a comblé mes
douleurs;
Mais, malgré tant de maux, si tu me le ramenes,
Je te pardonnes tes rigueurs.
Ecoûte mes soûpirs, & voy couler mes
pleurs.
Usez mieux, ô Beautez fieres,
Du pouvoir de tout charmer,
Aimez, aimables Bergeres,
Nos coeurs sont faits pour aimer:
Quelque sort qu'on s'en deffende,
Il y faut venir un jour;
Il n'est rien qui ne se rendre
Aux doux charmes de l'amour.
Le plaisir de s'enflamer:
Un coeur ne commence à vivre
Que du jour qu'il sçait aimer:
Il y faut venir un jour;
Il n'est rien qui ne se rendre
Aux doux charmes de l'amour.
Quel spectacle charmant, quel plaisir goûtons-nous
?
Les Dieux mêmes, les Dieux n'en ont point de plus doux
!
Troisiéme
Entrée
Les
Bohémiens
les
personnages de la Troisiéme Entrée les
interprètes Un
Bohémien Mr
Cochereau Une
Bohémienne Mlle
Dujardin Un
Bohémien Mr
Choplet Trois
Bohémiennes Mlles
Laurent, de Belleville, & Veron Une
Bohémienne Mlle
Dun
Le
Théatre represente un Boccage
Une Bohémienne
Une
Bohémienne
Amour trop indiscret, devoir trop rigoureux,
Je ne sçay lequel de vous deux
Me cause le plus de martire:
Ah ! que c'est un mal dangereux
D'aymer & de ne l'oser dire !
Un Bohémien, une Bohémienne
Un
Bohémien Pourquoy
faire toûjours un si mauvais usage La
Bohémienne Le
Bohémien La
Bohémienne Le
Bohémien Pour vous
rendre sensible à l'amour qui m'engage,
Mes tendres soins & ma langueur
Ne pourront-ils jamais jamais fléchir vôtre
rigueur ?
De plus beaux jours de vôtre âge:
Vous en rendrez chaque jour
Compte à l'Amour.
L'Amour sous sa puissance
Tient les Rois & les Dieux:
Ah qu'un coeur seroit glorieux
De luy faire seul resistance !
Suivez de si douces loix,
Puisque les Dieux & les Rois
Sont obligez de les suivre:
Il est malaisé de vivre,
Sans devenir amoureux;
Mais il faut être aimé,
Pour devenir heureux.
Je ne dois plus me plaindre,
D'une trop vive ardeur vous êtes
enflâmé:
Pour devenir heureux, s'il ne faut qu'être
aimé,
Vous n'avez point à vous plaindre.
De cet aveu, que je me sens charmé !
A d'aimables transports, mon tendre coeur se libre:
Ilest mal-aisé de vivre,
Sans devenir amoureux;
Mais il faut être aimé,
Pour devenir heureux.
Je vous ay preparé des jeux:
On vient vous les offrir, recevez-en l'hommage.
Troupe de Bohémiens & de
Bohémiennes
Un
Bohémien
& le
Choeur Un
Bohémien Trois
Bohémiennes Une
Bohémienne Recit: Ariette: Quel
Objet pourroit se deffendre ? Amant,
si vous êtes constant, [on
danse, ensuite la Bohémienne continuë la
Cantate] Recit: Ariette: Vous
perdez les jours favorables, L'Amour
qui vole sur vos traces, Les
Choeurs
D'un pauvre coeur, soulagez le martire;
D'un pauvre coeur, soulagez la douleur.
J'ay beau vous dire
Ma vive ardeur;
Je vous vois vivre
De ma langueur.
Ah ! Cruelle, j'expire
Sous tant de rigueur.
D'un pauvre coeur, soulagez le martire;
D'un pauvre coeur, soulagez la douleur.
Croyez-moy, hâtons-nous, ma Silvie,
Usons bien des moments precieux;
Contentons icy nôtre envie:
De nos ans le feu nous y convie,
Nous ne sçaurions vous & moy faire mieux:
Quand l'Hyver a glacé nos guerets,
Le Printemps vient reprendre sa place,
Et rameine à leurs champs leurs attraits;
Mais, helas ! quand l'âge nous glace,
Nos beaux jours ne reviennent jamais.
Dans nos bois, Silvandre s'écrie,
Dans nos bois, il redit cent fois:
Si c'est un mal dangereux que l'amour,
Helas ! helas ! j'en vais perdre la vie.
CANTATE
Sans troubler le repos du tenebreux Empire,
Jusques dans l'avenir, nous avons l'art de lire.
Amant, si vous êtes constant,
Toûjours empressé, toûjours tendre,
Il est aisé de vous apprendre,
Quel est le sort qui vous attend.
Esperez, vous serez content,
L'instant est marqué pour se rendre;
L'Amour ameine cet instant,
Pourvû que vous vouliez attendre.
Toûjours empressé, toûjours tendre,
Il est aisé de vous apprendre,
Quel est le sort qui vous attend.
Venez, fieres Beautez écoutez nos chansons,
Songez à profiter de nos tendres leçons;
Vous soumettez à vôtre Empire
Une foule d'Amants:
Si vous les méprisez, je ne puis vous
prédire,
Que des regrets & des tourments.
L'Amour qui vole sur vos traces,
Ne regne que dans les beaux ans,
Il va s'enfuir avec les graces,
Que vous donne vôtre printemps.
Où vos yeux pourroient tout charmer;
Quand vous ne serez plus aimables,
Que vous servira-t'il d'aimer ?
Ne regne que dans les beaux ans,
Il va s'enfuir avec les graces,
Que vous donne vôtre printemps.
Dans les chants, dans les jeux, paßons nôtre
jeunesse,
Le temps changera nos desirs:
En attendant la sageße,
Goûtons toûjours les plaisirs.
Quatriéme
Entrée
Le Bal
interrompu
les
personnages de la Quatriéme Entrée les
interprètes Cleandre,
Epoux de Cephise Mr
Cochereau Cephise,
Epouse de Cleandre Mlle
Heusé Zerbin,
Valet de Cleandre Mr
Dun Dorine,
Suivante de Cephise Mlle
Aubert Zerbino Mr
Dun Dircea Mr
Boutelou Un
Masque Mr
Germain Une
vieille Venitienne Mr
Boutelou
Troupe de Spectateurs du Bal
Le
Théatre represente une Salle preparée pour un
Bal
Cleandre, déguisé, Zerbin
Zerbin Cleandre Zerbin Cleandre Zerbin Cleandre Avant que
la feste commence, Zerbin Un
époux qui veut vivre heureux Cleandre [il
sort] Zerbin
Sous ce déguisement, quelle est vôtre
entreprise ?
Voulez-vous surprendre Cephise,
Et luy ca cher vôtre retour ?
Que son coeur répond mal à mon fidele amour
!
A peine de l'Hymen nous avions pris les chaînes,
Qu'un devoir imprévu m'éloigna de ces
lieux:
J'esperois que son coeur partageroit mes peines,
Et que je coûterois quelques pleurs à ses
yeux:
JE croyois être aimé; quelle étoit ma
foiblesse !
De retour auprés d'elle, aprés mille
regrets,
Loin de voir regner la tristeße,
Je vois d'un Bal pompeux les outrageants
apprêts.
Deviez-vous vous flater de l'esperance vaine
Que vôtre éloignement affligeroit son coeur
?
L'absence d'un époux est plaine de douceur,
Et se presence est une gêne.
Jamais l'Hymen avec l'Amour
Ne sera-t'il d'intelligence ?
C'est à luy qu'il doit sa naissance;
Mais il ne sçauroit plus d'un jour
Souffrir ses feux & sa presence:
Jamais l'Hymen avec l'Amour
Ne sera-t'il d'intelligence ?
Si l'Hymen par de dures loix
Détruit l'Amour & sa puissance,
L'Amour mécontent quelquefois,
Prend le soin d'en tirer vangeance.
Je veux troubler ces jeux dans mon jaloux
transport.
Va trouver l'Objet qui m'offense,
Au lieu de mon retour, aanonce-luy ma mort,
Je verray si ses yeux me donneront des larmes.
Peut-être cherchez-vous de nouvelles
allarmes.
Doit toûjours vivre en assûrance:
Quand de l'Objet qu'on aime on soupçonne les
feux,
Il n'est rien de si dangereux
Que d'en faire l'experience;
Un époux qui veut vivre heureux
Doit toûjours vivre en assûrance.
J'en brave le succés: va ne prend d'autre soin
Que celuy de tromper Cephise:
Sous ce déguisement que la Bal autorise,
Sans crainte d'être vû, j'en seray le
témoin.
Que je plains son erreur ! mais Cephise s'avance,
D'une vive douleur, empruntons l'apparence.
Cephise, Dorine, Zerbin
Zerbin Cephise,
à part Zerbin Cephise Zerbin Cephise Zerbin Cephise Zerbin,
à part Cephise,
à part [à
Zerbin] Quel temps
as-tu choisi pour venir me l'apprendre ? Zerbin,
à part Cephise,
à part [à
Zerbin] N'as-tu
point déclaré ce trépas si funeste
? Zerbin Cephise
O Ciel ! ô sort cruel ! que mon fatal retour
Va causer icy de tristesse !
Dieux, que vois-je ! [à Zerbin]
Cleandre est-il en ce sejour ?
D'où vient la douleur qui te presse ?
O Ciel ! ô sort cruel ! que mon fatal retour
Va causer icy de tristeße !
D'où vient ce trouble affreux ? d'où naissent
tes soupirs ?
Pourquoy ne vois-je point Cleandre ?
Non, vous ne devez plus l'attendre,
Un destin rigoureux l'arrache à vos
desirs.
Cleandre... justes Dieux ?
Ma douleur est extrême,
De son trépas dont je fus témoin
moy-même !
Ah ! dans quel desespoir va me jetter sa mort !
O ! prodige ! elle l'aime !
O trop funeste sort !
La feste & les plaisirs vont être interrompus,
Quelle douleur !
O Ciel ! ce n'est point pour Cleandre,
Pour les jeux seulement ces pleurs sonr répandus
!
Quel amour !
Un espoir me reste:
On l'ignore; en secret j'arrive en ce sejour.
Je respire: pren soin de garder le silence,
Suy les pas de Dorine, & cache ton retour,
Te seras satisfait de ma reconnoissance.
N'interromp point les jeux que j'apprête en ces
lieux,
Va, fay ce que je te commande,
Quand le jour renaissant paroîtra dans les cieux,
Tu pourras te montrer, & j'ouvriray mes yeux
Aux pleurs que sa mort me demande.
Dorine, Zerbin
Zerbin,
à part Sexe
trompeur, quelle est ton inconstace ! Dorine,
à part Zerbin,
à part Dorine,
à Zerbin Pour
nôtre heureux hymen j'attendois ton retour. Zerbin Qu'un
autre s'engage Dorine Zerbin Dorine L'Hymen
est une mer trop sujette à l'orage, Zerbin Tous
deux [on
entend une Symphonie qui commence le Bal] Dorine
Que Cleandre sera charmé !
Non, il ne fut jamais un époux plus aimé
!
Tourne-t'il ses regards sur moy ?
Autrefois il suivoit ma loy;
Mais son coeur s'est servy du secours de
l'absence.
Sexe trompeur, quelle est ton inconstance !
Aprés avoir souffert un rigoureux tourment,
Je goûte à te revoir une douceur
extrême:
Ah ! que c'est un plaisir charmant
De retrouver ce que l'on aime !
Non, ne me parle plus d'hymen, ni d'amour.
Dans des noeuds si dangereux:
Sur l'exemple des malheureux
J'ay résolu d'être plus sage.
Tu trahis tes serments, & tu reprends ton coeur.
Pour toy j'aurois brûlé d'une ardeur
éternelle,
Tu perds en me quittant la plus rare bonheur,
Tu perds une épouse fidelle.
Aujourd'huy la fidelité
Est une vertu qu'on ignore,
Serois-tu ce Phenix si long-temps souhaité
Qu'aucun n'a pû trouver encore !
Trouve-t'on parmy vous un amour plus constant ?
Non, non, reprend ton coeur, le mien est content.
Nous aurions tous deux à risquer:
Puisque tu crains que t'embarquer,
Je crains à mon tour le naufrage.
Quand on a quitté le rivage,
On se plaint en vain de son sort:
Il ne reste plus d'autre port,
Que celuy d'un heureux veuvage.
Gardons-nous de nous engager,
Fuyons l'hymen, fuyons ses peines,
Ne portons jamais d'autres chaînes
Que celles que l'on peut changer.
On s'assemble, quitte ces lieux,
Va, tu dois prendre soin de tromper tous les
yeux.
Cephise, Cleandre masqué, Dorine,
Troupe de Masques & de Spectacteurs
Le
Choeur [le
Divertissement commence] Cephise Beautez
qui venez de nos coeurs [le
Divertissement continuë] Un
Masque DIALOGUE ITALIEN Zerbino Dircea Zerbino Dircea Ensieme Zerbino Dircea Zerbino Dircea Ensieme [Cephise,
aprés avoir dansé avec un Maque du Bal,
s'approche de Cleandre, & veut le prendre pour danser;
Cleandre se demasque, Cephise surprise,
s'enfuit] Cleandre
Chantons, réjoüissons-nous
Le temps du plaisir se presente,
Ce temps vole, s'enfuit, & trompe nôtre
attente,
Hâtons-nous d'en goûter les charmes lesplus
doux.
Nos jeux ont des plaisirs charmants
Pour les coeurs que l'Amour engage;
Ce Dieu, pour flater les Amants,
En a seul introduit l'usage:
Sous ces déguisements confus
Il donne de l'audace aux Belles,
Il trompe les yeux des Argus
En servant les Amants fidelles.
Dans ces lieux faire la conquête,
Craignez que ces belles ardeurs
Ne finissent avec la feste:
Si-tôt qu'on vous voit un moment
Chacun vous jure qu'il vous aime:
L'amour qui vient si promptement,
S'en retourne souvent de même.
Amour, en cet heureux moment,
Anime les feux de l'Amant,
Et rend la Beauté moins severe:
Parmy les ombres de la nuit
C'est ton flambeau qui nous éclaire,
Et le plaisir qui nous conduit.
Bell'Idolo d'Amore
Se pensate ch'io muoro,
Incendio del mio core,
E' ben vero, é ben vero.
Se pensate ch'io v'ami,
E' che voi solo brami,
Temerario é el pensiero,
Non é vero non é vero.
Non voi ch'io t'ami,
Non t'amero;
Poi se mi chiami
Non 'udiro.
E' tu bell'Ingrata
Despietata sarai
Guarda che fai.
E tuo dolore
Gioir mi fa
Sempre il mio core
Ti sprezzara.
Tu l'inportuno,
Infelice sarai,
Guarda che fai.
[Zerbino]
Despietata sarai,
[Dircea]
Infelice sarai
[Ensieme]
Guarda che fai.
Belle idole d'amour,
Si vous pensez que je meurs,
Incendie de mon cur,
C'est bien vrai, c'est bien vrai.
Si vous pensez que je vous aime
Et que je ne désire que vous,
C'est un penser bien téméraire,
Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai.
Tu ne veux pas que je t'aime,
Je ne t'aimerai pas;
Mais après, si tu m'appelles,
Je n'entendrai pas.
Et toi, belle ingrate,
Tu seras traitée sans pitié.
Attention à ce que tu fais.
Et ta douleur
Me fait plaisir !
Toujours mon cur
Te méprisera.
Toi, l'importun,
Tu seras malheureux,
Attention à ce que tu fais.
[Zerbino]
Tu seras traitée sans pitié
[Dircea]
Tu seras malheureux
[Ensieme]
Attention à ce que tu fais.
Perfide !... elle me fuit, elle craint ma presence !
Non, non, quoique j'éprouve une mortelle offense,
Je vois vos trahisons sans en estre irrité:
Mon mépris, mon indifference
Punira vôtre lâcheté:
Allez, n'esperez pas que mon courroux éclatte,
C'est trop honorer une Ingrate
Que de luy reprocher son infidelité.
![]()