Fragments-Héroïques
Ballet
composé des Actes de:
1. Ovide & Julie
2. La Chasse de Calidon
3. Les Sauvages
representé
pour la premiére fois par
l'Academie Royale de Musique
le
Mardi 13 Juillet 1773
|
Premier
Acte
Ovide
& Jumie
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le Poeme du Ballet est de
Fuzelier
la Musique est de Mr Cardonne
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les
personnages du Ballet:
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les
interprètes:
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Julie,
fille d'Auguste
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Mde
l'Arrivée
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Albine,
confidente de Julie
|
Mlle
Beaumesnil
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Ovide
|
Mr
le Gros
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|
le
Théâtre represente les Jardins du Palais de
Julie: à l'un des côtés est un
trône, qui lui est destiné
|
Scene
premiere
Julie, Albine
|
|
Albine:
Cachés votre tristesse extrême:
Tandis qu'Auguste en paix gouverne l'univers,
Si fille ne sauroit regner sur elle-même !
Rome, par d'aimables concerts,
Rappele la réjouïssance
Du jour de votre naissance:
Préparés-vous aux jeux qui vous seront
offerts;
Feignés du moins.
Julie:
Ah ! c'est trop me contraindre;
Non, non, je ne saurois plus feindre:
Je veux connoître Ovide & pénétrer
son coeur,
Je veux connoître enfin son heureuse Corine;
C'est en vain qu'il s'obstine
A nous cacher toûjours l'objet de son
ardeur.
Albine:
Craignés de découvrir votre secrette
flâme.
Ah ! deviés-vous la ressentir jamais ?
Julie:
Dieux, quels reproches tu me fais !
Pour trïompher de mon âme,
L'ingénïeux Amour fut déguiser ses traits
?
L'Amour,
charmé de me surprendre,
Sous le nom de l'estime, a trompé ma
fierté:
En le reconnoissant, j'ai voulu m'en deffendre;
Mon coeur étoit déja domté.
Albine:
Quelque soin que l'Amour prenne,
Quand il veut se déguiser,
On le reconnoît sans peine:
Ce dieu ne
peut amuser
Qu'un coeur épris de sa chaîne,
Et qui cherche à s'abuser.
Quelque
soin que l'Amour prenne,
Quand il veut se déguiser,
On le reconnoît sans peine.
Julie:
Vole, descends des cieux, Amour, vainqueur charmant.
Par une nouvelle victoire,
Trïomphe de l'objet qui cause mon tourment;
Venge mon coeur, venge ta gloire !
Tu dois
récompenser les plus tendres soûpirs;
Et cependant, hélas ! dans un autre esclavage
Tu souffres l'amant qui m'engage !
Amour, fais changer ses desirs:
Pour cesser d'être ingrat, qu'il devienne
volage.
Vole,
descends des cieux, Amour, vainqueur charmant.
Par une nouvelle victoire,
Trïomphe de l'objet qui cause mon tourment;
Venge mon coeur, venge ta gloire !
Albine:
Souvenés-vous d'Auguste & que son trône un
jour...
Julie:
Eh, comment oublïer l'objet de mon amour ?
Non, non; ma flâme m'est trop chere.
Ovide est fait pour charmer:
Nous tenons de lui l'art d'aimer;
Il fait encor mieux l'art de plaire.
Ovide est fait pour charmer.
Albine:
Il approche; craignés de trahir votre
flâme.
Julie,
s'écartant:
Tâchons de découvrir le secret de son
âme.
|
|
Ovide,
seul:
Déguisés-bien, mon coeur, le feu qui vous
dévore;
Craignés que les échos n'apprennent vos
soûpirs:
Et vous, volés, jeunes zéphirs;
Annoncés dans ces lieux la beauté que
j'adore.
Hélas
! quand je la vois que mon sort est heureux !
Sa présence est le prix de mes tendres allarmes:
Admirer en secret ses charmes
Est l'unique faveur que prétendent mes
voeux.
Déguisés-bien,
mon coeur, le feu qui vous dévore;
Craignés que les échos n'apprennent vos
soûpirs:
Et vous, volés, jeunes zéphirs;
Annoncés dans ces lieux la beauté que
j'adore.
|
|
Julie:
Venés-vous chercher dans ma cour
L'objet inconnu qui vous blesse ?
Ovide:
C'est à notre auguste Princesse
Que je dois seulement consacrer ce beau jour.
Je suis
chargé des jeux que Rome vous
apprête.
Julie:
Tandis qu'on prépare la fête
Voudrés-vous contenter un desir curïeux ?
Votre ardeur trop long-temps au silence s'obstine:
Apprenés-moi quelle est cette aimable Corine
Que vous cachés à tous les yeux.
Ovide:
Ah ! Princesse, épargnés un amant
déplorable.
Que lui demandés-vous ? o dieux !
Il est assés coupable.
Fidele au
tendre Amour, j'ai publïé ses loix;
J'ai decondé ses doux exploits:
Par mes soins, plus d'un coeur rebelle
A Paphos offre son encens;
Hélas ! une peine éternelle,
Des regrèts impuissants
Sont l'unique prix de mon zele.
Julie:
Vous me cachés le sort de vos tendres desirs:
Quelle beauté pourroit mépriser les
soûpirs
D'Ovide, amoureux & fidele ?
Ovide:
La beauté que j'ôse adorer
Ne fait pas encor mes allarmes,
Et doit toûjours les ignorer.
Julie:
Pourquoi dérober à ses charmes
Le seul tribut qui peut les honorer ?
De la beauté qu'on aime est-ce offenser la gloire
Que de parler en sa faveur ?
Non; chaque fois qu'on nomme son vainqueur
On renouvelle sa victoire.
Ovide:
Dieux ! quels combats vous me livrés !
Julie:
Les beaux yeux que vous adorés
Sont trahis par votre silence.
Que servent à leur puissance
Des trïomphes ignorés ?
Ovide:
Ils font, à chaque instant, cent conquêtes plus
belles.
De cet objet divin tout ressent le pouvoir;
On éprouve, en l'aimant, que tous les coeurs
fideles
Ne doivent pas leur constance à l'espoir.
Le
grandeur de son rang reçoit plus d'un hommage,
Qu'on n'ôse, qu'en secret, offrir à ses
appas;
Mille amours déguisés, qui volent sur ses
pas,
Du timide respect empruntent le langage...
Julie:
Ah ! ne me cachés plus le noeud qui vous engage.
Nommés-moi la beauté qui vous a su
charmer.
Ovide:
Vous peindre ses attraits, n'est-ce pas la nommer
?
Julie:
Vous me déguisés bien ce que je veux apprendre
!
Je ne prétends pas vous gêner.
Ovide:
Vous feignés vainement de ne pas me comprendre.
Quel suplice à mon crime allés-vous ordonner
?
Julie:
Feindre de ne le pas entendre,
N'est-ce pas vous le pardonner ?
Je sais
quelle est votre Corine.
Par des soûpirs discrèts prouvés-lui
votre ardeur;
Je me charge du soin d'instruire votre coeur
Du prix que le sien vous destine.
Ovide:
Ah ! que mon sort est glorïeux !
[on
entend un Prélude, qui annonce le
Divertissement]
Julie:
Contraignés les transports que vous faîtes
paroître.
Cachés toûjours Corine à tous les
yeux,
Je prétends seule la connoître.
|
Scene
4
Ovide, Julie, Albine,
Suite de la Princesse, Habitants de l'Isle de Chypre,
Indiens, Scithes
|
|
[Julie
va se placer sur le trône]
Ovide:
Rassemblés-vous, peuples divers,
Qui partagés le sort de l'heureuse Italie;
Si Mars aux loix d'Auguste a soûmis l'Univers,
L'Amour le soûmet à Julie.
Venés, venés, accourés tous,
Chantés un empire si doux.
Le
Choeur:
Que le nom de notre Princesse
Vole aussi loin que les amours.
Ses charmes trïomphent sans-cèsse,
Il faut les célebrer toûjours.
Que le nom de notre Princesse
Vole aussi loin que les amours.
[on
danse]
Albine,
seul, & le Choeur, ensuite:
Tout ravit, tout enchante
Dans cet heureux séjour,
La nature rïante
Offre le plus beau jour.
De Julie est-ce la fête
Qu'on apprête,
Ou celle de l'Amour ?
La
verdure,
Le murmure
Des ruisseaux
Cet ombrage,
Le ramage
Des oiseaux.
Tout
ravit, &c.
Ces perles
de l'Aurore,
La fraîcheur des zéphirs
Les doux parfums de Flore
Tout invite aux plaisirs.
Tout
ravit, &c.
[on
danse]
Ovide:
Chantons l'aimable enfant
Qu'on adore à Cithère:
De tous les dieux il est le plus puissant;
Lui seul fait trïompher, sans allarmer la
terre.
Quand
Jupiter veut deffendre ses droits,
Il lui faut les éclats & les feux du
tonnerre;
Mars ne peut d'un laurier dispôser à son
choix,
Sans faire étinceller son glaîve
sanguinaire:
L'Amour, plus sûr de ses exploits,
Pour soûmettre à ses loix,
N'a besoin que des yeux d'une simple Bergere.
Chantons
l'aimable enfant
Qu'on adore à Cithère:
De tous les dieux il est le plus puissant;
Lui seul fait trïompher, sans allarmer la
terre.
[un
Divertissement géneral termine cet
acte]
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de page

Second
Acte
La
Chasse de Calidon
|
|
les Paroles sont de Mr
Giraudeau
la Musique est de Mr Iso
|
|
les
personnages du Ballet:
|
les
interprètes:
|
|
|
Atalante,
fille de Cénée, Roi de l'île de
Ceyros
|
Mlle
du Plant
|
|
Méléagre,
fils d'Aenée, Roi de Calidon
|
Mr
l'Arrivée
|
|
Erope,
suivante d'Atalante
|
Mlle
Châteauneuf
|
|
Un
Chasseur
|
Mr
Beauvalet
|
|
|
|
|
Chasseurs,
Prêtresses de Diane, Bergers
|
|
la
Scêne est dans la forêt de Calidon
|
Scene
premiere
Atalante, Erope, Chasseurs endormis
|
|
Le
théâtre represente une forêt. On voit,
dans l'enfoncement & à travers les arbres, des
chasseurs qui dorment sur des lits de gâson. Les
arbres sont chargés d'arcs, de carquois, de javelots.
La Scêne commence quelques moments avant le
jour.
|
|
Atalante:
Que vois-je ? dans ce jour, d'éternelle
mémoire,
Le sommeil fait regner ses tranquilles pavots !
Se peut-il que tant de héros,
Quand il faut voler à la gloire,
Goûtent les charmes du repos ?
Dans ces
lieux, fumants de carnage,
Pour attaquer un monstre furïeux,
Dont la fière Dïane irrite encor la rage,
La gloire a rassemblé ces guerriers
généreux;
Je viens leur disputer l'honneur de la victoire.
Se
peut-il, &c.
Erope:
Vous vous servés d'un vain détour,
Pour me cacher l'ennui qui vous dévore:
Dans ces forêts vous devancés
l'aurore...
Atalante:
La gloire me conduit dans cet affreux
séjour.
Erope:
Dites plutôt le dieu d'amour.
Vous le cachés en vain, vous n'êtes plus la
même,
Depuis que Méléagre a paru dans ces lieux,
Une tendre langueur...
Atalante:
N'achevés pas, o dieux !
Laissés-moi, s'il se peut, me cacher que je
l'aime.
Erope:
Ne contraignés plus vos ardeurs.
Aimés, il est tems de vous rendre;
Tel qu'un ruisseau, qui fait naître des fleurs,
L'Amour est doux pour un coeur tendre;
L'obstacle irrite ses fureurs.
Ne contraignés, &c.
Atalante:
Méléagre... évitons ses discours
séducteurs.
|
Scene
2
Méléagre, Atalante, Erope, Chasseurs
endormis
|
|
Méléagre:
Vous me fuyés, belle Atalante !
Atalante:
Seigneur, n'arrêtés point mes pas.
Par l'ordre de Dïane, on voit la mort sanglante
Ravager vos tristes états;
Pour fléchir son couroux, je vais au
temple.
Méléagre:
Hélas !
Vous me fuyés, belle Atalante.
Atalante:
Seigneur, n'arrêtés point mes pas.
|
Scene
3
Méléagre, Chasseurs
|
|
Méléagre:
Elle me fuit, & mon âme tremblante
S'élance encor vers ses appas.
L'Amour
remporte la victoire;
Le crüel trïomphe en ce jour.
Dieux ! un coeur, épris de la gloire,
Devroit-il céder à l'amour.
Que dis-je ? hélas ! mon erreur est
extrême:
Alcide & le maître des dieux
Ont tous deux aimé, comme j'aime,
Je puis sans honte aimer, comme eux.
[l'aurore
commence à paroître]
Eveillés-vous:
ah, que l'aurore est belle !
Elle annonce un jour glorïeux.
Le
Choeur:
Eveillons-nous: ah ! que l'aurore est belle !
Elle annonce un jour glorïeux?
Phoebus va briller dans les cieux;
Volons, volons où l'honneur nous appelle.
[on
danse]
Méléagre:
Heureux mortels, à qui les dieux
Semblent confïer le tonnerre,
Et qui vous en servés, comme eux,
Quand la paix a calmé la terre,
La chasse à vos coeurs généreux,
Offre l'image de la guerre.
[on
danse]
|
Scene
4
Atalante, Erope, Méléagre, Chasseurs,
Prêtresses de Dïane
|
|
Atalante:
Guerriers, en vain votre courage
Vous fait chercher un monstre furïeux,
De Dïane il venge l'outrage:
Essayons de fléchir son couroux par nos
jeux.
Atalante
& Méléagre:
Quel bruit affreux, quel ravage !
[les
chasseurs prennent les armes qui étoient suspendus
aux arbres]
Le
Choeur:
Volons à la gloire, armons-nous:
Le monstre redouble sa rage;
Qu'il expire sous nos coups.
|
Scene
5
Erope, Prêtresses de Dïane
|
|
Erope:
D'un héros, destructeurs des tirans de la terre,
Peut-être un monstre affreux va déchirer le
flanc.
Dieux immortels, faut-il du sang,
Pour appaiser votre colere ?
Le
Choeur:
O Dïane, votre couroux
Est-il immortel, comme vous ?
[on
danse]
Le Choeur
des Prêtresses:
Daignés oublïer notre offense,
Fille du souverain des dieux.
Erope:
L'horreur qui règne dans ces lieux
Doit suffire à votre vengeance:
Ecoutés-nous, du haut des cieux;
Laissés agir votre clémence.
Daignés
oublïer, &c.
[on
danse]
[on
entend une Symphonie qui annonce le retour des
chasseurs]
Erope:
Quel bruit flatteur ? Dieux ! puis-je croire
Que vous terminiés nos malheurs ?
Les chants brillants de la victoire
Vont-ils succeder à nos pleurs ?
|
Scene
6
Un Chasseur, Erope, Prêtresses de
Dïane
|
|
Le
Chasseur:
Le ciel a rempli notre attente.
Le monstre s'élançoit, avec fureur, sur
nous,
Quand la généreuse Atalante
Porte sur lui d'inévitables coups.
Son sang coûle & sa rage augmente;
Méléagre le suit, frappe, & d'un coup
heureux,
Du monstre délivre ces lieux.
|
Scene
7
Atalante, Erope, Prêtresses de
Dïane
|
|
Atalante:
Un calme heureux succede à la tempête.
De nos succès rendés frâces aux
dieux,
Prêtresses; qu'une auguste fête
Consacre ce jour glorïeux.
|
Scene
8
Atalante, Méléagre
|
34/54
|
Méléagre:
Vous trïomphés, belle Atlante,
Le monstre est tombé sous vos coups.
Acceptés de ma main sa dépouille
sanglante.
Atalante:
Ce trïomphe n'est dû qu'à vous.
Méléagre:
Je le dois à votre courage.
Je combattois aux yeux de mon vainqueur;
Et je vous dois le double hommage,
Et de ma gloire & de mon coeur.
Atalante:
Que dites-vous ?
Méléagre:
De la plus vive flâme,
Vos yeux ont embrâsé mon âme.
Atalante:
Le gloire nous doit seule occuper en ce jour.
Méléagre:
Aimés, aimés, belle Atalante;
Cette gloire, qui vous enchante,
Peut s'accorder avec l'Amour.
Atalante:
Non, non, sa flâme m'épouvante.
Méléagre:
L'Amour n'offre que des plaisirs,
A deux coeurs qu'il unit d'une ardeur mutüelle;
C'est pour eux seuls que les zéphirs
Fait naître la fleur nouvelle.
Atalante:
De la gloire il flétrit les lauriers
précïeux.
Méléagre:
Le terrible dieu de la guerre,
Du conquérant le plus fameux,
Ne fait souvent qu'un mortel ordinaire;
L'Amour le met au rang des dieux.
Atalante,
à part:
Quel charme en sa faveur, malgré moi, m'interesse
?
Méléagre:
Que vos rigueurs vont me causer de maux !
Atalante:
Quel plaisir prenés-vous à troubler mon repos
?
Méléagre:
Eh, vaut-il de l'Amour la flâme enchanteresse
?
Atalante:
Je crains de l'écouter, & je reste en ces lieux
!...
Ah, s'il se peut, fuyons.
Méléagre:
D'un coeur qui vous adore
Pouvés-vous redouter les feux ?
Laissés-vous enflâmer du feu qui me
dévore.
Atalante,
à elle:
Je ne puis plus cacher son trïomphe à ses
yeux.
[à
Méléagre]
Joïssés,
jouïssés du trouble de mon âme.
Méléagre:
Vous m'aimés ? des mortels je suis le plus heureux
!
Cet aveu, plein d'attraits, redouble encor ma
flâme.
Atalante:
Un sentiment délicïeux
Saisit mon coeur, je crois renaître;
Ma flâme remplit tous mes voeux.
Ah ! peut-on vivre, Amour, sans te connoître ?
Un sentiment, &c.
Méléagre
& Atalante:
Verse sur nous tes faveurs,
Amour: au sein de la victoire,
Tu nous fais sentir tes ardeurs,
Tes noeuds sont formés par la gloire;
Qu'elle enchaîne à-jamais nos
coeurs.
Méléagre:
Mortels, dont la valeur suprême
Vous met au rang des demi-dieux,
Honorés mon trïomphe & la beauté que
j'aime,
Par les plus agréables jeux.
Vous, Habitants de ces belles retraites,
Célébrés le retour de la paix sur ces
bords;
Unissés vos tendres musetes
Au son bruyant des cors.
|
Scene
9
Atalante, Méléagre, Erope,
Chasseurs, Bergers
|
|
[on
danse]
Le
Choeur:
Trïomphe, Amour: de la gloire,
Détruis le faste pompeux:
Lance tes traits, rends les mortels heureux:
Qu'ils ne cherchent la victoire
Qu'au sein des ris & des jeux.
[on
danse]
Erope:
Dans ces bois, sous ta puissance,
Que l'on goûte de plaisirs:
Dieu des coeurs, la récompense
Y suit les tendres desirs.
Le
Choeur:
Dans nos bois, &c.
Erope:
Les soûpirs, les soins, les larmes,
Tout enchante tour à tour:
Règne, Amour,
Fait briller tes charmes;
Dans ce beau séjour.
Le
CHoeur:
Dans nos bois, &c.
Erope:
Dieu puissant, tu fais la guerre
Aux plus grands des immortels;
Dans les cieux & sur la terre
On t'éleve des autels;
Toûjours sûrs de la victoire,
Tous les dieux te font la cour;
Règne, Amour,
Fait briller tes charmes.
[un
Divertissement général termine cet
acte]
|
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de page

Troisieme
Acte
Les
Sauvages
|
|
le Poeme est de
Fuzelier
la Musique est de Rameau
|
|
les
personnages du Ballet
|
les
interprètes:
|
|
|
Damon,
officier François d'une colonie dans
l'Amérique
|
Mr
le Gros
|
|
Dom-Alvar,
officier Espagnol d'une colonie dans
l'Amérique
|
Mr
Gelin
|
|
Zima,
fille d'un chef d'une nation sauvage
|
Mlle
Rosalie
|
|
Adario,
amant de Zima, commandant les guerriers de la nation
sauvage
|
Mr
Durand
|
|
|
|
Sauvages
& Sauvagesses,
Guerriers François,
Amazônes Françoises
|
|
Le
théâtre represente un bosquet d'une forêt
de l'Amérique, voisine des colonies Françoises
& Espagnoles, où doit se célébrer
la cérémonie du grand Calumet de
paix
|
|
[on
entend des fanfares des trompettes
Françoises]
Adario,
seul:
Nos guerriers, par mon ordre, unis à nos
vainqueurs,
Vont ici de la paix célébrer les douceurs;
Mon coeur seul dans ces lieux trouve encor des allarmes:
J'y vois deux étrangers, illustres par les armes,
Epris de l'objet de mes voeux;
Je crains leurs soûpirs dangereux,
Et que leur sort brillant pour Zima n'ait des
charmes.
Rivaux de
mes exploits, rivaux de mes amours,
Hélas ! dois-je toûjours
Vous céder la victoire !
Ne
paroissés-vous dans nos bois
Que pour trïompher à la fois
De ma tendresse & de ma gloire ?
Rivaux de
mes exploits, rivaux de mes amours,
Hélas ! dois-je toûjours
Vous céder la victoire !
[les
appercevant]
Ciel ! il
cherchent Zima... pourroit-elle changer ?
Cachons-nous; apprenons ce que je dois en croire;
Sachons & si je dois, & sur qui me
venger.
[Adario
se cache à l'entrée du bois, & les
observe]
|
Scene
2
Damon, Dom Alvar, Adario, caché
|
|
Alvar:
Damon, quelle vaine esperance
Sur les pas de Zima vous attache aujourd'hui ?
Vous outragés l'Amour, & vous comptés sur
lui !
Croyés-vous ses faveurs le prix de l'inconstance
?
Damon:
L'inconstance ne doit blesser
Que les attraits qu'elle abandonne;
Non, le fils de Vénus ne peut pas s'offenser
Lorsque nous recevons tous les traits qu'il nous
donne.
Un coeur,
qui change chaque jour,
Chaque jour fait pour lui des conquêtes nouvelles;
Les fideles amants font la gloire des belles,
Mais les amants légers font celle de l'Amour.
Dans ces lieux fortunez, c'est ainsi que l'on pense;
De la tirannique constance,
Les coeurs n'y suivent point les loix.
Alvar,
appercevant Zima:
Tout les prescit au mien, c'est Zima que je vois.
|
Scene
3
Zima, Damon, Dom Alvar, Adario, caché
|
|
Alvar,
à Zima:
Ne puis-je vous fléchir par ma preséverance
?
Damon,
à Zima:
Ne vous lâssés-vous point de votre
indifférence ?
Zima:
Vous aspirés tous deux à mériter mon
choix;
Apprenés quel amour sait plaire dans nos
bois.
Nous
suivons sur nos bords l'innocente nature,
Et nous n'aimons que d'un amour sans art.
Notre
bouche & nos yeux ignorent l'imposture;
Sous cette rïante verdure,
S'il éclate un soûpir, s'il échappe un
regard,
C'est du coeur qu'il part.
Nous
suivons sur nos bords l'innocente nature,
Et nous n'aimons que d'un amour sans art.
Alvar
& Damon:
Vous décidés pour moi; j'obtiens votre
suffrage;
Ah, quel heureux instant !
Alvar:
La nature, qui seule attire votre hommage,
Nous dit qu'il faut être constant...
Damon:
Elle prouve à nos yeux qu'il faut être
volage.
La terre,
les cieux & les mers,
Nous offrent, tour-à-tour, cent spectacles
divers;
Les plus beaux jours entre eux ont de la difference;
N'est-il deffendu qu'à nos coeurs
De goûter les douceurs
Que verse par tout l'inconstance ?
[à
Zima]
Voilà
vos sentiments: dans vos sages climats
L'inconstance n'est point un crime.
Zima:
Non; mais vous oublïés, ou vous ne savés
pas
Dans quels tems l'inconstance est pour nous
légitime.
Le coeur
change à son gré dans cet heureux
séjour;
Parmi nos amants c'est l'usage
De ne pas contraindre l'amour;
Mais, dès que l'himen nous engage,
Le coeur ne change plus dans cet heureux
séjour.
Alvar,
montrant Damon:
L'habitant des bords de la Seine
N'est jamais moins arrrêté
Que lorsque l'himen l'enchaîne;
Il se fait un honneur de sa légereté;
Et pour l'épouse la plus belle
Il rougiroit d'être fidele.
Damon,
montrant Alvar:
Les époux les plus soupçonneux,
Du Tage habitent les rives:
Là, mille beautés plainteives,
Reçoivent de l'himen des fers, & non des
noeuds;
Vous ne voyés jamais autour de ses captives,
Voltiger les ris & les jeux.
Belle
Zima, craignés un si triste esclavage.
Alvar,
à Zima:
Cédés, cédés enfin à mes
soins emprèssés.
Zima:
Je ne veux d'un époux ni jaloux, ni
volage.
[à
l'Espagnol] Vous aimés trop: [au
François] & vous, vous n'aimés pas
assés.
|
Scene
4
Adario, Zima, Damon, Dom Alvar
|
|
[Adario
sort du bois avec vivacité; Zima, charmée de
son transport, lui présente sa
main]
Alvar, les
appercevant:
Que vois-je !
Zima:
C'est l'amant que mon coeur vous présente.
Alvar,
à Zima:
Vous ôsés prononcer un arrêt si fatal
!
Zima:
Dans nos forêts on est sincere.
Alvar,
montrant Adario:
Je saurai m'immoler un odïeux rival.
Adario,
fièrement, à Alvar:
Je craignois ton amour, je crains peu ta colere.
Alvar,
l'approchant:
C'en est trop.
Damon,
arrêtant Alvar:
Arrêtés.
Alvar,
surpris:
Damon, y pensés-vous ?
Quoi, c'est vous qui prenés contre moi sa deffense
!
Damon,
à Alvar:
J'ai trop protégé l'inconstance
Pour ne pas m'opposer à l'injuste couroux,
Qui vous est inspiré par la
perséverance.
[on
entend un Prélude qui annonce la
fête]
Déjà,
dans les bois d'alentour,
J'entends de nos guerriers les bruyantes trompettes;
Leurs sons n'effrayent plus ces aimables retraites;
Des charmes de la paix ils marquent le retour.
[à
Alvar]
A vos
tristes regrèts dérobés ce beau
jour;
Que le plaisir avec nous vous arrête.
Alvar, en
s'éloignant:
Hélas, je vais cacher un malheureux amour
!
Damon, le
suivant:
Venés plutôt l'amuser à la
fête.
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Adario:
Je ne vous peindrai point lestransports de mon coeur,
Belle Zima; jugés-en par le vôtre:
En comblant mon bonheur,
Vous montrés qu'une égale ardeur
Nous enflâme l'un & l'autre.
Zima:
De l'amour le plus tendre éprouvés la
douceur:
Je vous dois la préference;
De vous à vos rivaux je vois la difference:
L'un s'abandonne à la fureur,
Et l'autre perd mon coeur avec indifference;
Nous ignorons ce calme & cette vïolence.
Sur nos
bords l'Amour vole & prévient nos
desirs.
Dans notre
aimable retraite
On n'entend murmurer que l'onde & les
zéphirs;
Jamais l'écho n'y répete
De regrèts ni de soûpirs.
Sur nos
bords l'Amour vole & prévient nos
desirs.
Adario:
Viens, Himen, hâte-toi, fuis l'Amour, qui
t'appele.
Ensemble:
Himen, viens nous unir d'une chaîne
éternelle;
Viens encor de la paix embellir les beaux jours.
Je te promèts d'être fidele;
Tu fais nous captiver & nous plaire
toûjours.
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Scene
6
Adario, Zima,
Françoises en habits d'Amazônes,
Guerriers François, Sauvages &
Sauvagesses
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Adario,
aux Sauvages:
Bannissons les tristes allarmes,
Nos vainqueurs nous rendent la paix:
Partageons leurs plaisirs, ne craignons plus leurs
armes;
Sur nos tranquilles bords qu'Amour seul à-jamais
Fasse briller ses feux, vienne lancer ses traits.
Le Choeur
des Sauvages:
Bannissons les allarmes, &c.
[on
danse]
[Danse
du grand Calumet de paix, exécutée par les
Sauvages]
Zima &
Adario:
Forêts paisibles,
Jamais un vain desir ne trouble ici nos coeurs:
S'ils sont sensibles,
Fortune, ce n'est pas au prix de tes faveurs.
Le Choeur
des Sauvages:
Forêts paisibles, &c.
Zima &
Adario:
Dans nos retraites,
Grandeur, ne viens jamais
Offrir tes faux attraits:
Ciel, tu les as faites
Pour l'innocence & pour la paix.
Le Choeur
des Sauvages:
Forêts paisibles, &c.
Zima &
Adario:
Jouïssons dans nos asiles,
Jouïssons des biens tranquilles:
Ah ! peut-on être heureux
Quand on forme d'autres voeux.
Le Choeur
des Sauvages:
Forêts paisibles, &c.
[danse
des Françoises en Amazônes]
Zima:
Regnés, plaisirs & jeux; trïomphés
dans nos bois:
Nous n'y connoissons que vos loix.
Tout ce qui blesse
La tendresse
Est ignoré dans nos ardeurs.
La nature, qui fit nos coeurs,
Prend soin de les guider sans-cèsse.
Regnés,
plaisirs & jeux; trïomphés dans nos
bois:
Nous n'y connoissons que vos loix.
[un
Divertissement général termine le
spectacle]
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APPROBATION
J'ai
lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, Les
Fragments-Héroïques, Ballet,
compôsé des Actes d'Ovide & Julie, de la
Chasse de Calidon & des Sauvages: je crois qu'on peut
en permetrre l'impression.
A Paris ce 29 Juin 1773
Marin
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