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Fragments Héroïques
Balet Nouveau, composé des Actes
de Phaétuse,
de Zémide,
et d'Apollon, Berger d'Admete
représenté le vendredi 20 Juillet 1759
Livret de Monsieur Fuzelier, et de Monsieur le Chevalier De Laurès
musique de: Monsieur Iso


Entrée I
Entrée II
Entrée III


Premiere Entrée:
Phaétuse

Les Paroles sont de Monsieur Fuzelier
La Musique est de Monsieur Iso


les personnages:

les onterprètes de l'époque:

Phaétuse

Mlle Dubois

Diomede

Mr Gélin

Dircé

Mlle Villette

Le Grand Sacrificateur du Soleil

Mr Pillot

Sacrificateurs
Suite de Phaétuse
Nimphes
Grecs, de la Suite de Diomede

Le Théâtre représenteun Temple du Soleil: on voit la Mer dans l'éloignement


Scene premiere
Diomede

Diomede, seul:
Que la feinte & le silence
Augmentent la violence
Des tourments d'un tendre coeur !
Contraint de cacher mon ardeur,
J'affecte d'éviter le cher objet que j'aime:
L'Amour, qui cause ma langueur,
En est le confident liu-même;
Je ne me plains qu'à lui de sa rigueur.

Que la feinte & le silence
Augmentent la violence
Des tourments d'un tendre coeur !

Mais c'est trop écouter une vaine tendresse:
Les Grecs impatïents veulent revoir la Grece;
Je n'entends que des voeux qui condamnent les miens.
Dïomede, est-ce à toi d'aimer une Déesse,
Fille d'un Dieu protecteur des Troyens ?

Elle vient, évitons son couroux légitime.
Ciel ! pourai-je à ses coups ravir une victime
Qu'enchaînent de si beaux lïens ?


Scene 2
Phaétuse, Dircé, Sacrificateurs du Soleil

Phaétuse, aux sacrificateurs:
C'en est fait, il est tems d'immoler à mon Pere
Les Grecs, objet de son couroux.
Ministres de ma haîne, empressés à me plaire,
Rassemblés ces guerriers, livrés-les à mes coups.

[les Sacrificateurs sortent]

Dircé:
Depuis qu'un terrible naufrage
Vous a livré ces malheureux vainqueurs,
Par vos soins, chaque jour, de nouvelles douceurs,
Les enchantent sur ce rivage.

Phaétuse:
Ah ! pour mieux me venger, j'amuse leurs desirs:
Ils doivent ce repos à ma haîne infléxible.
Est-il une mort plus terrible
Que celle qui suit les plaisirs ?

Mais le fier Dïomede a trompé ma vengeance;
Rien ne l'occupe sur ces bords:
J'ai fait pour le charmer d'inutiles efforts,
Je sais même, je sais qu'il veut quitter ces lieux...
S'il avoit pu m'aimer ! o Dieux,
Ma vengeance eût été parfaite !
Que j'aurois trïomphé, Dircé, de sa défaite !
Un mépris éclatant de sa plus vive ardeur
Eût été sa premiere peine.

Dircé:
Je reconnois enfin son crime, & votre chaîne.

Phaétuse:
Je ne puis trop punir sa superbe froideur.

Dircé:
Que l'indiférence
Outrage la beauté,
Elle ne peut en pardonner l'offense:
Un téméraire amour blesse moins sa fierté
Que l'indiférence.

Phaétuse:
Connois mieux ma fureur.

Dircé:
Sous les traits empruntés d'une affreuse vengeance,
Le dépit seul déchire votre coeur.

Le dépit & la haîne ont le même langage;
Mais le dépit est enfant de l'amour.
Une fiere beauté, qu'un insensible outrage,
S'y méprend souvent plus d'un jour.
Le dépit & la haîne ont le même langage;
Mais le dépit est enfant de l'amour.

Phaétuse:
Tu crois qu'au foible Amour j'ai cédé la victoire...

Mais je vois les Grecs enchaînés:
Commençons les tourments qui leur sont destinés..
Dircé, je vais bientôt justifier ma gloire.


Scene 3
Phaétuse, Dircé, Sacrificateurs du Soleil, le Grand Sacrificateur du Soleil,
Suite de Phaétuse, Grecs enchaînés

Phaétuse:
Ministres du Soleil, attentifs à ma voix,
Ecoutés, & suivés mes loix.

Vengés le Dieu du jour; vengés el Dieu de l'onde;
Les Grecs sont, depuis long-tems, l'objet de leur couroux:
Que votre zele au mien réponde,
Pretés aux Immortels votre bras & vos coups.

Que la Terre tremble, & fresmisse,
Que l'Onde, en mugissant, s'élève jusqu'aux Cieux;
Que l'Univers applaudisse
A la vangeance des Dieux.

Le Choeur:
Eclatés, bruyant Tonnerre,
Secondés nos cris affreux;
Lancés, lancés sur la Terre
Vos plus redoutables feux.

Phaétuse:
Infortunés Troyens, o vous, Ombres célebres,
Si ma voix peut descendre aux rivages funebres,
Apprenés de ces Grecs le suplice & l'effroi.
Leur sang va laver votre offense.
O Mânes irrités, partagés avec moi
Le doux plaisir de la veangeance !


Scene 4
Diomede, et les Acteurs de la Scêne précédente

[les Sacrificateurs se disposent à immoler les Grecs]

Le Choeur des Sacrificateurs:
Déesse, nous allons remplir votre espérance.

Diomede:
Barbares, arrêtés ! portés-moi tous les coups
De la rage qui vous anime:
Je suis la seule victime
Digne de vostre courrous.

Hâtés-vous, c'est mon sang que vous devés répandre;
Ne vengés que sur moi le plus brillant des Dieux:
Je l'offense plus dans ces lieux
Que sur les rives du Scamandre.

Phaétuse:
Eh, quel crime nouveau venés-vous déclarer ?

Diomede:
Pouvés-vous encor l'ignorer ?
Je ne viens l'avoüer que pour hâter ma peine
Ce crime, que mon coeur augmente chaque jour.
Si vous me devés votre haîne,
songés que tous les coeurs vous doivent de l'amour.

Phaétuse:
Ciel ! que aveu m'osés-vous faire ?
Et qu'ôsés-vous en espérer ?

Diomede:
Vous n'auriés jamais su mon ardeur téméraire,
Si je n'étois près d'expirer.
Ah, qu'à ce prix la mort m'est ch ere !

Phaétuse:
Oublïés-vous mon rang, ma haînes, ma fierté ?
Votre amour contre vous me prête encor mes armes.

Diomede:
Se soûvient-on du rang quand on voit la beauté ?
Punissés ma témérité.

Le Grand Sacrificateur, à Phaétuse:
Ah ! c'est trop diférer le sanglant sacrifice
Que les Dieux attendent de vous:
Immolés Diomede à leur juste courroux;
Son crime a trop longtems évité le suplice...
Vous tremblés !... est-ce ainsi que vous savés haïr ?
Un moment a changé votre coeur implacable !

Allons, n'écoutons pas une pitié coupable:
Vous imiter, ce seroit vous trahir.
Frappons.

Phaétuse:
Arrête !

Le Grand Sacrificateur:
O Ciel ! que faites-vous ?

Phaétuse:
Barbare,
Arrête ! la pitié succéde à mon courroux.
Ministres de ma haîne, retirés-vous.

[les Sacrificateurs sortent avec la Suite de Phaétuse]

Qu'ai-je fait ? quel transport de mon âme s'empare ?
Ma fierté m'abandonne, & ma raison s'égare;
Mon captif devient mon vainqueur !
Je voudrois vainement cacher mon trouble extrême,
Que ne vous disent pas mes soûpirs... ma langueur !...
Quelques coups qu'ait voulu vous porter ma fureur,
Vous êtes vengé... je vous aime.

Diomede:
Est-il possible ? O Ciel ! o destin trop heureux !
Quoi, vous m'aimés ! quoi, l'Amour me dispense
Un bien, que jamais lespérance
N'eut ôsé promettre à mes voeux !

Phaétuse:
L'Amour nous trompoit l'un & l'autre:
A quoi m'exposoît-t-il par son déguisement ?
Je n'ai connu mon coeur qu'au funeste moment
Où je voulois percer le vôtre.

Diomede & Phaétuse:
Viens assûrer, par tes plus doux attraits,
Et notre bonheur & ta gloire,
Amour ! fais durer à-jamais
Et nos plaisirs & ta victoire.

Phaétuse:
Changés, triste jour,
Comme les transports de mon âme.
Devenés digne de l'Amour
Et du cher Objet qui m'enflâme.


Scene 5 & derniere
Phaétuse, Diomede, Dircé, les Grecs,
Suite de Phaétuse, Nimphes & Habitants de son Ile

Le Theâtre change & représente un Palais

Phaétuse:
Venés, Nimphes, venés; abandonnés vos bois;
Par vos chants, par vos jeux marsués-moi votre zele:
Accourés; unissés vos voix,
Célébrés de l'Amour la victoire nouvelle.

[on danse]

Amour, lancés vos feux,
Profités de ce jour heureux:
Volés, augmentés vos conquêtes,
Embélissés nos fêtes;
Régnés, brillés, plaisirs & jeux.
Amour, lancés vos feux,
Profités de ce jour heureux.

[on danse]

Le Choeur:
Elevons jusqu'aux cieux le pouvoir & les charmes
Du Dieu qui trïomphe en ce jour:
La Haîne, quand il veut, laisse tomber ses armes;
Et son flambeau devient le flambeau de l'Amour.

[on danse]

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Deuxieme Entrée:
Zémide

Les Paroles sont de Monsieur le Chevalier De Laurès
La Musique est de Monsieur Iso


les personnages:

les interprètes de l'époque:

L'Amour

Mlle Lemiere

Zémide, Reine de Scyros

Mlle Chevalier

Phasis, Amant de Zémide

Mr L'arrivée

Peuples de Scyros

La Scêne est dans l'Ile de Scyros


Scene premiere
L'Amour

L'Amour, seul:
Séjour fatal, où regne une beauté rebelle,
Bords affreux de Scyros, mais moins sauvages qu'elle,
Je viens domter enfin sa superbe rigueur.

Quoi, Zémide, foible mortelle,
Des Dieux braveroit le vainqueur !
Non, non; d'une Egide nouvelle
En vain Pallas arma cette Reine crüelle,
M'Amour saura trouver la route de son coeur.

Phasis vient; que je mlinas un amant si fidele !
Hâtons-nous de le secourir.


Scene II
L'Amour, Phasis

L'Amour:
Phasis, suspend s tes pleurs; l'Amour vient les tarir.

Phasis:
Que vois-je ? o Ciel ! l'Amour, est-il possible,
L'Amour me prête son appui ?

L'Amour:
Pouroî-il n'être pas sensible
Aux maux que tu souffres pour lui ?

Phasis:
O bienfait ! o jour favorable !
Mais quel obstacle, hélas ! rappelle mes regrèts ?
Vous ne pouvés percer l'Egide impénétrable
Que Zémide oppôse à vos traits.

L'Amour:
En vain la haîne, ou le caprice
Voudroient me disputer un coeur;
Je deviens enfin son vainqueur
Par la force, ou par l'artifice.

Phasis:
Quoi, vainqueur de Zémide ! & pour combler mes voeux !
Quel espoir enchanteur ! quelle seroit ma gloire !
Pardonne, Amour ! non, je n'ôse le croire,
Non; Phasis est trop malheureux.

L'Amour:
Cessés de m'offenser par un doute timide;
Ne sui-je plus des coeurs l'arbître souverain ?

Eloignés-vous, Prince; je vois Zémide.

Phasis, en s'en allant:
Hélas ! Devrois-je encor trembler sur mon destin,
Quand l'Amour lui-même est mon guide ?

[il regarde du côté par lequel Zémide entre]

Dieux ! la barbare a son Egide.


Scene III
L'Amour

L'Amour, seul:
Auprès de ces rochers, où se brisent les flots,
Feignons de nous livrer aux douceurs du repos.

[l'Amour se couche entre des rochers, qui se couvrent de fleurs]


Scene IV
L'Amour, qui feint de dormir, Zémide, armée d'une Egide,
Peuples de Scyros

Zémide:
Chantés, chantés les charmes
De la liberté.

Le Choeur:
Chantons, chantons les charmes
De la liberté.

Zémide:
Le plaisir, sans allarmes,
C'est la volupté.

Le Choeur:
Chantons, chantons les charmes
De la liberté.

[on danse]

Zémide:
Un calme heureux, les dons de Flore
De la rïante Aurore
Embélissent le cours:
Tels sont les jours
Sans amours.

Le Soleil vole, éclate, & sa flâme dévore
Les couleurs qui venoient d'éclore:
Tels sont les jours
Qu'entraînent les amours.

Le Choeur:
Chantons, chantons les charmes
De la liberté.

Zémide:
Mais que vois-je ? Echappé sans-doute du naufrage,
Un enfant dort sur le rivage:
Qu'il y trouve les soins qu'on doit aux malheureux.
Eh quoi ? dans ces arides lieux
Les plus brillantes fleurs lui prêtent leur ombrage !
De leur éclat naissant ses charmes sont l'image !...
Des ailes, un carquois, un arc frappent mes yeux !
Ciel ! c'est notre ennemi, c'est l'Amour, c'est lui-même:
Fuyons, fuyons tous.

Le Choeur:
Fuyons, fuyons tous.

Zémide:
Le fuir ? quand le sommeil, par un bienfait suprême,
Le livre à mon couroux !

[à demi-voix]

Approchons, enlevons ses armes;
Enchaînons l'Amour:
Que le barbare, à son tour,
Eprouve des allarmes.

Le Choeur:
Approchons, enlevons ses armes, &c.

[après avoir dèsarmé & enchaîné l'Amour]

Trïomphe ! victoire !
Zémide tient aux fers
Le tiran de l'Univers:
Trïomphe ! victoire !
Célébrons sa gloire.

L'Amour, feignant de s'éveiller:
Où suis-je ? quels sont ces liens ?
Zémide, eh quoi, mes traits, mon carquois dans tes mains !

Reine barbare, si ton âme
Se refuse aux plus tendres voeux,
Ah ! laisse-moi du-moins secourir par mes feux
Tout l'Univers, qui les reclâme.

Zémide:
Quel orgueil ! l'Univers à ton empire affreux
Doit ses crimes & son supplice;
Je ne serai pas ta complice.
Tu venois surprendre mon coeur;
Mais Pallas veille à mon bonheur:
Elle attend que je te punisse.

L'Amour:
Que la pitié vous attendrisse !

Zémide:
La pitié ! ta fureur ne la connut jamais.
Que ne puis je égaler ta peine à tes forfaits !

L'Amour:
J'anime, j'embélis, j'enchante la nature:
Ces doux fremissements de l'onde & des zéphirs,
Ces ramages, ces fleurs, cette clarté plus pure,
Tout annonce déjà l'Amour & les plaisirs.

Zémide:
Perfide ! je connois ton art & ton langage.
Tu ne pares de fleurs tes traits les plus crüels,
Que pour nous trahir davantage.

L'Amour:

Zémide:

Rompés, rompés mon esclavage !
Si vous renversés mes autels,
Le malheur des mortels
Deviendra votre ouvrage.

Gémis, gémis dans l'esclavage !
Si je renverse tes autels,
Le bonheur des mortels
Deviendra mon ouvrage

Zémide, appercevant Phasis:
Quoi, Phasis !... Mon trïomphe en deviendra plus doux.
Il troubleroit vos jeux, Peuples; éloignés-vous.

[les Peuples se retirent]


Scene V
L'Amour, enchaîné, Zémide, Phasis

Phasis:
Reine, contre l'Amour quel transport vous anime ?
Il répandit sur vous ses plus cheres faveurs:
Moi seul, hélas ! moi seul j'éprouve ses rigueurs;
Vous êtes son ouvrage, & je suis sa victime.

Zémide:
J'asservis sa fureur, j'abaisse sa fierté
La chaîne à l'Univers rendra la liberté.

Phasis:
Par quelle erreur, o Ciel ! vous laissés-vous séduire ?
Vous servés le pouvoir que vous voulés détruire.
L'Amour a prevenu vos dessesin odieux:
Les traits qui partent de vos yeux
Etendront, malgré vous, sa gloire & son empire.

Zémide:
Ce langage flateur est dicté par lespoir.
Dans mes regards enfin, Prince, vous devés lire
Et mes loix, & votre devoir.

Phasis:
Dieux, quel devoir !

L'Amour:
Eh quoi, par d'éternelles larmes
Devra-t-il expïer ses feux ?
N'aurois-je formé tant de charmes,
Que pour punir les coeurs qui s'enflâment pour eux ?

Zémide:
Me reproches-tu ses allarmes ?
Qu'il accuse un tiran, de notre paix jaloux.

L'Amour:
Je suis ce Dieu qui fait brûler pour vous
Un coeur tendre, soûmis, & chéri de la gloire.
Ah, vous adoreriés mes noeuds & ma victoire
Sans ce présent fatal, sans cette Egide, hélas !
Dont vous arma le sévere Pallas.

Zémide:
L'Amour est dans mes fers, je la quitte sans crainte.

[elle jette son Egide]

L'Amour, brise ses chaînes, s'élance, & frappe Zémide d'un trait qu'il avoit caché:
L'Amour, l'Amour est ton vainqueur.

Zémide & Phasis:
Ciel !

L'Amour:
Le succès suit ma feinte !
Je te gardoit le trait qui te perce le coeur.

Zémide:
De mon imprudence
O juste châtiment !

Phasis:
Qu'il devienne ma récompense !
Belle Zémide, enfin couronnés votre amant.

Zémide:
Que trouble me saisit ! Je tremble, je soûpire:
Amour... Phasis...

Phasis, en se jettant aux genoux de Zémide:
Phasis expire,
Si vous ne recevés & son coeur & sa foi.

Zémide:
Du penchant qui m'entraîne, eh, comment me défendre ?
Amour, si tu pouvois me forcer à me rendre,
Phasis pouvoit, lui seul, me faire aimder de toi.

Phasis:
Aveu charmant, que je n'ôsois attendre !
Mais, Zémide, quel coeur, ah, quel coeur assés tendre
Pouroit sentir son bonheur comme moi ?

Zémide & Phasis:
Reçois nos voeux, Dieu que j'adore.
Reprends tes feux, reprends tes traits;
Et, pour redoubler tes bienfaits,
Enflâme, s'il se peut, encore
Deux coeurs, enchaînés à-jamais.

L'Amour, après les avoir unis:
Que tout change, à ma voix, dans ce desert sauvage;
Que tous les coeurs y respirent mes feux.
Disparoissés, Rochers affreux:
Gâson, feuillage, fleurs couronnés ce rivage;
De la nature, ici, présentés-moi l'hommage.


Scene VI & derniere
L'Amour, Zémide, Phasis,
Peuples de Scyros

Le Théâtre change, & représente des Jardins agréables

Zémide:
Que le Dieu des plaisirs regne dans ce séjour:
Volés, Peuples, volés au-devant de sa flâme:
Que tout chante, que tout reclâme
La chaîne du charmant Amour.

Le Choeur:
Que le Dieu des plaisirs regne dans ce séjour:
Volons, volons, &c.

[on danse]

L'Amour:
La rôse nouvelle
Sous l'épine cruëlle
se défend envain;
Le plaisir apelle
Le papillon badin;
Il vole autour d'elle,
Surprend la rebelle,
Et trïomphe enfin.

[on danse]

Zémide:
Regne, daigne encore
Tendre Amour, ferrer nos noeuds:
Tout adore,
Tout implore
Le plaisir qui suit tes feux.

Le Choeur:
Regne, daigne encore, &c

Zémide:
Quitte ici, quitte tes ailes,
Ce présage des regrèts;
Ou ne te sers enfin plus d'elles
Que pour couvrir nos secrèts.

Le Choeur:
Regne, daigne encore, &c

Zémide:
Dieu des âmes,
Que tes flâmes
Nous enchantent à jamais !
Soins, allarmes,
Plaintes, larmes,
Tout s'embélit de tes attraits:
Fais, fais trïompher des armes
dont les coups sont des bienfaits.

Le Choeur:
Regne, daigne encore, &c

[on danse]

L'Amour:
Ma gloire toûjours se partage,
Je n'enchaîne les coeurs que pour les rendre heureux:
Leurs Loix sont des plaisirs, leurs hommages, des jeux;
Ils regnent avec moi dans leur tendre esclavage.

[on danse]

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Troisieme & Derniere Entrée:
Apollon, Berger d'Admete

La Musique est de feu Monsieur Grenet


les personnages:

les interprètes de l'époque:

Apollon, sous le nom d'Iphis, Berger des Troupeaux d'Admete

Mr Pillot

Silvanire, Bergere

Mlle Lemiere

Daphné, autre Bergere

Mlle Villette

Pan

Mr Gélin

Un Satyre

Mr Desentis

Troupe de Satires
Les Muses
Troupe de Bergers & de Bergeres

La Scêne est en Thessalie


Scene premiere
Silvanire, Daphné, Troupe de Satires

Le Théatre représente des Vergers arrôsés par la fleuve Amphrise: on voit, sur un des côtés, à l'entrée d'un bois, la statue de Pan, chancelante & tronquée, sur un autel délâbré

Daphné:
Vous me fuyés en vain, j'ai surpris vos soûpirs:
Quel nouveau soin peut troubler vos desirs ?
L'éclat & la fraîcheur de la naissante aurore
Vous anoncent le plus beau jour:
Il doit vous ramener le Dieu qui vous adore,
Tout repisre déjà les plaisirs & l'amour.

Silvanire:
Hélas ! que je crains sa présence !

Daphné:
Quoi ! trahiriés-vous sa constance ?

Silvanire:
Daphné, d'un nouveau feu mon coeur se sent épris.

Daphné:
Eh quel heureux amant...

Silvanire:
J'aime, j'adore Iphis.

Daphné:
Iphis !... Se peut-il que votre âme
Préfére les soûpirs de ce jeune étranger ?
Du Dieu des bois vous méprisés la flâme,
Vous le quittés pour un berger !

Silvanire:
Son hommage à mes yeux n'a plus rien qui m'honore;
Des doux transports d'Iphis mon coeur est plus flatté:
L'amour tient lieu de rang & d'immortalité:
Un Berger, que l'on aime, est une dieu qu'on adore.

Daphné:
Craignés du moins, craignés d'irriter contre vous
Un Dieu redoutable & jaloux.
Il peur sur nos bergers éxercer sa vengeance.

Silvanire:
Mon amour pour Iphis n'est pas la seule offense
Qui du Fils de Mercure armera le couroux.
Aux Bergers de cette retraite
Le Dieu des bois apprit les premiers sons:
Depuis que le Pasteur d'Admete
De ce même art leur donne les leçons,
Ses chants divins & sa tendre musete
Font oublier de Pan les rustiques chansons.

[on entend une Simphonie]

Quels concerts ! quels accords sauvages !

Le Choeur des Satires:
Le Dieu de nos forèts revient sur ces rivages;
Bergers, rassemblés-vous; formés des chants nouveaux:
Faites retentir ces hameaux
Du bruit de vos hommages.

[Silvanire veut se retirer; mais elle est retenue par les Satires qui, en dansant, l'environnent de tous côtés]

Un Satire:
Ces sombres forèts,
Ces antres secrèts
Sont pour nous des palais;
Pan & l'Amour
Y regnent tour-à-tour:
Par leurs bienfaits
Nos plaisirs sont parfaits.

Les vives ardeurs
Qui brûlent nos coeurs,
Nous font sentir mille douceurs.

Sans nous piquer d'être constants,
Toûjours heureux, toûjours amants,
Notre vie
N'est remplie
Que de desirs,
Et que de plaisirs:
Pour nous ces lieux
Valent les cieux;
Et nous ne portons point d'envie
Aux Dieux.

Les noirs soupçons,
Les trahisons,
Ne troublent point le cours
De nos beaux jours.
Ces bois sont nos palais:
Le Dieu d'amour
Se plaît dans ce séjour:
Par ses bienfaits
Nos plaisirs sont parfaits:
Il verse en nos coeurs
De vives ardeurs;
Nous ne sentons que ses faveurs.


Scene II
Silvanire, Daphné, Pan, les Satires

Pan:
Les Bergers en ces lieux ne suivent point mes pas !
J'apperçois mon autel sans culte & sans offrances !
Mes chiffres ne sont plus entourés de guirlandes !
Nos jeux & nos concerts ont perdu leurs appas.
Et vous aussi, vous fuyés, Silvanire !
Imités-vous l'exemple de ces ingrats ?
Méconnoissés-vous mon empire ?

Silvanire:
Je n'oublîrai jamais le respect que je dois
Au Maitre des bergers, au Souverain des bois.

Pan:
Vous me repectés, Cruëlle !
C'en est fait, vous ne m'aimés plus.

Silvanire:
Vous ne brûlés jamais d'une flâme fidele;
Je croyois que nos noeuds étoient déjà rompus:
Vous me donniés, par vos absence,
L'éxemple séduisant de la légereté:
Qui fait gloire de l'inconstance,
Doit-il me reprocher une infidélité ?

Pan:
Je feint de l'ignorer; je savois que votre âme
Ecoutoit de nouveaux soûpirs:
D'un inconnu l'audacïeuse flâme
L'emporte, auprès de vous, sur mes tendres desirs.
Je vous pardonnerois de céder la victoire
A des dieux plus puissants, plus aimables que moi;
Mais un simple berger me ravit votre foi,
Ingrate ! vous blessés mon amour & ma gloire.

Silvanire:
Et sur la terre, & dans les cieux
A vos divinités vous êtes infideles;
Vous leur préférés des mortelles;
Je préfere un mortel aux dieux.

Pan:
Parjure ! il faut punir l'objet de ta foiblesse.
Contre ma fureur vengeresse
Voyons si ton amour lui servira d'appui.

Silvanire:
Si j'en crois ma tendresse,
Le berger que j'adore aura des dieux pour lui.

[elle sort]


Scene III
Pan, les Satires

Pan:
L'amour me parle envain, le dépit le surmonte.
Vous, Satires, vengés ma douleur & ma honte.

Ravagés les fertiles bords
Que ma fureur vous abandonne;
Dispersés les trésors
De Flore & de Pomone.

Le Choeur des Satires:
Ravageons les fertiles bords
Que sa fureur nous abandonne;
Dispersons les trésors
De Flore & de Pomone.

[pendant une Simphonie, Pan & les Satires arrachent les fruits & les fleurs, & les jettent dans le fleuve]

Le Choeur des Bergers & des Bergers:
Berger, chéri des dieux, venés, secourés-nous;
De vos accords touchants employés la puissance.

Pan, aux Satires:
Qu'il meure sous mes coups !
Suivés-moi, servés ma vengeance.

Pan & les Satires:
[Pan] Ravagés, dispersés les trésors
Que ma fureur vous abandonne.
[les Satires] Ravageons, dispersons les trésors
De Flore & de Pomone.

[Pan & les Satires se dispersent dans la campagne, & mettent le feu aux hameaux: on voit dans l'éloignement les hameaux & les forèts en feu]


Scene IV
Silvanire, Iphis

Silvanire:
Ah, quel ravage ! ah, quel effroi !
Du Dieu qui vous poursuit évités la colere.

Iphis:
Râssurés-vous, jeune Bergere;
Cessés de vous troubler pour moi.

Silvanire:
Mercure de son fils vengera la puissance.

Iphis:
Apollon prendra ma défense.
J'ai porté dans ces lieux son culte & ses autels;
Il doit à mes accords l'hommage des mortels.

Dieu du printems, vient raffraichir nos plaines,
Viens arrêter le cours de ces feux destructeurs;
Fais coûler les ruisseaux, fais jaillir les fontaines,
Ranime les fruits & les fleurs,
De l'Aurore sue nous fais descendre les pleurs.

[les fleurs & les fruits renaîssent de toutes parts]

Et vous, que mes accents font retenetir sans-cesse,
Echos, portés ma voix jusqu'aux bords du Permesse.
Muses, préparés vos concerts,
Remplissés les desirs de votre auguste Maître;
Hâtés-vous, traversés les airs:
Apollon dans ces lieux va se faire connoître.

Silvanire:
Dieux, quel charme divin se répand dans mon coeur !
Je vois régner la paix, & briller l'espérance.
Favori d'Apollon, votre aimable présence
Porte avec foi la calme, & bannit la terreur.


Scene V
Silvanire, Iphis, Pan,
Les Satires, les Muses, Bergers & Bergeres

Pan:
Enfin par ton trépas je vais me satisfaire.
Approche, Berger téméraire.

Iphis:
Ouvre les yeux, reconnois-moi.

Pan:
Dieu des arts, c'est vous que je voi !

Le Choeur des Muses, sur des nuages:
O vous, de la Nature & l'âme & le génie,
Que tout seconde vos desirs;
Divin pere de l'harmonie,
L'Univers vous doit ses plaisirs.

Silvanire:
Quoi, j'amois Apollon ! pourai-je encor lui plaire ?
Son coeur avec son rang va peut-être changer !

Apollon:
Non; tout dieu que je suis, j'aurois pour ma bergere
Le fidele amour d'un berger.

Silvanire, à Pan:
Mon choix n'a plus rien qui vous blesse;
Vous pouvés, sans rougir, céder au Dieu du jour:
Si je trahis votre tendresse,
Vous sauvés votre gloire, en perdant mon amour.

Pan:
En faveur d'Apollon l'inconstance est permise:
Votre amour devoit m'outrager,
Quand d'un simple mortel je vous croyois éprise;
Mais je pardonne au dieu le crime du berger.

Apollon:
Fortunés habitants de ces belles retraites,
Rendés hommage au Dieu du jour:
Chantés sur vos tendres musetes
Votre bonheur, & son amour.

Le Choeur:
Rassemblons-nous dans ces retriates,
Rendons hommage au Dieu du jour:
Chantons sur nos tendres musetes
Notre bonheur, & son amour.

[on danse]

Silvanire & Apollon:
Jeunes coeurs,
Témoins de ma gloire,
Chantés ma victoire,
Chantés nos ardeurs.

[Silvanire] Mon coeur agité, se livre aux allarmes.
[Apollon] D'un coeur agité, calmés les allarmes.
[Silvanire] Je crains votre légereté.
[Apollon] Ah ! connoissés mieux vos charmes,
Et ma fidélité.
Quoi, les feux, quoi, les voeux
Des Immortels, font-ils des malheureux ?

Apollon & Silvanire:
Jeunes coeurs,
Témoins de ma gloire,
Chantés ma victoire,
Chantés nos ardeurs.

[on danse]

J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, LES FRAGMENTS HEROÏQUES, Ballet composé des Actes de Phaétuse, de Zémide & d'Apollon, Berger d'Admete.
A Versailles, ce 23 Juin 1759.

Demoncrif

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