Fragments
composés des Actes de:
Almasis,
Ismène,
Linus
représentés
par l'Academie Royale de Musique
le Vendredi 28 Août 1750
|
Almasis
Ballet
donné à Versailles en 1747 & 1748,
et pour la première fois au Théâtre de
l'Académie Royale de Musique,
le Vendredi 28 Août 1750
|
|
Les
Paroles sont de Monsieur De Moncrif, Lecteur de la
Reine; l'un des Quarante de l'Académie
Françoise, & de l'Académie Royale des
Sciences & Belles Lettres de Berlin
La Musique
est de Monsieur Joseph Nicolas Pancrace Royer,
ordinaire de la Musique de la Chambre du Roi,
Maître de Musique des Enfans de France, &
Maître de Clavecin de Madame la
Dauphine
|
|
les
personnages d'Almasis
|
les
interprètes:
|
|
|
Almasis,
Habitante des Isles Fortunées
|
Mlle
Chevalier
|
|
Zamnis,
Amant d'Almasis
|
Mr
de Chassé
|
|
L'Ordonnatrice
des Fêtes de l'Hymen
|
Mlle
Le Miere
|
|
Un
Indien
|
Mr
Le Page
|
|
|
|
Indiennes
qui célébrent les jours heureux
Esclaves de diverses Nations
|
|
Le
Théâtre représente les Jardins, &
une partie du Palais de Zamnis
|
|
Zamnis:
Pour vous belle Almasis; mon amour est extrême:
Que ne m'a-t'on permis la charme de vous voir;
J'aurois passé les jours content du seul espoir
De vous obtenir de vous-même.
Devenu
votre Epoux, sans consulter vos voeux,
Comme vous, j'ai souffert d'une loi trop cruelle,
Hé quoi ! Jamais une Belle en ces lieux,
N'apprend quel est l'Amant qu'on unit avec elle
Qu'après que de l'hymen on a formé les
noeuds;
Pour vous belle Amalsis, &c.
Zamnis
connoît les maux qu'il ne peut éviter;
Si vous méprisez sa tendresse,
Vos yeux, vos si beaux yeux seront cachés sans
cesse
Sous un voile fatal qu'il faudra respecter.
Mais le
moment approche; Amour sois moi propice;
Des fêtes de l'Hymen je vois
l'Ordonnatrice.
|
Scene
2
Zamnis, l'Ordonnatrice,
Choeur d'Indiennes
|
|
Le
Choeur:
Nous célébrons les jours heureux,
La plus flateuse conquête
Couronne vos tendres voeux.
Que vous devez vous plaire à nos chants amoureux
!
L'Ordonnatrice:
Notre art embellit chaque Fête;
Mais comme peindre, dans nos jeux,
Tout le charme des noeuds
Que l'Hymen vous apprête ?
Le
Choeur:
La plus flateuse conquête
Couronne vos tendres voeux.
L'Ordonnatrice:
Almasis en ce jour devient votre partage;
Que votre sort doit vous charmer.
Zamnis:
Je l'aime, je l'obtiens; mais le foible avantage,
Si je ne puis m'en faire aimer !
Son triomphe à mes yeux se retrace sans
cesse:
Le jour
qu'une aimable jeunesse,
Célébroit l'aurore en ces lieux,
La charmante Almasis qui présidoit aux jeux,
Paroît, leve son voile, on crut voir la
Déesse,
Mais plus charmante encor qu'elle n'est dans les Cieux.
Mille Amans empressés de lui paroître
aimables,
A l'envie voloient sur ses pas.
Interdit, enchanté, j'admirois tant d'appas;
J'attirai quelquefois ses regards adorables.
L'Ordonnatrice:
Les transports, les empressemens,
Ne font pas de fidéles guides;
Des regards tendres & timides,
Souvent servent mieux les amans.
Quel autre choix pouvoit-on faire,
Entre tant de rivaux jaloux ?
Almasis va trouver en vous
L'Amant le plus digne de plaire.
Zamnis:
Que je crains ce voile sévére
Qui pourra de ses feux m'annoncer le refus ?
A mon amour si son coeur est contraire,
Non, son hymen pour moi n'est qu'un malheur de plus.
Possede-t'on l'objet qui nous enflâme,
Quand son penchant s'oppose à nos désirs ?
Quel tourment d'affliger une ame
Dont la félicité feroit tous nos plaisirs
!
L'Ordonnatrice:
Rassurez votre tendresse
Par l'espoir d'un sort heureux:
Vous êtes bien amoureux,
Vous étudierez sans cesse,
Les momens d'offrir vos voeux;
L'Amour manque-t'il d'adresse ?
Vous opposerez aux rigueurs,
Des soins flateurs,
Jamais de plaintes:
Vous verrez s'envoler vos craintes,
Et les amours vous couronner de fleurs:
[on
entend une Symphonie]
Almasis
vient.
Zamnis:
Quel trouble je sens nâitre;
En ma faveur tâchez de l'attendrir.
Je n'ose encor la voir; il faudroit en mourir,
Si sa haine éclatoit en me voyant
paroître.
|
Scene
3
Almasis, dans un char, l'Ordonnatrice,
Choeur d'Indiens
|
|
Almasis,
aux Ordonnatrices:
Cessez ces soins offerts,
Cessez ce vain hommage:
Vos jeux & vos concerts
M'annoncent l'esclavage;
J'ignore à qui l'hymen m'engage,
Et je sens l'horreur de mes fers:
Cessez ces soins offerts,
Cessez ce vain hommage.
[l'Ordonnatrice
& sa Suite se retirent]
Je
passois, sans aimer, les plus beaux de mes jours;
L'Amour m'offre Zamnis, mon coeur charmé
s'enflâme,
Que l'Amant qu'il destine à nous plaire toujours
S'empre aisement de notre ame;
Zamnis,
mon cher Zamnis... Ah ! trop flateuse erreur !
S'il étoit mon Epoux, je le verrois
paroître.
Il m'aime, ses regards m'ont peint sa vive ardeur;
Il ne faut qu'un moment pour lire dans un coeur
La tendresse qu'on y fait naître.
Zamnis, mon cher Zamnis... Ah ! trop flateuse erreur !
S'il étoit mon Epoux, je le verrois
paroître.
Apprenons mon destin... Je suis seule... On me
fuit.
[aux
Ordonnatrices qui reparoissent]
Venez
& me livrez au sort qui me poursuit.
Le
Choeur:
Connoissez la douce chaîne
Que l'hymen a faite pour vous;
Ne voyez dans un Epoux
Qu'un esclave amant de sa Reine.
L'Ordonnatrice:
Le seul empire qu'il prétend,
C'est ce doux ascendant
Que donne le bonheur de plaire:
Soyez favorable ou sévére,
Il sera soumis & constant.
Le
Choeur:
Connoissez la douce chaîne
Que l'hymen a faite pour vous:
L'Ordonnatrice:
Ne voyez dans un Epoux
Qu'un esclave amant de sa Reine.
Le
Choeur:
Ne voyez dans un Epoux
Qu'un esclave amant de sa Reine.
|
Scene
4
Zamnis, Almasis, l'Ordonnatrice,
Choeur d'Indiens
|
|
L'Ordonnatrice:
Il vient, l'heureux mortel qui va porter vos
fers.
[Almasis
baisse son voile, l'Ordonnatrice & sa Suite se
retirent]
Zamnis:
Ciel ! Du voile odieux ses beaux yeux sont
couverts.
Almasis,
le voile baissé & se tournant à peine du
côté de Zamnis qui reste a ufond du
Théâtre:
Vous, qui sans consulter mon ame,
Obtenez par l'hymen, l'empire sur mes Voeux.
Connoissez-moi: de la plus vive flâme
Mon coeur brûle en secret depuis nos derniers
jeux;
Ce que j'aime est charmant, je l'aimerai sans cesse.
Oui, si vous n'êtes point, l'objet de ma
tendresse,
Mon coeur sçaura vous en punir;
Vous me verrez de l'une à l'autre aurore,
Vous peindre, avec transport, un Amant que j'adore,
Vivre pour le pleurer, le plaindre vous
haït.
Zamnis:
Ah ! Malheureux Zamnis ! Hélas tu dois
mourir.
Almasis:
Vous le plaignez ? Qui vous a fait connoître
Que Zamnis est l'objet de mes voeux les plus doux
?
Zamnis:
O Ciel !
Almasis:
Cette pitié que vous faites paroître
Adoucit ma peine pour vous.
Zamnis:
Non, non, belle Almasis, à vos yeux pleins de
charmes
Jamais Zamnis ne coutera de larmes;
Oubliez vos regrets, aimez bien tendrement.
Almasis:
Qu'entens-je ?
Zamnis:
Détounez ce voile un seul moment.
[il
se met à genoux]
Almasis,
levant son voile:
Ah ! Zamnis... [elle jette son voile] Oui
c'est vous ! C'est vous Zamnis que j'aime.
Zamnis:
Almasis...
Almasis:
Vous doutiez de ma tendresse extrême ?
Zamnis:
Toujours timide dans mes voeux,
Mais avec le coeur le plus tendre,
Jamais à votre main je n'eusse osé
prétendre,
Sans un secret espoir que j'ai pris dans vos
yeux.
Almasis:
Sans doute un même instant a formé nos doux
noeuds.
Zamnis:
Votre hymen est le prix de ma flâme amoureuse,
En l'obtenant je disois en secret,
Oui, j'aime mieux la perdre & mourir de regret,
Si c'est un autre Amant qui peut la rendre
heureuse.
Almasis:
Eh ! Quel autre que vous auroit pû m'enflâmer
?
Quel autre eut inspiré le penchant qui m'attire ?
Vous connoître, c'est vous aimer;
Vous regarder, c'est vous le dire.
Ensemble:
C'est pour vous que je vivrai,
Destin charmant, douce chaine.
Ah ! que je vous aimerai,
Pour reparer l'erreur qui causa notre peine.
Zamnis:
Esclaves assemblez de mille endroits divers,
Annoncez ce grand jour par vos plus doux
concerts.
|
Scene
5
Zamnis, Almasis, l'Ordonnatrice & sa Suite,
un Indien, Choeur d'Indiens, Troupe d'Esclaves de diverses
Nations
|
|
[il
s'éléve au fond du Théâtre un
Trophe, soutenu par des Génies]
Zamnis:
Célébrez l'ardeur la plus belle;
Que le nom d'Almasis d'éleve jusqu'au cieux:
Brisez vos fers, faites regner les jeux;
Tout doit être heureux auprès
d'elle.
Le
Choeur:
Célébrons l'ardeur, &c.
[on
danse]
L'Ordonnatrice
& un Indien:
Chantons tous à l'envi la faveur des amours,
Elle assemble deux coeurs faits pour s'aimer
toujours.
Le
Choeur:
Chantons tous à l'envi, &c.
L'Ordonnatrice:
Sans langueur, sans inquiétude,
Ils chériront les mêmes loix;
On verra les plaisirs, pour la premiere fois,
Rendus plus doux par l'habitude.
Le
Choeur:
Chantons tous à l'envi, &c.
L'Indien:
Aimons en assurance,
Almasis regne en ces lieux;
Son exemple ses beaux yeux,
Feront triompher la constance.
Le
Choeur:
Son exemple ses beaux yeux,
Feront triompher la constance.
L'Ordonnatrice
& L'Indien:
Chantons tous à l'envi la faveur des
amours.
Le
Choeur:
Chantons tous, &c.
L'Ordonnatrice:
Elle assemble deux coeurs faits pour s'aimer
toujours.
Le
Choeur:
Elle assemble, &c.
[on
danse]
[on
reprend le Choeur: Célébrez l'ardeur la plus
belle, &c.]
|
haut
de page

Ismène
Pastorale
Héroïque
donnée à Versailles en 1747 & 1748,
et pour la première fois au Théâtre de
l'Académie Royale de Musique,
le Vendredi 28 Août 1750
|
|
Les
Paroles sont de Monsieur De Moncrif
La musique
est de Messieurs François Rebel et François
Francoeur, Sur-Intendans de la Musique de la Chambre
du Roi, & Inspecteurs de l'Académie Royale de
Musique.
|
|
les
personnages d'Ismène:
|
les
interprètes:
|
|
|
Ismène,
Nymphe
|
Mlle
Coupée
|
|
Daphnis,
Berger
|
Mr
de Chassé
|
|
Cloé,
Bergere
|
Mlle
Jacquet
|
|
|
|
Choeur
de Bergers & de Bergeres
Troupe de Faunes & de Pastres
|
|
Le
Théâtre représente un Boccage. On voit
dans le fond la Statuë du Dieu Pan, & dans l'un des
côtés un Temple
|
|
Daphnis:
Zéphirs, aimables fleurs, & vous claire
fontaine;
Vous m'avez vû cent fois suivre les pas
d'Ismène ?
Apprenez lui mes feux, qu'ils puissent la
toucher.
Daphnis,
dût-il nourrir une tendresse vaine,
Au penchant de son coeur ne veut point
s'arracher.
Viens,
vole amour, parle toi-même;
Fais triompher l'ardeur dont je suis enflammé;
Si je ne puis me croire aimé,
Je ne dirai jamais que j'aime.
Viens,
vole amour, parle toi-même;
Fais triompher l'ardeur dont je suis enflammé.
Mais je sens que la Dieu m'éclare...
A la
Beauté la plus sevére,
Par un détour ingénieux,
On peut peindre & voiler ses feux;
C'est à la fois, s'expliquer & se
taire.
Ismène
vient, Amour favorise mes soins:
J'attendrai le moment de la voir sans
témoins.
|
Scene
2
Ismène, Cloé, Bergers &
Bergeres
|
|
Cloé:
Votre félicité belle Ismène m'est
chére,
J'aime à voir qu'en ces lieux, tout s'empresse
à vous plaire.
Dans les jeux que pour vous on prend soin de former,
Vos talens enchanteurs vous font mille conquêtes:
Ce fut pour couronner votre art de tout charmer,
Que l'Amour inventa nos fêtes.
Veut-on
offrir, au plus aimable objet,
Les premiers dons que le Printems raméne ?
La Bergere la plus vaine,
Malgré soi, dit en secret:
Ah ! Ce prix est pour Ismène.
Mais nos
jeux en ce jour ne peuvent vous flater ?
Ismène:
Jadis, le Dieu des bois, dans ce lieu solitaire,
Du destin des Amans dévoiloit le mystere,
J'ai besoin de la consulter.
Cloé:
Eh par quel miracle,
Ce divin Oracle,
Rendroit-il votre sort plus doux ?
Le
Choeur:
Qui vous voit vous adore;
Vous nous enchantez tous.
Peut-on
former des voeux encore,
Quand on est belle comme vous.
Cloé:
Qui vous voit, &c.
Le
Choeur:
Qui vous voit, &c.
Cloé:
Le même jour raméne parmi nous,
La fête d'Ismène & de Flore.
Qui
vous voit, &c.
Le
Choeur:
Qui vous voit, &c.
Cloé:
Nos demi-Dieux avec un soin jaloux,
Ont placé votre image au temple de
l'Aurore.
Le
Choeur:
Qui vous voit, &c.
Cloé:
Peut-on former des voeux encore,
Quand on est belle comme vous ?
Le
Choeur:
Qui vous voit vous adore;
Vous nous enchantez tous.
[on
danse]
Ismène:
Dieux des ames,
Quand tes flammes
En secret regnent sur nous:
Quel martyre,
Pour détruire
Un enchantement si doux !
On soupire,
On veut lire,
Dans le coeur de son Amant:
Tant de peine
Ne nous méne
Qu'à l'aimer plus tendrement.
[on
danse]
Cloé:
Vous voulez en ces lieux former des voeux secrets ?
Nous reviendrons bientôt célébrer le
succès.
|
|
Ismène:
O Vous ! Qui nous fites entendre
De l'obscur avenir l'inévitable loi;
A Daphnis, en secret, j'ai destiné ma foi;
Dites-moi si son coeur est tendre;
Mais gardez vous de ma l'apprendre
Qi c'est pour une autre que moi.
Quelque
route que je prenne
Je le rencontre au matin;
S'il est des fleurs dans la plaine,
Il en séme mon chemin:
L'air qui me plait davantage,
Aux Echos de ce bocage
Il le chante tous les jours;
Mais Daphnis, regret extrême ?
Ne m'a point dis: je vous aime:
Non, Daphnis n'a point d'amour.
A la
Fête de l'Aurore
Je quittai bien-tôt les jeux:
Il dansa, dit-on, encore;
Mais l'ennui peint dans les yeux:
Il suivit bien-tôt mes traces;
Je fus au Temple des Graces,
Il parut dans le moment.
Mais Daphnis, regret extrême ?
Ne me dit point: je vous aime:
Non, Daphnis n'est point amant.
On vient.
Ah ! C'est lui-même.
|
|
Ismène:
Quel dessein vous attire en ce bois écarté
?
Daphnis:
J'y viens rêver en liberté.
Ismène:
Vous ! Rêver ?
Daphnis:
Je formois d'agréables chiméres:
C'est ma seule félicité.
Ismène:
Quoi ! Des erreurs vous sont elles si cheres ?
Votre
bonheur fera peu de jalaoux;
Comment peut-on céder au charme des mensonges ?
C'est fuir des biens cent fois plus doux,
Pour s'agarer avec les songes.
L'erreur
qui séduit
Aisément s'envole;
Le réveil détruit
Un bien si frivole.
Votre
bonheur, &c.
Daphnis:
J'imaginois une Beauté
Par un jeune Berger suivie:
Lisis... c'est le Berger, la Nymphe, c'est
Zélie.
Mais quoi
ce récit inventé
Peut-être déja vous ennuie ?
Ismène:
La peinture des tourmens;
Ou du bonheur des amans,
N'est jamais indifférente:
Sont-ils dans l'attente
D'un destin heureux,
Avec eux,
On s'impatiente.
Oui vous
m'interessez, Daphnis,
Parlez... Hé bien, Lisis ?...
Daphnis:
Il éleve un autel où la reine des roses
Régnoit sur mille fleurs nouvellement
écloses;
A sa voix d'une Lyre unissant les doux sons,
Des charmes de Zélie il célébroit
l'empire.
Ismène:
N'auriez-vous point retenu ses chansons ?
Daphnis:
Sans peine je puis les redire.
Traçons
d'une Venus nouvelle
L'heureux tableau:
A mesure qu'il est fidele,
Il est plus beau:
Quand il enchante, on ne peut craindre
Qu'il soit flaté;
A peine l'art va jusqu'à peindre
La vérité.
Ismène:
Il cessa de chanter ? Ah Daphnis quel dommage !
Daphnis:
So la Chanson vous plaît, il chanta
davantage.
Celui qui
bravant l'esclavage
A pû la voir;
Au doux penchant qui vous attire
En l'écoutant;
On croit seulement qu'on admire;
On est Amant.
Ismène:
Le portrait est charmant... Consentez je vous prie
Que la Nymphe l'ait entendu.
Daphnis:
Sans doute le Berger avoit joint sa Zélie.
Ismène:
Je crois imaginer ce qu'elle a répondu:
"Quand il
seroit sincere
"Ce portrait enchanteur;
"D'une fidele ardeur
"Cette preuve est légere."
Ah !
Demandez à plus d'une Bergere,
Un éloge flateur
Est moins souvent le gage du coeur,
Qu'un art trompeur de plaire.
Daphnis:
"Non, s'écria Lisis, quelle injustice, ô Dieux
!
"Quand c'est vous qu'on adore;
"Et tout l'amour qu'ils font éclore ?
"Quand c'est vous qu'on adore,
"L'Amant qui l'exprime le mieux,
"Le sent mille fois mieux encore.
"Mais Lisis connoît trop qu'il doit fuir vos
attraits"
Ismène:
Lisis fuiroit Zélie ? Hé ! Quel dépit
l'inspire ?
Daphnis:
Il prouve son amour par mille soins discrets;
Et douter c'est lui dire,
Je ne vous aimerai jamais...
Vous
n'imaginez plus ce que la Nymphe pense ?
Ismène:
Je la crois interdite... Et consultant son coeur.
Daphnis:
Et ce coeur, il n'a donc que de l'indifférence
?
Ismène:
Peut-être du Berger il accuse l'erreur.
Daphnis:
Quoi; l'erreur ! Que ce mot pour Lisis a de charmes ?
Un espoir enchanteur adoucit les allarmes.
[Daphnis
aux genous d'Ismène]
Il tombe
à ses genoux ! Ah ? connoissez mes feux...
[les
Bergers paroissent]
Ciel ! On
vient.
Ismène:
Achevez.
Daphnis:
On annonca des jeux.
Lisis désespéré fut contraint de se
taire...
Hé ? Que pensoit Zélie en ce moment
fâcheur ?
Ismène:
Elle partageoit sa colere.
[on
danse]
|
Scene
5
Ismène, Daphnis, Cloé,
Bergers & Bergeres, Troupes de Faunes & de
Pastres
|
|
Cloé:
L'Oracle at-'il parlé ! Sans doute dans ce jour
Les destin à vos voeux n'oppose point d'obstacles
?
Ismène:
Je n'ai consulté que l'Amour
C'est le plus charmant des Oracles.
Daphnis,
je vous choisis, vous êtes mon vainqueur.
Maus que dis je choisir, j'obéis à mon
coeur,
Oui Daphnis, je vous aime.
Daphnis:
Aveu charmant ! Félicité suprême:
Un seul mot a rempli les voeux que je formois.
Ismène:
Depuis long-tems je vous aimois.
Daphnis:
Dans votre coeur je n'osois lire.
Ismène:
Depuis long-tems je vous aimois,
Qu'il me tardoit de vous le dire !
Ensemble:
Du tendre amour j'ignorois le pouvoir
Ce Dieu triomphe dans mon ame.
Ah ! Que j'aime à vous devoir
Le doux transport qui m'enflamme.
Ismène:
Amours Plaisirs & Jeux,
Regnez troupe riante,
Que tout chante
Dans ces lieux.
Amours,
&c.
[on
danse]
Cloé:
Que tout chante
Dans ces lieux.
Ismène est charmante.
Daphnis est heureux.
Le
Choeur:
Que tout chante, &c.
[on
danse]
Daphnis:
Vous qui voulez charmer
Voici tout le mystere:
songez moins à plaire,
Qu'à bien aimer.
Amant
D'un objet charmant,
Sa seule présence
Payoit mon tourment:
Perdant avec constance
Les soins que j'offrois,
Du moins je l'adorois.
Vous
qui voulez charmer, &c.
Belle
Ismène
Quelle chaine
Sort plein d'attraits:
Heureux désormais
Nos jours vont couler en paix.
Vous
qui voulez charmer, &c.
[on
danse]
|
haut
de page

Linus
Pastorale
Héroïque
remis au Théâtre de l'Académie Royale de
Musique,
le Vendredi 28 Août 1750
|
|
Les
Paroles sont de Monsieur De Moncrif
La Musique
est de M ****
|
|
Sujet
Linus
selon la Fable est fils d'Apollon. L'Egypte servit d'asile
aux Dieux; c'est tout ce qui est emprunté dans la
composition de cet Acte. Tout le reste est de l'invention du
Poëte. Les argumentations qu'il y a faites sont
considérables: le sujet n'étant pas
traité avec assez d'étenduë lorsque ce
même Acte ajouté à l'Empire de l'Amour a
été remis au Théâtre le 25 Mai
1741.
|
|
les
personnages de Linus:
|
les
interprètes:
|
|
|
Linus
|
Mr
Jeliotte
|
|
Isénide,
fille d'Aménophis, Roi d'Egypte
|
Mlle
Chevalier
|
|
Doris,
Egyptienne
|
Mlle
Du Péray
|
|
Une Autre
Egyptienne
|
Mlle
Le Miére
|
|
Premier
Egyptien
|
Mr
Poirier
|
|
Deuxième
Egyptien
|
Mr
Le Page
|
|
|
|
|
Egyptiens
& Egyptiennes
|
|
Le
Théâtre représente d'un
côté, le Palais d'Aménophis: l'autre
face est ornée de différens Edifices; Arcs de
Triomphe, Piramides, &c. Le fond est un Temple de
verdure élevé dans le lieuoù les Dieux
se retirerent, quand ils quitterent le Ciel, poursuivis par
les Géants. On voit entre les Portiques, les Statues
de ces Divinités.
|
|
Linus:
Peut-on être heureux quand on aime,
Si l'on n'est aimé pour soi-même ?
Non, Linus tu ne dois consulter que l'Amour,
A l'Egypte cachons encore
Qu'Apollon m'adonné le jour,
Le Roi sçait mon secret, la Princesse l'ignore:
Que dans le coeur de cet objet charmant
Le seul Amour favorise l'Amant.
Peut-on être heureux quand on aime,
Si l'on n'est aimé pour soi-même ?
Des jeux
sont ordonnés;
Memphis va célébrer ces jours si fortunes,
Où les Dieux habotoient ce séjour
solitaire:
Dans ces jeux, tout mortel peut au gré de ses
voeux,
Se choisir un Dieu tutélaire:
La Princesse y préside, au choix qu'elle va faire
Je pourrai découvrir le destin de mes
feux.
Elle
vient; attendons les plaisirs qu'on apprête
Pour m'offrir à ses yeux.
Allons presser l'instant de commencer la
Fête.
|
|
Doris:
Princesse vous laissez échaper des soupirs ?
Adorée en Egypte où regne votre Pere,
Tout vous rit, tout cherche à vous plaire.
Quels sont vos secrets déplaisirs ?
Dans d'aiutres Cours on rend hommage
Au souverain pouvoir;
Ici, le zéle est l'ouvrage
Du charme qu'on trouve à vous voir.
Isénide:
Linus... Non, non, je ne veux plus l'entendre.
Hélas ! Ils étoient inconnus
Les dons que sur Linus le Ciel daigna
répandre.
Doris:
Vous ne m'écoutez pas & parlez de Linus ?
Hé bien daignez apprendre
Par quels charmes secrets,
Il attache à ses pas tous vos heureux
sujets.
Quand sa
Lyre & sa voix, par les Graces guidées,
Exercent leur pouvoir sur nous;
Il fait naître dans l'ame un sentiment si doux;
Il présente à l'esprit tant d'aimables
idées;
Qu'on diroit qu'il parle de vous.
Isénide:
Non, non, pour tout séduire
Sa voix, ses seuls accents ne sont que trop puissans.
Quelquefois quand l'Amour veut qu'un coeur fier soupire,
L'Esprit & la Beauté, malgré tout leur
empire,
N'offrent que des secours sans pouvoir, ou trop lents:
Quand des chants amoureux viennent ravir les sens,
La Raison s'abandonne à ce tendre délire,
L'Amour, pour triompher de tout ce qui respire,
L'Ingénieux Amour inventa les talens.
Doris:
Vous ne me causez plus d'allarmes
Si c'est l'Amour qui vous fait soupirer;
Non, non, le sort qu'il doit vous préparer
Nous est annoncé par vos charmes.
Isénide:
J'aime, il est vrai, je l'aime ! & mon cruel
tourment
C'est qu'en vain dans mon coeur je combats mon Amant.
Ce langage enchanteur qu'accompagne sa Lyre,
Est dans Linus un art de tout charmer;
Chante-t'il le plaisir d'aimer;
Ce qu'il exprime il vous l'inspire,
S'il vous peint les Zéphirs flateurs,
Parcourant nos plaines riantes;
Ses sons semblent voler sur leurs aîles
brillantes,
Caresser, embellir, & conserver les fleurs.
Doris:
Je ne demande point si Linus vous adore.
Isénide:
Je fais tous mes efforts pour en douter encore.
Ce Mortel, cet Enchanteur,
Est né dans un rang vulgaire.
Faut-il qu'une loi sévére
S'oppose à ma tendre ardeur ?
Tout l'éclat de sa grandeur
Vaut-il le don de plaire ?
Doris:
Il vient...
Isénide:
Ah ! Cachons bien le trouble de mon coeur.
|
Scene
3
Linus, Isénide, Doris
|
|
Linus:
Princesse pour la fête un grand peuple s'avance;
Déja du haut des Cieux,
La plus douce espérance
Descend dans tous les coeurs, brille dans tous les yeux:
Chacun, par votre main, voit avec confiance,
Son encens d'élever jusqu'au trône des
Dieux...
Me sera-t'il permis d'implorer la puissance
D'une Divinité, l'objet de tous mes voeux
?
Isénide;
Linus, de ce grand jour je respecte l'usage:
Tout mortel à mes yeux peut joindre son hommage,
Célébrez les Dieux avec nous:
Qui peut mieux les chanter que vous ?
Ils vous ont appris leur langage ?
Linus:
Que j'aime à les chanter ? ils vous cherissent
tous.
Quand
c'est Venus que votre main encense
Une tendre reconnoissance
Peut seule vous animer;
Quels sons encor en pourriez vous attendre ?
Avec tant de graces à rendre,
On n'a plus de voeux à former.
Isénide:
Est il quelque mortel qui ne craigne ou n'espere ?
Puissent être exaucés tous les voeux qu'on va
faire.
Linus:
Qu'un Temple où vous présidez,
Doit inspirer la zéle !
La ferveur sera fidele,
Les sermens toujours gardés;
Mais on pourra douter sans cesse,
Si l'encens présenté
S'adresse à la Divinité
Ou s'offre à la Prêtresse:
Isénide:
Allez presser les Jeux... Je l'ai trop
écouté.
|
|
Isénide:
Quel danger d'avoir un coeur tendre !
Mais, quelle source de plaisir !
Contre un penchant trop doux cherchant à me
déffendre,
La peine que je sens ne sçauroit se comprendre:
Qu'à mes regards Linus vienne s'offrir,
La douceur de le voir, le plaisirs de l'entendre,
Payent cent fois les maux qu'il m'a fallu souffrir:
Quel danger d'avoir un coeur tendre !
Mais, quelle source de plaisir !
Que
dis-je, ô Ciel ! quelle est mon
espérance...
Rompons, brisons des noeuds dont ma gloire
s'offence.
Oui, sans
oser le déclarer,
C'est toi cruel amour que je vais implorer
Pour arracher mon coeur à ta puissance...
Triste partage hélas ! de n'oser désirer
D'autre bien que l'indifférence.
|
Scene
5
Isénide, Linus, Doris,
Choeur d'Egyptiens
|
|
[
on porte un Autel]
Isénide:
Declarons par nos chants, nos voeux les plus secrets,
Les Dieux daigneront les entendre;
Qu'ils versent leurs plus doux bienfaits
Sur les lieux où jadis on les a vû
descendre.
Le
Choeur:
Declarons par nos chants, &c.
Isénide,
tenant un vase qui sert aux sacrifices & s'approchant de
l'Autel:
Il est une Divinité
A qui s'adresse cette offrande;
De sa faveur on est flaté,
C'est son oubli que je demande.
[elle
verse des parfums sur l'Autel]
Linus,
à part:
Qu'ai-je entendu ! l'Amour est ce Dieu redouté
?
Isénide:
Jours annoncés par la belle aurore;
Charmant ramage des oiseaux;
Riantes fleurs qu'on voir éclore;
Concerts de nos Bergers dansans sous les ormeaux;
Paisibles bois, douce habitude
D'aimer le bruit des eaux, la fraicheur des
Zéphirs;
Plaisirs exempts d'inquiétude
Soyez toujours une uniques plaisirs.
[elle
entoure l'Autel de guirlandes]
Linus,
à part:
Tant de crainte d'aimer annonce un coeur sensible;
Dévoilons son secret, Amour, s'il est
possible:
[il
s'approche de l'Autel]
J'adresse
mon encens au Dieu de l'Univers:
Et ce n'est pas le Dieu dont le tonnerre gronde,
Ni celui qui du fond d'une grtte profonde,
Peut déchaîner les vents, & soulever les
mers.
J'adore un Dieu charmant: par sa bonté
féconde,
Les plaisirs les plus chers entourent ses Autels;
Il a placé son trône au séjour des
mortels...
Et dans les plus beaux yeux du monde...
Isénide:
O destin ! O grands Dieux ! du moins accordez-vous:
Eh ! Pourquoi des Mortels éprouver la foiblesse ?
Faut-il qu'un bien charmant vienne s'offrir à
nous;
quand notre sort hélas ! Est de la fuir sans cesse
?
Linus:
Par un pouvoir divin je me sens éclairer...
Il semble de mes yeux écarter un nuage;...
Ah ! Princesse... Ecoutez... Ce qu'il va
m'inspirer...
Combien
votre plainte outrage;
Un Dieu votre ferme appui ?
C'est son plus parfait ouvrage;
Qui s'éleve contre lui !
Il vaincra tous les obstacles,
Pour semer tous vos pas de fleurs;
Ah ! Croyez-en ses Oracles,
Vous les gravez dans tous les coeurs.
Isénide:
Linus sçait mes destins ! Quel Dieu les lui
révele ?
Linus:
Le Dieu qu'on vous déclare avec le plus de
zéle
Par ses soupirs qu'on cherche à vous cacher;
Le Dieu qui vous forma si belle,
Pour excuser l'aveu qu'il vient de m'arracher.
Isénide:
Linus, de quelq secrets osez-vous donc m'instruire
?
Linus:
C'est le sort des Mortels d'adorer vos beaux yeux.
Mais le charme de vous le dire,
N'est réservé qu'au sang des Dieux.
J'ai
reçu d'Apollon le jour que je respire.
Le Roi connoît mon rang, il veut combler mes
voeux.
Isénide,
embrassant l'Autel:
Amour, Amour ! Divinité suprême.
Linus:
Approuvez-vous l'ardeur extrême...
Du plus pur, du plus tendre feu ?
Isénide:
En pouvez-vous douter, j'implore votre Dieu
Aussi tendrement que vous-même.
Ensemble:
L'univers te doit des Autels
Régne Divinité suprême.
Vole Amour, descens, vien toi-même,
Triomphe de tous les Mortels.
[on
danse]
Doris
& un Egyptien:
[l'Egyptien] Loin de vous tous mes jours
Duroient toujours.
[Doris]
Je disois aux Zéphirs
Portez lui mes soupirs.
[l'Egyptien]
Mon aimable Doris.
[Doris] Mon cher Daphnis.
[l4egyptien] Que de biens j'ai perdus.
Ensemble:
O destin ! Ne nous separez plus.
[l'Egyptien]
Se voir à tout moment.
[Doris] Est un enchantement.
Ensemble:
Mais dans le tourment
Où l'absence nous livre
Est-ce vivre.
[l'Egyptien]
Loin de vous, &c.
[on
danse]
Une
Egyptienne:
Qu'un noeud plus doux
A mon Amant me lie,
Il est jaloux,
Quelle folie,
Quand il me peint
L'inconstance qu'il craint,
Que sert ce soin qu'à me faire songer
Qu'enfin on peut changer.
[on
danse]
Isénide:
Amour tout sert ton empire,
Les talens, les arts les jeux;
Tout travaille tout conspire,
Au triomphe de tes feux.
D'aimer
j'osois me défendre,
J'entens Linus chanter les loix:
Dieu charmant il faut se rendre,
Quand tu nous parles par sa voix.
Amour
tout sert, &c.
[on
danse]
Un
Egyptien:
O Bachus, reçoi mon hommage,
Regne, vien me saisir;
Ah ! le doux esclavage,
Où la constance est l'ame du plaisir !
Le
Choeur:
O Bachus, reçoi mon hommage,
Regne, vien me saisir;
Ah ! le doux esclavage,
Où la constance est l'ame du plaisir.
L'Egyptien:
Quel bonheur ce Dieu nous partage,
Quels biens ! Le charmen d'en jouir,
Nous les fait cherir davantage.
Le
Choeur:
O Bachus, &c.
L'Egyptien:
Du soir jusqu'à l'aurore,
Venez heureux mortels:
Bachus à qui l'implore,
Soûrit sur ses Autels.
Le
Choeur:
O Bachus, &c.
[on
danse]
Linus:
Honorez Apollon, c'est un des plus grands Dieux.
Les jeux suivent son char, les plaisirs l'environnent,
Animez vos concerts; elevez jusqu'aux cieux,
Les lauriers si flateurs dont ses mains vous
couronnent:
Mais pour
consacrer ses bienfaits,
Chantez, chantez l'Amour, annoncez sa victoire:
Peignez le charme de ses traits.
Célébrez à jamais sa gloire.
[on
danse]
|
haut
de page