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Les Festes Grecques & Romaines
Ballet héroïque en un Prologue & III Entrées
Livret de Jean-Louis Fuzelier
musique de: Colin de Blamont



Prologue
Entrée I
Entrée II
Entrée III

PROLOGUE

les personnages du Prologue:

les interprètes de l'époque:

Apollon

Mr Thevenard

Clio, Muse de l'Histoire

Mlle Lemaure

Erato, Muse de la Musique

Mlle Antier

Terpsicore, Muse de la Danse

Eleves d'Erato chantans
Eleves de Terpsicore dansans

La Scene est dans le Temple de la Memoire


Le Théatre represente au fonds le Temple de la Memoire orné de Statuës des grands Hommes & d'Inscriptions à leur loüange. On y arrive par une grande & magnifique Place décorée dans le même goût. Les Eleves d'Erato s'y trouvent rassemblez par l'ordre d'Apollon pour seconder les desseins de la Muse de l'Histoire

Clio, aux Eleves d'Erato:
O vous qui consacrez votre aimable genie
A la Muse de l'Harmonie,
Répondez à mes voeux, secondez mes efforts.
Apollon vous a rassemblé au Temple de Memoire,
Pour les Heros signalez dans l'Histoire
Je vous demande des accords.
Des Guerriers fabuleux c'est trop chanter la Gloire,
Hâtez-vous d'éprouver de plus nobles transports.

[à Erato]

Quoi Muse équitable & sincere
Qui défendez de l'injuste tems
Les solides Vertus, les Exploits éclatans,
La vérité qui vous éclaire
Voudra-t'elle souffrir nos Jeux ?
Je crains son flambeau rigoureux.

La Vérité n'est pas toujours si redoutable;
L'Histoire aussi bien que la Fable
Peut fournir à vos chants des Heros amoureux.
Il n'est pas un Vainqueur qui ne soit Tributaire
Du doux Empire de Cythere.

[à Erato]

Les plus inflexibles Guerriers
Ont ressenti les tendres Peines:
Amour, sous leurs Lauriers
On apperçoit tes chaines.

Erato, à sa Suite:
Soûtenez un choix glorieux,
Vous que chérit la Seine & que le Tibre admire.
Vous enchantez par votre Lyre
Et les Palais des Rois & les Temples des Dieux.
En celebrant l'Amour vous lui donnez des armes;
Il triomphe quand vous brillez.
Les Rossignols au Printems rassemblez
Ne chantent pas plus tendrement ses charmes.
En celebrant l'Amour vous lui donnez des armes;
Il triomphe quand vous brillez.

Le Choeur des Elevesd'Erato:
Regnez dans nos Fêtes nouvelles
Regnez Amour, chanrmans Vainqueurs,
Venez y verser les douceurs
Qui font le Prix des coeurs fidelles.

[Apollon arrive seul à la fin du Choeur]

Clio:
Apollon vien ici, quel honneur pour nos Jeux !
Rien ne manque plus à nos voeux.

Apollon:
Pour les favoriser je quitte le Permesse,
Instruit de vos projets, j'en veux être témoin;
Je préside à vos Jeux, leur gloire m'interesse,
Et c'est à moi d'en prendre soin;
Vous allez exposer sur la Lyrique Scene
Des Heros l'ornement & de Rome & d'Athene.

Non, ce n'est pas assés de vos charmants concerts,
Une Muse vous manque encore.
Croyez-vous réunir les suffrages divers
Sans le secours de Terpsicore ?

C'est en vain qu'aujourd'hui des chants mélodieux
Sur la Scene appellent les Graces:
Si la Danse n'amuse & ne charme les yeux
L'ennui fuit les Plaisirs & vole sur leurs traces.

Erato:
Cessez de nous vanter Terpsicore & ses pas,
Nous connoissons tous ses appas.

[on entend un Prélude qui annonce Terpsicore]

Apollon:
Je l'entens, profitez, Muses de sa présence.

Erato:
Je remplirai votre espérance.

[Terpsicore arrive à la teste de tous ses Eleves differement habillez & caracterisez]

Apollon:
Terpsicore, regnez, prêtez-leur vos attraits.

Erato:
De mes chants marquez la cadance.

Erato, Apollon & Clio:
Charmante Muse de la Danse
Les Jeux que vous ornez triomphent à jamais.

[on danse]

Apollon:
Retracez aujourd'hui les plus aimables Fêtes
Qui des Vainqueurs du monde amusoient les desirs:
La grandeur ordonnoit leurs Jeux & leurs Conquêtes;
L'Univers admiroit leur gloire & leurs plaisirs.

Le Choeur des Eleves de Terpsicore & d'Erato:
A des emplois nouveaux, Apollon vous appelle,
Ranimons nos pas & nos voix,
Et marquons votre zele
Au Dieu qui nous donne des Loix.

[Erato & Apollon célébrent les loüanges de Terpsicore dans une Cantate, & la Muse de la Danse en exprime les Simphonies & les Chants variez, par ses pas & ses attitudes]

Erato & Apollon:
Quelle danse vive & legere !
Les Jeux les Rix vous suivent tous:
Muse brillante, auprés de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.

Erato:
Vous peingez à nos yeux les transports des Amans.
Les tendres soins, la flateuse esperance,
Le Desespoir jaloux, la cruelle Vangeance;
Tous vos pas sont des sentiments.

Apollon:
Zéphire vole sur vos traces
Plus vif que dans les plus beaux jours:
Vos pas enviez par les Graces
Sont appaludis par les Amours.

Quelle danse vive & legere !
Les Jeux les Rix vous suivent tous:
Muse brillante, auprés de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.

Le Choeur:
Muse brillante, auprés de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.

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PREMIE'RE ENTRE'E
Les Jeux Olympiques

les personnages du Ballet:

les interprètes de l'époque:

Alcibiade, Vainqueur de la Course des Chars, Amant d'Aspasie

Mr Thevenard

Timée, Aimée d'Agis, Roi de Sparte, & Amoureuse d'Alcibiade

Mlle Lemaure

Aspasie, Belle Grecque nommée pour distribuer les Prix aux Vainqueurs des Jeux

Mlle Ermans

Amintas, Confident d'Alcibiade

Mlle Tribou

Zélinde, Confidente de Timée

Mlle Constance

Vainqueurs de la Lutte, du Disque, du Ceste & du Saut
Spectateurs des Jeux

La Scene est dans l'Elite prés du Temple de Jupiter Olympien


Le Théatre represente au fond, le Temple de Jupiter Olympien, & au devant, une Avenuë d'Arbres entremêlés près du Temple de Statuës Equestres des Vainqueurs des Jeux: & plus loin des Groupes, exprimans les Travaux d'Hercule, Instituteur des Jeux Olympiques


Scene premiere
Timée

Timée, seule:
Dois-tu, cruel Amour, te servir d'un volage,
Pour te soumettre un tendre coeur ?
Mes yeux ne regnent plus sur l'objet qui m'engage;
L'infidele éteint son ardeur
Dés qu'il sçait que je la partage;
Dois-tu, cruel Amour, te servir d'un volage,
Pour te soumettre un tendre coeur ?


Scene 2
Timée, Zélide

Zélide:
Tandis que près d'ici la Grece rassemblée
Applaudit au Vainqueur des Jeux,
Tandis que tout comble vos voeux
Vous fuyez les plaisirs, vous paroissés troublée...

Timée:
Ah ! que mon sort est rigoureux !

Pour jouir d'un moment tranquille
J'errois seule dans ce séjour:
Je cherche en vain la paix dans cet auguste azile,
Hélas ! les tendres coeurs trouvent par tout l'Amour.

Zélide:
Vous soupirez ! votre chagrin m'étonne:
De Sparte où les Vertus regnent avec les Rois
Agis vous offre la Couronne,
Vous pouvez faire encore un plus illustre choix,
Le plus charmant Héros à vos fers s'abandonne,
Le coeur d'Alcibiade...

Timée:
Il n'est plus sous mes Loix.
Apprens mon sort; conçois ma juste jalousie:
Mon amour, mes soupirs, mes soins sont superflus;
Alcibiade aime Aspasie,
L'Inconstant ne changera plus.

Zélide:
Quoi, vous ne seriez plus aimée !
Je n'ai point apperçu ce fatal changement.

Timée:
Il n'a pu tromper un moment
Les regards de Timée.

J'aime trop mon Amant, hélas !
Pour ignorer son inconstance.
Le tendre amour ne s'aperçoit-il pas
De tout ce qui détruit sa plus chere esperance ?
J'aime trop mon Amant, hélas !
Pour ignorer son inconstance.

[Timée apperçoit de loin Alcibiade entre les Arbres]

Il vient. Quels doux transports paroissent l'agiter ?
Ecoutons ses discours; ce lieu nous est propice.

Zélide:
Il est dangereux d'écouter
Les secrets d'un coeur infidelle.
On risque d'en sçavoir quelqu'offence nouvelle,
De son crime il vaut mieux douter:
Il est dangereux d'écouter
Les secrets d'un coeur infidelle.

Timée:
Viens. A l'Amour jaloux je ne puis resister.

[Timée emmene Zélide, & va se cacher derriere les Statuës]


Scene 3
Alcibiade, Amintas, Timée & Zélide, cachées

Amintas:
Dans vos yeux satisfaits on lit la Victoire.
Vous avez de nos Jeux remporté tout l'honneur.

Alcibiade:
Tu ne vois que ma gloire
Apprens les plaisirs de mon coeur.
La charmante Aspasie
Par les Grecs vient d'être choisie
Pour me livrer le prix ordonné par nos Jeux,
Et son coeur en secret est sensible à mes feux.

Tous mes voeux sont remplis: la beauté qui m'enchante
Va me couronner dans ce jour:
La Couronne la plus brillante
S'embellit en passant par les mains de l'Amour.

Amintas:
Quoi vous êtes déja dans des chaines nouvelles ?
Aspasie est sensible à vos feux infidelles !

Alcibiade:
L'Amour nous a tous deux frappre des mêmes coups.

Sous les Ombres du mystere
Nous trompons les yeux jaloux:
Contens d'aimer & de plaire,
Nous cachons des feux si doux
Sous les ombres du mystere.

Amintas:
Je le vois: vous voulez écouter la colere
De l'objet que trahit votre légereté:
Se peut-il qu'un Heros que la Raison éclaire
Suivre toujours la nouveauté ?

Alcibiade:
Mon coeur fait pour l'independance
Neglige la fidelité:
Et je trouve dans l'inconstance
L'image de la Liberté.

Amintas:
Changer d'amour est changer d'esclavage;
L'inconstant ne peut être dans ses desirs:
Un coeur qui de ses noeuds si souvent se dégage
Prouve qu'ils ne sont pas formez par les plaisirs.

Alcibiade:
Notre coeur doit changer sans cesse
Pour n'avoir que de doux momens:
Les premiers jours de la Tendresse
En sont les jours les plus charmans.

Amintas:
L'Amour vous punira d'une erreur qui l'offence.

Alcibiade:
En servant son pouvoir craindrois-je sa vangeance ?

Plus d'une Beauté chaque jour
PAr un volage est asservie:
Un fidel Amant dans sa vie
Ne soulet qu'un coeur à l'Amour.

Amintas:
Peut-on si hautement se declarer volage ?
Doit-on soupirer en tous lieux ?

Alcibiade:
De la Divinité l'encens est le partage;
Les soupirs sont l'hommage
Qu'exigent de beaux yeux.
Gardons-nous de former des chaines éternelles;
On doit encenser tous les Dieux;
On doit aimer toutes les Belles.

Amintas:
Ainsi vous trahissez la flâme & les appas
D'une fidelle Amante ?

Alcibiade:
En voyant l'objet qui m'enchante
Quelle ardeur, quels attraits ne trahiroit-on pas ?


Scene 4
Alcibiade, Amintas, Timée, Zélide

Timée:
Ah ! c'en est trop, perfide, arrête...
Est-ce donc là le sort que l'Elide m'apprête ?
Je ressens à la fois l'Amour & la Fureur...
Eh ! quoi, n'ai-je plus d'esperance ?
Cruel, rens moi ton coeur
Ou mon indifference.
Mais non, rien ne pourroit , hélas ! me dégager;
Reviens; l'Amour constant prés de moi te rappelle.
Tu ne rougis pas de changer,
Change encore une fois pour devenir fidelle.

Alcibiade:
Ne me montrez que du courroux;
Je ne puis calmer vos allarmes:
Oubliez un volage, attendez de vos charmes
Un Amant plus digne de vous:
Je ne mérite plus vos soupirs & vos larmes...

Timée:
Les as-tu jamais méritez ?
Ingrat, crains mes feux irritez.
Ma douleur te sera fatale:
Ma vangeance bientôt éclairant ma Rivale
L'instruira de quel prix est ton perfide coeur,
Je la verrai rougir de sa victoire...

Alcibiade:
Un Amante croit peu sa Rivale en fureur:
Dans un coeur enflâmé l'Amour seul se fait croire.

Calmez ce dépit éclatant:
Votre courroux m'est favorable:
Plus on se plaint d'un inconstant,
Plus on le fait paroître aimable.

Timée:
Cruel ! c'en est donc fait ? sans regret, sans remords,
Vous vous livrez à l'inconstance ?
Ah ! du moins suspendez mes funestes transports;
Deguisez un moment l'excès de votre offence...
Alcibiade... hélas !... vous gardez le silence...
Vous fuyez mes regards...

[on entend un bruit de Trompettes, qui annoncent le Triomphe d'Alcibiade]

Mais on vient, justes Dieux !
C'est ici que l'on doit couronner ton adresse:
Dérobons ma honte à la Grece,
Hâtons-nous d'éviter un spectacle odieux.
C'est trop long-tems pour un perfide
Refuser les voeux d'un grand Roi;
Ingrat, je vole à Sparte en sortant de l'Elide;
Agis aura ma main s'il me vange de toi.


Scene 5
Alcibiade, Amintas, Aspasie
Grecs spectateurs des Jeux, Athletes de la Lutte, du Ceste, de la Course, du Disque & du Saut

Le Triomphe d'Alcibiade

Le Choeur:
Vous avez dans nos yeux remporté la Victoire.
Que ce Triomphe est beau ! qu'il est digne de vous !
Les plus grands Dieux en ont été jaloux:
Leur gloire & leur exemple augmentent votre gloire.

[Aspasie arrive, accompagnée d'une Troupe aimable de jeunes Grecques qui la suivent en dansant; elle présente à Alcibiade une Couronne d'Olivier, Prix consacré aux Vainqueurs des Jeux Olympiques]

Aspasie:
Triomphez, recevre l'honneur
Que vous accorde la Victoire.
Aspasie en ce jour vient acquiter la gloire
De ce qu'elle doit au Vainqueur.
Triomphez, recevre l'honneur
Que vous accorde la Victoire.

Alcibiade:
Dans cette heurex instant tout l'excés de ma gloire
N'est bien connu que de mon coeur:
Quand vous couronnez un Vainqueur
Il vous doit plus qu'à la Victoire.

[Danse des Athletes de la Lute]

Aspasie:
Amans, que le mystere amaene dans nos Fêtes
Vous laissez l'éclat aux Guerriers.
Plus l'Amour cache ses Conquêtes
Plus il mérite de Lauriers.
Les Plaisirs ignorez sont votre doux partage,
Et vous ne confiez qu'à vous votre bonheur:
Il ne vous faut jamais qu'un unique suffrage,
C'est celui de l'objet qui charme votre coeur.
Amans, que le mystere amaene dans nos Fêtes
Vous laissez l'éclat aux Guerriers.
Plus l'Amour cache ses Conquêtes
Plus il mérite de Lauriers.

[Danse des Athletes de la Course]

Une Grecque:
Les prix que la Gloire présente
N'attirent pas tous les coeurs dans sa Cour.
Il en est que conduit une plus douce attente;
L'Univers doit souvent ses Heros à l'Amour.

[on danse]

Aspasie:
Eclatez brillantes Trompettes,
Clebrez le Vainqueur, qu'il triomphe à jamais.
Faisons retentir ces Retraittes,
Des Concerts de Bellone, & des Chants de la Paix.

[le Choeur repete ces quatre vers]

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SECONDE ENTRE'E:
Les Baccanales

les personnages du Ballet les Baccanales:

les interprètes de l'époque:

Marc-Antoine

Mr Thevenard

Eros, Affranchi de Marc Antoine

Mr Grenet

Cleopatre, Reine d'Egypte

Mlle Antier

Egyptiens & Egyptiennes en Amours & en Graces
Egyptiens & Egyptiennes en Egypans & Baccantes
Soldats Romains

La Scene est dans le Camp des Romains sur les Bords du Fleuve Cydnus dans la Cilicie


Scene premiere
Antoine, Eros

Eros:
Seigneur, vous méditiez une illustre Conquête,
Et vous allire punir les Parthes inconstans,
Sur les Bords du Cydnus, quel projet vous arrête ?

Antoine:
C'est Cleopatre que j'attens.
Mon ordre appelle ici cette Reine infidelle;
Elle a servi Brutus & sa haine rebelle,
Les Romains en sont mécontens.

Eros:
Verrez-vous sans péril cette Reine charmante ?

Antoine:
Non, ne crains pas que j'augmente
Ses Triomphes éclatans.

Mon coeur est conduit par la Gloire,
L'Amour pourroit-il l'égarer ?
Sur les traces de la Victoire
Quels appas puis-je rencontrer
Qui l'effacent de ma memoire ?
Mon coeur est conduit par la Gloire,
L'Amour pourroit-il l'égarer ?

Eros:
Le Vainqueur de Pompée a brûlé pour les charmes
Qui vont briller à vos regards:
Où votre coeur trouvera-t'il des armes
Pour opposer aux traits qui domptent les Cesars ?

Antoine:
Les traits que l'Amour lance
Ne sont pas tous victorieux:
Et contre sa puissance
Le Héros le plus glorieux
N'est pas toujours celui qui se défend le mieux.

Je te le dis encore,
Ne crois pas que je cede à des traits impuissans.
Ce n'est pas à l'Amour que j'offre mon encens;
C'est un Dieu conquérant, c'est Baccus que j'adore.

Eros:
Rival de sa faveur, charmé de ses emplois,
Vous l'avez imité cent fois.

Antoine:
Les Romains ne sont nez que pour dompter la Terre,
Et l'amour n'est pas fait pour être leur Vainqueur:
Lorsque dans cent climats on veut porter la guerre,
Il faut sçavoir triompher de son coeur.

Antoine & Eros:
Un Laurier que la Gloire donne
Vaut tous les Mirthes des Amans.

Antoine:
Quels heureux jours ! quels doux momens !
Quand la Victoire nous couronne !

Antoine & Eros:
Un Laurier que la Gloire donne
Vaut tous les Mirthes des Amans.


Scene 2
Antoine, Eros, Cléopatre,
Egyptiennes en Graces & Bacchantes,
Egyptiens en Amours & en Egypans

On voit paroître de loin sur le Fleuve Cydnus une Barque superbe, dont la Poupe est d'or, & les Rames d'argent. La Reine d'Egypte magnifiquement habillée, & couchée sous un Pavillon de pourpre tissu d'or; de petits Egyptiens, deguisez en Amours, sont à ses pieds: d'autres Barques chargées d'Egyptiens en Egypans, & d'Egyptiennes en Graces & en Baccantes, accompagnent celle de Cléopatre, & s'approchent lentement du Rivage.

Antoine:
Mais du Fils de Semelé & du Dieu de Cythere
Les aimables Sujets s'assemblent à mes yeux !
Baccus est-ce Ariane ? Amour est-ce ta Mere
Qui les réünit dans ces lieux ?

[les Soldats Romains sortent de leurs Tentes & accourent de tous côtés sur le Rivage, pour voir cette Flotte galante]

Le Choeur des Romains:
Lorsqu'elle veut charmer le Monde,
C'est ainsi que Venus se promene sur l'onde.

[Les Egypans & Baccantes font leur Débarquement au son des Hauts-Bois qui les précede. Cléopatre les suit, & deux Romains la conduisentprès d'Antoine]

Cleopatre:
Vous voyez Cléopatre odieuse aux Romains,
Et peut-être, hélas ! à vous-même:
J'obéïs en tremblant à votre ordre suprême,
Et je viens déposer mon Sceptre dans vos mains.

Antoine, à part:
Que devient ma fierté ? tous ses efforts sont vains.

Cléopatre:
Je sçai que de Baccus vous cherissez la gloire;
L'Egypte la premiere honora sa Memoire,
J'ai cru que sur ces bords vous souffririez nos Jeux.
Vous qui nous rappellez le Vainqueur génereux,
Qui d'une amante déplorable,
Adoucit dans Naxos le destin glorieux
Me serez-vous inexorable ?

La Fille de Minos possédoit plein d'appas,
Il est vrai, la beauté se rend tout favorable,
Rarement un Heros ne la protege pas,
Mais pourquoi trouverois-je un coeur impitoyable ?
Ariane étoit plus aimable,
Je suis plus malheureuse, hélas !
Me serez-vous inexorable ?

Antoine:
Si Baccus avoit vû l'éclat de vos beaux yeux,
Lorsqu'Ariane en pleurs sur un triste rivage
Toucha par ses regrets ce Dieu victorieux,
Elle leut longtems pleuré la fuite d'un Volage.

Cléopatre:
Seigneur, je venois devant vous
Justifier mon innocence...

Antoine:
Votre premier regard en a pri s la défense.

Cléopatre:
Quel Dieu vient de fléchir pour moi votre courroux.

Antoine:
Reconnoissez l'Amour au pouvoir de ses coups.

Lorsque loin de vos yeux on me peignoit vos charmes
La superbe Raison me promettoit des armes
Contre leurs plus aimables traits:
Mais, hélas ! quelle différence
D'entendre vanter leur puissance,
Ou de voir briller leurs attraits !

Cléopatre:
Non, je ne puis vous croire:
L'Amour à triompher met-il si peu d'instans ?
Si l'on voit des Heros lui ceder la Victoire
Ils la disputent plus longtems.

Antoine:
Du terrible Dieu de la Thrace
L'Amour dans ses exploits efface
La plus vive rapidité:
On donne bien des jours à la plus courte guerre;
Un seul instant suffit à la beauté
Pour Triompher des Vainqueurs de la terre.

Cléopatre:
Ne vous obstinez pas à troubler mon repos;
Rome défend à ses héros
D'oser soupirer pour des Reines...

Antoine:
Je lis dans vos beaux yeux des Loix plus souveraines.

Cléopatre:
Quoi ! Rome vainement condamneroit vos feux ?
Vous pourriez de Fulvie abandonner vos chaines ?

Antoine:
Je ne connois plus que vos noeuds:
Consentez que l'Amour à jamais nous unisse.

Cléopatre:
Quand vous m'offrez un si grand Sacrifice,
Seigneur, en les comblant vous allarmez mes voeux !
Puis-je compter sur la constance
Du feu qui vous brûle en ce jour ?
Je n'ose écouter l'esperance,
Ah ! devrois-je écouter l'Amour ?
Je ne sçai que trop bien connaitre
Le prix du coeur qu'on vient m'offrir;
Mais une ardeur si prompte à naître
Est quelquefois prompte à mourir.
Puis-je compter sur la constance
Du feu qui vous brûle en ce jour ?
Je n'ose écouter l'esperance,
Ah ! devrois-je écouter l'Amour ?

Antoine:
Tout vous garantit la constance
Du feu qui me brûle en ce jour:
Ne retardez pas l'esperance
Et qu'elle vole avec l'Amour.

Mes soins feront mieux connaitre
Quelle ardeur j'ose vous offrir:
Un feux que vos yeux ont fait naître
Est sûr de ne jamais mourir.
Tout vous garantit la constance
Du feu qui me brûle en ce jour:
Ne retardez pas l'esperance
Et qu'elle vole avec l'Amour.

Quel Sort à mes soupirs vous voulez reserver ?
Douterez-vous longtems de l'Amour le plus tendre ?

Cléopatre:
Douter de votre Amour n'est-ce pas l'aprouver ?

[à sa Suite]

Dans ces lieux, témoins, de ma gloire
Revenez, achevez les Jeux interrompus;
Mon coeur celebre ma Victoire,
Que vos chants celebrent Baccus.


Scene 3
Antoine, Eros, Cléopatre,
Egyptiennes en Graces & Bacchantes,
Egyptiens en Amours & en Egypans,
Soldats Romains

Antoine & Cléopatre:
Reunissez vos voix & vos hommages,
Mêlez vos voeux & vos concerts:
Que le nom de Baccus chanté sur ces Rivages
S'éleve avec l'encens & vole dans les airs.

Le Choeur:
Réunissons nos voix & nos hommages,
Mêlons nos voeux & nos concerts:
Que le nom de Baccus chanté sur ces Rivages
S'éleve avec l'encens & vole dans les airs.

[danse des Egypans & des Baccantes]

Antoine & Cléopatre:
Les Ris, les Graces
Suivent Baccus dans ce séjour:
L'Amour sur leurs traces
Vient lui-même embellir sa cour.
Ces Dieux s'unissent
Pour mieux répondre à nos désirs;
Que ces lieux retentissent
De leur gloire & de nos plaisirs.

[on danse]

Cléopatre:
Brillez, jouissez de la paix,
Plaisirs, dans le sein de la guerre:
Suspendez l'effroi de la Terre.
Volez, ne nous quittez jamais.
Prés de Bellone même ici tout est tranquille;
Amour, ne vous allarmez pas;
Le Sejour du Dieu des Combats
Pour le Fils de Venus doit être sur sûr azile.
Brillez, jouissez de la paix,
Plaisirs, dans le sein de la guerre:
Suspendez l'effroi de la Terre.
Volez, ne nous quittez jamais.

[on danse]

Une Egyptienne, en Baccante:
Regnez charmans Amours,
Volez sous cet ombrage:
Regnez charmans Amours,
Venez nous donner de beaux jours.

Qui vient que ce Rivage
Y trouve l'esclavage,
Mais il est si doux
Que l'on est jaloux
De sentir ses coups.

Ah ! que d'heureux instans
Promet ce jour tranquile !
Ah ! que d'heureux instans
Fera naître ici le Printems !
Amans, ce bord fertile
Vous offre un sûr azile.
Goûtez ses douceurs,
La Saison des fleurs
Est celle des coeurs.

[le Choeur chante ces deux couplets alternativement avec l'Egyptienne en Baccante]

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TROISIE'ME ENTRE'E:
Les Saturnales

les personnages du Ballet les Saturnales:

les interprètes de l'époque:

Délie, Parente de Mecene, Favori d'Auguste

Mlle Antier

Plautine, Confidente de Délie

Mlle Souris

Tibule, Chevalier Romain déguisé en Esclave, sous le nom d'Arcas

Mr Muraire

Deux Bergers
Bergers & Bergeres dansans
Esclaves Pantomimes sous les habi ts de leurs Maîtres

Le Theatre represente les Jardins de la maison de campagne de Mecene ornés pour la Fête


Scene premiere
Délie, Plautine

Plautine:
L'Esclave qui toujours se presente à vos yeux
Quoi, le fidele Arcas est le tendre Tibule ?

Délie:
Oüi, le feu qui pour moi le brûle
Sous ce deguisement l'attire dans ces lieux.
C'est un projet de sa delicatesse.
Avant de laisser voir l'excès de son ardeur
Il vouloit pénétrer le secret de mon coeur:
Resolu d'immoler sa flâme à sa tendresse
Si ses soins d'un Rival découvroient le bonheur.

Plautine:
Aujourd'hui de Saturne on celebre la fête;
Dans ces temps fortunez (j'en sçais les douces loix)
L'Esclave égal au Maître en possede les droits.
Le Chagrin fuit, la Colere s'arrête,
Le Tibre sur ses bords revoit la Liberté,
Tibule en aura profité ?

Délie:
Il se croit inconnu: le transport qui l'enflâme
Conduit par le respect se cache dans son ame.

Plautine:
Que l'on perd de doux instans
Lorsque l'on suis trop longtems
Le Respect toujours timide !
C'est un Guide
Qui n'enseigne pas aux Amours
Les chemins les plus courts.

Mais que craint votre Amant ? on diroit qu'il ignore
De qui depend la main de l'objet qu'il adore !
Qu'il s'explique à Mecene, il verra pres de lui
Apollon à l'Amour accorder son appui.

Délie:
L'Amour ne veut devoir son bonheur qu'à lui-même.

Plautine:
Eh ! comment sçavez-vous que Tibule vous aime ?

Délie:
Conduite par le Sort dans un bois ecarté
J'ai, sans être apperçûë éclairci ce mystere:
Tibule soupirant au bord d'une onde claire
N'y pensoit pas être écouté,
J'ai sçu dans ces beaux lieux le prix d'un coeur sincere.

Plautine:
Je ne m'étonne plus si votre empressement
Vous y ramene à tout moment.

Délie:
Dans ces Jardins charmans Flore enchaîne Zéphire.
Quel aimable Séjour
Pour un coeur qui soupire !
Un Printems éternel y regne avec l'Amour.
Sous ces arbres témoins de mon bonheur suprême
A chaque instant je puis trouver
Le plaisir de voir ce que j'aime
Ou du moins celui d'y rêver.
Dans ces Jardins charmans Flore enchaîne Zéphire.
Quel aimable Séjour
Pour un coeur qui soupire !
Un Printems éternel y regne avec l'Amour.

[Appercevant Tibule]

Mais Tibule paroît; éprouvons sa constance
Par une feinte confidence.

[Délie & Plautine feignent de ne pas appercevoir Tibule, & se promenant au fonds de l'allée où il est entré]


Scene 2
Délie, Plautine, Tibule

Tibule, à part, sans voir Délie:
Mecene dans ce jour près d'Auguste arrêté
Laisse ma flâme en Liberté...
Je vois Délie; allons [*]... O Ciel ! que vais-je faire ?

[*] Tibule déguisé en Esclave appercevant Délie fait quelques pas pour l'aborder & s'arrête

Loin de l'objet qui m'a sçu plaire
Mon coeur se croit toujours assez audacieux
Pour hazarder l'aveu de ma flâme sincere:
Mais quand cette beauté se présente à mes yeux,
Le Respect me force à me taire.

Amour, puissant Amour, sers les Amans discrets.

Délie, à part à Plautine:
Je vais faire éclater ses Sentimends secrets.

[haut à Tibule]

Venez Arcas, venez, j'ai remarsué le zele
Qui sur mes pas vient toujours vous offrir.

Tibule:
Il n'en est pas de plus fidele.

Délie:
Pour prix de votre Foi je veux vous découvrir
Ce qui se passe dans mon ame.

Tibule, à part:
Quel redoutable instant ! que je crains pour ma flâme !

Délie:
Mon coeur dans un projet attens votre secours.

Tibule:
Je sçaurai, s'il le faut, vous immoler mes Jours.

Délie:
Arcas, vous allez moins payer ma confiance.

Tibule:
Palez... vous blancez... ah ! c'est trop différer !

Délie:
Eh ! bien, il me faut déclarer;
J'aime assez votre impatience.

Je méprisois l'Amour, je fuyois ses plaisirs,
Et je bornois tous mes desirs
A la tranquille Indifference.
En soumettant mon coeur à sa douce puissance
L'Amour croit s'être bien vangé:
Je l'aurois plûtôt outragé
Si j'avois prévû sa vangeance.

Tibule, à part:
Quel trouble affreux vient me saisir !

[haut, à Délie]

Vous aimez donc ?... l'Amour aura sçu vous choisir
Un Amant digne de vous plaire ?

Délie:
Le Dieu qui regen dans Cythere
Est le plus éclairé des Dieux:
L'aimable choix qu'il m'a fait faire
Prouve bien qu'il n'a pas un bandeau sur les yeux.

Que pour moi dans ce jour votre zele s'empresse,
C'est à vous seul, Arcas, d'achver mon bonheur:
Vous connoissez l'objet de ma tendresse,
Nul ne peut mieux que vous m'assurer de son coeur.

Tibule:
Quelle barbare confidence !
Ah ! ne l'achevez pas, cessez de m'accabler
Ou mon funeste Amour va rompre le silence...

Délie, feignant la surprise:
Arcas aime Délie ! & l'ose reveler !
Mais Saturne & la fête excusent votre offense,
Gardez-vous de la redoubler.

Tibule:
Vous ignorez quel est l'Amant sincere
A qui vous réfusez jusqu'à sa colere.
Quel que soit le destin de mes tendres soupirs
Je veux brûler pour vous d'une ardeur éternelle,
Je suspens mes regrets, je contrains mes desirs,
Hélas ! sans être heureux, je sçais être fidele.

Délie:
Parlez-moi de l'Amant qui soumet ma fierté;
Ce discours cent fois repeté
Charmera mon Amour extrême.
Lorsque d'un tendre coeur on veut être écouté,
Il faut ne lui parler que de l'objet qu'il aime.

Tibule, à part:
Je ne puis souffrir un si cruel tourment;
Fuyons.

Délie:
Restez, Arcas; c'est en vous que j'espere;
Je ne pourrois sans vous voir ci mon Amant:
Mécene favorable à notre ardeur sincere
Veut boentôt nous unir par un Hymen chamant...

Tibule:
C'en est trop, le respect cede enfin à la rage:
Cruelle, terminez un aveu qui m'outrage [*]...

[*] Délie le regarde d'un air riant

O Ciel ! vous insultez à ma vive douleur;
Mon desespoir augmente, un nouveau fee me brûle...
Craignez que je n'immole à ma juste Fureur
Le trop heurex objet de votre tendre ardeur...

Délie:
Pourrez-vous immoler Tibule ?

Tibule:
L'ai-je bien tentendu ? quel nom prononcez-vous ?

Délie:
C'est le nom de l'objet de mes voeux les plus doux.

Tibule:
Quel prix ! O Dieux ! quel prix de ma persévérance !
Non, jamais l'Espérance
N'auroit osé le promettre à mon coeur...
Ah ! deviez-vous si tard m'apprendre mon bonheur ?

Délie:
Nos feux sont approuvés: tout remplit notre attente.

Tibule & Délie:
Aimons-nous, aimons-nous, & qu'une ardeur constante
Enflâme à jamais nos desirs [*].

[*] on entend un Prélude qui annonce la Fête des Saturnales

Tibule:
On vient des tems heureux chanter la paix charmante:
Puisse-t'elle toujours regner dans nos plaisirs !


Scene 3
Délie, Plautine, Tibule,
Bergers & Bergeres, Esclaves,
Pantomimes sous les habits de leurs Maîtres

[la Ferme s'ouvre; les Jardins de Mecene paroissent illuminez. On apperçoit au fonds un demi ovale d'arcades de verdure surmontées d'une balustrade de fleurs, ornée de girandoles & de vazes. Tous les ifs sont taillés en guéridons & chargez de lumieres: des Lustres sont pendus aux branches des Arbres & aux guirlandes qui les lient]

[Marche]

Le Choeur:
Chantons, chantons cent & cent fois;
Echos, répondez-nous: répondez à nos voix.
Chantons dans ces belles retraites:
Saturne, entens-nous dans les Cieux.
Que les Hautbois, que les Musettes
Celebrent le modele & des Rois, & des Dieux.

Tibule, toujours en esclave:
Quand Saturne regnoit sous nos charmans ombrages,
De Mars inconnu dans nos champs
On ne redoutoit point les funestes ravages:
Et ses bruyans accords jamais dans nos baccages
Des Oiseaux amoureux n'interrompoient les chants,
Les Jeux de toutes parts voloient sur nos rivages:
Dans ces tems heureux, les plaisirs
N'habitoient pas loin des desirs.

Délie:
Son regne servoit de modele
Même au Souverain de Paphos;
Jamais amant plaintif n'attristoit les échos;
Les doux plaisirs d'une ardeur éternelle
Sembloient ne durer qu'un instant:
On ignoroit les nom d'ingrat & d'infidele;
Zéphire même étoit constant.

[les Bergers & Bergeres célébrent par leurs danses le siècle de Saturne & les Esclaves Pantomimes viennet sous les habits de leurs Maîtres se mêler à la Fête]

Une Bergere:
Lorsque l'innocence
Guidoit les amours;
La tendre constance
Les suivoit roujours.
Tous les coeurs tranquilles
Ne faisant qu'un choix
Aimoient dans les Villes
Comme dans les Bois.

Le Choeur:
Chantons, chantons cent & cent fois;
Echos, répondez-nous: répondez à nos voix.
Chantons dans ces belles retraites:
Saturne, entens-nous dans les Cieux.
Que les Hautbois, que les Musettes
Celebrent le modele & des Rois, & des Dieux.

Une Bergere:
De nos Bocages
Fuyez les Ombrages
Vous qui ne cherissez que l'éclat de la Cour.
De nos Bocages
Fuyez les Ombrages
Nous n'offrons dans nos Bois de l'Encens qu'à l'Amour.

Charmant séjour
Dans ce beau jour
Banissez les volages;
Oiseaux sous ces feüillages
Charmez tour à tour
Par vos ramages
Les Echos d'alentour.

De nos Bocages
Fuyez les Ombrages
Vous qui ne cherissez que l'éclat de la Cour.
De nos Bocages
Fuyez les Ombrages
Nous n'offrons dans nos Bois de l'Encens qu'à l'Amour.

[et entre les Danses de la fin de l'Entrée, on chante le Menuet suivant]

O tems heureux, où la Terre & l'Onde
Dans une Paix profonde
Se trouvoient toujours !
Dans nos champs, les Amours
S'expliquoient sans détours;
Leur Loi suprême
Régloit tous nos pas.
O tems heureux, lorsqu'on ne disoit point j'aime
Quand on n'aimoit pas.

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