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Michel Pignolet de Montéclair

Les Festes de l'Eté

 

Opéra-Ballet en III Entrées & I Prologue
representé pour la premiére fois par
l'Academie Royale de Musique
le Vendredy douziéme Juin 1716

 

 

Dedicace

A Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'Orléans, Régent du Royaume

Monseigneur,

C'est par un double motif de devoir & de reconnoissance, que je prends la liberté de presenter cet ouvrage à Vostre Altesse Royale. Je n'ay pas oublié, & je n'oublieray jamais avec quelle bonté vous avez voulu me donner au Grand Roy que nous avons perdu. Cette marque de vôtre protection m'est trop précieuse, pour n'être pas gravée dans mon coeur d'une maniere à n'en pouvoir être effacée ! Trop heureux, si le juste tribut que je mets aux pieds d'un si grand Prince, peut contribuer à me rendre un peu plus digne d'une protection que j'avois si peu meritée ! Ce sont-là, Monseigneur, les voeux les plus ardents de celuy qui ose se dire avec une tres-profond respect, & un inviolable attachement.

De Vostre Altesse Royale,

Monseigneur,

Le tres-humble, tres-obeïssant & tres-soûmis Serviteur
Montéclair

 

 

les personnages du Prologue

Le Printems
L'Eté
Venus

Choeurs

 

Prologue

 

Le Théatre represente une Campagne, dont les beautez commencent à se flétrir: Le Printemps y paroît environné d'Amants & d'Amantes qui luy font la cour.

 

Ouverture

 

 

Scene premiere
Le Printemps, & sa Suite

 

Le Printemps
Tendres Amants, Troupe fidelle;
Pour favoriser vos amours,
J'ay fait briller les plus beaux jours,
Mais, en d'autres climats, la Loy du sort m'appelle.

Le Choeur
Regne toûjours, &c.

Le Printemps
Dans vos regrets je m'interesse,
J'amimois à combler vos voeux,
Pour vous rendre toûjours heureux,
Que ne puis je regner sans cela.

Le Choeur
Regne toûjours, &c.

Le Printemps
Il faut partir, l'Eté s'avance.

Le Choeur
Ah ! ne nous ôtes pas ton aimable presence.

Le Printemps
Je m'eloigne à regret d'un si charmant sejour.

Le Choeur
Il nous quitte ! il fuit: il s'envole !

 

Scene 2
L'Eté, & le Choeur

 

L'Eté
Je viens dans mes faveurs, vous combler à mon tour.

Le Choeur
Il nous quitte !, &c.

L'Eté
Quoy ! rien ne vous console !

Le Choeur
Si vous voulez régner, faites regner l'Amour.

L'Eté
Au plus puissant des Dieux,
Il faut rendre les armes;
Que l'Amour, que Venus, icy regne avec moy
Reine de tous les coeurs, vien, fais briller tes charmes,
On ne peut être heureux sans toy.

Le Choeur
Reine de tous les coeurs, &c.

 

Scene 3
Venus, L'Eté, Troupe d'Amours, d'Amants & d'Amantes

 

Venus
Les plaintes que je viens d'entendre
M'ont fait abandonner les cieux.

L'Eté
Faites le bonheur de ces lieux:
C'est de l'Amour qu'on doit l'attendre.

Venus
Je veux qu'au tendre Amour, tous les coeurs soient soûmis,
Sa gloire me fut toûjours chere.
Les victoires du Fils
Font le triomphe de la Mere.
Amour, ne cesse point de regner sur les coeurs:
Que tout ce qui respire
Reconnoisse l'Empire
Du plus aimable des Vainqueurs.

Le Choeur
Amour, ne cesse point, &c.

Venus
Que ces prez, que ces bois conservent leur verdure;
Plaisirs qui me suivez, volez de toutes parts.
Zephirs, enchantez les regards
Par la plus brillante parure.
Renouvellez ces fleurs, ranimez ces gazons;
Montrez à toute la nature,
Que l'Amour doit regner dans toutes les saisons.

[Le Théatre s'embellit, les Plaisirs accourent de toutes parts, les Zephirs volent & font naître de nouvelles beautez.]

[on danse]

Deux Amantes
Que tour à tour
L'on chante & l'on soûpire,
Dans ce sejour,
L'Amour tient son empire,
Avec l'Amour,
Tous les plaisirs sont de retour.

Une Amante
Dans ces lieux tranquilles,
Tout rit à nos voeux;
Ils sont les aziles
Des ris & des jeux.
Et la tendre mere
Du Dieu des Amants
A quitté Cythere,
Pour ces lieux charmants.

[Premiére Pastourelle]
[Seconde Pastourelle]

[on reprend la Premiére Pastourelle, aprés quoy on chante le 2ème Couplet]

2ème Couplet

L'Amour regne en maître
Sur ces verds côteaux;
Pour nous il fait naître
Les jours les plus beaux.
La Saison nouvelle
Ornoit moins nos champs;
Quand l'Amour s'en mêle,
Tout devient printemps.

[Rondeau. Les Violons & les Hautbois joüent les Menuets suivants, après on chante]

Nos beaux jours
Sont pour la tendresse,
Aimons, le temps presse,
Qu'attendons-nous ?
Les plaisirs nous suivront sans cesse,
L'Amour sçait les rassembler tous.

[Les Violons & les Hautbois reprennent le Menuet, après quoy l'on chante]

Venus
Que l'Astre qui donne le jour,
S'élève dans les cieux, ou descende dans l'onde,
Qu'il plonge l'Univers dans une nuit profonde,
Tout est favorable à l'Amour.
Que l'Astre, &c.

Le Choeur
Que l'Astre, &c.

 

On reprend l'Ouverture

 

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les personnages

Climene
Silvie
Daphnis
Cephise
Agatine
Lisidor
Dorante
Zerbin
Argante
Hortense
Doris
Lisis
Valere
Octave
Belise
Lucinde

Troupes
- de Bergers & de Bergeres
- de Moissonneurs & de Moissonneuses
- de Chasseurs & de Chasseuses
- d'Habitans des Rives de la Seine
- de Mariniers & de Marinnieres
- de Masques

 

Premiere Entrée

Les matinées d'Eté

 

Le Théatre represente un Champ couverts d'Epics; On y decouvre le Temple de Cérés.

 

 

Scene premiere
Climene

 

Climene
Tous nos Champs sont couverts des tresors de Cérès,
Ah ! que nôtre sort a d'attraits !

Air

L'Amour veut que tout soûpire
Dans un si charmant sejour;
Pour moy, je n'y fais que rire
Des Amants & de l'Amour.

Les beaux jours de la jeunesse
sont pour les Ris & les Jeux;
Ceux qu'on donne à la tendresse
Ne sont pas les plus heureux.

L'Amour veut qu'on soûpire, &c.

Silvie aime Daphnis; sa peine est sans égalle:
Je me fais un plaisir d'irriter ses ennuis,
Et je feins d'être sa Rivalle,
Toute insensible que je suis.
C'est elle-même qui s'avance:
Je veux augmenter si je puis,
Et son trouble & sa défiance.

 

Scene 2
Climene, Silvie

 

Climene
Est-ce pour cacher vos soûpirs,
Que vous cherchez la solitude ?

Silvie
Ignorez mon inquietude;
Je veux ignorer vos plaisirs.

Climene
Est-ce un malheur si grand de perdre un coeur volage ?

Silvie
Le ranger sous ses loix, est-ce un bonheur si doux ?

Climene
Vous voyez mon triomphe avec des yeux jaloux,
Vous regretez Daphnis...

Silvie
Un Coeur qui se dégage
Ne merite que mon couroux.

Climene

Air

Vous l'accusez d'être infidelle,
Il vous croit volage à son tour.
Ne peut-il pas chercher une chaîne nouvelle,
Quand vous brulez d'un autre amour ?
Il croît qu'il a sçû vous plaire.

Silvie
C'est luy qui le premier rompt un si beau lien.
L'Ingat, que n'avoit-il un coeur comme le mien !
Il n'auroit point de reproche à me faire.

Climene
Cachez-luy les regrets que vous me laissez voir.

Silvie
Je reponds de mon coeur, il fera son devoir.

Air

J'ay sçû triompher de la flâme
Dont j'ay brûlé jusqu'à ce jour.
L'amour est sorti de mon ame,
Le dépit y régne à son tour.

Climene
Vous ne respirez que vengeance;
Ce fier dépit doit m'allarmer:
J'aimerois mieux un peu d'indifference.

Silvie
Que craignez-vous ?

Climene
Peut-on aimer
Sans allarme & sans défiance ?

Air

Les faveurs que l'Amour dispense,
N'ont souvent qu'un éclat trompeur.
Et comme m'assurer d'un coeur
Que je ne dois qu'à l'inconstance ?

Daphnis vous a manqué de foy;
Grace à son changement, il soûpire pour moy:
Mais si le reptentir à vos pieds le ramene...

Silvie
Non, je luy jure une éternelle haine.

Climene

Air

Contre un objet trop charmant
La vengeance n'est pas sûre.
En secret le coeur dément
Tout ce que la bouche jure.
Le dépit fait le serment,
Un regard fait le parjure.

Adieu, pour vôtre gloire où je je dois prendre part,
Evitez avec soin ce dangereux regard.

 

Scene 3
Silvie

 

Silvie
La Cruelle ! en partant, quel mépris elle étale !
Elle rit de mes feux secrets,
Et c'est en heureuse Rivalle
Qu'elle joüit de mes regrets.

Amour, ne préten pas que je t'écoûte encore,
Va, fui, trop funeste Vainqueur.

Mais, comme surmonter un penchant si flateur ?
Echos, témoins secrets du feu qui me dévore,
N'allez pas découvrir à l'ingrat que j'adore,
Qu'il regne toûjours dans mon coeur.
Ah ! plutôt, s'il se peut, qu'à jamais il ignore
Et son triomphe & ma langueur !

Amour, ne préten pas, &c.

Sommeil

(Au défaut de Flûtes on se servira pour les Violons, des premieres Clefs)

 

Silvie
Mais, tout parle d'amour dans ce riant boccage !
Des Oyseaux, le tendre ramage
Est repeté par les Echos.
Le Sommeil vient sur moy répandre ses pavots.
Sur ce gazon, sous cet ombrage,
Joüissons un moment des douceurs du repos,
Que m'a fait perdre mon volage.

(Pendant ce Sommeil, Daphnis cherche Silvie sur le Théatre; il en sort, & y rentre un moment aprés)

 

Scene 4
Daphnis, Silvie est endormie

 

Daphnis
Je porte vainement mes yeux de toutes parts;
De Silvie en ces lieux la voix s'est fait entendre,
Et rien ne l'offre à mes regards:
Fatalle erreur d'un coeur trop tendre !
Malgré ses perfides amours,
Je crois la voir sans cesse & l'entendre toûjours.
Ah ! faut-il encor que je l'aime !
Je l'apperçois; c'est elle même.

Silvie, à demie éveillée
Daphnis !

Daphnis
Ciel ! quel songe imposteur
D'un nom qui luy fût cher
Entretient la Cruelle !
Non, Daphnis n'est plus dans son coeur.

Silvie, à demie éveillée
Daphnis, ah ! que n'es-tu fidelle ?

Daphnis
Qu'entends-je ! quels regrets ! cessons d'être allarmé;
On m'accuse, je suis aimé.

Silvie
Non, n'espere jamais que mon coeur te pardonne.
C'est trop aimer qui m'abandonne.

[apercevant Daphnis]

Que vois-je ! Daphnis en ces lieux: Fuyons.

Daphnis
Demeurez ma Begere.

Silvie
Moy, ta Bergere ! Helas ! je ne te suis plus chere:
Une autre régne dans ton coeur.
Ingrat, reconnois ton erreur;
Perfide, ouvre les yeux,
Je ne suis point Climene.

Daphnis
Climene, ô Ciel ! que me reprochez-vous !

Silvie
Va, je sçais tout, ta feinte est vaine.

Daphnis
D'où vous vien ce transport jaloux ?

Silvie
Ma Rivalle à mes yeux a vanté sa victoire.

Daphnis
Elle rit de tous les Amants;
Helas ! avez-vous pû l'en croire,
Malgré mes plus tendres serments ?

 

Scene 5
Daphnis, Silvie, Climene

 

Climene
L'Amour veut que tout soûpire
Dans un si charmant séjour;
Pour moy, je n'y fais que rire
Des Amants & de l'Amour.

Silvie, à Climene
Que plaisir trouviez-vous à rire de ma peine ?

Climene, à Silvie & à Daphnis
Je me suis fait un jeu de tout vôtre embaras;
Ne le pardonnerez-vous pas
A l'indifferente Climene ?

[à Silvie]

J'aurois pû d'un seul mot renoüer vôtre chaine;
Mais j'ay crû que l'Amour jaloux de cet exemple
S'en acquitteroit mieux que moy.

[elle sort]

 

Scene 6
Daphnis, Silvie

 

Daphnis
Elle fuit; vous voyez vôtre injustice extrême.

Silvie
Laissons d'inutiles regrets.
J'ay ressentis plus que vous même
Tous les maux que je vous ay faits.

Daphnis
Que mon sort est digne d'envie !

Silvie
Ah ! que mon bonheur a d'attraits !
Je n'aime que Daphnis.

Daphnis
Je n'aime que Silvie.

Silvie
Que mon sort est digne d'envie !

Daphnis
Ah ! que mon bonheur a d'attraits !

Ensemble
Que nos ardeurs soient étrenelles !
Amour, regné sur nous, lance de nouveaux traits !
Réünit deux coeurs fidelles,
Pour ne les séparer jamais.

Daphnis, à Silvie
Ces sont sont enrichis des Epics qu'on moissonne;
De vos Bergers, ils comblent le bonheur;
Nos jeux vont commencer, c'est moy qui les ordonne;
Permettez qu'avec vous j'en partage l'honneur.

 

Scene 7
Daphnis, Silvie,
Troupe de Bergers & de Bergeres,
Troupe de Moissonneurs & de Moissonneuses

 

[Marche des Bergers]

[Rondeau]

Daphnis, aux Bergers & Bergeres
Heureux Bergers, dans ces retraites,
Cerès a comblé vos desirs;
Chantez sur les hautbois; chantez sur les musettes,
Et ses bienfaits & vos plaisirs.

Le Choeur
Cerès dans ces belle retraittes,
A comblé nos plus chers desirs,
Chantons sur les hautbois, chantons sur les musettes,
Et ses bienfaits & nos plaisirs.

[on reprend le Rondeau]

Une Moissonneuse, alternativement avec le Choeur
Jeunes coeurs, l'Amour l'ordonne
Que chacun aime à son tour.
Si tout brille en ce beau jour
Des biens que la saison nous donne.

Une Bergere
Tout ressent dans ces retraittes
Les plaisirs que nous goûtons,
Au son des douces musettes,
On voit bondir les moutons.

C'est le Dieu qui fait aimer
Qui prend soin de nous charmer.
A nos jeux,
A nos voeux,
Tendre Amour, vous êtes favorables,
Sans vos feux
Rien n'est aimable,
Sans vos feux
Rien n'est heureux.

Le Choeur
Célébrons, chantons-tous
Les plaisirs les plus doux;
Et vous Echos des bois,
Répondez à nos voix.

 

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Deuxiéme Entrée

Les Jours d'Eté

 

Le Théatre représente un Relais de Chasse: On y voit un Char doré, une Meute, & une partie de l'équipage des Chasseurs.

 

 

Scene premiere
Cephise, Agatine

 

Agatine
Nons, n'avançons pas davantage:
C'est icy que bientôt la Chasse vient passer;
Ce Char brillant où l'on doit vous placer,
Cette Meute, cet Equipage,
Tout prend soin de vous l'annoncer.
Mais ! quel soin occupe vôtre ame !

Cephise
Je prétends en ce jour faire choix d'un Epoux.

Agatine
Je ne connois que trop l'Objet d'un choix si doux.
Vous aimez Lisidor.

Cephise
Tu condamne ma flâme.

Agatine
Si vous voulez que j'aprouve vos feux,
Choisissez une autre conquête.
Dorance vous adore,
Il vous offre des jeux;
Le condamnerez-vous à voir finir la fête,
Par l'hymen d'un Rival heureux ?

Air

Amour, quelle est ton injustice !
Au gré d'un aveugle caprice,
Lanceras-tu toûjours tes traits ?
Ah ! faut-il qu'aux yeux d'une belle,
Un coeur volage ait des attraits,
Et qu'on méprise un coeur fidelle.

Cephise
D'un trop injuste choix cesse de m'accuser,
Agatine, il est temps de te désabuser.

Air
Penses-tu qu'aisément mon coeur se laisse prendre !
Pour aimer un volage, il a trop de fierté.
Il faut que l'amant le plus tendre,
Triomphe de ma liberté.

Agatine
Qu'entends-je ! quoy !
Dorante auroit la preference ?

Cephise
Par une feinte indifference,
Je prends soin d'irriter ses feux;
Et pour éprouver sa constance,
Je luy montre un Rival heureux.

Ensemble
Pour s'assurer de ce qu'on aime,
La feinte indifférence est d'un puissant secours.

Cephise
Elle sert mieux que l'Amour même,
Il fait des Ingrats tous les jours.

Ensemble
Pour s'assurer, &c.

Cephise
Lisidor vient, l'Amour en ce moment m'inspire
Un projet, dont mon coeur en secret est flaté:
Je veux pour le punir de sa legereté,
L'engager luy-même à souscrire
Au bonheur d'un Rival jusqu'icy rebuté,
Quoyque dans ses liens nul objet ne l'arrête,
Il ne peut perdre de conquête
Qu'il n'en coûte à sa vanité.

 

Scene 2
Lisidor, Cephise, Agatine

 

Lisidor
Cherchons quelque toute nouvelle:
Trop d'ardeur me fait égarer.

Cephise
Le sort qui malgré vous, près de moy vous rappele,
En faveur de mes feux semble se déclarer.

Lisidor
Quoy ! Cephise est-ce vous ?

Cephise
J'attends icy la Chasse.
Ne pourriez-vous l'attendre à vôtre tour ?
Ma présence vous embarasse,
Ingrat, quel prix de mon amour !

Agatine
Si son coeur n'est pas assez tendre,
C'est aux belles qu'il s'en faut prendre.

Air

Il falloit moins l'accoûtumer
Au plaisir de s'entendre dire,
Qu'aussitôt qu'on le voie, on se laisse enflâmer.
Tandis qu'autour de luy tout languit, tout soûpire,
C'est beaucoup qu'il se laisse aimer.

Lisidor, à Cephise
Quel triomphe pour vous ! quelle gloire nouvelle !

Air

Je ne trouve point de cruelles,
Dont je n'atendrisse le coeur.
Mais, c'est pour vous offrir un plus digne vainqueur,
Que je vole de belle en belle.
Non, ne vous plaignez point de ma volage humeur,
Tout céde à vos appas.

Cephise
J'aimerois à le croire,
Mais je dois trembler à mon tour;
Peut-être aux dépens de ma gloire,
A toutes ces beautez vous faites vôtre cour.
Cachez-leur ma foiblesse avec un soin extrême ?

Agatine
Que peut-on risquer quand on l'aime ?
S'il fait ressentir trop d'amour,
Il en est l'excuse luy-même.

Cephise
Lisidor, changeons de discours.
Je peux vous assurer le bonheur de mes jours,
Que vôtre aveu me determine
Sur le choix d'un aimable époux...

Lisidor
Je connois tout le prix du bien qu'on me destine;
Mais les noeuds d'un hymen...

Cephise
Parlez, expliquez-vous.

Lisidor

Air

Les noeuds d'un hymen qu'on differe,
N'en deviennent que plus charmants.
Plus on fait languir les amants,
Plus on les rend digne s de plaire.

Cephise
Eh bien, à mon Amant je donneray ma foy,
Dés qu'il sera digne de moy.

Lisidor
J'y consens; & mon coeur par une ardeur nouvelle...

[on entend derriere le Théatre un bruit de Cors, fort doux, pour exprimer l'éloignement des Chasseurs.]

[si on ne peut avoir des Cors de Chasse, on se servira des Hautbois & des Violons qui resteront dans l'Orchestre, & qui joüent ce qui suit]

[Bruit de Chasse]

Lisidor
Mais, j'entends un bruit qui m'appelle:
Pardonnez...

[Les Cors continüent de sonner doux, derriere le Théatre]

[Au-dessu des Cors, l'Orchestre joüera ce qui suit]

 

Scene 3
Cephise, Agatine

 

Agatine
C'est donc là cette nouvelle ardeur ?
Les sermens ne luy coûtent guere;
Mais j'apperçois l'Objet seul digne de vous plaire.

Cephise
Pour quelque tems encor cachons-luy son bonheur.

 

Scene 4
Dorante, Cephise, Agatine,
Troupe de Chasseurs & de Chasseuses

 

Dorante
Venez belle Cephise, & prenez vôtre place
Dans un Char préparé pour vous;
Pour ranimer la Chasse,
Venez briller aux yeux de tous. zele

[aux Piqueurs]

Vous, que j'ay laissez auprès d'elle,
Suivez-nous, qu'à l'envy chacun monstre son zele.
Que de mille éclattans concerts,
On fasse retentir les airs.

[On sonne du Cor, tandis que Dorante conduit Cephise vers le Char dessiné pour elle. Et l'on voit courir le Cerf à travers des Buissons.]

[Au défaut des cors, l'Orchestre y suppletz pour ce qui suit]

Le Choeur
Que chacun s'empresse,
Redoublons nos pas,
Malgré sa vitesse,
Qu'il n'echape pas.

 

Scene 5
Dorante, Cephise, Agatine

 

Dorante
O Ciel ! dans quel péril extrême
Je viens de voir tout ce que j'aime !
A mes yeux éperdus vôtre Char s'est brise:
Quel trouble vous m'avez causé !

Cephise
Je reconnois vos soins; c'en est assez,
Dorante, achevez vôtre chasse, imitiez Lisidor.

Dorante
Cruelle ! Voulez-vous que je l'imite encor
Dans son humeur indifferante ?
Mille objets tour à tour ont droit de le charmer.
Est-ce la comme on doit aimer ?
Cependant, ô douleur mortelle !
Pardonnez ce transport à mes sens égarez;
Vous l'aimez ce volage, & vous desesperez
Un coeur qui vous est fidelle.

Cephise

Air

Quand on veut faire choix dans l'empire amoureux
Quels tourments n'a t'on pas à craindre ?
J'aime un ingrat qui n'églige mes feux,
Ah ! vous seriez l'ingrat dont j'avois à me plaindre.

Dorante
Tendres Coeurs, serez-vous sans cesse
Confonduss avec les ingrats ?
Vous jugez du feu qui me presse,
Par un Rival qui ne sçait pas
Tout ce qu'on doit à vos appas.
Tendres Coeurs, &c.

Cephise
Finissons une erreur dont ma fierté s'offence,
Si j'aime Lisidor ce n'est qu'en apparence,
Non, un autre est l'objet de mes voeux les plus doux.

Dorante
Eh ! quel est cet Amant ! ne puis-je le connoître ?
Qu'il est heureux !

Cephise
Il merite de l'être:
Il est aussi tendre que vous.

Dorante
Aussi tendre que moy; non, cessez de la croire.

Air

Vous pouvez inspirer les plus vives ardeurs,
Joüissez de vôtre victoire:
Mais, l'Amour fit pour moy le plus tendre des coeurs:
Laissez-moy dumoins cette gloire.
Connoissez mieux ce coeur, écoûtez cét amour;
Il ne peut vous offrir de plus digne conquête.

Cephise
Mon choix est fait.

Dorante
Helas !

Cephise
On vient; après la fête, vous connoîtrez mon coeur à vôtre tour.

 

Scene 6
Lisidor, Dorante, Cephise, Agatine,
Troupe de Chasseurs & de Chasseuses

 

[Marche en rondeau]

Lisidor
Amis, rien n'est si beau que l'ardeur qui nous presse,
La Chasse a comblé nos desirs;
Qu'elle fasse sans cesse
Nos plus charmants plaisirs.

Le Choeur
Rien n'est si beau, &c.

Dorante
Du choix de nos plaisirs, qu'à mon tour je décide,
J'ay préparé les jeux qu'on célebre en ce jour,
Ah !puisque Cephise y préside,
On n'y doit chanter que l'Amour.

Agatine

Air

Amour, triomphe des belles,
Couronne les plus beaux feux;
Amants, devenez fidelles,
Si vous voulez être heureux.
Beautez, soyez moins rebelles,
A former d'aimables noeuds.

Amour, &c.

[Air pour les Chasseurs]

Une Chasseresse
Va, fuy de nos forêts Dieu plein d'allarmes,
Va, porte ailleurs tes armes,
Tes traits ont quelques charmes,
Mais d'un coeur ils bannissent la paix,
Fuy loin de nous, & fuy pour jamais.
En vain tu parois tendre,
Malheureux qui s'y laisse prendre !
Tes promesses,
Tes caresses,
En aimant,
Tout devient tourment,
Mais quoy ! qu'osay-je dire ?
Helas ! mon coeur soûpire;
Dans un moment ce coeur est changé.
J'ay fuy l'Amour, l'Amour s'est vengé.

[Menuet I - Menuet II - Menuet I]

Une Chasseresse
Rendez-vous à vôtre tour,
Beautez cruelles; rendez-vous à vôtre tour,
Au tendre Amour.
Dieu charmant,
Fais leur sentir un doux tourment:
Que tes traits de leurs rigueurs
Soient vainqueur.
Prends tes ailes,
Suis les Belles:
Vole sans cesse à la chasse des coeurs.

[on danse]

[Passepied I - Passepied II - Passepied I]

Le Choeur
N'allez jamais à la Chasse,
Coeurs de glace:
Les plus beaux feux
Dans l'empire amoureux,
Sont les plus heureux.
S'il est quelques fois des rigueurs
Pour vos coeurs,
Amants, vous avez des moments
Si charmants;
Vien, régne dans nos bois,
Dieu d'amour, nous suivons tes loix.

Cephise
C'en est assez; il est temps que mon choix se déclare.

Lisidor
Qu'allez-vous faire, ô Ciel ! Dorant est en ces lieux;
Dumoins épargnez à ses feux,
Le triomphe nouveau qui pour moy se prépare.

Cephise
Je rends justice aux plus beaux feux,
Pourquoy voulez-vous qu'on l'ignore ?
Mais, ne vous hâtez pas de triompher encore.

[à Dorante]

Dorante, c'est vous seul que je veux rendre heureux.

Lisidor
Dorante !

Dorante
Quel aveu, Ciel ! que viens-je d'entendre !

Cephise
Je vous avois promis de nommer mon vainqueur,
N'ay-je pas choisi le pendre tendre ?

Lisidor
Non, tout ce que je vois n'est qu'un songe trompeur.

Agatine

Air

Si vous prenez pour des mensonges
De si facheuses veritez;
On doit prendre aussi pour des songes,
Les faveurs dont vous vous vantez.

 

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Troisiéme Entrée

Les Soirées de l'Eté

 

Le Théatre représente les Rives de la Seine: On voit le Soleil prêt à se coucher.

 

 

Scene premiere
Argante, Zerbin

 

Zerbin
D'où vient qu'avec tant de secret
Une barque icy se prepare;
Expliquez-vous; je suis discret;
Quel mistere ?

Argante
Il est temps que je te le declare;
Mais, lorsque mon coeur s'ouvre à toy,
Zerbin, songe à ton coeur à me garder ta foy.

Zerbin
Vous pouvez compter sur mon zele.

Argante
Tu sçais que j'ay conduit Hortense en ces lieux.

Zerbin
Sans trop paroître curieux,
D'où peut naître ce soin que vous prenez pour elle ?
J'y crois entrevoir de l'amour:
Cependant, sous les loix d'une austere tutelle,
Elle a gemy jusqu'à ce jour.

Argante
Ce n'est qu'à mon amour extrême
Qu'il faut imputer ma rigueur,
Je crains qu'un trop heureux Vainqueur
Ne s'empare de ce que j'aime;
Je défends l'approche d'un coeur
Que je veux garder pour moy même.

Zerbin
Croyez-vous qu'on daigne à son tour
Répondre à l'ardeur qui vous presse ?
Vous avez vécu plus d'un jour.
On peut chercher la froide vieillesse,
Prendre des leçons de sagesse;
Mais, jamais des leçons d'amour.

Argante
Pour un coeur que rien n'engage,
Tout époux doit être égal:
Et l'on peut plaire à tout âge,
Quand on n'a point de rival.

Zerbin
Hortense est sur le point de sortir d'esclavage,
Et bientôt de vos soins vous perrez tout le fruit.

Argante
pour la derniere fois, elle voit ce rivage.

Zerbin
Quoy !

Argante
Pour l'en éloigner, je n'attends que la nuit.

Zerbin
O Ciel !

Argante
Parents, Amis, contre moy tout conspire,
Et Lisis en secret soupire;
C'est trop exposer tant d'appas:
Cachons-les dans des lieux soumis à ma puissance.
Tout est prêt, mais, je vois Hortense:
Ne la contraignons point.
Toy, ne me trahis pas.

 

Scene 2
Hortense, Doris

 

Doris
Tout ce que vous voyez a dequoy vous surprendre.

Hortense
Je regarde par tout, & je ne fais qu'admirer;
Mais en foule en ces lieux, pourquoy vient-on se rendre ?

Doris
C'est pour voir & pour se montrer.

Hortense
Pour se montrer ! c'est à vous de m'instruire,
Hé ! pourquoy se montrer ?

Doris
Pour donner de l'amour.

Hortense
Et cet amour, Doris, quel bien peut-il produire ?

Doris
Vous l'éprouverez quelque jour.
Lisis à vos yeux va paroître...
Vous n'interrogez plus !

Hortense
Je ne veux rien sçavoir.

Doris
Quoy ! déja ses regards vous ont-ils fait connoître,
Qu'il est dangereux de le voir !

Hortense
Ah ! qu'il laisse regner le calme dans mon ame:
Je le veux fuir.

Doris
Rassurez-vous:
L'aveu de vos parents autorise sa flâme.
Il veut devenir vôtre epoux.

Hortense
Argante y consent- il !

Doris
N'osez-vous de vous même
Faire un choix qui flâte vos voeux ?

Hortense
Pour faire un choix, on dit qu'il faut qu'on aime,
Et qu'on ne peut aimer sans être malheureux.

Doris
A ces leçons je reconnois Argante.

Hortense
L'Amour, si je l'en crois, est un fatal poison
Qui trouble le repos, & séduit la raison.

Doris, appercevant Lisis
Sous une image plus charmante,
Lisis vient l'offrir à vos voeux.

Hortense
Il approche, ah ! quittons ces lieux !
Le seul nom d'Amant m'épouvante.

 

Scene 3
Lisis, Hortense, Doris

 

Lisis
Hortense, belle Hortense, où portez-vous vos pas ?

Hortense
Non, Lisis, ne m'arrêtez pas.

Lisis
Quel injuste courroux contre-moy vous anime ?

Hortense
On dit que vous m'aimez ?

Lisis
M'en faites-vous un crime ?
Hortense, belle Hortense, où portez-vous vos pas ?

Hortense
Non, Lisis, ne m'arrêtez pas.

Air

Je fuis les maux que l'Aurore cause,
Tous vos soins doivent m'allarmer.
On m'a trop dit à quoy s'expose
Un jeune coeur qui veut aimer.

Lisis
Quoy ! vous m'ôteriez l'esperance
De vous voir répondre à mes feux !

Hortense
L'Amour est un mal dangereux,
Laissez-moy mon indifference.

Lisis

Air

Non, rien n'est si doux que l'Amour;
Rien n'a plus d'attraits que ses flâmes,
Sans l'espoir même du retour,
Il sçait l'art d'enchanter nos armes.
Ah ! pour être à jamais charmé,
S'il faut seulement que l'on aime,
Quel plaisir ! Quel bonheur supreme
D'aimer & d'être aimé.

Hortense
Qu'entends-je ? Quel nouveau langage !
Argante, de l'amour m'a fait une autre image.

Air

Il le peint si cruel, vous le peignez si doux,
Je ne sçais qui de vous m'abuse;
Mais, je sens en secret que c'est luy que j'accuse;
Et si j'en crois mon coeur, je m'en rapporte à vous.

Lisis
Quoy ! je puis esperer que mon amour vous touche ?

Hortense

Air

Au seul nom de l'Amour, d'où vient qu'on m'éfarouche ?
Eh ! pourquoy me l'offrir sous des traits odieux ?
Est-il toûjours riant, aimable, gratieux,
Tel que l'annonce vôtre bouche,
Et tel qu'il paroît dans vos yeux !

Lisis
Que ne m'a-t'il prêté tout ce qu'il a de charmes
Pour forcer vôtre erreur à luy rendre les armes ?

Hortense
Ah ! pour me garentir de son fatal pouvoir,
Il faut cesser de vous entendre,
Et sur tout cesser de vous voir.
Retirons-nous, Doris.

Lisis
Quoy ! sans daigner m'aprendre si mes feux...

Doris
C'est à toit que vôtre amour se plaît.

Lisis
Elle me fuit.

Doris
Elle vous craint,
Elle n'est pas loin de se rendre.
Mais, les discours sont superflus:
Songeons à prevenir la sort qui vous menace:
Hortense, aux yeux de vôtre Argus,
Pour la premiere fois vous avez trouvé grace.
Les droits qu'il a sur vous sont ancore absolus;
Peut-être il vous prépare une éternelle absence !

Hortense & Lisis
He ! quoy ? nous ne nous verrions plus ?

Doris
Zerbin est dans sa confidence,
Il m'aime, & si je veux luy donner quelque espoir,
Par lui je pourrai tout sçavoir:
Mais en ces lieux chacun s'avance;
Eloignez-vous; je vais chercher Zerbin,
Pour apprendre vôtre destin.

 

Scene 4
Troupe d'Habitants des Rives de la Seine

 

Le Choeur
L'Amour va conduire en ces lieux
Toutes les beautez qu'il enchaine;
Aimables Rives de la Seine,
Que vous brillez à nos yeux.

 

Scene 5
Zerbin, Doris

 

Doris
He ! quoy ! Zerbin est de la fête !

Zerbin
Croi-tu que les plaisirs ne sont faits que pour toy ?

Doris
Je te soupçonnerois d'un dessein de conquête,
Si tu pouvois brûler pour d'autres que pour moi.

Zerbin

Air

He ! pourquoy d'une ardeur nouvelle,
Ne puis-je pas être enflâmé ?
Dois-je garder un coeur fidelle
A qui ne m'a jamais aimé ?

Doris

Air

Sur une trompeuse apparence,
Tu m'accusois d'indiference,
Lorsqu'en secret pour toy je brulois à mon tour.
Tu connois mal le coeur des belles;
Plus elles ressentent d'amour,
Et plus elles font les cruelles.

Zerbin

Air

Non, non, je ne m'y trompes pas,
La vanité flatte les belles;
Et l'on pique les plus cruelles,
Dès qu'on néglige leurs appas.
Quand je te fuis, tu me rappelles,
Si je reviens, tu me fuiras.

Doris
Zerbin, n'en doute plus, mon amour est sincere.

Air

Quand l'amour est encor naissant,
Il n'en coûte guere
D'en faire un mistere.
Mais quand le mal devient pressant,
Non, non, le plus severe
Ne sçauroit plus taire
Les feux qu'elle sent.

Zerbin

Air

Par ce secret à ton coeur échapé,
Un doux espoir dans le mien doit renaître.
Doris, tu m'abuses peut-être;
Mais on est aisément trompé.

Adieu.

Doris
Quoy ? me quitter si-tôt !

Zerbin
C'est à regret, mais il le faut.

Doris
Repond mieux à l'amour que je te fais connoître;
Tu me vois, je te vois; goûtons ce doux plaisir.

Zerbin
Bientôt, grace au soin de mon Maître,
Nous nous verrons tout à loisir.

Doris
Tout à loisir: que veux-tu me dire ?

Zerbin
Le reste de ce jour, je veux être discret.
Demain tu sçauras mon secret.

Doris
Non, je veux tout sçavoir, sans tarder davantage !
Parle, de ton secret, ma main sera le prix;
Cher Zerbin.

Zerbin
Ah ! je m'attendris:
Je crains qu'à trop parler mon amour ne m'engage.
Fuyons...

Doris
Demeure.

Zerbin
Adieu, Doris.

Doris
Il fuit, suivons ses pas, achevons mon ouvrage,
Et ne le quittons point qu'il ne m'ait tout appris.

 

Scene 6
Doris,
Troupes d'Habitants des Rives de la Seine,
de Mariniers & de Marinnieres

 

[Marche]

Premier Choeur à droite, & Deuxiéme Choeur à gauche
Assemblons-nous sur ces rivages;
Vents qui suscitez les orages,
Ne venez point troubler nos jeux.

Petit Choeur
Que le calme le plus heureux
Régne sur les eaux de la Seine;
Qu'on ne respire icy que la plus douce haleine
Des Zephyrs amoureux.

[on danse]

Doris

Air

Flambeau des cieux,
Pour braver ton ardeur brulante,
Nous cherchons ces aimables lieux;
Tout nous enchante
Dans ce séjour;
Le Dieu d'amour
Y tient sa cour.
Jeunes Zephirs,
Vous-y formez d'amoureux desirs,
On croit entendre vos soûpirs:
L'onde murmure doucement
Et semble plaindre son tourment.
Tout desire,
Tout soûpire,
Tout s'exprime tendrement.

Flambeau des cieux, &c.

Un nouvel Astre à nos voeux est propice:
Que de sa gloire icy tout retentisse.

Air

Dés que sous l'humide sejour,
Le Soleil cache sa lumiere,
Vous commencez vôtre carriere;
Nous vous voyons à vôtre tour
Triompher de la nuit obscure,
Vous dedomagez la nature,
De l'absence du Dieu du jour.

[on danse]

Une Marieniere, alternativement avec le Choeur
Les beaux jours
Ne durent guere,
Les beaux jours
Semblent trop courts.
Le Temps vole d'une aime légere;
Doux plaisirs, vous pressez son cours.

2ème Couplet
Sui les jeux,
Tendre Jeunesse,
Sui les jeux,
Quand tu le peux.
Voy ces flots qui s'écoulent sans cesse;
Tes beaux jours vont passer comme eux.

[on danse]

Une Habitante des Rives de la Seine, alternativement avec le Choeur
L'Amour sur ce rivage,
Faist naitre mille ardeurs;
Qu'il fait un doux ravage,
Qu'il a d'attraits vainqueurs !

Le Choeur
L'Amour sur ce rivage, &c.

L'Habitante
Remportez la victoire,
Dieu charmant, pour vôtre gloire,
Triomphez de tous les coeurs;
Embrâsez jusqu'au sein des eaux,
Sous vos loix que tout s'engage;
Lancez des traits nouveaux.

Le Choeur reprend:
L'Amour sur ce rivage, &c.

 

Scene 7
Lisis, Hortense, Doris

 

Doris
C'est trop vous allarmer, je réponds de Zerbin:
Pour Lisis, il quitte son maître;
Et pour prix de ses soins, je luy donne ma main;
Il doit se rendre icy.

Hortense
Ciel ! qu'il tarde à paroître !
Argante peut le prevenir.
Lisis, si je vous perds; que vais-je devenir ?
L'Amour à vous entendre, étoit si plein de charmes:
Cependant vous voyez mes mortelles allarmes.

Lisis

Air

Puis-je trop de l'Amour vous vanter les appas,
Apreés l'aveu que vous me faites ?
Sans luy je ne joüirois pas
Du trouble charmant où vous êtes.

Hortense
Mais, Zerbin, ne vient point.

Doris
Calmez ce vain effroy.
C'est luy même que j'apperçoy.

 

Scene 8
Lisis, Hortense, Doris, Zerbin

 

Zerbin
Tendres Amants,
La Barque est prête:
J'ay trompé les yeux du Jaloux;
Venez, c'est à l'Amour à couronner la Fête.
Embarquons-nous.

Tous
Allons, c'est à l'Amour à couronner la Fête;
Embarquons-nous.

 

Scene 9
Argante, Lisis, Hortense, Doris, Zerbin

 

Argante
Tout répond à mon esperance...
Mais, quel Objet frape mes yeux !

Lisis
Hâtons-nous, partons de ces lieux.

Argante
Arrête...
Et toy, cruelle Hortense
Est-ce là ta reconnoissance ?
Ai-je pour un Rival élevé ta beauté ?
Quel prix de tant d'amour; quel fruit de tant de peines.

Hortense & Lisis
L'Amour [me / luy] préparoit des chaines,
L'Amour [me / luy] rend la liberté.

Argante
Ils sont déja loin du rivage:
Ah ! je m'abandonne à ma rage.

 

[on fait joüer Deux Fois l'Entr'Acte]

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Quatriéme Partie:

Les Nuits d'Eté

 

Le Théatre represente les Allées du Cours, éclairées pour une Fête Nocturne.

 

 

Scene premiere
Valere en Habits de Ville

 

Valere

Air

Amour, désarme ta rigueur,
Faut-il que tu sois infléxible.
C'est trop contraindre un tendre coeur
A bruler pour une Insensible.

 

Scene 2
Octave & Valere, en Habits de Ville, Belise & Lucinde déguisées,
tenant leurs masques à la main

 

Belise, à Valere
D'où vient, que loin de nous, vous détournez vos pas !
Portez-vous vos chagrins jusqu'au milieu des fêtes,
Vous rêver !

Valere
Je rêve aux conquêtes
Que l'Amour offre à vos appas.
A vous faire la cour en tous lieux on s'empresse.

Belise
Les hommages que je reçois
Font honeur à vôtre tendresse.
C'est applaudir à vôtre choix,
Que de servir vôtre maîtresse.

Valere
Quoy ! rien ne peut fixer vôtre volage humeur ?

Belise
Non, je n'aime que vous, & vous devez m'en croire.

Air

Quand je puis d'un regard vainqueur,
Faire naître quelqu'autre ardeur:
Sans reßentir d'amour,
Je joüis de ma gloire.
Le triomphe flate mon coeur;
Mais je néglige la victoire.

Valere

Triomphez, j'y consens, dans mille tendres soins,
Cherchez une gloire nouvelle:
Mais ne prétendez pas, Cruelle,
Que mes yeux en soient les témoins.

Adieu.

Belise
Vous me quittez !

Valere
Ma présence vous géne.

Octave
Valere, que fais-tu ?

Valere
Je fuis une inhumaine.

Octave
Je vais suivre ses pas, son sort me fait pitié.

Lucinde
Demeurez.

Octave
Il nous quitte ?

Lucinde
He ! bien, que vous importex !
Quoy ? se peut-il que l'amitié
Sur le plus tendre amour l'emporte ?
Vous balancez encor !
Ah ! c'est trop m'outrager !

Belise
Laissons-là ces Amis fidelles,
Nous pourrons nous dédomager
Par quelques conquêtes nouvelles.

Lucinde, à Octave
Craignez-tout, je puis me venger.

 

Scene 3
Valere, Octave

 

Valere
Laisse-moy seul, sui ta maitresse;
Cesse de t'attacher à moy.

Octave
Je vois à quel peril je m'expose pour toy,
Mais, dans ce trouble affreux, veux-tu que je te laisse.

Valere
Ton amitié peut nuire à ta tendresse.

Octave
J'aime Lucinde, & je ne voudrois pas,
Qu'elle fit choix d'une autre chaine.

Valere
Je puis finir ton embaras,
Et calmer ma mortelle peine.
Vien, tu n'as qu'à suivre mes pas.

Octave
Que prétend-tu ?

Valere
Ce lieu nous favorise:
Il faut sous des traits empruntez,
Eprouver Lucinde & Belise.

Octave
Par un mensonge adrois que le masque autorise,
On découvre souvent d'etranges veritez:
N'importe, tetons l'entreprise;
Mais, n'est-ce point trop tard ?

Valere
Nous n'irons pas bien loin,
Vien, tout est prêt, j'en ay pris soin.

 

Scene 4
Troupe de Masques de divers caracteres

 

[Entrée des Masques]

Le Choeur
Accourez, brillante Jeunesse,
L'Amour vous appelle en ces lieux:
Suivez le plus charmant des Dieux,
Dans vos plaisirs il s'interesse.

 

Scene 5
Valere & Belise masquez

 

Belise, sans reconnaitre Valere
Vous me suivez par tout avec empressement.

Valere
Cessez de fuir un tendre amant:
Permettez que mon coeur s'attache
A tout ce que l'Amour a fait de plus charmant.

Belise
A vos regards avec soin je me cache,
Vous ignorez encore si j'ay quelques attraits,
Et pour moy vôtre coeur soûpire !

Valere

Air

Vos appas sur mon coeur n'ont pris que trop d'empire,
Vôtre masque un moment m'a laissé voir vos traits.
Ce seul moment me doit suffire,
Pour ne les oublier jamais.

Belise
Ah ! puisque vous me croyez belle,
Il faut vous laisser vôtre erreur.

Valere
Recevez l'hommage d'un coeur
Qui vous sera toûjours fidelle.

Belise
Cet hommage flatte mes voeux.

Valere
Quoy: je puis esperer qu'on réponde à mes voeux ?

Belise

Air

Je me fais un plaisir extrême
Des feux que je puis allumer.
Je n'empeche pas que l'on m'aime;
Mais, je ne réponds pas d'aimer.

Valere
De quelqu'amant secret, vous recevez l'hommage.

Belise

Air

Il en est un que je préfere à tous:
Sous les loix de l'Amour, c'est luy seul qui m'engage.
S'il pouvoit être moins jaloux,
Je l'en aimerois davantage.

Valere
Il est jaloux: eh bien, punissez cet outrage,
Je m'offre à vous vanger.

Belise
Je ne puis le trahir,
Non, malgré toute ma colere,
Je sens trop que mon coeur ne sçauroit le haïr.

Valere
Je ne veux songer qu'à vous plaire,
Si la liberté vous est chere,
Mon coeur sur vos desirs reglera tous ses voeux.

Belise
Helas !

Valere
Vous soupirez ?

Belise
Que n'êtes-vous Valere !
Mon destin seroit trop heureux.

Valere, se demasque
Ah ! ç'en est trop; il n'est plus tems de feindre.

Belise
Que vois-je !

Valere
Vous voyez un coupable soumis.

Belise
Ciel ! quel crime nouveau !

Valere
Cessez de vous en plaindre,
L'Amour seul les a tous commis.

Belise
De vos soupçons jaloux, n'ai-je plus rien à craindre ?

Valere
Non, je ne veux plus vous contraindre:
Je tiendray ce que j'ay promis.
Mais Lucinde en courroux remplir mon coeur de crainte.

Belise
Lucinde ! quel est cet effroy !

Valere
Je crains que mon amy dans une même feinte,
N'ait pas le même sort que moy.
Epargnons-luy des maux dont je serois la cause;
A l'objet de ses voeux reveillans son secret:
Dans le péril où je l'expose,
C'est le servir qu'être indiscret.

Le Choeur
Accourez, brillante Jeunesse, &c.

 

Scene 6
Masque dançans

 

Deux Masques, alternativement avec le Choeur
O Nuit, prolonge ton cours,
Rend nos plaisirs plus durables.

Le Choeur
O Nuit, &c.

Les Masques
Sous tes voiles favorables,
Cache nos tendres amours.

Le Choeur
O Nuit, &c.

Les Masques
Tes ombres sont préférables
A l'éclat des plus beaux jours.

Le Choeur
O Nuit, &c.

[on danse]

Un Masque
C'est dans ces lieux
Que l'Amour emprunte un doux langage,
C'est dans ces lieux
Que l'Amour s'exprime par les yeux.
Est-il vainqueur ?
Un seul regard trahit la plus sage:
Est-il vainqueur ?
Un seul regard demasque un coeur.

[on danse]

 

Scene 7
Octave, Lucinde

 

Octave, à part
Lucinde vient... feignons de soûpirer pour elle,
Dans des liens nouveaux tâchons de l'engager,
Et voyons si son coeur osera se venger
Jusqu'à devenir infidelle.

[à Lucinde]

Au milieu des plaisirs, des jeux, & des amants,
Vous êtes triste & solitaire !

Lucinde
C'est aux Beautez qui se piquent de plaire,
A profiter de ces heureux moments.

Octave
Si ce Masque importun nous laissoit vos charmes,
Il oseroit vous démentir.

Lucinde
Non, je n'y dois pas consentir.

Octave
Craignez vous que mon coeur ne vous rende les armes ?

Lucinde
Laissez ce masque officieux,
En vous cachant mes traits, il prend soin de ma gloire.

Octave
Il me laisse entrevoir des yeux
Accoûtumez à la victoire.

Lucinde

Air

Mon triste coeur jusqu'à ce jour
S'est flatté vainement d'une douce esperance.
Ces yeux où brille tant d'amour,
N'inspirent que l'indifference.

Octave
Non, mon coeur ne me trompe pas,
Il annonce à mes yeux l'Objet le plus aimable.

Lucinde, se démasquant
Votre coeur m'est favorable.
Il faut le detromper...

Octave
Juste Ciel ! que d'appas !
Non mes yeux n'ont rien vû qui vous soit comparable.

Lucinde
Si j'en croyoist ce doux transport,
Je ne me plaindrois plus des rigueurs de mon sort.

Octave
Jamais ardeur ne fût plus belle.

Lucinde
Et bien, vous méritez qu'elle soit mutuelle.

Octave
Quoy ! sans me voir ?... mon bonheur est si grand,
Que je n'ose encor y prétendre.

Lucinde
J'aime à regner sur un coeur tendre,
Pour punir un Infidelle.

Air

En Amour je ne veux connoitre
Qu'un coeur qui se laisse enflammer.
La tendresse que je fais naitre,
Est pour moy la raison d'aimer.

Octave, se démasquant
Ciel ! qu'entens-je ? il est tems de rompre le silence.
Voyez qui vous aimez & qui vous trahissez.

Lucinde
Que vois-je ? Octave !

Octave
Ingrate ! rougissez
De l'Amour & de l'inconstance.

Lucinde
Il est vray, je vous fait une mortelle offence,
Mais, pour la bien sentir,
Vous n'aimez pas assez.

Octave
Je n'aime pas assez. Cruelle !

Lucinde
J'estois prête à brûler d'une flâme nouvelle,
Pour quoy vous plaignez-vous d'un si juste retour ?
Vous n'aviez pas assez d'amour,
Pour meriter un coeur fidelle.

Octave
Ah ! ce nouvel outrage augmente mon courroux.

Lucinde
Que cet emportement est doux !

Octave
Recevoir d'autres voeux !

Lucinde
Mon bonheur est extrême.
Vous êtes devenu jaloux;
Je vois que vous m'aimez autant que je vous aime.

Octave
Que dites-vous ?

Lucinde
Valere que je voi,
Vous l'expliquera mieux que moi.

 

Scene 8
Octave, Lucinde, Valere, Belise

 

Valere, à Octave
De ton deguisement, Lucinde étoit instruite;
Pardonne à ton amy cette infidelité,
Tantôt, quand elle t'a quitté,
J'ay vû son fier dépit, & j'en ay craint la suite.

Belise
De tous nos differents perdons le souvenir,
Et songeons à nous mieux unir,
Octave, imîtez moy, calmez votre colere.

Octave
Oublions tout, puisqu'il le faut.

Lucinde
Non, si vous voulez me plaire,
Ne me pardonnez pas sitôt.

Quatuor

Pour former les plus douces chaînes,
Ne contraignons plus nos desirs,
L'Amour n'offre que des plaisirs,
Les Amants font toutes leurs peines.

 

Scene 9 & dernière

 

Le Choeur
O l'aimable sejour : ô la charmante fête !
L'Amour nous fait vôler de conquête en conquête.
Et la nuit à son tour favorise nos voeux.
Rions, chantons, dansons:
Que la brillante Aurore
A son tout nous trouve encore
Parmi les Plaisirs & les Jeux.

[on danse]

Un Masque

Air

Dieu propice aux tendres Amants,
Triomphe, régne dans nos ames,
Lance tes traits charmants,
Et répand tes plus douces flames.
Tout vole au-devant de tes coups,
Amour, acheve ta victoire:
Que les Dieux même soient jaloux
De nos plaisirs & de ta gloire.
Dieu propice aux tendres Amants, &c.

[on danse]

Un Autre Masque, alternativement avec le Choeur
Quelle nuit est plus charmante !
Le jour même a bien moins d'appas:
Tout nous plaît, tout nous enchante,
Les Ris & les Jeux volent sur nos pas.

Le Choeur
Quelle nuit, &c.

Un Masque, alternativement avec le Choeur
Tout répond à notre attente:
L'Amour qui nous suit, nous dit tout bas:
Du plaisir qui se présente,
Malheureux qui ne profite pas.

Le Choeur
Tout répond, &c

 

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