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sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne 1682 |
Sire, De Vostre
Majesté, SIRE, Les
tres-humbles, tres-obeïssans,
Tres-fideles serviteurs & sujets,
LES ACADEMICIENS DES NOUVELLES DE'COUVERTES
DE MEDECINE
Vivez,
croissez, regnez, digne fruit de la Paix Si le
Ciel dessus nous répand mille bien-fais, Hastez-vous
donc Heros, l'Univers vous en presse. A ces
ris caressans, qui promettent la vie,
Dont vostre auguste Ayeul couronna sa puissance:
Avec vous sur la Terre un siécle d'or commence,
Et des heureux Mortels vous comblez les
souhaits.
En voulant honorer vostre illustre naissance;
Quel sera quelque jour le bon-heur de la France,
Lors que du GRAND LOUIS vous suivez les hauts fais
?
Soûriez tendrement à l'aimable
Déesse
A qui ces derniers mois ont si long-temps
duté:
Le sort promet außi, d'un Oracle asseuré,
Tous les biens qui pourront contenter nostre
envie.

L'Enfer qui craignoit la Naissance d'un Enfant qui devoit un
jour affoiblir l'empire des Ombres, en faisant par ses
exemples une infinité de Héros, & en
conservant par toute la terre la Paix acquise par les vertus
de son Ayeul, en fut troublé jusques dans ses plus
profondes abysmes, & envoya aussi-tost les Douleurs ses
funestes filles, qu'il eut de son triste & incestueux
commerce avec la Nuit, pour s'opposer de tout leur pouvoir
à l'heureux Accouchement de la Princesse.
Les Douleurs se glissérent secrettement dans le
palais, les tenailles & les crochets à la main,
& par leur triste présence troublérent
d'abord la sérenité qui regne ordinairement
dans ces lieux augustes, & consternerent tous les
esprits sans excepter celuy de la Princesse mesme, dont la
fermeté sans égale ne pût s'empescher
d'estre ébranlée à leur aspect
effroyable; Mais il estoit difficile que ce trouble
durât long-temps. Lucine qui n'avoit pas de soin plus
pressant que celuy de cette Mere cherie du Ciel, & celuy
du Royal Enfant qui en devoit naistre, arriva presque
à la mesme heure, & par le seul éclat de
sa presence celeste, dissipa en un instant tous ces
Monstres, rendit à ces lieux leur gayeté &
leur beauté ordinaire, & combla tous les esprits
d'une joye qu'on ne peut pas exprimer.
Lorsque cet Enfant si desiré des Dieux & des
hommes, vit enfin la lumiére du jour, la
Renommée ne fut pas assez prompte pour en porter la
nouvelle par tous les endroits du Monde: La Terre en jetta
des cris de joye si extraordinaires, qu'en un instant les
Cieux en retentirent, & les Enfers en furent
consternez.
Jupiter plus que suffisamment averty que ses desseins
eternels venoient de s'accomplir, en rendit graces aux
Destins; & regardant l'Univers de ce visage qui donne la
serenité au Ciel, & qui sçait calmer en un
instant les plus affreuses tempestes: Il est temps, dit-il,
que les Dieux & les hommes se réjoüissent
d'une maniere qui n'ait encore rien eu de pareil; que toutes
les Divinitez s'aeemblent dont aujourd'huy dans mon Palais
pour y recevoir mes ordres.
Quoyque le Monarque des Cieux eût
éloigné son tonnerre & banny jusqu'aux
moindres marques de son couroux, ces paroles qu'il
prononça ne laisserent pas, en se faisant entendre
par tout l'Univers, d'ébranler le Ciel & la
terre, & de répandre dans tous les coeurs une
crainte respectueuse, ainsi qu'il estoit déja
arrivé quelques mois auparavant, lors qu'il avertit
les Dieux pour la premiere fois de se preparer à
cette Feste, car le tremblement de la terre fut senty en
France manifestement; Et s'il ne fut pas si sensible
ailleurs, c'est parce que la France est le lieu du Monde
où le Monarque du Ciel est plus respecté.
![]()
Dans celuy
de l'Automne: Dans celuy
du
Printemps: Dans celuy
de l'Hyver: A
costé du Char du Soleil à droite &
à gauche, estoient les heures qui tenoient d'une main
une horloge de sable, & de l'autre une Palme
entortillée d'un large rubant où ces paroles
estoient écrites: Apres les
heures suivoient les Jours, les Semaines, les Mois & les
Ans, & au milieu marchoit le Temps traîné
en triomphe & chargé de fers: Il portoit les
restes de sa faux brisée, & sa vieille teste
caduque estoit ceinte d'un bandeau, sur lequel une devise
estoit écrite. Les Jours, les Semaines, les Mois
& les Ans qui l'accompagnoient, avoient chacun à
la main un pennonceau sans lequel il y avoit aussi des
paroles écrites: Sur les
Banderoles des Jours: Sur
celles des Semaines: Sur
celles des Mois & des Ans: Ce
triomphe estoit fermé par l'Abondance, qui tenoit
entre ses bras une vaste corne regorgeante de fruits, autour
de laquelle ces paroles estoient écrites: Lors que
le Soleil & sa suite pompeuse fut arrivée au
Palais du Souverain des Dieux, il y trouva Junon &
Minerve: Venus y arriva bien-tost aprés
accompagnée des Amours, des Graces, des Ris, &
des Jeux, & chacune de ces Déesses approuvant la
forme qu'Apollon avoit prise, voulu faire aussi de son
costé quelque galanterie pareille: Junpn prit la
forme de la R**, & Minerve celle de Madame la Marquise
de M**. Mais Venus, & le plus beau des Amours, ne se
déguiserent point; car il se trouva que sans changer
de visage, Venus ressembloit parfaitement à Madame la
Duchesse de ***, & l'Amour au royal Enfant qui venoit de
naistre.
& premierement des Divinitez du Ciel
Au lieu des feux terrestres qui luisent à Paris dans
les tenebres de la nuit, c'est une infinité d'Astres
qui éclairent l'étenduë de la Cour de
Jupiter, mais d'une maniere infiniment plus brillante, que
nous ne l'appercevons d'icy; & au lieu que les nostres
ne luisent que l'hyver, ceux-là luisent toute
l'année par une magnificence convenable à la
majesté de ces lieux.
Plusieurs Divinitez pour faire leur cour au Souverain Prince
du Ciel, ne prirent cette nuit-là aucun repos, afin
de se trouver avant le Soleil à la porte du Palais.
Ils estoient donc en chemin, & marchoient à la
faveur des flambeaux celestes, lors qu'on vit tout d'un coup
pâlir ces lumieres, & un éclat nouveau
& tout extraordinaire se répandre dans tous les
endroits des Cieux.
Ces Divinitez matineuses furent extremement surprises, ne
sçachant pas ce que ce pouvoit estre que ce nouvel
éclat, lors qu'ils virent Phosphore fils de l'Aurore,
courrier du Soleil, & sur ses pas Nephelé
déesse de l'Aube du jour, qui venoient disposer les
lieux, & faire place à droite & à
gauche pour le passage de leur Maistre.
Aussi-tost les Trompettes aislez de Phebus, desquels la
figure est semblable à celle des Cocqs, firent
entendre leurs cris & leurs fanfares accoutumées,
& l'Aurore qui les suivoit dans le premier Char ne
laissa aucun lieu de douter que ce ne fut le Soleil qui
avoit fait ce jour-là une diligence extraordinaire:
Comme il est fils du grand Jupiter, & pour ainsi dire le
Dauphin des Cieux, tous les Chars des Dieux se rangerent
devant luy à droite & à gauche pour luy
faire place.
Les filles de l'Aurore marchoient à pied devant le
Char de leur Maistresse, tenant à la main des
Corbeilles d'or pleines de roses, qu'elles
répandoient le long du chemin qui aussi-tost changea
sa blancheur en un éclat de pourpre. Les Pages de ces
Nymphes, qui sont les Zephirs, portoient leurs jupes, &
par leurs douces haleines répandoient de tous costez
les feüilles & les parfums de ces fleurs.
L'Aurore qui jusqu'alors avoit pleuré ses malheurs,
oubliant ce jour-là tout son chagrin, ne versa,
dit-on, que des larmes de joye; & Phebus qui s'y
trompoit, se hâtant de les essuyer, acheva d'obscurcir
en un instant tous les Astres par sin vis éclat.
Jamais sa lumiere n'avoit esté si brillante, &
n'avoit couvert d'un or si pur la verdure des jardins des
Dieux. Les ombres des differentes parties de ces palais
qu'il éclairoit de profil, diversifioient si
agréablement les jours des parties
éclairées, que l'oeil y découvroit cent
figures charmantes; & les pierres precieuses dont ils
sont bâtis en recevoient tant de brillant, que jamais
l'Empirée n'avoit parû si belle & si
riche.
Phebus pour mieux soustenir la qualité qu'il a du
plus beau des Dieux, avoit pris la taille & le visage de
LOUIS LE GRAND, & cette galanterie qui fut d'abord
remarquée par toutes les Divinitez plut beaucoup. On
voyoit écrit sur son Char en lettres
éclatantes, Nec pluribus impar, & tous ces Arbres
brillans qu'il venoit d'éteindre à son
arrivée, doinnoient à ces belles paroles une
explication prompte & agreable.
Il estoit assis sur un Chariot d'or tout couver de diamans,
d'escarboucles & de rubis, excepté les rayons des
roües, qui par une agreable diversité estoient
d'argent. On peut bien parler de la richesse de la matiere,
mais pour exprimer la beauté de l'ouvrage, on n'en
sçauroit dire autre chose, sinon qu'il estoit du
Vulcain.
Il estoit tiré par quatre chevaux qui jettoient les
feux & les flames par les naseaux & par la bouche.
Ces chevaux estoient accompagnez des quatre Saisons de
l'année: Le Printemps couronné de roses
nouvelles estoit aurpés du premier nommé
Pyroeïs; L'Hyver avec ses cheveux blancs & sa
grande barbe glacée, estoit auprés du second
nommé Eoüs. L'Automne environné de
Pampres de vigne avec leurs raisins, estoit auprés du
troisiéme nommé Eton, & l'Esté tout
nud & couronné d'épis, accompagnoit le
quatriéme nommé Phlégon.
Sur les housses de ces chevaux estoient representées
en broderie inimitable les plus belles choses, dont chacune
de ces Saisons eut jamais esté témoin; c'est
à dire les Victoires que chacune d'elles a veu
remporter à LOUIS LE GRAND, les Places qu'elles luy
ont veu prendre, & les Batailles qu'elles luy ont veu
gagner; Et les Saisons tenoient chacune en leurs mains un
feston avec des devises en Vers:
Ie le voy triompher du Midy iusqu'à
l'Ourse.
S'il descend s'est pour remonter.
Il ne m'attend iamais pour commencer sa
course.
Mes froids ne sçauroient
l'arrester.
Ajoute une Palme nouvelle.
Un Heros m'a vaincu par mille exploits divers.
En un iour toute la Lorraine.
La Bourgogne en une Semaine.
En un mois la Hollande, en un An
l'Univers.
Il faut le recevoir.
Mars arriva au mesme instant sur un Chariot de
trophées tités par des Lyons. Il estoit
accompagné par la Force, la Valeur, la Fortune, &
la Victoire; & cette Pompe estoit precedée de la
Renommée, & suivie de la Gloire.
Mars estant entré dans le Palais, & y ayant
trouvé Apollon, ne fut pas peu surpris de voir la
forme qu'il avoit prise; car le Dieu de la Guerre avoit
aussi eu soin par dessus toutes choses de prendre la taille
& le visage de LOUIS LE GRAND, pensant par là se
donner un avantage considerable par dessus tous les autres
Dieux. Apollon de son costé n'estoit pas moins
estonné de voir que Mars se fût ainsi
rencontré dans le mesme dessein avec luy. Mars qui ne
sçait ce que c'est que de ceder, vouloit qu'Apollon
quittât cette ressemblance, qui ne pouvoit, disoit-il,
convenir qu'à Mars ou à Jupiter: Apollon ne
manquoit pas d'excellentes raisons pour soûtenir son
droit: Enfin on vit l'heure que la Querelle des Dieux alloit
recommancer, ou du moins que les anciennes inimitiez du
Soleil & de Mars alloient renaistre, à quoy la
presence de Venus ne contribuoit pas peu; si Jupiter
s'interessant entre ses enfans n'eut trouvé le moyen
de conserver la paix dans sa famille par une décision
judicieuse. Il ordonna que l'un & l'autre demeureroit
dans cet estat, qui leur convenoit parfaitement à
tous deux; mais que Mars representeroit le Roy lors qu'il
est au milieu des Ennemis, & qu'Apollon le
representeroit lors qu'il est au milieu de sa Cour.
Astrée Déesse de la Justice, qui estoit assise
à la droite de Jupiter, appuya le jugement de son
Pere, & par ce moyen ces deux freres furent
d'accord.
Là dessus on vit arriver Mercure qui amenoit Comus
Dieu des Festins, & le Genie Dieu de la
Réjoüissance, ausquels Jupiter donna
l'intendance de la Feste des Dieux.
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Neptune qui ne vouloit pas paroistre au milieu de la Cour
celeste avec sa forme de Dieu Marin, songeant à se
donner le plus de majesté qu'il luy seroit possible,
crut qu'il ne pourroit pas mieux faire que de prendre la
forme du Heros, dont le nom & la valeur fait trembler
depuis si long-temps tout l'empire des Mers; mais ayant
appris le bruit qui sur ce sujet estoit arrivé entre
Mars & Phebus, & ne voulant pas se faire d'affaire
dans un Païs estranger, il aima mieux ne pas porter son
ambition si loin, & prit la forme de Monsieur de
V***.
Il monta dans le Ciel avec toute la troupe Marine dans une
grande Coquille de Mer en forme d'un Chariot, tiré
par les Vents qu'Eole conduisoit en qualité de
Cocher. Et les Tritons, Dieux de la Mer, moitié
hommes & moitié Dauphins, & trompettes du
grand Dieu des eaux, faisoient retentir l'air de mille
fanfares le long du chemin.
Neptune & Amphitrite son épouse, Déesse de
la Mer, estoient assis au fond du Chariot; à
costé de Neptune estoit le vieux Ocean, pere des
Fleuves, & grand pere des Nymphes; à costé
d'Amphitrite estoit Thetis, épouse de l'Ocean.
Aux pieds de l'Ocean & de Thetis estoient assis
Nerée leur fils, & Doris leur fille, qui quoyque
frere & soeur n'avoient pas laissé de se marier
ensemble, & avoient eu pour filles les Nymphes, dont une
partie qui avoient les cheveux blonds demeuroient au Ciel,
& les autres qui avoient les cheveux vers demeuroient
les unes sur la terre, dans les bois, les prairies & les
fontaines, & les autres qui du nom de leur pere
s'appeloient Nereïdes, faisoient leur sejour dans la
Mer. Les bords du Chariot estoient donc couverts des
Nereïdes qui portoient des alcions, du corail, de
l'ambre-gris, & dans des coquilles des perles qu'elles
avoient eu soin d'amasser pour faire des presens dans le
Ciel.
Derriere le Chariot estoient tous les fleuves enfans de
l'Ocean, ayant chacun leurs cruches à la main: Ceux
qui tenoient le premier rangstoient les quatre principaux
Fleuves de France, à sçavoir, la Seine, la
Loire, le Rône & la Garonne: Ensuite estoient les
cinq principaux Fleuves d'Espagne, la Guadiane, le
Gaudalquivir, le Tage, le Doure & l'Ebre; puis le Po,
l'Arno, & le Tibre fleuves d'Italie; aprés
lesquels estoient la Marize, le Penée &
l'Alphée fleuves de grece; puis on voyoit le Rhein,
le Veser, l'Elbe, l'Oder & le Danube, fleuves
d'Allemagne: Ensuite estoient la Tamise & la Severne
fleuves d'Angleterre; la Vistule, la Divine, le Borsitene,
& les autres fleuves de Pologne; la Torne & les
autres fleuves de Suede; le Volga, le Tana, Lobi, & les
autres fleuves de Moscovie; Enfin le Jourdain, le Tygre,
l'Euphrate, l'Indus, le Gange, le Quiam, le tartar, &
les autres fleuves d'Asie; le Nil, le Niger, le Spiritu-
santo, los Infantes, & les autres fleuves d'Afrique,
avec le grand fleuve de la nouvelle France, celuy de la
Plata, celuy des Amazones, & les autres fleuves du
nouveau monde.
Chacun de ces fleuves portoient dans de grands coquilles
quantité de beaux poissons, dont ils vouloient faire
present aux Dieux, & Neptune avoit aussi eu soin d'en
faire pescher des plus beaux, & de faire chercher tout
ce que la Mer avoit de plus precieux par Glaucus Dieu Marin,
qui avant d'estre Dieu avoit esté autrefois excellent
pescheur, & s'estant precipité dans la Mer par
une prompte fureur que luy avoient inspirée certaines
herbes qu'il avoit mangées, fut changé en Dieu
Marin par Neptune, qui crut qu'il en pouroit tirer du
service à cause de son extréme adresse
à pescher. Les Divinitez Marines qui ne purent pas
trouver place dans le Chariot, allerent sur les aîles
des Vents.
Cette grande quantité de Dieux humides qui prirent
leur route dans l'air, causerent sur la terre des grandes
obscuritez pluvieuses, & c'est ce qui a causé
tant de vents & de pluyes dans la saison
avancée.
Neptune avec Amphitrite son épouse & toute sa
suite, estant arrivé dans le Ciel, alla descendre au
Palais du Dauphin celeste, qui fit autrefois leur Mariage.
Ce Dauphin le plus beau de tous les Astres, parmy lesquels
il tient la premiere place, ayant son palais au milieu du
Ciel, où il est respecté pardessus tous les
autres, les receut avec une magnificence qu'on ne
sçauroit exprimer; & Neptune charmé de ses
honnestetez, rodonna qu'on luy offrît toutes les
raretez que les gens de sa suite avoient apportées,
& qu'il avoit fait amasser soigneusement luy-mesme par
l'excellent pescheur Glaucus.
Le Dauphin aprés les avoir regalez les fit monter sur
de magnifiques Chariots, & s'estant paré
luy-mesme de tout son éclat & de toute sa
beauté, par laquelle il égale les plus beaux
des Dieux, il monta sur le Chariot où estoit Neptune,
& le conduisit au Palais de Jupiter, où ils
furent receus avec tous les tesmoignages de joye dont les
Divinitez sont capables.
Neptune cependant ne se contenta pas d'avoir comblé
son hoste celeste de ses présens, il luy jura trois
fois par le Stix ce venerable fleuve des Enfers, dont la
Majesté est si respectée des Dieux, qu'il
vouloit luy donner un pouvoir absolu dans l'empire des Eaux,
luy soûmettre les vents & les flots, le rendre
arbitre souverain du calme & de la tempeste, & luy
ouvrir en tout temps les tresors de la Mer: Aprés
quoy s'adressant aux fleuves qui l'avoient suivy, & leur
parlant en Souverain, Il leur declara que c'estoit la
volonté de Neptune, & celle des Destins, qu'ils
fussent soûmis au Dauphin, & que son empire
s'estendît par tout où les eaux pouvoient
s'estendre, & jura encor trois fois par le Stix que
s'ils refusoient de luy obeïr, leurs eaux ne seroient
plus receuës dans le sein de l'Ocean leur commun ayeul.
Tous les Fleuves témoignerent leur obeïssance
par une profonde inclination; Et ensuite joignant leurs voix
à celles des Nereïdes, & aux Trompettes
marines des Tritons, entonnerent mille beaux Cantiques
à la gloire du Dauphin, & rendirent follement par
mille voeux les juremens de Neptune; Aprés quoy
Palemon Sur -Intendant des Ports de Mers vint reconnoistre
le Dauphin pour son Souverain, luy presta le serment de
fidelité, & luy jura que tous les Ports luy
seroient ouverts en tout temps par tous les endroits du
Monde.
Enfin les Divinitez Marines voyant que les Celestes, pour
honorer LOUIS LE GRAND, avoient pris la figure des plus
illustres personnes de sa Cour; pour témoigner de
leur costé combien elles honoroient l'Auguste
Dauphin, tous les fleuves & les autres Dieux des eaux
prirent la forme de ses Officiers, & les Nereïdes
s'estant ornée d'une supréme beauté,
prirent la forme des filles de la celeste Dauphine.
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Elle avoit pris la figure de M***, & fut ravie de voir
qu'entre les Nymphes, celles qui pouvoient passer pour ses
favorites & pour les meilleures chasseuses, prevenant en
quelque façon ses desseins, avoit pris la figure des
filles de la divine Personne, dont elle avoit copié
l'air & le visage.
Parmy les Dryades & les Hamadryades, qui sont les
Nymphes des Arbres, & des Bois, on avoit veu briller
commes des astres Mademoiselle de P*** & Mademoiselle de
***. Les autres éclatoient parmy les Oreades, qui
sont les Nymphes des Montagnes; parmy les Naïades, qui
sont les Nymphes des fontaines & des ruisseaux, &
parmy le Napées, qui sont les Nymphes des prairies
& des fleurs.
La seule difference qu'on pouvoit remarquer entre ces
Nymphes & les personnes qu'elles representoient, estoit
la difference d'habit; car au lieu que ces personnes sont
toujours extremement couvertes, les Nymphes quoyque
tres-chastes, n'observent pas une si grande severité
là dessus: La raison de cela est, que parmy les Dieux
on ne garde pas les mesmes mesures que parmy les hommes,
outre que leur exercice ordinaire estant la chasse, elles
sont obligées de s'habiller d'une maniere
negligée pour pouvoir chasser plus
commodément. Elle laissent donc flotter au gré
des zephirs les plus beaux cheveux du monde, qui quoyqu'ils
soient noüez avec des rubants, à cause de leur
extréme longueur, ne laissent pas de répandre
encor jusqu'à la ceinture un milion de belles ondes
& d'anneaux charmans que la nature seule leur fait
étaler. Leur peau plus blanche que l'albastre
n'estoit cachée que par une robbe legere, qui prenant
sur l'épaule droite venoit rabatre sous la gauche,
& leur découvrant la moitié du sein,
estoit attachée sur le milieu de la poitrine avec une
rose de rubans; & enfin pour leur laisser la
liberté decourir estoit relevée du
costé droit jusqu'à la moitié de la
cuisse, où elle estoit attachée par un gros
diamant. Au reste elles tenoient à la main un arc
d'yvoire, & portoient au costé un carquois plein
de fléches attaché par un large ruban d'or
passé d'une épaule à l'autre en forme
de baudrier.
Autant que les Dieux s'estoient divertis en voyant Pan, les
Sylvains & les Faunes, autant ils demeurerent surpris
& estonnez à l'aspect des Nymphes: Il y en eut
mesme dont le repos & la gayeté fut si
troublée par cette veuë, que passant tout d'un
coup de l'extréme enjoüement dans la resverie,
ils desiroient quelquefois de quitter les Cieux pour pouvoir
habiter parmy les Divinitez terrestres, jusques à
envier le sort des Faunes & des Sylvains.
On ne sçauroit croire la gloire que Diane receut du
bon ordre où l'on vit la Cour: Il n'en fut pas de
mesme des demy-Dieux qui estoient venus sous la conduite de
Pan, il n'y avoit rien de plus insolent; & comme ils se
trouvoient là pelle-mesle parmy les Nymphes, qui
n'avoient pas la liberté de les fuïr à
leur ordinaire pour éviter leurs insultes, à
peine pouvoient-ils demeurer dans le respect que demandoient
ces lieux sacrez, & la presence auguste de la Reine des
Nymphes.
Outre qu'ils estoient si mal instruits, il s'en trouva
quantité d'absens qui ne s'estoient pas rendus au
Ciel selon les ordres du Roy des Dieux, & c'estoit toute
la trouppe des Satyres. Jupiter ayant donc demandé la
raison de leur absence, les Faunes luy répondirent
qu'ils n'avoient pas voulu venir avec les autres, parce
qu'ils s'estoient fait un plus grand honneur de suivre B***,
que les Muses avoient choisi pour les conduire au Ciel,
& leur tenir lieu d'Apollon leur Roy,
qu'asseurément on les verroit bien-tost avec luy.
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Les Muses filles de Jupiter & de la Déesse
Memoire, entrerent au Ciel sur un Chariot de triomphe
tiré par le Cheval Pegase.
Au devant du Chariot estoit assise l'Armonie,
accompagnée d'Arion, d'Amhpion & d'Orphée.
A juger par l'exterieur, on auroit pris l'Armonie pour
Mademoiselle, Mess. Arion pour Ber***, Amphion pour Lamb***,
Orphée pour Ba***.
Au fond du Chariot estoient les Muses chacune dans leur
rang. Calliope qui préside aux pieces heroïques
tenoit la premiere place. Elle avoit pris la figure de
Mademoiselle du P***. Erato qui preside aux Chansonnettes,
& aux petits Vers tendres, avoit pris la taille & le
visage de Mad. des Ou***. Melpomene qui preside à la
Tragedie & à la Pastorale, celle de Mad. le F***.
Thalie, qui preside à la Comedie, s'estoit
renduë tout-à-fait semblable à Mad. de
V***. Clio, dont la divinité preside à
l'histoire, avoit copié tous les traits de Mad. de
Sc***. Vranie, que l'Astronomie reconnoist pour sa
Princesse, n'auroit pas pû se distinguer de Mad. du
M***. Terpsicore, qui preside au Lut & à la
Dance, avoit si bien ménagé sur son visage les
traits de cinq ou six differentes personnes, que vous
eussiez dit les voir toutes en ne voyant qu'elle seule.
Euterpe qui passe pour joüer excellemment de la fkuste,
sembloit s'estre déguisée en homme, & on
l'auroit prise pour Ho***. Enfin Polymnie qui inspire la
belle declaration, sembloit si bien avoit pris la figure de
la Ch***, que les plus habiles connoisseurs y auroient
esté trompez.
Les Muses traînoient en triomphe aprés leur
Chariot, pieds & mains liez, le 45. Vers de la 7. Satyre
de B***, avec plusieurs emistiches ramassez en divers
endroits de ses oeuvres.
Au milieu de la troupe de ces sçavantes Soeurs,
estoit assis B*** couronné de lauriers, &
à ses pieds autour de luy estoient couchez les
Satyres. Il s'occupa le long du chemin à leur faire
chater les loüanges du Vainqueur des Vainqueurs:
C'estoit le nom qui retentissoit le plus souvent dans leurs
bouches. Plût au Ciel que j'eusse le temps de
rapporter icy les divins Vers qu'elles firent entendre,
& qu'une envieuse necessité ne m'eut pas prescrit
des momens si cours. Depuis que Deucalion & Pyrra se
trouverent sur le Parnasse dans l'affreuse solitude du
Monde, jamais ce Mont sacré n'avoit rien rien entendu
de si beau: Vous eussiez veu les Pins, les Lauriers, les
Chesnes & les Cyprés s'émouvoir, agiter
leurs branches & fremir d'estre retenus, & de ne
pouvoir exprimer par de libres mouvemens &
d'harmonieuses cadences la belle & divine mesure de ces
Vers. Il n'y avoit pas jusqu'aux Ours & aux bestes les
plus feroces, qui du fond des antres secrets, n'en
témoignassent leur plaisir. Les restes mesmes de la
voix des Muses, & les frgamens negligez que les Rochers
pouvoient ramasser au hazard, estoient capables d'enchanter
les choses les plus insensibles. On peut bien dire que
jamais Ismare ou Rodope n'ont tant admiré
Orphée, & que jamais Thebe ny les Dauphins n'ont
esté si charmez des airs d'Arion ou d'Amphion.
Car elles chantoient de quelle maniere un Heros que le Ciel
fit naistre pour gouverner l'Univers, combattant luy seul
contre toutes les puissances de l'Europe, les avoit toutes
vaincuës: Comment il avoit remporté mille
Victoires, & subjugué au milieu des Hyvers des
NAtions qui jusqu'alors avoient paru invincibles: Comment
son ardente Cavalerie ayant couvert les eaux du Rhein, &
combattant dans les flots, avoient mis en déroute mes
nombreuses Amrées qui en couvroient le rivage: On a
bien veu, disoient-elles, un nombre de Cinquerans
bâtir des Ponts sur les fleuves, ou passer à
gué des rivieres qui s'opposoient à leurs
courses; mais une Armée entiere se precipiter dans
des abymes sans fond, & en sortit victorieuses
aprés avoir combatu à cheval au milieu d'une
vaste mer, comme on auroit fait sur terre: Ce sont des
choses que les siecles passez ont tout-à-fait
ignorées, & que la posterité aura peine
à croire. Heros qui n'avez jamais eu de pareil, &
auquel les siecles avenir ne verront rien de semblable qui
poura jamais s'opposer à la rapidité de vos
Victoires: la Terre n'a rien pour vous d'invincible, &
le Ciel n'a rien qui vous soit contraire; la Terre & la
Mer vous obeïssent, & le Ciel prend plaisir
à favoriser vos desseins.
Puis elles racontoient de quelle maniere il a reduit sous
son obeïssance en un jour des Provinces entieres; comme
tout l'empire des Mers luy est soûmis, enfin comment
son nom seul a triomphé des plus puissans peuples du
Monde. Quand on a dit jusqu'à present de quelques
Heros (chantoient ces doctes Reines du langage) que leur nom
seul prenoit des Villes & remportoit des Victoires,
cette façon de parler n'a jamais passé sur le
Parnasse que pour une forte metaphore, ou pour mieux dire
pour une exageration; Mais à légard de LOUIS
LE GRAND, elle n'est plus regardée que comme une
expression litterale. Ouvrez vos portes Strasbourg, abassiez
le Pont-levis de vos Citadelles: Voicy LOUIS qui approche;
ses fiers regards sont capables de faire tomber vos murs.
Qu'avons-nous dit ? Ne craignez rien: Il n'a pour vous que
des regards doux & tranquilles: Il ne vous considere pas
comme ses ennemis: Vous estes à luy dés
l'instant qu'il a songé à vous prendre. Que
dire des Places qu'il a soûmise en Italie, en Espagne,
en Allemagne; des Victoires qu'il a remporté en Asie,
en Afrique, dans le nouveau Monde, & des Conquestes
qu'il a faites en un mesme temps de l'Orient à
l'Occident, du Spetentrion au Midy; mais que dire plutost
des Conquestes qu'il n'a pas faites, des Victoires qu'il n'a
pas voulu remporter, des Triomphes qu'il a meprisez ?
Certainement on a bien veu des Vainqueurs s'assujettir des
Nations entieres; Mais LOUIS LE GRAND est le premier qu'on a
veu refuser de vaincre. On a veu des Generaux tailler en
piece des millions d'hommes; mais combien en avoit-on encor
veu épargner le sang de leurs Ennemis: Le Temple de
Memoire est plein de Heros, qui ont suivy le cours de leurs
Victoires; mais on n'en connoissoit point encore qui eussent
eux-mesmes de leur plein gré arresté le cours
de leurs triomphes en faveur des peuples qu'ils pouvoient
dompter.
Enfin elles dirent tout ce qu'un Heros formé sur le
modele des Divinitez les plus parfaites peut faire ou
projetter de plus grand. Les bois sacrez d'Helicon, &
ses augustes rochers en retentirent jusqu'à ce que
Pegase par sa course rapide les eût
élevées si haut, que les Airs d'une voix
confuse ne faisoient plus que gémir, & que les
plus hautes forests avec mille regrets les perdirent de
veuë.
Leur Concert ayant esté entendu de loin dans les
Cieux, toute la Cour celeste courut au devant d'elles, on
les receut avec toute la feste & la
réjoüissance possible. Jupiter ayant
embrassé ses cheres filles, regarda d'un visage riant
& favorables les demy-Dieux qui les accompagnoient,
& pardessus les autres leur illustre guide, à qui
Apollon fit des remerciemens du soin qu'il avoit pris de les
conduire en sa place. Au reste on ne sçauroit
exprimer les amitiez & les caresses que les Muses firent
au celeste Dauphin, à cause de la consideration
particuliere qu'il a pour elles, & combien elles le
remercierent du soin qu'il avoit pris si genereusement de
conserver leur cher Arion dans le present danger où
il s'étoit trouvé. Arion luy en rendit encore
mille nouvelles actions de graces, & tout le Parnasse
d'une commune voix luy témoigna sa reconnoissance, de
la protection qu'il avoit donnée aux Muses en la
personne de ce divin Poëte.
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Il jugea à propos d'en envoyer aussi à
Vulcain, parce qu'il n'avoit point de temps à perdre
pour forger incessamment des foudres à ce jeune
Heros, dont Mars vouloit faire son eléve.
Le Dieu Terme en receut aussi, parce que Jupiter ne vouloit
pas que cette Divinité qui termine toutes choses, se
meslast de la vie, des vertus, de la fortune, des victoires
& de la gloire du divin Enfant dont on alloit celebrer
la Naissance royale.
Enfin on exclud aussi les Hyadres, parce qu'estant des
Divinitez pluvieuses, elles ne sont pas propres aux
réjoüissances. Toutefois il permis au Verseau de
s'y trouver, à condition qu'il ne se serviroit de sa
cruche que pour donner à laver les mains.
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Jupiter voulant avoir la satisfaction ce jour-là de
manger avec toute sa divine famille, envoya Mercure chercher
de tous costez son fils Baccus; car quoy qu'il soit un peu
débauché, Jupiter ne laisse pas de l'aimer
pardessus les autres, à cause qu'il en est pour ainsi
dire le pere & la mere tout ensemble, l'ayant
engendré premierement dans le ventre de Semelé
une de ses maistresses, & l'ayant ensuite porté
trois mois dans sa cuisse pour luy faire achever son temps,
à cause qu'il estoit né avant terme, par un
malheur qu'avoit causé à sa mere le trop grand
amour de Jupiter & la vengeance de Junon; Ainsi Jupiter
l'avoit toujours chery avec tant de tendresse, qu'il en
avoit fait son enfant gâté.
Il s'en est toujours beaucoup falu que Mercure n'ait
esté traité avec tant de douceur; car parce
qu'il aime moins les plaisirs & qu'il est adroit,
Jupiter le fait courir jour & nuit comme un postillon,
pour ses amours & pour ses autres messages; Mercure
prend donc sur le champ son caducée, & s'en va
chercher son frere Baccus.
Ce seroit une chose agreable d'entendre raconter toutes les
avantures qu'il ut en le cherchant: Enfin aprés avoir
tenu le Ciel & la Terre, ce qu'un Dieu comme luy peut
faire en peu de temps, il le trouva aurpés de Beaune,
au pied de la colline de Volenet, dans un antre frais
où il s'estoit endormy avec le vieux Silene son pere
nourricier, encore tout regorgeans à leur ordinaire
du vin qu'ils avoient beu la veille. Il n'y avoit dans la
grotte que des fleurs & des guirlandes qui leur estoient
tombées de dessus la teste, & une grosse &
lourde bouteille qui estoit pendante à la branche
d'un arbre, auquel l'âne de Silene estoit
attaché.
Mercure les ayant éveillez, & leur ayant appris
les ordres du grand Jupiter, remonta promptement au Ciel
pour raison de son Message: Cependant Baccus qui ne
sçavoit presque encore où il estoit, ayant
enfin reconnu la Capitale de son empire, fit amener son
Chariot & ses Tigres; puis y ayant fait monter Silene,
il s'y plaça aussi avec eux, & s'estant souvenu
de l'assemblée des Dieux, tourna du costé du
Ciel, om il s'en alla droit au palais de son pere,
aprés avoir pris la forme de son favory, à qui
la parque avoit coupé depuis peu la trame de la vie.
Cette forme estoit la plus belle qui eut jamais embelly un
Heros de la Cour Bachique; & Baccus en faisoit tant de
cas, qu'il n'avoit encore trouvé personne depuis le
feu *** de réjoüissante memoire, qui fût
digne de la prendre, quoy qu'on dît qu'il eust in
petto, quelqu'un à qui il devoit bien-tost la
donner. Silene pour faire honneur à son
nourriçon lors qu'il se retira à la Cour
celeste, prit la forme de l'Equier de Baccus, & changea
son âne en un rossignol non moins instruit à
bien boire, que les oiseaux de ce nom sont instruits
à bien chanter.
Si d'estre atendu avec impatience est un moyen pour estre
bien receu, Baccus sans doute fut le mieux e toutes les
Divinitez: On ne luy fit pourtant pas beaucoup de
ceremonies, parce qu'on estoit pressé de manger; mais
comme il paroissoit échaffé du voyage, on luy
chercha un lieu propre à se rafraischir, & on le
plaça prés des glaces de l'Hyver, qui avoient
accompagné le char du Soleil avec les autres Saisons
de l'Année. Le Printemps prit sa place auprés
de Venus & de Mars: l'Esté demeura auprés
du Soleil, & l'Automne alla se placer prest de l'Hyver,
en sorte que Baccus estoit au milieu des deux.
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Comus avoit eu soin de faire apprester d'une maniere
delicieuse les plus beaux poissons de la mer & des
rivieres, dont le celeste Dauphin avoit fait present au
grand Jupiter, aprés les avoit receus de Neptune. On
y but par delices & par somptuosité les perles
des Nereïdes dissoutes dans le Nectar: On y mangea de
toutes sortes de gibiers, dont le Dieu Pan, les Faunes, les
Sylvains, les Satyrs, & les Nymphes de Diane avoient
fait présent au Prince des Cieux. Du reste on
n'épargna point l'ambrosie ny le nectar,
qu'Hebé Déesse de la Jeunesse, & le beau
Ganimede versoient à grands flots dans les coupes des
Dieux.
Cependant Pelops, à la premiere vigueur dont il vit
que les Dieux donnoient sur les viandes, commençoit
à avoir peur que les vivres venant à manquer,
on ne luy mangeât encore l'autre épaule, comme
in luy en avoit déja mangé une, ou plutost
qu'on ne ne le fist d'yvoire depuis la teste jusqu'aux
pieds: Mais sa grande frayeur cessa, lors qu'il vit
qu'aprés avoir beu un fort grand nombre de santez
qu'on fit courir à la ronde, Flore, Pomone &
Priape arriverent suivis d'une grande quantité de
Satyres, qui appportoient les plus beaux fruits qui eussent
jamais esté servis sur la table du Roy des Dieux: les
Faunes & les Sylvains desservirent à l'instant
les viandes, & Pomone, Priape & Flore mirent le
dessert sur table.
Momus, le Dieu de la raillerie, fils du Sommeil, & de la
Nuit, & qui jusqu'alors n'avoit pas encore paru, suivoit
cette trouppe galante. Si-tost qu'il fut apperceu des Dieux,
ce fut à qui luy en donneroit davantage: Les
railleurs sont sujets à estre raillez; mais sur tout
ce jour-là le pauvre Momus donnoit sur luy une belle
prise, & s'il divertit la Compagnie, ce fut sans doute
à ses dépens. On sçavoit à la
Cour de Jupiter le pitoyable personnage qu'il avoit
joüé à la Cour de France, & les
grossieres negociations de sa gortesque ambassade; enfin
personne n'ignoroit de quelle maniere il avoit esté
la dupe des François qui l'avoient tous
joüé depuis le Prince & le Duc, jusqu'aux
valets & aux pages: Il estoit si interdit qu'il ne le
reconnoissoit plus: à peine sçavtoi-il mesme
en quel endroit il estoit. Le grand tintamarre, la
magnificence, & la foule inconcevable qu'il avoit
veuë le matin, luy faisoient souvant penser qu'il
estoit encore au milieu de Paris: & quand il fut
entré dans la salle où mangeoient les Dieux,
à chaque instant il jettoit les yeux sur Mars ou sur
Apollon, une certaine rougeur ne laissoit pas de monter au
visage de cet effronté, & on le voyoit saisi d'un
respect qu'il n'a pas accoustumé d'avoir pour ces
deux Divinitez, & tel qu'il le sentoit effectivement
malgré qu'il en eût pour la majesté de
LOUIS LE GRAND, lors qu'il estoit à la Cour de ce
Monarque. Tantost on la railloit sur les complimens qu'il
avoit faits aux tableaux de la galerie de Saint Cloud, &
à ceux du Château de Versailles, en les prenant
innocemment pour les Dieux qu'il venoit de quitter; tantost
sur les charmes qu'il avoit dans un habit de femme qui luy
avoient attiré les soûpirs & les adorations
d'un vieux Duc gouteux; tantost sur la derniere avanture de
l'arrivée du Mary dont il contrefaisoit la femme,
& sur la ceremonie de la bastonade qu'on luy avoit
preparée; enfin on le mit en un tel estat qu'il ne
sçavoit plus où il en estoit.
Pendant qu'une partie des Dieux s'amusoient ainsi à
le railler, les amours d'un autre costé se
divertissoient avec les Ris & les Jeux; & comme
quelques Nymphes enjoüées leurs jettoient
incessament des noyaux & des fruits pour rire, les
Amours avec lesquels il ne se fait pas bon joüer, parce
qu'ils sont perfides & qu'ils blessent en caressant,
firent bien du mal à quelqu'unes, qui n'oserent pas
s'en vanter. Ils portent toûjours avec eux des traits
dont il est dangereux d'estre seulement
égratigné, & il est difficile de badiner
avec eux sans en recevoir quelque blessure: Ils estoient en
humeur ce jour là plusque jamais de faire mille
pieces aux uns & aux autres; & sans doute ils
auroient fait de plus grands desordres si Orphée
& Amphion, qui avoient pitié de Momus qu'on
battoit en ruine, ne se fussent tirez à
l'écart & n'eussent commencé à
pinser leurs luts pour détourner les Dieux de ces
bagatelles.
Dés les premiers sons que rendirent les cordes
harmonieuses de leurs instrumens, le Silence qui n'avoit pas
encore paru dans les Cieux de tout ce jour là entra
dans le Palais le doigt sur la bouche, & tous les Dieux
rendus attentifs écoûterent cette divine
mélodie avec le dernier ravissement.
Les Muses & les plus belles voix des Nymphes se
joignirent à eux, Apollon & Arion s'y joignirent
aussi, & on commenàa à chanter le
Genethliaque, c'est à dire l'Hymne de la Naissance en
l'honneur du Royal Enfant.
Le Coeur [sic] des Muses & des Nymphes
déclara au nom des Dieux que la Fortune; la Victoire,
la Gloire, les Graces, toutes les Vertus, avec les Amours,
les Ris & les Jeux l'accompagneroient eternellement;
& que comme Jupiter avoit sous luy les plus grands
Dieux, qui estoient ses propres enfans, & partageoient
avec luy le soin de gouverner le Monde, ce jeune Prince
seroit la seconde Divinité, qui partageoit avec LOUIS
LE GRAND le soin de gouverner la Terre.
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Aprés que ces ombres eurent fait ainsi quelques tours
par l'Empire, amphion le divin Musicien voulant montrer ce
qu'il sçavoit faire, sçeut pinser si
adroitement les cordes de son lut, qu'il obligea ces Pins
& ces Chesnes en suivant les tons & l'armonie
merveilleuse de son instrument à les ranger les uns
aprés les autres en forme de scene, faisant de leurs
branches entre-lassées, selon la mesure de ses airs,
un theâtre, un parterre, un amphitheâtre, &
des loges.
Cet évenement, quelque surprenant qu'il pût
être, ne surprit pourtant pas les Dieux, qui
connoissoient dés long-temps le merite d'Amphion,
& qui n'ignoroient pas de quelle maniere le grande &
fameuse Ville de Thebe avoit esté bastie, &
comment ce nombre infiny de Palais dont elle estoit
composée n'avoit point eu d'autres Architecte que la
lyre de cette [sic] illustre Eleve des Muses, qui
avoit obligé les pierres suivant la mesure & la
cadence admirable de ses pieces, à se placer
d'elles-mesmes les unes sur les autres, & à
former par leur arrangement volontaire des maisons dignes de
loger les Dieux.
Une infinité d'oiseaux meslant avec une merveilleuse
harmonie leurs Concerts aux instrumens de ces divins
Musiciens, commencerent une symphonie dont les esprits
estoient enlevez. Le Dieu Pan tressaillant de joye
d'entendre ces beaux accords, voulut y mesler les sons de la
flûte champestre dont il est l'autheur; & comme il
soufloit de toute sa force, il entendit à la faveur
de ses grandes oreilles, quelques Dieux qui se disoient l'un
à l'autre qu'il faloit faire retirer ce vilain
chaudronnier. Pan ayant jetté les yeux du
costé de Jupiter, pour voir s'il n'estoit pas de
meilleur goût que les autres, & l'ayant vû
parler bas à l'oreille de Mercure, crût qu'il
l'alloit envoyer pour le faire taire; de sorte que pour
prévenir l'affront qu'il apprehendoit, il fit
semblant d'estre incommodé, & ne pouvant cacher
le dépit qui éclatoit sur son visage, il alla
avec le grand bruit que faisoient les ergots de ses pieds de
Chévre, se placer dans le fonds d'une loge, où
il gronda le reste du jour.
Cependant les Satyres avec les Nymphes commencerent une
danse charmante; on y auroit aisément reconnu les
personnes de la Cour qui dansent le mieux, tant les mieux
faites des Nymphes prenoient plaisir à les imiter. On
y remarquoit entr'autres Madame la P. de C***, qui neleva le
coeur de toute l'Assemblée.
Aprés que le Ballet fut achevé les Muses &
leurs Nourriçons commencerent un Opera dont les Vers
avoient esté composez par les Muses mesmes, & la
Musique par Orphée, qui avoit pris le visage de
Ba***. Le sujet estoit la Naissance de Jupiter. La Scene est
dans l'isle de Créte, au pied du Mont-Yda.
Le Ballet que les Nymphes venoient de danser estoit un
Ballet des Nymphes de Créte, qui faisoient des voeux
pour l'heureux accouchement de Cybéle, & qui
tenoient dans leurs mains les choses necessaires pour
élever le divin Enfant.
La Premiere Scene du premier Acte representoit Saturne
épouvanté de l'Arrest des Destinées,
qui vouloient qu'un de ses Fils luy ostât l'Empire.
Dans la seconde on entendoit les discours qu'il ne tenoit
à ses Confidens, comment il déchargeoit en
leur presence les plus secrets chagrins de son ame. Dans la
troiséme on voyoit paroistre la Crainte, fille de
l'Enfer, qui soroit des lieux souterrains pour le venir
effrayer sur ce sujet, & qui luy faisoit prendre mille
resolutions contre sa famille, & contre sa maison: Enfin
on voyoit comment cette malheureuse Crainte luy persuada de
devorer tous ses enfans masles, & de conserver seulement
les filles.
Aprés cet Acte on dansa le Ballet des
Destinées & de la Crainte.
La prepiere Scene du second Acte estoit l'accouchement de
Cybéle, où l'on voyoit les Douleurs filles de
l'Enfer combattuës par Lucine: La seconde Scene
representoit le trouble des Nymphes: la troisiéme
estoit la cruauté de Saturne, & son empressement
pour devorer son enfant. Dans la quatriéme on voyoit
la maniere dont Cybéle appella l'Amour pour le
consulter; Et dans la cinquiéme, comment ce Dieu luy
fournit une adresse merveilleuse pour sauver Jupiter, qui
fut que comme elle avoit accouché tout à la
fois de Jupiter & de Junon, elle ne montreroit à
Saturne que la fille, & feroit élever Jupiter en
secret; & dans les dix Scene suivantes on vit les
desordres que l'arrivée de l'Amour causa parmy les
Nymphes qui prenoient soin des couches de Cybéle.
Ensuite on dansa le Ballet des Amours, des Intrigues, des
Ruses & des Inventions.
La premiere Scene du troisiéme Acte faisoit voir les
mesures qu'on avoit prises pour faire élever Jupiter
en secret, & comment on avoit resolu de le confier aux
Curétes: la seconde exprimoit les soins des
Corybantes, qui chantoient continuelement au tour du
Berceau, & battoient sans cesse du tamlbour de tous
costez, pour emprescher que les cris de cet Enfant ne
trahissent leurs desseins.
Jupiter voyant representer cet endroit de sa naissance,
trouva qu'il avoit effectivement beaucoup de rapport avec la
naissance du royal Enfant, qui seroit élevé
parmy le bruit des tambours, des trompettes, & des
Canons de son auguste Ayeul, avec cette difference que ce
sera d'une maniere plus noble qu'il n'est arrivé
à Jupiter mesme: Les dernieres Scenes comprenoient
enfin les difficultez qu'on avoit veuës à
empescher que rien ne fut découvert: Combien Saturne
dont l'esprit est naturellement mélancolique, songeur
& défiant, leur avoit joüé de tours,
afin de les surprendre, & les manieres adroites dont
elles avoient évité toutes ses poursuites; les
presens qu'il avoit voulu faire aux Nymphes, & toutes
les ruses qu'il avoit inutilement employées pour les
suborner, en leur promettant en mariage les plus beaus des
Dieux, dont on voit les extrémes empressemens pour
elles.
Le Ballet fut dansé par les Satyres & les
Nymphes, representoit premierement les Corybantes avec leurs
tambours, & les entrechoquemens de leurs boucliers
d'airain, ce qui estoit un jeu nouveau qu'ils avoient
inventé pour mieux empescher qu'on n'entendît
les cris de l'Enfant; & ensuite on voyoit les vains
efforts de l'Hymen vaincu & meprisé par les
Nymphes.
La premiere, la seconde, & la troiséme Scene du
quatriéme Acte, representoient le soin &
l'embaras des Nymphes pour trouver une Nourice à
Jupiter, parce qu'estant toutes vierges, aucun d'elles ne
pouvoit luy donner à teter: LA quatriéme
faisoit voir la necessité où l'on se trouvoit
de prendre une chévre, & l'on voyoit comment
l'avis en avoit esté donné à Esculape:
la cinquiéme, la sixiéme & la
septiéme Scene comprenoient les presens que les
Divinitez champétres venoient faire à Jupiter
& à Cybéle, & les graces que Jupiter
mesme leur fit par un pouvoir tout divin: La
huitiéme, la neuviéme & la dixiéme
Scene, representoient les prodiges de la naissance de ce
Dieu; & la onziéme, comment les cornes de sa
Nourrice commencerent à se changer en Cornes
d'abondance.
Aprés cet Acte on dansa le Ballet des Divinitez
champestres qui apportoient des presens, & le Ballet des
Chévres, des Cerfs, des Chamois, des Chevreüils
& des Daims, qui venoient feliciter la Nourrice de
Jupiter, & se rejoüir de l'honneur qui est
arrivé à tout leur genre: Car comme si la
chose eur esté vraye aussi bien qu'elle estoit
feinte, les divins accens de la lire d'Orphée
attirerent là tous ces animaux, comme il avoit
accoûtumé autrefois de les faire suivre par
tout, & de les faire danser sur le Mont-Rodope.
Le cinquiéme Acte represente la parfaire persuasion
de Saturne, qu'il n' a pas esté trompé, les
soins qu'il prend luy-mesme de Cybéle, les
recompenses qu'il donne aux Nymphes qui ont eu soin de cet
accouchement: Comment il leur fait les presens qu'elles
avoient méprisez, & les marie aux Dieux ausquels
elles avoient preferé le devoir du secret: Enfin les
dernieres Scenes font voir les réjouissances
universelles que fait Saturne de l'accouchement de
Cybéle, lesquelles finissent par un Choeur qui
prophetise en terme ambigus la grandeur future de l'Enfant
qui est né; & comment il vaincra Saturne pour
regner ensuite eternellement: Ce qui convient bien à
nostre heroïque Enfant; qui ne doit pas moins vaincre
luy-mesme. Le Choeur finit par un Balet, où tous les
Dieux & toutes les Deesses dansent & se
réjoüissent ensembles.
entre les Actes les Choeurs avoient toujours chanté
quantité de beaux Vers en l'honneur du royal Enfant,
lui predisant une gloire & une felicité sans
égale, & par une adresse inconcevable d'Amphion,
tous les changemens de décoration avoient esté
observez dans la derniere ponctualité.
On ne sçauroit imaginer les applaudissemens &
l'honneur que les Muses & leurs Nourriçons
receurent par l'execution merveilleuse de cette
Piéce. On peut dire qu'Arion, Amphion &
Orphée furent ce jour-là de veritables
Apollons, & qu'Apollon parut quelque chose de plus, s'il
se peut, qu'Apollon mesme.
Les Dieux trouverent ce divertissement si beau qu'ils
estoient faschez de la voir finir.
Aprés que les Acteurs furent sortis de dessus le
Theâtre, Momus qui se plaist à bouffonner pour
donner du plaisir aux Dieux y monta, & aprés
avoir fait cent plaisanteries, prit, enfin pour mieux
divertir, la figure d'Arlequin; un Satyre prit celle de
Scaramouche, un autre celle de Spazafer, un Sylvain fit le
Docteur. Il se trouva des Nymphes enfoüées qui
voulurent bien faire les personnages d'Aurelia & des
Compagnes, & Prothée, Dieu Marin, dont la nature
est de changer perpetuellement de figures, fit luy seul tous
les autres personnages; de maniere que les Dieux furent tous
étonnez qu'aprés l'Opera, qui leur avoit paru
trop court, ils eurent pour se recompenser la Comedie
Italienne.
Comme Amphion avoit fait venir l'Arc-en-Ciel pour soutenir
les forets du Theâtre, le nouvel Arlequin passant par
dessous coupa par petites bandes presque toute la ceinture
de cette Divinité chamarée, pour en faire des
rubans gridelins dont il eu soin de se parer.
Puis s'estant remis dans la memoire toutes les plus
plaisantes Scenes des Comedies qu'il avoit vû
representer à la Cour de France au vray Arlequin,
duquel le Dieu mesme de la Bouffonnerie ne craignit pas de
s'avoüer la disciple, il arrangea si bien par un effort
d'imagination tous ces endroits ramassez, qu'il en composa
une Piéce qu'on pouvoit appeller la quin'essence de
tout ce qui s'est jamais representé de plus plaisant
dans l'un & dans l'autre Hôtel. Le divertissement
fut tel, que quelques efforts que fissent les Dieux pour
conserver leur gravité venerable, il n'y en eut pas
un qui pût s'empescher d'éclater plusieurs
fois, sans excepter Jupiter mesme, dont l'Univers snetit la
gayeté juesques dans les Mers les plus profondes.
Cependant il faut avoüer qu'il y en eut un qui fut
à l'épreuve de tout ce qui se peut dire &
faire de plus grotesque & de plus bouffon; ce fut le
Dieu Pan, qui ne pouvoit digerer la disgrace de sa flute,
lorsque Jupiter, dont la bonté est sans pareille,
voyant la consternation où il estoit, l'invita pour
luy faire plaisir, à mesler les sons armonieux de son
doux instrument aux plaisanteries agréables de Momus,
& de ses Comediens. Pan obeit au Dieu, auquel le Ciel
& la Terre obeïssent: mais à peine eut-il
fait entendre quelques tons de sa flute mélodieuse,
que les forets qu'Amphion & Orphée avoient
assemblées se détacherent à la
hâte pour s'enfuir, & la seule resource des
Comediens fut de se prendre aux branches, & de s'en
tirer comme ils purent.
Là dessus le Sommeil accompagné de
Morphée, autour duquel estoient les songes de toute
sorte de figures, arriverent au Ciel, où ils furent
apportez sur les aîles de la Nuit leur mere. Quoy
qu'il fût venu trop tard, on trouva neantmoins qu'il
estoit venu trop tost; ainsi tous les Dieux voulurent
l'obliger à s'en retourner; mais par ses douceurs il
les vainquit tous, excepté l'Amour seul qu'il ne peut
vaincre par aucun stratagême, & qui triompha de
mille manieres dans le giron de la Nuit. Le Sommeil mit en
fuite les Ris & les Jeux ses mortels ennemis, qui se
refugiérent auprés de l'Amour. Le Frere de la
Mort fit à tous les Dieux un traitement favorable,
& par une Victoire douce & tranquille finit
agréablement l'Assemblée & la Feste des
Dieux.

Inspirez-nous
Muses tranquilles, Contentez
nos Desirs, L'auguste
Enfant qui vient de naistre, Heros
naissant Le
bon-heur de la France Quel
avantage Retirez-vous
mortelles craintes, A
l'exemple des Dieux
Haut
de page
Il n'est plus temps d'estre inutilles,
Que vos plus doux accens
Expriment nostre allegresse,
Nos Coeurs sont pleins d'amour & de tendresse,
Taschez de charmer nos sens,
Inspirez-nous Muses tranquilles,
Il n'est plus temps d'estre inutilles.
Remplissez nostre attente,
Toute la Terre est contente,
Il faut par tout des plaisirs;
Inspirez-nous Muses tranquilles,
Il n'est plus temps d'estre inutilles.
Comble nos souhaits & nos voeux:
Dieux qui ne luy donnant l'estre
Avez voulu nous rendre heureux,
Recevez pour reconnoissances
Nos Feux & nos réjouyssances.
Déja par mille festes,
Vous estes triomphant;
Mais les Conquestes
Que LOUIS vous tient prestes,
Vous rendront tout puissant.
Est assuré pour toûjours,
Que cette illustre Naissance
Nous promet d'heureux jours.
D'avoir tant de LOUIS:
L'heureux partage
Que les Ieux & les Ris.
Rien ne sçauroit troubler nostre felicité,
Nous sommes assurez d'une posterité
Qui nous met à l'abry, des plus rudes
atteintes.
Que nos coeurs & nos voix s'unissent,
Que nos Chants retentissent
Iusques aux Cieux.