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Le Carnaval de Venisse
Balet en un Prologue et III Actes
Livret de Monsieur Renard
1699
musique de: André Campra



Prologue
Acte I
Acte II
Acte III

 

PROLOGUE

Ouverture
Lentement

les personnages:
Un Ordonnateur,
Minerve,
un Suivant de la danse, un Suivant de la musique, Choeur d'Ouvriers, Troupe de Génies qui président aux Arts


Le théatre represente une Salle où l'on doit donner un Spectacle, tout y est encore en désordre, le lieu est plein de morceaux de bois & de décorations imparfaites, & l'on y voit quantité d'Ouvriers qui travaillent pour mettre tout en état.


Scène première
Un Ordonnateur, le Choeur

Ordonnateur:
Hastez vous, préparez ces lieux
ne perdez pas des moments précieux.

Chœur:
Hastons nous, preparons ces lieux,
ne perdons pas des moments précieux.

Ordonnateur:
Redoublez vos efforts, dépéchez le temps presse
tout accuse votre lenteur
On ne peut travailler avec assez d'ardeur
Quand aux plaisirs on s'interresse.

Hastez vous, préparez ces lieux
ne perdez pas des moments précieux.

Ordonnateur & le Chœur:
Hastez vous, préparez ces lieux, &tc...
Hastons nous, preparons ces lieux,


Lentement
La descente de Minerve


Ordonnateur:
Quelle divinité s'empresseà descendre en ces lieux,
Minerve paroist à nos yeux.


On reprend le Prélude [Lentement]

Scène 2
Minerve, & les mesmes acteurs

Minerve:
Je quite sans regret la demeure immortelle
pour venir en ce jour
Dans une aymable cour
Partager les plaisirs d'une feste nouvelle
Mais quel desordre affreux regne de toutes parts ?
Quelle main temeraire ote à ces lieux leur eclat ordinaire
Est-ce ainsy qu'on prétend meriter mes regards ?

Ordonnateur:
Par nos soins empressez, par nostre diligence
Nous allons satisfaire à votre impatience.

Ordonnateur & le Chœur:
Hastez vous, préparez ces lieux, &tc...

Minerve:
our atirer les yeux d'un grand Prince que j'ayme
Vos soins me paroissent trop lents;
Retirez vous ministres negligens
Je pretens m'empoler moy mesme.

Accourez Dieux des arts, embelissez ces lieux;
Qu'à ma voix votre ardeur reponde,
Servez le fils du plus grand Roy du monde,
C'est un emploi digne des dieux.


Scène 3
Les Dieux qui president aux arts accourent à la voix de Minerve, & elevent un theatre magnifique

Choeur des arts:
Servons le fils du plus grand Roy du monde,
C'est un emploi digne des dieux.


Lentement Premier Air pour les arts - Gay
Deuxième Air pour les arts


Un des arts:
Qu'amour dans nos festes
fasse des conquestes,
Où ce dieu n'est pas
Trouve t-on des appas.

Venez coeurs sensibles,
Dans ces lieux paisibles;
Il garde pour vous
Les plaisirs les plus doux.
Il cause des larmes,des soins, des allarmes,
Mais les biens parfaits,
Vangent de ses traits.

Ordonnateur:
Les dieux seuls en ce jour auront-ils l'avantage
De divertir le maitre de ces lieux ?
Entre les mortels et les Dieux
Il faut que ce bien se partage.

Joignons nos voix, nos jeux et nos désirs
Que l'on donne aux Mortels le soin de ses plaisirs;
Et dans le Temple de Mémoire
Les Dieux prendront soin de sa gloire.


Premier Air, Rondeau, gay
Second Air, lentement
Premier Passepied
Second Passepied, Trio
On reprend le Premier Passepied


Minerve:
Jeunes coeurs eschapez à la fureur de Mars,
Venez, venez de toutes parts,
Faire au champ de l'amour les moissons les plus belles;
Venez vous delasser de vos travaux guerriers,
Faites icy des conquetes nouvelles,
Les mirtes quelques fois valent bien les lauriers.

Celebrez un Roy plein de gloire,
Ses travaux vous ont faits un repos pretieux.
Mille exploits esclatans consacrent la memoire,
Il sçait à ses drapeaux enchainer sa victoire,
La paix descend pour lui des cieux.

Choeur:
Celebrons un Roy plein de gloire,
Ses travaux nous ont fait un repos pretieux.
Mille exploits eclatants consacrent sa memoire,
Il sçait à ses drapeaux enchainer la victoire,
La paix descend pour lui des cieux.

Minerve:
Vous qui suivez mes pas, remplissez mon attente,
Montrez par les attraits d'un spectacle pompeux
Tout ce que Venise a de jeux
Dans la saison la plus charmante.


On reprend l'Ouverture
haut de page


ACTE PREMIER

les Acteurs du Ballet:
Leandre, cavalier François, amoureux d'Isabelle
Isabelle, Venitienne, amante de Leandre
Leonore, Venitienne, amante de Leandre
Rodolphe, Noble Venitien, amoureux d'Isabelle
Troupe de Bohemiens, d'Arméniens, & d'Espagnols
La Fortune
Troupe de Joueurs de differentes Nations, Suivans de la Fortune
Troupe de Castelans & de Barquerolles
Le Carnaval
Troupe de Masques


Le Théatre represente la Place S. Marc de Venise


Scène première
Leonore

Ritournelle

Leonore:
J'ay fait l'aveu de l' ardeur qui m'enflame,
L'amour a vaincu la fierte,
Cet aveu qui m'a tant couté,
D'un nouveau trouble agite encor mon ame.

Amour, toi qui peut tout charmer,
Pourquoi faut-il sous ton empire
Qu'on ait tant de plaisir d'aimer,
Et qu'on souffre tant à la dire ?

Je cherche en vain de toutes parts,
Leandre ne vient point s'offrir à mes regards,
Depuis qu'il connoit ma foiblesse,
Je ne voi plus le mesme empressement,
Hélas ! Ce qui devroit animer un Amant,
Fait bien souvent expirer sa tendresse.

Amour, toi qui peut &tc...

Isabelle paroist, un soudain mouvement
Augmente ma crainte fatalle:
Ciel ! N'est-ce point une rivalle ?
Ah ! qu'un coeur amoureux est jaloux aisement.


Scène 2
Leonore, Isabelle

Isabelle:
Dans ces beaux séjours où tout enchante,
Je viens donner quelques moments
Aux jeux, aux spectacles charmans
Qu'icy la saison nous présente.

Leonore:
Dans ces spectacles et dans les jeux
Ce n'est point cet éclat pompeux
Qui toujours nous atire;
Sous ce pretexte, dans ces lieux,
L'amour prend soin de nous conduire
Pour y voir quelqu' objet qui nous plait encor mieux.

Isabelle:
Je ne veux point faire un mistere
De l'amour qui peut m'engager:
J'ayme un jeune Etranger,
Et je cherche en ces lieux l'objet qui m'a sçu plaire.

Leonore:
A vous faire un pareil aveu,
Cette confidence m'engage,
Et pour un Etranger j'ay senti naitre un feu,
Que son coeur avec moi partage.

De ses tendres regards je me sens enchanter.

Isabelle:
A ses discours flateurs je n'ai pu résister.

Leonore:
Il m'ayme d'une ardeur extreme,
Il m'a juré de m'aymer constament.

Isabelle:
Le tendre Amant que j'ayme,
M'a fait cent fois mesme serment.

Leonore:
Apprenez moi le nom de cet Amant fidelle ?

Isabelle:
Nommez moi cet objet de votre amour nouvelle.

Ensemble:
C'est Léandre.
Qu'entens je ? Ô dieux !

Leonore:
Le perfide:

Isabelle:
L'ingrat:

Leonore:
Il faut briser nos noeuds,
Que mon dépit fasse eclater le vostre,
Il nous abuse l'une ou l'autre.

Isabelle:
Peut etre que l'Ingrat nous trompe touttes deux,

Leonore:
Il vient, penetrons dans son ame
Le secret de sa flame.


Scène 3
Leonore, Isabelle, Leandre

Isabelle:
Puis je croire que vostre coeur
Pour un autre que moy soupire.

Leonore:
Ingrat, ne m'as-tu pas mille fois osé dire
Que tu brulois pour moy d'une sincère ardeur ?

Leandre:
Quand je vous vois ensemble,
L'Amour qui dans vos yeux, tous les charmes rassemble,
Est egalement triomphant;
Entre deux beaux objets, qui tous deux sçavent plaire,
Le choix est difficile a faire,
& l'un de l'autre me defend.

Leonore:
Explique toy sans artifice.

Isabelle:
Il est tems enfin de parler.

Leonore:
Il ne faut plus dissimuler,

Leandre:
Quelle contrainte ! quelle suplice !
De vos tendres regards j'ay senty les attraits,
Je vous aymay charmante Léonore;
Mais des yeux plus puissans encore,
Ont soumis mon coeur à leurs traits;
C'est Isabelle que j'adore
Pour ne changer jamais.

Leonore:
Ciel ! que viens-je d'entendre, & que ma peine est rude,
Oses-tu déclarer ton infidélité !

Isabelle:
En amour bien souvent un peu d'incertitude
Flate plus que la vérité.

Leonore:
Joüi de ta victoire orgueilleuse Rivalle,
Insulte encor à mon malheur;
Et toi perfide Amant, crois-tu voir dans mon coeur
Dissiper en regrets ma tendresse fatalle ?
Non, ingrat ! je pretens que mon couroux egale
Et surpasse encore mon ardeur.
Je veux qu'a ma vengeance offert en sacrifice
L'un ou l'autre perisse,
J'en atteste le ciel en ce funeste jour,
La hayne vengera l'amour.

Leandre:
Que ces vains projets de vengeance
Ne servent qu'a serrer nos noeux.

De divers Etrangers une troupe s'avance,
Escoutons leurs concerts, prenons part à leurs jeux.


Scène 4
Une troupe de Boëmiennes, d'Armeniens & d'Esclavons, avec des guitares, vient dans la place S. Marc, prendre part aux plaisirs du Carnaval

Une Boëmienne:
Amor, amor te'l giuro a fe,
Tuo crudo stral non fa più per me.

Le Choeur:
Amor, amor te'l giuro a fe,
Tuo crudo stral non fa più per me.

Un Esclavon:
Lungi da me vagha belta,
Non mi giovà la crudelta,
Chivuol sospirar,
Puo s'inamorar,
Amor non lo voglio con te,
Lascia mio core in liberta.

Le Choeur:
Amor non lo voglio con te,
Lascia mio core in liberta.

Un Esclavon:
Grata merce di constante fe,
Indarno vien a consolar me,
Col foco non voglio più scerzar,
Amor per me gioco non è
Voglio rider, è non avvampar.

Le Choeur:
Amor non lo voglio con te,
Lascia mio core in liberta.

Une Boëmienne:
Amour, je t'en donne ma foi,
Tes traits ne font plus faits pour moi.

Le Choeur:
Amour, je t'en donne ma foi,
Tes traits ne font plus faits pour moi.

Un Esclavon:
Loin de moi severe Beauté,
Je renonce à la cruauté:
Qui voudra soupirer s'enflame,
Plus de commerce, Amour, fui, laisse dans mon ame,
Et la calme, & la liberté.

Le Choeur:
Amour, je t'en donne ma foi,
Tes traits ne font plus faits pour moi.

Un Esclavon:
En vain pour me flater un peu,
La confiance me montre un prix que je desire:
L'on ne badine point en vain avec le feu,
L'Amour pour moi n'est pas un jeu,
Je ne veux point bruler si je puis, je veux rire.

Le Choeur:
Amour, je t'en donne ma foi,
Tes traits ne font plus faits pour moi.

(la Troupe continue les jeux, & danse la Villanelle)

Une Musicienne, de la Troupe:
Formons, s'il est possible,
Les plus doux concerts:
Ce séjour est paisible
Dans le sein des Mers.

Le Choeur:
Formons, s'il est &c...

La Musicienne:
Neptune plus transuile,
Pour flater nos voeux,
Sert dans ce doux asile
De théatre aux jeux.

Le Choeur:
Formons, s'il est &c...

La Musicienne
Nous ressentons dans l'onde
Le flambeau d'amour,
Il est plus cher au monde
Que celui du jour.

Le Choeur:
Formons, s'il est &c...

(on recommence la danse)

Une Boëmienne:
Tout plait, tout rit dans ce beau séjour,
Venus y tient sa brillante Cour.

Le Choeur:
Tout plait, tout rit dans ce beau séjour,
Venus y tient sa brillante Cour.

Un Armenien:
Dans ces beaux lieux remplis d'attraits,
L'Amour n'a que d'aymables traits,
Tout viens jeunes coeurs flater vos désirs,
Si l'Hyver chasse les Zéphirs,
Il vous ramene les doux plaisirs.

Le Choeur:
Tout plait, tout rit dans ce beau séjour,
Venus y tient sa brillante Cour.

L'Armenien:
Malgré la glace & les noirs frimats,
Nous ressentons des feux pleins d'apas,
Et les jeux suivent par tout nos pas,
Quel Printems fait de plus beaux jours ?
Au lieu de fleurs il nait des amours.

Le Choeur:
Tout plait, tout rit dans ce beau séjour,
Venus y tient sa brillante Cour.


Scène 5
Leandre & Isabelle

Leandre:
Vous briller à mes yeux d'une grace nouvelle
Et je brûle pour vous d'une nouvelle ardeur.
La mere des amours ne fut jamais si belle
Tout le feu de vos yeux a passé dans mon coeur.

Isabelle:
Je crains une rivalle & mon ardeur fidelle
Me fait sentir de mortelles terreurs.

Leandre:
Ne craignez rien de ses fureurs

Isabelle:
Je crains plus de vôtre inconstance.

Leandre:
Ah ! que cette crainte m'offence,

Isabelle:
Pourquoi vous offencer de la juste frayeur
Dont je sens les atteintes ?
Les troubles & les craintes,
Sont les premiers effets d'une naissante ardeur.

Leandre:
De ce tendre dicours que mon ame est ravie !

Isabelle:
D'un jaloux odieux je crains la barbarie;
Si notre amour éclatoit à ses yeux,
Rien ne pourroit calmer ses transports furieux.

Leandre:
L'amour armé de la Constance,
Ne caint ny rivaux ny jaloux:
Si nos coeurs sont d'intelligence,
Rien n'est à redouter pour nous.
D'un rival importun trompez la vigilance,
C'est gouster par avance
Ce que l'amour a de plus doux.

Isabelle:
Brulerez vous pour moi d'une flame sincere ?

Leandre:
Pouvez vous vous connoistre, & me le demander ?

Isabelle:
La conquete d'un coeur est plus facile à faire
Qu'il n'est facile à garder.

Leandre:
Bânissez ces allarmes,
Rendez le calme à vostre coeur,
Vos beaux yeux & vos charmes
Vous repondrons de mon ardeur.

Ensemble:
Goutons sans nous contraindre,
Les plaisirs les plus doux.
Ah ! que pouvons nous craindre,
Si l'amour est pour nous ?

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ACTE II

Le théatre représente la Salle des Reduits de Venise, quiest un lieu destiné pour le Jeu pendant le Carnaval


Scène première
Rodolphe

Rodolphe:
Vous qui ne souffrez point les peines
Qui déchirent les coeurs jaloux;
Quel que soit le poids de vos chaines,
Amans que votre sort est doux !


Deux tyrans dans mon coeur exercent leur furie;
L'amour, le tendre amour,
Y fait naître la Jalousie,
Et mes jaloux transports, par un cruel tour
Y font mourir l'amour qui leur donne la vie.

Vous qui ne souffrez point les peines
Qui déchirent les coeurs jaloux;
Quel que soit le poids de vos chaines,
Amans que votre sort est doux !


Scène 2
Rodolphe, Leonore

Leonore:
Malgré toute l'ardeur qui règne dans votre âme,
On vous séduit, on trahit votre flâme.

Rodolphe:
Ah ! je m'en doutois bien, & mes soupçons jaloux,
M'en avoient instruit avant vous.

Leonore:
Un autre amant sans resistance
remporte le prix le plus doux,
Que méritoit votre constance.

Rodolphe:
Nommez moy seulement le Rival qui m'offense,
et laissez agit mon couroux.

Leonore:
L'affront est égal entre nous,
Je veux partager la vengeance.

Un ingrat me juroit de vivre sous mes loix
Je me flatois de ce bonheur extreme,
On se laisse aisément tromper, par ce qu'on aime
Lorsque l'on est trompé pour la première fois.
A ce perfide amant, Isabelle a sçeu plaire
Et Léandre à ses yeux...

Rodolphe:
O ciel que dites vous ?

Ensemble:
Que l'amour dans nos coeurs se transforme en colère:
Vangeons nous, hâtons nos coups;
La vengeance qu'on differe,
Perd ce qu'elle a de plus doux.

Leonore:
Et toy sors de mon coeur, indigne et foible reste,
D'un impuissante ardeur,
Ne me parle plus en faveur
D'un perfide que je deteste.

Rodolphe:
J 'étoufferay la voix d'une piété funeste
Qui crie en vain dans le fond de mon coeur.

On reprend le duo:
Que l'amour dans nos coeurs se transforme en colère, &c...

Rodolphe:
Rien ne peut s'oposer à mon impatience,
Allons, courons à la vengeance.


Marche de la Fortune

Scène 3
La Fortune paroit, suivie d'une Troupe de Joüeurs de toutes Nations

Choeur:
Suivons tous d'une ardeur fidelle;
C'est la fortune icy qui nous apelle,
Son pouvoir peut combler nos voeux,
Tous les biens volent autour d'elle,
C'est elle qui nous rend heureux.

La Fortune:
Je suis fille du sort, inconstante et légère,
Tout fléchit sous ma loy.
De tous les dieux que le monde revere,
Quel autre a plus d'encens que moi ?

Je traine à mon char la victoire,
Je brise, quand je veux, des Thrônes éclatans;
Et je puis à tous les instans,
Par quel événement éterniser ma gloire.

Venez implorer mon secours,
Amant qu'un triste sort accable.
Je fais naître à mon gré le moment favorable,
Que sans moi l'on attend toujours.


Entrée des Suivans de la Fortune
Premier Air
Second Air


Un Masque:
De tes rigueurs,
Ny de tes faveurs,
Fortune inconstante,
Je ne crains rien, rien ne me tente,
Tout ton pouvoir
Ne fais ny ma crainte, ny mon espoir.

Le bien qui peut enchanter mon âme,
Est de brûler d'une constante flâme,
Et d'allumer de semblables feux
Deux yeux
Charmants,
Touchants,
Elèvent mon sort aux cieux;
Sans cesse je les implore.
Je les adore,
Ce sont mes roys, ma Fortune, & mes Dieux.


On reprend le Second Air
Premier Canaries
Second Canaries
On reprend le Premier Canaries


La Fortune:
Vos chants ont eu pour moy de sensibles douceurs
Je ne connoitray votre zèle,
Vous avez par vos jeux mérité mes faveurs
Venez où la Fortune en ce jour vous apelle

Choeur:
Allons où la Fortune en ce jour nous apelle.


Scène 4
Rodolphe

Rodolphe:
De ses voiles épais, la nuit couvre les cieux.
Je sçay que mon rival dans l'ardeur qui le presse,
Doit icy par ses chants exprimer sa tendresse.
Pour l'observer, cachons nous en ces lieux.


Scène 5
Leandre, conduisant une Troupe de Musiciens pour donner une Sérénade à Isabelle

Leandre:
Doux charmes des ennuis, & des peines pressantes,
Favorable divinité,
Sommeil ! qui dans la fausseté
De tes illusions charmantes,
Nous fait goûter la Vérité
De cent douceurs les plus touchantes,
Viens verser sur cette beauté
De tes pavots les vapeurs les plus lentes,
Et fais que son coeur enchanté
Joüisse du repos que ses yeux m'ont ôté.

(Les Musiciens se joignent à Leandre, & chantent le Trio Italien qui suit:)

Trio Italien

Luci belle, dormite,
Deh ! per pietà une momento ceßate
Cin i dardi
Di vostri sguardi
Di rinovar al cor le mie ferite.

Dormez, beaux yeux,
dormez sans crainte,
Et cessez un moment avec vos tratis vainqueurs
de renouveller les atteintes,
Dont vous percez les coeurs.

Leandre:
L'amour me favorise, & je vois dans ces lieux
Une clarté nouvelle,
N'en doutez point mes yeux,
C'est l'aurore ou c'est Isabelle.


Scène 6
Isabelle, sur le balcon, Leandre

Isabelle

Mi dice la speranza
Ch'il tormento
In contente
Si cangera
Tra le spine n'ascosa
Si trova la rosa
Fra le pene amor trionfera.

L'Espérance me dit que nos peines mortelles
Se changeront en des plaisirs charmans:
Parmi les epines cruelles,
On voit les roses les plus belles;
L'Amour doit triompher au milieu des tourments.

Leandre:
Quelle félicité peur égaler la mienne ?
Il faut quitter ce lieu charmant:
un jaloux s'endort avec peine,
mais il se réveille aisément.


Scène 7
Rodolphe, sortant du lieu où il étoit caché

Prélude, vite

Rodolphe:
Je me suis fait trop long-tems violences,
Je ne puis plus cacher mes transports furieux;
Où donc est cet audacieux ?
Mais il fuit en vain ma présence,
Avant que le Soleil paroisse dans ces lieux,
les ministres de ma vengeance,
Eteindront dans son sang ses feux injurieux.


Scène 8
Isabelle

Isabelle:
Je cède à mon impatience,
Et tandis que la nuit triomphe encor du jour,
Chez Leandre, je viens conduite par l'amour,
Vous dite de mes feux toute la violence.

Quel plaisir de tromper & les soins & les yeux
D'un jaloux importun, qui m'observe en tous lieux.


Que je hais ! que son amour me gène !
Rien n'est comparable à la haine
Que je ressens pour ce jaloux,
Quel amour violent, dont je brûle pour vous.

Rodolphe:
Ingrate !

Isabelle:
Ah, ciel !

Rodolphe:
Ma voix t'étonne
Je scay les trahisons où ton coeur s'abandonne.

Isabelle:
Si le sort trahit votre espoir,
C'est à vous qu'il faut vous en prendre,
Pourquoi cherchez vous à sçavoir
ce quon ne peut vous aprendre.

Rodolphe:
O Dieux !

Isabelle:
Ne m'aimez plus, rompez des noeuds
qui ne sçauroient vous rendre heureux.

Rodolphe:
Puis je briser la chaine qui m'accable ?
Mon coeur par vos attraits s'est trop laissé charmer,
Si vous ne voulez pas m'aimer,
Souffrez du moins que je vous trouve aimable.

Je veux vous adorer malgré moy, malgré vous,
J'espère que le temps rendra mon sort plus doux.

Isabelle:
Dans mes yeux vous avez pû lire
Le sort que vous gardoit mon coeur:
Jamais d'aucun regard flateur
Ay-je entrepris de vous séduire ?
Ah ! quand on ressent quelque ardeur,
Les yeux sont ils si long-tems à le dire ?

Rodolphe:
Pour rendre le calme à mes sens,
Et pour payer l'amour dont mon ame est atteinte,
Dites que vous m'aimez, trompez moi, j'y consens,
Cette fausse pitié, cette cruelle feinte
Peut etre calmeront les tourmens que je sens.

Isabelle:
C'est une peine quand on aime
D'avoüer un penchant qu'on trouve plein d'apas,
Ce seroit un suplice extrême
De déclarer des feux que l'on ne ressent pas.

Rodolphe:
Mon tendre amour de votre haine
Ne sera t-il jamais victorieux ?
Vous gardez le silence, inflexible inhumaine.

Isabelle:
L'aurore va paroître, il faut quiter ces lieux


Scène 9
Rodolphe

Rodolphe:
Pour trouver un amant qu'en vain ton coeur adore,
La nuit n'a point d'horreur pour toy,
Et tu crains avec moi
Le retour de l'aurore.
Va, cours chercher ce rival odieux,
Qui de ton coeur s'est rendu maistre,
Tes mépris trop injurieux
Etouffent tout l'amour que j'ay pris dans tes yeux;
Mais mon juste depit te fera bien connoitre,
Que si je sçais aimer, je haïs encore mieux.

haut de page


ACTE III

Le Théatre represente une Place de Venise, environnée de Palais magnifiques, où se rendent quantité de canaux couverts de gondoles


Scène premiere
Leonore

Leonore:
Transports de vengeance & de haine,
Succedez à l'amour qui regnoit dans mon coeur
Mon Ingrat va périr, & sa mort est certaine,
Peut etre en ce moment une mort inhumaine...

Je tremble... je frémis d'horreur;
Barbares... arrêtez... votre fureur est vaine;
L'ingrat, que vous percez, cause encor ma langueur.
Transports de vengeance & de haine,
Ne chassez point lamour qui flatte encor mon coeur.
Mais, il vit pour une autre ! une pitié soudaine
Doit-elle s'oposer a mon depit vangeur ?
Ministres qui servez le couroux qui m'entraine,
Frappez... & qu'en mourant cet infidelle aprenne
Que je l'immole à ma fureur.
Transports de vengeance et de haine,
Succedez à l'amour qui regnoit dans mon coeur.


Scène 2
Leonore, Rodolphe

Rodolphe:
A la fin vous estes vangée:
J'ay servi le juste transport
De notre tendresse outragée;
Vôtre ingrat ne vit plus, & mon rival est mort.

Leonore:
Il est mort ! justes dieux ! ma bouche impitoyable
A prononcé l'arret de son trepas.
Qu'ay-je fait, malheureuse, hélas !

Rodolphe:
Il ne vit plus, & le ciel redoutable
S'il respiroit encor, ne le sauveroit pas.

Leonore:
Tu l'a souffert, O ciel ! et ta main équitable
ne punit point ces attentas,.
Que fays-tu ? Qui retient ton bras ?
Lance ta foudre épouvantable
Sur ce traitre ou sur moy fais voler ses éclats,
Tu ne sçaurois manquer de fraper un coupable.

Ensemble:
Leonore:
c'est toy qui lui perce le coeur.
Rodolphe:
c'est vous qui lui percez le coeur.

Leonore:
Cruel, dis moy quel est son crime .

Rodolphe:
Vous demandiez une victime

Ensemble:
Leonore:
Devois tu croire mon ardeur ?
Rodolphe:
Deviez vous armer ma fureur ?
Leonore:
c'est toy qui lui perce le coeur.
Rodolphe:
c'est vous qui lui percez le coeur.

Rodolphe:
Calmez les deplaisirs dont votre ame est saisie,
Pour oublier leur perfidie
Aimons nous, unissons nos coeurs,
Et que l'amour formé de nos malheurs,
Soit le fruit de la jalousie.

Leonore:
Que je m'unisse a toy,
Monstre sorti de l'infernal empire !
Va... fuy... je frémis d'effroy,
Que le jour que je voy,
Que l'air que je respire,
Me soient communs avec toy.


Scène 3
Rodolphe

Rodolphe:
Laissons de ses regrets calmer la violence.

(on entend un bruit de rejoüissance)


Mais le party victorieux
Du combat que le peuple a donné dans ces lieux
Vient montrer la rejoüissance.

Allons faire sçavoir à l'objet qui m'offence
Un trepas dont son coeur sera saisi d'effroy:
Je pers le prix de ma vengeance,
Si l'ingrate l'apprend d'un autre que moy.


Scène 4
Divertissement de Castelans & de Barqueroles avec le fifre & le tambourin

Les Castelans & les Nicolotes font deux parties oposez dans Venise qui donne pendant le Carnaval, pour divertir le peuple, un combat à coups de poings, pour se rendre maitre d'un Pont.
Le parti victorieux se promene dans toute la Ville, avec des cris de joye, & des acclamations publiques.

Le Chef des Castellans:
Nous triomphons sur les eaux, sur la terre,
Nous melons dans nos jeux l'image de la guerre:
Mélons aussi dans ce beau jour,
Qui nous comble de gloire,
Des chansons d'amour
Aux champs de victoire,
Des chansons d'amour
Au son du tambour.

Choeur:
Nous triomphons sur les eaux, sur la terre,
Nous melons dans nos jeux l'image de la guerre,
Mélons aussi dans ce beau jour,
Qui nous comble de gloire,
Des chansons d'amour
Aux champs de victoire,
Des chansons d'amour
Au son du tambour.


Gavotte

Des Castelans & des Castelanes témoignent par leur Danse la joye qu'ils ont de leur victoire

Une Castelane:
Entre la crainte & l'esprérance,
Sur le sein de Neptune on est à tous moments;
L'empire de l'amour n'a pas plus de constance,
Et l'on y voit floter sans cesse les amans,
Entre la crainte & l'espérance.


On reprend la Gavotte
Rigaudon
Deuxième Rigaudon


Un Barquerolle:
Embarquez vous,
Amans, sans faire de résistance.
Embarquez vous,
L'empire de l'amour est doux.
C'est une mer toujours sujette à l'inconstance,
Que quelque oragesa tout moment vient agiter:
Malgré ces maux le calme de l'indifférence,
Et encor plus cent fois à redouter.


Entrée des Gondoliers:
On reprend le Deuxième Rigaudon
et ensuite le Premier
La Saltarelle


Choeur:
Tout rit à nos désirs,
Ne songeons qu'aux plaisirs;
Que le vent gronde,
Que la mer soulève les flots,
Que le ciel en feu leur réponde,
Nous goûtons icy le repos.


Scène 5
Isabelle

Isabelle:
Mes yeux, fermez vous à jamais,
Ou ne vous ouvrez plus que pour verser des larmes.

Le jour est pour moy désormais
Un sujet de peine et d'allarmes.

Mes yeux, fermez vous à jamais,
Ou ne vous ouvrez plus que pour verser des larmes.

Je suis coupable de vos charmes,
J'ay trop fait briller vos attraits,
Et je veux par les mêmes armes
Me punir des maux que j'ay faits.

Mes yeux, fermez vous à jamais,
Ou ne vous ouvrez plus que pour verser des larmes.

Mais que servent, hélas ! ces regrets superflus ?
Cher Léandre tu ne vis plus.

Quand tu descens pour moy dans la nuit éternelle,
Doit-il m'estre permis de voir encor le jour ?
Non ,non, pour me rejoindre à cet amant fidelle,
La plus affreuse mort me paraîtra trop belle.
Et ce fer doit ouvrir un chemin a l'amour.

(elle tire son stilet pour s'en fraper)


Scène 6
Isabelle, Leandre

Leandre, lui arretant le bras:
Ciel ! Que voulez vous entreprendre ?

Isabelle:
Dois je en croire mes yeux ? est ce vous, cher Léandre ?

Leandre:
Quel aveugle fureur vous arrache le jour ?

Isabelle:
Le bruit de vostre mort causoit seul mes allarmes,
Mon sang versé mieux que mes larmes
Vous alloit prouver mon amour.

Rodolphe:
Quoy ! vous mourriez pour moy ? Dieux ! quelle barbarie !
De vostre part hâtoit le cours ?
Hélas ! toutte ma vie
Ne vaut pas un seul de vos jours.

Un jaloux que la rage anime,
vient de faire éclater son barbare couroux,
Il a porté ses mains sur une autre victime,
Et la nuit & l'amour m'ont sauvé de ses coups.

Isabelle:
Je revois enfin celui que j'ayme,
L'excès de mon bonheur, peut-il se concevoir ?
Je crains que le plaisir extrême,
Que je sens à vous voir,
Ne fasse sur mes jours, l'effet du désespoir.

Leandre:
Vivons pour nous aimer, vivons malgré l'envie,
Nous triomphons des jaloux & du sort;
Que notre crainte soit finie,
Du plus tendre transport,
Aimez moy ! tout vous y convie:
Si vous vouliez doner votre sang à ma mort,
Hélas ! que pourriez vous refuser à ma vie ?

Tous deux:
Suivons nos doux emportemens,
Aimons nous d'une ardeur nouvelle,
Quand l'amour au jour nous apelle,
Nous luy devons tous nos moments.

Leandre:
Fyuons un lieu funeste, a de tendres amans.

Isabelle:
Je sais un bonheur de vous suivre,
Je vous allois chercher dans le sein du trépas;
Lorsque pour moy, l'amour vous fait revivre,
Qui pouroit m'empêcher de voler sur vos pas ?

Leandre:
On doit donner au peuple en ce jour favorable,
Un spectacle où d'Orphée on retrace la Fable.
Un bal pompeux doit suivre ces plaisirs;
Le tumulte et la nuit serviront nos désirs.
Je vais en ce lieu vous attendre;
Un vaisseau par mes soins dans le port va se rendre
Pour nous porter en des climats plus doux,
Où nous pourrons braver la fureur des jaloux
Et goûter les douceurs de l'Himen le plus tendre.


Pendant que les violons joüent l'Entre-Acte, on voit descendre un Théatre fermé d'une toile qui occupe toute l'étendüe du premier.Ce qui reste d'espace jusqu'à l'Orquestre contient plusieurs rangs de Loges, pleinse de differentes personnes, placées pour voir un Opera.

OREFEO N'ELL INFERI
Orphée aux Enfers

OPERA


les personnages de l'opéra:
Plutone - Pluton
Orfeo - Orphée
Euridice
Un Ombra - Une Ombre
Coro di numi infernali - Troupe de Divinitez infernales
Coro di foletti - Troupe d'Esprits folets


Scène premiere
Pluton, au milieu d'une Troupe de Divinitez infernales

Le Théatre represente le Palais de Pluton

Plutone:
Tartarei Numi all'armi, all'armi.

Coro:
All'armi, all'armi.

Plutone:
Un Mortal insolente,
Al dispetto della sorte,
L'affa vivo nel regno d'ella morte,
Per turbar mi,
All'armi, all'armi.
Ferme il Tartaro,
Geme l'Erebo,
Stride Cerbero,
Tartarei Numi,
All'armi, all'armi.

Coro:
All'armi, all'armi.

Pluton:
Dieux des Enfers, aux armes, aux armes.

Le Choeur:
Aux armes, aux armes.

Pluton:
Un Mortel insolent, malgré la loi du sort,
Dans les royaumes de la mort,
Descend encor vivant, & cause mes allarmes,
Aux armes, aux armes.
Le Tartare fremit,
L'Erebe gemit,
Cerbere mugit.
Dieux des Enfers, aux armes.



Le Choeur:
Aux armes, aux armes.

(on entend une simphonie tres-douce)

Plutone:
Ma qual nuova armonia ?
Qual soave Zinfonia
D'al cor di Plutone
L'ira depone.

Pluton:
Mais, quels chants remplis de douceur ?
Quelle douce Harmonie,
Chasse la barbarie,
D'un coeur comme le mien ouvert à la fureur ?


Scène 2
Pluton, Orphée

Orfeo:
Dominator d'ell ombre,
Al tuo foglio Amor m'invita:
Euridice è morta,
Ahi ! dure pene.
O toglie mia vita,
O rende mi al mio ben.

Plutone:
Troppo da te si prega,
Ma se amor lo vuol Pluton nol nega.
Parti: ma con tal patto,
Che non miri Euridice,
Sin ch'al regno del giorno.
Il varco ti sia fatto.

Orphée:
Puissant Maistre des Ombres,
A ton trone enflamé, l'Amour conduit mes pas,
La charmante Euridice, hélas !
A passé les rivages sombres;
Rends moi cet Objet plein d'apas,
Ou par pitié, donne moi le trepas.

Pluton:
Plus loin que ton espoir, tu portes ta demande;
Mais Pluton y consent, si l'amour le demande,
Pars, sors du tenebreux sejour:
Mais je pretens qu'une loi s'accomplisse,
Ne regarde point Euridice,
Que tu ne sois dans l'empire du jour.


Scène 3
Orphée

Orfeo:
Vittoria mio cuore,
Ha vinto amore,

Il riso, il canto,
Al duol succede,
Al dolce incanto,
D'un vagho ciglio l'Inferno cede.

Orphée:
Mon coeur, chantez vostre victoire,
L'Amour est couronnée de gloire,

Les ris & les chants,
A la douceur succedent,
Les Enfers cedent,
Aux charmes des doux yeux touchants.


Entrée des Divinitez infernales & d'Esprits folets

Scène 4
Une Ombre heureuse

Un Ombra fortunata:
Al' lampo
D'un bel volto resista chi puo,
Penetra il Ciel un vagho sembiante,
E dell'Inferno stesso s'apre le portei.

Une Ombre Heureuse:
Soutienne qui pourra les traits & les eclairs,
Qu'on voit partir d'un beau visage;
La Beauté dans les Cieux, trouce un aisé passage;
Et le fait mesme ouvrir les portes des Enfers.


on recommence la danse

Scène 5
Euridice

Euridice:
Per piacer al mio ben,
Amori volate mi in se
Fugite Martiri;
Fugite sospiri,
Non più turbar dell' alma il bel seren.

Euridice:
Pour plaire à l'objet qui m'enflame,
Amour, volez tous dans mon ame,
Fuyez; peines, soupirs, ne revenez jamais,
De mon coeur amoureux, interrompre la paix.


on recommence la Danse

Scène 6
Orphée & Euridice
Orphée passe sans regarder Euridice

Euridice:
Dah !per pieta mira, Orfeo, chi t'adora.

Orfeo, guardando Euridice:

Euridice, mio ben ti vedo ancora !

Euridice:
Jette, Orphée, un regard sur celle qui t'adore.

Orphée, regardant Euridice:
Chere Euridice, enfin je vous revois encore !


Scène 7
Pluton, Orphée & Euridice

Plutone:
Fugi temerario,
Gia che del decreto mio,
Violasti la fé
Qui rimanga Euridice.

Orfeo:
Oh Dio !

Plutone:
Sù ch'un diligente stuol
Porti quel perfido,
A riveder il suol,
Cosi Pluto lo vuol.

Orfeo:
O rigor ! ô crudelta !

Euridice:
Crime d'amore merta pieta.

Pluton:
Va fui loin de mes yeux,
Mortel trop temeraire,
Puisque des Dieux,
Tu violes l'Arrêt severe,
Qu'Euridice reste en ces lieux.

Orphée:
O Dieux !

Pluton:
Qu'une troupe rapide,
De Demons empressez,
Dans l'empire des airs, reporte ce Perfide;
Pluton commande, obeissez.

Orphée:
Quelle rigueur impitoyable !

Euridice:
Un crime d'Amour, n'est il point pardonnable ?


les Démons enlevent Orphée

Scène 8
Pluton, le Choeur

Plutone:
Si canti, si goda,
Si balli, si rida,
Non si parli di dolor,
Dove splende la face d'amor.

Coro:

Si canti, si goda,

Si balli, si rida,
Non si parli di dolor,
Dove splende la face d'amor.

Pluton:
Esprits infernaux en ce jour,
Pour chasser le chagrin qui la presse,
Riez, chantez, dansez, montrez votre allegresse,
Qu'on ne parle plus de tristesse,
Où brille le flambeau de l'amour.

Le Choeur:
Rions chantons, dansons, montrons notre allegresse,
Qu'on ne parle plus de tristesse,
Où brille le flambeau de l'amour.

LE BAL
Dernier Divertissement

Le Théatre represente une Salle Magnifique, preparee pour donner le Bal.
Le Carnaval paroist conduisant une Troupe de Masques de differentes Nations

Le Carnaval:
L'Hyver a beau s'armer d'Aquilons furieux,
Et fixer des torrents la course vagabonde,
En vain, ses noirs frimats pour attrister le monde,
Dérobent le flambeau qui brille dans les Cieux.
Si-tost que je parois, je bannis la tristesse,
J'ouvre la porte aux jeux, aux festins, à l'amour,
A mon départ le plaisir cesse,
Et pour mieux s'y livrer, on attend mon retour.
Vous qui m'accompagnez, montrez votre allegresse;
Par vos jeux, par vos chants, celebrez ce beau jour.


les Masques commencent un bal furieux

Le Carnaval:
Je veux joindre à ces jeux, une nouvelle danse,
Venez aymables engoüements,
Redoublez en ces lieux notre rejoüissance,
Par de nouveaux deguisements,
En ce tems de plaisir, le plus beau sage s'oublie,
Et permet un peu de folie.


On tire un rideau, & l'on voit arriver du fond du Théatre un char magnifique, triané par des Masques Comiques, rempli de figures de mesme caractere, qui se melent en dansant, avec les masques serieux.

Le Carnaval:
Chantez, dansez, profitez des beaux jours,
L'heureux tems des plaisirs, ne dure pas toujours.

Le Choeur:
Chantons, dansons, profitons des beaux jours,
L'heureux tems des plaisirs, ne dure pas toujours.

Le Carnaval:
La raison vainement voudroit vous interdire,
Des passe-tems si doux,
Les moments, que l'on passe a rire,
Sont les mieux employes de tous.

Le Choeur:
Les moments, que l'on passe a rire,
Sont les mieux employes de tous.

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