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Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville

[1711 - 1772]

 

Le Carnaval du Parnasse

Ballet Heroïque en I Prologue & III Actes
representé par l'Academie Royale de Musique le 23 Septembre 1749

livret de Jean-Louis Fuzelier

 

 

Prologue
Acte I
Acte II
Acte III

 

 

Prologue

 

les personnages du Prologue

Clarice
Florine
Dorante
Un Berger

 

Le Théàtre représente un Jardin orné

 

 

Scène 1
Clarice

 

Clarice (seule):
Que ce beau jour promet d'heureux instants!
Qu'avec plaisir, sur ces bords on s'arréte!
Les Bergers vont ici célébrer le Printems,
Et déja les oiseaux en annoncent la fête.
Ruisseaux, qui parcourés ces valons enchantés,
Que votre doux murmure & vos flots argentés
Tour les tendres coeurs ont de charmes!
Vous rassemblés les jeux, l'innocence & la paix,
L'amour seul fait rêver sur vos rivages frais,
Des amants malheureux vous calmés les allarmes,

(On entend un prélude)

Oiseaux, habitants de ces bois,
Florine vient du chant vous disputer la gloire:
La légéreté de sa voix
Poura lui donner la victoire.

 

Scène 2
Clarice, Florine

 

Florine

Augelletti, voi amate,
Sempre cantate;
Siete tropppo fortunati;
A noi, se amore
Punge il core,
Sol comparte sospiri e pianti.

Oiseaux, vous aimez
Et vous chantez sans cesse.
Vous êtes trop fortunés:
Nous, si Amour
Nous poignarde le cœur,
Il ne nous distribue que soupirs et larmes.

 

Clarice
Quoi, toûjours, du léger?

Florine
Et vous, tôujours du tendre,

Clarice
On plaît, on attendrit par des accords touchants.

Florine
On etonne, on séduit par de rapides chants;
A leurs attraits il faut se rendre

Clarice
Le chant doit nous flatter.

Florine
Le chant doit nous surprendre.

Ensemble
Pouvés-vous me le disputer?

Florine
On aime le léger,

Clarice
On aime mieux le tendre.

 

Scène 3
Clarice, Florine, Dorante

 

Dorante
Les Plaisirs en ces lieux viennent se présenter;
Ils vous offriront un hommage,
Qui de vos goûts divers fait briller 1'assemblage.

Dorante, Florine & Clarice
L'ennui fuit bien-tôt les desirs,
Quand ils ont obtenu les biens les plus aimables;
Il faut varïer, les plaisirs
Pour les rendre durables,

(on entend un Prélude)

Dorante
Ecoutons nos Begers, ils se rassemb1ent tous;
Les champétre plaisirs ne sont pas les moins doux.

 

Scène 4
Clarice, Florine, Dorante, Bergers, Bergères, Jardiniers

 

Choeur
Printems, dans nos bocages
Viens, remplis nos desirs;
Sous tes naissants feuillages
Viens payer nos soûpirs.
Rend-nous les zéphirs;
Les rossignols & leurs ramages,
Rend-nous les zephirs
Les ris, les jeux & les plaisirs.

On danse

Choeur
Que ton retour assûre
De précïeux moments!
Qu'il naît sous la verdure
De tendres sentiments!
Dans tes jours charmants,
Que les ruisseaux & leur murmure,
Dans tes jours charmants,
Enchantent les heureux Amants.

On danse

Clarice
Le Printems seul nous procure
Des plaisirs toûjours divers:
Flore reprend sa parure,
Que d'appas nous sont offerts!
Des ruisseaux l'onde murmure,
Zéphire adoucit les airs.
Les oiseaux sous la verdure
Font entendre leurs concerts.
Le Printems seul nous procure
Ces plaifirs toûjours divers;
C'est l'amant de la Nature,
Il enchante l'Univers.

On danse

Florine
Le Papillon infidelle
Près de la fleur la plus belle
Ne peut jamais s'arrêter.
Amants, qui cherchés à plaire,
Gardés-vous de l'imiter
Dans fa tendresse legere.
L'amant qui persévere
Se fait seul écouter.
L'amant qui persévere
Merite seul de remporter
Les couronnes de Cythere.

On danse

Un Berger & le Choeur
Célébrons le Printems, que toutes nos Musettes
Annoncent son retour:
Qu'avec les jeux & l'Amour
Il regne dans nos retraites:
C'est la saison des fleurs,
Des plaisirs & des coeurs.
Célébrons etc...

On danse

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Premier Acte

 

les personnages

Momus
Apollon, déguisé en Berger
Thalie
Licoris
, Bergere
Euterpe

 

Le Théâtre represente le Mont Parnasse & la Fontaine d'Hipocrêne

 

 

Scène 1
Momus

 

Momus, seul
Précipités vos eaux, dangereuse HiPocréne,
Coulés moins lentement dans le double Valon;
Fuyés, dérobés-vous à soif inhumaine
De plus d'un enfant d'Apollon;
Et, par pitié pour nous, laissés tarir leur veine.

 

Scène 2
Momus, Apollon, déguisé en Berger

 

Momus
Sous l'habit d'un Berger c'est Apollon! o Cieux!
Va-t-il retourner chés Admete?
Phoebus, le Dieu des vers se déguiseroit mieux,
S'il préfféroit au fer de la houlette
Du redoutable Mars le fier vidorïeux.

Apollon
Quelque déguifement que Momus voulût prendre,
Bientôt à 1e connoître on seroit parvenu.
Mais sans se déguiser, s'il vouloit nous surprendre,
Il n'auroit qu'à louër, il seroit méconnu.

Momus
Le flateur Apollon emprunte mon langage?

Apollon
A badiner la saison nous engage;
Nous allons commencer nos jeux;
Les Muses vont bien-tôt, sous ce charmant ombrage,
Faire briller leurs chants & répondre à mes voeux;
Nous bannirons les soins & les ennuis fâcheux.

Momus
Peut-on bannir l'ennui des lieux qui l'ont vû naître?
Le Parnase fut son berceau.

Apollon
Pour suspendre vos traits, vous allés voir paroître
Un spectacle nouveau.

Momus
Licoris l'ornera...

Apollon
De même que Thalie.

Momus
Vous parlerês de votre amour.

Apollon
Vous fignalerés en ce jour
L'aimable chaîne qui vous lie.

Ensemble
Nous verrons qui des deux
Sera le plus heureux.

Apollon
Parmi nos jeux divers, on nous préparee encore
Des Ballets inventés, conduits par Terpsicore.

Momus
A tous vos vers je préfere ses pas.

Apollon
Ne voulés-vous jamais que rire?

Momus
Non, je ne veux jamais que rire.

Apollon
L'effroi vole sur vos pas,

Momus
L'ennui vole sur vos pas.

Apollon
Ne trouvés-vous des appas
Que dans le fiel de la satire?

Momus
Je ne trouve des appas
Que dans le sel de la satire.

(On entend un prélude)

Momus
Qui peut troubler un entretien si doux?

Apollon
C'eft Thalie, elle vient, je la laisse avec vous.

Momus
Un Confident discret à propos se retire...

 

Scène 3
Momus, Thalie

 

Thalie
Momus dans ce féjour!

Momus
J'y suis rappellé par l'Amour:
Contre l'Amour cessés de vous défendre:
Si vous saviés combien il est doux de s'y rendre,
Du plus fidele amant vous combleriés les voeux,
Ah! connoissés ses charmes:
Ce n'est qu'en cédant à ses armes
Que l'on peut être heureux.

Thalie
Momus, il est donc vrai que votre coeur soûpire?
Est-il posible d'enflamer
Un Dieu qu'enchante la satyre?

Momus
Peut-on voir un instant vos yeux, faits pour charmer,
Sans oublïer l'art de médire,
Et sans apprendre l'art d'aimer?
Daignés de mon destin finir l'incertitude.

Thalie
J'aime votre inquiétude,
Elle prouve votre ardeur.
L'amant que la crainte a gîte
N'est jamais vain ni trompeur:
Et douter de son bonheur,
C'est prouver qu'on le mérite.

Momus
Qu'entens-je? ô Ciel! quelle félicité
Pour mon amour extrême!
Ah, Thalie!...

Thalie
Il est tems de vous dire que j'aime,
Que j'aimerai toujours.. .la liberté.

Momus
Que cet aveu fatal m'inspire de colere!
Cruëlle! concevés l'excès de ma douleur

(En riant)

Vous m'avés prévenu, c'est-là tout mon malheur:
Thalie, autant qu'à vous la liberté m'est chere.

Thalie
Dans cet ingénieux détour
Des superbes amants je reconnois l'amour.
Les durs vains font gênés dans leurs ardeurs nouvelles;
Ils taisent les rigueurs que s'attirent leurs feux:
Ils rougissent d'être fideles,
Quand ils ne peuvent être heureux.

Momus
Et moi, je reconnois la vanité des belles:
Elles pensent que jamais
L'empire de leurs attraits
Ne peut trouver de rebelles,

Thalie
Momus, épargnons nous; il eit d autres sujèts
Plus dignes de nos traits.

Ensemble
Vous, qui volés sans-cesse sur nos traces,
Rassemblés-vous, accourés Ris & Jeux.

 

Scène 4
Momus, Thalie, leur Suite, Acteurs François & Italiens

 

On danse

Choeur
Vous, qui volés sans-cesse sur nos traces,
Rassemblés-vous, accourés Ris & jeux.
Fuyés, Amour, fuyés, enchanteur dangereux,
Fuyes; mais laissés-nous les Plaisirs & les Grâces.

On danse

Thalie & Le Choeur
Loin de nos bois, asiles de la paix,
Portés vos feux, portés vos traits
Dieu trompeur de Cythere.
Loin, etc...

On ne connaît que trop & vous & votre mere;
Vous abusés les coeurs
Par des serments flateurs,
Que vous ne tenés guere.
Loin, etc...

Votre premier abord fait plaire,
Vous ne présentés que des fleurs
La rose, malgré les douceurs,
Cause fouvent une piqûre amere.
Loin, etc...

On danse

Momus
Dans le choix d'un amant, l'Amour de son bandeau
Couvre souvent les yeux des belles.
Qu'il m'épargne ses traits, qu'il garde son flambeau;
Je ne veux de lui que ses ailes.
Gardons-nous de fixer nos vœux,
Les trop sensibles coeurs ne sont jamais heureux;
Les plaif rs les plus doux sont pour les infideles,
Dans le choix, etc...

On danse

Choeur
Que votre gloire vous rassemble
Plaisirs, suivés toujours nos pas:
Vous n'offres vos plus doux appas
Que lorsque vous brillés ensemble.

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Acte Deuxième

 

Le Théâtre represente les bords du Permesse, & un Bois de Lauriers

 

 

Scène 1
Licoris

 

Licoris, seule
D'un trait flateur,
L'Amour attaque en vain mon coeur
Il saura résister à ses plus fortes armes,
Ah, quel bonheur!
S'il ne peut être mon vainqueur.
Des chants de mon Berger j'admire la douceur,
Sans céder à leurs charmes,
D'un trait flateur
L'Amour attaque en vain mon cœur,
Il faura résister à fes plus fortes armes.
Ah, quel bonheur!
S'il ne peut être mon vainqueur.

 

Scène 2
Licoris, Momus

 

Momus, à part
Un desir curieux près d'Apollon m'attire...

Licoris
Que cherche sur ces bords le Dieu de la satyre?
L'innocence & la paix habitent ces beaux lieux.

Momus
Je suis sur le Parnasse, où peut on être mieux,
Quand on aime à médire?

Licoris
C'est dans ces bois que les héros
Sont couronnés par Melpomene.

Momus
C'est en sortant d'ici, qu'ils portent sur la scéne
Moins de lauriers que de pavots.

Licoris
Momus, rien ne peut vous contraindre,
Dans vos discours vous ne ménagés rien...
Craignés...

Momus
Qui dois-je craindre?
Quel pouvoir est égal au mien?
Si l'Epoux de Junon veut allarmer la terre,
Il lui faut les éclats & les feux du tonnerre.
Le trident de Neptune, effroi des matelots,
Déchaîne l'Aquilon, & souleve les flots.
Le tiran des Enfers voit au fond du Ténare,
Cent montres réunis suivre sa loi barbare:
La mort vole à sa voix, & sert sa cruauté.
De tous ces Dieux le courroux redouté,
Fait trembler sous leur empire
L'Univers épouvanté.
Mais pour être respecté
Momus n'a besoin que de rire.

Licoris
A quelle beauté dans ces lieux
Soûmettés-vous le coeur du plus puissant des dieux?
Si vous aimés une Muse,
Votre esprit a des appas,
Et la raillerie amuse;
Mais elle n'attendrit pas.

Momus, apercevant Apollon
J'apperçois un Berger qui sait flater les belles
Il n'a pourtant jamais trouvé que des crüelles.

(à part)

Cachons-nous; je veux l'écouter,
Et savoir le succès de ses ardeurs nouvelles.

 

Scène 3
Licoris, Momus, caché, Apollon

 

Apollon
Me fuirés-vous toujours? eh, pourquoi me quitter?

Licoris
Par vos charmants accords vous pouvés m'arrêter.

Apollon
C'est un soin qui m'occupe & me charme sans-cesse:
Je chante vos attraits, je chante ma tendresse.
Vous ne m'écoute`s pas? quel mépris rigoureux!

Licoris
Je ne veux point entendre
Un langage trop tendre.

Apollon
Peut-on allumer tant de feux
Sans ressentir la plus légere flâme?
Quel prix n'obtiendroient pas mes soupirs & mes voeux,
Quel bonheur combleroit mon âme,
Si les parfaits amants étoient les plus heureux!
Quoi, toujours insensible au feu qui me dévore,
Vous me fuyés encore!
Eh, pourquoi me quitter?

Licoris
Par vos charmants accords vous pouvés m'arrêter.

Apollon
J'obéis: le devoir d'une tendresse extrême
C'est d'obéir à ce qu'on aime.

Licoris
Rendés d'abord hommage au Souverain des dieux.

Apollon, chante
Les rebelles Titans lui déclarent la guerre,
Il fait éclater son tonnerre,
Il est déja vengé de ces audacïeux.
Embrâsés, écrasés, ils tombent sur la terre,
Que leur fureur impie élevoit jusqu'aux cieux.
Ce Dieu puissant, ce Dieu si redoutable,
Se laissoit dèsarmer par un objet aimable...
S'il eût vu vos attraits...

Licoris
Vous devés de Bacchus publïer les bienfaits;

Apollon
Chantons Bacchus & fon riant Empire;
Nous devons célébrer son jus délicïeux.
Le feu que sa liqueur inspire,
Rend un mortel égal aux dieux.
La raison vaut bien moins que son charmant délire,
Jamais, comme elle, il ne trompe nos voeux.
Trop souvent sous le myrthe on se plaint, on soûpire;
Et sous la treille on est toujours heureux.
Chantons Bacchus, etc...
Ignorés vous que le Fils de Séméle
D'Érigone fut le vainqueur?

Licoris
Je sais qu'il devint infidele...

Apollon
Il eût été constant s'il avoit eu mon coeur.

Licoris
Cessés de me vanter l'Amour & sa puissance,
Chantés plutôt Diane & son indifférence.

Apollon
Armons-nous, préparons nos traits,
Suivons le cor qui nous appelle,
Armons-nous, préparons nos traits;
Ah, que la chasse unit d'attraits!
Imitons l'aimable Immortelle,
Qui trïomphe dans nos forêts....
Armons-nous, etc...

Hélas! cette Déesse, à l'Amour si austère,
Cette Déesse si févére;

(Licoris sort)

Aimoit un Berger comme moi...
Ciel! qu'est-ce que je voi!

 

Scène 4
Momus, Apollon

 

Momus
Vous voyés le témoin des transports de votre âme,
Et du prix qu'obtient votre flâme.

Apollon
Ah, Licoris, quelles rigueurs!

Momus
Vos talents enchanteurs
Sont toûjours sûrs de plaire,

(On entend un prélude)

On vient; pendant les jeux n'allés pas me distraire.

 

Scène 5
Momus, Apollon, Euterpe, Suite d'Euterpe

 

Euterpe, ayant ordonné le triomphe de l'Amour, les Dieux & les Héros de l'antiquité, conduits par les Grâces & les Plaisirs, précédent le Fils de Vénus, porté sur son Trône. On le voit au fond du Théâtre assis sur un Globe terrestre, soûtenu par les quatre Parties du Monde.

 

Euterpe
Chantés, dansés, amusés-vous,
Goûtés bien des instants si doux.

Choeur
Chantons, dansons, amurons-nous,
Goutons bien des instants si doux.

Euterpe
Que les jeux vous suivent sans-cesse,
Et préviennent tous vos desirs;
Laissés trïompher les plaisirs,
Laissés murmurer la sagesse.
Chantés, dansés, etc...

On danse

Euterpe
Le Dieu qu'on adore à Cythere
Donne les jours les plus charmants.

Choeur
Le Dieu qu'on adore, etc...

Euterpe
Si nous avons d'heureux moments,
Nous les devons à l'art de plaire.
Le Dieu qu'on adore à Cythere,
Donne les jours les plus charmants.

On danse

Un Suivant d'Euterpe
Amour, les Cieux, la Terre & l'Onde,
Tout vous éleve des autels,
Vos traits, vainqueurs du Monde,
Enchantent jusqu'aux Immortels.
Que de vos flâmes
Naissent de douceurs!
Dieu de nos coeurs,
Daignés ur nos âmes
Toûjours répandre vos faveurs.
Amour, les Cieux, la Terre, & l’Onde
Tout vous éleve des autels,
Vos traits, vainqueurs du Monde,
Enchantent jusqu'aux Immortels.

on danse

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Acte Troisième

 

Le Théâtre represente un Jardin avec des Gradins; le fond est occupé par une grande Pendule

 

 

Scène 1
Momus, habillé en Berger

 

Momus
Dans le Bal du double Valon,
Momus, berger, sera mieux masqué qu'Apollon.
Une seconde fois près d'un objet aimable
Offrons de nouveaux soins dans ce rïant séjour.
Un déguisement favorable
Sert les ris & les Jeux, & quelquefois l'Amour.

 

Scène 2
Momus, habillé en Berger, Thalie, habillée en Bergère

 

Momus, à part
Que vois-je? ah, l'aimable Bergere.

Thalie, à part
Que ce Masque eft galant! qui l'attire en ces lieux?

Momus, à part
Quel éclat brille dans ses yeux!

Thalie, à part
Il m'observe ... auroit-il le deddein de me plaire?

Momus, abordant Thalie
Le masque cache en vain la moitié de vos traits,
Il ne peut vous ravir cent conquêtes nouvelles,
Ce que l'on voit de vos attraits
Suffit pour trïompher des cours les plus rebelles.

Thalie
Céder si-tôt à nos appas,
Ce n'est point augmenter leur gloire:
D'une si facile victoire,
Un vainqueur ne s'honore pas.

Momus
Ne point céder est une offense,
Qui blesse la fierté.
Moins on résiste à la beauté,
Plus on fait briller sa puissance.

Thalie
Dans les coeurs si-tôt enflâmés,
L'inconstance n’est pas à craindre
Les feux aisément allumés,
Plus aisément peuvent s'éteindre.

Momus
Dans les coeurs que vous enflâmés,
Le changement n'est pas à craindre,
L'inconstance ne peut éteindre,
Des feux par vos yeux aliumése.

Thalie
Entre tous les amants qui nous rendent honimage,
Comment étre sûr de son choix?
Le coeur fidele & le volage,
En s'expliquant pour la premiere fois,
Se fervent du même langage.

Momus
Ah! ne résistés point à mon ernpressement;
Si vous voulés un coeur fidele & tendre.
Craignés de vous méprendre,
Craignes de refuser le véritable amant.

Thalie
Ah! ne cherchés point à me plaire,
Si votre amour n'est pas sincere.

Momus
Je vous aime sincerement,
Croyés-en mes soûpirs, & croyés-en vos charmes;
Oui, vos beaux yeux dans ce moment,
Garants de mes transports, condamnent vos allarmes.

Thalie
Si vus m'aimés sincerement,
J'en croirai vos soûpirs, sans enn croire mes charmes.

Momus
Achevés ma félicité,
Ne cachés plus à mon ceil enchanté,
Ces attraits dont mon coeur sent déja la puissance.

Thalie
Dois-je avoir moins d'impatïence
De connoître l'amant qui soûmet ma fierté.

Momus, à part
Momus n'est pas connu d'une simple bergere.

Thalie, à part
Pour un jeune berger Thalie est étrangere.

Ensemble, se démasquant
Je puis ôter mon masque sans danger.

Thalie
Momus! O Ciel!

Momus
Thalie, O ciel!

Thalie, en riant
La méprise est légere!

Momus
Quelle bergere!

Thalie
Quel berger!

 

Scène 3
Licoris

 

Licoris, à Momus, sortant
Berger, chanterés-vous dans la nouvelle fête
Que sur le Parnasse on apprête?

Il ne m'êcoute pas, il fuit; quel changement!
Quoi, le mépris succëde à tant d'empressement?
Mais d'où naissent les ail allarmes
Que me causent ses froideurs?
De ses talents enchanteurs,
N’ai-je point trop goûté les charmes?
Ce berger dangereux a su m’accoutrumer
A chérir des accents où regne la tendreisse...
Comment se défendre d'aimer
L'objet qu'on applaudit sans-cesse?
Mais il revient...

 

Scène 4
Licoris, Apollon

 

Licoris, à Apollon
Par une feinte ardeur,
Vous vouliés donc tromper mon coeur?
Je viens de voir votre inconstance.
Vous restés interdit, voue gardés le silence.

Apollon
Dieux! quel soupçon, l'ai-je pu mériter?
Mais quand je changerois, pourries-vous regretter
L’objet de votre indifférence.

Licoris
La douceur de vos chants avoit su me charmer,
J'allois peut-être vous aimer.

Apollon
M'aimer!...Eh bien, si le nom d'infidele
M'attire seul votre courroux
Bergere, désabusés-vous:
Non, je ne brûle point d'une flâme nouvelle.
Qui pouroit vous ravir un coeur
Enchaîné par vos noeuds, enchanté par vos charmes?
Des beautés, qu'on trahit pour un nouveau vainqueur,
Vous ne deves jamais éprouver les allarmes.

Licoris, voyant Momus démasqué qui passe au fond du Théâtre
Que vois-je? Ciel! quoi, c'est Momus,
Qui trompoit mes yeux prévenus.

Apollon
Croirai-je, Licoris, ce que je viens d'entendre?
Et me permettés-vous
D'expliquer vos soupçons jaloux?

Licoris
Je ne saurois vous le défendre,
Mon coeur est trop charmé d'avoir laissé surprendre
Un aveu, qui vous livre aux transports les plus doux,

Apollon
Vous faites le bonheur de l'amant le plus tendre.

 

Scène 5
Momus, Apollon, Licoris

 

Momus
Bergere, vous aimés, que je plains votre erreur!
C'est un Dieu déguisé qui vous offre son cœur.

Licoris
Son rang n'augmente point le prix de ma victoire,
Et je ne vois de lui que sa fidele ardeur...

Momus
C’est Apollon que vous comblés de gloire:
Craignés son inconstance, en fesant son bonheur.

Licoris
Je sens trop de plaisir pour sentir des allarmes

Apollon
Que mon fort a de charmes!
Licoris m'aime, & vient de me le déclarer;
Ah! Licoris! daignés le redire sans-cesse.

Licoris
Aimés, vous connoissés le prix de la tendresse,
Vous la chantés trop bien pour ne pas l'inspirer.

Licoris & Apollon
L'amour m’enflâme,
Pour jamais.
Il répand dans mon âme
Ses plus doux attraits.

Momus
Terpsicore, offrés-nous vos naïves images
Du Tems, des Saisons, & des Ages.

 

Scène 6
Momus, Apollon, Licoris, Terpsicore, Thalie

 

Le Tems, les Saisons, & les Ages. L'âge Viril paroît le premier, représenté par des Chasseurs. Ensuite des Masques galants figurent L'Adolescence. Les deux Enfances arrivent ensemble. Ces diferents Quadrilles sont conduits par Terpsicore

 

On danse

Choeur
Profités du tems
Il s'échappe, il fuit sans-cesse,
Rien n'égale la vitesse
Des heureux instants:
Profités du tems
Souvent perdu par la jeunesse
Et regretté par la froide vieillesse:
Ses bienfaits ne sont pas constants:
Il paroît long à l'espérance,
Aux ennuis, à l'indifférence;
Il paroît court aux coeurs contents,

On danse

Une Suivante de Terpsicore

I
Jeunes coeurs, prenés vos armes,
Chassés les monstres des bois.
Les bois n'ont-ils pas des charmes
Pour les dieux & pour les rois?
Jeunes coeurs, etc...

II
Heureux qui se laisse prendre
Dans les piéges des amours!
Quand ils veulent nous surprendre,
Ne craignons que les secours.
Heureux qui, etc...

On danse

Une Suivante de Terpsicore
Il n'est que deux faifons dans l'amoureux empire,
Tout est hyver lorsqu'en vain on soûpire,
Pour les coeurs contens
Tout est printerns.

On danse

Un Vieillard, aux enfants
Joués s Enfants, imites les zéphirs
Errants dans un bocage:
Heureux, trop heureux âge!
Les ris & les jeux seuls régnent sur vos desirs,
Vous goûtés un sort qu'on envie:
Dansés, amusés-vous,
Profités des instants les plus chers de la vie:
Ah, nos premiers plaisirs sont toû jours les plus doux!

On danse

Une Vieille
Mortels, que le plaisir dispôse de vos ans;
Que, malgré la raison, il trïonmphe sans-cesse:
Il accroît les beaux jours de l'aimable jeunesse,
Et jusques chés l'hyver, il conduit le printems.

On danse

Thalie & Le Choeur
Liberté charmante,
Regnés à-jamais;
Que toûjours on chante
Vos divins attraits.

Sous vos loix on ne respire
Que la paix & la douceur,
Ce n'est que dans votre empire
Qu'on trouve le vrai bonheur.
Liberté charmante, etc...

On danse

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