Les
Caracteres
de la Folie
Opéra-Ballet
en I Prologue & III
Entrées
representé pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique
le
Mardi 20 août 1743
Livret
de Charles Pennereau-Duclos
musique
de: Bernard
de Bury
|
|
Sujet du
Ballet
On
a cru pouvoir raporter les caracteres de la Folie, à
trois especes principales, les Manies, les Passions &
les Caprices. Parmi les Manies, on a choisi l'ASTROLOGIE,
parce qu'elle se lie plus facilement à une action
bornée à une [sic] Acte.
On suppose qu'une jeune Bergere superstitieuse, combat le
penchant de son coeur. C'est en profitant de son erreur
qu'on parvient à l'en détromper.
On a choisi l'AMBITION, parmi les Passions, pour le sujet du
second Acte.
Les CAPRICES DE L'AMOUR, sont le sujet du
troisiéme. Aprés en avoir exposé les
bizareries, on s'est permis par une licence, de faire
triompher la raison.
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les
personnages du Prologue:
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les
interprètes:
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L'Amour
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Mlle
Coupée
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La
Folie
|
Mlle
Bourbonnois
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Venus
|
Mlle
Chevalier
|
|
Jupiter
|
Mr
Chassé
|
|
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Suivans
de l'Amour
Suivans de la Folie
|
|
Le
théâtre représente les jardins de
Cythere
|
Scene
premiere
L'Amour, Venus, la Folie,
Suite de l'Amour, & de la Folie
|
|
Venus:
Crime affreux ! O malheureuse mere !
Mon fils a perdu la lumiere,
La Folie a commis ce forfait odieux,
Et l'Amour est privé de la clarté des
cieux.
Venez signaler sa puissance,
Vous qu'il combla de ses biens les plus chers,
Vengez le dieu de l'univers.
Armez-vous, accourez, volez à ma
vengeance.
Le Choeur
des Suivans de l'Amour:
Armons-nous pour l'Amour, courons à la vengeance.
C'est le maître de l'univers.
La
Folie:
Vous à qui j'ai fait part de mes biens les plus
chers,
Heureux sujets, signalez ma puissance,
Venez de la Folie embrasser la défense,
C'est la reine de l'univers.
Le Choeur
des Suivans de la Folie:
Allons de la Folie embrasser la défense,
C'est la reine de l'univers.
L'Amour:
O ciel, ma vengeance est trahie !
La
Folie:
Tout doit céder à la Folie.
L'Amour:
Moi qui reçois tous les voeux ?
La
Folie:
Moi qui fais tous les heureux ?
L'Amour:
Ma vengeance est trahie !
La
Folie:
Tout doit céder à la Folie.
Venus
& l'Amour:
Souverain maître des dieux,
C'est à toi de venger Cithere,
Arme ton bras du tonnerre:
Viens immoler la Folie en ces lieux,
Lance tes feux, punis la terre.
Venus:
Nos cris ont pénétré les cieux,
C'est Jupiter qui paroît à mes yeux.
|
Scene
2
Jupiter, l'Amour, Venus, la Folie,
Suite de l'Amour, & de la Folie
|
|
Jupiter:
Sur l'Amour & la Folie,
Les dieux sont partagés ainsi que les mortels;
Mais par des decrets éternels,
Le destin les reconcilie.
Entr'eux il rétablit la paix:
Par un arrêt irrévocable,
La Folie à jamais
Doit être de l'Amour la guide
inséparable.
Allez,
volez, régnez sur tout ce qui respire,
Rien ne peut résister à vos charmes
divers,
Soumettez tout à votre empire,
Rendez le monde heureux, régnez sur
l'univers.
[le
Choeur répéte ces quatre
vers]
[on
danse]
|
L'Amour:
Sans mes ardeurs
Point de plaisirs flateurs,
Mes traits vainqueurs
Des coeurs
Font le bien suprême.
Tous les mortels
Encensent mes autels,
Et dans les cieux
Les dieux
Brûlent des mêmes feux.
Le
plaisir d'une tendre extrême
Est le bien le plus charmant:
Pour un Amant
Délicat & constant,
Les peines, les soupirs
Ont des plaisirs.
|
La
Folie:
Plus leger qu'Eole,
De sa triste école
Le plaisir s'envole:
Sans moi dans tes chaînes,
Il n'est que des peines,
Mes aimables jeux
Peuvent seuls rendre heureux.
Chantez
ma victoire,
Célébrez ma gloire,
C'est dans le bel âge
Qu'on me rend hommage:
Aimable jeunesse,
A mes loix sans cesse,
Aux tendres amours
Consacrez vos beaux jours:
Les biens les plus doux
Sont pour les plus fous;
Si l'on rit de vous,
Ce plaisir nous console.
|
[on
danse]
Cantatille
Venus:
L'Amour & la Folie unissent leurs autels,
Venez leur rendre vos hommages:
Ils régnent sur tous les mortels,
Leurs plaisirs sont de tous les âges.
Venez
jouir dans ce séjour
Des biens les plus doux de la vie:
On les demande à l'Amour,
On les obtient de la Folie.
L'Amour
& la Folie unissent leurs autels,
Venez leur rendre vos hommages:
Ils régnent sur tous les mortels,
Leurs plaisirs sont de tous les âges.
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PREMIE'RE
ENTRE'E
l'Astrologie
|
|
les
personnages de la Premiere Entrée:
|
les
interprètes:
|
|
|
Florise,
Bergere
|
Mlle
Fel
|
|
Licas,
Berger
|
Mr
Jelyotte
|
|
Hermes,
Mage
|
Mr
Chassé
|
|
|
|
|
Troupe
de Mages, de Bergers & de Bergeres
|
|
Le
théatre represente une forêt; on voit d'un
côté la retraite d'un Mage, et de l'autre un
hameau
|
|
Florise:
Amour, cruel Amour, je languis dans tes chaînes.
Mon coeur forme de vains soupirs,
Helas ! Faut-il que j'éprouve tes peines,
Quand je renonce à tes plaisirs.
Licas a
triomphé de mon indifférence.
Je voudrois lui cacher le trouble de mon coeur;
Contre un charme fatal ce coeur est sans défense,
Mes yeux trahissent mon silence,
Et je vois que le ciel condamne mon ardeur.
Amour,
cruel Amour, je languis dans tes chaînes.
Mon coeur forme de vains soupirs,
Helas ! Faut-il que j'éprouve tes peines,
Quand je renonce à tes plaisirs.
Ah !
Fuyons. C'est lui qui s'avance.
|
|
Fuirez-vous
toujours ma présence ?
Des soupirs méprisés ne sont pas
dangereux,
Mes plaintes ne sont point terribles,
La pitié ne fléchit que les ames
sensibles,
La votre ne l'est pas aux pleurs d'un malheureux.
Florise:
L'Amant dont l'orgueil nous brave,
Allarme peu notre coeur;
Celui qui paroît esclave
Est souvent notre vainqueur.
Je sens trop que pour vous l'estime s'interesse,
Un injuste soupçon cherche à vous
allarmer;
Et, s'il m'étoit permis d'aimer...
Licas:
Achevez, dissipez le trouble qui me presse.
Florise:
Et, s'il m'étoit permis d'aimer,
Vous auriez toute ma tendresse.
Licas:
Ah ! Si de mes soupirs votre coeur est
flatté...
Florise:
Les astres nous sont trop contraires.
Licas:
Eh quoi ! Votre crédulité...
Florise:
Ah ! N'allez pas par une impieté,
Profaner ces mysteres.
Par des
présages trop affreux
Le ciel a condamné nos voeux.
J'ay vû de nos ruisseaux tarir la source pure,
Nos prés ont perdu leur verdure,
Mon troupeau languissant dispersé dans les bois,
Ne connoît plus ma voix,
Tout est changé pour moi dans la nature.
Licas:
Pourquoi le ciel seroit-il en courroux ?
Les dieux n'oseroient pas désaprouver ma flamme;
Mais si j'avois touché votre ame,
Les dieux d'un si beau sort pourroient être
jaloux.
Florise:
Ce n'est pas pour vous seul que le ciel est
sévere.
Licas:
Ah ! Si j'ay sû vous plaire,
Livrons-nous aux transports d'une innocente ardeur;
Et pour aimer, jeune bergere,
Ne consultons que nos coeurs.
Florise:
Hé bien, sur notre sort, je veux qu'Hermés
prononce;
C'est lui qui du Destin interpréte les loix,
Le ciel daigne emprunter sa voix,
J'en croirai sa réponse.
[elle
sort]
Licas:
Pour assurer le bonheur de mes jours,
Allons d'Hermés implorer le secours.
|
Scene
3
Hermés, Mages,
Bergers & Bergeres
|
|
[Marche]
Hermés:
O vous pour qui le ciel est toujours sans nuage,
Unissez vos accens à nos transports
sacrés;
Bergers,
venez lui rendre hommage,
Apprenez les destins qui vous sont
préparés.
Le
Choeur:
Chantons, offrons au ciel nos voeux & notre hommage,
Apprenons les destins qui nous sont
préparés.
Hermés:
Flambeaux sacrés, astres divins,
Dans votre brillante carriere
Vous répandez sur les humains
Et vos faveurs & la lumiere;
C'est vous qui faites les destins.
Le
Choeur:
Chantons, &c.
[on
danse]
Hermés:
Au sein des biens purs & tranquilles,
Vous ignorez dans vos aziles
La source des malheurs, le crime & les
trésors
Le ciel verse sur vous son heureuse influence,
Vous méprisez les biens qui suivent les remords,
Et jouissez de ceux que donne l'innocence.
[on
danse]
|
|
Licas:
Auguste interpréte des dieux,
C'est de vous aujourd'hui que mon sort doit
dépendre.
Hermés:
Berger, faut-il pour vous interroger les cieux ?
Parlez, que voulez-vous aprendre ?
Licas:
Adorateur des decrets souverains
Je ne viens point en percer le mystere;
Mon sort dépend d'une bergere.
Hermés:
Qui peut troubler vos jours sereins ?
Licas:
Quelquefois à mes maux sa pitié
s'interesse,
Elle plaint mon amour, elle estime mon coeur,
Mais l'estime n'est pas la prix de la tendresse.
Hermés:
Amans, pour prix de votre ardeur,
Si l'on vous offre de l'estime,
Que votre constance s'anime,
Vous touchez à votre bonheur.
La
beauté qui vous plaint n'est pas loin de se
rendre,
Et d'aimer à son tour;
La pudeur inventa l'estime la plus tendre,
Pour servir de voile à l'amour.
Licas:
Florise croit qu'un noir présage
S'oppose à mes tendres desirs,
Vous pouvez seul terminer mes soupirs:
Prononcez que le ciel aprouve mon hommage.
Hermés:
Le Destin a tracé ses arrêts dans les
cieux,
Je les lis, ma voix les annonce.
Licas:
Vous qui savez interroger les Dieux,
Ne pouvez-vous leur dicter leur réponse ?
Je consens que votre art divin ou séducteur
Aveugle mon esprit, pour faire mon bonheur.
Hermés:
Les yeux trop pénétrans profanent nos
mysteres,
Le ciel leur cache ses decrets;
Nous ne voulons pour nos secrets
Que d'innocentes bergeres,
Et des amans discrets.
Licas:
Fléchissez pour l'amour les astres trop severes,
Daignez combler mes voeux,
Je croirai tout pour être heureux.
Florise
vient.
Hermés:
Je vais, sans tarder davantage,
Employer pour vous tous mes soins;
Retirez-vous sous ce feuillage,
Et que vos yeux en soient témoins.
|
|
Florise,
à part:
Prens pitiés d'une infortunée,
O ciel, termine mes soupirs,
Ou regle nos desirs sur notre destinée,
Ou notre sort sur nos desirs.
Hermés:
Devez-vous craindre ma présence ?
Je lis dans votre coeur, dissipez votre effroi.
Florise:
Quoi, vous sçauriez déja ?
Hermés:
Rien n'est caché pour moi,
Vous aimez, on vous aime.
Florise:
O divine science !
Hermés:
Méritez mon secours par votre confiance,
Les lois d'un tendre amant ont-ils sû vous toucher
?
Licas... Mais, à ce nom, votre trouble est
extrême !
Florise:
Ah ! Puisque vous savez que j'aime,
Je n'ai plus rien à vous cacher.
Hermés:
Cédez, cédez au penchant qui vous presse,
Tous les cieux sont soumis au dieu de la tendresse:
C'est l'Amour qui dicte au Destin
Les jours heureux qu'il doit écrire;
Lorsque ce dieu conduit sa main,
De son bonheur un amant est certain,
Dans les secrets du sort il lit ce qu'il
désire.
Florise:
D'un feu nouveau mon esprit anime...
Je vois
que le ciel vous éclaire,
L'amour dans un coeur enflammé
Est un rayon de sa lumiere.
Florise:
Sage Hermés, que ne dois-je pas
A votre suprême science ?
Hermés:
Faites le bonheur de Licas,
Que ce soit là ma récompense.
Florise:
Les Dieux qui calment nos soupirs
Douteroient-ils de nos obéissance ?
|
Scene
6
Hermés, Florise, Licas
|
|
Licas:
Belle Florise, enfin, comblez-vous mes desirs ?
Florise:
Que vois-je ?... Quel soupçon !... Les dieux ou leurs
ministres...
Licas:
N'allez pas attirer des présages
sinistres.
Florise:
Non, non, je ne crains plus les signes menaçans,
Berger, je consens à me rendre;
L'Amour m'affranchit des tourmens
Que j'éprouve à me défendre.
Ensemble:
Que les plaisirs augmentent nos ardeurs,
Régne, Amour, régne dans notre ame,
Qu'à jamais ton feu nous enflamme,
Epuise tes traits sur nos coeurs.
Hermés:
Venez, Bergers, que tout s'empresse,
Que tout aplaudisse à l'Amour;
Ce n'est qu'au dieu de la tendresse
Que vous devez les biens de cet heureux
séjour.
Le
Choeur:
Allons, allons, que tout s'empresse,
Que tout applaudisse à l'Amour;
Ce n'est qu'au dieu de la tendresse,
Que nous devons les biens de cet heureux
séjour.
[on
danse]
Licas:
C'est l'amour qui dans ces retraites
Satisfait nos desirs,
Nos hautbois, nos tendres musettes
Ne chantent que nos plaisirs.
Loin de nous la vaine puissance
Et l'éclat de la grandeur,
Ils séduisent notre innocence,
Sans augmenter notre bonheur.
[on
danse]
Florise:
Amour, resister à tes charmes
C'est refuser d'être heureux;
Qui peut échaper à tes armes ?
Nous aimons quand tu le veux.
Aimable
dieu, ta victoire
Peut-elle allarmer un coeur:
Non, non, de ta gloire
Nous goutons tout le bonheur.
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SECONDE
ENTRE'E
l'Ambition
|
|
les
personnages de la Seconde Entrée:
|
les
interprètes:
|
|
|
Palmire,
Reine de Lesbos
|
Mlle
Chevalier
|
|
Arsame,
Prince Lesbien
|
Mr
Albert
|
|
Iphis,
Prince Lesbien
|
Mr
Jelyotte
|
|
Cleone,
Confidente de Palmire
|
Mlle
Bourbonnois
|
|
|
|
|
Troupe
de Lesbiens & de Lesbiennes
|
|
Le
théatre représente un palais
|
Scene
premiere
Palmire, Cleone
|
|
Cleone:
Reine, vous voyez vos sujets
De ce grand jour consacrer la mémoire,
Vous allez assurer, en comblant leurs souhaits,
Et leur bonheur & votre gloire;
Remplissez leurs voeux les plus doux.
Palmire:
Je céde à leur impatience,
Je vais nommer un roi, je choisis un
époux.
Cleone:
Pour obtenir la préférence,
Deux illustres rivaux, né du sang de nos rois,
De l'Amour prés de vous font entendre la
voix.
Palmire:
Ma gloire aprouve leur hommage,
Tous deux, par leurs vertus, sont dignes de mon
choix.
Cleone:
Arsame, fier de ses exploits,
Prétend obtenir l'avantage.
Palmire:
Iphis, avec les mêmes droits,
N'a-t'il pas pour l'état, signalé son courage
?
Cleone:
C'est à vous de nommer le plus digne des
deux.
Palmire:
Chaque amant à mes yeux montre le même
zele,
Le succès dévoile ses voeux,
Le moment qui fait un heureux,
Ne fait souvent qu'un infidèle.
Cleone:
Ces Princes brulent donc d'une inutile ardeur ?
Palmire:
Je n'ose encore interroger mon coeur.
Cleone:
Souvent plutôt qu'on ne pense,
Un sécret est révélé:
On croit garder le silence,
LE coeur a déja parlé.
Palmire:
Mon coeur ne doit-il donc écouter que la gloire ?
Il est tems que l'Amour partage la victoire:
Dieu
puissant, exauce les voeux
Que ta flamme m'inspire,
Regle le sort de cet empire,
C'est toi seul qui fais les heureux.
Cleone:
Mais, déja les Princes paroissent.
|
Scene
2
Palmire, Cleone, Arsame, Iphis
|
|
Arsame:
Reine, fixez notre destin.
Iphis:
L'Empire attend un roi de votre main,
Vos sujets vous en pressent.
Arsame:
Tout parle en ma faveur; et si pour vos appas
Je céde à l'ardeur qui m'anime,
Ce trône affermi par mon bras
Semble justifier un espoir légitime.
Iphis:
Peut-être mes succès flatteroient mon
espoir,
Si j'eusse osé prétendre un prix pour mon
devoir.
Palmire:
Les sceptre que les rois tiennent de la naissance,
Ne semble dû qu'à vos travaux,
C'est à votre valeur qu'ils doivent leur
puissance,
Le sang forme les rois, la vertu les heros.
Iphis:
Le trône est embelli par l'espoir de vous
plaire.
Arsame:
Les Rois sont des dieux qu'on révere.
Iphis:
Ce n'est ni la pompe des cieux,
Ni le droit d'affrayer la terre,
C'est le bonheur qui fait les dieux.
L'unique objet de ma flamme
Est de porter vos fers,
Le don de votre coeur charmeroit plus mon ame
Que l'empire de l'univers.
Palmire:
Je vois le peuple qui s'avance,
Vous apprendrez mon choix en sa présence.
|
Scene
3
Palmire, Cleone, Arsame, Iphis,
les Peuples
|
|
[Marche]
Le
Choeur:
Triomphez auguste Palmire,
Nous goutons les douceurs de votre aimable empire,
Le ciel verse ses dons sur vos heureux sujets.
Que tous les coeurs vous cédent la victoire,
Publions à jamais
Notre bonheur & votre gloire.
Palmire:
Princes, je vais faire connoître
Que votre espoir doit être égal;
Mais que chacun de vous respecte en son rival,
Celui qui dans ce jour peut devenir son
maître.
Assis
auprès du trône & mes premiers sujets,
C'est vous que le peuple contemple,
Il doit sa gloire à vos succés,
De la fidelité vous lui devez l'exemple.
Arsame
& Iphis:
Que les dieux immortels
Protecteurs de votre puissance
Recoivent nos voeux solemnels,
Qu'ils soient garans de notre
obéïssance.
Entendez-vous,
dieux tout-puissans;
Si quelque témeraire
Ose violer ses sermens,
Qu'il soit étranger sur la terre;
En proye aux remords dévorans,
Qu'il tombe frappé du tonnerre.
Le
Choeur:
Entendez-vous, dieux tout-puissans,
&c.
Palmire:
Vous qui connoissez mes loix,
Soyez attentifs à ma voix.
Malgré l'éclat du diadême
Mon ame a plus senti le poids
Que les douceurs du rang suprême.
Princes,
si l'un de vous satisfait de ma main
Consent à partager un tranquille destin,
Jouissant avec lui du repos où j'aspire,
J'éleve au même instant son rival à
l'empire.
Arsame:
Ah ! Pourquoi séparer deux biens si
précieux,
Un empire jamais peut-ils cesser de plaire ?
Mais, s'il n'a plus de charmes à vos yeux,
Que votre choix préfere
Le soutient de l'état & l'appui de ces
lieux.
Iphis:
Reine, si votre coeur est mon heureux partage,
Puis-je former d'autres souhaits ?
Qu'Arsame regne en paix,
Qu'il reçoive à l'instant l'hommage
Du plus heureux de ses sujets.
Palmire:
Méprisez-vous la grandeur souveraine ?
Iphis:
Sans vous, elle n'est rien; j'y renonce sans
peine.
Palmire,
montrant Iphis:
Peuples, vous voyés votre roi.
Iphis, avec ma main, recevez la couronne,
Votre vertu m'en fait la loi,
Et c'est l'Amour qui vous la donne.
Arsame:
Sortons de cette ingrate cour,
Cherchons ailleurs la gloire, et méprisons
l'amour.
Palmire
& Iphis:
C'est à l'Amour que je dois mon bonheur,
Vos coeur fait mon bien suprême,
[Palmire] Qu'en la cédant à ce que
j'aime.
[Iphis] Qu'en l'obtenant de ce que
j'aime.
Palmire:
Que tout retentisse en ce jour
De concerts amoureux & de chants de victoire:
Célébrez un héros couronné par
la gloire,
Et choisi par l'Amour.
Le
Choeur:
Que tout retentisse en ce jour
De concerts amoureux & de chants de victoire:
Célébrons un héros couronné par
la gloire,
Et choisi par l'Amour.
Palmire,
alternativement avec le Choeur:
Ce n'est point un empire
Qui flate nos voeux,
Son éclat dangereux
Coute des soins fâcheux,
La grandeur peut séduire,
Mais, l'Amour rend heureux.
Vole,
descend des cieux
Fait briller tous tes feux,
Dieu qui fais les plaisirs;
Pour prix de nos soupirs,
Viens combler nos desirs.
|
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de page

TROISIE'ME
ENTRE'E
les
Caprices de l'Amour
|
37
|
les
personnages de la Troisiéme Entrée:
|
les
interprètes:
|
|
|
Agenor
|
Mr
Jelyotte
|
|
Ucharis
|
Mlle
Le Maure
|
|
Cephise
|
Mlle
Jullye
|
|
Une
Grecque
|
Mlle
Bourbonnois
|
|
|
|
|
Troupe
de jeunes gens qui célébrent la fête de
Venus
|
|
Le
théâtre represente un lieu
préparé pour la fête de Venus dans
l'isle de Chypre; on voit d'un côté le
peristile d'un temple
|
|
Agenor:
Aveugle dieu tiran des ames,
Cesse de déchirer mon coeur,
Amour, tu ne répans tes flammes
Que pour signaler ta fureur.
Le crime
& le délire
Brulent l'encens sur ton autel,
N'est-on jamais sous ton empire
Que malheureux ou criminel ?
Aveugle
dieu, &c.
Aux
charmes d'Eucharis mon coeur est insensible,
Et Cephise à mes voeux est toujours inflexible;
Ah ! Cherchons à finir un si cruel
tourment.
|
|
Agenor:
Belle Cephise, arrêtez un moment.
Cephise:
Dans ce temple odieux tout m'outrage &
m'irrite.
Agenor:
Ou plutôt vous fuyez un malaheureux amant.
Cephise:
Rien ne sçauroit calmer le trouble qui m'agite.
C'est ici de Venus le séjour respecté,
On doit par un antique usage
Couronner la beauté
Qui peut enretracer l'image;
Je pouvois me flatter d'en obtenir le prix,
Et je vois qu'à mes yeux on couronne
Eucharis.
Agenor:
Les vrais amans font de leur flamme
Leur suprême felicité.
Mon coeur seroit pour vous le prix de la beauté,
Si l'amour eut touché votre ame.
Cephise:
A l'heureuse Eucharis offrez ces soins flateurs,
Ils ne sont dûs qu'à la plus belle,
Allez partager avec elle
Et sa tendresse & ses nouveaux honneurs.
Agenor:
Ah ! Vous savez trop bien, cruelle,
Qu'à votre sort le mien est
attaché.
Cephise:
Si de mon sort votre coeur est touché,
Prouvez-moi votre amour en servant ma colere;
Que des mains d'Eucharis le prix soit arraché,
Alors soyez sûr de me plaire.
Agenor:
Vous ne voulez que m'outrager...
Mais si jamais je puis me dégager...
Il est un terme à la constance.
Cephise:
Ou servez ma fureur, ou fuyez ma présence.
J'apperçois d'Eucharis le triomphe odieux,
Sortons.
Agenor, en
suivant Cephise:
Il faut calmer ses transports furieux.
|
Scene
3
Eucharis, tenant une couronne de fleurs,
et suivie par la jeunesse de l'Isle de Chypre,
qui célébre le triomphe de la
beauté
|
|
Une
Grecque:
Rassemblons nous dans cette fête,
Sous les loix de la volupté,
Rendons hommage à la beauté.
Que tous les coeurs soient sa conquête.
[on
danse]
Le
Choeur:
Rassemblons nous dans cette fête,
&c.
Une
Grecque:
Amans, redoublez vos ardeurs,
Méritez les faveurs
Dont l'amour vous comble sans cesse.
Charmans objets de ce séjour
Aimez à votre tour,
Profitez de votre jeunesse,
Le beauté n'est sans la tendresse,
Qu'un ourage à l'amour.
[on
danse]
Eucharis:
C'est assés célébrer de trop foibles
attraits,
Laissez-moi respirer en paix.
|
|
Eucharis:
Déesse des amours, Venus, daigne m'entendre,
Sois sensible aux soupirs de mon coeur amoureux,
Sous ton empire en est-il un plus tendre,
En est-il un plus malheureux ?
L'objet
qui remplit seul mon ame
Méprise mes douleurs,
Agenor est toujours insensible à ma flamme,
Et tous ces vains honneurs
Me font mieux sentir mes malheurs.
Déesse
des amours, &c.
Je le
vois, sa présence augmente ma foiblesse.
|
|
Eucharis:
Tandis que sur mes pas tout un peuple s'empresse,
Lorsque j'entens de toutes parts
Retentir des chants d'allegresse,
Agenor est le seul que cherchent mes regards,
Agenor est le seul qui m'évite sans cesse.
Agenor:
Parmi les concerts éclatans
Qui célébrent votre victoire,
Aurois-je osé penser que mes foibles accens
Pussent manquer à votre gloire ?
Eucharis:
Connoissez mieux mes sentimens,
De ces honneurs je ne sens point l'yvresse.
Les éloges de la beauté
Ne charment que la vanité,
Et ne flatent point la tendresse.
Que le
triomphe est charmant
Quand un coeur nous rend les armes,
Ce sont les transports d'un amant
Qui font l'éloge de nos charmes.
Agenor:
Je ne mérite pas un si tendre retour.
Eucharis:
Quel est le prix de ma constance !
Vous ne doutez de mon amour,
Que pour ne pas rougir de votre indifference.
Agenor:
Aprenez donc tout mon malheur,
Mon coeur vous étois dû, mais l'injuste
Cephise
M'arrache malgré moi ce coeur, & le
méprise.
Eucharis:
Helas ! Je vois avec douleur
Qu'à mes soupirs votre ame est infléxible;
Mais si j'en jugeois par mon coeur
Vous n'auriés jamais dû trouver une
insensible.
Agenor:
L'Amour pour vous venger me fait subir la loi
D'une rivale impérieuse.
Eucharis:
Votre malheur peut-il me rendre plus heureuse ?
Il en est un nouveau pour moi.
Agenor:
Vous ne connoissez pas encor cette inhumaine,
Et jusqu'où son orgueil insulte à mon
malheur.
Eucharis:
Aprés m'avoir enlevé votre coeur,
Que pourroit-elle ajouter à ma peine ?
Agenor:
Son coeur ne connoît que la haine,
On ne pourroit adoucir sa fierté,
Qu'en portant à ses pieds le prix de la
beauté
Que vos charmes ont mérité.
Eucharis:
Si le bonheur dépend d'obtenir ce qu'on aime,
Si je ne puis partager en ce jour
Cette felicité suprême,
Vous la devrez dumoins à mon amour.
[en
lui offrant la couronne de fleurs]
Allez,
présentez-lui ce gage,
Qu'elle en jouisse désormais.
Puisque de vos coeur elle reçoit l'hommage,
Ce prix n'est dû qu'à ses attraits.
Agenor:
Dieux ! Est-ce donc de la main qu'on outrage
Qu'on doit recevoir les bienfaits ?
Eucharis:
Puisque de vos coeur elle reçoit l'hommage,
Ce prix n'est dû qu'à ses attraits.
Agenor, se
jettant aux pieds d'Eucharis:
Genereuse Eucharis, vos vertu sublime
Dissipe mon aveuglement,
Et mes remords en ce moment
Me font voir vos attraits, vos vertus, et mon crime;
Je rougis à vos pieds de mon
égarement.
De vos
bontés puis-je être digne encore ?
L'amour brûle mon coeur, le remords le
dévore.
Eucharis:
Ah ! Cessez de vous condamner,
C'est de votre bonheur que le mien peut dépendre,
Partagez avec moi le plaisir vif & tendre
Que je sens à vous pardonner.
Agenor:
De vos vertus mon bonheur est l'ouvrage;
En admirant votre beauté,
On croit voir la divinité.
Votre ame en offre encore une plus belle image.
Ensemble:
Soupirons à jamais,
Brûlons d'une éternelle flamme:
Que l'amour qui régne en notre ame,
Soit jaloux de ses bienfaits.
Eucharis:
Vous qui de la beauté célébrés
la victoire,
Venez chanter l'Amour, mon amant, et ma gloire.
Le
Choeur:
Reine de la beauté, Déesse des amans
Nous adorons votre puissance:
[Triomphez de nos coeurs], recevez notre encens,
[Descendez parmi-nous], recevez notre encens,
Le feu de nos desirs sans cesse renaissans
Annonce votre presence.
[on
danse]
Eucharis,
alternativement avec le Choeur:
Charmant Amour, ame du monde,
Nous suivons tes aimables loix;
Tu régnes dans les cieux, sur la terre & sur
l'onde,
Tout s'anime, respire & s'enflamme à ta
voix.
Que
d'autres dieux affrayent l'univers,
Que la crainte leur rende hommage,
Leur culte n'est qu'un esclavage,
Tu triomphes des coeurs, nous adorons tes fers.
Charmant
Amour, &c.
[on
danse]
Cantatille
Dans ces
beaux lieux tout nous engage;
Le murmure des eaux, le soufle des zéphirs,
Les rossignols par leur ramage,
Tout inspire l'amour & forme des desirs.
L'amant
fidéle ou volage,
Y brûlent des mêmes feux,
Le plaisir est notre hommage.
Et tous les coeurs sont heureux.
Dans
ces beaux lieux tout nous engage, &c.
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J'ai lû
par ordre de monseigneur le Chancelier, un ballet,
intitulé Les Caracteres de la Folie, et je n'y
ai rien trouvé qui ne doive en favoriser
l'impression,
A Paris, ce 21 juillet 1743.
De
Moncrif
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