|
Boutade,
ou les Folies
de Caresme-Prenant
Ballet
[extraits]
dancé
durant le Carnaval de 1651
|
|
pour le
Tavernier & sa Femme, qui conduisent un
Yvrogne
Dieu
des buveurs, en qui je croy,
Puisque tu vas vuider ma cave,
Guide les pas de cet esclave
Qui se tient plus heureux qu'un Roy.
Tout ce qu'il songe il le possede,
En valeur tout autre lui cede,
Il se pique d'esprit divin,
Enfin ce grand heros de table
Est un corps fort & redoutable
Qui pour âme n'a que du vin.
Mais,
ô grand dieu que je reclame
En voyant ses pas incertains,
Que dans son triomphe je crains
Qu'il ne soit prest à rendre l'ame !
poiur
l'Yvrogne
Il faut
avouer que le vin
Est une merveilleuse cause:
Il rend mon esprit si divin
Que je cajole en vers, pensant parler en prose.
Je danse, et puis je me repose,
Je m'entretiens des potentas,
Et sans craindre les masgistrats
C'est sur eux-mesmess que je glose.
Adieu, mon hoste, adieu, je m'en vais satisfait.
Vostre vin est fort bon, en voicy quelque effet:
Tout tourne sous mes pas; que de métamorphoses !
Que ce dieu me fait voir ici de belles choses !
Helas ! qu'avecque volupté
Je trainquerois à la santé
De ces admirbles merveilles !
Et que, pour les voir seulement,
Je garderois le jugement
Que me voudroient ravir les pots & les bouteilles
!
...
|
|
pour la
Mascarade, ou le Mommon [1]
Nous
mettons trois pieces contre une
Et, quoy que fasse la Fortune
Pour favoriser nostre sort,
Nous ne gagnerons rien du vostre;
Mais au contraire, ou je suis mort,
Ou nous y laisserons du nostre.
...
|
|
[1]
"Momon, défi d'un coup de dez, qu'on fait quand on
est déguisé en masque." [Dictionnaire de
Furetière]
Au dix-septième siècle, il arrivait souvent
que des troupes de masques se présentaient
inopinément dans les maisons où il y avait
bal, non-seulement pour y danser, mais pour y porter un
défi au jeu de dés et y faire des cadeaux de
dragées aux dames. C'est ce qu'on appelait: porter un
momon, présenter un momon. Le sens du mot
s'était étendu à la mascarade
elle-même. Molière a mis un momon en
scène à la fin du 3° acte de l'Etourdi;
mais il faut consulter surtout un curieux passage de la
suite du Roman comique, où les différentes
parties de ce divertissement sont clairement
expliquées.
|
|
pour les
Farceurs & Comediens
Nous
sommes farceurs; pourquoy ? Parce
Qu'il n'est rien de plus froid chez nous que le tison,
Tout prests de vous fournir de farce
Si vous nous fournissez d'oyson.
Apres tout, il faut que je die
Que nous ne souhaiterions pas
Que tous les jours de comedie
Fussent pour nous un mardy-gras.
Ce jour-là, le peuple nous trouble;
L'Hostel, tout grand qu'il est, est pour luy trop
etroit:
Cependant pas un rougle double
Ne s'offre, ny ne se reçoit.
Si chacun vante ce qu'il aime
Je vous annonce maintenant
Que nous devenons tous amoureux de Caresme.
Puisqu'il nous traite mieux que
Caresme-prenant.
...
|
|
pour un
Vieillard habillé en Gautier
Parfaits
objets de la nature
Qui, par vos rares qualitez,
Avez tous mes sens enchantez,
Voyez ma plaisante avanture !
Pour vous j'invoque les destins,
Et, malgré ces esprits mutins,
Je feray voir par cette danse
Que, si les ans m'ont abattu,
J'ay toujours conservé ma premiere vertu,
Et que si je suis vieux, ce n'est qu'en
apparence.
|