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Pascal Colasse
[1649 - 1709]
Ballet de Villeneuve-Saint-George
Ballet en I Prologue & III Actes
dansé devant
Monseigneur le Dauphin
par l'Academie Royale de Musique , le premier Septembre
1692
livret de Banzy

Premiere Entrée
Mirtil,
Berger Mr
Dumesnil Aminte,
Bergere Mlle
Moreau
Une Troupe de Pasteurs, conduite par le Berger Mirtil & la Bergere Aminte, s'avance en chantant & en dançant
Aminte Le
Choeur Aminte Le
Choeur Mirtil Le
Choeur Mirtil Le
Choeur Mirtil
& Aminte,
ensemble Le
Choeur Mirtil
& Aminte Mirtil Aminte Mirtil Aminte Mirtil
& Aminte Prince
chery des Cieux; delices de la France; Mirtil Aminte Mirtil Mirtil
& Aminte Aminte,
au milieu d'une Troupe de Pasteurs dançans Le
Choeur Aminte Le
Choeur Aminte Le
Choeur
Allons voir, sous cet ombrage,
L'objet de tous nos desirs.
Allons voir, sous cet ombrage,
L'objet de tous nos desirs.
Tout l'annonce en ce Bocage.
La Feuille en parle aux Zephirs;
L'Onde aux Fleurs de son rivage;
Et les oyseaux, tour à tour;
Chacun dit, en son langage,
Le Dauphin est de retour.
Tout l'annonce en ce Bocage, &c.
Quittons, quittons nos houlettes,
Dançons sous ces verds ormeaux.
Quittons, quittons nos houlettes, &c.
Que nos voix & nos Musettes
Forment des Concerts nouveaux.
Que nos voix & nos Musettes, &c.
Nos troupeaux, sur les herbettes,
N'ont rien à craindre en ce jour;
La paix est dans ces retraittes;
Le Dauphin est de retour.
Nos troupeaux, sur les herbettes, &c.
Prince chery des Cieux; delices de la France;
Digne Fils du plus grand des Roys,
Voyez par quels plaisirs vostre auguste presence
Comble nos plaines & nos vois.
Long-temps vostre cruelle absence
A fait taire nos Chalumeaux.
:Comme nous les tendres oiseaux
Negligeoient leurs amours & gardoient le
silence.
Sur les plus rians coteaux
Nos Brebis paroissoient mourantes.
Aux bords des plus clairs ruisseaux
Les fleurs se couchoient languissantes.
Vous ranimez, tout à la fois,
Les fleurs & nos troupeaux, les oiseaux & nos
voix.
Digne Fils du plus grand des Roys,
Voyez par quels plaisirs vostre auguste presence
Comble nos plaines & nos vois.
Quelle douceur nouvelle
Si Bellone pouvoit n'en plus borner le cours;
Mais nous craignons toûjours
Qu'elle ne vous rappelle.
La Gloire est belle.
Il nous est doux de voir qu'elle plaise à vos
yeux.
Lors qu'aprés mille Exploits de memoire
immortelle
Elle vous ramene en ces lieux,
La Gloire est belle.
Mais, s'il faut sans cesse pour elle
Risquer des jours si precieux,
Qu'elle est cruelle !
Daignez, pour quelque temps, dans ces lieux fortunez
Vous delasser de vos travaux penibles.
Puissent nos Jeux & nos Concerts paisibles
Vous rendre le plaisir que vous nous y donnez.
Ecoutez nos Chansonnettes
Le doux son de nos Hautbois
Vaut bien quelquefois
L'éclat des Trompettes.
Le langage des Amours
Vaut bien le bruit des Tambours.
L'Amour, loin des allarmes,
Dans ces lieux tient sa Cour.
On ne craint que ses armes
Dans ce charmant sejour;
Mais la guerre a des charmes
Dans l'Empire d'Amour.
L'Amour, loin des allarmes, &c.
Ses plus aimables chaînes
Ne sont point sans rigueurs.
Mais les plus inhumaines
N'estonnent point nos coeurs.
Plus il cause de peines,
Plus il a de douceurs.
Ses plus aimables chaînes, &c.
Imitez nos Chansonnettes,
Petits oiseaux; chantez tous.
De vos paisibles retraites,
Echos, repondez-nous.
Imitez nos Chansonnettes, &c.
Deuxiéme Entrée
Pan Mr
Moreau Tircis,
Berger Monsieur Climene,
Bergere Mlle
Desmâtins Un
Faune Mr
Dun
Pan arrive suivy d'une Troupe de Faunes & de Dryades
Pan,
aux Pasteurs Ce
Vainqueur tout puissant, désormais sur la terre Le Choeur
des Pasteurs Pan [la
Suitte de Pan & les Pasteurs s'unissent, &
répetent en Choeur ces six derniers
Vers] Le
Choeur [toute
la Troupe reprend haleine; & cependant le Berger Tircis
en écarte la Bergere Climene & luy parle en ces
termes] Tircis Climene Tircis Climene Tircis Climene Tu me
parle toûjours de chaînes, de langueur, [un
Faune qui s'est approché d'eux dés le
commencement de leur conversation, & qui l'a toute
entenduë, l'interrompt ainsi en cet
endroit] Le
Faune Fy de ces
amants langoureux Tircis Le
Faune Tircis Le
Faune Tircis Le
Faune Tircis Le
Faune Tircis
& le Faune,
ensemble Tircis,
à Climene Le
Faune Tircis
& le Faune,
ensemble Climene
Pour rendre vos Concerts plus doux,
Et plus digne du Fils du plus grand Roy du Monde;
Le Dieu qui preside sur vous,
Apollon, aujourd'huy veut que Pan vous seconde.
Chantez, redoublez vos Concerts.
Vostre Roy va laisser reposer la Victoire;
La Discordre est contrainte à rentrer dans ses
fers.
Les Dieux avoient permis à cent Peuples divers
De s'armer contre luy pour augmenter sa Gloire;
Mais ce Heros, dans les combats,
Sans cesse affrontoit le trépas.
L'excez de son ardeur guerriere
Occupoit trop les Dieux à veiller sur ses pas.
Cent fois l'Autheur de la lumiere,
Dans le plus beau de sa carriere,
S'en est caché d'effroy sous l'horreur des
frimats.
Ne trouvera plus rien digne de son Tonnerre.
A la fin les Dieux l'ont permis;
Le dernier de ses coups va terminer la Guerre.
Il a brisé l'orgueil des plus fiers Ennemis,
Le reste, sans effort, sera bien-tost soûmis.
Ce Vainqueur tout puissant, désormais sur la
terre
Ne trouvera plus rien digne de son Tonnerre.
O douce Paix !
Hastez-vous de descendre.
Venez icy répandre
Tous vos divins attraits.
Le Vainqueur vous l'ordonne,
Triomphez de Bellone.
Descendez pour jamais,
O douce Paix !
Bannissez vos allarmes.
Que rien ne trouble vos plaisirs.
Ne craignez plus l'aveugle sort des armes
Pour le Heros qui fait tous vos desirs.
Bannissez vos allarmes.
Que rien ne trouble vos plaisirs.
Bannissons nos allarmes, &c.
Jusqu'icy, charmante Climene,
L'absence du Heros qui fait tous nos beaux jours
Bannissoit de ces lieux les Jeux & les Amours;
Je n'ay point murmuré de te voir inhumaine;
Mais, enfin, lorsqu'il les ramene;
Lorsqu'icy sa presence échauffe tous les coeurs;
Il est temps de finir tes injustes froideurs;
Il est temps de finir ma peine.
Garde pour d'autres temps tes amoureux propos.
Le soin de divertir nostre jeune Heros
Est le seul soin qui nous assemble.
C'est un spectacle peu charmant
Que de voir deux Amants ensemble
Soupirer de concert & conter leurs tourment.
Tu ne manque jamais d'excuse
Pour ne me pas écouter.
Tu devrois en profiter;
Et bannir de ton coeur un espoir qui t'abuse.
Cruelle ! quoy ? mes voeux ne peuvent t'attendrir
?
La maniere de les offrir
Fait bien souvent qu'on les refuse.
De flâmes, de martyre;
Tu me fais de l'Amour un portrait qui fait peur.
Puisque l'on souffre tant sous son cruel Empire,
Je veux garder mon coeur.
Va, Climene; laisse-le dire.
L'Amour dont il sa plaint n'est que le Dieu des fous.
Celuy qui m'inspire
Est un Dieu plus doux.
Les plaisirs, à qui veut les suivre,
De toutes parts viennent s'offrir.
Le sien fait mourir;
Et le mien fait vivre.
Qui portent par tout la tristesse.
Pour moy, quand je suis amoureux,
Je ris, je folastre sans cesse;
Et ce n'est qu'en chantant que j'exprime mes feux.
Bien loin que l'Amour me tourmente,
Je bois & je dors à loisir.
J'en ay le teint plus frais & l'humeur plus riante;
Et n'inspire que du plaisir.
Tu connois peu l'Amour. Les coups dont il nous blesse
Font languir jusques au trépas.
L'Amour est un enfant qui veut rire sans cesse.
Les Jeux suivent par tout ses pas.
Ses parfaites douceurs doivent coûter des
larmes.
De nos plus tristes il doit chasser l'ennuy.
Ah ! que ses langueurs ont de charmes !
Qu'il est doux de rire avec luy !
J'admire ton erreur extréme.
J'admire la tienne à mon tour.
Non, tu ne sçais pas comme on aime.
Non, tu ne connois pas l'Amour.
Juge-nous, aimable Bergere.
Decide qui de nous deux a plus droit de te
plaire.
Mais il faut quee ton coeur
Soit le prix du Vainqueur.
Trouvez bon que je m'en dispense.
A vous donner le prix il iroit trop du mien.
Je vois Sylene qui s'avance,
Il pourra vous juger sans qu'il m'en coûte
rien.
Troisiéme Entrée
Sylene Mr
des Voyes Lupin,
Berger ridicule Mr
Bourtelouë
Sylene vient monté sur son Asne, environné d'une Troupe de Satyres & de Bacchantes, & fort en colere de ce qu'on ose faire une Feste sans l'y avoir appellé
Sylene Climene,
l'interrompant en riant Sylene,
se radoucissant [au
deux Rivaux] Parlez. Je
veux bien vous entendre. Tircis Le
Faune Tircis Le
Faune Tircis Le
Faune Tircis Le
Faune Tircis
& le Faune,
ensemble Le
Faune,à
Sylene Tircis Tircis
& le Faune,
ensemble Sylene,
s'éveillant en sursaut Quoy ?
souffrir qu'en nostre presence [le
Faune Rival de Tircis, & Lupin Berger ridicule se
joignent à Sylene, & tous trois ensemble chantent
ce qui suit tenans chacun un flacon d'une main, & une
coupe de l'autre] Sylene, le
Faune & Lupin Lupin Sylene Le
Faune [icy
les Pasteurs, la Suitte de Pan, & ce Dieu luy-mesme se
meslent parmy les Suivants de Sylene] Le
Choeur Le
Faune Le
Choeur Le
Faune Le
Choeur Le
Faune Le
Choeur Autre
Choeur Pan [les
Choeurs repetent ces huit derniers Vers, & la Feste
finit par un Ballet general pour les trois
Quadrilles]
C'est donc ainsi qu'on nous oublie ?
Ainsi donc vous osez faire des jeux sans nous ?
Quelle audace ! quelle folie !
Craignez-vous si peu mon couroux ?...
On le craint plus que le tonnerre
Mais, au nom de Bacchus, il faut nous pardonner.
Loin de nous apporter la guerre,
Entre ces deux Rivaux daignez la terminer.
Au nom de Bacchus ? c'est me prendre
Par où mon coeur est le plus tendre.
Que peut-on refuser au nom d'un Dieu jaloux si doux
?
De quoy s'agit-il entre vous ?
Je sers depuis long-temps cette aimable Bergere.
C'est d'aujourd'huy que je luy fais la cour.
Que peut pretendre une flâme d'un jour ?
Qu'est-ce qu'un vieil Amour espere ?
Que peut-on opposer à ma fidelité ?
Le charme de la nouveauté.
C'est par la constance
Qu'un coeur amoureux
Merite d'estre heureux.
Avec assûrance
On peut compter sur des feux
Eprouvez par la souffrance.
Les empressements,
Les soins, les serments,
Sont plus trompeurs qu'on ne pense.
C'est par la constance
Qu'un coeur amoureux
Merite d'estre heureux.
Les roses sont belles,
Mais leur agrément
C'est d'estre nouvelles;
L'Amour est comme elles.
Rien n'est si charmant
Qu'un nouvel amant.
Rien n'est si charmant
Qu'un [fidelle / nouvel] amant.
Qui de nous deux doit plaire à Climene ?
Parlez, Sylene; Jugez-nous.
Sylene ! vous dormez ? Sylene ! éveillez-vous.
Sylene !
Qu'est-ce ? hé bien ? quoy ? Sylene, Sylene.
Pourquoy troublez-vous mon repos ?
Tous vos fades propos
Me rompent les oreilles.
Parlez-moy de Bacchus, ou ne m'éveillez pas.
Parlez de vuider des bouteilles
Ou sans moi vuidez vos debats.
On ne parle icy que d'amour ?
Bacchantes, Dieux des Bois, rompez vostre silence.
Parlons de Bacchus à son tour.
Chantons. Celebrons sa puissance.
Chantons le pouvoir de Bacchus,
Goûtons le jus divin que sa treille nous donne:
Sans ce doux jus
Croire qu'une feste soit bonne;
C'est un abus.
Chantons le pouvoir de Bacchus.
Sans le vin que peut-on faire ?
C'est par luy que tout peut plaire.
L'Amour mesme languit sans ce jus plein d'appas.
Pour échauffer nos ames
L'Amour ne suffit pas,
Si Bacchus plus puissant ne luy préte ses
flames.
Les plaisirs les plus charmans
Sont ceux où Bacchus nous convie
Ce sont les seuls de la vie
Dont on joüit malgré les ans.
Les Amours, pour leur partage,
N'ont que nostre Printemps.
On n'aime pas à tout âge;
Mais on boit en tout temps.
Las de se faire la guerre,
Bacchus & le Dieu d'Amour
Burent dans un mesme verre,
Et firent la paix un jour.
Las de se faire la guerre, &c.
O digne jour de memoire !
Depuis cet accord heureux,
L'Amour nous permet de boire,
Et Bacchus d'estre heureux.
O digne jour de memoire !, &c.
Pour gage, au Dieu de la Treille
L'Amour donna son flambeau.
Bacchus donna sa Bouteille
Pour rendre l'accord plus beau.
Pour gage, au Dieu de la Treille, &c.
O jour digne de memoire !
Depuis cet accord heureux,
L'Amour nous permet de boire,
Et Bacchus d'estre heureux.
O jour digne de memoire !, &c.
Chantons le pouvoir de Bacchus,
Goûtons le jus divin que sa treille nous donne:
Sans ce doux jus
Croire qu'une feste soit bonne;
C'est un abus.
Chantons le pouvoir de Bacchus.
Qu'en ces lieux on respire
Sous ses charmantes loix !
Tandis que le plus grand des Rois
Veille pour écarter tout ce qui peut vous nuire,
Vous chantez à l'ombre des bois.
Vous goûtez tout le fruit de ses fameux Exploits.
Qu'en ces lieux on respire
Sous ses charmantes loix !