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dansé par le Roy en la Salle du Louvre le 18. & 20. Fevrier de l'année 1635 |
Concert de Luths
Concert de
Luths
Les
Musiciens Celestes
LE GRAND BALLET
La
REYNE Madame de
Lyancour
Madamoiselle de Bourbon
Madame de Longueville
Madame de Montbazon
Madame de Chaulnes
Madame de la Valette
Madame de Retz
Madamoiselle de Rohan
Madame de Mortemar
Madamoiselle de Senecé
Madamoiselle de Hautefort
Madamoiselle de Lesche
Madamoiselle de Vieupont
Madamoiselle de .S George
Madamoiselle de la Fayette

qui ont travaillé sur le sujet du ballet du
Roy
GRAND MONARQUE,
l'honneur des Princes Magnanimes, Semblable
à ces grands Capitaines, Bordier Souverain
Magistrat d'une illustre Cité, J'abandonnay
mon Siege & quittay mon sejour, Les
Dames de mon temps n'eurent point de rigueur, Mais si
tost que la Parque eut terminé mes jours, Ie
viens sur ces avis du Royaume des Morts, Beau
sexe mais cruel, dont le coupable orgeuil Pour
contenter l'Amour & venger son mespris, Beau
Sexe reconnoy ton extreme danger, Agreable
Follet d'Amour, Ie
sçay bien qu'aymer Cleonice, Adorables
Beautez, Amour guide mes pas, Ie me
meurs, ie brusle d'amour, En
l'estat où ie suis i'ay grand sujet de rire, Ces
grands Princes, ces Rois, & Genereux Monarques
Les rayons de ta Gloire ont percé les abysmes
Du Royaume des Morts;
D'où grand Guerrier ie sors,
Pour dire à ta VALEUR, aux Conquestes si prompte,
Qu'Alexandre & Cezar en rougissent de
honte.
![]()
Qui logoient dans les champs leur front victorieux,
N'aguere Chef d'Armée, & Prince glorieux,
Ie donne à mes desirs les bois & les
fontaines:
Là quelques Beautez cherissant
Ie rajeunis en vieillissant;
En parle qui voudra, ie me ris de l'envie,
Mars, Amour, & Diane ont partagé ma
vie.
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I'y tenois la Balance avec egalité,
Et m'acquirois les noms de Prudent & de Juste;
Quand le Maistre absolu des hommes & des Dieux
Voulut que sur son Throsne auguste
Ie le fisse obeïr des Beautez de ces
lieux.
Pour venir presider au Palais de l'Amour,
Et defendre ses loix par l'Honneur condamnées;
Je les fit observer, & tel fut mon bon-heur
Durant le cours de mes années,
Que l'Amour se maintint en despit de
l'Honneur.
Nul Amant sous leur joug ne mourut en langueur,
A tous humainement elles prestoient l'oreille,
Et rendant toujours la pareille
Tenoient l'ingratitude un horrible
peché.
Le destin des Amans prit un contraire cours;
On vit d'un oeil cruel les amoureux supplices,
On eut l'oreille sourde, on eut le coeur fermé,
On ne tint conte des services,
Et sans vouloir aymer on voulut estre
aymé.
Afin de reparer les malheurs & les torts,
Indignement soufferts dans l'amoureux Empire;
I'en viens bannir le trouble & le desreglement,
Et j'y viens pour jamais prescire
Le devoir de la Dame à l'endroit de
l'Amant.
Me rappelle en ces lieux des ombres du cercueil,
Aux decrets de l'Amour ne fay plus de resistance:
Ou si nulle raison ne t'en peut retenir
Entens l'effroyable sentence
Qui de ton injustice en fin te va punir.
I'affranchiray les coeurs que tes charmes ont pris,
I'esmousseray les traits de tes yeux himicides,
I'effaceray ton teint, blanchiray tes cheveux
Sillonneray ton front de rides,
Et te feray manquer d'offrandes & de
voeux.
Tandis que tu le peux resous-toy de changer,
Et previens ton malheur avant qu'il te previenne;
Relasche seulement de ta severité
Ie n'useray de la mienne,
Et tu tiendras la rang d'une Divinité.
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Je rode la nuit & le jour,
Et furette les lieux où s'assemblent les Belles;
Je chante, je dance, je ris,
Et dans l'art de paroistre en cent formes nouvelles
Dessus tous les Follets je remporte le prix.
Le plaisir est mon element,
Je cherche divertissement,
Et suis des tristes soins le mortel adversaire;
Je ne suis point Esprit mauvais,
Ou si je suis mauvais je ne croy pas mal faire,
Et me trouve innocent dans les maux que je fais.
Je suis facile à m'enflammer
Du feu divin que fait aymer,
Et j'ayme ce que j'ayme avec inquietude;
Je le caresse, je le sers,
J'en fay mon seul object, je n'ay point d'autre estude,
Et pour le cpaturer j'entre mesme en ses fers.
Beautés, clais Astres de ces lieux,
Si jamaïs au feu de vos yeux
Un amoureux brasier s'allume dans mon ame;
Bruslés en mesme embrasement,
Car si par vos froideurs vous irrités ma flamme
Vous m'aurés pour Demon plustost que pour
Amant.
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C'est aymer mon propre supplice,
Et me mettre en proye aux douleurs:
Mais tout ce qui me reconforte,
C'est que ie porte ses couleurs,
Et qu'elle veut que ie les porte.
Pour venir rendre hommage à vos divins apas,
Qui font que vostre gloire à nulle autre est
pareille:
Sous l'apuy de ce Dieu ie me mets au hazard;
Mais que iugerez-vous d'un Borgne & d'un Vieillard,
Qu'un Aveugle conduit, & qu'un Enfant conseille
?
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Et ie ne laisse pas de rire;
Ainsi nous voyons châque iour,
Que tel rit dont le coeur soûpire.
Le mien dément avec raison
Mon visage qui se presente
Avec une mine riante,
Pendant qu'il languit en prison.
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Et ne puis toutesfois me plaire en mon bon-heur,
Si la Beauté qui tient mon coeur sous son Empire
Ne traite mon amour avec moins de rigueur.
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Qu'un eternel Sommeil tient là bas abbatus,
M'ont deputé vers toy, malgré l'Arrest des
Parques,
S'estans tous éveillez au bruit de tes Vertus.
Que si ie me presente en cet habit de Sage
Où un Follet m'a mis, Ie le fais en saison:
Car malgré l'ignorant qui rit de mon visage,
Ie veux vivre content, & garder la
raison.