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Vers du Ballet du Triomphe de la Beauté
Dancé par Mademoiselle
Vers du Sieur Hedelin, abbé d'Aubignac
soit Hesselin, intendant des Plaisirs du Roy
soit Tristan L'Hermite, 1640
[ce dernier est le plus probable]

Premier Recit
de deux Amours montez sur le Cheval Pegaze

La Beauté, de qui nos apas
Ne sont qu'une foible peinture;
Nous a fait chercher icy bas,
Ou dans l'art, ou dans la Nature,
Tous ces rares objets des yeux & des Esprits
Dont les nobles coeurs sont esprits.

La belle humeur, les agrémens,
Amour, la jeunesse, & les Graces,
Les charmes, les ravissements,
Aujourd'uy marchent sur nos traces.
Et sous des fers dorez tiennent des Demy-Dieux
Que la gloire met dans les Cieux.


pour Mademoiselle,
representant la Perfection

Mon front a de Iunon l'Auguste Majesté,
Mon Ame a tous les dons qu'on admire en Minerve,
Et la Divinité qui la Chypre conserve,
N'eut jamais tant que moy de grance & de beauté:
Mon sang de mille Dieux tire son origine;
On m'apelle parfaite, on m'estime divine,
Et l'on ne peut rien mettre à ma comparaison;
Illustres Potentats de qui l'ame est charmée
Du seul bruit de ma renommée
Pourriez vous soûpirer avec plus de raison ?


pour Mes-Damoiselles
de Longueville, de Bresé, de Sully, de la Villauclers, d'Esteing, & du Vigean
,
representans les belles Idées sous les noms d'Andromede, Psiché, Leucipe, Didon, Lucresse, & Zenobie

On a beau respandre des larmes,
Soûpirer, employer des charmes,
Faire des voeux, ou des sermens.
L'orgueil dont nostre ame est guidée
A nos plus illustres Amans
Ne promet du bien qu'en Idée.


pour Messieurs
le Comte de Brion, le Marquis de Maulevrier, le Baron de Langeron, & le Sieur de Verpré

representans les quatre Elemens

Aux Dames

Dignes objets dont les beaux yeux
Blessent les hommes & les Dieux,
Vostre gloire n'est pas commune:
Tout cede à vos apas charmans,
Vous disposez de la Fortune,
Et commandez aux Elemens.


pour Monsieur de Brion,
representant le Feu

En vain, belle Diane, un excés de Rigueur,
Vous rend insensible à ma flame;
Amour ce Dieu puissant, qui regne dans mon coeur,
Veut en fin regner dans vostre ame.
Ainsi pour vous instruire en l'art de bien-aimer,
Cognoissant qu'un mortel ne pouvoir vous charmer,
En fait une Metamorphose,
Et pour vous brusler seulement,
Il me change en Element
Qui peut embraser toutes choses.


pour Monsieur le Vidame
representant la Nature

parlant à la Reyne

Ie n'ay plus rien de ces tresors
Dont se forment les plus beaux corps,
Il ne faut plus qu'on y pretende:
Objet de gloire couronné;
C'est en vain que l'on me demande,
Ie vous ay ttout donné.


pour Monsieur de Memon
representant l'Art

Il n'est point d'excellens Eloges
Que ma grace n'ait meritez;
C'est moy qui bastis les Citez;
C'est moy qui lime les Horlogues;
La Nature en mes nouveautez
Admire toutes les beautez
Où son antique soin s'occupe;
Et mes mains limitent si bien,
Que par fois cette sage Dupe
Prends mon ouvrage pour le sien.


pour Monsieur le Comte de la Rocheguyon
representant un Maistre des Mines

Ce n'est nullement l'avarice
Qui dans ce penible exercice
Me fait hazarder aujourd'huy:
Puis que l'or une tresse blonde
M'est beaucoup puls cher que celuy
De toutes les Mines du Monde.


pour Messieurs les Marquis
de Sillery, de Chandenier, & de Themines,
& les Sieurs Langlois & Iaquier

representans des Mineurs

Apres avoir montré nos mortelles attaintes
Avec tant de soûpirs, de larmes & de plaintes
Aux superbles Beautez dont nous sommes épris,
Il faut pour satisfaire à leurs rigueurs extrêmes,
Et triompher de leurs mespris,
Nous enterrer nous-mesmes.


pour Messieurs le Duc de Luynes & le Comte de Randan
representans deux Folets

Aux Dames

Nous fuyons la melancolie;
Mais ne vous moquez pas de nous
Si nous paroissons un peu fous,
La sagesse est un folie.


pour Monsieur le Comte de Roussillon
representant un vendeur de Poudre

Puis qu'il faut un iour entier
Ce pauvre & mal heureux metier.
Amour, il faut bien s'y resoudre,
Mes Rivaux n'en seront pas mieux:
Mar ie ne porte de la poudre
Que pour leur en jetter aux yeux.


pour Monsieur de Memon
representant une Vendeuse de Gans

Beauté dont mon Ame est charmée:
Belle Philis si vous m'aimez,
Ne craignez oint d'estre enrumée:
Recevez de mes gands, ils ne sont parfumez
Que de la seule odeur de vostre renommée.


pour le Sieur Henaut
representant une Emailleuse

Cloris, quel secret si nouveau
L'Art pourroit-il mettre en usage,
Pour faire en Email außi beau
Que celuy de vostre visage ?


pour les Sieurs de la Barre, d'Arrets, & de Salvanne
representans les Graces

à la Reyne

Soleil qui vied naistre le fleuve
Où se couche l'Astre du iour;
Reyne, en qui Minerve se treuve
Mere pudique d'un Amour;
Si l'on void aujourd'huy les Graces
Se presser de suivre vos traces,
Ce n'est pas une nouveauté;
Les Cieux nous firent l'ordonnace
D'accompagner vostre beauté
Dés l'heure de vostre naissance.


pour le Sieur Lalun & cinq petits graçons
representans le Belle Humeur & les Agrémens

Amour, tu nous dois tes Autels;
Nous donnons tous les coups mortels
Dont à faux tiltre tu te vantes,
Puis que l'on void beaucoup d'Amans
Resister aux Beautez puissantes
Et ceder à nos Agrémens.


Pour Monsieur le Comte de Sainc-Agnan
representant un Maistre de Musique

Digne Chef d'oeuvre en qui les Cieux
Ont assemblé tant de merveilles;
Que ie contenterois d'oreilles
Sans les maux que me font vos yeux;
Ie suis fort sçavant en Musique;
Ie sçay mesler la Cromatique.
Dans des Chants pleins de nouveauté.
Mais ô trop charmante Uranie !
Le Concert de vostre beauté
Trouble toute mon harmonie.


pour les Sieurs Beaubrun, Peguin & Barbereau
representans un Maistre à Dancer, un de Guitere, & un de Luth

Les Philosophes sont bien fous,
De qui le caprice jaloux
Nous bannist de leur Republique:
Quels crimes avons nous commis ?
Les Tygres seuls sont ennemis
De la Dance & de la Musique.


pour Messieurs les Marquis
de Rouville, le Goix, & Sainct-André

representans des Indiens

Nous avons enlevé dans la sourve du jour
Les Beautez les plus rares
Qui puissent reüßir à donner de l'amour
A des Ames avares.

O que es posseder est beaucoup s'asservir !
Elles nous font courir fortune de la vie,
Car l'Europe en estant ravie,
Ne pense qu'à nous les ravir.


pour les Sieurs Henaut, & Batiste
representans deux Revendeuses

Nous portons mille raretez:
Mais nostre richesse est petite
Si l'on compare son merite
Avec l'esclat de vos beautez.

Scene Seconde

Recit des Cinq Sens

Ministres des Plaisirs,
Nous flatons des desirs
Des Ames aux corps prisonnieres;
Et par l'effet de nos raports divers
L'esprit en beaucoup de maniere
Comprend tout l'Univers.

PAr nostre seul pouvoir
L'homme peut concevoir
La beauté de beaucoup d'images;
Les fleurs, les fruits, les sons & la couleur,
N'estoient nos differens messages
N'auroient point de valeur.

La Raison quelquefois
Sous de severes loix,
Tient nostre puissance captive.
Mais nostre apuy la maintient icy bas;
Sans nous le plus sage qui vive
Ne la cognestoit pas.


pour Mademoiselle de Bourbon
representant l'Admiration

Ie suis l'Emant des yeux, & le tourment des coeurs;
Il n'est point de glaçons que mon estat n'embrqse.
Ie cause d'un regard de mortelles langueurs,
Et ravis par ma voix tout le monde en extase,
Ou ma bouche, ou mes yeux, mon visage, ou mes mains
Produisent tous les iours des Miracles visibles:
Ils ostent les sens aux humains,
Et semblent le donner aux marbres insensibles.


pour Mes-Damoiselles
De Rohan, de Vertus, de Sillery, & de Faurs

representans les belles Cognoissances, sous les noms
de Polymnie, Clio, Melpomene, Thalie, & Caliope

Toutes les plus belles matieres
Tombent sous le sesns de nos yeux;
L'Eau, la Terre, l'Air, & les Cieux
Sont du ressort de nos lumieres;
L'Ignorance a pour nous l'Amour
Que les Hyboux ont pour le iour,
L'esclat de nostre esprit l'outrage;
Mais nous manquerons de pouvoir,
Ou nous ferons crever de rage
Ce Monstre qui hait le sçavoir.


pour Monsieur le Marquis de Tesmines,
& les Sieurs Picot, Barbereau & Molier

representans les quatre Vents

Aux Dames

Chefs-d'oeuvres, Miracles des Belles
Gardez bien de blasmer nostre legereté,
Au bout de l'Univers nous portons sur nos ailes
LE renom de vostre beauté.


pour Messieurs les Comtes de Brion, & de Fiesques
representans deux Peintres

Chaque trait de nostre pinceau
Merite une gloire immortelle:
Et l'on a rien veu de si beau
Dans tous les Ouvrages d'Apelle:
Mais l'esclat de vostre beauté
Rabat bien nostre vanité
Quand nous faisons vostre peinture
Et dans nostre ravissment
L'Art confesse tacitement
Qu'il doit ceder à la NAture.


pour les Sieurs Batiste, & Henaut
representans deux Bourgeoises qui se font peindre

Peintres fameux de qui l'ambition
Sans cesse aspire à la perfection,
Et met au iour des choses immortelles.
Pour affranchir vostre nom du trespas
Vous n'avez rien qu'à ne nous flater pas,
Et nous peindre fort belles.


pour le Sieur de Sotteville
representant un Peintre serieux

Amarille ne croyez pas
Que la force de vos apas
Puisse paroistre en mon ouvrage.
Mais ô Miracle sans pareil !
Ie vay peindre vostre visage
Comme on peint l'éclat du Soleil.


pour le Sieur de la Barre
representant Mercure

Ie suis à la Beauté ce que l'ame est au corps:
Ie rends par mes faveurs les objets adorables,
Et n'estoit le secours de mes divins tresors
Les plus rares suiets ne seroient pas aimables.
Tout ce qui ravit & qui tuë,
Tout ce dont un coeur est charmé,
Si mes celestes yeux ne l'auroient animé,
Ne seroit apellé que'un froide statuë.


pour Messieurs le Duc de Luynes, le Comte de Rohan,
le Marquis de Sainct Georges,
& les Sieurs Iaquier, S. André, & Lalun

representans des Extasiez

Aux Dames

O l'heureuse privation
Que cause une perfection
Qui par tout allume des flames !
Cét effet nous semble bien doux;
Nos corps sont privez de leurs ames:
Mais elles sont avecques vous.


pour les Sieurs Beaubrun, Barbereau, & Molier
representans la Magie d'Amour, & deux Immobiles

Par un charme secret qui trouble la raison,
Et gouverne à son gré l'esprit le moins docile,
Außi tost qu'on a beu d'un amoureux poison
LE coeur demeure fixe, & le corps immobile.


pour Messieurs les Comtes de S. Agnan & de Coligny
representans deux païsans changez en Courtisans

Nostre changement fait cognestre
Combien l'Amour est un grand Mestre,
Et qu'il fait souvent nostre Sort.
Car sans une fatale veuë,
Nous aurions iusques à la mort
Fait la Cour à notre Charuë.


pour Messieurs le Comte d'Andelot, & le Marquis de Cologni
representans deux vieillards changez en verds-galands

O que l'amoureuse Magie
Est d'une puissante energie !
En voicy des effets parlans.
Cét Art rajeunit toutes choses;
Il change les glaçons en roses,
Et les Vieillards en Verds-Gallands.


pour le Sieur Henaut
representant un Poëte

Ie sçay treuver de belles choses
Pour l'Amant & pour le guerrier.
Ie fais des guirlandes de roses,
et des Couronnes de Laurier.
Ie n'ose parler à ma gloire;
Mais un Heros, de qui l'Histoire
Reçoit son plus bel ornement;
Seroit bien capable de dire
Lequel vaut mieux d'un monument
Fait de beaux Vers, ou de Porphire.


pour les Sieurs Henaut, & Picot
representans un chanteur & une chanteuse du Pont-neuf

Nostre choix charme les ennuys
Comme le chant d'une Seraine;
C'est cette douceur plus qu'humaine,
Qui contre le bord de son puys
Atache la Samaritaine.


pour les Sieurs Lalun, Peguin, & L'Anglois
representans des Amans desesperez

Amour ne nous est pas propice,
Et nous n'avons plus de raison:
Cherchons un Fleuve, un precipice,
Quelque fer, ou quelque poison:
Car pour finir nostre supplice
Il faut rompre nostre prison.


pour Messieurs le Comte de Fiesque,
le Marquis de Maulevrier, & les Sieurs de Souville, & la Barre

representans les Desirs temeraires

Nous devonsprendre un vol hautain
Dans une ardeur desmesurée;
Si nostre trespas est certain,
Nostre gloire est bien asseurée.
Icare aprocha du Soleil
Malgré le timide conseil
D'une affection paternelle.
Conçevons le mesme discours;
Imitons-le dans nos Amours.
Il fit une cheute mortelle:
Mais son audace fut si belle
Que l'on en parlera tousiours.


pour Monsieur le Marquis de Maulevrier
representant un Temeraire

Si i'osay trop en vous aimant,
I'en fus puny dés le moment
Que ie brulay pour vous, adorable Silvie:
Car dés lors ie vis bien, par vostre cruauté
Qu'en servant vos beautés, la perte de ma vie
Seroit le iuste prix de ma temerité.


pour Messieurs les Comtes
de Roussillon, de Cologny, & de Chabor

representans des Inquietez

Nous n 'avons repos iour, ny nuit,
Amour en tous lieux nous poursuit
Sans donner de treve à nostre ame:
Et c'est l'excez de ce tourment
Qui nous rend pareils à la flame
Qu'on void toujours en mouvement.


pour Messieurs le Vidame,
le Marquis de Sillery, le Marquis de S. Georges, de Memon, Iaquier, & Molier

representans les Chevaliers enflammez, portans un Phenix sur la teste

Amour ne promet point de prix
Au dessein que nous avons pris
Nous devons bien servir sans pouvoir rien pretendre.
Nos coeurs seront epris, ils seront enflammez,
Nous serons consumez:
Mais au moins des Soleils nous reduiront en cendre.

Scene Troisieme

Recit de la Ioye

à la Reyne

Image des Divinitez,
Reyne de mille qualitez
De tout point rendent acomplie:
O que de graces ie vous doibs !
En faisant un Dauphin, vous m'avez establie
Dans le coeur du plus grand des Rois.

Princesse de tous les mortels
Iugent digne de mille Autels
Par mille Vertus immortelles,
Puis que vos charmes sont si dous
Ie sçay desormais, ô Miracle des Belles,
D'estre tousiours aupres de vous.


pour Mademoiselle de Vandosme
representant la Victoire

Dans l'orage cruel qu'elevent les guerriers,
Ie rends à mon abord toutes les ondes calmes:
Et marche à l'ombre des Lauriers
Dans un Char tout semé de Palmes.

Sans moy les Titans enragez
Dans le Ciel se seroient logez,
Le rendant l'Azile des vices.

Mortels peu cognoissans, ou peu devotieux,
N'auray ie mpoint de sacrifices,
Moy qui fait triompher les Dieux ?


pour Mes-Damoiselles
De Praslin, de Fruges, de Bonneüil, Despresses, de Saconet, & d'Aubry

representans les Cruautez aimables, sous les noms de Pantasilée, Menalipe, Orythie Hypolite, Antiope & Talestris

Nous lançons des traits assez rudes
Pour faire de grandes douleurs;
Nous causons les inquietudes,
Les cris, les soûpirs & les pleurs,
Mille Amans vivent miserables
Pour avoir ressenty nos coups:
Mais bien qu'ils se pleignent de nous
Ils nous treuvent toujours aymables.


pour Messieurs le Baron de L'Angeron, Souville, Le Goix, & Sainct-André
representans les quatre parties du monde

au Roy

Roy qu'une rare pieté
Rend si fort ennemy du vice;
Et de qui le bras indompté
Sert de suport à la iustice.
Monarque adorable icy bas,
GRAND LOUIS, nous ne sçavons pas
Qu'elle loy là haut est escrite.
Mais c'est le iugement de tous,
Mais si l'on fait droit au merite
Nous devons un iour estre à vous.


pour le Sieur de Verpe
representant la Force chargée de fers

I'ay soutenu le Ciel außi bien comme Atlas;
I'ay finy les labeurs dont Hercule se vante:
Mais auioud'huy les fers qui me chargent les bras
Font voir que contre Amour la Force est impuissante.


pour Monsieur le Duc de Luynes
representant un Hercule filant

O Secret des Destins qui m'estoit incognu !
O puissance d'amour fatale à ma memoire !
Ay-ie en tant de combas remporté tant de gloire
Pour me voir desarmer par un enfant tout nu ?
Apres avoir esteint des Serpents effroyables,
Apres avoir domté les Geans indomtables,
Ravagé les Enfers & soustenu les Cieux;
Lors qu'il n'est point d'orgueil que ma valeur ne brave,
Ie ne puis resister aux traits de deux beaux yeux;
Et ie deviens en fin l'Esclave d'un Esclave.


pour Monsieur le Marquis de Monglas
representant Achille

Si la Parque perfidement
De mes iours n'eust coupé la soye,
Mon amoureux embrasement
Eust empresché celuy de Troye.


pour Monsieur le Marquis d'Andelot
representant Marc-Anthoine

O Nil que pour suivre ta Reyne
Ie m'aquis de honte & de peine !
I'en ateste tous les Romains.
Anthoine devoit-il pas estre
Le Maistre de tous les humains,
Si l'Amour n'eust esté son Maistre ?


pour Monsieur le Marquis de Chandenier
representant Roland

I'ay domté l'orgueil de vingt Rois,
I'ay fait les destins & les loix
Et de l'Asie & de l'Afrique:
I'ay veincu dans mille combas:
Mais un seul regard d'Angelique
M'a fait mettre les armes bas.


pour le petit Salvanne
representant la Sagesse

Que d'une infernale vapeur
Il s'esleve mille tempestes;
Que le Ciel tombe sur nos testes,
Ie n'en auray iamais de peur.
La Fortune a beau tout destruire,
Ses coups tombent loin de mes yeux;
Sa Cholere ne sçauroit nuire
A la Favoriste des Cieux.


pour Monsieur le Comte de la Rocheguyon
representant la Fortune

I'ay perdu cette humeur qui des sceptres se iouë,
Et confond les malheurs & la prosperité:
Ie n'ay plus d'inconstance & d'inégalité,
Les Vertus de LOUIS sont affermy ma rouë.


pour Monsieur le Vidame
respresentant Polipheme

L'Amour retenoit ma malice
Avant que le subtil Ulisse
Privast mon oeil de la clarté.
Mais à quel point se fust porté
Ma cruelle brutalité,
Sans le respect de Galatée ?


pour les Sieurs de Memon, de L'Anglois, & Molier
representans des Satyres

Nous avons veu mille fois
La chaste Reyne des Bois
Parmy sa troupe fidelle;
Mais elle n'est pas si belle
Que la Reyne des François.


pour Messieurs les Comtes
de Brion, de Fiesque, de Roussillon,
& les Sieurs de Souville, Le Goix, & Iaquier

representans trois Insensez & trois Insensées

La Raison ne gouverne pas
Le cours incertain de nos pas,
Nostre langue ny nostre geste:
Mais si nous sommes innoncens,
C'est au moins, un poison celeste
Qui nous a fait perdre le sens.


pour les Sieurs de Verpré, S. André, Henaut, & Batiste
representans un Vieux Gentil-homme, un Bourgeois, un Iuge, & un Païsan

D'une puissance tirannique
L'Amour dessous les mesmes loix
Renge le Noble, le Bourgeois,
Le Magistrat, & le Rustique.


Recit de la Beauté
suivie de tout les corps de Musique

Ie suis un beau recueil de ces divines choses,
De qui le doux objet fait par tout des Amours;
Mon teint n'est composé que de lys & de roses,
Et mes yeux ont l'esclat des plus beaux Diamans.
Außi de tous costez alumant les Désirs,
I'obtiens de mille coeurs des voeux & des soûpirs.

Amour en ma faveur n'auroit point de puissance,
Ie suis de sa grandeur le premier fondement;
I'establis en tous lieux sa douce violence,
Et chacun le reçoit à me voir seulement.
Außi dans l'Univers, & là haut dans les Cieux,
Ie le fais triompher des humains & des Dieux.

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