Ballet
dancé devant le Roy
et la Reine
regente sa Mere,
par
le Trio Mazarinicque, pour dire Adieu à la
France
en
vers burlesques
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Premiere
Entrée:
Mazarin vendeur de Baume
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Messieurs, ie vous offre
mon Baume,
Le meilleur que dans ce Royaume,
Ie puisse iamais debiter.
Ie ne veux pas vous le venter,
Mais faites en l'experience,
Lors admirant ma quinte essence,
Un chacun sera diligent,
De m'envoyer de son argent,
Sa maintenant ie vous desire,
Sa composition d'escrire.
Il est composé de
soucis,
Et du sang des peuples transis,
Avec cent dragme de leurs peines,
Et cent onces des larmes vaines,
I'y mesle du iux de cirons,
Et des escargots les roignons,
Des influences de la Lune,
Et de l'huyle d'une infortune,
I'y mets la ratte & les poulmons,
Des plus enragez des Demons,
Plus de douze fagots d'espine,
Et tout le fiel de Proserpine,
Apres i'achepte de Medeuse,
Une once de rage escumeuse,
Ie prends aussi bien des bourreaux
De leurs pendus les plus grands maux,
Dont ie faits un meslange
De tous les malheurs de Pandore.
Ainsi ma composition
Est faicte avec perfection
Si quelqu'un de vous en souhaite
Il faut que maintenant ie iette
Son mouchoir avec un escu
Ou bien qu'il me montre le cu.
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Seconde
Entrée:
Les deux Niepces de Mazarin danseuses dessus la
corde
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Nous dansons si bien sur
la corde
Que nostre teste aux pieds s'accorde,
Plus viste qu'un moulin à vent
Nous y courons le plus souvent,
O que c'est un bel exercice
De parctiquer cet artifice,
C'est là que sans aucun ressorts
L'on apprend à mouvoir le corps,
De viste remuer les fesses
Et de faire mille souplesses,
D'avancer & de reculer,
Et de travailler sans parler;
Certainement nostre bon Oncle,
De crainte de quelques fleuroncles,
Nous a fait apprendre cét art,
Afin de vous mettre à l'escart,
Il avoit peur que la paresse,
Avec nostre delicatesse,
Ne rendit pesant nostre cu,
Et qu'ainsi nous eussions vescu,
Sans avoir le mouvement libre,
De mesme que dans l'Equilibre,
O que nos esprits sont contents,
Quand nous passons si bien le temps,
On nous prendoit pour quelques folles,
De nous voir faire nos cabrioles,
Mais on se tromperoit fort bien,
En cela nous n'entendons rien,
Nous voulons le mestier apprendre,
Afin de sçavoir bien entendre,
Celui-là qu'avec l'homme seul,
On pratique sous le linseul.
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Troisieme
Entrée:
Les Partisans faisans les arracheurs de
dents
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Par des raisons tres
equitables,
Nous voulons paroistre semblables,
A ces grands Arracheurs de dents,
Car nous sommes plus impudents,
Et mentons avec plus d'audace,
Que toute cette belle race,
Outre que nous sommes menteurs,
Nous sommes de tres-grands flatteurs,
Et comme cette vile engence,
Cause bien souvent l'impuissance,
De macher ou manger du pain,
Et nous faisons avoir la faim,
Au peuple lors que trop credule,
Il soubsigne à nostre sedule,
O que nostre comparaison,
Est faite avec grande raison,
S'ils tirent un dent de la bouche,
Lors qu'il branle quand on la touche,
Et nous l'argent hors de goucets,
Sans autres voyes ny procez,
Car nostre Augustre compagnie,
Ne veut pas qu'on le denie,
Aussi bien que les Arracheurs,
Nous passerons des grands prescheurs,
Ceux qui croyent à nos parolles,
Sans doute sont des testes folles.
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Quatrieme
Entrée:
Le Mazarin habillé en vendeur
d'Oublie
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I'ay quitté d'estre
Basteleur,
Il faut estre trop grand parleur,
Pour bien faire cétte exercice,
I'ay maintenant un autre office,
Ie vends d'oublies, des cornets,
Et vous seriez tous estonnets,
De voir que ma petite balle,
A mesure que ie l'estalle,
Que elle diminuë croit,
Ie prends le tort donne le droit,
Comme un brave crieur d'Oublies,
Qui soubs le masque des folies,
Tasche à ravir le bien d'autruy,
Pour mon plaisir & son ennuy,
Depuis que ie suis dans la France,
I'ay monstré par experience,
Que i'estois habille iouëur,
Et qui sans peine & sans sueur,
Ie faits quen dans ma large bource,
L'argent des Princes vienne en cource,
Ie iouë aux dez, ie ioue à l'hoc,
De chaque doigt ie faits un croc,
Afin d'attirer la finance,
Des plus grands qui font la France,
Si ie contrefaits l'Oublieur,
C'est sans doute pour mon meilleur,
Car il faut que ie me desguise,
Pour n'estre pas mis en chemise,
En ce temps où le Parlement,
Veur sçavoir sur quel fondement,
I'appuye ma grande esperance,
Ie dits que c'est sur la Regence,
Elle a dequoy me maintenir,
Et de me faire parvenir,
Aux plus hautes charges du monde,
C'est où tout mon bon-heur se fonde.
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Cinquieme
Entrée:
La Niepce aisnée de Mazarin represente une
Maquerelle, et la Cadette une Garce
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Dans cét agreable
Ballet,
Nostre personnage est si laid,
Qu'à peine osons-nous le dire,
Vous en creveriez tous de rire,
Sans doute en voyant nos habits,
Tissus de laine de brebis,
Et nostre teste mal coiffée,
D'un vieux tafetas de trophée,
Vous pouvez iuger à nous voir,
Sans vous le faire plus sçavoir,
Qu'une de nous est Maquerelle,
Et l'autre une garce fidelle,
O le terrible changement,
Qui s'est formé dans un moment,
Nous esperions avoir des Princes,
Ou des Souverains des Provinces,
Cette guerre nous fait bien tort,
Et nous met presque à la mort,
Mais peut-estre que la fortune,
Nous sera touiours opportune,
Ce mestier n'est pas le dessein,
Que nous avons dans nostre sein,
Puisque mesme en nostre bel aage,
Nous avons nostre pucelage,
Selon l'estime de la Cour,
Mais il peut estre de retour,
Nous avons trop d'esprit encore,
Pour garder ce qui nous devore,
Et nuit aux filles de quinze ans,
Qui veulent se passer le temps.
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Sixieme
Entrée:
Les Partisans representans les leveurs de
manteaux
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O que nostre industrie est
bonne,
Nous meritons une couronne,
Tissuë des plus lauriers verts,
Qui se trouvent dans l'Univers,
Depuis nostre Sentence iuste,
Que nostre Parlement Auguste,
A fait contre nous Partisans,
Qui tirannisions les païsans,
Nous avions conçeu cette envie,
Afin de gagner nostre vie,
De nous rendre Arracheurs de dents,
Mais vous sçavez les accidents,
Que courrent ces pauvres belitres,
Qui nous donnent leurs mesmes tiltres,
Nous nous exerçons de nouveau,
A l'art de lever le manteau,
Chacun de nous de nuit s'efforce,
A desployer toute sa force,
Pour arracher avec ses grifs,
Quelque manteau qui soit de prix:
Cët art a de la sympatie,
Avec le nostre qu'on chastie,
Aujourd'huy si severement,
La rigueur de nostre tourment,
N'aura pas tousiours la durée,
Nous aurons encor la curée,
Et peut-estre que des demain,
Nous mettrons impots sur le pain.
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Le
Grand Ballet
Le Trio Mazarinicque
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Nous representons en
figure,
Sept Astres qui font leur demeure,
Au dessous du Grand Firmament,
N'en ayez pas d'estonnement,
Ces sept Astres des sept Planettes,
Disent par leurs langues muettes,
Qu'ils influent sur les metaux,
Pour qui vous souffrez tant de maux,
Tant que vous en avez en France,
Nous les aurons par violence,
Mais que nous soyons dans le trin,
Du grand Ministre Mazarin.
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