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Ballet
des Rues
de Paris
1647
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RECIT
Aux
Dames
Je suis
cette Reyne du monde,
Le séjour de la gloire & des justes plaisirs
Le centre des plus beaux desirs,
Paris enfin où tout abonde;
Et de tant de grandeurs vous me voyez sortir
Pour n'avoir soin que de vous divertir.
Je ne
viens point, fière & pompeuse,
Etaler à vos yeux ces illustres conseils
Ny ces foudroyans appareils
Qui domptent le Rhin & la Meuse;
De ces nobles soucis vous me voyez sortir
pour n'avoir soin que de vous divertir.
Les
plus plaisantes de mes rues,
Par des chemins nouveaux & qu'aucun n'a tenus,
Vont faire, sous des noms connus,
Voir des merveilles inconnues;
Je leur quitte la place, elles s'en vont sortir
Et n'auront soin que de vous divertir.
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Premiere
Entrée
La rue desFrancs-Bourgeois
[1]
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Les
Francs-Bourgeois, aux Dames:
Malgré
le désordre & l'abus
Qui regne en ce siecle confus,
Nous conservions nostre franchise;
Mais nous n'avons pas grand ennuy
De la perdre aujourd'huy,
Puisque vous l'avez prise.
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[1]
Il s'agit probablement de la rue des Francs-Bourgeois au
Marais, la plus importante de toutes celles qui s'appelaient
ainsi. Elle avait pris ce nom, au quatorzieme siecle, d'un
hôpital qu'on y construisit pour y loger, moyennant
treize deniers en entrant, & un denier par semaine, un
certain nombre de pauvres Bourgeois qui étaient
Francs d'impôts. [La Tynna, Dictionnaires des rues
de Paris]
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Entrée
II
La rue des Mauvais Garçons
[1]
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Les
Mauvais Garçons, aux Dames:
Jamais
de Fierabras la flamboyante épée
Aux actes valeureux ne fut tant occupée
Que la nostre l'est en ce jour.
Tout se rend, tout subit, tout nous vient faire hommage;
Nous nous rendons pourtant, & cédons à
l'amour:
Contre luy seulement nous sommes sans
courage.
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[1]
Sans doute la rue des Mauvais-Garçons Saint-Jean,
autrefois la rue Chartron, puis la rue Craon, qui va ou
plutôt qui allait, car il n'en reste qu'un fragment,
de la rue de la Tixeranderie à celle de la Verrerie.
Suivant La tynna, elle tire son nom des mauvais
garçons qu'il fit cacher dans son hôtel Pierre
de Craon pour assassiner le connétable Clisson. Il
est plus simple de croire qu'il lui vint de ce qu'elle
servait de repaire aux coupe-jarrets & aux
méchants drôles, désignés dans la
langue du peuple sous le nom de mauvais garçons, qui
désolèrent Paris, spécialement pendant
la captivité de François
Ier.
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Entrée
III
La rue des Jardions
[1]
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Le
Jardinier & la Jardiniere
La
Jardinier aux Dames:
Iserois-je
vous presenter
Ces fleurs que je viens d'apporter
Pour disposer à vostre usage ?
De grace, acceptez-les, & souffrez à
l'instant
Que, pour m'en retourner content,
J'en cueille sur vostre visage.
La
Jardiniere:
Les
chaleurs du dernier été
Ont nostre jardin tout gasté,
Si bien qu'il n'y croist pas grand'chose:
Nostre métier ne vaut plus rien,
Car un jardin n'est jamais bien
Si sans cesse l'on ne l'arrose.
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[1]
Tres-ancienne, puisqu'elle existait déja sous ce nom
au treiszieme siecle, ouverte sur des jardins, probablement
ceux de l'Hôtel Saint-Paul, qui aboutissaient à
l'enceinte de Philippe-Auguste. Elle allait de la rue des
Prêtres à la rue des Barrières. Il y
avait jadis un très-grand nombre de rue des Jardins,
dont le nom avait la même origine, par exemple les
rues modernes des Billettes, de la Feuillade, du Pot-de-fer
Saint-Sulpice, etc.
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Entrée
IV
La rue Courtaut-Vilain
[1]
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Le
Courtaut-Vilain, aux Dames:
Que
peut avoir mon nom qui vous soit déplaisant ?
Mesdames, passons outre, & laissons là
l'écorce:
J'ay de quoy vous faire un present
Où vous trouverez de l'amorce.
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[1]
Par corruption, de Cour-au-Vilain. C'était la partie
de la rue Montmorency qui allait de la rue du Temple
à la rue Transnonain & Beaubourg: elle s'appela
de la sorte j'ensqu'en 1768, où cette partie prit le
même nom que le reste de la rue.
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Entrée
V
Les rues d'Anjou, de Bretaigne & de Poictou
[1]
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L'Angevin
& le Poictevin, aux Bretonnes:
Beaux
astres du pays où l'on fait le bon beurre,
Nous venons franchement vous donner le bonjour:
A quoy bon le cacher ? Nous sommes pris au leurre,
Et vos yeux en un mot nous font mourir d'amour.
Nous sommes du Poictou, de la terre Angevine
La fleur, la gloire & le bel ornement:
Regardez-nous danser quatre pas seulement
Et rendez-vous à nostre bonne mine.
Les
Bretonnes, au Poictevin & à l'Angevin:
Voyez
l'infame compliment
Que font ces rustres de province,
De qui l'équipage est si mince
Que leurs guenilles vont au vent.
Venez, Messieurs; à la bonne heure:
Vos discours sont fort gracieux,
Et si vous y mettez du beurre
Ce n'est qu'afin qu'ils coulent mieux.
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[1]
Elles existent encore toutes trois au Marais, où
elles furent ouvertes au dix-septieme siecle, sous le regne
de Louis XIII. Le Marais, quartier neuf, dont la
construction ne s'acheva que sous le regne de Louis XIV,
devait offrir une espèce de tableau
géographique du pays. Henry IV y voulait faire
bâtir une vaste place de France, à laquelle
eussent abouti des rues portant les noms des principales
provinces. Ses deux successeurs réalisèrent en
partie ce projet.
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Entrée
VI
La rue de la Savatterie
[1]
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Les
Savetiers, aux Dames:
Nostre
metier est sans repos:
On y racoustre, on y décrotte,
Et mesme en sifflant la linotte
[2]
Maintenons toujours le fil gros.
Rares beautez, qui manquez de chaussure,
Sans tournoyer, venez à nous tout droit.
Et nous laisser prendre vostre mesure,
Car nous avons celle qu'il vous faudroit.
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[1]
C'est la rue Saint-Eloi actuelle, allant de la rue de la
Vieille-Draperie à celle de la Calandre. Elle ne prit
ce dernier nom qu'au dix-huitième siècle. Elle
s'appelait d'abord de la Chevalerie, ou de la
Cavalerie, de la basse latinité
cavator, qui voulait dire à la fois graveur
(orfèvre) et corroyeur. Il est possible que son nom
lui vint des orfèvres qui s'étaient
établis dans cette rue, percée sur
l'emplacement dun monastère et d'une église
édifiés par leur patron Saint Eloi, et tout
près de laquelle celui-ci avait demeuré. Quoi
qu'il en soit, il est certain qu'elle s'appelait de la
Savatterie dès le quatorzième
siècle, époque où les savetiers vinrent
s'y fixer, et n'eurent qu'à modifier
légèrement le nom de la rue pour l'approprier
à sa nouvelle destination.
[2]
Cette particularité très-intime de l'histoire
des savetiers au dix-septième siècle est
confirmée par beaucoup d'autres témoignages.
Une des Entrées de La Boutade du temps perdu
est même intitulée: Le Savetier qui enseigne
à siffler à un pourceau. Tous les auteurs
du temps qui mettent en scène ces savetiers, dont les
petites échoppes s'élevaient à chaque
coin de rue, La Fontaine, d'Arceilly dans une de ses
épigrammes, etc. les présentent comme des
chanteurs intrépides et de joyeux
compagnons.
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Entrée
VII
La rue des Lavandières
[1]
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Les
Lavandières:
Si tost
que le jour est venu,
Nous allons battre à la rivière,
Et passons la journée entière
A savonner gros et menu;
Nous nous diligenterons surtout.
Quand nous approchons du dimanche,
Et nous mettons, pour en venir à bout,
A toute heure la main au manche.
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[1]
Il y avait, dès le treisième siècle,
deux rues connue sous ce nom, à cause des
blanchisseuses qu'y attirait le voisinage de la
Seine.
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Entrée
VIII
La rue des Singes
[1]
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Le
Gouverneur des Singes:
Ma
Grandeur seroit sans econde
Si je pouvois également
Tenir sous mon gouvernement
Tous les singes qui sont au monde.
Chaque jour, nous apercevons
Que tout est plein de singerie,
Et les singes et les guenons
Font une grande confrérie.
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[1]
Dans le Dit des rues de Paris, par Guillot, qui est
de la fin du treizième siècle, on trouve
déjà la rue des Singes. Ce nom lui
vient, dit-on, de ce qu'elle renfermait une maison aux
singes, c'est-à-dire probablement
décorée d'une ou de plusieurs effigies de
singes sur sa façade, comme était celle
où naquit Molière.
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Entrée
IX
La rue Geoffroy-l'Asnier
[1]
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Geoffroy
l'Asnier:
Que mon
asne me fait mal !
Il marche d'un pas inégal:
C'est sa paresse coustumière.
Te hasteras-tu pas ? Marche donc, gros vilain,
Car j'enrage d'estre au moulin
Pour baiser la meusniere.
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[1]
Cette rue, qui existe encore, se nomma jusqu'au milieu du
quinzième siècle rue Frogier ou
Forgier-l'Asnier: Frogié est l'anagramme de
Géfroi. Cette dernière particularité
rend fort douteuse l'explication de ceux qui veulent que la
rue ait tiré son nom d'un riche bourgeois qui
l'habitait. Cependant elle s'appelle simplement rue l'Asnier
sur le plan de Gomboust, et il y avait alors une famille de
l'Asnier très-connue.
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II°
Recit
Aux
Dames
La
rue des Chantres [1]
Nostre
rue est toute de vois,
Mais tous les chantres qui l'habitent
N'en ont pas assez toutefois
Pour exprimer les voeux que vos beautez méritent:
Aussi, divins objets, le moyen de parler,
Si, vous voyant, il faut brusler !
Vous
estes les charmes des coeurs,
C'est pour vous que chacun soupire,
Et d'un seul trait vos yeux vainqueurs
Vous font sur les esprits un souverain empire:
Donc, ô divins objets, le moyen de parler,
Si, vous voyant, il faut brusler !
[1]
Petite ruelle de la Cité, habitée surtout par
les chantres de Notre-Dame.
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Entrée
X
La rue Poupée et la rue des Marmouzets
[1]
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Les
Marmouzets, à la Poupée:
L'amour
qui nous a surmontés
Nous fait donner à vos beautez
Nostre volonté tout entière;
Si nous ne paroissons que peu,
C'est merveille qu'un si grand feu
Eclate en si peu de matiere.
La
Poupée, aux Marmouzets:
Amoureux
Marmouzets, j'accepte vostre offrande
Et sçais qu'aux petits corps la force est bien plus
grande:
Une honneste poupée et de beaux mirmidons
Pourront peupler Paris de petits Cupidons.
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[1]
La rue Poupée joignait les rues Hautefeuille et de la
Harpe. Elle porte déjà ce nom dans Le Dit
des Rues de Paris, de Gillot. On ignore son
étymologie. La Rue des Marmouzets, faisant partie de
la Cité, avait pris le nom d'une maison des
Marmouzets qui y était située, et dont
il est fait mention dans un acte de 1206. Gillot la nomme
rue du Marmouzet. On appelait Marmouzets de
petites figues peintes, ou surtout sculpées, qui
décoraient la façade de certaines
demeures.
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Entrée
XI
La rue des Ménétriers
[1]
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Les
Ménétriers, aux Dames:
Pour
vous donner des sérénades,
Nous apprestons nos instrumens
Aux dépens des pauvres amans
Que vous avez rendus malades:
Si vous daignez nous écouter,
Nos peines ne sont pas perdues,
Et nous aurons le soin, pour vous mieux contenter,
De tenir nos cordes tendues.
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[1]
Allant de la rue Beaubourg à la rue Saint-Martin,
nommée d'abord rue des Jongleurs, ou
plutôt aux Jongleurs (junglers, jongleurs,
jugleours, etc.), ensuite rue des Menestrels ou
Ménétriers, parce qu'elle était la
rue affectée au domicile des jongleurs et
ménéstrels, dont Le Dit des Rues de
Paris nous apprend qu'on y entendait résonner les
concerts de hauts et bas instruments, à partir de
midi jusqu'au soir.
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Entrée
XII
La rue des Bons-Enfans
[1]
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Les Bons
Enfans, aux Dames:
Que
nostre bonté vous convie,
Beautez, délices de la vie,
A bannir ces dures rigueurs
Qui nous dérobent vos faveurs !
Pauvres enfans à la bavette,
Nous avons la langue muette,
Et couvrons une affection
Avec tant de discrétion
Que, nous montrant hommes pour faire,
Nous sommes enfans pour nous taire.
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[1]
Cette rue, qui va de la rue Saint-Honoré à la
rue Baillif, commença à être
nommée ainsi dans le courant du treizième
siècle, parce qu'on y avait construit en 1208 un
collège pour l'éducation de treize pauvres
écoliers, dits bons enfants (boni
pueri).
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Entrée
XIII
La rue de l'Homme-Armé
[1]
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L'Homme
Armé, aux Dames:
Chères
beautez, chassez la peur:
Ce n'est pas contre vous que j'éprouve mes armes,
Puisque vos victorieux charmes
Triomphent déja de mon coeur.
Un seul de vos regards dont mon ame est frappée
Est plus à redouter que mille coups
d'épée.
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[1]
Allant de lrue Sainte-Croix de la Bretonnerie à celle
des Blancs-Manteaux. Son nom lui venait probablement d'une
enseigne.
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Entrée
XIV
La rue Michel-le-Comte et la rue Comtesse-d'Artois
[1]
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Michel le
Comte, aux Dames:
Ne
pensez pas que vostre orgueil
Ne puisse conduire au cercueil,
Trop altiere comtesse:
Je quitteray vos cruautez,
Et j'iray parmy ces beautez
Faire une autre maistresse.
La
Comtesse d'Artois, à Michel le Comte:
Va, mon
pauvre Michel le Comte,
Change, n'en aye point de honte,
Peut-estre trouveras-tu mieux:
Ces beautez valent bien que l'on les considere,
Mais je connois bien à leurs yeux
Que tu ne leur plais guere.
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[1]
La rue Michel-le-Comte, de la rue Beaubourg à la rue
du Temple, portait déjà au milieu du
treizième siècle ce nom, dont on ignore
l'étymologie.
La rue Comtesse-d'Artois, qui a perdu son titre, allait de
la pointe Sainte-Eustache à la rue Mauconseil, et
s'appelait ainsi de l'Hôtel d'Artois qui y
attenait.
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Entrée
XV
La rue des Juifs
[1]
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Les Juifs,
aux Dames:
Que
nostre nom ne vous étonne,
Beautez, qui nous savez charmer.
Nostre loy n'est-elle pas bonne,
Puisqu'elle nous permet d'aimer ?
Accordez à nostre souffrance
La légitime récompense
Par un traitement qui soit doux,
Et vous entendrez bientost dire
Qu'il n'est homme qui ne désire
De devenir Juifs comme nous.
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[1]
Cette rue, qui est la prolongation, en retour
d'équerre, de celle des Rosiers, au Marais, dont elle
porta d'abord le nom, ne s'appela rue des Juifs qu'au
seizième siècle, sans doute après
être devenue, avec les rues Judas, de la Juiverie,
etc..
[ici paraît un texte qui est difficilement
acceptable, parlant des Juifs comme de la race maudite
[sic], qu'ils devraient être parqués.
Ces commentaires sont exclus de cette
page.]
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Entrée
XVI
La rue Pierre-au-Laict
[1]
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Les
Laictieres:
Noste
liqueur est excellente:
Elle a le blanc, elle a le doux;
Chacun s'en vient fournir à nous,
Et pas un ne s'en mécontente.
Nous la soufflons au chalumeau,
Nous en faisons un doux mélange,
Et, par un agréable echange,
Nous donnons du laict pour du beau.
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[1]
C'est la rue Pierre-au-Lard actuelle, qui s'appela
successivement Pierre-Oilard, Pierre-Olard,
Pierre-Allard; elle est même écrite
Pierre-au-Rat; au quatorzième siècle ,
Espaulard. Le Livre de Corrozet sur Paris, 1561,
l'appelle rue Pierre -au-Laict, comme notre ballet,
et il semble, d'aprés ce dernier, que cette nouvelle
variante fût venue de ce que les laitières en
avaient fait l'un des centres de leur commerce.
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Entrée
XVII
La rue des Cinq-Diamans
[1]
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Les Cinq
Diamans, aux Dames:
Que
nostre rue est precieuse !
On n'y voit que des diamans;
D'une main superbe & pompeuse,
Elle nous charge de brillans.
Nous perdons toutefois, en approchant ces lieux,
Le prix de la beauté, dont vostre éclat nous
frustre,
Et nos joyaux n'ont plus de lustre
S'ils ne l'empruntent de vos yeux.
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[1]
Allant de la rue des Lombards à la rue
Aubry-le-Boucher. Elle devait à une enseigne ce nopm,
qu'elle portait seulement depuis le commencement du
seizième siècle.
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Entrée
XVIII
La rue du Heros
[1]
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Le Heros
Demy-Dieu:
Loin
d'icy, troupe sacrilege
De mortels effrontés !
Il n'appartient qu'aux Dieux, le rare privilege
De servir ces beautez:
Le respect vous le doit deffendre;
Tout Heros que je suis, je ne l'ose entreprendre,
Et je m'en vais perdre en ce jour
D'un immortel les divins avantages,
Car en voyant ces beaux visages
Il faut que je meure d'amour.
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[1]
Cette rue qui se trouve sur le plan de Gomboust,
publié en 1652, mais qu'on pourrait considérer
comme représentant justement le Paris de 1647,
puisqu'il dit qu'il a été cinq ans à
l'achever. Elle ne figure pas dans les catalogues des rues
de Paris, d'une date antérieure, que nous avons pu
consulter, non plus que sur le plan de Bullet, 1676, ni sur
celui de Nolin et la table alphabétique des rues dont
il est accompagné. Bref, nous n'avons pu la trouver
nulle part. C'est peut-être la rue Saint-Louis, ou la
rue de Bourbon.
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Entrée
XIX & derniere
La rue du Mores
[1]
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Les Mores,
aux Dames:
Sortant
des terres altérées
Où les vives chaleurs ont noircy tous nos traits,
Nous venions pour trouver le frais
Dans ces regions temperées;
Mais nous demeurons bien trompés
De penser nous estre echappés.
Puisqu'une autre ardeur nous dévore,
Et vos visages sans pareils,
Tandis que nous fuyons les éclats d'une Aurore
Nous montrent autant de Soleils.
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[1]
De la rue Beaubourg à la rue Saint-Martin. En 1606,
elle se nommait cour ou rue du More. On la trouve
écrite Cour-des-Morts dans quelques plans anciens,
particulièrement dans ceux de Gomboust et de Bullet.
c'est aujourd'hui la rue du Maure, et suivant Mr
Lazare elle doit ce nom à une enseigne. Il y avait
aussi la rue des Trois-Mores, de la rue Troussevache
à la rue des Lombards.
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