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Ballet des Princes Indiens

dancé à l'arrivée de S.A. Monseigneur
1634

 

Les Bruits Enfans de la Renommée

à son A. R.

STANCES

Prince de tout point accomply
Soit pour la paix soit pour la Guerre
Le bruit de vostre Nom ayant desia remply
Tous les coings de la terre
Nous qui faisons un tour plus grand que le Soleil
N'avons dans l'Univers rien treuvé de pareil.

Ses Lauriers naissent soubs vos pas
La Victoire est de vostre suite
Nul de vos ennemis n'eschape du trespas
Si ce n'est par la fuite
Nous qui faisons un tour plus grand que le Soleil
N'avons dans l'Univers rien treuvé de pareil.

Plus Prophetes que Musiciens
Nous prometons soubz un tel Prince
De la part du Destin l'abondance des biens
A toute la Province
Confeßant hautement que dessoubs le Soleil
On ne sçauroit jamais rien treuvé de pareil.

Premiere Entrée

Suiet du Ballet

Monsieur le Comte de Moucron faire la premiere Entrée soubz l'habit de la Renommée laquelle au Bruit des Victoires & des Triomphes de S.A.R. & des perfections des Dames de sa Court, vient rendre hommage & à l'un & aux autres soutenant que les Echos des solitudes les plusescartées ne parlent jamais d'autre langage que celuy de leurs louanges.

Seconde Entrée

de la Musique

Elle paroist vestie d'une Robe plicée en tuyaux d'orgue, & toute couverte de Notes de Musique portant pendu s à sa Seinture six divers Instrumens, & dansant au son d'une epinette d'Alemaigne quelle tient soubz le bras & qui sonne toute seule.

Troisiesme Entrée

des Six Tons

Ces six Enfans de la Musique vestus de mesme en hommes, paressent en suite & abordant leur Mere prenent chacun un de ses Instrumens quelle porte, & en jouent tous ensemble chantant ces vers à la louange des Dames.

Premier Recit

Objectz qui estes sans pereils
Beautez ou toute grace abonde
Vous faictes dans ce Balvoir des plus beaux Soleils
Que n'et celuy du monde
Nous qui sommes les Sons
Venons le publier icy par nos Chansons.

Les Mirthes n'aißent soubz vos pas
Et les courages les plus braves
Ne sçauroient suporter l'effort de vos apas
Sans devenir esclaves
Nous qui sommes les Sons
Venons le publier icy dans nos Chansons.

Beaux yeux vos uniques Vainqueurs
Dont les regardz font des Merveilles
Que nous serons heureux si nous toucchons vos Coeurs
Et frapant vos oreilles
Nous qui sommes les Sons
Venons le publier icy par nos Chansons.


Mes Dames prenez garde que ces Sirenes deguisées ne charment vostre Prudence en ravissant vostre liberté: Car quoy que ces Tons soient differens, ils s'accordent tousiours ensemble pour vous faire la guerre. Et il me semble qu'il est mal aiszé de leur resister, puis que vos oreiles desia captives, font du complet d'enchesner vos Coeurs.

Le Mont de Pieté
Premiere Entrée

dancée par Messieurs

le Conte de Bossus & le Conte de Moucron, Gentilhommes
Le Conte d'Ostrat & le Sieu de Gordon, Valetz de Chambre

Le Mont de Pieté
Seconde Entrée

dancée par Messieurs

le Conte de Bassigny, Peintre
Le Baron de Vangles, Mathelot
Le Conte de Foucamberge, Clerc
et le Duo Dolano, Arracheur de Denz

Le Mont de Pieté
Troisiesme Entrée

dancée par Messieurs

le Conte de Beaumont & le Marquis de la Vieville, Damoiselles
le Prince de Ligny & le Prince de Cimé, Chaperonnes
le Marquis de Vestrelo, Hollandoise


Aux Dames

Ne nous faites point cet affront
Apres ce terrible voyage
Ne ne nous Bailler par sur gaige
Tout ce qui est dans vostre mont
Vous avez trop de jugement
Pour ne voir pas à nos visages
Que nous sommes tous faits en payeurs d'arrerages
Qui vous faisons bon payement.


Mes Dames si vous faisiez un nouveau Mont de vos bonnes graces; Il est croyable que tous les Princes de la terre y porteroient leur Coeurs en gaige; Que si quelqu'un le retiroit aprez avoir payé l'hinterest des soupirs & des soings qui sont attachez à l'honneur de vous servir, vous en seriez à la fin plus riches, car cet gaigner beaucoup de perdre un infidele.

Les Amans Volages
Premiere Entrée

dancée soubs des habist [sic] tous couverts de Miroirs, par Messieurs

le Conte de Bossu
le Conte de Moucron
le Conte d'Ostrat
le Baron de Vangle
et le Sieur de Gordon


Aux Dames

Doux sujetz de nos desespoirs
Beaux yeux infidelles miroirs
Nous portons des glaces si netes
Que leurs raportz sont aßurez
Regardez y ce que vous estez
Pour craindre ce que vous serez.

Les Amans Volages
Seconde Entrée

dancée soubs des habits de plume, par Messieurs

le Duc Dolano
le Conte de Baßigny
le Prince de Cimé
le Marquis de la Vieville
et son Gentilhomme


Aux Dames

Objesz sans nombre & sans pareils
Beautez de qui l'esclat nous blesse & nous alume
Ce n'est pas pour voler aupres de vos Soleils
Que nous portons un corps de plume
Scachez que nous ne l'avons pris
Que pour imiter vos esprits.

Les Amans Volages
Troisiesme Entrée

dancée soubz des habist [sic] de Tafetas de la Chine couverts de Girouetes & coiffez d'un Moulin à Vent, par Messieurs

le Marquis de Vestrelo
le Conte de Megue
le Conte de Beaumont
et le Gentilhomme de Monsieur le Viconte de Gan


Aux Dames

Soleils qui semblables au foudre
Reduisez tous les coeurs en poudre
Et puis les r'animez d'un apas decevant
Vrayment vos graces sont parfaites
Mais toutes vos faveurs ne sont que Girouetes
Et vos promeßes rien que vent.


Mes Dames ne vous estonnez pas si ces amans sont vestus de Plume, puis que cet la livrée de vostre humeur, & moins encore de Glace, puis que vous en avez le Coeur comme ils en portent l'habit. Pour les moulins a vent dont ils parent leurs testes, ils portent la peinne de leur legereté: car ces Moulins, ne se m'euvent qu'au vent de leurs soupirs & de leurs plaintes. Toutesfois je veux croire qu'à force de Prudence ils cachent la perfection de leur fidelité, soubz le dessaut aparant de leur changement. Et qu'ils ne portent des Miroirs que pour êblouir de leur esclat les yeux jaloux de leurs bonnes fortunes. Les Girouetes & les Moulins a vent dont ils sont couvertz, sont encore autant de faux temoings, touchant le mespris de l'amour comme n'estant capables de passion que pour mourir dans la servitude qu'ils vous ont vouêe.

Entrée
d'un Moscovite
et
Second Recit

Aux Dames

Moy qui n'aquis en mesme place
Ou le Soleil n'ait chasque jour
A travers la flame & la glace
Ie viens de faire un mesme tour
Affin de scavoir en quels lieux
Est l'unique objet de mes yeux.

I'ay veu les Eaux ou l'or Eclate
Et le cilmat ou croit l'encens
I'ay veu les jardins de l'Eufrate
Et le feu secret des Persans
Mais ie n'ay point veu dans ces lieux
L'unique objet de mes yeux.

Enfin apres de longues traces
Ie voy le but de mon desir
Icy Mars joue avec les graces
Tous y sont comblez de plaisir
De sorte que dedans ces lieux
ESt l'unique objet de mes yeux.

La Blanque

ou soubs des habits de differentes nations dansent Messieurs

le Conte de Bossu, Turc
le Conte de Moucron, More
le Conte de Bassigny, Scite
le Conte de Megue, Topinanbour
le Duc d'Olano, More
le Sieur de Gordon, Sauvage
le Baron de Vangles, Topinanbour

Aux Dames

Ce jeu trompeur a des delices
Parce qu'on voit Dans les malices
Le sort de vostre amour & de nostre entretien
Avec une esperance vaine
On perd son argent & sa peine
Et quand on pense prendre, on ne rencontre rien.

Mes Dames si vous faisiez une Blanque ou vos faveurs servissent de Prix, ie veuxs croire que la fortune auroit beaucoup plus d'esclaves que l'amour: car tout le monde quitteroit cet aveugle pour suivre cete infidelle. Toutes fois vous fairies plus de malheureux que d'amans, parce qu'estant fort austeres de vos faveurs vous les exposeriez en veue, pour en donner le desir seulement, mais non pas la jouissance. De sorte que ce seroit une blanque continuelle, ou l'on perdroit tousiours & son temps & sa peine, sans autre consolation que celle qui seroit inseparable de l'honneur de vous servir. Ce qui peut obliger encore toutesfois les plus genereux a tenter les perils qui sont affectez a une telle conqueste; quoy que le hasard en promete les couronnes, plustost que vostre humeur.

Entrée et Concert
de quatre Pages vestus de Toile d'Argent iouant du l'Hut

Les Modes
Premiere Entrée

dancée par Messieurs

le Prince de Ligny, le Conte de Foucambergue & le Conte d'Ostrat, Paisans a la vielle mode
le Duc d'Olano, le Marquis de la Vieville & le Baron de Vangles, Bergers a la nouvelle mode

Les Modes
Seconde Entrée

dancée par Messieurs

le Conte de Bassigny & le Conte de Megue, Foulx

Les Modes
Troisiesme Entrée

dancée par Messieurs

le Conte de Bossu, Damoiselle a la vielle mode
le Conte de Moucron, Damoiselle a la nouvelle mode
le Marquis de Vestrelo, Huque a la vielle mode
le Gentilhomme de Monsieur le Viconte de Gan, Huque a la nouvelle mode
le Prince de Cimé, Paisane a la vielle mode
le Conte de Beaumont, Paisane a la nouvelle mode

Aux Dames

Si quelqu'un ayme le present
Ou quelque autre aussy pour le passe soupire
Nous vous pouvons faire un present
De ce quel un & l'autre en son ame desire
Car nous portons icy dans un corps non laßé
La vertu du present & celle du paßé.

Mes Dames vous voyez comme la Mode Fille du temps, s'enfuit tousiours & demeure sans cesse. Mais elle a beau se deguiser c'et tousiours elle mesme. Aussi vous avez beau hanger d'habit & de visage: on ne scauroit jamais vous mes cognoistre si peu de soin qu'on prene a vous estudier. Le conseil que je vous donne pourtant; c'est de vivre a la mode de vostre humeur, plustost qu'a celle du temps car quoy que l'un & l'autre changent continuellement, vous serez augmoins constantes a suivre vos plaisirs, qui sont les vrays elemens de la vie.

Intermede
du Iugement de Paris & des Machines

Un Ciel aparant se fait voir apres que les nuages qui le couvrent se sont peu a peu dissipez & le Ciel s'entrouvrant, on voit encore descendre lentement un grand globie estoilé, d'ou sortent les trois Deesses accompagnées de Mercure.

Entrée
des trois Deesses & de Mercure

dancée par Messieurs

le Conte de Faucambergue, Iunon
le Conte d'Olano, Minerve
le Marquis de Vieville, Venus
le Conte de Megue, Mercure

Entrée
de la Deesse Discorde

dancée par un des Gentilhommes de Monsieur le Marquis de Vieville


Cete Deesse couverte d'un robe parsemée de flammes portant un flambeau a la main jete en dansant au milieu des Deesses une Pomme d'or, ou il y a escrit dessus. Cet pour la plus belle, & a mesme temps disparoit. Les Deesses prenent cette Pomme & la regardent en dansant tousiours, & a l'instant une grande Machine joue qui fait voir avec autant d'admiration, que d'estonnement, un Bois & un Rocher sur lequel le Sieur de Gordon vestu en Berger, qui represente Paris, est assis jouant de la Musette en gardant ses tropeaux [sic].

Il est choisy pour juge de consentement des Deesses, & pares les avoir considerées en dansant ensemble, presse d'un sentiment particulier de raison & de justice, il donne la Pomme a Madame la Princesse de Faltzbourg non seulement comme a la plus belle, mais encore a une des plus vertueuses & de plus parfaites de son sexe.

a elle-mesme

SIXAIN

On ne pouvoit plus a propos
Pour empescher le Ciel de se brouiller de guerre
Metant ces Deitez toutes trois en repos
Que de chercher dessus la terre
Cete rare Beauté qui merite le pris
Disputé par Iunon, par Pallas, & Cipris.

Mes Dames ie vous voy trop raisonables pour envier l'honneur de ceste conqueste a une telle Princesse, dont le merite surpasse de beaucoup la condition, quoy qu'elle soit une des plus grandes de la terre. Tout le monde scait qu'elle a des qualités qui la rendent mesme sans pareille parmy ses semblables. Ce qui vous doibt servir de sujet de consolation, puis que la voix publique luy donne justement toutes les louanges que la Flaterie pourroit inventer pour une autre.

Entrée
d'Orphée
Troisiesme Recit

Aux Dames

Ie suis celuy dont les chansons
Ont jadis tant fait de merveilles
Que les plus durs Rochers pour entendre mes sons
Se sont faitz tous oreilles
Mais ayant apris que vos yeux
Avoient bien de plus puißans charmes
Ie me suis resolu de venir en ces lieux
Pour vous rendre les armes.

Ie suis allé dans les Enfers
Ranimer Euridice morte
Une seule chanson m'en a rompu les fers
Et ma ouvert la porte
Mais ayant apris que vos yeux
Avoient bien de plus puißans charmes
Ie me suis resolu de venir en ces lieux
Pour vous rendre les armes.

I'ay veu les plantes & les Bois
Sans faire aucune resistence
Entendant les accens qui sortent de ma voix
Dancer a la Cadence.
Mais ayant apris que vos yeux
Avoient bien de plus puißans charmes
Ie me suis resolu de venir en ces lieux
Pour vous rendre les armes.

Que nous sommes heureux, mes Dames, d'avoir peu obliger Orphée de vous faire ouir ses chansons: car comme ma voix scait l'art d'amolir les rochers, nous esperons que vos coeurs de roche deviendront pitoyables; que si vostre humeur trop austere trahit nos esperances. Ce nous est tousiours quelque sorte de consolation d'attandre un bien de cete importance, quoy qu'a la fin il n'arrive pas.

Le Grand Balet de Parade
dancé par les mesmes Seigneurs

Les Princes Indiens Nepveux du Soleil

Aux Dames

Issus de ces superbes Roys
Qui ont eu le Soleil pour Pere
Et de qui les prudentes loix
Gouvernent tout nostre hemisphere
Nous venons icy dans ces lieux
Pour recognoistre dans vos yeux
Les vrays parens de nostre Ancestre
Ou pour mieux dire ses pareils
Car ayant tous en un mesme estre
Ils portent comme luy le beau nom de Soleils.

Mes Dames ces Princes Indiens tous ne pueux du Soleil renoncent a l'aliance de cet Astre, de puis l'heureux moment qu'ils ont admiré vos beaux yeux. Ils preferent la qualité de vos esclaves a celle de parens de ce grand Dieu & ayment mieux vous obeir que commander a toute la terre. D'ou vient qu'ils ont desia oublié jusques au lieu de leur naissance, & ne se souviennent plus que du veu humbles tres obeissans & tres fidelles Serviteurs & Sujets.