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Ballet sur le Suiet du Pourvoir des Femmes
1626

 

Suiet du Ballet du Pouvoir des Femmes

Le pouvoir des femmes se considere en diverses façons, & ne s'etend point seulement sur l'Empire des graces & de la beauté d'ont la souveraineté ne leur est contestée de personne; mais encore sur quoy qui pourroit donner de l'aventage au este du monde: Car s'il est question de la Poësie ou de la Musique, outre que les Muses, ont emprunté leurs noms & leurs visages de leur sexe, elles sont cause que tous les airs & toutes les belles chançons ne se composent qu'en leur faveur, [RECIT] & que beaucoup passent les nuits entieres devant leurs fenestres, pour leur donner des serenades. [BALETS] Si l'on parle de [1.] commander, elles veulent estre leurs Maistresses. Quand elles pensent agreer tant soit peu, il faut apprendre de l'exemple de [2.] la bouffonne Vlanie, Reine de l'Isle perduë, qui se fait suivre iusques au bout du monde par le Prince des Ostrogots, de quelle sorte elles en sçavent user. [3.] Quelquefois elles desesperent leurs amans: & souvent par des tours Magiques, [4.] ou de philtres d'amour, elles leurs otent entierement la raison & les font devenir bestes de la mesme façon que Circe les changeoit autrefois; ou bien elles leur aprenent à filler & à travailler de l'eguille: [5.] comme l'on dit de ces grands Hercules, qui diffamerent jadis leur vertu par les affiquets & les habillements de leurs maistresses, dont ils se parerent apres s'estre rougis les mains du sang de plusieurs [6.] Monstres vaincus. Les femmes sont encore excellentes quand elles veullent composer un Senat, ainsi qu'elles firent du temps d'un Empereur Romain: [7.] mais rien ne les peut égaller en la dispute, quand tous les Escoliers voire tous les Regents des Universitez seroient assemblez contre elles pour les vaincre. [8.] Et si l'on a iamais parlé de faire des débauches, [RECIT] les Bachantes n'en ont elles pas emporté le pris ? En fin la renommée qui publie par tout le monde [GRAND BALET] la gloire des Amazones, aprend par son recit que les femmes peuvent quand il leur plaist, affronter la valleur des plus fameux guerriers.

 

RECIT d'un Donneur de Serenade qui est un Amoureux passionné

Vaincu par la beauté de celle qui m'enflame:
Voyez à quoy i'en suis reduit,
Le conte aux ombres de la nuict:
Le feu qu'elle allume en mon ame.
Vrayement ie vous veux faire voir
Que rien n'égalle son pouvoir.

Quels charmes sont plus grands que ceux de son visage ?
Son tinst à l'hebene pareil,
Ses yeux tous chargez de sommeil;
Et son halene de froumage,
Ne font ils pas clairement voir:
Que rien n'égalle son pouvoir.

Elle a gaigné le coeur des plus grands de la terre,
Sa beauté vole iusque aux cieux:
Un Prince for cheri de dieux,
Laime [sic] plus qu'un Reistre son verre.
Vraiment ie vous veux faire voir,
Que rien n'égalle son pouvoir.

Ainsi ne doit-on pas qu'en faveur d'une fille,
Hercules qui brusloit d'amour:
S'habilla comme Iole un iour,
Faisant l'ouvrage de l'éguille,
Vraiment ie vous veux faire voir,
Que rien n'égalle son pouvoir.

Mais qui pourroit ça bas comparer quelque chose ?
Les femmes font plus que cela:
Et sans dire iamais hola,
Ne soufrent point qu'on se repose.
Vraiment ie vous veux faire voir,
Que rien n'égalle son pouvoir.

RECIT d'une Renommée qui conduit les Amazones

AUX DAMES

Sans craindre le cours des annees,
Qui me sont moins que des iournees,
C'est moy qui sauve du trespas.
De myrthes & de lauriers, ie courronne les testes,
Et de maintes conquestes,
Je fais suivre mes pas.

I'ay cent langue dedans ma bouche
Les Astres de mon front ie touche
Je voy tout, ie declare tout.
Portee en un moment sur la terre & sur l'onde,
Ie fais le tour du monde
De l'un à l'autre bout.

On dit que le temps me surmonte,
Mais afin de luy faire honte,
Ie veux en despit de ses loix:
Que celles dont les traits ensanglantent la pleine,
Et que ie vous amine,
Le dompte quelque fois.

Elles veulent prendre les armes,
De la puissance de vos charmes,
Belles qui ravissez les coeurs,
Pour perdre en un moment l'Imperieuse audace,
Du vieillard qui menace,
La gloire des vainqueurs.

Car vos coups sont inevitables,
Puisque vos beautez perdurables,
Qui tirent les dieux icy bas,
Peuvent d'un seul regard, ou faire tousiours vivre,
Ou contraindre de suivre,
Les horreurs du trespas.
Et c'est ce qui donne l'envie
A la troupe qui ma suivie;
De vous voir & vous adorer:
Sousmettant à vos pieds leurs depouilles guerrieres
Qui les redent plus fieres,
Et les font admirer.