Ballet
du Pouvoir
de l'Amour
dansé au Havre de Grace
en
Avril 1671
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Preface
Il
est si peu ordinaire de voir un Divertissement de la nature
de celui-cy dans une Place de guerre, qu'il seroit assez
difficile de pouvoir dire que quelle maniere ce Ballet a
esté entrepris. On fermera pourtant la bouxhe aux
critiques quand on fera connoistre que le desir de s'occuper
agreablement a porté quelques Officiers de la
garnison à cette galanterie, & que la peine d'en
donner plusieurs copies leur a fait resoudre ces Imprimez,
qui justifieront encores mieux leur dessein lors qu'on y
ajoûtera qu'ne ce Ballet ils ont voulu contribuer au
plaisir d'une personne tres-considerable qui devoit passer
en ce lieu, aussi bien qu'à celuy des Dames qui doit
toujours estre fort cher à tous les honnestes gens.
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L'Ouverture
du Theatre fait voir un Iardin orné de Statuës
& de Fontaines, dans lequel les trois Graces paroissent
assises, faisant des Bouquets & des Guirlandes, pendant
qu'elles y attendent Venus: L'une d'entr'elles chante ce
Recit.
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Recit,
chanté par Mlle Beauchamp
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Aimables
lieux que la Nature
A pris tant de soins d'embellir,
Où l'on ne void jamais faillir
Ny fleurs, ny fraîcheur, ny verdure;
J'attends icy l'Objet que ie cheris,
Demeurez s'il se peut toujours beaux &
fleuris

Dans
ces lieux d'allegresse,
En mille façons
Chantons & dansons:
Ioignez vostre adresse
Nymphes à mes sons,
Et meslez sans cesse
Vos pas à mes chansons.
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Les autres
Graces ses Compagnes dansent sur ce second Air, auquel les
Violons & la Symphonie respondent
alternativement.
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Les
Graces:
Mlles
de St Aignan & de Lucé
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L'Aage
coule, & nous presse
De nous resiouïr;
Il faut en jouïr
Pendant la jeunesse
Divertissons-nous:
Car dans la vieillesse
Aucun plaisir n'est doux.
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L'Amour
paroist accompagné de la Volupté, il se place
après avoir dansé sur un Trône couvert
de festons & de fleurs, & la Volupté
àses pieds; & void de là toutes les
Entrées.
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Le Ieu, le
Ris, & la Ioye qui suivent ordinairement
l'Amour.
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Diane
avec Endimion, Flore avec le Zephir, & l'Aurore avec
Cephale; ces trois Deesses n'ayant pû s'empescher
d'aimer des Mortels, par l'exercice de la Chasse, par le
soin de devancer le Soleil, ny par celuy de faire naistre
lesfleurs.
RECIT de
Venus accompagné d'Adonis; & faisant voir par ses
paroles aussi bien que par son exemple, que rien ne peut
resister au pouvoir de son fils.
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Venus,
aux Dames
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D'un
pouvoir que rien n'égale,
Amour met tout sous sa loy;
Et son [illisible] fatale
A sceu passer jusqu'à nous.
Voyez, Belles, ce que vous faites,
Il faut enfin ceder à vostre tour;
Si la Beauté rend les Ame sujettes,
C'est la douceur qui conserve l'Amour.
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Pluton
dans son affreux sejour n'ayant pû se garantir des
blessures du Dieu qui force à aimer, vient reverer sa
puissance, qui ne se fait pas moins connoistre aux Enfers
(selon les Poëtes) qu'au Ciel, à la Terre &
à la Mer.
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Deux
Furies de la suite de Pluton.
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Quatre
Vieillards décrepits & ridicules, ne peuvent
trouver de la foiblesse de leur âge dequoy se
deffendre contre l'Amour.
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Trois
Bergers ne peuvent estre secourus par l'Innocence de leur
vie, contre le Vainqueur de tout le monde.
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Comus qui
preside à la Ioye des Assemblées &
à la bonne chere, ne sçauroit oublier dans les
plaisirs du Bal, ny noyer dans le Vin les soucis que produit
l'Amour.
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La
Nuict paroist suivie de la Débauche, &
devançant Alexandre, Hephestion & Cratere, qui
poussez par l'Amour donnerent pendant l'obscurité de
funestes marques de leur emportement aux dépens du
Palais de Darius.
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RECIT
de la Nuict
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Objets
incomparables,
Par qui tout est charmé,
Soyez moins redoutables:
Si le plus estimé,
Pour vos yeux adorables
A le coeur enflamé;
Jugez Beautez aimables
Du plaisir d'estre aimé.

Qu'en
ses maux incurables
Un Guerrier desarmé
Vous trouve favorables:
Si le plus estimé,
Pour vos yeux adorables
A le coeur enflamé;
Jugez Beautez aimables
Du plaisir d'estre aimé.
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Alexandre
suivy d'Hephestion & de Cratere, que les dangers de la
Guerre n'ont pas empesché d'aimer de belles
Captives.
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Mome &
quatre Insensez, sans avoit conservé l'usage de la
raison, ne laissent pas d'admirer & de suivre ce qui
leur semble beau.
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Trois
Faunes portez à l'amour par leur temperament, veulent
tascher à plaire par des tours de
souplesse.
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Quatre
Païsans, & deux Païsannes desquelles
malgré leur humeur grossiere ils sont devenus
amoureux.
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Deux
Polichinelles, sans considerer la difformité de leurs
personnes, ny la fatigue de leur employ, ne laissent pas
d'estre assujettis à l'Amour.
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Une
Grande trouppe d'Egyptiens paroist, conduite par
l'Industrie; & s'estant glisée dans une
Assemblée pour y couper la bourse à quelques
belles Dames, ces adroits voleurs sont contraints d'y
laisser leur liberté, & de se soûmettre
enfin au pouvoir de l'Amour.
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RECIT
chanté par une de ces Dames,
que
leur complaisance pour les Egyptiens a fait habiller en
Boëmiennes [Mlle
Beauchamp]
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Vous
pensiez donc dans ces lieux nous surprendre,
Et nous voler quelque Bijoux de prix:
Mais nous avons bien sceu nous en défendre;
Vous croyiez prendre, & nous avons pris.

Sortez
enfin de votre erreur extréme,
Il faut ceder à nos Charmes vainqueurs:
Pour dérober nous agissons de mesme;
Mais vous prenez la bourse, & nous les
Coeurs.
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Deux
Capitaines Boëme dansent sur le mesme Air de cette
Sarabande, & de l'autre qui suit, que la Voix, les
Violons, & la Symphonie reprennent
alternativement.
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O Trouppe
vagabonde,
Nostre aimable choix;
Tout ce qu'on void au monde,
Revere nos loix.

On
languit, on soûpire
Par tout l'Univers;
Mais il n'est point d'Empire
Esgal à nos fers.
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Deux
autres Boëmiens, & quatre Boëmiennes se
joignent aux deux premiers par un meslange de plusieurs
danses.
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Une
seconde Trouppe semblable se mesle encores avec la premiere;
& pendant qu'elles continënt au son de divers
Instrumens leur agreable danse, l'Amour charmé de
leur adresse descend de son Trosne & danse seul.
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Neufiesme
& derniere Entrée
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Les
seize personnes qui composent cette galante Trouppe s'estant
rangées aux deux costez du Theatre, & ayant rendu
à l'Amour un espece d'hommage, il les emmene toutes
à sa suite comme en triomphe, & conclud ainsi le
Ballet.
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