accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Ballet des Postures

 

Recit de Cupidon

Si le Maistre des Dieux
Pour des beautez mortelles
A vestu cent formes nouvelles
Habandonnant les Cieux ?
Comme il avoit fait lors qu'il tenoit embrassée
La Mere de Persée:

Si i'ay fait de mes darts
Une playe profonde
Au sein du Monarque de l'Onde
Dans ses moites remparts ?
Car il n'a pas souffert une petite peine
Pour la belle Amphitrite:

Si i'ay receu les voeux
Du noir Prince des Ames,
Qui sentit l'ardeur de mes flames
Au milieu de ses feux,
Quand le traict eslancé des yeux de Proserpine
Eust atteint sa Poitrine:

S'estonné-on de voir
Que par mainte posture
Des vieillards contre la nature
Tesmoignent mon pouvoir
Qui, fondant leurs glaçons, fait brusler leur vieillesse
Des feux de la ieunesse.

AUX DAMES

Vous auriez fort mauvaise grace
Si pour voir nos gestes divers
Vous portiez vos droits à la face
Et nous regardiez de travers:

Non, Belles, voyez tous nos pas,
Bien que leur façon soit nouvelle
Pourtant ils ne redoutent pas
La censure la plus cruelle:

Parmy nos plaisantes figures
Nous n'avons rien de vicieux,
Nous nous mettons en cent postures
Sans offenser les chastes yeux:

Tantost l'un de nous en hault,
Apres celuy cy le terrasse,
Et puis luy fait le mesme sault
A cause d'un tiers qui les chasse:

C'est une roüe de Fortune
Ou souvent les premiers montez
Par une disgrace importune
Se trouvent en fin culbutez:

Vous pouvez iuger aisement
PAr ces moindres metamorphoses
Que pour vostre contentement
Nous ferions de plus grandes choses.

Les Reschauffez

Ce Dieu porte-brandon, ce Dieu par qui nous sommes
Bannissant loing de nous le froid, & les glaçons,
Faict voir en un instant ce qu'il peut sur les hommes,
Eschauffant les plus froids en cent mille façons.

Maintenant que par tout sa chaleur se dillatte
Sur les plus eschauffez Nous gagnerons le pris.
Puis que ceux que l'on void en face d'escarlatte
Sont plus advantageux au combat de Cypris.

Autresfois mais helas ! ce souvenir nous blesse,
Si le froid nous causoit à tous des tremblements;
Maintenant que l'ardeur du Cuisse-Né nous presse,
De combien plus subtils, seroyent nos mouvements.

Des froideurs desormais ne craignons la surprise,
Nos coeurs sont à ce Dieu en hommage voüez;
Il permet aux plus froids le travail en chemise;
Les coeurs offerts ez Dieux sont tousiours advoüez.

les Porte-Flambeaux du Poile d'Amour

AUX DAMES

Qui peut eviter vos brandons,
Vos flammes, vos feux, vos oeillades ?
Ce sont autant de Cupidons
Qui rendent nos ames malades.

Si l'Amour emprunte ses dards
De vos yeux comme ses estoiles,
Favorisez de doux regards
Ceux qui s'eschauffent en vos Poiles.

Le Poile d'Amour
les My-Gelez

En vain tout le secours attendu des fourrures,
Pour s'opposer au froid qui domine par tout.
En vain nos corps contraincts par des grandes froidures
Sont couverts, depuis l'un iusques à l'autre bout.

En vain d'un feu ardant Nous courtisons la flame,
Nous ne ressentons point l'effect de ses chaleurs.
Cest element pour nous est mort, ou n'a point d'ame
Que pour donner la vie à nos froides douleurs.

Nous N'avons rien sur nous que ce mal-heur n'oppresse,
Nos membres retirez ne sont plus qu'à demy,
Et de leurs functions la naturelle cesse;
Car le meilleur, du corps n'est comme plus amy.

Nous tremblons my-gelez, & la langue muette
Laisser parler nos dents du froid qui nous espoinct:
Escoutez seulement, si chacune craquette
Elles le diront mieux, qu'elle ne diroit poinct.

L'Amour aux Dames

Au milieu de tant de beautez
Qui paroißent comme clartez
Du froid ie dissipe les voiles,
Pour faire veoir
Que vos beautez ce sont les Poiles
De ce pouvoir.

Les plus froids sentent la chaleur
Et prés de vous prenent couleur,
Car pour peu que l'on s'en approche,
Dedans les coeurs
D'un brasier ardant ie descoche
Les traicts vainqueurs.

Rien de s'oppose à mes proicéts,
Des plus haults i'en fais mes subiets
Et mon feu en sa violance
Est si puissant,
Que plus ont faict de resistance
Plus on le sent.

Iugez par l'effect de mes feux
Cachez au dedans de vos yeux,
Qie ie suis la chaleur des ames,
Comme des corps,
Bruslant au dedans de mes flammes,
Et au dehors.