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Ballet en VI Entrées dansé à Lille par les Officiers du Regiment des Gardes de sa Majesté le 12. Fevrier 1668 Auteur des Vers & Compositeur inconnus |
La
Poësie: La Vertu,
la Gloire & l'Immortalité: La
Poësie: La Vertu,
la Gloire & l'Immortalité: La
Poësie: La Vertu,
la Gloire & l'Immortalité:
Mortels ne vous estonnez pas,
De me voir descendre icy bas,
Malgré les perils que la guerre
Fait à present courre en ces lieux,
Ce n'est pas aujourd'huy que i'ay quitté les
Cieux
Pour venir habiter la Terre.
Nous n'avons pas dessein de troubler vos Plaisirs,
Goustez-les donc en paix, goustez-les sans Allarmes,,
Et ne vous souvenez, ny du fier bruit ds Armes,
Ny vous, Berger, de vos soupirs,
Ny vous, Bergere, de ses larmes,
Et dans ces momens pleins de charmes,
Bannissez de vos coeurs la Crainte & les
Desirs.
C'est moy seule aux Heros qui partage la gloire,
Et qui par mes augustes sons,
Bien mieux que ne fait pas l'Histoire,
Tire de l'oubly leurs grands Noms,
Pour les eterniser par mes doctes Chansons,
Au sacré Temple de la Gloire.
Nous n'avons pas dessein de troubler vos Plaisirs,
&c.
Vous qui reverez mes Autels,
Chers nourrissons, heureux mortels,
Ie veux rendre aujourd'huy vostre bon-heur
extréme,
Et qu'un de ces fameux & sçacans Demy-dieux,
En ce moment viennent luy-méme
Faire entendre en ces lieux
La langage des Dieux.
Nous n'avons pas dessein de troubler vos Plaisirs,
&c.

Favory
d'Apollon qui venez en ces Lieux, Muses,
que ie vous vois danser comme vous faites, Il
m'est doux, ie l'advouë, plus qu'on ne peut penser, On n'a
plus lieu de debattre, Il
n'est pas question I'entre
dans vostre sens, & si ie ne m'abuse, Ie ne
sçay pas à qui vostre discours s'adresse;
Enseigner aux mortels le langage des Dieux,
Ie ne vous pensois pas si sçavant à la
Danse,
Et deussiez-vous vous en fascher,
Ie croyois qu'icy comme en France,
Celuy qui parloit en cadence,
Rarement y pouvoit marcher.
pour les quatre Muses
Ie me sens du penchant à vous conter fleuretes;
Mais ce seroit en vain, & chez vous autres Soeurs,
On escouteroit peu de pareilles douceurs.
pour Monsieur
de Piles,
Poëte
De n'invoquer iamais sans me faire exaucer,
Aussi pour dire vray, ie suis fait de maniere,
A pouvoir adoucir la Muse la plus fiere.
pour Monsieur
de Chasteau-gay,
Muse
Mais s'il est des Muses ou non,
De conte fait nous voicy quatre,
Sans ce qui garde la maison.
pour Monsieur
le Camus,
Muse
De parler des absences,
Contons seulement les presentes,
Et meme que sçait-on,
Si parmy ce qu'on voit de nous autres Sçavantes,
On ne trouveroit point quelques Passe-volantes
?
Monsieur
de Mareüil,
Muse
On pourroit bien icy reformer quelque Muse.
Monsieur
de Vitermont,
Muse
Mais ie suis seure au moins que ce n'est pas à
moy;
Car ou soit par bon-heur, ou soit par mon adresse,
Dans une assez grande ieunesse,
On m'a voulu flatter d'avoir de la Sagesse,
De l'Esprit, de l'Honneur, & de la bonne Foy;
Ie n'entends là dessus ny finesse, ny ruse,
Mais c'est assez pour estre Muse.

Heros
grands Conquerans, fiers Demons de la Guerre, Ie suis
bien fait de corps, comme estoit Alexandre, Entre
Cesar & vous ie treuve du rapport, Ie ne
sçay pas en quoy ie pourrois ressembler
Qui par mille Combats & mille beaux Exploits,
Avez semé vos Noms aux deux bouts de la Terre,
Et l'avez sçeu ranger toute entiere à vos
Loix,
N'estes-vous pas contens des illustres Victoires,
Qui vous rendent fameux dans toutes les Histoires.
Venez-vous pour ravir à nostre ieune Mars,
La Gloire qu'il recherche au milieu des Hasards,
Ou bien pour relever le Party de l'Espagne,
Qu'il a presqu'abatu la derniere Campagne ?
Si vous avez aux coeurs de pareils sentimens;
Ha ! rentrez bien plûtost dans vos froids
monumens,
Contre luy vous feriez un effort inutile,
Et ce Monarque seul en terrasseroit mille.
Ie sçay que vous avez pour vous
l'Antiquité;
Mais ie suis seur pour luy de la Posterité,
Et malgré cét amas de belles advantures,
Que de sçavans menteurs de vous nous ont
tracés,
Il sera plus fameux chez les Races futures,
Que vous n'avez esté dans les Siecles
passez.
pour le
Chevalier de Rieux,
Alexandre
Et ie n'ay pas l'ame moins tendre,
Et si par mes menus Exploits
Ie pouvois ranger sous mes Loix,
Certaine place assez difficile à surprendre,
Ie me tiendrois cent fois
Plus heureux qu'Alexandre.
pour Monsieur
de Rouville,
Cesar
Vous avez son Courage, & dedans vostre port
On remarque aisément un air qui luy ressemble:
Mais ce que vous avez de plus commun ensemble,
C'est de vous voir tous deux sans beaucoup de tourment,
Et sans avoir besoin d'une extréme Constance,
Treuver dans vos Amours le bien-heureux moment,
Et tous deux le cacher avec méme
Prudence.
pour Monsieur
Trottan,
Hannibal
A ce vaillant Heros de l'ancienne Carthage,
Dont le Bon-heur & le Courage
Firent souvent Rome trembler;
I'ay tousiours passé pour un bon homme,
Et n'au iamais voulu ny bien ny mal à
Rome.

Chers
Confidens de nos plaisirs, Est-il
rien de si doux Vaut-il
pas mieux estre Berger Est-il
rien de si doux Que
vous estes heureux, Bergers, dans vos Amours ! Ie ne
m'estonne pas, si vous dansez si bien, Ie ne
souspire plus pour l'ingratte Bergere, Ie
merite assez bien d'estre Chef d'un Troupeau, Qui ne
me connoistroit pas, me voyant tousiours rire,
Herbes, rochers, claires fontaines,
Et vous petits Zephirs,
Qui venez dans ces plaines,
Méler à nos soupirs
Vos plus douces haleines,
Est-il rien de si doux
Que d'aimer comme nous ?
Le Choeur des Bergers
Que d'aimer comme nous ?
Pour estre aimé d'une Bergere,
Que d'estre Prince, & s'engager
A quelque Maistresse trop fiere,
Dont souvent pour se dégager,
On voudroit devenir Berger,
Afin d'aimer une Bergere:
Est-il rien de si doux
Que l'Amour parmy nous ?
Le Choeur des Bergers
Que l'Amour parmy nous ?
Quand vous pouvez treuver des Bergeres fidelles;
Mais quand vous les treuvez volages ou rebelles,
Bergers, que vous passez de miserables iours.
pour les Bergeres
Car vous autres Bergeres
Ne tenez presqu'à rien,
Et naturellement vous estes fort legeres.
pour Monsieur
de Congis,
Bergere
Qui me tenoit asservy sous ses loix,
Et le dépit & la cholere,
De voir celuy que me prefere
Son trop iniuste & trop aveugle choix,
Font sur mon coeur tout à la fois,
Ce que son humeur trop severe,
Et le cruel chagrin de nous pouvoir luy plaire,
N'aucient sçeu faire en quatre mois.
pour Monsieur
de Chabossiere,
Bergere
Et mieux qu'aucun Berger qui soit dans le hameau,
Ie roulerois sur la fougere
Ie sçay fort bien quelle Bergere.
On m'accuse à grand tort d'avoir l'humeur legere;
Et souvent d'en conter à quatre en mesme temps,
Car tout le monde sçait außi bien que moy
méme,
Que ie n'ay pas changé depuis plus de trente ans,
Et que i'ay jusqu'icy tousiours aime de
méme.
pour le
Chevalier de Razilly,
Bergere
Ne me conteroit pas son amoureux martyre,
Et me iugeroit peu capable de secret,
Car ie parois un peu legere:
Mais ie suis en effet toute autre qu'on ne croit,
Et quoy que tres-ieune Bergere,
Ie garde fort souvent le troupeau de mon
frere.

Ce
n'est pas avec nous qu'il faut faire la fiere, Ie veux
croire, mes beaux Marquis,
Madame, nous avons cent qualitez pour plaire;
Außi l'on nous appelle avec quelque raison,
Les Marquis sans comparaison;
Regardez bien nostre maniere,
Elle approche peu du vulgaire,
Et sans citer Platon, ny tous ces vieux Autheurs,
Que nous autres Marquis croyons de grands menteurs,
A la pointe souvent de quinze ou vingt fleurettes,
Nous sçavons conquester les plus superbes coeurs,
Et toutes les faveurs des plus fieres soubrettes,
Ne nous coustent iamais que deux ou trois douceurs;
Chez nous la seule politesse,
Peut tirer un homme du pair,
Et l'Honneur, le Merite, & la haute Sagesse,
Sont pauvretés sans le bel air.
pour la Pretieuse
Que vous avez beaucoup d'acquis,
Vos termnes sont des plus exquis,
Et vos façons delicieuses;
MAis chez nous autres Pretieuses,
On croit comme article de foy,
Que quiconque à l'amour s'engage,
Se met dans un rude esclavage,
Et qu'on ne peut songer à vivre sous sa loy,
Sans bannis außi-tost le repos de son ame,
Et mesme renoncer à ses propres attraits;
Car ces deux accidens se suivent de bien prés;
Et quand on a le coeur en flâme
On n'a iamais le teint bien frais.

Vous
dont l'abord touiours austere,
Remplit de crainte un pauvre Autheur,
Pourquoy changez-vous donc aujourd'huy de maniere ?
Et d'où vous vient cette douceur,
Ie ne comprens pas ce mystere,
Ny ce que vous avez au coeur ?
Mais sur votre visage, au lieu de la Terreur,
Et d'un air rude & severe
Que vous y placez d'ordinaire,
On remarque des traits bien plus propre à plaire,
Que non pas à faire peur.

Prompte
& diligente Courriere, Si l'on
ne m'a pas entendu, Quoy
que simple faucet, ie fais assez de bruit,
Qui par cent voyages divers,
Semez en un moment dans ce vaste Univers
Ce qui se fait dans l'un, & dans l'autre hemisphere,
Gardez vous d'arracher au silence ces vers,
Laissez-les dans l'oubly manger à la
poußiere,
Ils sont faits pour la nuit, & cherchent le secret,
Er si vous les forciés de paroistre en lumiere,
Ils y paroistroient à regret.
pour Monsieur
de Congis,
Trompette
Ie ne manque pourtant, ny de voix, ny d'haleine,
Et qi quelqu'un a pretendu
En faisant bien le sourd, me donner de la peine,
On verra qui de nous aura le plus perdu.
pour Monsieur
le Marquis de Chasteau-gay,
Trompette
Et par là sous mes loix i'avois presque reduit,
Malgré quelques Rivaux, le coeur d'une pucelle,
Ieune, riante & belle;
Mais depuis peu prés d'elle
Un Blondin me destruit,
Et fait par sa douceur que l'ingratte que i'aime,
Ne m'escoute à present que comme un faux bourdon,
Et quand ie l'entretiens de mon amour extréme,
La cruelle tousiours me répond sur le Ton,
De Tarare, Tarare, Tarare Ponpon.