Le
Ballet
de la Paix
Opéra-Ballet
en III Entrées
représenté
leving-neuviéme jour de May
1738
Livret
de Pierre-Charles Roy
musique
de: François
Rebel &
François Francoeur
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Sujet
du Ballet:
L'Amour
de traits divers affortit son Carquois:
Tranquilles Citoyens, les uns sur vous
s'étendent,
D'autres sur les Bergers descendent,
D'autres s'élevent jusqu'aux Rois.
Ce Ballet
tire son nom de l'occasion pour laquelle il avoit
été destiné; on auroit pû
l'appeller Les Caracteres de l'Amour, ou l'Amour Voyageur,
si ces deux Titres n'avoient déja été
employez.
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les
personnages du Prologue:
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les
interprètes:
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Le Chef
des Megariens
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Mr
Chassé
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Apollon
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Mr
Jelyote
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Choeur
de Megariens
Arts & Muses
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Le
Palais de Minos à Megare, avoit une Tour dans
laquelle Apollon renferma sa Lyre; l'instrument diva
communiqua aux pierres, un charme qui les rendoit
sonores.
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Scene
premiere
Le Chef des Megariens, le Choeur
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Le Chef
des Megariens:
Digne ornement de cet Empire,
Des faveurs d'Apollon monument précieux,
Tour célébre, où jadis il deposa sa
Lyre,
Votre sein enfantoit des sons harmonieux,
Ils appelleroient les Ris, les amours, & les Jeux.
Quel changement ! helas ! vous gardez le silence:
Pourquoy ce charme a-t'il cessé ?
Beaux jours, qui de l'Amour releviez la puissance,
Avec vous son regne est passé.
Le Chel
& le Choeur:
L'implacable Dieu de la guerre
Ne fait plus retentir la terre,
Que de cris de troubles & de pleurs:
Apollon & le Dieu des coeurs
Sont effrayez de son tonnerre.
Le
Chef:
Un Monarque occupé du bonheur des Humains,
Le preferoit aux lauriers de Bellone:
Mais ils ont allumé la foudre dans ses mains,
La Victoire le vange, & le Ciel le couronne.
[le
Théâtre s'éclaire]
Quel
éclat des les Cieux comment à se
répandre ?...
Quels sons naissans se font entendre ?...
Ils s'unissent entr'eux... ils forments des accords...
Chaque moment les rend plus touchants ou plus forts...
Apollon, venez-vous nous rendre
Ce charme qui jadis exitoit nos transports ?
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Scene
2
Apollon, les Muses, les Arts, Le Chef des Megariens, le
Choeur
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Apollon:
Aux maux de l'Univers, le Vainqueur est sensible.
Le
Choeur:
Disparoissez tristes jours,
Siecle heureux, siecle paisible,
Recommencez vôtre cours.
Apollon:
Peuple si cher à ma tendresse,
La Paix me rend à vous par de suprêmes
loix.
Minos le dernier de vos Rois
Attira dans ces lieux ma Lyre enchanteresse;
Les Accords célébroient sans cesse
Ou ses nobles Plaisirs, ou ses brillants Exploits.
Minos renait; c'est lui que je revois:
Sous de plus jeunes traits, c'est la même sagesse
Qui vous gouvernoit autrefois.
Que pour lui plaire tout s'empresse:
Rochers, animez-vous, ce Jour vous rend la voix.
Le
Chef:
Enfans de la Paix,
Jeux qu'elle inspire,
Pour vôtre empire
Tous les coeurs sont faits.
Que
l'Objet le plus severe
Sensible à nos sons
Paye au Dieu de Cythere
Ses tendres leçons.
Charmant
Amour, lance tes traits
Les plaisirs vont renaître:
Aimable Maître,
Fais toi des Sujets
A force de bienfaits.
L'ame la
plus fiere
Qui craint de s'enflâmer,
N'aura qu'un pas à faire
Du desir de plaire,
Au plaisir d'aimer.
Apollon:
Que les Fêtes les plus aimables
Annoblissent nos doux loisirs:
Que le
Goust renaissant épure les plaisirs,
Quae la diversité les rende inépuisables.
Avec l'Amour désormais
Je prétens accorder ma Lyre;
Il embellit tous les Arts que j'inspire:
J'augmente son pouvoir quand je chante ses traits.
Regne, Amour, triompe à jamais
Des Bergers, des Heros, de tout ce qui respire.
Le
Choeur:
Volez Amour, volez, qu'à nos voeux tout conspire;
Dans le Palais des Rois étendez vôtre
empire,
Des bruyantes Citez soulagez les travaux
Embellissez les Bois, & les Hameaux.
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PREMIERE ENTRE'E
Phillis
& Démophon
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|
Sujet
Phillis
regnoit dans la Thrace, lorsqu'un inconnu y vint signaler
son courage. Phillis ne put lui refuser son estime & sa
tendresse; mais sans oser preferer à des Rois, un
Etranger qui n'avoit de titre que le mérite &
l'amour. Tandis qu'elle étoit balancée entre
la gloire & sa passion, il fût reconnu fils de
Thesée. On saçit que les Heros de
l'antiquité n'étoient avouez de leurs Peres
qu'après s'être rendus dignes de leur
naissance. Démophon avoit toujours ignoé la
sienne. Cette découverte remettoit Phillis en droit
de l'épouser, mais comme il étoit
apellé au secours de Thesée
assiégé dans Athenes, elle sacrifie son
interêt au devoir. Il ne falloit pas de moindres
traits pour caracteriser l'AMOUR HEROÏQUE.
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les
acteurs:
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les
interprètes:
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Phillis,
Reine de Thrace
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Mlle
Antier
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Démophon,
sous le nom d'Eurtlas
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Mr
Chassé
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Sostrate,
Chef des Atheniens
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Mr
Albert
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Peuples
de Thrace
Atheniens, Matelots
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Le
Théâtre représente le Palais de la REINE
DE THRACE, au bord de la Mer.
|
Scene
premiere
Phillis, le Choeur, derriere le
Théâtre
|
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Le Choeur,
derriere le Théâtre:
Chantons, célébrons le Vainqueur,
Elevons jusqu'aux Cieux sa gloire & son audace,
Si Mars est le Dieu de la Thrace,
Eurylas en est le vangeur.
Phillis:
Hommages éclatants, transports, chants de
victoire,
Dans quel trouble nouveau venez-vous me plonger ?
D'un nom qui m'est trop cher me retracer la gloire,
C'est mettre la mienne en danger.
Je vois
à mes genoux avec indifference,
Des Amants couronnez & des Thrônes offerts
Et pour un Inconnu mon coeur est sans défense:
Helas ! il méritoit une illustre naissance,
Et je n'ai que des pleurs à donner à ses
fers.
|
|
Eurylas:
Reine, tout céde au bonheur de vos armes,
Vos ennemis sont défaits;
J'ay rempli mes devoirs, vôtre Empire est en paix,
Et je vais loin de vos charmes
Devorer de vains regrets.
Phillis:
Eurylas se dérobe à ma reconnoissance,
Aux voeux d'un Peuple entier charmé de ses exploits
!
Eurylas:
Mes succez m'ont eux-même ôté toute
esperance.
Objet des
voeux de tant de Rois;
La guerre avoit du moins suspendu vôtre choix:
Mais il n'est plus d'obstacles à leur
perseverance:
On vous presse à grands cris de nommer un
Epoux.
Phillis:
De tous ces Souverains Jaloux
Aucun n'obtient la préference.
Eurylas:
Eh ! pourrez-vous toujours leur faire résistance
?
La flotte de Thesée a paru sur ces mers,
Du plus ambitieux elle appuyera l'audace.
Phillis:
Un nouveau péril me menace,
Vous le voyez, & je vous perds.
Eurylas:
Ah ! pourquoi m'arrêtre encore ?
Quel suplice vous m'imposez !
Quoi !
nourir sans espoir un feu qui me dévore,
Retenir des soupirs si long-tems méprisez,
Redouter des regards que vous me refusez,
Vous craindre quand je vous adore.
Phillis:
Croyez-vous être seul à plaindre ?
Eurylas:
Avec moins de courroux regardez vous mes feux ?
Phillis:
Je vous aime Eurylas il n'est plus tems de
feindre.
Eurylas:
Vous m'aimez !...
Phillis:
Nôtre sort n'en est pas plus heureux.
Vous ignorez quel sang vous a fait naître.
Eurylas:
S'il n'est illustre, il le doit être
Dès que pour une Reine il ose s'enflammer.
Phillis:
Ce n'est qu'un Roy qu'il m'est permis d'aimer.
Eurylas:
En voulant les briser, vous resserrez mes chaînes;
Quel mélange nouveau de pitié, de rigueurs
!
Le même bouche, helas ! qui déplore mes
peines
En redouble encor les horreurs.
Phillis:
Contre le Dieu qui nous blesse
Le Trône devroit être un azile
assuré;
Du moins si de mon coeur l'amour s'est emparé
Il y regne sans foiblesse.
En me
voyant toujours, songez à m'éviter,
Imitez ma constance, & prêtez-lui des armes,
Trompeur vôtre douleur au lieu de
l'écouter,
Etouffez de l'Amour l'espoir & les allarmes,
Par un si noble effort soyez digne des larmes
Que vous m'allez couter.
Ensemble:
Tendre Amour, Gloire cruelle,
Ne serez-vous jamais d'accord ?
Ah ! des soupirs si purs, un flâme si belle
Mériteroient un autre sort.
Phillis:
On vient... dissimulons.
Eurylas:
O contrainte mortelle !
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Scene
3
Phillis, Eurylas,
Peuples de Thrace
|
|
Le
Choeur:
Chantons, célébrons le Vainqueur,
Elevons jusqu'aux Cieux sa gloire & son audace,
Si Mars est le Dieu de la Thrace,
Eurylas en est le vangeur.
Eurylas:
Le plaisir d'un Peuple heureux
Devient le prix & l'ouvrage
De ses Exploits glorieux:
Le plaisir d'un Peuple heureux
Pour la Reine est un hommage,
C'est un encens pour les Dieux.
[on
entend une Symphonie qui annonce des
Matelots]
Phillis:
Quels nouveaux sont frappent les Cieux !
Eurylas:
Les vaisseaux de Thesée approchent du
rivage.
Le Choeur,
derriere le Théâtre:
Au fils de nôtre Maître adressons nôtre
hommage
Sous le nom d'Eurylas il triomphe en ces lieux.
Eurylas:
Qui, moi, fils de Thesée ! ô Dieux !
|
Scene
4
Sostrat, Phillis, Eurylas,
Atheniens, Matelots
|
|
Sostrate:
Ne doutez point Seigneur, de la gloire nouvelle
Où Thesée enfin vous rappelle.
Troublé par un Oracle, & cruel malgré
lui,
Il avoit proscrit vôtre enfance;
Loin de vous redouter vous êtes aujourd'hui
Son unique esperance:
Mille ennemis nouveaux attaquent sa puissance,
Hâtez-vous, tout ce peuple implore vôtre
appuy.
Eurylas,
reconnu Démophon, à Phillis:
Du Titre qu'on me rend je sens moins l'avantage,
Que le charme flatteur d'être digne de
vous.
Phillis:
Le Ciel a de mon coeur confirmé le
présage.
Eurylas:
Mais songez que sur ce rivage
Je laisse mon bonheur, mon espoir le plus doux.
Phillis:
Sur nos devoirs l'Amour même m'éclaire;
Vôtre gloire est la mienne, il faut la satisfaire;
Aux yeux du monde entier, qui sont ouverts sur nous,
Il faut que mille Exploits annoncent mon Epoux.
Peuples,
que vos Jeux, vos Concerts
Interessent pour vous le Souverain des Mers;
Que les Vents les plus doux sur les Ondes commandent,
Qu'ils domtent les Vents ennemis,
Qu'ils vous fassent voler aux Rivages promis,
Où les triomphes vous attendent.
Le
Choeur:
Que les Vents les plus doux, &c.
Phillis,
à Eurylas:
Vous partez: que le sort bien-tôt nous réunisse
!
Eurylas:
Que la Gloire aujourd'hui me vend cher ses faveurs !
Vous me fuyez...
Phillis:
Je vous cache mes pleurs.
Eurylas:
Du moins ils charmeroient l'horreur de mon
suplice.
Phillis:
Ah ! ne ternissez point par de lâches douleurs
L'éclat d'un si beau sacrifice.
Gemissante,
exilée au milieu de ma Cour,
J'attendray que la Victoire
Vous ramene en ce séjour,
Un Heros se rend à l'Amour
Quand il est quitte avec la Gloire.
Le
Choeur:
Que les Vents les plus doux sur les Ondes commandent,
Qu'ils domtent les Vents ennemis,
Qu'ils vous fassent voler aux Rivages promis,
Où les triomphes vous attendent.
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DEUXIE'ME ENTRE'E
Iphis,
& Iante
|
|
Sujet
La
Fable d'Iphis, qui de fille devint garçon est
l'enveloppe du Stratagême d'amour. Le jeune Iphis
s'étoit travesti pour s'introduire auprès
d'Iante. Il en avoit surpris l'amitié pour couvrir
son amour. Il reprend l'habit de son sexe, & le
déguisement qui cesse aux yeux du Spectateur,
subsiste aux yeux d'Iante, à la faveur des
Fêtes Hibristiques, où les femmes d'Argos
s'habilloient en hommes, & avoient droit de railler
leurs maris, en memoire du jour où elles avoient sans
eux, fait lever le Siege de leur Ville.
L'idée de ce Divertissement se trouve dans trois
Comedies d'Aristophane.
Il en reste encore des taces dans quelques-unes de nos
Villes, où les Françoises ont imité le
courage des Argiennes.
L'Amour plus contraint à LA VILLE, que
dans le tumulte de la Cour, ou dans l'innocence de la
Campagne, a besoin de plus d'adresse.
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|
Les
personnages:
|
les
interprètes:
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Iphis,
Jeune Argien
|
Mr
Tribou
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Iante,
Jeune Argienne
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Mlle
Pellicier
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Beroé,
Gouvernante d'Iante
|
Mlle
Bourbonois
|
|
Une
Argienne
|
Mlle
Fel
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|
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|
Choeur
d'Argiens, & d'Argiennes
|
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Le
Théâtre représente une Palce
ornée pour les Fêtes Hibristiques. On voit au
milieu la Statue de l'Hymen, & dans les côtez
celles de la Liberté, & de
Téléfille honorée sous le nom de Venus
armée.
|
Scene
premiere
Iphis, Beroé
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|
Iphis:
Tu le vois, Beroé, je quitte la parure
Qu'autrefois Achille amoureux
Prit comme moi pour plaire à l'Objet de ses
voeux.
Beroé:
Pourquoi quitter si-tôt une heureuse imposture ?
Auprès d'Iante elle vous donne accez:
A sa fierté l'éclat va faire injure,
Vous allez de mes soins perdre tout le succez.
Iphis:
Plus déguisé que je ne fus jamais
Je le fuis, Beroé, sous ma propre figure.
Beroé:
Je crains...
Iphis:
Que de ce Jour la fête te rassure.
Nos Belles
autrefois pour délivrer Argos,
Ont emprunté l'audace, & l'habit des Heros.
Pour solemniser leur victoire
Elle reprennent tous les ans
De si nobles déguisements.
Ce Jour favorable à leur gloire,
S'il blesse les Epoux, peut servir les amans.
Iante
verra ce spectacle
Où l'allegresse regne avec la
liberté.
Beroé:
Mais vous pouviez le voir, lui parler sans
obstacle.
Iphis:
Sous un personnage emprunté
Je ne me donnois point l'effor que je desire:
Mon air étoit contraint, mon discours
concerté;
Je soupirois, sans sans être êcouté;
Iante ne pouvoit penetrer mon martire,
L'amitié disoit tout, l'Amour n'osoit rien dire,
J'ay trop souffert de ma timidité:
Sous ma forme ordinaire à présent je
respire,
Je reprens ma vivacité.
Beoré:
Puisse le tendre Amour vous être favotable !
Mais si l'on vous connoît, tout est
desesperé:
Iante estime en vous une Compagne aimable,
Elle fuira bientôt un Amant
déclaré.
|
Scene
2
Iante, Iphis, Beroé
|
|
Iante:
Chere Iphise, est-ce vous ? que vous êtes
charmante
Dans ce nouvel ajustement !
Vous me plaisez toujours, mais c'est en ce moment
Qu'il semble que le charme augmente.
Iphis:
Sous une forme differente,
J'avois pour vous le même empressement.
Iante:
Vous êtes de mon coeur la seule confidente.
Iphis:
Souveraine du mien, vous êtes, belle Iante,
La source de tous les plaisirs.
Iante:
Que nous passons d'heureux loisirs,
Dans cette tendresse innocente !
Iphis:
Ah ! puisse-t-elle augmenter chaque jour !
Iante:
Et pour la conserver, renonçons à
l'amour.
L'Amour
est le tyran des ames,
La tranquille Amitié n'offre que des douceurs;
Sans les troubler elle remplit les coeurs:
On peint l'Amour armé de fléches & de
flâmes:
La tranquille Amitié n'offre que des douceurs,
L'Amour est le tyran des ames.
Iphis:
Il me causeroit moins d'effroy.
Iante:
Vous le justifiez, Iphise, quel langage !
Helas ! vôtre amitié s'affoiblit, je le
voy:
Ce coeur que je crois tout à moy
Pourroit donc souffrir un partage.
Iphis:
Non, je jure de fuir tous les engagemens
Qui pourroient traverser le nôtre.
Iante:
Nos coeur suffisent l'un à l'autre,
Et j'espere échaper aux pieges des Amans.
Iphis:
Des défauts des Amans soyez juge severe,
Ne reservez qu'à moy vos regards précieux,
Il n'est point de Mortel empressé pour vous
plaire,
Qui peignît comme moy le pouvoir de vos
yeux.
Pour vous
seule mon coeur soupire,
Vos volontez sont ma suprême loy;
Sans vous, tout l'Univers est un desert pour moy,
C'est vous qui m'animez, & par vous je respire.
Une geste, un regard de vos yeux
Fait mon bonheur, ou mon martire:
Exercer sur les coeurs un si puissant empire,
C'est tenir la place des Dieux.
Iante:
Ciel ! de quel trouble suis-je atteinte !
Helas ! quelle seroit ma crainte
Si quelque Amant s'expliquoit comme vous !
Iphis:
Ah ! si vous m'entendiez, que mon sort seroit doux
!
Iante,
à part:
Quels discours ! étouffons un soupçon qui
m'offense.
Iphis:
Iante, écoutez-moy.
Iante:
Non; la fête commence,
Laissez-moy profiter des leçons de ce jour
Va me donner contre l'Amour.
|
Scene
3
Iante, Iphis, Beroé, Argiennes
|
|
Le
Choeur:
Trompettes éclatez, Organes de la Gloire,
Du plus beau de nos jours consacrez la memoire.
Une
Argienne:
Argos & nos Epoux doivent leur sureté
Aux efforts de nôtre courage,
Ce devoit être le gage
De nôtre felicité:
Sous leurs loix nôtre vie est un long esclavage:
Un seul jour interromt nôtre
cpativité;
D'un si
beau jour faison usage,
Retraçons-nous l'image
De nôtre liberté.
Amans,
souffrez nos caprices,
Nous n'en avons pas assez;
Endurez nos injustices,
Souffrez, pleurez, gemissez.
Dés
que l'Hymen à ses chaînes
A sçu nous assujettir,
Vous nous rendez bien les peines
Que vous pouvez ressentir.
Dieu
puissant pat nôtre foiblesse,
Hymen qui colores sans cesse
Du pompeux nom de Loix, tes caprices divers;
De nos plaisirs tyran severe,
Porte à ton tour des fers,
De nos fers trop pesans image trop legere.
Encdure
malgré toy, nos Plaisirs & nos Jeux;
C'est du moins nous vanger de ton joug rigoureux.
L'Argienne
& les Choeurs:
Nos Epoux effeminez
Ont saisi nôtre partage:
Ils parlent nôtre langage,
Plus que nous ils sont armez.
Dans une
molle indolence
On les voit envelopez:
Sans égards, sans complaisance,
D'eux seuls ils sont occupez.
Nos Tyrans
nous avilissent
Par leur vaine autorité,
L'empire, dont ils jouissent,
Pese à leur oisiveté.
L'Argienne:
Allons sur ces Remparts sauvez par nos efforts,
Faisons tout retenir de nos bruyans transports.
Le
Choeur:
Trompettes éclatez, Organes de la Gloire,
Du plus beau de nos jours consacrez la memoire.
|
Scene
4
Iante, Beroé, Iphis, à
l'écart
|
|
Beroé:
Votre ame indifferente,
Vos yeux distraits semblent blâmer
ces Jeux.
Iante:
On y brave l'Hymen, on insulte à ses noeuds;
Je devrois m'aplaudir de m'en trouver exemte:
Mais un trouble inconnu malgré-moy me tourmente.
Dieu puissant qu'en ces lieux on se plait d'outrager,
Est-ce donc sur mon coeur que tu veux te vanger ?
Iphis:
L'Hymen n'est point un esclavage,
C'est l'Amour toûjours renaissant:
Entre deux
coeurs unis l'empire se partage,
C'est le bonheur de l'un que l'autre aime &
ressent.
L'Hymen,
&c.
Iante:
Mais toutes ces Beautez n'expriment que ses
peines.
Iphis:
L'amour n'a pas formé leurs chaînes.
Il est un
tendre Amant qu'il destine pour vous:
Que sa felicité, que la vôtre vous touche;
Il vous suit en tous lieux, il parle par ma bouche,
Il meurt d'amour à vos genoux.
Iante:
Que vois-je ! ô Ciel ! quelle surprise !
C'est un Amant qui me cachoit Iphise.
Iphis:
Pardonnez ma témerité
A l'excés de ma tendresse':
Pour vous fléchir, employer tant d'adresse,
C'est honorer vôtre fierté.
Iante:
Ah ! Perfide, à mes yeux garde-toy de
parêtre.
Iphis:
Vous commencez à me haïr
En commençant à me connêtre.
Iante:
A te haïr !... J'y parviendray
peut-être;
Je forceray mon coeur à m'obéir.
Iphis:
Ne le démentez pas, s'il parle pour ma
flâme:
N'est-ce pas assez de rigueurs ?
Iante:
Cruel, vous lisez dans mon âme,
Mon funeste secret s'échape avec mes
pleurs.
Ensemble:
Regne, charmant Amour, joui de ta victoire:
Non, tu n'as plus besoin de nous voiler tes traits:
Nous étions destinez à gouter tes
bienfaits,
Nôtre aveu manquoit à ta gloire.
[les
Argiens & les Argiennes paroissent]
Iante:
Beautez qui redoutiez & l'amour, & ses noeuds,
Que nôtre exemple vous éclaire:
Amans épris d'une flâme sincere,
Venez, imitez-nous, & devenez heureux.
Iphis:
Arrachons à l'Hymen des fers infurieux,
De fleurs couronnons son image:
De deux coeurs satisfaits le bonheur & l'hommage
Reparent les affronts qu'il reçoit en ces
lieux.
Le
Choeur:
Regnez Hymen, regnez, étendez vôtre
chaîne,
De vos traits laissez-nous le choix;
Vous n'avez que de douces loix
Pour les tendres Sujets que l'Amour vous amene.
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TROISIE'ME ENTRE'E
Philemon,
& Baucis
|
|
Sujet
Philemon
& Baucis semblent faits pour caracteriser l'innocence
& LA TENDRESSE PASTORALE. Ils sont époux
dans la Fable, on en fait icy de jeunes Amants dont la
fidelité est éprouvée, &
couronnée par les Dieux. L'hospitalité qu'ils
donnent à Jupiter, sans le connoître, le
prodige du vin qui se multiplie sous leurs mains, le
changement de leur Cabane en un Palais dont ils font un
Temple, sont des traits, copiez d'OVIDE, Liv. 8. Metam.
|
|
les
personnages:
|
les
interprètes:
|
|
|
|
Philemon,
Berger
|
Mr
Jelyote
|
|
Baucis,
Bergere
|
Mlle
Pellicier
|
|
Jupiter,
sous l'habit d'un Prince
|
Mr
Chassé
|
|
Mercure,
aussi déguisé
|
Mr
Tribout
|
|
|
|
|
Choeur
de Bergers & de Bergeres
|
|
Le
Théâtre représente un Hameau
borné par un Temple de Jupiter
|
Scene
premiere
Mercure, Jupiter
|
|
Mercure:
Ces Hameaux écartez, cette retraite obscure
Cacheront-ils long-tems Jupiter & Mercure ?
Jupiter:
Ecoute, & tu seras surpris
Des divers mouvements dont mon ame est atteinte.
J'aime Baucis, Baucis sans détour & sans
feinte
Me parle d'un Berger dont son coeur est
épris.
Mes feux
par le dépit devroient être gueris;
Mais l'Ingratte qu'elle est, par ses pleurs, par ses
charmes,
Enchaîne mon dépit, & m'arrache des
larmes;
Son coeur est un tresor dont le sens tout le
prix.
Que faire
dans ce trouble extrême ?
Je desire sans cesse, & crains son entretien;
Et cent fois j'ay pensé moy-même
Préferer son chemin au mien.
Mercure:
Mais, quel parti vôtre coeur veut-il prendre
?
Jupiter:
Tu vois d'ici mon Temple, où Baucis va se rendre.
C'est Jupiter qu'elle doit implorer:
L'Amant gemit des voeux que le Dieu doit entendre.
Demeure, je vais préparer
Un moyen d'ébranler son ame,
Profite de son trouble en faveur de ma
flâme.
|
Scene
2
Baucis, Bergeres,
portant des Corbeilles de fruits, & des Vases pour les
Libations
|
|
Le
Choeur:
Chantons, unissons-nous,
De Jupiter célébrons les conquêtes:
Que ses tendres ardeurs soient l'objet de nos
fêtes;
Il aime un souvenir si doux.
Baucis:
Maître des Dieux, appuy de l'innoncence,
Ecoutez mes gemissements.
Un fidelle Berger a reçû mes serments:;
Nos Parents avec violence
Veulent briser des liens si charmants:
Grand Dieu, changez leurs coeurs; jamais vôtre
puissance
N'aura favorisé de plus tendres Amants.
Le
Choeur:
Tendre Baucis, reprenez l'esperance;
Puisse le Ciel terminer vos tourments !
Baucis:
Venez mes Compagnes fidelles,
Portons à Jupiter nos offrandes nouvelles.
|
|
Mercure:
Le Souverain des Dieux tonne sur ses Autels,
Et la crainte & l'espoir y menent les Mortels:
Il les fait tous trembler; mais il tremble
luy-même
Près d'une Bergere qu'il aime.
Amours, quels sont tes Jeux cruels !
|
|
Baucis,
sortant du Temple:
Où suis-je ? qu'ay-je vû ? Ciel ! quels heureux
auspices !
O Vous, dont l'amitié s'interesse à mes
voeux,
Aprenez à quel point les Dieux me sont
propices.
Cette main
sur l'Autel du Souverain des Dieux
De nos treilles à peine épanchoit les
prémices;
Un prodige a frappé mes yeux:
Le Vase inépuisable
Me rend des Flots toûjours nouveaux;
Je vois couler le torrent délectable
D'un nectar, que n'ont point enchanté nos
côteaux.
Mercure:
De cet évenement qu'esperez-vous, Bergere
?
Baucis:
D'obtenir l'Objet de mes feux.
Mercure:
Ce miracle, Baucis, couvre un autre mistere;
Je lis dans les secrets des Cieux.
Baucis:
Eh ! quels sont ces secrets ?
Mercure:
Je crains de vous déplaire .
Baucis:
Ah ! contentez mes desirs curieux.
Mercure:
A Philemon je crois le Ciel contraire;
Je doute que l'Hymen le range sous vos loix.
Baucis:
Helas ! a-t-il du Ciel attiré la colere ?
Mercure:
Le Ciel s'oppose à vôtre choix:
Déja par vos Parents vôtre hymen se
differe.
Baucis:
Mais eux-même à nos voeux consentoient
autrefois.
Mercure:
Faut-il ne vous rien taire ?
Que celui
que vos mains avoient offert aux Dieux,
Ce changement subit que leur puissance opere,
Est un Oracle qui m'éclaire,
Qui m'annonce pour vous un sort plus glorieux.
Baucis:
Je n'ay point d'autre choix à faire,
Et vous expliquez mal les volontez des Cieux.
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Scene
5
Jupiter, Mercure, Baucis
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Jupiter:
Ne craignez point de les entendre:
Le Ciel parle pour moi, ne le dementez pas.
Pour vous du plus haut rang je me plais à
descendre;
C'est moi seul que le Ciel destine à vos appas,
Et je dois obtenir le retour le plus tendre.
Baucis:
Seigneur, vous le sçavez, mon coeur n'est plus
à moi;
Philemon est l'objet de ma flâme
éternelle.
Jupiter:
L'Hymen ne vous a point asservie à sa loy.
Baucis:
Au tendre Philemon je veux être fidelle:
C'est pour luy seul que mon coeur fût
formé;
Et si je ne l'aimois, je n'aurois rien
aimé.
Ces Bois,
ces Vallons, ces Fontaines
Ont vu naître avec nous de si pures ardeurs:
S'il est quelque obstacle à nos chaînes,
Nos feux redoublent par nos peines,
Et même je me plais à lui donner des
pleurs.
Jupiter:
Non, vôtre coeur vous trompe, & Philemon
lui-même
S'il vous aime Baucis, comme il faut que l'on aime,
Sacrifiera sans peine un interêt jaloux
A l'éclat, que mes feux vont répandre sur
vous.
Baucis:
Helas ! il ne mourroit.
Jupiter:
Criangez moins pour sa vie
Je prends sur moi le soin de son bonheur.
Baucis:
O Ciel ! que Philemon m'oublie,
Que Philemon renonce à tant d'ardeur !
Philemon trahiroit le serment qui nous lie !
Jupiter:
Aux destin d'un Berger je veux vous arracher.
Baucis:
Quoi, nos pleurs, nos sermens, rien ne peut vous toucher
!
Vos
grandeurs vous offrent sans cesse
De quoi choisis mille Objets pleins d'appas:
Mon Berger n'a que moy, ne lui ravissez pas
Le seul bien que le Ciel luy laisse.
Vous ne
répondez rien: quels regards de courroux !
Jupiter:
Si vous voulez sauver mon Rival de mes coups,
Il ne doit souhaiter que vôtre indifference:
Je me reprocherois peut-être ma vangeance,
Et ce seroit trop tard pour vous.
[à
Mercure]
Vien, suis
mes pas, je souffre autant que je l'offence.
Baucis:
Ciel ! il fuit: quels malheurs vont éclater sur nous
!
Malheureux Philemon, que vais-je vous apprendre ?
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Philemon:
Tout succede à nos voeux, nos Parents
réunis...
Baucis:
Ah ! leurs projets sont vains: je tremble, je
frémis...
Je ne vois que le Ciel qui puisse vous défendre
Contre vos nouveaux ennemis.
Philemon:
De qui puis-je attirer ou la haine ou l'envie ?
Baucis:
Ce perfide Etranger accueilly dans ces lieux...
Philemon:
Luy ! que me dites-vous ? grands Dieux !
Baucis:
Il est vôtre Rival, redoutez sa furie,
C'est quelque Roy puissant voisin de ces climats,
Ses menaces icy me causent trop d'allarmes.
Ah ! je crois voir déja ses barbares soldats
Malgré mes cris & mes larmes,
Vous fraper entre mes bras:
Ah ! Cruels, sur mon coeur venez tourner vos
armes.
[Mercure
en travsersant le Théâtre, touche Philemon de
son Caducé]
Philemon:
Rassurez-vous, un Dieu paroît, il fend les airs,
D'heureux secours nous sont offerts;
Mais quel nuage épais vient couvrir ma
paupière ?
Je ne vois plus la celeste lumiere:
Ce sommeil seroit-il en faveur des Dieux ?
Non, qu'il est cruel, ma Bergere,
Puisqu'il vous dérobe à mes yeux.
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Scene
7
Jupiter, Baucis, Philemon endormy
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Baucis:
Barbare, qu'as-tu fait ? par quel enchantement
Contre des jours si chers, armes-tu l'Enfer même ?
Acheve ton ouvrage, ose dans ce moment,
Par haine ou par pitié, me joindre à ce que
j'aime.
Jupiter:
Vivez Baucis, calmez ces transports furieux,
Ce Palais descendu des Cieux
D'un enchanteur est-il l'ouvrage,
Oule favorable présage
D'un sort qui vous égale aux Dieux.
Baucis:
Rendez-moy mon Berger, rendez-moy ma retraite,
Le douce obscurité dont j'étois
satisfaite.
Sans vous,
helas ! sans vous nos jours couloient en paix,
Nous allions être unis, mes funestes attraits
Coûtent la vie à l'Amant que j'adore;
Si vous me refusez une mort que j'implore,
Je me frappe à vos yeux, & je vais, malgré
vous,
Eterniser des noeuds dont vous êtes jaloux...
Rendez-moy mon Berger...
Jupiter:
Vôtre vertu, vos charmes,
Tour à tour me domment des Loix.
L'Amour à vos appas me fit rendre les armes,
Il immole aujourd'huy mon bonheur à vos larmes:
Du coeur de Jupiter vous triomphez deux fois.
Baucis:
Je respire après tant d'allarmes.
PAr quels voeux, quel encens, expier mon erreur
Maître des Dieux, lisez mon trouble dans mon
coeur.
[elle
se jette aux pieds de Jupiter]
Philemon,
s'éveillant:
Que vois-je, ô Ciel ! le puis-je croire ?
Baucis aux pieds de mon Rival !
Jupiter:
Je renonce à ce nom fatal.
Heureux Mortel, un Die te cède la victoire.
Venez Bergers, soyez les témoins de sa
gloire.
[les
Bergers & les Bergeres paroissent]
Tendres
Amants, goutez vôtre bonheur,
Les doux plaisirs de vos pleurs vont éclore:
Bergers, qui célébrez une si belle ardeur,
Puissiez-vous par vos chants la redoubler encore.
Philemon
& Baucis:
Grand Dieu, de ce Palais daignez faire le vôtre:
De ce TEmple nouveau, Ministres glorieux
A vous offrir l'encens nous veillerons tous deux;
Qu'il n'en soit point pour vous de plus doux que le
nôtre,
Qu'après des jours passez dans ces soins
precieux,
Un même instant ferme nos yeux
Sans nous couter de larmes l'un à l'autre.
Le
Choeur:
Grandeur brillante,
De vos charmes trompeurs
Occupez d'autres coeurs.
Ardeur constante,
Tendres empressements,
Soins toûjours renaissans,
Remplissez nos momens.
Amans
fidelles,
Que vos flâmes sont belles !
N'aimez qu'une fois;
Heureux par vôtre choix,
Les plaisirs sont vos loix.
A nos
chants, Echos, répondez-tous,
L'Amour garde pour nous
Ses traits les plus doux.
Philemon
& Baucis:
Quel
bonheur !
Nôtre amour est vainqueur.
C'est trop peu que d'un coeur
Pour sentir tant d'ardeur.
Vous m'aimez, est-il un sort plus doux !
Un jour plus pur va se lever pour nous.
Jure moy Berger,
De ne point changer.
Ne crains point ce danger,
Nos maux sont finis:
[Goutons-en / Ils sont chers à ce] prix.
Doux momens,
Noeuds charmans,
Enchantez tous nos sens.
Vous vangez nos tourmens.
Dieu d'amour, épuise tous tes traits.
C'est sur nos coeurs épuiser tes
bienfaits.
Le
Choeur:
Grandeur brillante, &c.
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J'ay
lû par Odre de Monseigneur le Chancelier, un Manuscrit
qui a pour Titre, Le Ballet de la Paix,, les Sujets
tirez d'Ovide, seront trouvez je crois, heureusement
traitez.
A Paris ce treiriéme May 1738
La
Serre
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