Ballet
Royal
de la Naissance
de Venus
Ballet
en II Parties, & Douze Entrées
dansé par Sa Majesté au Palais-Royal le 26. de
Ianvier 1665
Livret
de Isaac de Benserade
musique
de: Jean-Baptiste
Lully &
Autres
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Neptune
& Thetis, suivis de plusieurs Tritons qui composent le
corps de la Musique, font entendre par les Vers qu'ils
chantent, la gloire qu'ils ont qu'une Déesse
d'incomparable beauté, qui doit regner dans tout
l'Univers, naisse dans leur Empire.
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Recit
de Neptune, de Thetis, & des Tritons
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Neptune,
Mr
Estival:
Taisez-vous; flots impetüeux,
Vens, devenez respectüeux,
La Mere des Amours sort de mon vaste empire.
Thetis,
Mademoiselle
de la Barre:
Voyez comme elle brille en s'élevant si haut,
Ieune, aymable, charmante, & faite comme il faut
Pour imposer des loix à tout ce qui
respire.
Les
Tritons:
Que gloire pour la Mer
D'avoir ainsi produit la Merveille du Monde !
Cette Divinité sortant du sein de l'Onde
N'y laisse rien de froid, n'y laisse rien d'amer,
Quelle gloire pour la Mer.
Neptune:
Tout fléchit sous ses traits vainqueurs
C'est un Ecueil pour tous les coeurs
Qui n'osent de leur mal dire la violence.
Thetis:
Elle va tout enflammer,
Et faire aux libertez une innocente guerre,
Il ne fait pas si beau maintenant sur la Terre,
N'y si clair dans le Ciel, n'y si chaud dans l'Enfer.
Quelle gloire pour la Mer.
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Le Theatre
represente la Mer, & les mesmes Tritons qui
l'environnent annoncent la naissance de Venus, qui paroist
aussi-tost sur un thrône de nacre dans un esclat
merveilleux: Au tour d'elle s'eslevent peu à peu
douze Nereïdes qui l'admirent, la reverent, &
dansent avec elle, apres quoy elle se repose sur le mesme
thrône: Et Phosphore, ce bel Astre du point du jour,
qui dans ce moment se donna à la Déesse, &
en porta le nom; & quatre des Heures descendent dans une
machine brillante, & la convient de monter au Ciel, ou
elle est attenduë de la trouppe des Dieux, elle y est
enlevée pendant que les Tritons continënt leur
Musique, & que les Nereïdes & la nacre
disparoissent.
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pour
Madame,
Venus
Voila
ce que le Monde a de plus precieux,
Une Divinité visible & manifeste,
L'ornement de la Terre, & la gloire des Cieux,
C'est VENUS en un mot, mais pure, mais celeste;
L'Histoire en parle ainsi, la Fable dit le reste.
De ses divins regards nous voyons tous les jours
Comme éclairs naistre en foule, & mourir les
Amours,
C'est leur fatalité que chacun d'eux perisse,
L'esperance est un laict trop necessaire à tous,
Et ces pauvres enfans, si tendres & si doux
Meurent faute de Nourice.

Elle
imprime dans l'Ame une douce langueur,
Et sans avoir fléchy sous le joug qu'elle impose
Inspire à tous les coeurs ce qui manque à son
coeur,
Ainsi l'Astre du jour embraze toute chose,
Et ne se ressent point de la chaleur qu'il cause,
Ses traits pour vaincre tout n'ont qu'à se laisser
voir,
Tout reconnoist ses loix, tout cede à son
pouvoir,
Comme la plus aymable elle emporte la Pomme;
Mais par qui luy seroit cet honneur disputé
Lors qu'il est question du prix de la Beauté,
Et que le Iuge est un Homme ?

L'on
diroit quelle est seule à la voir comme elle est,
Cependant regardez le Train qui l'environne,
Ces Beautez à qui rien que leur beauté ne
plaist
Luy cedent neantmoins, Elles que l'on soupçonne
Ne faire la dessus de quartier à personne:
Chacune dont l'éclat par elle est confondu
Tasche à se r'aquiter de ce qu'elle a perdu,
Et l'une contre l'autre aspire à la revanche,
Au reste de la gloire on les voit s'animer,
Et l'on y reconnoist leur pante à s'entr'aymer
Si naturelle & si franche.
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Conversation
des Nereïdes
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Mademoiselle
d'Elboeuf,
Nereïde
Tandis
que nous voicy sur le bord du rivage,
Mes Copagnes [sic], mettons le discours en
usage,
Le silence pour nous est un terrible frain,
Parlons, mais je vous prie est-ce à moy qui me
treuve
Nereïde encore toute neuve
A mettre ainsi le monde en train ?
La
Duchesse de Boüillon,
Nereïde
Vous
estes serieuse un peu trop ce me semble,
A mille petits jeux joüons plûtost ensemble,
Courons l'une apres l'autre, & nous jettons à
l'eau.
Si je voulois pourtant faire vostre tableau,
Ie vous peindrois ainsi. Beauté charmante &
blonde,
Vous avez une taille, un teint, des traits, des yeux,
Et par dessus cela vous avez des cheveux
Les plus longs, les plus fins, les plus épais du
monde.
Et mesme lors que je voudrois
D'une autre Nereïde exprimer le merite,
Qui fait du bruit en mille endrois,
Et dont la bouche est si petite,
Voicy comment je m'y prendrois.
Personne en vous voyant ne peut demeurer libre,
Mais quoy que vous soyez si belle aux yeux de tous,
La retraite en tous temps vous semble un bien si doux
Que vous n' auriez point fait encor parler de vous,
Si vous n'aviez broüillé la Seine avec le
Tibre.
La
Duchesse de Crequy,
Nereïde
Et je
vous répondrois que vous vous dérobez
A vous-mesme l'éloge ou pour moy vous tombez.
Quel miracle par vous n'est mis en évidance ?
Joindre tant de jeunesse avec tant de prudance,
Faire de si bonne heure un ménage si bon,
Iamais petite Nereïde
S'est alle mieux conduite avecque son Triton
N'ayant qu'elle seule pour guide ?
A vous toutes enfin plus belles que le jour,
Et faites comme sont les Anges
C'est proprement à vous donner de l'amour,
Et non pas de loüanges:
Mais gardons, sy vous plaist, vostre encens & le
mien
Pour un sujet qui le vaut bien
Il est de mise
En faveur de cette Beauté
Qui nous arrive du costé
De la Tamise
Avec tant de douceur & tant de
majesté.
La
Comtesse de Gramont,
Nereïde
Vous
honorez beaucoup une pauvre estrangere
Qui ne se pique de rien,
Sinon d'avoir mis à bien
L'ame la plus errante, & la plus passagere
Qui jamais ait bruslé dans de frivoles feux,
Nous nous sommes liez d'indissolubles neux,
Et nous estant pris tous deux
Nous avons purgé l'Hyménée
De cette ordure enracinée
L'interest & le profit,
Et sommes l'un à l'autre un bien qui nous suffit.
Mais je vous ay déja mon ame
dévoilée,
Et j'arrive icy fraichement,
Ie trouve vostre Mere un peu trop désalée
Pour vous parler si franchement;
Sur tout une de vous, aimable, jeune, fine
Parmy tous ses attraits me semble avoir la mine
De connoistre außi bien que personne aujourd'huy
Dans le fonds de son coeur les manquemens d'autruy;
Mais elle est genereuse & bonne
Et je ne doute point qu'elle ne les pardonne.
La
Comtesse du Plessis,
Nereïde
Ie ne
sçay pas trop bien si vous parlez de moy,
Il me semble en tout cas qu'il faut que je
réponde,
N'est-il pas naturel quand on a rien chez soy
De ne pas ignorer les intrigues du monde ?
Les secrets sont plaisans, quoy qu'on m'ay dit que tous
N'en valent pas un bon quand il est bien à nous:
De ce fragile mets on peut estre affamée.
Telle ne vivra point d'une telle fumée,
Telle plus délicate außi s'en nourira,
Et fut-on Nereïde, ou chagrine, ou dévote,
Quelqu'une de nous vous dira
Qu'on ne peut pas toûjours se tenir dans sa
Grote.
La
Comtesse de Vivonne,
Nereïde
Il est
vray que je sors de mon antre profond
Pour rendre à la Déesse un hommage
fidelle,
Et ce que par plaisir toutes les autres font
Iele sçay pour l'honneur de danser avec elle,
Mais je danseray mieux, & bien plus à propos
Au retour d'un Epoux si fameux sur les flots,
De quels transports de joye auray-je l'aime pleine !
A toute heure je croy qu'il s'en va revenir,
Et jusqu'à la moindre Baleine
Tout m'en fait ressouvenir.
La
Marquise de Vibraye,
Nereïde
Si l'on
en danse mieux, & qu'on en soit mieux faite
De revoir un Epoux qui s'en estoit allé,
Ie voy toûjours le mien dont je suis satisfaite,
Et j'ay ce qu'il me faut à cause que je l'ay:
Ce n'est pas qu'apres tout nous autres Nereïdes
N'ayons à soûtenir des devoirs bien
regides,
Et de tant de Maris qui regnent aujourd'huy,
Ie tiens que le mieux fait, & le plus raisonnable
Ne laisse pas toûjours d'estre un peu redevable
A sa chaste Moitié qui ne pense qu'à
luy.
Mademoiselle
de Pont,
Nereïde
Suivant
les doctes discours
Que nous tiennent tous les jours
Les Coquettes, & les Prudes
Des Galans, & des Epoux,
Les uns sont un peut trop rudes,
Les autres un peu trop doux,
Celle qui d'un air timide
Balance entre ces deux maux
A proprement parler c'est une Nereïde
Qui nage entre deux eaux.
Mademoiselle
de Bracas,
Nereïde
Il ne
faut pas qu'en prudence on excede,
Et contre des soucis cuisans
C'est un souverain remede
Que de n'avoir que quinze ans,
Que le vent souffle, & que l'onde
Gronde tant qu'il luy plaira,
L'on se sçait apres tout le meilleur gré du
monde,
Quand on est belle, jeune & blonde,
En arrive ce qui pourra.
Mademoiselle
de Castelnau,
Nereïde
Ie suis
de vostre avis, mais pourtant c'est dommage
Qu'une jeune Beauté dans sa perfection
A qui tout devroit rendre hommage,
Ne fasse pas au coeur assez d'impreßion:
On m'a dit que l'Amour en fourberie abonde,
Et que quiconque a trouvé dans le monde
Une belle paßion
A trouvé sur nos flots le nid de l'Alcyon,
A trouvé le Phénix, a trouvé cette
Pierre
Qui seroit aux Humains d'un raport infiny,
Et pour parler enfin comme on parle sur terre,
A trouvé la pie au nid.
Mademoiselle
Dampierre,
Nereïde
Helas
vous l'avez dit, nous avons des apas,
Une taille, des yeux, des dents, de la jeunesse,
Comme si nous n'en avions pas
De la maniere qu'on nous laisse.
L'on s'y prend avec nous d'une étrange
façon,
Et parmy la pluspart des Hommes
S'informe t'on si nous sommes
Seulement chait ou poisson ?
Mademoiselle
de Fiennes,
Nereïde
Il est
quelques gens curieux,
Et qui donneroient des batailles
Pour tascher d'excroquer un regard de nos yeux,
Et pouvoir profiter d'une de nos écailles:
Un veritable langueur
Prouve ce qui les touche,
Ils n'ont rien dans la bouche
Qui ne soit dans le coeur:
Ils sont bien-faits, & peut-estre...
Mais
quel Astre nouveau commence de parestre ?
Ne seroit-ce point l'Amour
Qui vient salüer sa Mere ?
Non, je ne me trompois de guére
C'est l'Estoille du point du jour,
Qu'elle a d'éclat, toutes ensemble
Disons luy ce qui nous en semble.
pour Monsieur,
l'Estoille du point du jour
Clarté,
qui dans le Ciel n'estes pas la premiere,
Vous y touchez de prés, & comme vous luisez,
Il n'est pas difficile à voir que vous puisez
Dans le centre de la lumiere.

Autour
de vostre chef la nuë épaisse & noire,
En fait mieux éclater cette vive lüeur
Qui je ne sçay comment penetre dans le coeur,
Vous nous en devez toutes croire.

Vous
avez de la Nuit percé le sombre Volie,
Et ne pourriez briller sur de plus doux apas,
L'adorable VENUS außi ne pouvoit pas
Choisir une meilleur Estoille.
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l'Autheur à
Monsieur
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Douze
jeunes Bouches vermeilles
Viennent de chanter vos merveilles,
Bel Astre, apres cela qui n'oseroit joüer
A vouloir entreprendre außi de vous loüer
?
Par elles comme il faut la loüange est
semée,
Et pour faire voler la vostre en mille lieux,
Ces douze Bouches valent mieux
Que les cent de la Renommée.
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Madame
de Crussol,
Heure
Ces
belles Hotesses de l'Onde
Ont tant qu'il leur a plû parlé devant le
monde,
N'avions nous pas außi fait le mesme complot ?
Elles ont entrepris ce que les autres n'ozent,
Quoy faut-il quand les Poissons causent
Que les Heures ne sonnent mot ?
Parlons, jeune Beauté de tant d'attraits
pouveüe,
Chancun croit vous voyant que son Heure est venuë,
Et quand je vous observe, & qu'il m'en resouvient
Qu'on dit communement que l'Amour a son Heure,
Ie m'imagine ou je meure
Que déja l'Amour vous tient,
Vous n'en serez jamais sufisamment bien payée:
Ha que vous meritez d'estre bien
employée.
La
Comtesse de Guiche,
Heure
Ie vous
rends ce discours si flateur & si doux,
Il est mal-aisé qu'on le croye,
Et je sens une extréme joye
D'estre en mesme Cadran que vous.
Mais voicy l'Heure la plus belle,
Et si quelqu'un est digne d'elle,
Et que ce soit quelque Berger
Qui sçache bien la ménager,
Qui soûpire à propos, qui languisse & qui
pleure,
Voila son Heure.
Madame
de Montespan,
Heure
Ne
croyez pas qu'il m'importe beaucoup
Que je la sois du Berger ou du Loup,
Les ordres du destin m'ont-ils pas apellée
A la condition dune Heure bien réglée ?
Jusqu'à la fin pourquoy n'irois-je pas
Sans m'écarter de ma route d'un pas ?
Il faut que le Temps roule
Sans cesse un mesme train,
Et que la fable coule
Iusqu'à son dernier grain.
Madame
de Rochefort,
Heure
Marchons
d'un ordre égal, & nous suivons de
prés,
Toûjours à droit jamais à gauche,
Le rabillage est de grand frais
Lors que la Montre se débauche,
Les excés ne nous valent rien
Soit en lenteur, soit en vitesse,
Tant que j'éguille marque bien
L'on admire nostre justesse,
Mais que l'on n'aille pas außi comme l'on doit
Tout le monde nous montre au doit.
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Glaucus,
Palemon, Prothée, Leucothoé, Cimodocé
& Lycoris Dieux & Déesses de la Mer, ayant
ressenty dans leurs demeures froides cette douce impression,
que respandoit dans toute la nature cette admirable
Déesseau point de sa naissance, en viennent
tesmoigner leur joye, & la voyant encore en l'air luy
rendent leur hommages, & envient au Ciel la possession
d'un bien si precieux.
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pour
le
Marquis de Villeroy,
Dieu Marin
Ceux
qui sont comme vous bien faits, ont du coeur,
Aux grandes actions de bonne heure ils se portent,
Avec empressement vont chercher de l'honneur,
Et ne reviennent point außi qu'ils n'en raportent:
Mais lors qu'une innocente & crédule
Beauté
Se laisse aller trop viste à ce qu'ils ont
d'aimable,
Elle éprouve aux dépens de sa
sincerité,
Que ces beaux Dieux-Marins sont des Dieux de la Fable
Qui n'ont rien de solide, & rien de
veritable.
pour Monsieur
de la Lane,
Déesse Maritime
Cette
Déesse Maritime
N'a rien trouvé sur la Mer
De difficile, é d'amer
Pour acquerie de l'estime.
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Les Vents accourent au
bruit qu'ont fait les Tritons, & comme leur humeur
impatiente porte le trouble par tout: Aeole leur Roy,
déja touché de la beauté de la
Déesse, previent le desordre qui peut arriver, &
les enferme dans leur caverne.
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Le
Comte d'Armagnac,
Aeole
Aux Dames
Pour
ces fiers Aquilons je les renferme tous,
Et ne laisse aller jusqu'à vous
Que de certains Vens doux & tendres
Qui vous prouvent que vous avez
Par le feu de vos yeux reduit mon coeur en cendres,
Je ne vous diray point leur nom vous les sçavez,
Mais sçachez troupe aimable & belle,
Que je suis constant & fidelle,
Ne me défaisant point de l'amour que je prens,
Et que mon Peuple, & moy sommes tres-differens:
De plus je suis bien fait, d'une telle loüange
Quelqu'autre en ma faveur se fut mieux aquité,
Sy j'ose vous le dire, il n'est pas fort étrange
Que le Prince des Vents ait de la vanité,
Souffrez ce petit mot, c'est bien la moindre chose
Que puisse dire un Dieu de la
Métamorphoze.
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Castor
& Pollux freres gemeaux viennent marquer par leur
presence que la Paix va regner sur les Eaux, il y paroist
mesme des Alcions qui volent autour de leurs nids, deux
Capitaines de Navire, deux Marchands, & deux Pilottes
sont transportez de joye à leur rencontre, pour
l'asseurance qu'ils ont qu'à l'advenir la navigation
sera heureuse.
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pour
le
Duc de S. Aignan,
Castor
Apres
cent actions d'éternelle memoire
Qui font que vous avez grande part à la gloire
Des fameux Conquérans de la noble Toison,
Iupiter vous éleve & fait enfin raison
Au merite éclatant qui pare nostre Histoire:
Il vous a de sa main transporté dans les Cieux,
Et vous ayant osté la dépoüille
mortelle
Vous fait aller du pair avec les autres Dieux.
De là cette bonté genereuse & fidelle
De qui la solicite est toûjours le suport,
C'est ce feu réclamé qui brillant sur leur
teste
Présage aux malheureux la fin de la tempeste,
Et leur fait esperer les délices du
port.
pour le
Marquis de Seguier,
Capitaine de Vaisseau
Dans
vostre personne on remarque
Beaucoup de bonnes qualitez,
Mais pour bien conduire la Barque
Sufit du Nom que vous portez.
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Et comme
la joye de cette naissance ne s'estend pas seulement sur la
Mer; mais encor sur la Terre: Le Theatre change de face,
& represente le Mois de May toutes ses fleurs, &
toute sa verdure. Les Zephirs qu'Aeole connoissant leur
douceur n'avoit point enfermez avec les autres vents en
portent la nouvelle au Printemps, aux Ieux & aux Ris,
& tous ensemble se consacrent à la Déesse,
protestant de n'en connoistre jamais d'autre.
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pour
Monsieur
le Duc,
le Printemps
Un tem
Printemps a le don
De produire des fleurs d'éternelle durée,
Et qui sentent toûjours bon,
La terre est toute parée
Du seul éclat de son Nom.
Pour rendre une campagne belle
Il ne manque point d'ardeur,
De force ny de verdeur,
Encore moins de modelle.
pour le
Duc de Sully,
Ris
Ce
n'est pas tout d'avoir les Jeux & les Amours,
L'allegresse sans nous n'est jamais assez grande,
Et le Train de Venus est délabré
toûjours
Si les Ris ne sont pas de la bande.
pour le
Comte de Saults,
Ris
Il se
cache bien des flames
Sous ce dißimulé Ris,
Autant qu'il est doux aux Femmes
Il est amer aux Maris.
pour le
Marquis de Soyecourt,
Ieu
Tel Ieu
ne manque point de solides apas,
Et qui sont à la Cour d'une vogue infinie,
A vous dire le vray je ne vous répons pas
Que ce soit jeu sans vilenie.
pour le
Marquis de Genlis,
Ieu
Qu'il
soit beau, qu'il soit laid, je n'en veux plus rien dire,
I'en ay fait voeu,
Ne parler d'autre chose, & toûjours en
écrire
C'est le vieux jeu.
pour le
Marquis de Villequier,
Zephir
Ce
Zephir est bien fait, & lors qu'il tasche à
plaire
Il vient facilement à bout de son desir,
Mais si paravanture [sic] il se met en colere
C'est plutost l'Aquilon que ce n'est le
Zephir.
pour le
Marquis de Termes,
Zephir
Que ce
Vent répand de douceurs !
Il est de sa nature
De causer de murmure
Parmy toutes les fleurs,
Legerement il touche
Leurs fragiles apas,
Et quand mesme il les couche
Il ne les flétrit pas.
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Un des
Zephirs galant secret de FLore s'estoit écarté
de sa troupe, pour luy donner de la réioüissance
qui commençoit de sa publier: Elle en fait part
à Palés qui assemble aussi-tost ses Bergers,
& tous jugeant bien que cet évenement alloit
combler leurs champs d'abondance & de felicité,
tesmoignent ses sentimens qu'ils en ont par une dance
agreable, & par le voeu qu'ils font d'une
felicité inviolable au culte de la
Déesse.
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|
pour
le
Comte de Sery,
Flore
L'on
void par tout vostre gloire s'étendre,
Chaque campagne en augmente le bruit,
Que n'avez vous lieu d'en attendre
Si par la fleur on doit juger du fruit ?
pour le
Marquis de Mirepoix,
Palés
Icy je
represente une obscure Déesse
Qui prefere les champs au sejour des Palais,
Et je ne pense pas qu'à la Cour on connoisse
La Déesse Palés.
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Les
Graces, Aglaïe, Thalie & Euphrosine se vantent de
l'honneur qu'elles ont d'estre appellées au service
de Venus, dont le pouvoir va se faire paroistre sur tout ce
qu'il y a de Divinitez dans le Ciel, de Heros sur la Terre,
& de Puissances dans les Enfers.
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Recit
des Trois Graces
representées par Mlles
de la Barre, Hilaire, & de
S. Christophe
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Mlle
Hilaire:
Admirons nostre jeune & charmante
Déesse.
Mlle de la
Barre:
Parlons de sa beauté, parlons de son
esprit.
Mlle de
S. Christophe:
N'avons-nous pas l'honneur de nous mesler sans cesse
Dans tout ce qu'elle fait, dans tout ce qu'elle dit
?
Mlles
Hilaire & de S. Christophe:
Nous ne sommes que trois, il en est cent chez elle
Dont l'attachement est plus doux.
Mlle de la
Barre:
L'on en voit plus de cent qui sont à cette Belle
A meilleur titre que nous.
Toute
trois:
Suivons toûjours ses glorieuses traces,
Sans l'abandonner d'un pas,
Ah ! qu'elle a bien d'autres graces
Qui ne l'abandonnent pas.
Mlle
Hilaire:
Peut-on soûtenir de si vives lumieres ?
Mlle de la
Barre:
Peut-on bien éviter la douceur de ses traits
?
Mlle de
S. Christophe:
Qui connoist une fois son air & ses manieres
Il en a pour sa vie, & n'en revient jamais.
Mlles
Hilaire, & de S. Christophe:
Nous ne sommes que trois, &c.
|
|
Iupiter le
Souverain des Dieux ressent le premier le doux charme que
respend dans les coeurs cette aymable Divinité, &
pour satisfaire à la passion qu'il a
conçeuë pour Europe, & ses Compagnes se
divertissant dans un pré émaillé de
fleurs, dont elles se faisoient des couronnes, sont
surprises de voir au milieu d'elles un Taureau d'une
extréme blancheur, & d'une douceur nompareille:
Elles le flatent, elle se jouënt autour de luy, &
le couronnement des fleurs qu'elles avoient cuëillies;
& comme il se baisse à dessein, Europe qui s'en
voit plus caressées que les autres, s'assiet
innocemment sur son dos: il se leve, se dérobe
à la veuë des autres Nimphes, & passant la
Mer avec une si douce charge, la porte en une des parties du
Monde qui prend son nom: Cependant ses Compagnes
s'affligent, & du déplaisir de la perdre, rompent
les couronnes, & les bouquets dont elles estoient
parées.
|
|
pour
l'enlevement d'Europe
Iupiter
amoureux d'Europe
Sous diverse forme envelope
Sa coquete Divinité,
Et pour tascher de plaire à la jeune
Beauté
Il en entreprend la conqueste
Comme un Dieu, comme un Homme, & puis comme une
Beste,
Le Dieu réüßit mal aupres de ses apas,
L'Homme pour la seduire eut d'inutiles flames,
Mais, & cela soit dit à la gloire des Dames,
Le Taureau ne la manqua pas.
|
|
Apollon
n'est pas moins soûmis à la puissance de Venus;
le jour qu'il retournoit de la deffaite du Serpent Pithon
armé de son Arc & de son Carquois, & glorieux
d'un si important succes, il rencontre fortuitement Cupidon,
fils de la Déesse, qui portoit de mesmes armes que
luy, il s'en offence; & tesmoignant qu'il luy
appartenoit bien de porter un Flambeau, mais non pas un Arc
& des Fléches, il se met en devoir de les luy
oster: Cupidon se retirant l'atteint d'une Fléche,
dont la pointe estoit de pur or, & trouvant en mesme
temps Daphné, luy en tire une autre dont la pointe
estoit de plomb, & s'eschappe. Apollon
considérant la beauté de la Nimphe en devint
esperduëment amoureux: Elle au contraire le fuit, &
estant vivement poursuivie, se trouve changée en
Laurier: Ce Dieu fait ses regrets autour d'elle, & se
forme une couronne de ses branches, luy promettant
qu'à l'advenir en memoire de l'amour qu'il avoit eu
pour elle, tous les vaillans & tous les sçavans
porteroient des couronnes de Laurier.
|
|
pour
le
Marquis de Beringuen,
Apollon
Commençant
à briller, & plain de ces apas
Qui des coeurs les plus durs amolissent le marbre,
A l'âge où volontiers on ne s'amuse pas
A soûpirer pour un arbre,
Courez, jeune Apollon, apres quelque Daphné,
Et soyez rarement de sa suite étonné,
Pour se laisser ateindre ainsy court la plus fine,
Toutes à la verité
Ont quelque legereté,
Et ne prennent pas racine.
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Bachus
avoir long-temps gousté les plaisirs des champs &
de la bonne chere avec ses Faunes, sans qu'il eut encore
reconnu l'Empire de l'Amour & de sa Mere. Revenant de la
conqueste des Indes, suivy d'une trouppe de nouveaux sujets,
il passe en l'Isle de Naxos, & y trouve Aridané
abandonée aux pleurs & à la douleur, pour
l'infidelité que Thesée luy avoit faite, il
l'ayme, il se marie avec elle; & pour marque de son
affection change la couronne de pierreries qu'elle avoit sur
la teste, en une autre d'Estoilles, qu'il place dans le
Ciel.
|
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Plaintes
d'Ariadné, Mademoiselle
Hilaire
Rochers,
vous estes sourds, vous n'avez rien de tendre,
Et sans vous ébranler vous m'écoutez icy,
L'Ingrat dont je me plains est un Rocher außi:
Mais helas ! il s'enfuit pour ne me pas
entendre.

Ces
voeux que tu faisois, & dont j'estois
charmée,
Que sont-il devenus, lasche & perfide Amant ?
Helas ! t'avoir aymé toûjours si
tendrement,
Estoit-ce une raison pour n'estre plus aymée
?
pour Monsieur
de Lully,
Bachus
Allez,
aveugle Amour, tirer en autre lieu,
En vouloir à Bachus quel caprice est le vostre ?
Gardez-vous sy vous plaist de prendre l'un pour l'autre,
Et n'allez pas percer le Tonneau pour le
Dieu.
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Le Theatre
change de face, le Temple de Paphos dedié à
Venus s'ouvre, & sa Statuë s'y fait voir: Quatre de
ses Prestres luy sacrifient de l'encens & des fleurs
nouvelles, la Déesse estant ennemie du sang des
Victimes qui se répand sur les Autels des autres
Divinitez, advouënt que la nature ne subsiste que par
elle, que le Ciel, & ce qui en est environné
n'est paré que de ses Graces; & que tout ce qui
naist dans les Airs, sur la Terre & dans les Eaux, ne
respire que ses douces influences.
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Six
Poëtes, Theacrite, Anacreon, Ovide, Tibulle, Dante
& Petrarque, viennent adorer la Divinité, &
reconnoissent que quelque secours qu'ils ayent tiré
des Muses pour la composition de leurs ouvrages, ils luy en
doivent neantmoins tout l'honneur; & en action de graces
posent sur son Autel leurs Livres, & les Couronnes dont
Apollon les avoit honnorez sur le Parnasse.
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pour
les Sacrificateurs, Philosophes &
Poëtes
C'est
l'ordre du Destin que tout ordre se range
Sous le joug où VENUS a mis tous les Humains,
L'on ne resiste point à cette force
étrange,
Et c'est un feu qui prend aux endroits les plus saints;
Du bout du monde à l'autre éclate
l'incendie,
Le Parnasse est sujet à cette maladie,
Le sage mesme y tombe a sa confusion,
Plus vous cachez la playe, & plus elle vous blesse,
C'est principalement en cette occasion
Ou la Philisophie étale sa foiblesse.
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Les plus
grands & les plus vaillants Heros de la terre, ont
toûjours esté estimez de s'estre soûmis
à la puissance de cette Reyne de l'Univers, &
dans les plus grandes passions qu'il ont euës pour la
guerre, & pour la gloire qui en naist, ont
toûjours entrentenu celles qui leur ont esté
inspirées par cette Déesse: Témoin
Hercule, Iason, Achille, & Alexandre, qui dansent avec
Omphale, Medée, Briseis, & Roxane; &
finissant leur Entrée sont surpris d'un concert de
Musique, ils l'escoutent, & reconnoissent que c'est le
triste Orphée qui se resout d'aller demander à
Pluton & à Proserpine sa chere Euridice,
favorisé qu'il est de Venus, dont le pouvoir ne
s'estend pas moins sur les Enfers, que sur la Terre &
sur les Cieux; & ayant plaint le sort malheureux de
cét Amant se retirent. Le Theatre change de face,
& les Enfers s'ouvrent: Orphée se jette aux pieds
de Pluton & de Proserpine, & les conjure par la
puissance de Venus de luy rendre son Euridice, elle luy est
accordée, à condition de ne la regarder que
lors qu'il sera arrivé sur la Terre. Pluton, &
Proserpine retirez, Orphée & Euridice dansent
quelque temps sans se regarder: Orphée vaincu de
l'impatience de son amour se tourne vers Euridice; huit
Ombres l'enlevent & la renferment; Orphée les
poursuit, & les prie inutilement: Et le Ballet se
termine par la danse des Ombres.
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pour
Le
Roy,
Alexandre
Ce
Prince qui paroist sous l'habit d'Alexandre
N'est pas moins genereux, ny moins brave que luy,
Ce que l'un fut jadis l'autre l'est aujourd'huy,
Et le plus clairvoyant s'y pouroit bien
méprendre:
Ils se sont distinguez par leurs faits éclatans,
Le Macedonien fut l'honneur de son Temps,
Ainsi que le François est l'ornement du nostre,
Et la vertu meslée à la prosperité
Semble les avoir mis vis àvis l'un de l'autre
Pour en faire mieux voir la juste
égalité.

Tous
deux préoccupez d'une gloire infinie,
Tous deux grands, tous deux fiers autant que hazardeux,
Mais usant de leurs droits differemment tous deux
Suivant le train divers de leur noble génie:
L'en en vray Temeraire ayant tout usurpé
Ayant conquis le Monde, & l'avoit
dißipé,
L'autre l'ayant sauvédes fureurs de Bellonne,
Luy donne enfin la paix comme un trésor exquis,
Et le sçait gouverner sans l'aide de personne,
Ce qui n'est pas moins beau que de l'avoir
conquis.

Mais
toute chose égale entre ces grandes Ame,
Qui voudroit au surplus comparer leurs dehors,
Pour la taille, la mine, & les graces du corps
Alexandre eut perdu devant toutes les Dames:
Les Temps n'ont rien sur nous que nous n'ayons sur eux,
Et quelques sorts que soient tant d'exemples fameux
Qui pour venir à nous traversent les tenebres
De la Grande, Heroïque, & Sage
Antiquité,
Dans nostre Souverain mille actions celebres
N'en preparent pas moins la Posterité.
pour Madame,
Roxane
Un
Monarque au milieu de toute sa splendeur
Oprimé sous le poids d'une injuste Grandeur
De son Authorité cruellement jalouse
Laissa cette Beauté qui s' eschapa des fers,
Et le Prince accomply qui leut pour son Epouse
Se crût la possedant Maistre de
l'Univers.

Außi
le Monde entier n'a rien de si parfait,
Et ce jeune Heros doit estre satisfait
Quy sur ce jeune Coeur emporte la victoire:
C'est ou l'Ambition termine son desir,
On ne va pas plus loin du costé de la Gloire,
Moins encore plus loin du costé du
plaisir.

Il
n'est rien de si doux, ni rien de si charmant,
Que le plus malheureux la regarde un moment
C'est un moment pour luy d'allegresse & de feste:
Elle mesme copie Alexandre le Grand,
Elle entasse toûjours conqueste sur conqueste,
Et ne veut rien garder de tout ce qu'elle
prend.
pour le
Marquis de Villeroy,
Achille
Il est
beau d'entrer en lice
Pour aprendre à vaincre Hector,
Il est bon d'aprendre encor
A se démesler d'Ulisse:
C'est à dire, Achille qu'il faut
Mettre deux vertus en usage,
Le Monde a besoin d'estre sage,
Il ne sufit pas d'estre chaud:
Excusez l'ardeur de mon zelle,
Vous avez à ce que je voy
La Teste parfaitement belle,
Et tres bonne à ce que je voy.
pour le
Marquis de Rassan,
Hercule
Faire
une diligence extresme,
A venir par Monts, & par Vaux,
En m'éloignant de ce que j'ayme
C'est le plus grand de mes Travaux.
pour la
Duchesse de Sully,
Briseis
Cette
captive est fiere au souverain degré,
Elle ne souffre point, ou cache bien ses peines,
Quelques uns volontiers se chargent de ses chaisnes
A quy je ne croy pas qu'elle en sçache nul
gré,
De Maistre on n'en sçait point, mais sy comme il peut
estre
Il faloit que son Ame un jour en essayast,
De quel rude esclavage il faudroit qu'il payast
L'oysive qualité du Maistre.
pour la
Marquise de Vibraye,
Medée
Sorciere
aimable & charmante,
Dont sur nous la force augmante
Quel mal n'avez vous point fait
Avec vos magiques armes ?
Vostre personne en effet,
Est toute plaine de charmes,
Mais ils sont naturels, & ce sont les meilleurs,
Il faut absolument que le sort soit ailleurs.
A force d'y prendre garde
Ie l'ay trouvé; qu'on regarde
Ces deux beaux pieds que voila
Tout le malefice est là,
Quelle fatale energie
En dansant n'avez vous pas ?
La veritable Magie
Est attachée à vos pas.
pour Mademoiselle
de Sevigny,
Omphale
Blondins
accoutumez à faire des conquestes,
Devant ce jeune objet si charmant & si doux,
Tout Frand Heros que vous estes
Il ne faut pas laisser pourant de filer doux,
L'Ingrate foule aux pieds Hercule & sa massuë,
Quelle que soit l'offrance, elle n'est point
reçeuë,
Elle verroit mourir le plus fidelle Amant
Faute de l'aßister d'un regard seuelement,
Injuste procedé, sotte façon de faire,
Que la Pucelle tient de Madame sa Mere,
Et que la bonne Dame au courage inhumain
Se lassant außi peut d'estre belle & sage,
Encore tous les jours aplique à son usage
Au détriment du Genre humain.
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Recit
d'Orphée
chanté par Monsieur
de la Grille
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Grand
Dieu des Enfers
Escoutez mes peines,
Celle que je sers
Languit dans vos chaisnes:
Ah ! forcez du trespas
Les loix cruëlles,
Et ne separez pas
Deux coeurs fidelles,
Où rompez ces liens
Où brisez les miens.

Ie
viens sans horreur
Dans vos Palais sombres
Braver la terreur,
La Mort, & les Ombres:
Tous les maux qu'aux Enfers
Souffent les ames
Sont moindres que mes fers,
Et que mes flames;
Les plus cruëls tourmens
Sont ceux des Amans.
pour le
Duc de S. Aignan,
Orphée
Du
desir de la gloire ayant l'ame échaufée,
Et toûjours aspirant a different Trophée
Vous descendez par fois dans le sacré Valon;
Vous y chantez vous mesme, & la Lire d'Orphée
N'en doit guére de reste à celle
d'Apollon,
Tant vostre main sçavante en exprime un doux
son.

Meslant
à vos Lauriers les lauriers du Parnasse
Ou sont les beaux Esprits que le vostre ne passe ?
Quoy n'écrivez vous pas plus aisément qu'eux
tous ?
Mais ce qui les console en pareille disgrace
C'est que la difference est grande entr'eux & vous,
Vous estes trop loin d'eux pour les rendre
jaloux.

N'allez
pas aux Enfers chercher d'un soin extresme
Celle que vous aymez autant qu'elle vous ayme,
Vostre chaste Moitié n'ira jamais la bas,
Et si vous l'en croyez vous n'irez point vous mesme,
Pour vous en empescher elle vous tend les bras,
Et quand on s'en tient là, sans doue on y va
pas.
pour le
Comte d'Armagnac,
Ombre
Par
tout la Vanité de soy mesme présume,
Mais bien plus en Enfer à cause qu'il y fume,
A des corps d'icy haut quemque Ombre de la bas
Ne se changeroit pas,
Elle a tant de merite außi pour son partage
Que le marché seroit a son
desavantage.
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