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Ballet des Muses
dansé par le Roi au Château de Saint Germain en Laye le 2 Décembre 1666
Livret de Isaac de Bensérade & Molière
musique de: Jean-Baptiste Lully
 

Argument

Les Muses charmées de la glorieuse reputation de nostre Monarque, & du soin que sa Majesté prend de faire fleurir tous les Arts dans l'étenduë de son Empire; quittent le Parnasse pour venir à la Cour.
Mnémosine qui dans les grandes Images qu'elle conserve de l'Antiquité, ne trouve rien d'égal à cét Auguste Prince, prend l'occasion du voyage de ses Filles pour contenter le juste desir qu'elle a de la voir; & lors qu'elles arrivent icy fait avec elles l'ouverture du Theatre par le Dialogue qui suit.


Dialogue de Mnémosine et des Muses

Mnémosine [Mlle Hilaire]:
Enfin apres tant de hazards
Nous découvrons les heureuses Provinces
Où le plus sage & le plus grand des Princes
Fait assembler de toutes parts
La Gloire, les Vertus, l'abondance & les Arts.

Les Muses:
Rangeons nous sous ses loix
Il faut beau de les suivre
Rien n'est si doux que de vivre
A la Cour de LOUIS le plus parfait des ROYS.

Mnémosine:
Vivant sous sa conduite,
Muses, dans vos Concerts
Chantez ce qu'il a fait, chantez ce qu'il médite,
Et portez-en le bruit au bout de l'Univers.
Dans ce recit charmant faites sans cesse entendre
A l'Empire François ce qu'il doit esperer,
Au monde entier ce qu'il doit admirer,
Aux Roys ce qu'ils doivent aprendre.

Les Muses:
Rangeons nous sous ses loix
Il faut beau de les suivre
Rien n'est si doux que de vivre
A la Cour de LOUIS le plus parfait des ROYS.


Tous les Arts établis des-ja dans le Royaume (s'estant assemblez de mille endroits pour recevoir plus dignement ces doctes Filles de Iupiter, ausquelles ils croyent devoir leur origine) prennent resolution de faire en faveur de chacune d'elles une entrée particuliere. Apres quoy pour les honorer toutes ensemble, ils representent la celebre victoire qu'elles remporterent autrefois sur les neuf Filles de Pierus.

Premiere Entrée

Pour Vranie à qui l'on attribuë la connoissance des Cieux on represente les sept Planettes, de qui l'on contrefait l'éclat par les brillans habits dont les danseurs sont revestus.


II. Entrée

Pour honorer Melpomene qui preside à la Tragedie, l'on fait paroistre Pyrâme & Thisbé qui ont servy de sujet à l'un de nos plus anciennes pieces de Theatre.


III. Entrée

Talie, à qui la Comedie est consacrées a pour son partage une piece comique representée par les Comediens du Roy, & composée par celuy de tous nos Poëtes, qui dans ce genre d'écrire peut le plus justement se comparer aux Anciens.

PASTORALE COMIQUE

les personnages:

les interprètes:


Iris, jeune Bergere

Mlle de Brie

Lycas, riche Pasteur

Moliere

Filene, riche Pasteur

Destival

Coridon, jeune Berger

La Grange

Berger enjouë

Blondel

Un Pastre

Chasteau-neuf


La Premiere Scene est entre Lycas, riche Pasteur, & Coridon, son confident.

La Seconde Scene est une ceremonie magique de Chantres & de Dançeurs.

Les Trois Magiciens:
Deesse des appas
Ne nous refuse pas
La grace qu'implorent nos bouches,
Nous t'n prions par tes rubans,
Par tes boucles de diamans,
Ton rouge, ta poudre, tes mouches,
Ton masque, ta coëffe & tes gans.

O toy ? qui peut rendre agreables
Les visages les plus mal-fais,
Répens, Venus, de tes attraits
Deux ou trois dozes charitables
Sur ce museau tondu tout frais.

Deesse des appas, &c.

Ah ! qu'il est beau
Le jouvenceau,
Ah ! qu'il est beau ! ah ! qu'il est beau !
Qu'il va faire mourir de belles:
Apres luy les plus cruelles
Ne pouront tenir dans leur peau,
Ah ! qu'il est beau
Le jouvenceau,
Ah ! qu'il est beau ! ah ! qu'il est beau !
Ho, ho, ho, ho, ho, ho.

Qu'il est joli,
Gentil, poli,
Qu'il est joly, qu'il est joly,
Est-il des yeux qu'il ne ravisse ?
Il passe en beauté feu Narcisse
Qui fut un blondin accompli.
Qu'il est joli,
Gentil, poli,
Qu'il est joly, qu'il est joly,
Hi, hi, hi, hi, hi, hi.


La Troisieme Scene est entre Lycas & Filene, riches Pasteurs. Filene chante.

Filene:
Paissez cheres brebis les herbettes naissantes,
Ces prés & ces ruisseaux ont dequoy vous charmer;
Mais si vous desirez vivre tousiours contentes,
Petites innocentes
Gardez vous bien d'aymer.

Lycas voulant faire des Vers nomme le nom d'Iris sa Maistresse en presence de Filene son Rival, dont Filene en colere chante.

Filene:
Est-ce toy que j'entens, temeraire, est-ce toy
Qui nommes la beauté qui me tient sous sa loy ?

Lycas, repondant:
Ouy c'est moy, ouy c'est moy.

Filene:
Oses-tu bien en aucune façon
Proferer ce beau nom ?

Lycas:
Hé pourquoy non ? hé pourquoy non ?

Filene:
Iris charme mon ame,
Et qui pour elle aura
Le moindre brin de flâme
Il s'en repentira.

Lycas:
Ie me moque de cela,
Ie me moque de cela.

Filene:
Ie t'estrangleray, mangeray,
Si tu nommes jamais ma belle:
Ce que je dis je le feray,
Ie t'estrangleray, mangeray,
Il suffit que j'en ay juré:
Quand les Dieux prendroient ta querelle
Ie t'estrangleray, mangeray,
Si tu nommes jamais ma belle.

Lycas:
Bagatelle, bagatelle.


La quatriéme Scene est entre Lycas & Iris jeune Bergere, dont Lycas est amoureux.

La cinquiéme Scene est entre Lycas & un Pastre, qui aporte un cartel à Lycas de la part de Filene son rival.

La sixiéme Scene est entre Lycas et Coridon.

La spetiéme Scene est entre Lycas & Filene: Filene venant pour se battre chante.

Filene:
Arreste, malheureux
Tourne, tourne visage,
Et voyons qui des deux
Obtiendra l'avantage.

Lycas parle, & Filene reprend.

C'est par trop discourir,
Allons il faut mourir.


La huitiéme Scene est de huit Paysans, qui venant pour separer Filene & Lycas, prennent querelle & dançent en se battant.

La neuviéme Scene est entre Coridon jeune Berger, & les huit Paysans, qui par les persuasions de Coridon se reconcilient, & apres s'estre reconciliez dançent.

La dixiéme Scene est entre Filene, Lycas & Coridon.

L'onziéme Scene est entre Iris Bergere & Coridon Berger.

La douziéme Scene est entre Irir Bergere, Filene, Lycas, & Coridon: Filene chante.

Filene:
N'attendez pas qu'icy je me vante moy-mesme,
Pour le choix que vous balancez:
Vous avez des yeux, je vous ayme;
C'est vous en dire assez.


La treiziéme Scene est entre Filene & Lycas, qui rebutez par la belle Iris, chantent ensemble leur desespoir.

Filene:
Helas ! peut-on sentir plus vive douleur ?
Nous preferer un servile Pasteur.
Ho Ciel !

Lycas:
Ho sort !

Filene:
Quelle rigueur ?

Lycas:
Quel coup,

Filene:
Quoy ? tant de pleurs,

Lycas:
Tant de perseverance,

Filene:
Tant de langueur,

Lycas:
Tant de souffrance,

Filene:
Tant de voeux,

Lycas:
Tant de soins,

Filene:
Tant d'ardeur,

Lycas:
Tant d'amour.

Filene:
Avec tant de mespris sont traittez en ce jour.
Ha ! cruelle,

Lycas:
Coeur dur.

Filene:
Tygresse,

Lycas:
Inexorable.

Filene:
Inhumaine,

Lycas:
Inflexible,

Filene:
Ingrate,

Lycas:
Impitoyable.

Filene:
Tu veux donc nous faire mourir ?
Il te faut contenter,

Lycas:
Il te faut obeïr.

Filene:
Mourons Lycas,

Lycas:
Mourons Filene.

Filene:
Avec ce fer finissons notre pene.

Lycas:
Pousse,

Filene:
Ferme.

Lycas:
Courage.

Filene:
Allons, va le premier.

Lycas:
Non je veux marcher le dernier.

Filene:
Puis qu'un mesme malheur aujourd'huy nous assemble,
Allons partons ensemble.


La quatorziéme Scene est d'un jeune Berger enjoüé, qui venant consoler Filene, & Lycas, chante.

Ha ! quelle folie
Que quitter la vie
Pour une beauté
Dont on est rebuté:
On peut tout pour un objet aymable,
Dont le coeur nous est favorable,
Vouloir perdre la clarté;
Mais quitter la vie
Pour une beauté
Dont on est rebuté
Ha ! quelle folie.


La quinziéme & derniere Scene est d'une Egyptienne, suivie d'une douzaine de gens, qui ne cherchans que la joye, dançent avec elle aux Chansons qu'elle chante agreablement, en voicy les paroles.

Premier Air

D'un pauvre coeur
Soulagez le martyre,
D'un pauvre coeur
Soulagez la douleur;
I'ay beau vous dire
Ma vive ardeur,
Je vous voy rire
De ma langueur:
Ha ! cruelle j'expire
Sous tant de rigueur,
D'un pauvre coeur
Soulagez le martyre,
D'un pauvre coeur
Soulagez la douleur.

Second Air

Croyez-moy, hastons-nous ma Silvie,
Usons bien des momens precieux,
Contentons icy nostre envie,
De nos ans le feu nous y convie
Nous ne sçaurions vous & moy faire mieux:
Quand l'Hyver a glacé nos guerets,
Le Printemps vient reprendre sa place,
Et ramene à nos champs leur atrais,
Mais helas ! quand lâge nous glace,
Nos beaux jours ne reviennent jamais.

Ne cerchons tous les jours qu'à nous plaire,
Soyons y l'un & l'autre empressez,
Du plaisir faisons nostre affaire,
Des chagrins songeons à nous défaire;
Il vient un temps où l'on en prend assez.
Quand l'Hyver à glacé nos guerets,
Le Primtemps vient reprendre sa place;
Et ramene à nos champs leur atrais,
Mais helas ! quand lâge nous glace,
Nos beaux jours ne reviennent jamais.

IV. Entrée

En l'honneur d'Euterpe, Muse Pastorale, quatre Bergers & quatre Bergeres dansent au chant de plusieurs autres sur des Chansons en forme de dialogue.

1. Chanson sur un Air de Gavotte

[un Berger chante les deux premiers vers, & le Choeur les repete]

Vous sçavez l'amour extréme
Que j'ay pris dans vos beaux yeux;

[le Berger continuë]

Hastez-vous d'aimer de mesme,
Les momens sont precieux;
Tost ou tard il faut qu'on aime,
Et le plustost c'est le mieux.

[le Choeur repete.
Un autre Berger chante
]

En douceurs l'Amour abonde,
Tout se rend à ses appas;

[le Choeur repete ces deux vers]

On ressent ses feux dans l'Onde,
Et dans les plus frois climas;
Il n'est rien qui n'ayme au monde,
Pourquoy n'aimeriez vous pas ?

[le Choeur repete]

2. Chanson sur un Air de Menuet

[un Berger chante les deux premiers vers, & le Choeur les repete]

Vivons heureux, aimons nous, Bergere,
Vivons heureux aimons nous.

Dans un endroit solitaire
Fuyons les yeux des jaloux.

Le Choeur:
Vivons heureux, aimons nous, Bergere,
Vivons heureux aimons nous.

Le Berger:
Dançons dessus la fougere,
Ioüons aux jeux les plus doux.

Le Choeur:
Vivons heureux, aimons nous, Bergere,
Vivons heureux aimons nous.

[un Autre Berger chante les deux premiers vers, & le Choeur les repete]

Aimons, Aimons nous tousiours, Silvie,
Aimons, aimons nous tousiours.

Sans une si douce envie
A quoy passer nos beaux jours ?

Le Choeur:
Aimons, Aimons nous tousiours, Silvie,
Aimons, aimons nous tousiours.

Le Berger:
Les vrais plaisirs de la vie
Sont dans les tendres Amours.

Le Choeur:
Aimons, Aimons nous tousiours, Silvie,
Aimons, aimons nous tousiours.


V. Entrée

En faveur de Clio qui preside à l'histoire, (voulant representer quelque grande action des Siecles passez) on n'a pas crû pouvoir en choisir une plus illustre ny plus propre pour le Ballet que la bataille donnée par Alexandre contre Porrus, & la generosité que pratiqua ce grand Monarque apres sa victoire, rendant aux vaincus tout ce que le droit des armes leur avoit osté.
Le combar s'exprime par des démarches & des coups mesurez au son des instrumens, & la paix qui le suit est figurée par la Danse que les vainqueurs & les vaincus sont ensemble.


VI. Entrée

Pour Calliope Mere des beaux vers, les Comediens de la seule Troupe Royale represente une petite Comedie ou sont introduits des Poëtes de differents caracteres

LES POETES
Petite Comedie

La Scene est dans la Galerie du Chasteau-neuf de S. Germain


La Premiere Scene est entre Ariste & Silvandre qui se demandent l'un à l'autre des avis en attendant le Bal.

La Seconde Scene est de monsieur Lira qui offre ses sonnets à Silvandre pour la petite Comedie qu'il doit faire.

La Troisieme Scene est d'une Mascarade qu'Ariste a fait preparer pour le Bal, composée d'une danse d'Espagnols & d'Espagnoles, dont une partie dance au son au son des Instruments, & l'autre dance au chant de deux Dialogues.


Mascarade Espagnole

Primero Dialogo

Premier Dialogue

Maria de Anaya:
Ay ! que padesco de Amor los rigores !
Y en tanto tormento desmayan mis boçes !


Francisca Vezon:
No desconfies, que de essas herias
Al ma peligrosso le cura en un dia.

Maria de Anaya:
Ha ! qu'en aymant
A de maux on s'expose !
Ha qu'en aymant
On souffre de tourment !

Francisca Vezon:
Quel tourment, quelques maux qu'Amour cause,
Pour tout payer, il ne faut qu'un moment.


Segundo Dialogo

Second Dialogue:

Simon Aquado:
Sin amor, la hermosura
No tiene balor,
Que se aumentan las graçias
Teniendo aficion.

Francisca Vezon:
Aunque quiera en fus lazos
Prenderme al Amor,
No feras nunca el dueno
De mi coraçon.

Simon Aquado:
La plus belle Ieunesse
Sans l'Amour n'est rien;
Quelque peu de tendresse
Fait tousiours grand bien.

Francisca Verzon:
On ne peut s'en deffendre,
L'Amour est trop doux:
Mais si j'ay le coeur tendre
Ce n'est pas pour vous.


Sigue el Primer Dialogo

Suite du Premier Dialogue

Maria de Anaya:
No ay Coraçon que no tema al empeno
De haçer dueno fuyo à un Dios nino y ciego.


Francisca Vezon:
De Amor las rigores dan siempre contento,
Que causan plaçeres sus desabrimientos.

Maria de Anaya:
Que tous les coeurs
Craignent l'Amour pour Maistre,
Que tous les coeurs
Evitent ses rigueurs.

Francisca Vezon:
Il plaist tousiours, tout cruel qu'il puisse estre,
Tout en est doux jusques à ses langueurs.


Sigue el Segundo Dialogo

Suite du Second Dialogue

Simon Aguado:
Aunque tengas mas prendas
Que en las otras ay,
Si a quererme no llegas
Las as de borrar.

Francisca Vezon:
O que bien enojado
Te dexa el desden !
Sin agradar, Ninguno
Yntente querer.

Simon Aguado:
Ayez, sil est possible,
Cent fois plus d'appas:
C'est un deffaut horrible
Que de n'aimer pas.

Francisca Vezon:
Une heureuse colere
Vient vous animer:
Si vous manquez à plaire
Moquez-vous d'aimer.


La quatriéme Scene est du Marquis & de la Comtesse, qui se mocquent l'un de l'autre.

La cinquiéme Scene est de la Comtesse, qui tandis que le Marquis va chercher ses gens, lit des Vers qu'elle a faits, qui sont sans mesure, & qui n'ont point de rime, quoy que les mots qui doivent rimer, ne soient differens que par une seule lettre.

La sixiéme Scene est des avis ridicules que le Marquis & la Comtesse donnent à Silvandre sur le sujet de la petite Comedie qu'il a ordre de faire.

La spetiéme & derniere Scene est d'une Entrées des Basques du Marquis, & de la resolution qu'Ariste fait prendre à Silvandre de ne point chercher d'autre sujet que celuy qui luy est offert par le hazard dans tout ce qu'il vient de voir.

VII. Entrée

On fait paroistre Orphée fils de cette Muse, qui par les divers sons de sa Lire, exprimant tantost une douleur languissante, & tantost un dépit violent, inspire les mesmes mouvements à ceux qui le suivent, & entre-autre une Nymphe que la hazard a fait rencontrer sur l'un des rochers qu'il attire apres luy, est tellement transportée pat l'effet de cette armonie, qu'elle découvre sans y penser les secrets de son coeur par cette Chanson.

Amour trop indiscret, devoir trop rigoureux,
Ie ne sçay le quel de vous deux
Me cause le plus de Martyre:
Mais que c'est un mal dangereux
D'aimer & ne le pouvoir dire.


VIII. Entrée

Pour Erato que l'on invoque particulierement en amour, on a tiré six Amans de nos Romans les plus fameux, comme Theagene & Cariclée, Mandane & Cyrus, Polexandre & Alcidiane.


IX. Entrée

Pour Polimnie de qui le pouvoir s'estend sur l'éloquence & la dialectique, trois Philosophes Frecs & deux Orateurs Romains sont representez en ridicule par des Comediens François & Italiens, ausquels on a laissé la liberté de composer leur rooles.


X. Entrée

Pour Terpsicore à qui l'invention des chans & des dances rustiques est attribüée, on fait danser quatre Faunes & quatre Femmes sauvages, qui pliant en diverses façons des branches d'arbres, en font mille tours differens, & leur danse est agreablement interrompuë par la voix d'un jeune Satyre.

Recit du Satyre

Le soin de gouster la vie
Est ici nostre employ;
Chacun y suit son envie,
C'est nostre unique loy.

L'Amour tousiours nous inspire
Ce qu'il a de plus doux;
Ce n'est jamais que pour rire
Qu'on ayme parmy nous.


XI. Entrée

Les neuf Muses & les neuf Filles de Pierus dansent à l'envy, tantost separement, & tantost ensemble, chacune de ces deux troupes aspirant avec mesme ardeur à triompher de celle qui luy est opposée.


XII. Entrée

Trois Nymphes qu'elles avoient choisies pour Iuges de leur dispute, viennent pour la terminer par leur jugement.


XIII. & Derniere Entrée

Mais les Pierides condamnées ne voulant pas ceder, & recommençant la contestation avec plus d'aigreur qu'auparavant, forcent Iupiter à punir leur insolcence, en les changeant en oyseaux.


XIV. & Derniere Entrée

Apres tant de Nations differentes que les Muses ont fait paroistre dans les assemblages divers dont elles avoient composé le divertissementqu'elles donnent au Roy, il manquoit à faire voir des Turcs & des Maures, & c'est ce qu'elles meslent une petite Comedie pour donner lieu aux beautez de la Musique & de la Dance, par où elles veulent finir.

COMEDIE

les personnages:

les interprètes:


Dom Pedre, Gentilhomme Sicilien

Moliere

Adraste, Gentilhomme François

La Grange

Isidore, Esclave Grecque

Mlle de Brie

Zaide, Esclave

Mlle Moliere

Haly, Turc esclave d'Adraste

La Thoriliere

Magistrat Sicilien

Du Croisy

Scene Premiere:
Haly amene trois Musiciens Turcs par l'ordre de son Maistre, pour donner une Serenade.

Scene Seconde:
Adraste demande les trois Musiciens, & pour obliger Isidore à mettre la teste à la fenestre, leur fait chanter entre-eux une Scene de Comedie:

SCENE DE COMEDIE CHANTE'E

Blondel, representant le Berger Filene:
Si du triste recit de mon inquietude,
Je trouble le repos de vostre solitude,
Rochers ne soyez point faschez,
Quand vous sçaurez l'excés de mes peines secrettes,
Tous Rochers que vous estes,
Vous en serez touchez.

Gaye, le Berger Tircis:
Les oyseaux réjoüis dés que le jour s'avance,
Recommancent leurs chants dans ces vastes forests,
Et moy j'y recommance
Mes soûpirs languissans & mes tristes regrets,
Ah ! mon cher Filene.

Blondel:
Ah ! mon cher Tircis.

Gaye:
Que je sens de peines.

Blondel:
Que j'ay de soucis.

Gaye:
Toûjours sourdre à mes voeux est l'ingratte Climene.

Blondel:
Cloris n'a point pour moy de regards adoucis.

Gaye & Blondel, chantent ensemble:
O Loy trop inhumaine,
Amour si tu ne peux les contraindre d'aymer,
Pourqouy leur laisse-tu le pouvoir de charmer ?

Noblet, Berger, les interrompant en chantant:
Pauvres Amans, quelle erreur
D'adorer des inhumaines;
Iamais les ames bien saines
Ne se payent de rigueur,
Et les faveurs sont les chaînes
Qui doivent lier en coeur.

On voit cent belles icy
Auprés de qui je m'empresse,
A leur voûer ma tendresse
Ie mets mon plus doux soucy;
Mais lors que l'on est tigresse,
Ma foy je suis tigre außi.


Scene Troisiesme:
Dom Pedre sort en robe de chambre dans l'obscurité, pour tascher de connoistre qui donne la Serenade.

Scene Quatriesme:
Haly premet à son Maistre de trouver quelque invention pour faire sçavoir à Isidore l'amour qu'on a pour elle.

Scene Cinquiesme:
Isidore se plaint à Dom Pedre du soin qu'il prend de la mener par tout avec luy.

Scene Sixiesme:
Haly taschant de descouvrir à Isidore la passion de son Maistre, se sert adroitement de cinq Esclaves Turcs, dont l'un chante, & les quatre autres dançent, les proposant à Dom Pedre comme Esclaves agreables, & capables de luy donner un divertissement.

L'Esclave Turc Musicien chante d'abord ces paroles, par lesquelles il pretend exprimer la passion d'Adraste, & la faire connoistre à Isidore, en presence mesme de Dom Pedre:

D'un coeur ardent en tous lieux,
Un amant suit une belle,
Mais d'un jaloux odieux
La vigilance eternelle
Fait qu'il ne peut que des yeux
S'entretenir avec elle,
Est-il peine plus cruelle
Pour un coeur bien amoureux ?

L'Esclave Turc apres avoir chanté, craignant que Dom Pedre ne vienne à comprendre le sens de ce qu'il vient de dire, & à s'apercevoir de sa fourberie, se tourne entierement vers Dom Pedre, & pour l'amuser luy chante en langage franc, ces paroles:

Chibirida houcha la,
Star bon Turca,
Non haver danara,
Ti voler comprara,
Mi servir a ti,
Se pagar per mi,
Far bona cucina,
Mi levar matina,
Far boller caldara,
Parlara, parlara,
Ti voler comprara.

Ensuite dequoy les quatre autres Esclaves Turcs dancent, puis le Musicien Esclave recommence:

Chibirida houcha la, &c.

Lequel persuadé que Dom Pedre ne soupçonne rien, chante encor ces paroles, qui s'adressent à Isidore:

C'est un suplice à tous coups
Sous qui cet amant expire,
Mais si d'un oeil un peu doux
La belle voit son martire,
Et consent qu'aux yeux de tous
Par ses atrais il soûpire,
Il pouroit bien-tost se rire
De tous les soins du jaloux.

Aussi-tost qu'il a chanté, craignant toûjours que Dom Pedre ne s'aperçoive de quelque chose, il recommence:

Chibirida houcha la, &c.

Puis les quatre Esclaves redançant, enfin Dom Pedre venant à s'apercevoir de la fourberie, chante à son tour ces paroles:

Sçavez vous mes drolles
Que cette Chanson
Sent sur vos épaules
Les coups de bastons,
Chibirida houcha la,
Mi ti non comprara,
Ma ti bastonara,
Si ti non andara,
Andara, andara,
O ti bastonara.


Scene spetiesme:
Haly rend compte à son Maistre ce qu'il a fait, & son Maistre luy fait confidance de l'invention qu'il a trouvée.

Scene huistiesme:
Adraste va chez Dom Pedre pour peindre Isidore.

Scene neufiesme:
Haly déguisé en Cavalier Sicilien vient demander conseil à Dom Pedre sur une affaire d'honneur.

Scene dixiesme:
Isidore loüe à Dom Pedre les manieres civiles d'Adraste.

Scene onziesme:
Zaide vient se jetter entre les bras de Dom Pedre pour se servir du feint couroux d'Adraste.

Scene douziesme:
Adraste feint de vouloir tuër Zaide, mais Dom Pedre obtient de luy de moderer son couroux.

Scene treiziesme:
Dom Pedre relt Isidore entre les mains d'Adraste sous le voile de Zaide.

Scene quatorziesme:
Zaide reproche à Dom Pedre sa jalousie, & luy dit qu'Isidore n'est plus en son pouvoir.

Scene:
Dom Pedre va faire ses plaintes à un Magistrat Sicilien, qui ne l'entretient que d'une Mascarade de Maures, qui finit la Comedie, & tout le Balet.

Vers sur la Personne & le Personnage de ceux qui dancent le Ballet

Recit de la Memoire, qui n'est point chanté

C'est moy qui de l'oubly sauve les Noms celebres,
Et des temps éloignez dißipe les tenebres,
En vain pour l'Avenir travaille un puissant ROY,
C'est autant de perdu sans moy.

Iamais rien n'égala sa force & sa lumiere,
Mon employ n'eut jamais de si noble matiere,
Außi quoy que le monde entreprenne aujourd'huy,
C'est autant de perdu pour luy.


Premiere Entrée

pour les Astres & les Planettes

Astres, ce point n'est pas en évidence
Si c'est pour vous que le Monde se meut,
Vous voila tous occupez à la dance,
Le Monde va cependant comme il peut.


II. Entrée

pour Monsieur le Grand, Pyrame

Pyrame estoit un peu plus tristes que vous n'étes,
Vous avez neantmoins, son air, & ses atraits,
Thisbé s'y fut méprise, & sans doute vous faites,
Tout ce qu'il fit au meurtre prés,
Außi pouvoit-il bien ce semble à moins de frais
Marquer sa paßion extresme,
D'autres preuves d'amour il est un milion,
Vous auriez plus de peine à tüer vous mesmes
Que vous n'auriez de peine à tüer un Lion:
Si vostre Ame inquiete, adorable Pyrame,
Vouloit quitter ainsi le beau corps qui la joint,
Elle seroit une Ame injuste au dernier point,
Et je ne croyois pas qu'il fut une pire Ame.



pour le Marquis de Mirepoix, Thisbé

Vous avez bonne mine, & ne prétendez pas
Que pour vostre beauté l'on souffre le trépas,
Außi la Fable ingenieuse & sage
Sur l'accident funeste ou Pyrasme est tombé
Quand elle parle de Thisbé
N'accuse que son voile, & non pas son visage.


III. Entrée

Comedie, Moliere & sa Troupe

pour Moliere

Le célébre Moliere est dans un grand éclat
Son merite est connu de Paris jusqu'à Romme
Il est avantageux par tout d'estre honneste homme
Mais il est dangereux avec luy d'estre un Fat.


IV. Entrée

pour le Roy, Berger

Ce Berger n'est jamais sans quelque chose à faire,
Et jamais rien de bas n'occupe son loisir,
Soit plaisir, soit affaire,
Mais l'affaire tousiours va devant le plaisir.

Il mene des Troupeaux dont la bizarerie
Quelque fois tire à gauche au lieu d'aller à droite,
Pour telle Bergerie
Iamias Pasteur ne fut plus ferme, & plus adroit.

Il pourroit de ce faix soulager sa pensée,
Mais il ne s'en veut pas reposer sur les siens,
La saison est passée
Où les Bergers dormoient sur la foy de leurs Chiens.

Paissez, Brebis, pendant qu'il s'apreste à détruire
Avec tant de Vigueur tous les Loups s'il en vient,
Et laissez-vous conduire
A qui sçait mieux que vous tout ce qui vous convient.



pour Madame, Bergere

Non, je ne pense pas que jamais rien égale
Ces manieres, cet air, & ces charmes vainqueurs,
C'est un dédale
Pour tous les coeurs.

Elle vous prend d'abord, vous enchaisne, vous tuë,
Vous pille jusqu'à l'ame, & puis apres cela
Sans estre émeuë
Vous laisse-là.

L'assaßinat commis qu'est -ce qu'il en arrive:
Pour le pauvre defunt helas le meilleur sort
Qui s'en ensuive
Est d'estre mort.

Endurez pour quelqu'autre une senblable peine,
Au moins vous permet-on soupir, plainte, & sanglot,
A cette gesne
L'on ne dit mot.

Quelle terreur devoit estre excusable & legere
Qui trompe les plus fins, & leur fait présumer
Qu'estant Bergere
On peut l'aymer.

Mais la temerité d'écouvre sa ruyne
Pour la jeune Bergere osant plus qu'il ne faut,
Son origine
Vient de trop haut.

Qu'icy tous les respects les plus profonds s'assemblent,
Dans un coeur, un tel coeur n'en a pas à demy,
Tous les Loups tremblent
Devant Mimy [*]

[Mimy était le petit chien de Madame]



pour Madame de Montespan, Bergere:

Que nous serions heureux
(Disent les Loups entr'eux)
Sy nous mettions la pate
Sur chair si delicate,
Ne faisant qu'un morceau
De Bergere & Troupeau:
Elle est prompte à la fuite
Et garde une conduite
Dont chacun est surpris;
Mais nous en avons pris
Qui tenoient mesme route,
Et nous serions sans doute
Au comble du bon-heur
N'estoit son chien d'honneur:
Ce mot poura déplaire,
Mais qui sçaurions nous faire ?
Il ne sort rien de doux
De la gueule des Loups.



pour Mademoiselle de la Valiere, Bergere:

Ieune Bergere, en qui le Ciel a mis
Tout ce qu'il donne à ses meilleurs amis,
De la beauté, du coeur, de la sagesse,
Et si j'en croy vos yeux, de la tendresse,
Ne pensez pas que je veüille en ce jour
Vous cajoller, ny vous parler d'amour,
Ie sçay qu'il est dangereux de la faire,
Et je craindrois plus que vostre colere:
D'autres que moy s'en acquiteront mieux,
Ie baise icy les mains à vos beaux yeux,
Et ne veux point d'un joug comme le vostre,
Ie vous le dy tout franc j'en ayme un autre,
Que cela donc soit certain entre nous,
Et crû d'ailleurs außi bien que vous,
Sur un tel point soyez desabusée,
Mais, mon amy, qu'elle est vostre visée,
Me direz-vous, & qui vous force ainsi
A me parler d'un ton si radoucy,
Et m'attaque en stile d'Elegie
Qui de l'amour étale l'énergie ?
Moy de l'amour ? ha jamais ce n'en fut,
Mon veritable, & mon unique but
Est le loüer icy vostre personne,
C'est de l'encens tout pur que je vous donne,
Vous me semblez l'ornement du Hameau,
Et j'ayme à voir dans un objet si beau
Parfaitement l'un à l'autre assortie
Et tant de gloire, & tant de modestie:
Que vous peut-on souhaiter, & quel bien ?
Ie croy qu'il faut ne vous souhaiter rien,
L'on ne sçauroit croistre un bonheur extresme,
Et pour tout dire, enfin que sçay-je mesme
Si meritant tant de prosperitez
Vous n'avez point ce que vous meritez.



pour Mademoiselle de Toussy, Bergere

Vous avez un Troupeau, belle & jeune Bergere
Que vous garderez bien
Si vous l'allez garder ainsi que vostre Mere
Garda tousiours le sien,
Elle s'en aquita de si bonne maniere
Qu'il ne s'y peut ajouster rien,
Et maintenant encore elle garde le Bien
En qui toute la France espere.



pour le Marquis de Villeroy, Berger

Vous avez un air languissant
Dont vostre Troupeau se ressent,
Et prendre plus de soin seroit assez honneste,
Mais à si vil employ vostre coeur ne s'arreste:
Quand le Berger est jeune & beau
Il ne peut durer dans sa peau,
Et volontiers a dans la teste
Autre chose que son Troupeau.


V. Entrée

Combat d'Alexandre & de Porus

Alexandre & Porus aymoient tant les batailles,
Qu'environ deux mille ans apres leurs funerailles
Vous les voyez icy prés à recommencer,
Quand on ayme la guerre on ne peut s'en passer ?


VI. Entrée

pour des Poëtes

Souvent les Medecins
Ne sont pas le plus sains,
Encore que leur art de tous les maux nous délivre:
Les beaux Esprits sont tels,
Ils rendent immortels,
Et la pluspart du temps ils n'ont pas dequoy vivre.

Recit d'Orphée, qui n'est point chanté

Ie ne vien point icy par mes tristes accens
Des sensibles objets suspendre tous les sens,
Attirer apres moy les Rochers & les Marbres,
Faire marcher les Arbres:
Ma tristesse par là ne se peut amoindrir,
Et c'est un effort inutile,
Helas ! ce que je veux n'est pas si difficile,
Ie ne veux que toucher un coeur & l'attendrir.

Non je ne prétens point que l'Amour par ma voix
Vienne contraindre icy la Nature & ses loix,
S'il y faut de la force & de la violance,
I'ayme mieux le Silance.
Ma tristesse par là, &c.


VII. Entrée

pour Monsieur de Lully, Orphée

Cet Orphée a le goust tres-delicat, & fin,
C'est l'ornement du siecle, & n'est rien qu'il n'atire,
Soit Hommes, Animaux, Bois, & Rochers enfin
Du son melodieux de sa charmante Lire:
Toutes ces choses là le suivent pas à pas,
Et de son harmonie elles sont les conquestes,
Mais si vous l'en pressez il vous dira tout bas
Qu'ilest cruellement fatigué par les Bestes.


VIII. Entrée

Cyrus & Pelandre

pour le Roy, Cyrus

Superbe Antiquité, dont si mal à propos
Le siecle trop long-temps & souffert les reproches,
Et qui voulez tousiours à l'égard des Heros
Que les plus éloignez ternissent les plus proches,
Si vous en avez eu nous en avons außi,
Et la chose entre nous doit estre égale icy,
Mais n'en soyons point crûs ny les uns ny les autres
Attendons sur le prix & du Nostre, & des Vostres
De la Posterité le juste Tribunal,
L'invincible LOUIS ne perd rien à attendre,
Tantost c'est un Cyrus, tantost un Alexandre,
Et tousiours la Copie atteint l'Original.
Ils ont eu leurs defaux, ces Démons des combas,
L'un senti au couroux sa grande Ame asservie,
Et l'Autre eut dans sa fin quelque chose de bas
Que ceux qui l'ont loüé n'ont point mis dans sa vie:
LOUIS est tousiours sage, il reigle ses desirs,
Et ne fait que glisser par dessus les plaisirs,
Sa Vertu forte & plaine est une vertu rare
Qui releve, affermit, fortifie, & repare,
C'est un fleuve qu'on croit qui va tout renverser,
Qui ne rencontre point de digue à son épreuve,
Enfin l'on se rassure, & l'on voit que ce fleuve
Ynnonde la campagne afin de l'engraisser.



pour le Marquis de Villerois, Polexandre

Que c'est un grand bonheur d'estre jeune & bien fait,
De l'esprit & du corps également parfait,
Ainsi que Polexandre errant par tout le monde
A dessein de luy ressembler,
Et de pouvoir faire trembler
Constantinople & Trebisonde:
Et puis qand bous estes tenté
D'aller secrettement vous embarquer sur l'onde
Estre tout à coup arresté
Par un Geant terrible, & qui porte couronne
Dont le fameux pouvoir vous retient enchanté
Dans une des Tours de Peronne:
Faire tous les Estez quelque trait de Roman
Par où vous soyez mis les Hyvers en Ecran,
Brusler tousiours d'un feu qui n'ait rien de profane,
Ioint à des grands respects pour quelque Alcidiane
Desquels on se défait quand il en est saison,
Et sur tout se garder de la demangeaison
De raconter ses avantures,
Et de montrer des écritures.


IX. Entrée

Orateurs & Philosophes

N'est-ce pas estre né sous un noble ascendant
Que d'estre un Orateur, & d'estre un Philosophe,
Quoy qu'il en soit beaucoup de fort petite étoffe ?
Car par un ordinaire & fatal accident
Qui cause à la Sciene une éternelle oprobre,
De ces deux composez il se forme un Pendant
Ridicule animal, tres-crasseux, & peu sobre.


X. Entrée

pour les Faunes

Ces gens-cy tiennent en affaire
Un procedé fort ingenu,
L'honneur leur semble une chimere,
Et chez eux l'Amour est tou nu
Comme dans les bras de sa Mere.


XI. Entrée

Contestation des Pierides et des Muses

Madame, Pieride

Quelle étrange dispute est-ce donc qui s'apreste ?
Qui vous a, je vous prie, ozé mettre en la teste,
Muses, que nous estions jalouses de vous, nous ?



Madame d'Heudicourt, Muse

Madame, nous avons un grand espect pour vous,
A vous dire le vray de personne à personne
D'une commune voix vous aurez la couronne:
Mais si vostre bonté nous permet une fois
D'apuyer nos raisons, & soûtenir nos droits,
Pour nostre gain de cause à la face des Hommes
Il suffit en ce lieu d'alleguer que nous sommes
Filles de Iupiter, vous de Pierius:
Encore qu'Alexandre effaçat Darius,
Leurs Soldats pouvoient bien se comparer ensemble,
Et cela nettement veut dire ce me semble,
Que l'on peut vous tirer hors de comparaison,
Et contre tout les reste avoir quelque raison.



Mademoiselle de la Valliere, Pieride

Non, non, point de détour, & point de stratagéme,
Il n'est pas question de ce respect extréme,
Et sur le point où roule icy nostre entretien
Ma personne y fait tout, & la qualité rien;
Il faut examiner quel est nostre merite,
Mais un merite illustre, & que rien ne l'imite,
Brillant & reconnu d'un aveu solemnel
Comme un merite à nous purement personel,
Point d'apuys étrangers, que toutes y renoncent,
Apres que l'on décide, & que les Dieux prononcent.



Mademoiselle de Longueval, Muse

Les Dieux ? nous retombons en prise extremité,
Sçait-on pas que les Dieux sont de vostre costé ?
Eux qui sont si puissans sur la terre & sur l"onde
Et qui devroient sans doute estre pour tout le monde,
Cependant par mal-heur on voit qu'ils n'y sont point.



Madame de Montespan, Pieride

Laissons les Dieux à part, & revenons au point:
Parlons de bonne foy, qu'elle erreur est la vostre ?
Selon vous estre Muse est-ce estre plus qu'une autre ?
Si ce Nom fut jadis en admiration
Il a suivy du temps la revolution,
La mode en est paßée, & si je ne m'abuse
L'on peut valoir beaucoup quoy qu'on ne soit pas Muse.



Mademoiselle d'Arquien, Muse

Mais je tien qu'estre Muse außi n'empesche pas
Qu'on n'ait lieu de pretendre aux plus charmans apas,
Ce seroit grand pitié que pour estre un peu Belle
On dût aprehender d'estre spirituelle,
Qu'il falut renoncer à ces divins thresors,
Et que l'Esprit donnast l'exclusion au Corps.



Madame de Crussol, Pieride

Pour moy bien que tousiours les Muses m'ayent cherie,
Par elles tendrement élevée & mourie,
Que j'aye esté bercée au doux bruit des Chansons
Que font de tems en tems leurs doctes Nourissons,
Ie m'estime plus bien d'estre icy Pieride,
Et je tien mon estat meilleur & plus solide.



Madame de Villequier, Muse

Ce que vous dites-là ne fait rien contre nous,
Ny contre nostre sort qui nous semble assez doux,
Quoy que vous possediez un esprit admirable,
Si vostre sentiment ne nous est favorable,
Se peut-il pas changer dans une autre saison
Estant de vostre goust non de vostre raison ?



Mademoiselle de la Mothe, Pieride

Afin de terminer le debat ou nous sommes
Ie ne suis pas d'avis que l'on s'adresse aux Hommes.
Ainsi qu'à nos moutons retournons à nos Dieux,
Nostre accomodement par là se fera mieux,
Quoy que de haut en bas ces Dieux peut favorables
Regardent les Mortels comme des miserables.



Madame la Comtesse du Plessis, Muse

Importuner les Dieux avec nos differens ?
Ils ont bien autre chose à regler que nos rangs,
Si le monde pour eux n'est qu'une bagatelle,
Iugez comme ils iront traitter nostre querelle,
De nous mesmes taschons d'adoucir nostre fiel,
Tenons nous à la Terre, & laissons-là le Ciel.



Mademoiselle de Toussy, Pieride

Vostre moralité passe ma suffisance,
Quant à moy je suis jeune, & j'arive, & je dance,
A l'heure que je parle il ne me manque rien,
Et tout allant ainsi je croy que tout va bien,
Que je me trompe ou non, mais enfin je soupçonne
Qu'estant comme je suis l'on ne cede à personne.



Madame de Rochefort, Muse

Et voila justement le party du bon sens,
De sçavoir en soy-mesme avec les connoissans
Qu'à personne en merite on n'est inferieure,
Ce mouvement secret de joye interieure
Nous plaist, nous entretient, nous flate, & mes parest
Une Provision en attendant l'Arrest.



Mademoiselle de Fiennes, Pieride

Est-ce qu'on s'en tient-là quand on a bonne cause ?
Veut-on pas que le monde en sçache quelque chose ?
Il s'agit du Triomphe en suite du combat,
S'il y va de la gloire, il y faut de l'éclat,
Mesme que plus d'un Iuge en ait la connoissance,
Et dans un interest de pareille importance,
Il faut que l'Equité fasse droit à chacun,
Et pour y voir bien clair deux yeux valent plus qu'un.



Madame de la Valliere, Muse

Vous pouriez ajouster encore à vostre affaire
Que l'avis de plusieurs ne se raportant guere
Lors que le differend se trouve mal reglé,
De quelqu'un à quelqu'autre il en est appellé,
Moy comme je me sens contre vous bien fondée
I'entens que sans retour l'affaire soit vuidée.



Madame de Lucre, Pieride

Pour corrompre personne au moins je ne croy pas
Qu'on me soupçonne icy de faire bien des pas,
Pourquoy mesler le droit & la chicane ensemble ?
Quand on est raisonnable il suffit ce me semble
Sans que la ruse & l'art s'y trouvent employez,
De se montrer au Iuge, & luy dire, voyez.



Mademoiselle de Colognon, Muse

Vrayement vous en parlez icy bien à vostre aise,
Parce que vous croyez n'avoir rien qui ne plaise,
Si la Iustice avoit un bandeau sur les yeux
Peut-estre que pour vous il n'en iroit pas mieux,
Quelques traits éclatans, & quoy que l'on possede
Avecque tout cela bon droit a besoin d'aide.



Mademoiselle de Brancas, Pieride

Quelque riche qu'on soit en beauté c'est un bien
Dont l'on ne souffre pas qu'il se retranche rien,
Ie n'avois pas quinze ans que l'on m'en donna seize
Cela me fit dépit, & je n'en fus point aise,
Il n'en est pas des ans de mesme que de l'or,
Plus vous en amassez moins en vaut le thresor.



Mademoiselle de la Mark, Muse

Si vous ne vous fondiez que sur cét avantage,
I'ay dequoy disputer du costé de mon âge,
Il est vray que le Blond fait par tou bien du bruit,
Mais est-ce que le Brun n'a jamais rien produit ?
En quantité de lieu sa puissance on redoute,
On ne me la pas dit, mais c'est que je m'en doute.



Madame

Cette longue dispute à la fin me déplaist,
Qu'on se taise, & laissons la chose comme elle est.


XII. Entrée

Nymphes

pour le Roy, Nymphe

La Nymphe merveilleuse agreable & terrible,
Des Ours & des Lyons medite un meurtre horrible,
Et va rendre à nos bois leur antique bonheur:
L'Envie à beau gronder, elle n'en peut rien dire,
Et des Antres obscurs ne sort point de Satyre
Qu'elle craingne, & qui donne atteinte à son honneur.

A son rare merite on rend un juste hommage,
Le chant melodieux des Cignes de nostre âge
S'apreste à le loüer par des tons redoublez,
Et ce mesme merite au Temple de Memoire
D'une commune voix attend la mesme gloire,
Iugez par l'Avenir les Siecles assemblez.



pour le Marquis de Villeroy, Nymphe

A cette mine langoureuse,
Nymphe, il parest que vous avez besoin
Qu'une autre Nymphe prenne soin
De vous ayder à devenir heureuse.


XIII & Derniere Entrée

Iupiter

pour Monsieur le Grand, Iupiter

Auprés de Iupiter tous les Dieux ne sont rien,
Et si-tost qu'il parest on le reconest bien,
A Cheval, dans le Cercle, aux Bals, aux Promenades,
De nos moindres plaisirs il forme ses ébas,
Et descend quelque fois jusqu'aux Turlupinades
Chez les pauvres mortels on ne va point plus bas:
Au coeur il a tousiours quelque galanterie,
Mais Iunon dans le Ciel n'entend pas raillerie.

Entrées des Espagnols & des Espagnoles

pour le Duc de S. Aignan, Espagnol déguisé allant en masque

Quelque Espagnol que je sois
I'ay sçeu me déguiser avecque tant de gloire
Qu'en cent ocasions d'éternelle memoire
I'ay passé pour tres-bon François,
Et m'en suis d'autant mieux signalé dans l'Histoire.



pour Monsieur le Grand,
les Marquis de Villeroy, de Mirepoix & de Rassan, Espagnol

Meßieurs les Espagnols, pour vous faire plaisir,
Ie voudrois vous loüer séparement tous quatre,
Mais je n'en feray rien, & deußiez-vous me batre,
Non manque de sujet, mais faute de loisir:
L'on m'a prescrit trop tard ce que j'avois à faire,
J'ay mon Prince à loüer, honneur qui m'est si doux,
I'ay cinq jeunes Beautez encore à satisfaire,
Et je ne suis pas homme à les laisser pour vous:
Ensemble estant Amis vous serez à vostre aise,
Et je ne vous unis que pour vous obliger,
Si vous estes Rivaux (pourtant à Dieu ne plaise)
Il vous sera permis de vous entre-manger.



pour le Roy, representant un Espagnol

Que pour cet Espagnol les Dieux ont d'amitié ?
Außi c'est un Chef-d'oeuvre admirable, & celeste,
Le Sang & la Nature en firent la moitié,
La Paix, & l'Alliance ont composé le reste.

Son Equité soûtient le commun interest
De ces deux Nations qui font mouvoir l'Europe:
Dure à jamais ce Neu serré comme il parest,
Et qui de tant d'Estats la fortune envelope.


pour l'Entrée des Espagnoles

Ces Espagnols ont des traits
Contre qui la raison fait des efforts frivoles,
Il n'est pas défendu d'admirer leurs attrais,
Mais il est dangereux d'aimer ces ESPAGNOLES.



Madame

L'une sort d'un si noble Sang
Qu'on ne sçauroit jamais atteindre à cette Belle,
Toute la Gravité qui convient à son Rang
Oste la liberté de soûpirer pour Elle.



Mademoiselle de la Valiere

L'autre a le coeur peu partagé,
Ie ne sçay s'il est plain, je ne sçay s'il est vuide,
Mais je tien s'il estoit une fois engagé
Qu'il auroit de la peine à devenir perfide.



Madame de Montespan

De celle-cy l'intention
Est de faire aux Humains une mortelle guerre,
Et son vray caractere est de la Nation
Qui voudroit maistriser le reste de la Terre.



Madame de Crussol

Celle-là d'Un air noble & haut
Est sage autant qu'aymable, & toute cette flâme
Qui fait tant de ravage en un climat si chaud
Elle l'a dans l'Esprit & ne l'a point dans l'Ame.



Mademoiselle de Toussy

Que cette jeune Beauté plaist,
Mais à quelle fortune est-elle reservée ?
Avec tant de Thresors diriez-vous pas qu'elle est
Des Indes en ce lieu fraischement arivée ?

Pour vos fléches changez de but
Amour, & quittez-là des entreprises folles,
Vous avez vostre sens; mais la raison conclut
Qu'il est tres-dangereux d'aimer ces ESPAGNOLES.

Entrées des Maures

pour le Roy, Maure

Ce Maure si fameux soit en paix soit en guerre
D'un merite éclatant, & d'un rang singulier
Pouroit mettre à ses piez tout l'orgueil de la Terre,
Et difficilement souffriroit le colier:
Il ne scait ce que c'est d'estre sans la victoire,
Et tous les pas qu'il fait le ménent à la gloire,
Sur un chemin si noble il efface en allant
Tout ce que les ZEGRIS, & les ABANCERRADES
Ces illustres Courages
Firent de plus galant.

Lors qu'il fait le Berger il est incomparable,
Representant Cyrus il prend un plus haut vol,
S'il se déguise en Nymphe il a l'air admirable,
C'est la mesme fierté s'il dance en Espagnol,
Sous l'habit Afriquain luy mesme il se surmonte,
Mais de cesjeux divers quand il faut qu'il remonte
A son vray, naturel, & furieux employ
Ou pas un ne l'égale, ou Nul ne le seconde,
Personne dans le Monde
Ne fait si bien le ROY.



pour Madame, Mauresque

Que ces yeux ont de force, & qu'il est dangereux
De croire tenir ferme à la longue contr'eux,
Qu'il y faut de sagesse, & que de politique
Malheureusement est celuy qui se trouve bruslé
Par les ardens rayons de ces Soleils d'Afrique,
Plus malheureux encor quiconque en est haslé,
La brûlure au dedans peut demeurer paisible,
Mais le hasle au dehors la rend toute visible,
L'effet enest terrible, & crüel tout à fait,
Et l'aparance pire encore que l'effet.



pour Mademoiselle de la Valiere, Mauresque

Beauté du premier rang,
Vous dont la gloire est infinie,
Avec un Teint si blanc
Venez-vous de Mauritanie ?
Que de pompe, que d'apareil
Sur vostre marche, & pour vostre conduite !
Les Autres n'ont rien de pareil,
Quels Esclaves, & quelle suite !



pour Madame de Rochefort, Mauresque

Toute la noirceur du Climat
Non sans un tendre & vif éclat
Dans vos beaux yeux s'est retirée,
Et c'est une preuve assurée
De leur mauvais dessein
Contre le genre humain.



pour Mademoiselle de Brancas, Mauresque

Quel éclat ! quelle fraischeur !
Non personne de blancheur
Aupres de vous ne se pique,
Et c'est une rareté
Que vous ayez aporté
Tant de négre de l'Afrique.



pour Monsieur le Grand, Maure

Vous estes bienfait, Maure, & vous avez la mine
D'estre un des principaux de vostre Nation,
Il ne vous manque rien, & qui vous examine
Ne trouve de defaut qu'en votre expreßion.

En parlant vous péchez dit on contre les formes,
Et vous vous énoncez trop peu vulgairement,
S'il faut qu'aux Nations les Langues soient conformes
Un Maure doit il pas parler obscurément ?

Il est des délicas dont le chagrin s'aplique
A trouver tout mauvais, & vous donner à dos,
Comme si vous laschiez tous les Monstres d'Afrique
Quand vous laissez aller trois ou quatre bons mots.



pour le Marquis de Villeroy, Maure

Maure, qui me semblez jeune, galant, & brave,
Estes-vous vostre Maistre, ou bien si vous servez ?
Car le grand air que vous avez
Ne sent point du tout son Esclave:
D'autre costé cette triste langueur
Qui semble avoir sa source dans le coeur
Met les curieux à la gesne,
Vous n'avez ny colier, ny chesne,
Ou si vous en avez il ne paressent point,
Mais toute chose mise en un juste équilibre
Voulez-vous me laisser décider sur ce point ?
Ma foy vous n'estes pas de condition libre.