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Recit
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Voicy
cette Dame infidelle,
Qu'on accuse d' estre cruelle
A ses plus illustres Amans;
Mais c'est sans raison qo'on la blâme
De tant de divers changemens;
Puis qu'on sçait assez qu'elle est femme.
Elle agit comme ces Maistresses,
Qui par leurs trompeuses promesses
Amusent tous leurs soûpirans;
Et de qui l'injustice insigne
Sans tant de Galans differens
Favorise le plus indigne.
Comme son humeur est volage,
L'inconstance de son visage
Se fait connoistre à tout moment,
Il paroist peu de temps le méme
Et son éclat doux, & charmant,
Tôt apres devient triste &
blême.
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La
Fortune, Monsieur
des Roys
A.Me.A.
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SONNET
Vous de
qui les rares beautez
Par leur souveraine puissance
Font de toutes vos volontez
Des loix à mon obeïssance.
Bien qu'en tout ce que ie dispense,
On blâme mes legeretés,
Vous verrés toûjours ma constance
Seconder vos felicités.
Châcun pense que mon caprise
Comme il est contraire, ou propice,
Fait le mal, ou le bien de tous.
MAis qui sçauroit que ie vous aime
Diroit que la Fortune mesme
Dépens absolument de vous.
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Un
Magiciens & deux Esprits
Messieurs de St.
Sandoux, Eniobert & Brunel
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Quoy
que par mon Art ie presage
Toutes sortes d'évenemens,
Belles vous mettez en usage
Des charmes plus subtils que mes enchantemens,
Vos appas ont plus d'Energie
Que tous les mots de la Magie
Pour obseder une ame, & la mettre en vos fers,
Et ie sens par experience
Que le demon d'Amour a bien plus de puissance
Que n'ont pas tous ceux des enfers.
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Deux
Ioüeurs
Messieurs de
la Barre & Blot
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AUX DAMES
Mes-Dames
vous n'avez qu'à nous faire beau jeu
Si nous nous échafons un peu
Nous vous ferons de nostre reste.
Vous pouriez vous masquer sous l'habit d'un demon,
Au moindre signe, au moindre geste,
Nous vous couvrirons le momon.
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Un
Gueux
Monsieur Champflour
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AUX DAMES
Belles
qui n'avez de caresses
Que pour les biens & les richesses
Vous méprisez ma pauvreté:
La Fortune, il est vray, m'a fait de grands outrages,
Mais sçavez que d'autre costé
Nature m'a donné de fort grands
avantages.
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Un
Amant, & sa Maistresse
Messieurs Eniobert,
& la Ville
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Quoy
qu'on me trouve mal basty,
Et ma Maistresse mal troussée,
Mon coeur vers elle a pris party
Et son ame avec moy s'est fort embarrassée.
Ie ne sçay quel bizarre amour
Me persecute nuict & jour;
Mais quelque fureur me possede
Dont ie ne dois attendre aucune guerison:
Car puis qu'elle aime un sot, qui n'ayme qu'une laide,
Nous nous aimons parfort, plutôt que par
raison.
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Quatre
Marchands
Messieurs Fontfreide,
Dauphin, l'Olier, & Brunel
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Nous ne
sommes pas des Filous
Ny des Marchands de peaux d'Anguille:
Car aucun n'a dans cette Ville
De plus belles nippes que nous:
Nous tenons pour avoir chez nous la chalandise,
Et fort grande mesure & bonne Marchandise,
Et cherchans les moyens de profiter en tout,
Tantôt le Velours & tantôt sur la Sarge
Nous en baillons du meilleur bout
A prendre sur la piece & du long & du
large.
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Deux
Conquerans
Messieurs de St.
Sandoux, & Chabre
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Quand
nous avons le sabre en main
Il n'est rien où sa force n'entre,
Iamais nous ne poussons en vain
Nous passons à tous sur le ventre.
autre
Nous
allons sans cesse jour & nuict conquestant,
Nous en prenons par tout où nous en pouvons
prendre,
Mais tel comme assaillant va contre un combattant
Qu'il se voit tôt apres réduit à se
défendre.
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Deux
Cornards
Messieurs de
la Ville, & Blot
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I'avois
pris une belle femme
Pour vivre avec plus de douceur,
Esperant toûjours dans mon ame
D'en estre le seul possesseur,
Mais chacun en eût tant d'envie
Qu'elle a comblé de maux ma vie,
Et que j'en suis tout contrefait;
N'est-ce pas une étrange chose
De voir qu'un si vilain effet
Vienne d'une si belle cause.
autre
Tout le
monde se plaint de l'aveugle puissance
Qui preside sur nostre sort,
Mais beaucoup s'en plaignent à tort
A qui sa cruauté ne fit jamais d'offence,
Moy je l'accuse avec raison
D'une evidante trahison.
Dans ma disgrace extréme, & pourtant fort
commune,
Est-il de plus visible affront
Que d'avoir mis dessus mon front
Le fatal caractere où paroît ma
Fortune.
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Une
Macquerelle, & une Courtisane
Messieurs de
la Barre, & Dauphin
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la
Macquerelle
Depuis
que mon destin m'ôta du rang des belles
I'ay toûjours fait leçon des choses
naturelles,
Ieûnes gens approchés pour m'ouyr discourir
Ie vous mettray bien-tôt en meilleur posture,
Et mon Art sans effort vous fera découvrir
Tous les secrets de la Nature.
la
Courtisane
Non,
non, je ne m'étonne pas
Quand mon destin me mets à bas,
De voir mes forces terrassées
Nul autre n'est pareil au mien:
Car mes affaires ne vont bien
Que lors qu'elles font renversées.
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Dixiéme
& derniere Entrée
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Un
Comite, & quatre Forçats
Messieurs Eniobert,
Fontfreide, Champflour, l'Olier, & des
Roys
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le
Comite
Depuis
que je suis Amoureux
Les Forçats les plus malheureux
Souffrent une moindre misere:
Car il vaut mieux estre assommé
Et tirer la rame en Galere,
Qu'aymer & n'estre pas aymé.
les
Forçats
Nous
moüillons l'Ancre bien souvent
Dans le détroit de Barbarie,
Mais nous n'allons pas plus avant
Le vent de l'autre Mer est trop plein de
furie.
autre, AUX DAMES
Vous en
qui d'escellens merites
Sont joints à de grandes beautés,
Maissés desormais aux Comites
La pratique des cruautés,
En tous lieux nous entendons dire
Que vôtre tyrannique Empire
Fait qu'on se plaint toûjours de vous,
Et que ceux qui sont dans vos chaînes
Endurent de si rudes peines
Qu'ils sont autant Forçats que nous.
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