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Ballet des Esclaves

dancé à Chartres

 

 

aux Dames
Recit musical avec Machines

 

Vive Source d'Amour d'où naissent les plaisirs
Qui ravissent nos ames,
Belles qui nuit & iour allumés de desirs,
Qui consomment nos coeurs par des soupirs de flammes,
Appaisez vos rigueurs, car c'est à vos beautés
Que vous devés le prix de nos captivités.

La fortune & l'Amour disputent devant vous,
Avecque la Nature,
Mais ces deux de l'amour apprehendent les coups,
Et reverent en vous sa vivante peinture,
Car vos yeux sont si doux, qu'il doit à ces vainqueurs,
L'aymable auctorité qu'il a dessus les coeurs.

Tout ce qu'on dit d'Amour ne sçauroit nous charmer,
O ! beautés sans pareilles,
Il n'y a rien en luy qui puisse faire aymer,
Mais vous nous decouvrez chaque iour des merveilles,
Et jamais ne sera admis au rang des Dieux,
S'il ne regne en vos coeurs comme dedans vos yeux.

 

 

 

Premiére Entrée

 

pour un Demon des Esclaves

 

aux Dames

Malgré les hommes & les Dieux,
Il n'y a rien dessous les Cieux
Qui ne redoûte ma puissance,
Ie tiens esclaves sous mes loix
Les Grands, les Princes & les Roys,
Außi-tost qu'ils ont pris naissance.

 

 

Seconde Entrée

 

pour deux Lacquets & une Servante

 

aux Dames

Si nous ne pouvons aspirer,
A vous cherir & adorer,
Comme trop vile creature,
Estant nés pour estre subjets,
Nous travaillons sans interests,
Comme le vault nostre nature.

 

Troisiesme Entrée

 

pour un Avaritieux & un Prodigue

 

aux Dames

Les naturelles paßions
Nous tiennent en subjections,
Comme ces hommes en machines;
En vain nous ne voulons forcer,
Puisque l'on ne peut arrester
Le cours de l'Astre qui domine.

 

Quatriesme Entrée

 

pour un Fol & une Folle

 

aux Dames

De se railler de Fols, c'est chose fort commune,
La Folie est un mal dont chacun se ressent,
Mais si dedans ma teste on voit regner la Lune,
C'est pour faire porter aux autres le Croissant.

 

Cinquiesme Entrée

 

pour l'Amour

 

aux Dames

Sans que jamais vous m'ayés veu,
Sans que jamais vous l'ayés sçeu,
Vos rares beautez m'ont fait naistre:
Belles apprenez qui ie suis,
Si vous me voulez bien cognoistre,
Vous pourez beaucoup plus scachant ce que ie puis.

 

Sixiesme Entrée

 

pour un Berger amoureux d'une Reyne dont il est aymé

 

aux Dames

Que nostre sort est doux, que nos ames contentes,
Respirent de parfaits plaisirs,
Nos feux sont innocens, nos flames sons constantes,
Ainsi que sont tous nos desirs;
Mon baston pastoral à charmé ma Princesse,
Tout Berger que ie fus i'en ay fait ma maistresse,
Cet insigne bonheur rend tous les Dieux jaloux,
Elle ayme ce baston plus que le diadesme,
Il finit sa langueur, & la mienne demesme,
Mais ce n'est pas celuy dont ie chasse les loups.


autre pour le mesme

Quoy bien que differens de rang & de noblesse,
Amour ne laisse pas de nous bien ajuster,
Car s'il fait abaisser cette belle princesse
Ce petit insolent me fait souvent monter.

 

Septiesme Entrée

 

pour trois Gallants

 

aux Dames

Quoy demeurer tousiours confus,
Sans cesse souffrir des refus,
Ou seroit donc nostre refuge;
Belles l'amour demeure en vous:
Vous ne pouvez le recuser pour Iuge,
Si vous le voulez bien, nous le voulons bien tous.

 

Huictiesme Entrée

 

pour un Vieillard donnant Serenades à sa Dame

 

aux Dames

Ie fais honte à ces Ieunes gens,
Qui croiroyent en estre malades,
L'hyver à la pluye & aux vens,
Quand ie donne des serenades,
Belles sans respecter mon aage,
Esprouvez moy dans l'esclavage
Ce visage emprunté fera nostre advanture,
Si vous daignez gouster le divertissement,
Que vous promet un autre & plus doux instrument,
Il y va seullement de me dire vostre heure.

 

Neufiesme Entrée

 

pour la Fortune

 

aux Dames

Ie suis cette Déesse qui reduit un Royaume
En petite cité,
Et qui faits des Palais une maison de chaume
Plaine d'aversité,
Mais aujourd'huy pour vos beaux yeux,
Ie veux que tout rie en ces lieux.

 

Dixiesme Entrée

 

pour deux Iardiniers

 

aux Dames

Nous foüillons en tous lieux il n'est aucune plante,
Dont nous ne découvrons les secretz importans,
Nous faisons l'écusson & nous entons en fente,
Selon que le requiert la façon ou le temps,
Nos arrosoirs tous plains font germer toutes choses,
Ils forment dans l'esté les oeillets & les roses,
Mais ce n'est pas pourtant par ces petits conduits,
Que nous rafraichissons l'ardeur de la nature,
C'est avec la vertu d'une liqueur plus pure,
Qui fait cesser les fleurs, & fait porter des fruicts.

 

Unziesme Entrée

 

pour deux Poetes

 

aux Dames

Nous sommes des Chantres d'amour,
Belles, qui veillons nuict & iour,
Pour vostre honneur & vostre gloire,
Sans nous on ne cognoistroit pas
Ce qu'on peu vos charmans apas,
Car nous vous mettons dans l'histoire.

 

Douziesme Entrée

 

pour trois Braves

 

aux Dames

Dans les combats guerriers nous sommes genereux,
Nous en sortons chargez de palme & de victoire.
Mais il faut advoüer qu'aux duels amoureux,
Vous ne manqués iamais d'en r'emporter la gloire.

 

Treiziesme Entrée

 

pour quatre Matelots

 

aux Dames

Sans le secours de la boussole,
Qui dans la navigation,
Par une rare affection
Enseigne aux Matelots le Pole
Sans vouloir cognoistre le Nort,
Nous avirons sans nulle peine,
Avec nature qui les meine
Ne manqueront jamais le Port.

 

 

pour le Grand Balllet

 

pour huict Esclaves

 

aux Dames

Dans l'aymable prison de l'Empire amoureux,
On n'a jamais cogneu d'Esclaves plus heureux,
Que ceux que vous voyez parestre,
Ils n'ont d'autres plaisirs que de vous divertir,
Puisque vos yeux les ont faict naistre,
Faictes les y entrer plustost que d'en sortir.

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