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Ballet des Esclaves
dancé à Chartres

aux
Dames Vive
Source d'Amour d'où naissent les plaisirs La
fortune & l'Amour disputent devant vous, Tout ce
qu'on dit d'Amour ne sçauroit nous charmer,
Recit musical avec Machines
Qui ravissent nos ames,
Belles qui nuit & iour allumés de desirs,
Qui consomment nos coeurs par des soupirs de flammes,
Appaisez vos rigueurs, car c'est à vos
beautés
Que vous devés le prix de nos
captivités.
Avecque la Nature,
Mais ces deux de l'amour apprehendent les coups,
Et reverent en vous sa vivante peinture,
Car vos yeux sont si doux, qu'il doit à ces
vainqueurs,
L'aymable auctorité qu'il a dessus les
coeurs.
O ! beautés sans pareilles,
Il n'y a rien en luy qui puisse faire aymer,
Mais vous nous decouvrez chaque iour des merveilles,
Et jamais ne sera admis au rang des Dieux,
S'il ne regne en vos coeurs comme dedans vos
yeux.

Premiére
Entrée pour
un Demon des Esclaves aux
Dames Malgré
les hommes & les Dieux, pour
deux Lacquets & une Servante aux
Dames Si
nous ne pouvons aspirer, pour
un Avaritieux & un Prodigue aux
Dames Les
naturelles paßions pour
un Fol & une Folle aux
Dames De
se railler de Fols, c'est chose fort commune, pour
l'Amour aux
Dames Sans
que jamais vous m'ayés veu, pour
un Berger amoureux d'une Reyne dont il est
aymé aux
Dames Que
nostre sort est doux, que nos ames contentes, autre
pour le mesme Quoy
bien que differens de rang & de noblesse, pour
trois Gallants aux
Dames Quoy
demeurer tousiours confus, pour
un Vieillard donnant Serenades à sa
Dame aux
Dames Ie
fais honte à ces Ieunes gens, pour
la Fortune aux
Dames Ie
suis cette Déesse qui reduit un Royaume pour
deux Iardiniers aux
Dames Nous
foüillons en tous lieux il n'est aucune
plante, pour
deux Poetes aux
Dames Nous
sommes des Chantres d'amour, pour
trois Braves aux
Dames Dans
les combats guerriers nous sommes genereux, pour
quatre Matelots aux
Dames Sans
le secours de la boussole,
Il n'y a rien dessous les Cieux
Qui ne redoûte ma puissance,
Ie tiens esclaves sous mes loix
Les Grands, les Princes & les Roys,
Außi-tost qu'ils ont pris
naissance.
A vous cherir & adorer,
Comme trop vile creature,
Estant nés pour estre subjets,
Nous travaillons sans interests,
Comme le vault nostre nature.
Nous tiennent en subjections,
Comme ces hommes en machines;
En vain nous ne voulons forcer,
Puisque l'on ne peut arrester
Le cours de l'Astre qui domine.
La Folie est un mal dont chacun se ressent,
Mais si dedans ma teste on voit regner la Lune,
C'est pour faire porter aux autres le
Croissant.
Sans que jamais vous l'ayés sçeu,
Vos rares beautez m'ont fait naistre:
Belles apprenez qui ie suis,
Si vous me voulez bien cognoistre,
Vous pourez beaucoup plus scachant ce que ie
puis.
Respirent de parfaits plaisirs,
Nos feux sont innocens, nos flames sons
constantes,
Ainsi que sont tous nos desirs;
Mon baston pastoral à charmé ma
Princesse,
Tout Berger que ie fus i'en ay fait ma
maistresse,
Cet insigne bonheur rend tous les Dieux jaloux,
Elle ayme ce baston plus que le diadesme,
Il finit sa langueur, & la mienne demesme,
Mais ce n'est pas celuy dont ie chasse les
loups.
Amour ne laisse pas de nous bien ajuster,
Car s'il fait abaisser cette belle princesse
Ce petit insolent me fait souvent
monter.
Sans cesse souffrir des refus,
Ou seroit donc nostre refuge;
Belles l'amour demeure en vous:
Vous ne pouvez le recuser pour Iuge,
Si vous le voulez bien, nous le voulons bien
tous.
Qui croiroyent en estre malades,
L'hyver à la pluye & aux vens,
Quand ie donne des serenades,
Belles sans respecter mon aage,
Esprouvez moy dans l'esclavage
Ce visage emprunté fera nostre
advanture,
Si vous daignez gouster le divertissement,
Que vous promet un autre & plus doux
instrument,
Il y va seullement de me dire vostre
heure.
En petite cité,
Et qui faits des Palais une maison de chaume
Plaine d'aversité,
Mais aujourd'huy pour vos beaux yeux,
Ie veux que tout rie en ces lieux.
Dont nous ne découvrons les secretz
importans,
Nous faisons l'écusson & nous entons en
fente,
Selon que le requiert la façon ou le
temps,
Nos arrosoirs tous plains font germer toutes
choses,
Ils forment dans l'esté les oeillets &
les roses,
Mais ce n'est pas pourtant par ces petits
conduits,
Que nous rafraichissons l'ardeur de la nature,
C'est avec la vertu d'une liqueur plus pure,
Qui fait cesser les fleurs, & fait porter des
fruicts.
Belles, qui veillons nuict & iour,
Pour vostre honneur & vostre gloire,
Sans nous on ne cognoistroit pas
Ce qu'on peu vos charmans apas,
Car nous vous mettons dans
l'histoire.
Nous en sortons chargez de palme & de
victoire.
Mais il faut advoüer qu'aux duels
amoureux,
Vous ne manqués iamais d'en r'emporter la
gloire.
Qui dans la navigation,
Par une rare affection
Enseigne aux Matelots le Pole
Sans vouloir cognoistre le Nort,
Nous avirons sans nulle peine,
Avec nature qui les meine
Ne manqueront jamais le Port.
pour le Grand Balllet
pour huict
Esclaves aux
Dames Dans
l'aymable prison de l'Empire amoureux,
On n'a jamais cogneu d'Esclaves plus heureux,
Que ceux que vous voyez parestre,
Ils n'ont d'autres plaisirs que de vous divertir,
Puisque vos yeux les ont faict naistre,
Faictes les y entrer plustost que d'en
sortir.