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ou Ballet d'Acline Dansé
ly Douziesme en la ville de Paris le dix-sept, & dix-huictiesme iour de Ianvier 1610 musique de: Pierre Guédron |

ALCINE
Magicienne, esprise de la beauté de douze ieunes
Chevaliers errans, ne les pouvant reduire à son
amour, les enchante dans un Palais, qu'elle rend invisible
au milieu d'une grande forest; où reconnoissant par
ses arts qu'ils doibvent estre delivrez par la seule
veuë du plus grand Roy de la terre: furieuse &
fulminante, menace ses Demons, en mesprisant sa science,
& leur foible pouvoir.
La
Salle contient en longueur fix vingts cinq pieds, sur
quarante cinq de large, & vingt-quatre d'exaulcement ou
environ, ayant plusieurs grandes croisées de
costé & d'autre, entre lesquelles sont les
eschaffaux & galleries à trois estages, remplis
de sieges par tout, fermées par embas de longues
barrieres tout à l'entour. Au bout de ladite Salle
est un Theatre eslevé de trois marches, pour le Roy:
plusieurs chandeliers dorez, faicts en forme d'estoilles,
sont suspendus au plancher, sur lesquels mon met force
flambeaux: au dessus dudit Theatre il y en a deux plus
grands que tous les autres; celuy de la main droicte
represente un Soleil doré d'or moulu sur les poinctes
& rayons, duquel on met force flambeaux de cire iaulne;
celuy de la main gauche est fait comme un grand croissant
bien argenté, remply par tout de flambeaux de cire
blanche. Au milieu dudit Theatre où sied le Roy, est
eslevé un grand Detz de velours rouge cramoisi, en
broderie d'or & d'argent, tout chamarré de grands
clinquans d'or, & bordé tout à l'entour de
grandes crespines, & franges d'or, d'argent, & de
soye rouge.
A
l'entrée de la Grande Salle la forest est
touffuë, pour la quantité de chesnes, d'ormes,
de haitres, d'aliziers, & autres arbres & buissons
fort hauts, ayant trois grandes issuës par le devant.
Au milieu de ladite forest estoit assis le Palais
enchanté, fait en forme d'Amphitheatre, orné
de plusieurs Portiques, Colomnes, Niches, & figures
antiques. Le haut entouré de balustres dorées,
devant lequel une Piramide estoit eslevée, portant
une certaine prophetie, le tout caché d'un grand
rideau, & la forest aussi, contenant environ la sixiesme
partie de ladite Salle, dont toutes les galeries &
eschaffaux sisdits, estoient parez de longs tapis de
Turquie, de Perse, de la Chine, & autres excellens,
où seoient parti de assistans. Le Roy assis sur son
siege Royal, & magnifique au dessoubs dudit Dets, la
Royne, & la Royne Marguerite auprés de sa
Majesté, Monseigneur le Daulphin à ses pieds,
& de costé & d'autre tous les Princes
& Princesses de sang, autres Princes & Princesses du
Royaulme, officiers de la Couronne, Ducs, Marquies, Contes,
Barons, Siengeurs, Gentils hommes, Dames, & Damoiselles
de la Cour, chacun assis selon son rang &
qualité. Les Capitaines des gardes du corps derriere
ladite Majesté: les Archers plus derriere, ayant
leurs armes: les Exempts avec les maistres des ceremonies,
dans la Salle pres les barrieres, pour empescher qu'il n'y
eust ny desordre, ny confusion. Le Tout estant en grand
silence: alors le rideau qui couvroit la forest tomboit en
terre, & ladite forest se voyoit appertement.
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Le
magnific Messire Gobbemague, grand confalottier de l'Isle
des singes, que la Magicienne Alcine avoit faict venir en ce
lieu, par le moyen de ses arts, entroit vestu d'une grand
cappe à manche, façon de Bearn, avec le
capuchon derriere, faicte de satin iaulne, chamarrée
en escharpe de plusieurs clinquans d'argent, un bouillon
d'or entredeux, toute doublée de toille d'argent:
Ceint d'un grand bas de saye de mesme estoffe, couleur &
enrichissement, lequel luy tomboit iusques sur les tallons,
ayant sur la teste un grand chappeau poinctu, fait en forme
de Piramide de quatre couleurs: la blanche estoit de toille
d'argent, la rouge estoit de satin, la verte estoit de
damas, & la iaule estoit de velours à fond d'or:
la cheveleure longue, le visage contrefait, la barbe
épaisse & large, qui luy tomboit sur la ceinture,
portant un grand fallot en sa main, lequel faisoit son
entrée, marchant d'un pas magestueux, tournant la
face de tous costé, suivy de trois esclaves Turcs,
vestus de robes de damas iaulne, ceints de ceintures de
feuillette d'argent, chacun sur la teste un gros turban,
fait de gazes d'or entrelassez, portant des brodequins de
satin rouge, bordez de gallon d'or: LEurs masques bazabez
avoient le sourcil gros, & la moustache relevée:
lesquels Esclaves sonnoient chacun la partie d'un dessus de
violon, faisant l'air du premier ballet, &
dançans aussi en sonnant, suivoient ledit Messire
Gobbemague, qui les menoit plaisamment iusques au milieu de
ladicte salle, & les faisoit placer sur la mainte
droitte pres la barriere, où passant parmy eux, en un
moment il se transformoit en un ieune More, vestu d'une
camizolle de damas bleud, chamarrée de passement d'or
en travers, portant des culottes à la vieille
hauloize de toille d'argent, le haut decoupé par
grandes ballasfres, bordées de gallon d'or, &
boufantes de Brocatel d'or & de soye iaulne: les canons
iustes, chamarrez comme la camizolle, ceingt pardessus d'une
ceinture blanche, où pendoit une fauconniere de toile
d'argent & incarnat faconné, pleine de confitures
& dragées. Il avoit en l'une des gembes un bas de
soye rouge, lié d'une gerretiere de taffetas rouge
à dentelles de fil d'argent: un bonnet d'escarlatte
sur la teste, chamarré de clinquant d'or: &
dessus un long panache de plumes de coq iaulnes &
noires: le masque noir, dont le sourcil & les moustaches
estoient argentez. Lequel More au son desdits viollons,
ayany fait quelque tour de souplesse, une baguette
dorée en la main, s'en alloit vers ladite forest
faire entrer deux pages porte-flambeaux, vestus de Magots
vers, d'habits tout d'une venuë, & fort iustes,
fait de peluche de soye verte: la chevelure de la teste, du
corps, & des espaules, faictes de longues franges de
soye floche, verte aussi: ceints d'une ceinture de toque
d'argent, la boucle derriere, le cul peint sur satin
incarnat blaffard, bien contrefaict, & le masque
approchant du naturel. Lesquels porte-flambeaux au seul
signe de la baguette que leur faisoit ledit More, alloient
sautant à petits bons apres luy, iusques au milieu de
ladite salle, où faisans quelques saults en avant
l'un apres l'autre,, ils se separoient, & de l'un &
de l'autre costé, saultans & grimassans, tant
qu'ils fussent aupres dudit theatre: puis s'asseant sur le
cul, ledit More leur donnoit des confitures &
dragées qu'ils mangoient: lequel les laissant lors,
& s'en retournant à capriolle vers ladite forest,
en faisoit sortir trois autres violons esclaves, tous trois
de front, vestus comme les premiers, dançans, &
sonnans la partie de haute contre dudit Ballet, lesquels
venoient ioindre leurs compagnons au milieu de ladite salle:
& en ce mesme ordre ledit More faisoit entrer de ceste
façon iusques à quinze violons, trois à
trois, dançans & sonnans en entrant, les uns le
dessus, les autres la haultecontre, comme i'ay dit, &
les autres la taille, le quintapars, & la basscontre. Et
les dit Magots verts porte-flambeaux entroient semblablement
deux à deux: puis estans tous entrez & rangez
(ainsi que les premiers) les quinze violons tous de front le
long de la barriere, commençoient à sonner
ensemble le ballet des Magots verts, lequel ils
dançoient en dix façons, touiours en cadancen
avec saults, gambades, gestes & grimasses differentes.
Ledit More estant au mulieu d'eux, leur faisant signe de ce
qu'ils devoient faire, & en ceste façon, il les
faisoit retirer apres luy file à file vers ladite
forest, tantost saultant sur un pird, tantost sur un autre,
tantost sur les deux ensemble: ainsi retirez, tous les
violons montoient sur leur eschaffaux, pour sonner tous les
balets qui se devoient dancer.
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Alcine
en mesme instant entroit de la forest dans la salle,
richement vestuë d'une robe de drap d'or frizé
& bleu, dont les bords estoient enrichis par tout d'une
broderie d'estoilles d'or, au milieu de chacune desquelles y
avoit enchassé une grosse perle. Les manches estoient
découpées par longues bandes, reprises de
petits boutons esmaillez d'azur: au travers
desditesdecoupeures sortoit la chemise par gos bouillons
tous parsemez de plusieurs diverses fleurettes nuées
de toutes couleurs: les lamequins qui tomboient du tour de
la ceinture en bas, estoient de lame d'argent battu,
ondé & brizé, sur lesquels on voyoit force
chatons de pierreries bien adiancez, avec des campanes d'or
sur chacune poincte d'iceux: la mante qui couvroit les
espaules estoit de gaze d'or & incarnat fort
délié, reprise par le devant, &
liée d'un lacs d'amour sur l'espaule gauche: sa riche
coiffure faite a ployée en arcade sur arcade, globe
sur globe & chevron sur chevron, sur un fond de satin
bleu en broderie, relevée d'estoilettes d'or, toutes
les arcades couvertes de perles rondes, de gos rubis, &
de belles emeraudes, si bien mises en oeuvre, & si
artistement, que la manufacture en surpassoit la matiere:
sur le hault de ladite coiffure estoit un gaze double &
delié, pendant sur le derriere, qui paroissoit de la
mesme couleur qu'Iris se monstre au Ciel, entre la pluye
& le beau temps. La fraize à douze lez, faite de
la plus fine dentelle qui se fist oncques en l'Isle de
Carie, & le smanchettes semblablement. Elle sonnoit d'un
Luth en entrant, suivie d'une de ses Nimphes, qui luy
portoit la queuë de sa robe, & de dix autres apres
separées en deux rangs, ioüant de plusieurs
instrumens, & dançans d'un pas grave & doux,
toutes lesquelles estoient vetuës d'une mesmes
façon: leurs robbes faictes d'une toille d'argent
à manches pendantes: le corps brodé en demy
chevrons, entrelassez de canetille d'or, repris de frizon,
& les demy chevrons remplis de fleurettes
entrelassées: le bas & le tour desdires robbes
aussi brodé iusques au milieu, sue le quel tomboient
les poinctes de Lamequins faits de plusieurs roulleaux,
attachez l'un à l'autre, d'une estoffe brillante
d'argent & incarnat, de la nouvelle fabrique, enfermez
de chainettes d'argent, & par le milieu une chaine de
perles rondes, au bout de laquelle estoit une campane d'or,
chacune une fraize de point couppé, les manchettes de
mesmes. Leurs mantes faites de gaze incarnat & argent,
leur couvroit partie du dos reprises en escharpe par le
costé, & noüées sur l'espaulle
gauche. Leurs coiffures faictes à roulleaux d'or
& d'argent, enrelassez de noeuds gordiens en poincte,
avec un cercle au dessus de pierreries, que lesdites
poinctes soustenoient en façon de couronne, enrichy
tout autour de rozettes de diamans, de fleurettes dopalles,
& de petites estoilles de rubis, mises en petits
fueillages, au milieu duquel cercle estoit eslevée
une triple fleur de Lys, de belles iacintes sur un fond
d'azur. Leurs brodequins de satin incarnadin à piece
emportée, & reprise de frizon d'or, doublez de
toilette d'argent, chacune un masque découpé.
Ainsi donc habillées, Alcine marchoit la premiere,
conduisant cette agreable suitte iusques aupres du Theatre,
où estoit sa Majesté, devant laquelle elle
recitoit seule en chantant les vers qui s'ensuivent, &
le choeur de ses Nimphes reprenoit en sonnant & chantant
le dernier vers de chaque couplet.
Rien
ne s'oppose à mes lois, Ie
suis par tout où ie veux, Par
mes Démons familiers, Mes
yeux ne peuvent forcer Estant
ainsi transformez,
Ie suis l'effroy de ces bois,
Alcine au monde cogneuë,
Qui vois marchant sur l'onde & sur la
nuë.
Du Ciel i'arrache les feux,
Aux Enfers & sur la Terre,
Ma voix est crainte autant que le Tonnerre.
I'ay changé des Chevaliers,
Qui superbes en leurs armes,
N'adoroient point, ny mes yeux, ny mes
charmes.
Leur trop fidelle penser,
Mais mon sçavoir qui me vange,
Couvre leurs corps d'une figure estrange.
Ils ne seront point aymez,
Et ceste seule vengeance,
A mon débit peut donner allegeance.
Ayant
achevé de chanter les vers susdits, elle s'en
retournoit avec ses Nimphes, tousiours dançant,
faisant de tres-belle & asseurée retraicte, tant
qu'elle parvenoit aupres de ladite forest, où toutes
s'arrestoient. Puis Alcine recommençoit à
chanter ce dernier couplet, comme les precedens.
Sortez
Chevaliers sortez,
Tesmoignez à ces beautez,
Que ma science profonde
Peut tout changer, & faire un autre
monde.
Lors
elle rentroit avec sadite suitte dans ladite forest,
d'où elle faisoit sortir les crotesques cy apres
descrites.
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Deux
grosses tours mouvantes, & marchant, suivies de deux
grandes Damoiselles seantes, estoient faites de clisse fort
legere, chacune des dix tours de sept à huit pieds de
haut, ronde & canelées par la cime, couvertes de
toillettes d'argent sur toile blanche, parsementées
d'or en long & en travers, selon la forme &
façon des tours basties de cartiers: ceinte par le
milieu d'une ceinture, où pendoit du costé
gauche un grand coutelats doré, la couverture
desquelles estoient d'estoffe bigarée de la Chine:
sur la cime se voyoit deux testes d'hommes contrefaites au
milieu de deux girouettes, avec de grandes fraizes de toque
d'argent: des coiffures faictes de carton couvert de toile
d'argent & incarnat, garnies de plusieurs rozettes
d'argent battu, en façon de rouleaux, garnis de
bouillons d'or & bouquets de toutes sorte,
eslevées d'arcade iusques au haut, où
quantité d'aigrettes se voyoient attachez, lesdites
tours entroient de front dans la salle, marchant d'un pas
gay, tournant & retournant la teste de tout costé
en dançant: en après les suyvoient les deux
grandes Damoiselles en crotesque faites d'ozier
delié, ayant de fort amples vertugaes. Les meins
assemblées par le devant, toutes deux vestuës de
robbes de toillette d'or & incarnat, enrichies de
bouillons d'argent, posez en chevrons pres à pres sur
le corps & sur les manches. Le devant, & le tour de
ladite robbe bordé de mesme: elles avoient les
cheveux blonds, le visage ieune & beau, sur lequel
tomboient negligemment leursdits cheveux, avec une grande
fraize de tocque d'argent, les manchettes plissées,
& des gans aux mains: bien coiffées d'une
coiffure fort relevée par demy arcade, & fort
enrichie de petits bouquets, le fond d'or & d'argent
bruny, garny de fleurons, rozettes, & roulleaux
entrelassez, faits de cartisane d'or & d'argent battu,
appliqué sur soye d'organçin, tant plain que
vuide: un grand voille double, de gaze d'argent &
incarnat, pendoit par le derriere, lesquelles crotesques
s'avançants ioyeusement, tournant les testes tantost
deça, tantost delà, s'en alloient ioindre les
deux tours, puis faisant quelques pas ensemble, puis
separément avec geste & mesure se retiroient
apres toutes quatre tousiours dançans, droit vers la
forest, au devant de laquelle s'estans arrestées,
elle s'ouvroient d'elles-mesmes, & envoyoit on sortir
quatre ieunes Nimphes Naiades, vestuës de petits
corcets de toille d'argent & incarnat, leurs cottes de
semblable estoffe, sur lesquelles pendoient de longues
fueilles fort estroittes, comme fueilles de rozeaux, faites
de cartisane platte, couverte de soye verte d'organcin, avec
de petites canetilles d'argent, le long desdictes feuilles,
& des iongs entredeux, faits de cartizane ronde,
couverte aussi de soye verte d'organcin, mais un peu plus
obscure, entremeslée d'argent battu: & sur
lesdictes cottes à l'endroit de la ceinture,
pendoient (au lieu de lamequins tout à l'entour) de
pareilles fueilles & iongs: leurs coiffures, dont les
cheveux dorez tomboient sur leurs visages & sur leurs
espaulles, estoient selon la forme de la teste simplement
couvertes, & garnies de satin vert de mer, bordez de
soye & d'argent, en façon de fueilles de cresson,
se tenant l'une à l'autre, rehaussées d'un
frizon d'or battu, & double canetille d'argent: chancune
tenoit en la main droitte un grand esvantail pour
contenance, faict de fort belles & riches plumes &
bien colorées, avec un miroir au milieu de cristal de
roche garny d'or, d'email & de pierreries. Lesquelles
faisoient leur entrée l'une pares l'autre, tournant
d'un pas prompt d'une tres-grande vistesse &
dispositions: puis ayany faict ensemble plusieurs iolies
figures, elles s'en retournoient toutes dançant dans
ladite forest, où deux magots avoient portez leurs
crotesques susdites auparavant.
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![]()
& Deux
Hiboux
en Crotesques
Deux
grands pots de fleurs de six ou sept pieds de haulteur de
clisse, dont les emboucheures, corps & pieds se
monstroient bien arrondis lesdicts corps, faits en ovalles,
avec deux ances chacun des deux costez, lesquels estoient
couvers de toillette d'argent sur boucassin blanc: les
emboucheures & les pieds, bordez de quatre clinquans
d'or l'un pres de l'autre: desdits pots sortoient plusieurs
bouquets grands & petits, de toute sorte de fleurs,
tirées paresle naturel, faictes de soye, d'or &
d'argent. Lesquels pots, marchans & mouvans,
commençoient leur entrée de front, d'un pas
grave & doux, faisant chacun un tour en entrant, &
le redefaisant ensemble à la cadance, deux grands
Hyboux de pareille haulteur, fort bien contrefaicts, &
imiter en toute chose, suivoient lesdits pots de fleurs,
ayans chacun la teste, la face, le corps & les iambes,
couvers de menuës plumes, grandes & petites,
cimantées dextrement & artistiquement sur gros
carton: la teste, les yeux, le bec, les oreilles, les pieds,
les iambes & les griffes, faits aussi de carton couvert
de satin, peint apres le naturel de la couleur des vrays
Hiboux: lesquels marchans à pas lent, faisant
semblant de sauter, se regardoient l'un l'autre à la
cadance. Lors s'estans ioincts aux deux pots de fleurs
susdits, bien que d'un pas differend soubs un mesme air, ils
ne laissoient pas de s'accorder à leurs figures,
qu'ils faisoient durer assez longtems, avec plusieurs gestes
& grimaces assez plaisantes à voir, puis se
retiroient tout doucement devant ladite forest, où
s'entr'ouvrans, comme les autres precedentes crotesques, en
sortoient quatre Nimphes richement vestuës d'estoffes
fort brillantes, fort legeres, & fort enrichies de
broderies, de fueilles, & de fleurs d'or & d'argent,
sur le corps, & sur les manches de leurs robbes. Les
Lamequins qui leur tomboient de la ceinture en bas, estoient
tous couvers de fleurons iusques au bout, & sur la
poincte de chacun d'iceux, pendoient trois clochettes,
semblables à celles qui croissent parmy les hayes
& buissons. Leurs coiffures fort relevées &
assemblées tout du long par demy globes, & demie
arcades d'or, d'argent & de soye, posez sur un fond de
toillette d'argent & vert, lequel fond estoit remply de
petits bouquets de fleurettes d'or & de soye, faits sur
du satin de plusieurs couleurs, s'estrecissant en amoint par
carreaux & bastons rompus, iusques au haut desdites
coiffures, couvertes de panaches d'aigrettes longs &
courts, repris sur tous les bouts des carreaux & bastons
rompus, leurs cheveux Chastain cler, leurs fraizes, &
leurs manchettes plissées à dantelles, les
brodequins de satin blanc, façonné de
flammettes, & fleurons vers, lesquels separément
commençoient à dancer d'un pas gay, prompt
& relevé: puis toutes ensemble, tenant chacune un
dard en la main droitte, dont le fer estoit doré,
& duquel elles faisoient semblant de vouloir frapper
à chacune cadance, & se retiroient apres avoir
fait quelques petites figures, toutes dispostement &
à capriolles dans la forest.
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& Deux
Moulins
à Vent
en Crotesque
Deux
grandes violles qui mouvoient & marchoient, faites de
cartuches doubles, couverte par dessus de satin iaulne
doré, ayant chacune leur Roze, chevallet, &
cillet, montez de cordes, le manche & la teste garnis de
touches & de chevilles, & sur la cime une teste
ressemblant à celle d'un petit homme, portant une
petite fraize de gaze d'argent, une petite barbe, & un
petit chapeau de brocatel gris passementé d'or, dont
le cordon estoit en broderie d'or, d'argent, & de
petites perles: aux deux costez desdites violles passoient
deux bras & deux mains, la droite tenoit un grand
archet, & la gaulche un morceau de Colafane: surle dos
desdites violles estoient deux fueilles d'argent,
reglées de lignes noires, sur lesquelles y avoit des
nottes d'or en musique, representant le chant qu'elles
faisoient semblant de sonner les unes apres les autres, en
se tournant le dos pour cet effect. Toutes entroient d'un
pas glissant, viste, & fort plaisant, suivies de deux
moulins à vent, lesquels faisoient virer leurs ailes
en entrant de front: ils estoient faits de menuë clisse
en forme carrée, couverte sur toille grise de
toilette d'argent & grix, enrichie sur ses iointures de
plusieurs petits clinquants, avec porte, fenestres &
lucarnes, tout entouré de plusieurs vents figurez,
des grandes aisles mouvoient & tournoient à
temps: la couverture de l'estoffe de la Chine,
bigarée à carreaux, sur la cime de laquelle il
y avoit une teste de meusnier enfariné, mouvante
aussi, ayant le bonnet rouge & dessus une plume de coq.
Lesdits moulins se venoient (dançant & virant des
aisles) entremesler avec lesdites violles d'un pas à
part soubs un mesme air, & soubs mesme cadance: &
ayant faict ensemble aucunes iolies figures s'en
retournoient vers ladite forest tousiours dançans,
frimaçans, & virans les aisles d'une fort bonne
grace: puis s'entr'ouvrans d'eux mesmes, en sortoient quatre
Nimphes driades, vestuës chacune d'une robbe de
brocatel à ramage d'argent & vert. Les manches
brodées de soye verte, or & argent de plusieurs
fueilles de divers arbres, tout le bas & devant de
leurdite robbe, brodé de mesme. Les lamequins pendant
au dessoubs des genoux, representoient chacun une brache, ou
de chesne, ou de peuplier, ou de faulne, ou de fourteau, ou
de charme, ou chatagnier, ou d'ormeau, ou de tramble, l'une
contre l'autre: & au bout de chacun lamequin, au lieu de
campagne, pendoit un petit bouquet du fruict de chaque
arbre, ou de la fleur. Leurs brodequins d'un satin vert
naissant, brodez de fueillages d'argent, repris de frizons
d'or. Leurs coiffures en demie arcades, chevrons entiers,
& roulleaux doubles, tous enrichis de plusieurs especes
de fruicts sauvages, pendans ausdites arcades, chevrons
& roulleaux, comme noizilles, meures, chataignes
herissées, merizes noires, guines vertes, cerises
rouges, prunes iaulnes, amandes, fraizes, cormes, prunelles,
petites poires & pômmes sauvages: au haut de
ladite coiffure, où les demie arcades, chevrons
entiers, & roulleaux doubles aboutissoient, il y avait
plusieurs panaches de diverses fleurs, & sur la crette
une grosse masse d'aigrettes: Chacune, faisant semblant de
decocher à la fin de chacune cadance de l'air qu'on
leur sonnoit. Ayant fait forces figures differentes,
tousiours dançant d'une bonne grace, elles se
retiroient toute quatre dans la forest, où s'estoient
retirées les huict Nimphes precedentes pour dancer
leur ballet, comme vous verrez ensuivant.
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Les
quatre premieres Naiades entroient en lozange, les Nimphes
Floreiennes entroient en carré, & les quatre
autres de front, faisant une tres-belle entrée, a se
venoient ioindre, puis s'entrelassoient en dançant,
tantost par haut, tantost pas terre, d'un pas ores leger,
ores grave, qui duroient assez longuement, portant chacune,
ou son esventail, ou son dard, ou son arc & sa flesche:
se trouvoient toutes en rond, d'où elles
commençoient leur ballet, changeant d'air, de pas,
& de cadance, & formoient ceste premiere figure, A:
puis la marquoient durant une cadance, moitié en
avant, moitié en arriere, & de ceste premiere ils
entroient en ceste seconde, L: La marquant comme la
precedente, puis venoient en ceste troisiesme, C: & de
ceste troisiesme tomboient en ceste quatriesme I: puis
formoient ceste cinquiesme N: & de ceste cinquiesme
venoient à ceste derniere E. Lesquelles six figures
faisoient le nom d'Alicine. Alors elles commençoient
une tres-belle chaine, d'un autre air, pas & mesure, qui
les reconduisoit toutes dans lasdite forest.
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![]()
Les
douze Nimphes susdites estant ainsi disparuës, l'on
voyoit sortir de la forest un petit Nain, portant sur son
costé une petite massuë, & un petit bouclier
attaché, vestu d'un pourpoinct, chausses, & bas
de soye incarnadin, & par le dessus une petite cazaque
sans manche, qui ne passoit par les genouils, faite de
satin, attaché par des bandes en montans, de la
largeur de quatre doigts chacune bande, l'une incarnate,
& l'autre bleuë, avec un clinquant d'argent sur les
coustures d'icelles: toutes lesdites bandes estoient
decoupées à piece emportée par
compartimens à iour, repris de petites cordonnets
d'or, & doublées de toilette d'argent fort
brillante. Le chapeau qu'il portoit faict de mesme estoffe,
couelur & enrichissement, pazr bandes aussi. Il avoit
les bords coupez & retroussez sur les deux costez,
enrichy tout à l'entour de plusieurs petites rozes,
de roulleaux & bouquets, plumes d'or, d'argent, & de
soye, remplis de papilottes. Sur le hault un long panache
d'aigrettes, ayant une grande fraize, & les manchettes
plissées, un masque ridicule. Ledit Nain entroit seul
dans la Salle, tout racourcy, & comme assis sur les
tallons, dançant les deux mains, tantost sur les
costez, tantost sur les genouils, marchant d'un pas large,
& s'arrestant à la cadance, avec un demy sault
rond, la teste vers la forest, & le redefaisant la teste
vers le theatre, continuant iusques environ le milieu de la
salle en ces mesmes pas, saults & gestes durant trois ou
quatre cadances. Et puis un sien compagnon vestu comme luy,
entroit de mesme, & le venoit ioindre à la
queuë, dançant comme avoit faict le premier:
puis deux autres Nains ensemble entroient semblablement,
& les autres deux à deux se trouvans à la
premiere figure bien placez au-devant du teatre, où
ils faisoient forces autres, tousiours pas bas & fort
racourcis, tant que les viollons changeoitn d'air, &
lors lesdits huict Nains se haulsans tous à la fois,
en faisant une capriolle, dançoient ceste seconde
partie du Ballet par hault d'une disposition merveilleuse.
Ils estoient tous petits & choisis pour les plus dispos
des hommes de la Cour, & faisoient (presque tousiours
à saults, capriolles & entrichats), les figures
bien marquées de ceste seconde partie du Ballet
susdit, tant qu'en changeant & d'air, & de pas,
& tous ensemble tirans de leurs costez, & la petite
masse, & le petit bouclier qui y pendoient, bien peint
& doré. Ils commençoient à se
chamailler tousiours dançans les luns les autres,
tantost un à un, deux à deux, trois à
trois, quatre à quatre, puis tous ensemble
alternativement, avec tant de grace & asseurance, que
c'estoit un estonnement que de les voir, ores
s'avançant, ores se recullans, puis se choquans des
boucliers, puis se frappant & refrappans des masses sur
la teste, sur les bras, & sur la corps, parans dudit
bouclier, & les coups des gerrets de ladite masse, sans
perdre iamais la cadance, ny faillir à faire une
capriolle el la marquand; & faisoient un ceste
façon plusieurs belles & diverses figures. Enfin
ils se retiroient deux à deux en chamaillant &
capriollant tousiours iusques à ce qu'ils fussent
tous rentrez dans la forest: ledit Ballet n'avoir oncques
esté mieux inventé qu'il fust lors
dancé.
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Alcine
& sa Suitte retournoient marchant d'un nouveau pas,
d'une autre façon, vestuës d'autres habits &
d'autres couleurs: aquelle tenoit une petite baguette d'or
en sa main, & ses Nimphes portoient des instrumens
differens aux premiers, ayant toutes eu le loisir de
rechanger, elles entroient dans la salle, regardant
deça & delà, avec gestes furieux &
menaçans d'une façon altiere, d'un regard
trenchant: & Alcine avec des gestes fort estranges
marchoit impatiente, ores devant, tantost au milieu, puis
derriere, sans ordre & sans mesure: toutesfois les
gestes & de la teste, & de la baguette s'accordoient
à la cadance desdits instrmens: Ainsi elles
arrivoient toutes devant le Theatre, où cessans de
sonner, Alcine recitoit (en chantant & sonnant d'une
Pandore, que luy presentoit l'une de sesdites Nimphes) les
vers qui s'ensuivent.
Noires
fureurs, ombres sans corps, Allez
Démons, foibles esprits, Allez
Démons, &c. La
presence de ce grand Roy, Allez
Démons, &c. I'auray
donc au fond de ces bois, Allez
Démons, &c. I'ayme
bien mieux dans les Enfers, Allez
Démons, &c.
L'effroy des vivans & des morts:
Trompeuse bande, que i'appelle
Impuissante, ou bien infidelle.
Ie vous quitte, & tiens à mespris.
Ainsi tous mes efforts derniers,
Pour arrester ces prisonniers,
Dont i'avois changé le visage,
En vain seront mis en usage ?
Et tant de beautez que ie voy
En charmes divins & fertilles,
Ont rendu les miens unutilles.
Si souvent au son de ma vois,
Rendu la nature esbaye,
Pour me voir à la fin trahye ?
Entre les flammes, & les fers,
Me voir sans mourir embrassée,
Que vivre, & me voir mesprisée.
Les
douze Nimphes sonnant & chantant toutes ensemble ce
refrain à la fin de chacun couplet, se retiroient en
apres vers ladite forest, comme tristes &
esperduës, où estant rentrées avec
Alcine, alors elles & ladite forest disparoissoient,
& se voyoit en mesme instant le Palais enchanté,
au devant duquel estoit la Piramide cy-devant dicte,
enrichie de plusieurs trophées d'armes &
d'amours, dorez & diaprez, dans le soubassement de
laquelle on pouvoit voir escrit en lettre d'or fort lisable
veste prophetie. Derriere
ladite Piramide, à la face dudit Theatre, se voyoient
arangez tout debout devant les niches & colomnes dudit
Palais sur un long siege, les douze Chevaliers immobiles,
comme statuës: lesquels retournoient en leur sens aussi
tost que le Roy ietoit la veuë sur eux, &
saultoient en place s'avançans. Lors disparoissoit la
Palais, & s'entendoient les voix des Nimphes d'Alcine,
qui s'accordans avec leurs instrumens chantoient en
s'esloignant ces derniers vers à deux choeurs, dont
le refrain se reprenoit toutes ensemble.
Defera cest enchantement.
Où
sont nos Palais dorez ? Beaux
lieux par nous habitez, Las
d'un eternel Printemps, Vous
qui des plaisirs d'amour
Sont-ils des flammes devorez ?
O bois, o lieux si doux,
Pourquoy vous perdons-nous ?
Et par nous maintenant quittez,
O
bois, &c.
Vous rendiez nos esprits contans.
O
bois, &c.
Estiez l'agreable seiour.
O
bois, &c.
Durant
ceste musique, les douze chevaliers marchoient tous d'un pas
grave droict vers sa Majesté, luy rendant grace de
leur totalle delivrance: puis au son des viollons qui lors
commençoient à sonner le grand Ballet, ils
s'assembloient pour en commencer l'entrée.
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dont les noms s'ensuivent
Monseigneur
le Duc de Vandosme, Chef Ils
estoient tous vestus d'une mesme façon, leurs
pourpoincts de lame d'argent, les manches estoittes, toutes
chamarrées de petits brasselets en broderie subtille
de petites perles & de plusieurs couleurs choisies de
soyes plattes, nuées avec or & argent, battu
& bruny, representant un amas de fueilles, fleurs &
fruicts. Les bandes de leurs chausses faictes de mesme,
enfermées de deux petits rangs de perles rondelettes,
doublées de drap d'argent frizé, & le
corps de dedans fait de drap d'or frizé à
bouquets de soye & d'argent façonnez sur
l'estoffe, le bas de soye incarnadin attaché: leurs
brodequins estoient de brocatel incarnat brodez à
moitié de soye, & d'or meslé, & le
haut remply de petits boutons d'or, & de pierreries.
Leurs casaques en broderie fort relevée d'or &
d'argent sur un fond de lamette incarnat & argent fort
brillante. Ladote broderie representoit toutes sortes de
fleurs, renfermez de frizons d'or & d'argent plat, les
unes grandes, les autres petites apres le naturel. Les
grandes estoient par tout estenduës avec leur tige,
& les petites fermées parmy, le tout comparty
fort mignonnement: & sur les pands de leursdites
cazaques de petits lamequins, faits en onde, pendoient tout
à l'entour, lesquels estoient d'un satin incarnadin
en broderie de perles: au bout de chacun estoit
attaché une estoille d'or au lieu de campane: leurs
riches coiffures faites à demy globes & demy
arcades, l'un d'or bruny, l'autre d'argent battu,
entremeslez de roulleaux & fleurons sur les bors: le
fond estoit de satin incarnadin, tout remply de fleurettes
en compartiment d'or & de soye: les demy globes, demie
arcades, roulleaux & fleurons parsemez de bouquets, de
plusieurs pierreries bien mises en oeuvre. Il y avoit trois
cercles l'un sur l'autre, sans le tour du fond & celuy
de la cime, où aboutissoient tous lesdits demy
globes, demy arcades, roulleaux & fleurons, faits de
iacintes acerties sur l'or: Le second cercle fait de
diverses pensées nuées de plusieurs couleurs,
tant de diamans, de rubis, saphirs, émeraudes,
opalles, & autres pierres fines, que de divers
émaux, selon le naturel desdites pensées; le
troisiesme cercle, remply de petites rozes de diamans
brillans, & de plusieurs perles rondes. Le fond couvert
de petites enseignes de pierreries & d'or, & la cime
de plumaches de toute façon, & de longues &
petites aigrettes, au haut desquels il y en avoit un
d'exscessive grosseur & haulteur. Les fraizes qu'ils
portoient faites de fine dentelle fort grande, & les
manches plissées semblablement: Ils tenoient chacun
un mouchoir de poind coupé d'or & d'argent dans
la main: les masques dorez & decouppez, à piece
emportée par compartiment, tous lesquels ainsi parez
faisoient une entrée superbe, avec plusieurs
entrelassemens, tant qu'ils se venoient ranger en haye, six
de costé & six de l'autre. Alors les viollons
sonnoient la premiere partie de leur Ballet: & lesdits
Chevalliers changeant de pas & de mesure, alloient
former leur premiere figure, laquelle suivant l'Alphabet des
anciens Druides (trouvé depuis quelques années
dans un vieil monument) representoit un caractere d'iceluy
Alphabet poincté du nom de douze,
signifiant:
Monsieur
le Duc de Rethz
Monsieur
le Conte de Cramail
Monsieur
le Baron de Termes
Monsieur
le General des Galleres
Monsieur
le Conte de la Roche-guyon
Monsieur
de la Chataigneraye
Monsieur
de Chezy
Monsieur
de Vinsy
Monsieur
de Ioüy
Monsieur
le Baron de saincte Suzanne
Monsieur
de la Ferté
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De ceste premiere figure ils en formoient une seconde, representant aussi un autre caractere dudit Alphabet, poincté de mesme nombre, lequel signifioit: |
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Et apres ceste seconde, ils en faisoient une troisiesme d'un autre caractere, signifiant: |
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Et puis ceste quatrïesme qui signifioit: |
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Les susdites figures se moquoient chacune d'une cadance entiere, tournant & retournant en leur mesme place: puis apres, ces quatre, les viollons sonnoient la seconde partie du Ballet, & les Chevalliers d'un autre pas plus gay & plus relevé presque du tout à capriolles, ils rentroient d'un bel ordre en la cinquiesme figure, representant aussi un caractere, pointé du nombre susdit, signifiant: |
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Et de la cinquiesme à ceste sixiesme, qui signifioit: |
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Puis la septiesme signifiant: |
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Et la huitiesme signifioit: |
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Apres ces huict figures bien formées & bien distinctement representées. Les susdits viollons sonnoient d'un nouvel air la troisiesme & derniere partie dusdit Ballet. Et les Douze Chevalliers changeans aussi d'un nouveau pas, venoient differemment à former la neufviesme figure, representant un caractere dudit Alphabet, lequel signifioit: |
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Puis tomboient tousiours dançans en ceste dixiesme, dont le caractere signifioit: |
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En apres, ils venoient marquer ceste unziesme, signifiant: |
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Et puis avec une gravité superbe, ils formoient ceste derniere figure, marque du plus parfaict caractere qui fust audit Alphabet, qui signifioient: |
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A la fin de laquelle ils se trouvoient au plus proche du Theatre, où ils se reposoient iusques à ce que le Roy commandoit qu'on dançast des branles: & les viollons commençans à en sonner, lesdits Chevaliers alloient chacun prendre pour dancer avec eux telle Dame de la Cour qui leur plaisoit: & ayant commencé la dance, plusieurs autres seigneurs & Gentil-hommes qualifiez des plus dispots, prenoient aussi d'autres Dames à leur fantaizie, & se melloient avec lesdits Chevaliers & seigneurs dusdits audit bal, où toute sorte de dance fust dancé en apres, tant en general qu'en particulier, iusques à tant qu'il pleust à sa Majesté de se retirer. |
