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par le Grand Alcandre Gaulois Ballet pour l'heureuse Naissance de Monseigneur le Dauphin |
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Faict par l'Illustrissime & Reverendissime FEDERIC SFORCE, Vicelegat, Gouverneur General & Sur -Intendant des Armes pour Nostre Sainct Pere ez Cité & Legation d'Avignon 1638 |
La Renommée prompte & diligente messagere en
porte la nouvelle au grand Alcandre Gaulois & l'asseure
que la fin de ceste glorieuse avanture n'est promise
qu'à la seulle valleur, cest invincible Conquerant
touché du d'esplaisir extreme de l'absence de ses
plus fidelles serviteurs, se dispose de voller à leur
secours, mande Opis & Driope (belles N'ayades de la
Seine) en embassade extraordinaire vers Thetis &
Glauque, avec commandement de preparer un équipage
fortable à sa grandeur pour fendre les ondes &
sans autre suite que des Genies de la Justice & de la
Clemence (qui ne l'abandonnent iamais) aborde cest Empire
écumeux, à la rive duquel la Deesse de la
Force sur un Char doré, tiré par deux Lyons,
s'offre à l'accopagner en ce perilleux voyage &
luy promettant la mesme puissance qu'il a eu autresfois sur
ce fier Element luy inspire ses plus secretes vertus. Cen
ieunes Tritons charmez de la Majesté de ce vainqueur
font escorte a un Daufin choisi par la main du grand Neptun,
le plus richement escaillé, le plus grand & le
plus parfait que la Mer aue iamais nourry. C'est par la
diligence de ce glorieux Daufin, ravy de l'honneur d'une si
pretieuse charge, que la grand Alcandre doit bien tost voir
cetse Isle infortunee 'il l'aborde) A la presence de cest
Astre nouveau les glaçons fondent, il combat les
monstres & les met en fuite, foüle aux pieds les
charmes, les enchantemens sont deffaits. La deplorable
Zirphee reduite à ses genoux implore ceste clemence
qui n'a iamais esté refusee à ceux qui l'ont
demandee & renonce au commerce des Demons & à
toute sorte de charmes pour iamais. L'Isle reprend sa
premiere verdeur, le Soleil redore la terre avec ses rayons
plus esclatans, les fleurs donnent des odeurs toutes
ravissantes, les fruicts ont des faveurs toutes
extraordinaires & les Paladins remis en leur plus belle
forme se font voir à leur Liberateur dans la mesme
forest qui les avoit auparavant receus. Zirphee convie le
grand Alcandre à prendre du repos dans un grotte
toute ionchee de Roses & de Lys & croyant de
l'arrester, luy donne tous les divertissemens qu'un grand
Prince peur desirer, mais son ardeur impatiente tousiours
ennemie de loisiveté dispose ces Heros au retour.
Dans les desplaisirs inconsolables de ce depart
Zirphée adore ce glorieux Vainqueur, honore ces
Paladins de riches presens, embellit la teste de ce Royal
Daufin (par qui elle a receu l'honneur de voir le plus grand
de tous les hommes) d'une pretieuse couronne, le crée
Roy de la Mer, entortille son col, sa queuë & ses
aislerons d'une forest de Lys & par une infaillible
prediction aßeure le grande Alcandre Gaulois, qu'avec
l'aßistance de ce genereux Daufin, la conqueste de
l'Afrique & de l'Asie, doit estre la moindre de ses
victoires.

Six Matelots armez de Ramez argentees, qui faisant la
premiere entree tesmoignoient par la gaillardise de leurs
pas autant d'agilité sur terre qu'ils avoient heu
d'adresse sur Mer pour conduire ces fameux Heros dans ceste
Isle, mais dans la plus ardente chaleur de leur dance, apres
une longue tempeste de tonnerres & d'esclairs, une
nuë parut au Ciel s'y espaisse que toute la Scene en
fust obscurcie & eux saisis d'effroy, constraints de
chercher leur asseurance dans le forest des Palmiers.
Ceste nuë descendant du Ciel & grocissant peu
à peu, couvrit tout les fonds du Theatre; comme elle
fut à une toise prez du parterre, elle s'ouvrit:
Zirphee parut assise au milieu, tenant un l'hut à la
main, environnee d'une infinité de lumieres qui la
faisoient briller toute en or. Les nuees roülloient
continuellement autour d'elle, & par la melodie de sa
voix ayant endormy les Heros, elle descendit à terre
portee sur une petitenüe qui se destacha del a grande.
Et dans la seconde entree fit voir ses pas aussi miraculeux
que ses actions, d'un coup de baguette & tous brisez par
une prompte tempeste qui s'esleva, on ne vit que montaignes
couvertes de glaçons & de neiges & ce ne fut
plus qu'un desert effroyable à la veuë.
Deux Demons descendus de l'air & deux sortans du centre
de la terre, donnans la troisiesme entree, par le
commandement de leur Maistresse firent paroistre au milieu
de la Scene le Dieu de l'Hyver sur un throsne de neiges, de
glaces & de frimats. Morphee Dieu du sommeil
couché à ses pieds ronflant sur des gerbes de
pavots, soubs lequel y avoit trois grottes, de l'une
desquelles sortit:
Aeole Roy des vents qui faisant la quatriseme entree avec
des agilitez merveilleuses excita des effroyables
tempestes.
Boree & Aquilon aussi animez que leur Roy, dans la
cinquiesme entree soufflerent avec tant de violence que les
Rochers en furent ébranlez.
Apollon descendant de la Montaigne de l'Hyver, vint donner
la sixiesme entree, enveloppé d'une nuë qui la
couvroit à demy & par ses rayons languissans
& la melancholie de ses pas tesmoigna le desplaisir
qu'il avoit de quitter par la force des enchantemens ce
delicieux sejour.
Morphee s'estant esveillé au son des violons, pour
faire la septiesme entree, le someil le pressant
continuellement, ne luy donna pas le moyen de la faire
longue, il le contraignit aussi-tost de s'aller mettre dans
son repos ordinaire.
Deux femmes couvertes depuis la teste iusques aux pieds
d'une crespe noir semé d'estoilles d'argent, qui
representoient les longues nuits, ayans fait la huictiesme
entree, s'allerent insensiblement coucher pres de Morphee,
leur ancien favory, aux pieds de l'Hyver.
Le Marquis de Fiestan Ambassadeur des Scites avec ses pas
aussi extravagants que ses habits, fit la neufiesme
entree.
Le Palatin de Surdermanie Admiral de la Mer glaciale, fit la
dixiesme entrée, les ravissemens des spectateurs
furent extraordianaires, voyans le capricieux assortiment du
personnage.
Le Duc de Kalembert extraordinairement deputé par les
Gellons ayant fait la unziesme entree, suivy de ses deux
Pages, aussi fantasquement habillez que luy, fut avec les
deux autres remercier la belle Zirphee de ce qu'elle avoit
retiré l'Hyver de leurs contrees pour en enrichir
ceste Isle.
Zirphee avec ses souplesses accoustumees dans un
contentement n'ompareil de voir ses volontez executees avec
tant de promptitude & si poinctuellement pour tirer plus
de satisfaction de son entreprinse, changea tous ces
Paladins en des monstres du tout espouventables, leur
assigna à chascun un lieu pour garder ceste Isle
infortunee & empescher par leurs effroyables rencontres
'abored à toute sorte de personnes.
Dans un instant la Scene s'estant changee, on ne vit plus
qu'une Mer entouree de Rochers, de Ports, de Phares, &
de montaignes inaccessibles, la Renommée descendant
de la plus eminente, portant deux trompettes, en bouche vint
annoncer au grand Alcandre Gaulois que le Ciel avoit
destiné la deslivrance de ces Heros à sa seule
valeur & ayant faict par son recit la treiziesme entree
l'asseura que toute sorte de bon-heur l'accompagneroit en
ceste entreprise.
Tandis que les spectateurs admiroient avec estonnement
l'atificiel adjancement de ceste Mer & qu'ils
s'entretenoient à voir quantité de vaisseaux,
qui dans l'esloignement paroissoient courir avec une vitesse
incomparable, Opis & Driope (Nayades de la Seine). Dans
la quatorziesme entree vindrent porter à Thetis
Deesse de la Mer, le commandant d'Alcandre qui estoit de luy
preparer un équipage digne de sa grandeur pour courir
sur les Ondes & voler au secours de ses fidelles
serviteurs.
Une voix melodieuse peu à peu s'approchant le long
des Costes de la Mer fit voir que c'estoit la Deesse de la
Force, qui preparoit la quinziesme entree. Elle estoit
montee sur un chariot tout d'or enrichy d'une
infinité de Coquilles d'Argent, de Corals & de
Bouqueterie, traisné par deux grands Lyons Marins
pour servir d'escorte en ce voyage au glorieux Alcandre,
deux Tritons la suivoient portans sur leur dos les Genies de
la Iustice & de la Clemence, charmans par la delicatesse
de leur voix cet invincible Conquerant, lequel parust
bien-tost apres monté sur un superbe Daufin, qui
portant cet aggreable fardeau avec une tranquilité
extraordinaire le rendit en peu de temps au port
desiré.
Au bruit d'un son confus de Trompetes, de Clairons, de
Hautbois & de Conques Marines, fait par un nombre infini
de Tritons & de Nereides, esclatant avec une
merveilleuse harmonie, la Mer disparut & la Scene fut
veuë dans sa premiere froideur.
Alcandre seul armé d'un bouclier & d'une espee
entra dans l'Isle. ce fut à ceste seiziesme entree
que les Monstres gardiens apres un opiniastre combat furent
défaits, mis en fuite & Zirphee aux genoux de ce
Triomphateur adorant sa valeur, fut veuë implorer sa
misericorde, renoncer à ses Demons & dans un
instant par la vertu de sa verge enchantee la Scene remise
dans sa premiere beauté. Les Paladins en la mesme
posture qu'ils avoient esté endormis dans la Forest
des Palmiers receurent au milieu d'eux leur Liberateur sur
un lict de Roses & de Lys & avec de nouvelles
admirations adorerent sa chere veuë.
Zirphee ravie en des contentements extresmes pour arrester
le grand Alcandre plus long temps dans ceste Isle &
iouyr de sa chere presence apres une musique de l'Hutsn de
Thyorbes & des voix parfaictement concertées luy
offrit tous les divertissemens possibles & fit
sortir,
Le Dieu de la Chasse & le Dieu de la Pesche qui
promirent à ce Prince toute sorte de plaisirs &
ayans fait la dixseptiesme entree.
Le Dieu du Ieu & de la Musique ne furent pas moins
empressez. Dans la dixhuictiesme entree à divertir ce
Heros qu'ils avoient de contentement à l'admirer.
La dixneufiesme entree se fit par une grande Guenuche
(ordinaire recreation du Palais de la belle Zirphee)
vestuë en Dame de Village, de laquelle quatre Nains
estoient amoureux, leurs pas bouffons, & leurs grimasses
reiterées, furent capables de resioüir la plus
noire melancholie.
Zirphee pour faire voir à ce Prince glorieux, que si
dans ce sejour il desiroit estre servi par des Dames, ou par
des Gentils-hommes, elle avoit dequoy le satisfaire. Fit
donner la vingtiesme entrée par des Hermafrodites,
à leur abord les sages de Grece eussent heu de la
peyne à contenir leurs ris.
Et pour luy donner des plus grandes preuves de sa puissance
merveilleuse, apres les entretiens qu'il receut en effet,
elle luy en voulut fournir une idee & par ses
enchantemens luy fit voir un des plus aggreables
divertissemens que l'imagination puisse concevoir, ce fust
la iouste qui se fait en Avignon sur la belle Riviere du
Rhosne, son Pont incomparable, ceste Roche escarpee qui luy
sert de deffense, la multitude des peuples, des Carosses,
& des Cavaliers, qui assiterent à ceste Feste, y
furent si heureusement representez, que la verité n'a
iamais eu des charmes si ravissans, que la figure en fust
esmerveillable.
Enfin apres mille autres divertissemens foit de la veuë
soit de l'ouye, Alcandre resolu à son despart suivi
de douze Paladins lassez de ceste oisiveté finirent
par un Grand Ballet dancé avec une merveilleuse
iustesse & quittans ceste Isle, s'en allerent jouyr du
repos qui leur avoit esté acquis par les
incomparables labeurs de cet invincible Monarque.

Victorieux
Nochers apres tant de tenpestes Que nos
fameux Heros, de victoire, en victoire, Et
tandis qu'eschauffez d'une guerriere audace
Goustons les fruicts charmans, & les douceurs
parfaites,
Du repos gratieux par les Astres donné,
Dans ce lieu fortuné.
Cherchent tant qu'ils voudront le chemin de la gloire,
Nous cherchons, animez, d'un souhait plus divin,
Le sejour du bon vin.
Ils vont offrir leurs bras au grand Dieu de la Thrace,
Nous allons plus humains, presenter nos escus
Aux autels de Bacchus.
O Dieux
que ce plaisir est doux ! Agreable
Dieu du sommeil, Courriers
aislez, prompts Messagers,
Invoquant les Demons
Les vainqueurs sont à nous,
Et pour animer leurs conquestes,
Ie leur prepare exprez,
Au lieu du verd Laurier qui couronne leurs testes,
Un funeste Ciprez;
Sus, sus Demons, venez troupe fidelle,
C'est moy qui vous appelle.
En douceurs nompareil,
Esveillez vous à mes prieres,
Semez mille pavots,
Et d'un somme oublieux accablez les paupieres,
De ces ieunes Heros;
Et vous, Demons, venez troupe fidelle,
C'est moy qui vous appelle.
Vous postillosn legers,
Du sec & froidureux Boree,
Animez vos poulmons,
Hyver, glace frimats, tempeste desiree,
Favorables Demons.
Sus, sus, venez, venez, troupe fidelle,
Zirphee vous appelle.
Desdaigneux
Soleils de la Cour,
Aux Dames
Qui fuyans nos mornes visages,
A l'aveugle Dieu de l'amour,
Offrez nuit & iour des hommages.
Apprenez qu'il vous faira voir,
(Par le deplorable sçavoir
D'une funeste experience)
Que sous une visage si doux,
Il est bien plus Dieu d'apparence,
Mais qu'il est en effect, bien plus Diable que
nous.
Voyans
nos pas si desreglez, Vous
nous fournißez des leçons,
Aux Dames
Vos yeux par l'amour aveuglez,
Nous condamneront sans deffence,
Mais toutes nos legeretez
Ne sont que des traicts empruntez,
De vostre ordinaire inconstance.
Tous les iours en tant de façons,
Pour bien devenir infidelles,
Que l'espoir nous seroit osté,
D'imiter vostre agilité,
Sans l'aßistance de nos aisles.
Dans un
nuage espais, dont le voile m'enserre, Mes
Chevaux endormis, ronflent dessous les ondes,
Aux Dames
Je ne sçaurois treuver le chemin de la terre,
Et ne puis plus treuver (sans l'esclat de vos yeux)
Celuy mesme des Cieux.
Et disent, aveuglez, dedans ces nuicts profondes,
Que pour luire sur terre & briller dans les Cieux,
Il ne faut que vos yeux.
Un
sommeil continu me sçait si bien ravir,
Que ie ne donne plus à mes yeux de relache,
Et ne m'esveille point, si ce n'est qu'on me fache,
Ou bien lors que Cloris m'oblige à la servir.
Ie suis Dieu pour cherir ceux qui me rendre hommage,
Qui ne n'ayme bien tost espreuve son dommage,
Et comme à mes amis ie verse une douceur,
(Que le Ciel ne sçauroit la donner plus entiere)
Je mets mon ennemy dans les bras de ma soeur,
Et d'un somme eternel ie ferme sa paupiere.
Avanturiers
bien-heureux,
De qui les fortunes calmes,
Font des Myrthes amoureux,
Leurs plus glorieuses palmes:
Venez, soldats de Cypris,
Amour vous donne le prix;
Venez, genereuses ames,
Franches de crainte & d'ennuis,
Pour sacrifier vos flammes
Aux douceurs des longues nuicts.
Des
plus gelez climats que l'Univers enserre, Nos
terres qui iadis servoient infortunees, Nos
ports sont desormais à l'abry de l'orage, Mais
las ! que ie prevoy ceste peine inutile,
de la Mer Glaciale
Où iamais le Soleil ne regarde la terre,
Qu'avec des esclats palissans;
Vous venons adorer les glorieuses armes,
D'une main, dont les charmes,
Sont außi redoutez, comme ils sont
ravissans.
De funestre ioüet, aux fureurs obstinees,
Des orages plus esclatans,
Regardent auiourd'huy (par l'effort de Zirphee)
L'arrogance estouffee,
De l'Hyver qui se change en eternel
Printemps.
La terre est sans glaçons & le Ciel sans
nuage,
Nous donne sa vive clarté
Eole a terminé sa rigueur infinie,
La tempeste est bannie.
Et le froid pour iamais s'est de nous
escarté.
De vouloir retenir les Heros en ceste Isle,
Dedans les glaces enfermez,
Car les charmans regards de tant de belles Dames,
Atiseront des flammes,
Que les mesmes glaçons en serton
allumez.
Merveilleux
objets que ie voy,
Aux Dames
Beautez, que l'Univers admire,
Ne tenons nous pas vous & moy
Tout le monde sous nostre empire ?
Rien n'eschape à nos belles mains,
Nous sçavons ravir les humains,
Mais avec ceste difference
Que ce que mon bras ravisseur,
Execute par violence,
Vos yeux le font par la douceur.
Heros
tous couverts de gloires
Qui desdaignant les dangers,
Allez chercher des victoires
En des pays estrangers.
Voyez qu'une main sorciere,
Arrestant nostre acrriere,
Fait de nous ce qu'elle veut,
Nous ne sommes plus des hommes,
Evitez ce qu'elle peut,
Et plaignez ce que nous sommes.
De tant
de massages divers,
Dont ma trompete vagabonde,
Courant sur la terre & sur l'onde,
A rempli tout cet Univers;
Iamais des plus rares merveilles
N'ont si bien charmé les oreilles,
Et dedans les ravißemens
D'une nouvelle si certaine,
Je ne puis tesmoigner qu'à peine
L'excez de mes contentemens.
Nostre Grand Alcandre Gaulois,
Ce Mars dont les lauriers sans nombre
Tiennent tant d'Heros sous leur ombre,
Et tant de peuples sous leurs Lois,
En des estrangeres contrees,
Va cueillir des palmes dorees,
Et d'un ordinaire bon-heur,
Bastir un monde de trophees
Sur les puißances estoufees,
Des ennemis de son honneur.
Le voicy ce grand Conquerant,
La tempeste est ensevelie,
Neptun devant luy s'humilie,
Les Tritons le vont adorant,
Et dedans la reconnoissance
De sa merveilleuse puißance,
(Par la conduite d'un Daufin)
Mettent ce Heros au rivage,
Et font gloire de rendre hommage,
Aux miracles de son destin.
Roy de ces peuples argentez,
Presage de bonne fortune,
Que ton aßistance oportune,
Nous promet de felicitez;
Que tes soings nous sont necessaires,
Et que ces monstres adversaires,
(Deffaillis d'adresse & de coeur
En ta glorieuse presence)
Vont peu faire de resistance,
A l'effort de nostre Vainqueur.
Il est vray, ie le vous predis,
C'est Apollon qui me l'inspire,
Et desia les chesnes d'Epire,
Ont publié ce que ie dis.
Alcandre le Dieu de la guerre,
Ayant dompté toute la terre,
Pour assoüvir ses apetis,
Il faut qu'un Daufin luy façonne
Une precieuse Couronne
Dessus l'empire de Thetis.
Pompeuses
filles de la Seine, Flots
dormans, ondes paresseuses, Guidez
nous, belles fugitives, Pour
dire à la troupe importune, Mais
quoy ? desia sa renommee, Dans un
respectueux silence, Allons
donc, genereuse bande,
Q'un doux sommeil ensevelit
Dans les molesses d'une areine,
Qui sert de plume à vostre lit;
Parez vous de graces nouvelles,
Et par des mouvemens dispos,
Portez les messages fidelles
De l'Autheur de vostre repos.
Sablons en argent convertis,
Poußez vos route glorieuses
Vers les campagnes de Thetis.
Par un effort precipité,
Le long des orgueilleuses rives
De cet Element indompté.
Des vents, qui grondent sur la Mer,
Qu'un Dieu plus puissant que Neptune,
Leur ordonne de se calmer.
Appaisant leurs desitions,
Fait voir que ceste onde calmee,
Reçoit le nid des Alcions.
Les flots demeurent arrestez,
Et n'osent faire resistance
A qui les a desia domptez.
Voir ce bien qui nous va ravir,
C'est Alexandre qui les commande,
Fasons gloire de le servir.
Cieux
retenez vos tempestes,
Vents tenez vous enfermez,
Flots orgueilleux reprimez
L'insolence de vos testes,
Orages appaisez vous,
Un Dieu plus puissant que nous;
Vous oblige de vous taire,
Son bras vous dompta iadis,
Redoutez ce qu'il peut faire,
Et faites ce que ie dis.
Que te
puis-ie inspirer, merveille de nostre âge,
accompagnant le Grand Alcandre
Les Dieux vont preferant ta puissance à la leur,
Je ne suis pres de toy que pour te rendre hommage,
Et pour adorer ta valeur.
Souffre que ie te suive, incomparable Alcandre,
Pour voir tout l'Univers à ta force soumis,
Pour te voir triompher, & t'imitant apprendre,
de foudroyer mes ennemis.
Permets, rare Vainqueur, que te faisant escorte,
Ie gouste desormais la douceur de tes Lois,
Et que ie puisse offrir au Daufin qui te porte
Les services que ie luy dois.
Allez
mes bras victorieux,
porté par un Daufin
Où ma fortune vous appelle,
Avec des efforts glorieux,
Cueillir une palme nouvelle:
Allez mes exploicts ravissans,
Malgré tant de charmes puißans,
Mettre nos ennemis en poudre.
Objet des plus braves guerriers ?
Sçauriez-vous redouter la foudre,
Me voyant si plein de lauriers ?
Il semble aux genereux explois
Qui tiennent ma dextre occupee,
Que l'on ne doit prendre des Lois,
Que du trenchant de mon espee;
Et que touché du mesme amour,
Qui fait, que pour nous l'oeil du iour
Estale ses rais adorables,
Je dois les miracles divers
De mes labeurs incomparables,
Au repos de tout l'Univers.
Les Dieux offrans à ma valeur
Les plus difficiles conquestes,
M'ont veu jetter de la paleur
Sur les plus orgueilleuses testes;
Encor veulent ils que ce fer,
Aille de nouveau triompher,
Ou pour cueillir les sacrifices
De mes ennemis abbatus,
Ou pour donner des exercices
Aux outrages de mes vertus.
L'Occean, effroy des mortels,
A tous, fors qu'à moy redoutable,
Autresfois dreßa des Autels
A ma puißance esmerveillable.
Auiourd'huy ce souple Element
Me destine un autre ornement,
Sous moy les Tulipes escloses,
Vont naistre du fonds de ses eaux,
Et les Zephirs souffler des roses
Sur la poupe de mes vaißeaux.
Comme dans un miroir flottant,
Ie vais voir mille Nereides,
Qui sur le cristal inconstant
De leurs promenades liquides,
Avec leurs brillans aislerons,
Soulagerons les avirons
De ces belles Nefs preparees,
Que Thetis m'a desia promis,
Pour les conquestes asseurees,
Du reste de mes ennemis.
Mais quoy ? sçauroit elle choisir
Une Nef assez diligente,
Et qui ne fust à mon desir,
Et trop paresseuse & trop lente ?
Il faut à l'ayde d'un Daufin
Aller mettre une honteuse fin,
A la licence trop extreme
De tout ce Magique apareil,
Et faire dire que Mars mesme,
N'entreprendroit rien de pareil.
Loing
de vous, grand Heros, Conquerant indompté,
au Grand Alcandre
Voyant ma puissance destruite,
Tout Dieu, comme ie suis, ie tire vanité,
De me mettre de vostre suite,
Et dans la preße des mortels,
Vous dreßer, comme ils font, chasque iour des
Autels.
Vous sçachant
icy couronné
Des rais d'une nouvelle gloire,
I'ay le sejour abandonné,
Des bords de la Seine & de Loire,
Pour vous offrir avecque des encens
Mes plaisirs außi doux, comme ils sont
innocens.
Apres
le jeu que Mars à ta valeur inspire,
Où tu restes tousiours le glorieux Vainqueur,
Il est temps, qu'arrestant les boüillons de ton
coeur,
Ie t'offre les douceurs qui sont dans mon Empire:
Mais que sçaurois ie offrir, digne de ta
Grandeur,
La terre en sa vaste rondeur,
Paroist à mon gré trop petite,
Pour satisfaire à ton merite.
En vain
par des sons divers
J'ay voulu ravir Alcandre,
Au plus fort de mes concers,
Sa valeur m'a fait entendre,
Que tant que Mars en courroux,
Excitera dessus nous
Ceste tempeste publique,
Il ne se plairra sinon,
Qu'à la tonante musique,
Des mousquets & du canon.
Il
n'est que trop vray, ie suis laide,
aux Dames
Mais parmy ces difformitez,
tant de graces que ie poßede,
Prevalent dessus vos beautez;
Vos humeurs tousiours inesgales,
(Par des neceßitez fatales)
Tiennent vos Amans plus cheris,
En des eternelles allarmes;
Mais laideurs n'excitent que ris,
Et iamais vos beautez n'excitent que des
larmes.
Dans
nos corps petits & laids,
Un grand courage s'enserre,
Nous sommes Nains aux Ballets,
Et des Geans à la guerre.
Taisez
vous, rieurs Democrites,
Lucine en nous donnant la iour,
Nous a fait naistre Hermaphrodites
Sous l'Astre de Mars & d'Amour,
L'un fait nos regards adorables,
L'autre nos dextres redoutables,
Si que desormais les humains,
Ne sçauroient faire resistance,
A la Divine violance,
Et des traits de nos yeux & des coups de nos
mains.
Que
nostre mal fust heureux, C'est
un Alcide vainqueur, Alcandre
honneur immortel Des que
son Royal Daufin Qui n'a
veu le bras fatal Asseuré
de son pouvoir, Cent
petits Amours doüillets, Triomphateur
reveré, Mais
d'où vient que nos explois, Puißiez
vous, grand Conquerant,
delivrez par le Grand Alcandre
Et que le sort de nos armes,
Qui pareust si rigoureux,
Treuve d'agreables charmes.
Que nostre captivité
Nous rend de felicité:
Dressez, peuples de la terre,
Les Autels que vous devez
A ce Demon de la guerre,
Par qui nous sommes sauvez.
Dont la genereuse audace,
A souvent glacé le coeur,
Du Dieu mesme de la Thrace.
Ce bras qui sçait tout dompter;
Et qui peut executer
Tout ce qu'il daigne entreprendre:
C'est la terreur des pervers,
Pour tout dire c'est Alcandre,
L'Arbitre de l'Univers.
Des Nayades de la Seine,
Dans le genereux martel,
De cet amour qui l'entraine,
Destruisant nostre prison,
Vient de mettre à la raison
Ceste impudique Sorciere,
Qui de ses charmes cruels
Croyoit faire la matiere,
De nos maux perpetuels.
A paru deßus nos rives,
Nos desplaisirs ont prix fin,
Et nos libertez captives
Ont außi-tost espreuvé,
Qu'il nous estoit reservé,
Par la main des destinees,
Pour venir riche d'honneur,
Sur nos craintes terminees,
Eslever nostre bon-heur.
Du demy Dieu qui le guide,
Parmy l'empierré crystal,
De ces Element humide;
Sur ce Duafin glorieux,
Escarter victorieux
Les plus horribles tempestes,
Et favory des destins,
Faire esclater ses conquestes
Dans l'Empire des Lutins.
Seul il aborde ceste Isle,
Et sa valeur nous fait voir,
Qu'il vaut autant que dix mille,
Sous les bruits de ses effors,
Flore revient en ces bors,
Tout les arbres refleurissent,
Les Cieux paroissent ouvers,
Et les Astres adoucissent
L'insolence des Hyvers.
Suiven à l'envy ses traces,
Et font naistre des oeillets,
Où furent iadis des glaces;
Les vents comment enfermez,
Mille chantres emplumez,
Font des musiques de ioye,
Voyant nos charmes deffaits,
Et qu'ils ne sont plus la proye
De leurs Magiques effaits.
Vostre gloire sans seconde,
Va sous son throsne adoré
Aßujetir tout le monde.
Le Ciel couvert de paleur,
Redoutant vostre valeur,
Vous consigne son tonerre,
Pour vous l'air se va calmer,
Vous allez vaincre sur la terre,
Vostre Daufin sur la Mer.
Avec si peu de deffence,
S'assujetirent aux Lois
D'une si lasche puissance,
Que si tost nostre vertu,
Sous un courage abatu,
Vit la force dißipee !
(Heros) le Ciel le voulut,
Pour tirer de vostre espee,
L'effet de nostre salut.
Voir sous un Astre prospere
Vostre gloire aller courant
De l'un à l'autre Hemisphere.
Puißiez vous (ayant soumis
L'orgueil de vos ennemis)
Voir dißiper en fumee
Tous leurs factieux complos,
Et lasser la Renommee
Du recit de vostre los.
De
Nouguier