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La Delivrance des Chevaliers de la gloire
par le
Grand Alcandre Gaulois
Ballet
pour l'heureuse Naissance de Monseigneur le Dauphin

Faict par l'Illustrissime & Reverendissime FEDERIC SFORCE, Vicelegat, Gouverneur General & Sur -Intendant des Armes pour Nostre Sainct Pere ez Cité & Legation d'Avignon

Dancé dans la grande Salle du Palais, par des principaux Gentils-hommes de ladite Ville

1638

 

 

Suiet du Ballet

Zirphée ieune Magiciene, celebre sur toutes les rives del'Ocean pour les extraordinaires effets de ses prodigieux enchantemens, ayant appris à ses fidelles Desmon qu'Agesilam Paladin François suivi des Chevaliers de la gloire, lassez de cueillir des Palmes & des Lauriers dans leurs terres, estoient resolus d'en depeupler le reste du monde pour y semer des Lys & bastir des nouveaux trophées à leur incomparable valleur, prevoyant que l'Isle frotunee des Palmiers, pour les perfections dont Nature l'a embellie & pour sa situation miraculeuse, pourroit estre le premier objet qui dourroit de l'employ à leur courage & faciliteroit l'execution de leur genereux deßein, bien-tost esclaircie de sa doute par la prompte descente qu'ils font en ceste Isle, avec une diligence incroyable, s'y faict porter dans une nuë & treuvant ces glorieux Heros, qui se delassoient du travail de la Mer dans une forest de Palmiers, les endort par l'artifice de sa voix miraculeuse. Endormis, avec l'effort de sa baguette elle despoüille dans un instant les arbres plus verdoyans de leurs fuëilles & les sieche iusqu'à la racine, bannit la Soleil, change les iours continuellement serains en des nuicts eternelles, convoque les Demons de l'air & de la terre, pour dreßer un throsne à l'Hyver tout couvert de neiges & de glaçons sur le lieu où le plus agreable printemps faisoit son plus ordinaire sejour, ouvre les grottes d'Eole, de Boree & d'Aquilon dans la plus douce temperateure de l'annee, faict naistre le plus piquant & rigoureux Hyver que la nature aye iamais produict, change la Mer voisine en des glaçons empierrés pour interdire l'abord à toute sorte de secours & soit par l'envie qu'elle porte aux prosperitez de ces Heros infortunez, ou piquée de leurs beautez pour les poßeder plus longuement, les transforme en des plus monstrueux animaux que la Libie aye iamais formé, leur commet la garde de ceste Isle desolée & les rend complices de leur mal-heur & deplorables instrumens de leur captivité.
La Renommée prompte & diligente messagere en porte la nouvelle au grand Alcandre Gaulois & l'asseure que la fin de ceste glorieuse avanture n'est promise qu'à la seulle valleur, cest invincible Conquerant touché du d'esplaisir extreme de l'absence de ses plus fidelles serviteurs, se dispose de voller à leur secours, mande Opis & Driope (belles N'ayades de la Seine) en embassade extraordinaire vers Thetis & Glauque, avec commandement de preparer un équipage fortable à sa grandeur pour fendre les ondes & sans autre suite que des Genies de la Justice & de la Clemence (qui ne l'abandonnent iamais) aborde cest Empire écumeux, à la rive duquel la Deesse de la Force sur un Char doré, tiré par deux Lyons, s'offre à l'accopagner en ce perilleux voyage & luy promettant la mesme puissance qu'il a eu autresfois sur ce fier Element luy inspire ses plus secretes vertus. Cen ieunes Tritons charmez de la Majesté de ce vainqueur font escorte a un Daufin choisi par la main du grand Neptun, le plus richement escaillé, le plus grand & le plus parfait que la Mer aue iamais nourry. C'est par la diligence de ce glorieux Daufin, ravy de l'honneur d'une si pretieuse charge, que la grand Alcandre doit bien tost voir cetse Isle infortunee 'il l'aborde) A la presence de cest Astre nouveau les glaçons fondent, il combat les monstres & les met en fuite, foüle aux pieds les charmes, les enchantemens sont deffaits. La deplorable Zirphee reduite à ses genoux implore ceste clemence qui n'a iamais esté refusee à ceux qui l'ont demandee & renonce au commerce des Demons & à toute sorte de charmes pour iamais. L'Isle reprend sa premiere verdeur, le Soleil redore la terre avec ses rayons plus esclatans, les fleurs donnent des odeurs toutes ravissantes, les fruicts ont des faveurs toutes extraordinaires & les Paladins remis en leur plus belle forme se font voir à leur Liberateur dans la mesme forest qui les avoit auparavant receus. Zirphee convie le grand Alcandre à prendre du repos dans un grotte toute ionchee de Roses & de Lys & croyant de l'arrester, luy donne tous les divertissemens qu'un grand Prince peur desirer, mais son ardeur impatiente tousiours ennemie de loisiveté dispose ces Heros au retour. Dans les desplaisirs inconsolables de ce depart Zirphée adore ce glorieux Vainqueur, honore ces Paladins de riches presens, embellit la teste de ce Royal Daufin (par qui elle a receu l'honneur de voir le plus grand de tous les hommes) d'une pretieuse couronne, le crée Roy de la Mer, entortille son col, sa queuë & ses aislerons d'une forest de Lys & par une infaillible prediction aßeure le grande Alcandre Gaulois, qu'avec l'aßistance de ce genereux Daufin, la conqueste de l'Afrique & de l'Asie, doit estre la moindre de ses victoires.

 

Ordre du Ballet

Si tost que la grande toile qui couvroit le frontispice du Theatre fut abbatuë ont vit aux deux costez d'iceluy une forest de Palmiers si artistement representée que les yeux des spectateurs en furent surpris & douterent long temps si elle estoit effective, la Palestine n'en vit iamais une si verdoyante & bien qu'elle n'eust que trois toises de longueur, elle paroissoit toutesfois en avoir plus de mille, tant la perspective y estoit poinctuellement observee. Au fonds dudit Theatre parut une maison de plaisance assortie de toutes les beautez qui peuvent faire admirer un grand ouvrage, les tours qui l'embellissoient, les fontaines qui l'environnoient & les allees de Iasmin qui paroissoient à ses costez, donnoient des ravissemens extraordinaires, le tout esclairé avec une grande quantité de lumieres, desquelles on ne voyoit neantmoins que l'effect, qu'il sembloit que ce fust le propre sejour du Soleil: Dans ceste forest parurent douze Paladins François, qui lassez du travail de la Mer prenoient leurs divertissemens à voir dancer.
Six Matelots armez de Ramez argentees, qui faisant la premiere entree tesmoignoient par la gaillardise de leurs pas autant d'agilité sur terre qu'ils avoient heu d'adresse sur Mer pour conduire ces fameux Heros dans ceste Isle, mais dans la plus ardente chaleur de leur dance, apres une longue tempeste de tonnerres & d'esclairs, une nuë parut au Ciel s'y espaisse que toute la Scene en fust obscurcie & eux saisis d'effroy, constraints de chercher leur asseurance dans le forest des Palmiers.
Ceste nuë descendant du Ciel & grocissant peu à peu, couvrit tout les fonds du Theatre; comme elle fut à une toise prez du parterre, elle s'ouvrit: Zirphee parut assise au milieu, tenant un l'hut à la main, environnee d'une infinité de lumieres qui la faisoient briller toute en or. Les nuees roülloient continuellement autour d'elle, & par la melodie de sa voix ayant endormy les Heros, elle descendit à terre portee sur une petitenüe qui se destacha del a grande. Et dans la seconde entree fit voir ses pas aussi miraculeux que ses actions, d'un coup de baguette & tous brisez par une prompte tempeste qui s'esleva, on ne vit que montaignes couvertes de glaçons & de neiges & ce ne fut plus qu'un desert effroyable à la veuë.
Deux Demons descendus de l'air & deux sortans du centre de la terre, donnans la troisiesme entree, par le commandement de leur Maistresse firent paroistre au milieu de la Scene le Dieu de l'Hyver sur un throsne de neiges, de glaces & de frimats. Morphee Dieu du sommeil couché à ses pieds ronflant sur des gerbes de pavots, soubs lequel y avoit trois grottes, de l'une desquelles sortit:
Aeole Roy des vents qui faisant la quatriseme entree avec des agilitez merveilleuses excita des effroyables tempestes.
Boree & Aquilon aussi animez que leur Roy, dans la cinquiesme entree soufflerent avec tant de violence que les Rochers en furent ébranlez.
Apollon descendant de la Montaigne de l'Hyver, vint donner la sixiesme entree, enveloppé d'une nuë qui la couvroit à demy & par ses rayons languissans & la melancholie de ses pas tesmoigna le desplaisir qu'il avoit de quitter par la force des enchantemens ce delicieux sejour.
Morphee s'estant esveillé au son des violons, pour faire la septiesme entree, le someil le pressant continuellement, ne luy donna pas le moyen de la faire longue, il le contraignit aussi-tost de s'aller mettre dans son repos ordinaire.
Deux femmes couvertes depuis la teste iusques aux pieds d'une crespe noir semé d'estoilles d'argent, qui representoient les longues nuits, ayans fait la huictiesme entree, s'allerent insensiblement coucher pres de Morphee, leur ancien favory, aux pieds de l'Hyver.
Le Marquis de Fiestan Ambassadeur des Scites avec ses pas aussi extravagants que ses habits, fit la neufiesme entree.
Le Palatin de Surdermanie Admiral de la Mer glaciale, fit la dixiesme entrée, les ravissemens des spectateurs furent extraordianaires, voyans le capricieux assortiment du personnage.
Le Duc de Kalembert extraordinairement deputé par les Gellons ayant fait la unziesme entree, suivy de ses deux Pages, aussi fantasquement habillez que luy, fut avec les deux autres remercier la belle Zirphee de ce qu'elle avoit retiré l'Hyver de leurs contrees pour en enrichir ceste Isle.
Zirphee avec ses souplesses accoustumees dans un contentement n'ompareil de voir ses volontez executees avec tant de promptitude & si poinctuellement pour tirer plus de satisfaction de son entreprinse, changea tous ces Paladins en des monstres du tout espouventables, leur assigna à chascun un lieu pour garder ceste Isle infortunee & empescher par leurs effroyables rencontres 'abored à toute sorte de personnes.
Dans un instant la Scene s'estant changee, on ne vit plus qu'une Mer entouree de Rochers, de Ports, de Phares, & de montaignes inaccessibles, la Renommée descendant de la plus eminente, portant deux trompettes, en bouche vint annoncer au grand Alcandre Gaulois que le Ciel avoit destiné la deslivrance de ces Heros à sa seule valeur & ayant faict par son recit la treiziesme entree l'asseura que toute sorte de bon-heur l'accompagneroit en ceste entreprise.
Tandis que les spectateurs admiroient avec estonnement l'atificiel adjancement de ceste Mer & qu'ils s'entretenoient à voir quantité de vaisseaux, qui dans l'esloignement paroissoient courir avec une vitesse incomparable, Opis & Driope (Nayades de la Seine). Dans la quatorziesme entree vindrent porter à Thetis Deesse de la Mer, le commandant d'Alcandre qui estoit de luy preparer un équipage digne de sa grandeur pour courir sur les Ondes & voler au secours de ses fidelles serviteurs.
Une voix melodieuse peu à peu s'approchant le long des Costes de la Mer fit voir que c'estoit la Deesse de la Force, qui preparoit la quinziesme entree. Elle estoit montee sur un chariot tout d'or enrichy d'une infinité de Coquilles d'Argent, de Corals & de Bouqueterie, traisné par deux grands Lyons Marins pour servir d'escorte en ce voyage au glorieux Alcandre, deux Tritons la suivoient portans sur leur dos les Genies de la Iustice & de la Clemence, charmans par la delicatesse de leur voix cet invincible Conquerant, lequel parust bien-tost apres monté sur un superbe Daufin, qui portant cet aggreable fardeau avec une tranquilité extraordinaire le rendit en peu de temps au port desiré.
Au bruit d'un son confus de Trompetes, de Clairons, de Hautbois & de Conques Marines, fait par un nombre infini de Tritons & de Nereides, esclatant avec une merveilleuse harmonie, la Mer disparut & la Scene fut veuë dans sa premiere froideur.
Alcandre seul armé d'un bouclier & d'une espee entra dans l'Isle. ce fut à ceste seiziesme entree que les Monstres gardiens apres un opiniastre combat furent défaits, mis en fuite & Zirphee aux genoux de ce Triomphateur adorant sa valeur, fut veuë implorer sa misericorde, renoncer à ses Demons & dans un instant par la vertu de sa verge enchantee la Scene remise dans sa premiere beauté. Les Paladins en la mesme posture qu'ils avoient esté endormis dans la Forest des Palmiers receurent au milieu d'eux leur Liberateur sur un lict de Roses & de Lys & avec de nouvelles admirations adorerent sa chere veuë.
Zirphee ravie en des contentements extresmes pour arrester le grand Alcandre plus long temps dans ceste Isle & iouyr de sa chere presence apres une musique de l'Hutsn de Thyorbes & des voix parfaictement concertées luy offrit tous les divertissemens possibles & fit sortir,
Le Dieu de la Chasse & le Dieu de la Pesche qui promirent à ce Prince toute sorte de plaisirs & ayans fait la dixseptiesme entree.
Le Dieu du Ieu & de la Musique ne furent pas moins empressez. Dans la dixhuictiesme entree à divertir ce Heros qu'ils avoient de contentement à l'admirer.
La dixneufiesme entree se fit par une grande Guenuche (ordinaire recreation du Palais de la belle Zirphee) vestuë en Dame de Village, de laquelle quatre Nains estoient amoureux, leurs pas bouffons, & leurs grimasses reiterées, furent capables de resioüir la plus noire melancholie.
Zirphee pour faire voir à ce Prince glorieux, que si dans ce sejour il desiroit estre servi par des Dames, ou par des Gentils-hommes, elle avoit dequoy le satisfaire. Fit donner la vingtiesme entrée par des Hermafrodites, à leur abord les sages de Grece eussent heu de la peyne à contenir leurs ris.
Et pour luy donner des plus grandes preuves de sa puissance merveilleuse, apres les entretiens qu'il receut en effet, elle luy en voulut fournir une idee & par ses enchantemens luy fit voir un des plus aggreables divertissemens que l'imagination puisse concevoir, ce fust la iouste qui se fait en Avignon sur la belle Riviere du Rhosne, son Pont incomparable, ceste Roche escarpee qui luy sert de deffense, la multitude des peuples, des Carosses, & des Cavaliers, qui assiterent à ceste Feste, y furent si heureusement representez, que la verité n'a iamais eu des charmes si ravissans, que la figure en fust esmerveillable.
Enfin apres mille autres divertissemens foit de la veuë soit de l'ouye, Alcandre resolu à son despart suivi de douze Paladins lassez de ceste oisiveté finirent par un Grand Ballet dancé avec une merveilleuse iustesse & quittans ceste Isle, s'en allerent jouyr du repos qui leur avoit esté acquis par les incomparables labeurs de cet invincible Monarque.

RECIT DES MATELOTS

Victorieux Nochers apres tant de tenpestes
Goustons les fruicts charmans, & les douceurs parfaites,
Du repos gratieux par les Astres donné,
Dans ce lieu fortuné.

Que nos fameux Heros, de victoire, en victoire,
Cherchent tant qu'ils voudront le chemin de la gloire,
Nous cherchons, animez, d'un souhait plus divin,
Le sejour du bon vin.

Et tandis qu'eschauffez d'une guerriere audace
Ils vont offrir leurs bras au grand Dieu de la Thrace,
Nous allons plus humains, presenter nos escus
Aux autels de Bacchus.

RECIT DE ZIRPHEE
Invoquant les Demons

O Dieux que ce plaisir est doux !
Les vainqueurs sont à nous,
Et pour animer leurs conquestes,
Ie leur prepare exprez,
Au lieu du verd Laurier qui couronne leurs testes,
Un funeste Ciprez;
Sus, sus Demons, venez troupe fidelle,
C'est moy qui vous appelle.

Agreable Dieu du sommeil,
En douceurs nompareil,
Esveillez vous à mes prieres,
Semez mille pavots,
Et d'un somme oublieux accablez les paupieres,
De ces ieunes Heros;
Et vous, Demons, venez troupe fidelle,
C'est moy qui vous appelle.

Courriers aislez, prompts Messagers,
Vous postillosn legers,
Du sec & froidureux Boree,
Animez vos poulmons,
Hyver, glace frimats, tempeste desiree,
Favorables Demons.
Sus, sus, venez, venez, troupe fidelle,
Zirphee vous appelle.

LES DEMONS
Aux Dames

Desdaigneux Soleils de la Cour,
Qui fuyans nos mornes visages,
A l'aveugle Dieu de l'amour,
Offrez nuit & iour des hommages.
Apprenez qu'il vous faira voir,
(Par le deplorable sçavoir
D'une funeste experience)
Que sous une visage si doux,
Il est bien plus Dieu d'apparence,
Mais qu'il est en effect, bien plus Diable que nous.

LES VENTS
Aux Dames

Voyans nos pas si desreglez,
Vos yeux par l'amour aveuglez,
Nous condamneront sans deffence,
Mais toutes nos legeretez
Ne sont que des traicts empruntez,
De vostre ordinaire inconstance.

Vous nous fournißez des leçons,
Tous les iours en tant de façons,
Pour bien devenir infidelles,
Que l'espoir nous seroit osté,
D'imiter vostre agilité,
Sans l'aßistance de nos aisles.

APOLLON
Aux Dames

Dans un nuage espais, dont le voile m'enserre,
Je ne sçaurois treuver le chemin de la terre,
Et ne puis plus treuver (sans l'esclat de vos yeux)
Celuy mesme des Cieux.

Mes Chevaux endormis, ronflent dessous les ondes,
Et disent, aveuglez, dedans ces nuicts profondes,
Que pour luire sur terre & briller dans les Cieux,
Il ne faut que vos yeux.

RECIT DE MORPHEE

Un sommeil continu me sçait si bien ravir,
Que ie ne donne plus à mes yeux de relache,
Et ne m'esveille point, si ce n'est qu'on me fache,
Ou bien lors que Cloris m'oblige à la servir.
Ie suis Dieu pour cherir ceux qui me rendre hommage,
Qui ne n'ayme bien tost espreuve son dommage,
Et comme à mes amis ie verse une douceur,
(Que le Ciel ne sçauroit la donner plus entiere)
Je mets mon ennemy dans les bras de ma soeur,
Et d'un somme eternel ie ferme sa paupiere.

LES LONGUES NUICTS

Avanturiers bien-heureux,
De qui les fortunes calmes,
Font des Myrthes amoureux,
Leurs plus glorieuses palmes:
Venez, soldats de Cypris,
Amour vous donne le prix;
Venez, genereuses ames,
Franches de crainte & d'ennuis,
Pour sacrifier vos flammes
Aux douceurs des longues nuicts.

LES TROIS ADMIRAUX
de la Mer Glaciale

Des plus gelez climats que l'Univers enserre,
Où iamais le Soleil ne regarde la terre,
Qu'avec des esclats palissans;
Vous venons adorer les glorieuses armes,
D'une main, dont les charmes,
Sont außi redoutez, comme ils sont ravissans.

Nos terres qui iadis servoient infortunees,
De funestre ioüet, aux fureurs obstinees,
Des orages plus esclatans,
Regardent auiourd'huy (par l'effort de Zirphee)
L'arrogance estouffee,
De l'Hyver qui se change en eternel Printemps.

Nos ports sont desormais à l'abry de l'orage,
La terre est sans glaçons & le Ciel sans nuage,
Nous donne sa vive clarté
Eole a terminé sa rigueur infinie,
La tempeste est bannie.
Et le froid pour iamais s'est de nous escarté.

Mais las ! que ie prevoy ceste peine inutile,
De vouloir retenir les Heros en ceste Isle,
Dedans les glaces enfermez,
Car les charmans regards de tant de belles Dames,
Atiseront des flammes,
Que les mesmes glaçons en serton allumez.

ZIRPHEE CHANGEANT LES PALADINS EN MONSTRES
Aux Dames

Merveilleux objets que ie voy,
Beautez, que l'Univers admire,
Ne tenons nous pas vous & moy
Tout le monde sous nostre empire ?
Rien n'eschape à nos belles mains,
Nous sçavons ravir les humains,
Mais avec ceste difference
Que ce que mon bras ravisseur,
Execute par violence,
Vos yeux le font par la douceur.

LES PALADINS CHANGEZ EN MONSTRES

Heros tous couverts de gloires
Qui desdaignant les dangers,
Allez chercher des victoires
En des pays estrangers.
Voyez qu'une main sorciere,
Arrestant nostre acrriere,
Fait de nous ce qu'elle veut,
Nous ne sommes plus des hommes,
Evitez ce qu'elle peut,
Et plaignez ce que nous sommes.

RECIT DE LA RENOMMEE

De tant de massages divers,
Dont ma trompete vagabonde,
Courant sur la terre & sur l'onde,
A rempli tout cet Univers;
Iamais des plus rares merveilles
N'ont si bien charmé les oreilles,
Et dedans les ravißemens
D'une nouvelle si certaine,
Je ne puis tesmoigner qu'à peine
L'excez de mes contentemens.
Nostre Grand Alcandre Gaulois,
Ce Mars dont les lauriers sans nombre
Tiennent tant d'Heros sous leur ombre,
Et tant de peuples sous leurs Lois,
En des estrangeres contrees,
Va cueillir des palmes dorees,
Et d'un ordinaire bon-heur,
Bastir un monde de trophees
Sur les puißances estoufees,
Des ennemis de son honneur.
Le voicy ce grand Conquerant,
La tempeste est ensevelie,
Neptun devant luy s'humilie,
Les Tritons le vont adorant,
Et dedans la reconnoissance
De sa merveilleuse puißance,
(Par la conduite d'un Daufin)
Mettent ce Heros au rivage,
Et font gloire de rendre hommage,
Aux miracles de son destin.
Roy de ces peuples argentez,
Presage de bonne fortune,
Que ton aßistance oportune,
Nous promet de felicitez;
Que tes soings nous sont necessaires,
Et que ces monstres adversaires,
(Deffaillis d'adresse & de coeur
En ta glorieuse presence)
Vont peu faire de resistance,
A l'effort de nostre Vainqueur.
Il est vray, ie le vous predis,
C'est Apollon qui me l'inspire,
Et desia les chesnes d'Epire,
Ont publié ce que ie dis.
Alcandre le Dieu de la guerre,
Ayant dompté toute la terre,
Pour assoüvir ses apetis,
Il faut qu'un Daufin luy façonne
Une precieuse Couronne
Dessus l'empire de Thetis.

LES NAYAYDES EN AMBASSADE VERS THETIS

Pompeuses filles de la Seine,
Q'un doux sommeil ensevelit
Dans les molesses d'une areine,
Qui sert de plume à vostre lit;
Parez vous de graces nouvelles,
Et par des mouvemens dispos,
Portez les messages fidelles
De l'Autheur de vostre repos.

Flots dormans, ondes paresseuses,
Sablons en argent convertis,
Poußez vos route glorieuses
Vers les campagnes de Thetis.

Guidez nous, belles fugitives,
Par un effort precipité,
Le long des orgueilleuses rives
De cet Element indompté.

Pour dire à la troupe importune,
Des vents, qui grondent sur la Mer,
Qu'un Dieu plus puissant que Neptune,
Leur ordonne de se calmer.

Mais quoy ? desia sa renommee,
Appaisant leurs desitions,
Fait voir que ceste onde calmee,
Reçoit le nid des Alcions.

Dans un respectueux silence,
Les flots demeurent arrestez,
Et n'osent faire resistance
A qui les a desia domptez.

Allons donc, genereuse bande,
Voir ce bien qui nous va ravir,
C'est Alexandre qui les commande,
Fasons gloire de le servir.

RECIT DE THETIS

Cieux retenez vos tempestes,
Vents tenez vous enfermez,
Flots orgueilleux reprimez
L'insolence de vos testes,
Orages appaisez vous,
Un Dieu plus puissant que nous;
Vous oblige de vous taire,
Son bras vous dompta iadis,
Redoutez ce qu'il peut faire,
Et faites ce que ie dis.

RECIT DE LA DEESSE DE LA FORCE
accompagnant le Grand Alcandre

Que te puis-ie inspirer, merveille de nostre âge,
Les Dieux vont preferant ta puissance à la leur,
Je ne suis pres de toy que pour te rendre hommage,
Et pour adorer ta valeur.
Souffre que ie te suive, incomparable Alcandre,
Pour voir tout l'Univers à ta force soumis,
Pour te voir triompher, & t'imitant apprendre,
de foudroyer mes ennemis.
Permets, rare Vainqueur, que te faisant escorte,
Ie gouste desormais la douceur de tes Lois,
Et que ie puisse offrir au Daufin qui te porte
Les services que ie luy dois.

RECIT D'ALCANDRE
porté par un Daufin

Allez mes bras victorieux,
Où ma fortune vous appelle,
Avec des efforts glorieux,
Cueillir une palme nouvelle:
Allez mes exploicts ravissans,
Malgré tant de charmes puißans,
Mettre nos ennemis en poudre.
Objet des plus braves guerriers ?
Sçauriez-vous redouter la foudre,
Me voyant si plein de lauriers ?
Il semble aux genereux explois
Qui tiennent ma dextre occupee,
Que l'on ne doit prendre des Lois,
Que du trenchant de mon espee;
Et que touché du mesme amour,
Qui fait, que pour nous l'oeil du iour
Estale ses rais adorables,
Je dois les miracles divers
De mes labeurs incomparables,
Au repos de tout l'Univers.
Les Dieux offrans à ma valeur
Les plus difficiles conquestes,
M'ont veu jetter de la paleur
Sur les plus orgueilleuses testes;
Encor veulent ils que ce fer,
Aille de nouveau triompher,
Ou pour cueillir les sacrifices
De mes ennemis abbatus,
Ou pour donner des exercices
Aux outrages de mes vertus.
L'Occean, effroy des mortels,
A tous, fors qu'à moy redoutable,
Autresfois dreßa des Autels
A ma puißance esmerveillable.
Auiourd'huy ce souple Element
Me destine un autre ornement,
Sous moy les Tulipes escloses,
Vont naistre du fonds de ses eaux,
Et les Zephirs souffler des roses
Sur la poupe de mes vaißeaux.
Comme dans un miroir flottant,
Ie vais voir mille Nereides,
Qui sur le cristal inconstant
De leurs promenades liquides,
Avec leurs brillans aislerons,
Soulagerons les avirons
De ces belles Nefs preparees,
Que Thetis m'a desia promis,
Pour les conquestes asseurees,
Du reste de mes ennemis.
Mais quoy ? sçauroit elle choisir
Une Nef assez diligente,
Et qui ne fust à mon desir,
Et trop paresseuse & trop lente ?
Il faut à l'ayde d'un Daufin
Aller mettre une honteuse fin,
A la licence trop extreme
De tout ce Magique apareil,
Et faire dire que Mars mesme,
N'entreprendroit rien de pareil.

LE DIEU DE LA CHASSE
au Grand Alcandre

Loing de vous, grand Heros, Conquerant indompté,
Voyant ma puissance destruite,
Tout Dieu, comme ie suis, ie tire vanité,
De me mettre de vostre suite,
Et dans la preße des mortels,
Vous dreßer, comme ils font, chasque iour des Autels.

LE DIEU DE LA PESCHE

Vous sçachant icy couronné
Des rais d'une nouvelle gloire,
I'ay le sejour abandonné,
Des bords de la Seine & de Loire,
Pour vous offrir avecque des encens
Mes plaisirs außi doux, comme ils sont innocens.

LE DIEU DU IEU

Apres le jeu que Mars à ta valeur inspire,
Où tu restes tousiours le glorieux Vainqueur,
Il est temps, qu'arrestant les boüillons de ton coeur,
Ie t'offre les douceurs qui sont dans mon Empire:
Mais que sçaurois ie offrir, digne de ta Grandeur,
La terre en sa vaste rondeur,
Paroist à mon gré trop petite,
Pour satisfaire à ton merite.

LE DIEU DE LA MUSIQUE

En vain par des sons divers
J'ay voulu ravir Alcandre,
Au plus fort de mes concers,
Sa valeur m'a fait entendre,
Que tant que Mars en courroux,
Excitera dessus nous
Ceste tempeste publique,
Il ne se plairra sinon,
Qu'à la tonante musique,
Des mousquets & du canon.

LA GUENUCHE
aux Dames

Il n'est que trop vray, ie suis laide,
Mais parmy ces difformitez,
tant de graces que ie poßede,
Prevalent dessus vos beautez;
Vos humeurs tousiours inesgales,
(Par des neceßitez fatales)
Tiennent vos Amans plus cheris,
En des eternelles allarmes;
Mais laideurs n'excitent que ris,
Et iamais vos beautez n'excitent que des larmes.

RECIT DES NAINS

Dans nos corps petits & laids,
Un grand courage s'enserre,
Nous sommes Nains aux Ballets,
Et des Geans à la guerre.

RECIT DES HERMAPHRODITES

Taisez vous, rieurs Democrites,
Lucine en nous donnant la iour,
Nous a fait naistre Hermaphrodites
Sous l'Astre de Mars & d'Amour,
L'un fait nos regards adorables,
L'autre nos dextres redoutables,
Si que desormais les humains,
Ne sçauroient faire resistance,
A la Divine violance,
Et des traits de nos yeux & des coups de nos mains.

RECIT DES PALADINS FRANCOIS
delivrez par le Grand Alcandre

Que nostre mal fust heureux,
Et que le sort de nos armes,
Qui pareust si rigoureux,
Treuve d'agreables charmes.
Que nostre captivité
Nous rend de felicité:
Dressez, peuples de la terre,
Les Autels que vous devez
A ce Demon de la guerre,
Par qui nous sommes sauvez.

C'est un Alcide vainqueur,
Dont la genereuse audace,
A souvent glacé le coeur,
Du Dieu mesme de la Thrace.
Ce bras qui sçait tout dompter;
Et qui peut executer
Tout ce qu'il daigne entreprendre:
C'est la terreur des pervers,
Pour tout dire c'est Alcandre,
L'Arbitre de l'Univers.

Alcandre honneur immortel
Des Nayades de la Seine,
Dans le genereux martel,
De cet amour qui l'entraine,
Destruisant nostre prison,
Vient de mettre à la raison
Ceste impudique Sorciere,
Qui de ses charmes cruels
Croyoit faire la matiere,
De nos maux perpetuels.

Des que son Royal Daufin
A paru deßus nos rives,
Nos desplaisirs ont prix fin,
Et nos libertez captives
Ont außi-tost espreuvé,
Qu'il nous estoit reservé,
Par la main des destinees,
Pour venir riche d'honneur,
Sur nos craintes terminees,
Eslever nostre bon-heur.

Qui n'a veu le bras fatal
Du demy Dieu qui le guide,
Parmy l'empierré crystal,
De ces Element humide;
Sur ce Duafin glorieux,
Escarter victorieux
Les plus horribles tempestes,
Et favory des destins,
Faire esclater ses conquestes
Dans l'Empire des Lutins.

Asseuré de son pouvoir,
Seul il aborde ceste Isle,
Et sa valeur nous fait voir,
Qu'il vaut autant que dix mille,
Sous les bruits de ses effors,
Flore revient en ces bors,
Tout les arbres refleurissent,
Les Cieux paroissent ouvers,
Et les Astres adoucissent
L'insolence des Hyvers.

Cent petits Amours doüillets,
Suiven à l'envy ses traces,
Et font naistre des oeillets,
Où furent iadis des glaces;
Les vents comment enfermez,
Mille chantres emplumez,
Font des musiques de ioye,
Voyant nos charmes deffaits,
Et qu'ils ne sont plus la proye
De leurs Magiques effaits.

Triomphateur reveré,
Vostre gloire sans seconde,
Va sous son throsne adoré
Aßujetir tout le monde.
Le Ciel couvert de paleur,
Redoutant vostre valeur,
Vous consigne son tonerre,
Pour vous l'air se va calmer,
Vous allez vaincre sur la terre,
Vostre Daufin sur la Mer.

Mais d'où vient que nos explois,
Avec si peu de deffence,
S'assujetirent aux Lois
D'une si lasche puissance,
Que si tost nostre vertu,
Sous un courage abatu,
Vit la force dißipee !
(Heros) le Ciel le voulut,
Pour tirer de vostre espee,
L'effet de nostre salut.

Puißiez vous, grand Conquerant,
Voir sous un Astre prospere
Vostre gloire aller courant
De l'un à l'autre Hemisphere.
Puißiez vous (ayant soumis
L'orgueil de vos ennemis)
Voir dißiper en fumee
Tous leurs factieux complos,
Et lasser la Renommee
Du recit de vostre los.

De Nouguier

Lecteur ie t'advertis que dans peu de temps la disposition de ce Ballet sera mise au iour, avec les changemens des Scenes, Machines, Figures & description des Habits, où tu pourras entierement satisfaire ta curiosité.