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Le
Tailleur dit:
Ie suis
Tailleur de mon mestier,
On me cognoist dans le quartier,
Et d'estoffes bien assorties
I'ay vestu de chausse & pourpoint
Ce Courtisan fort mal en point,
Que l'on me paye mes parties.
Parties
pour le Tailleur
Memoire de
la Fourniture
Faite pour Monsieur de la Court,
Bien liberal de sa nature,
Mais d'argent tousiours un peu court.
Premierement
pour quelque reste,
Tant en estoffe qu'en façon,
Cela m'est deu, ie vous proteste,
Sur un diamant d'Alençon.
Pour un
habit de drap d'Espagne
Douze aulnes, chasses, & pourpoint,
Le manteau propre à la campagne,
Avec un double arriere- point.
Cinq
onces de soye perlee,
Quatre douzaines de boutons,
Lors qu'il offrit à la volee
A mes gens des coups de bastons.
Plus
quand il fut voir sa Maistresse,
Un haut volant bas attaché,
Qu'il eut sans argent par finesse,
Disant qu'il estoit empresché.
Pour
deux douazines d'aguillettes
Qu'il me pria de luy fournir,
Qu'il escrivit dans ses tablettes,
Afin de mieux s'en souvenir.
Le
satin blanc d'une rotonde
Qu'il me doit encore en effect,
Et si ie veux que l'on me tonde,
Si l'on veit iamais rien mieux faict.
Ie luy
ay fourny d'avantage
Les rupilles de ses laquais,
Mais l'habillement de son page
Est demeuré dans mes paquais.
Dés
le voyage de Savoye
En sarge verte à deux envers,
En passement, galon & soye,
Dont les habits estoient couvers.
En
frize, doubleure & pochettes
I'advançay deux double ducas,
De plus pour les avoir r'entraites,
Mais tout cela n'est pas grand cas.
Surquoy
sans mentir ie l'advoué,
I'ay receu de luy cinq doublons,
Comme il revenoit d'où l'on ioué,
Les deux faux, les trois autres bons.
Et de
nouveau depuis la mode
Des clinquans qui sont revenus,
Il m'a dict que ie l'accommode,
Et que ses gens estoient tout nus.
Bien
aise de revoir mon homme,
Que i'avois long tems attendu,
Il iura qu'il venoit de Rome,
Et que ie n'avois rien perdu.
Et du
reste de son voyage
Il mit en mes mains cent escus,
Sous tel si que dessus bon gage,
Ie luy fournirois le surplus.
Nous
allons à l'Argenterie
Pour prendre à credit du satin,
Où l'on nous dit sans raillerie,
Qu'on n'entendoit pas ce latin.
Ie
prins de la toile d'or fine,
Deux bas de soye de Milan,
Et le tout non pas sur la mine,
Ny de moy, ny de mon chalan.
Sur
l'heure i'en fi ma promesse,
Pensant avoir du fons assez,
I'eusse mieux fait d'estre à la Messe,
A prier pour les trespassez.
De
là nous passasmes cariere,
Et droict chez le paßementier,
Où l'on n'offrit boutique entiere,
De ce qui nous faisoit mestier.
La Dame
courtoise & gentille,
Du clinquant fit honeste pris,
Pour chamarer l'habit en quille,
Ainsi que i'avois entrepris.
Boutons
d'or, le galon de mesme,
Et la gance pour le colet,
Bref, elle nous a mis à mesme,
A prendre suyvant mon rolet.
Puis
sur le champ il se r'avise
D'avoir encor du passement,
Du plus fin Milan à la guise,
Pour faire un autre habillement.
Un
collet de sieur il demande,
A combien peut-il revenir,
Pensant gaigner ie le marchande,
Et luy promets de le fournir.
Prenez
donc puis que vous y estes
Le passement qui faict besoin,
Ce me dit Monsieur, & me faites
Ce plaisir d'en avoir le soin.
Et pour
mieux voir ce que tout monte
Tant à la plume qu'aux iettons
La Dame sur la fin du conte
Prit sans peser mes ducatons.
Ie croy
que ceste fourniture,
Sans tout ce que i'ay fait depuis,
Vient à huict cens francs ie vous iure,
Dequoy pour la moitié i'en suis.
Ce
n'est pas tout, le bon apostre,
Ainsi que vous pourrez sçavoir,
M'en a fort bien sçeu tirer d'autre,
Que ie ne pense pas r'avoir.
Un peu
depuis la coqueluche,
Quand le froid estoit si piquant,
Un manteau doublé de peluche,
Deux à deux couvert de clinquant.
L'autre
de sarge de Florence,
Qur quoy i'ay receu par grand heur
Vingt bonnes pistoles d'avance,
Encore autant pour le Brodeur.
Depuis
une robe de chambre
Ie luy fournis de poinct en poinct,
Toilette d'Iris, Musq, & d'Ambre,
Du reste ie n'en parle point.
Il a
faict en telle maniere,
Et m'a tousiours si bien mené,
Que si ie n'ay d'autre baniere,
Ie ne seray iamais damné.
Toutes
parties arrestees,
Il ne m'a faict que dislayer,
Cent fois ie les y ay portees,
Qu'il promettoit de me payer.
Ie l'ay
poursuivy par iustice,
Point de nouvelle, encore moins,
Il n'a pas manqué d'artifice,
A produire de faux tesmoins.
Condmané,
les quatre mois passent,
Pour cela i'ay beau faire bruict,
Les Sergens apres luy se lassent,
Et m'a faict un trou à la nuict.
Bref
aujourd'huy ie le rencontre;
Devant le iuge de ces lieux;
Meßieurs au doigt ie vous le monstre,
Vola ce brave glorieux.
Allez
vous y fier, beau sire,
Prestez leur un peu vostre bien,
Nostre femme l'a bien sceu dire,
Qu'on n'en recouvre iamais rien.
Comme
ils alloient executer ceste obligation, le Commissaire
entre, qui demande que c'est, on luy monstre des papiers,
& en les lisant il est interrompu par les creanciers du
Courtisan, contre lequel chacun d'eux presente requeste,
& ses parties au Commissaire pour avoir payement, ou
permission de faire saisir la personne & les biens du
Courtisan.
La
Boisseliere
A moy
qui suis la Boisseliere,
De mon mestier Cabaretiere,
Ce Courtisan manque de foy,
Le meschant, le vil, un pariure,
Il voudroit bien me faire iniure,
Luy qui fust mort de faim sans moy.
Bien
qu'il fist par tout l'agreable,
Afin d'avoir place à la table,
Souvent sans moy, cet impudent,
Qui ne trouvoit point de lipee,
Eust mis en gage son espee,
ou desieuné d'un curedent.
Quand
ie n'estois pas arrivee,
Ou que la table estoit levee,
Ou qu'il n'avoit place au bas bout,
Il contrefaisoit le malade,
Ou bien disnoit d'une salade,
Ou bien ne disnoit point du tout.
Ie l'ay
nourry, ie l'ay fait vivre,
Lors que le voleur venoit suivre
La Cour iusqu'à Fontainebleau,
Et n'en ay point de recompence,
Que l'on me paye sa despence,
Ou bien qu'il laisse le manteau.
Parties
pour la Boisseliere
Pour le
disner du Courtisan,
Au Dimanche un demy Faisan,
Plus une souppe de marmite:
Pour le Lundy des poix nouveaux.
Un potage fait de naveaux,
Au dessert une poire cuite.
Au
Mardy comme au Mercredy,
Et pour tout le iour du Ieudy,
Une espaule avec une esclanche,
Tousiours le rosty, le bouilly,
Et le bon vin n'a point failly,
Le pain blanc, ny la nappe blanche.
Au
Vendredy de bons oeufs frais,
L'Esté des febves de marais,
L'Hyver, de la fraische maree,
Au Samedy mesme repas,
La salade n'y manquoit pas,
Les capres ny la chicoree.
Pour un
grand laquais tout pelé,
Du mouton ou du boeuf salé,
Et selon les saisons les vivres,
Plus, sans les tranches de iambon,
En bois, en chandelle, en charion,
Le tout peut monter deux cent livres.
Le
Parfumeur
I'ay
des gandsd'Espagne, & des peaux,
I'ay des pommades, & des eaux,
Ie sçay faire la Cassolette,
Les pastilles, les oiselets,
Et bien parfumer les colets
D'ambre, de Musc, & de Civette.
I'ay
des muscadins excellens,
Qui ne sont point trop violens,
I'ay du vray baume de Iudée:
et de beaux secrets les meilleurs
Qu'on en puisse trouver ailleurs,
Pour estendre la peau ridee.
I'ay
trouvé la perfection
De faire une confection,
Qui guerit le mal de la mere,
Ie charge doucement la peau,
Ie sçay bien distiller une eau
Qui fait merveille, & n'est pas chere.
I'ay de
l'huille à blanchir les mains,
Et tous les parfumeurs Romains
N'auront point sur moy de victoire:
I'ay contre tous les maux de coeur
Une douce & blanche liqueur,
Dans ma longue boiste d'yvoire.
Qu'une
Dame use par neuf mois,
Tous les iours trois ou quatre fois,
D'une essence que i'ay secrette,
Elle accouchera sans crier,
Ie ne me fais guiere prier
Pour en apprendre la recette.
Mais
i'ay tout quitté pour plaider,
Et mon bon droict recommander
A la Iustice accoustumee:
Contre un, dont ie n'espere rien,
Et qui peut estre croira bien
Payer mes parfums de fumee.
Parties du
Parfumeur
I'ay
donné trois peaux de senteurs,
Plus ie sçay que mes serviteurs
Ont delivré de l'eau d'orange,
A ce brave donneur de vent,
Et qu'il est venu bien souvent
Remplir son zest de bonne eau d'Ange.
Plus il
a pris des oiselets,
Du papier à faire poulets,
D'huile de Talc une phiole,
Des pommades & des savons,
Et des pastes que nous faisons,
Dont l'une vaut une pistole.
Des
gands d'Espagne & de Paris,
Des poudres d'Ipre & d'Iris,
Et du meilleur baume que i'aye:
Faut-il qu'il se mocque de moy,
Ie suis marchand de bonne foy,
Ie demande que l'on me paye.
La Lingere
du Palais
Ie suis
Lingere du Pallais,
I'ay des rabats, i'ay des colets,
I'ay des mouchoirs & des chemises,
Et ie fait fort bonne raison
Aux filles de bonne maison
A qui ie vends mes marchandises.
Ie
sçay fraiser, goderonner,
Ie sçay blanchir & savonner,
Ie ne trouve rien difficile,
Et lors que ie veux faire bien,
Les Flamandes n'y sçavent rien,
I'empeze le mieux de la ville.
Ce
Courtisan pour le blanchir
M'avoir promis de m'enrichir,
Mais c'est une triste prattique,
Ie demande mon payement,
Qu'on me dépesche vistement,
I'ay bien affaire en ma boutique.
Parties
pour la Lingere
Ainsi
chacun en est trompé,
Il a de moy du poinct couppé,
Quatre douzaines de chemises,
Des mouchoirs, des coiffes de nuict,
Et i'avois beau faire du bruict,
Ce n'estoit rien que des remises.
Ie l'ay
blanchy trois mois durant,
Et ne dy pas le demeurant,
Mais ie n'en ay pas eu la maille:
Il me doit bien cinquante francs,
D'avoir tenu ses rabats blancs,
Qu'on me paye, & que ie m'en aille.
Le Mercier
du Palais
Ie
vends des manchons, des chapeaux,
Des bas d'Angleterre fort beaux,
Des ceintures en broderie,
Dont ie fais à tous bon marché,
Et suis tout le iour empesché
Au Pallais dans la gallerie.
Mais
quoy ? ce Courtisan maudit,
Prenant un Castor à credit,
Sans me demander ce qu'il couste,
Me faict venir plaider icy,
Si chacun me faisoit ainsi,
Ie ferois bien tost banqueroute.
La
Revendeuse
Ie suis
Revendeuse publique,
Et des habits dont ie traffique;
I'ay fay credit, & m'en repens,
A cet afronteur sans parole,
Est-ce la raison qu'il me vole,
Et qu'il soit brave à mes despens ?
Le
Marchand
Nous
autres Bourgeois & Marchans
Ie fon crédit à des méchans,
Qui prenoit noutre marchandise,
Moy, ie presly sous bonne foy
A ce Courtisan que ie voy,
Du grou camelot de Turquire.
Il
velct un pourpoint de deuil,
Et me foret si bon acceuil,
Et me trouvant dans ma bouticle:
Mais quand ie l'envoigez chercher,
Le galland s'en alloit cacher,
Ou feignet chanter la Muricle.
Et
quand ie le pressay bean fort,
Il iuset le san & la mort,
La face pleine de choleze:
Monsieur, faites m'en la raison,
Au lieu de le mettre en prison,
Il le faudret bouter en galeze.
Pour le
Marchant
Ie
viens à vous point ie n'envoye,
Monsieur tres-illustre & puissant,
Ie sommes le marchant de soye
Qui se tient pres saintct Innocent.
La rue
au Foäure est ma demeure,
Ie croy que le devez sçavoir,
Il me faut payer à cest heure,
C'est nouveauté que de vous voir.
I'ay ma
requeste respondue
De par Monsieur le Lieutenant,
Il a ma raison entendue,
Dites la vostre maintenant.
Parguieu
vous serez mis en cage,
Vous estes un bailleur de canars,
I'avons fait changer de langage,
Au moins à d'außi fins renars.
Ardé
ce beau Monsieur de foire,
Ce bailleur de brides à veaux,
Mananda s'on le vouloir croire,
Il nous payroit en mots nouveaux.
T'en
souvient-il, belles oreilles,
Quand tu faisois le sufisant,
Tu pensiez faire des marveilles,
Nostre marchandise atirant.
Ie t'en
donismes la plus belle
Que i'aviens dans le magasin,
Qui fut cause de la querelle
Que i'eum'avec nostre voisin.
Depuis
tu sçays dans ma boutique
Tu veniez à traiter l'amour,
Et sous couleur de retorique
Tu proietiez un mauvais tour.
Mais ta
chore fut descouverte
PAr celuy de nos gens, qui tient
Mon livre de bazane varte,
Qui tout mon trafiq entretient.
Il te
vit à travers la porte,
Que tu baisiez la nostre en bas,
Mais ce qui plus me reconforte,
C'est qu'il dit qu'lle vouloit pas.
Neantmoins
quand ie me ravise,
C'est assez, rufian que tu es,
Tu ferez bien ton entreprise,
Si i'eusse esté quelque benais.
Dieu
marcy & la belle Dame,
Mon honneur est bien conservé,
Il n'a tenu qu'à nostre femme
Qu'on ne t'ayt sur elle trouvé.
Et puis
que rien ie te pardonne,
Tu me payras de tout en tout,
A Paris la Iustice est boonne,
Ie poursuiverons iusqu'au bout.
Tu as
beau me faire menace,
I'orons bien de toy la raison,
Ie te crains moins qu'une limace,
Quand tu seras dans la prison.
Nos
parties devant Notaire
Sont arrestees comme il faut,
Vois tu ie ne me pouvons taire,
Mordonguieu tu feras le saut.
Agace
maraut, tu fais le Prince,
Et le Seigneur d'equalité,
Comment sans rire tu me pince,
En fin l'on voyra l'equité.
Il me
doit plus d'unze cent livres,
A conter le vieux seullement,
Sans le nouveau qui dans mes livres,
N'est pas arresté nullement.
Ie
n'aviens que des Demoiselles,
Et des servantes tous les iours,
Qui marchandien comme pour elles
Taffetas, satins, & velours.
C'estoit
charme ou grande sotise,
Ou bien i'aviens les yeux au cu,
De bailler tant de marchandise,
Sans voir de luy un seul escu.
Le
voila, ie vous le reboute
A vous Monsieur le Lieutenant,
Sans l'espargner aucune goute,
Faictes en Caresme-prenant.
Le Premier
Sergent
Qui me
donnera de l'argent,
Ie suis du mestier de Sergent,
Qui ne croit point en des paroles,
Et si l'on me pense tromper,
Ce Courtisan peut eschapper,
S'il me veut donner deux pistoles.
Le
Second
Ces
affronteurs de Courtisans,
Font les vaillans, les suffisans,
Pensant qu'on n'ose les contraindre,
Mais tout de mesme qu'un valet,
Vous netrerez au Chastelet,
Vous avec beau dire, & vous plaindre.
Le
Commissaire
Puis
qu'il n'a pas un seul denier,
Ie le vais mettre prisonnier,
Il ne dit rien que des sornettes,
Crier, se fascher, iurer Dieu,
Et dire qu'on est de bon lieu,
Cela n'est point payer ses debtes.
Le
Courtisan
Cessez
de plus me tourmenter,
Ie vous feray tous contenter,
Alors que ie vendray ma terre:
I'atiens une succeßion,
Puis i'espere une pension,
Ou bien que nous aurons la guerre.
La Femme
du Courtisan
Prenez
nos biens & les vendez,
Et de ce que vous pretendez,
Tirez de bonnes asseurances,
Mais ne mettez point en prison
Un homme de bonne maison,
Plein de si belles esperances.
Le
Commissaire accorde à la Femme du Courtisan que son
mary ne sera point mis en prison, les creanciers se
retirent, le Courtisan, sa femme & le Commissaire
demeurent ensemble, & apres avoir un peu dancé,
au lieu que le Courtisan & la Dame devoient remercier le
Commissaire, le mettent entr'eux deux, le tourmentent de
costé & d'autre: en fin luy donnent du pied au
cul, le iettent par terre, & s'enfuyent. Le Diable
d'argent d'argent arrive, luy fait mille maux, & autant
de malices: puis le prenant par les mains, le leve de terre
tout d'une piece, & luy donnant des peurs extresmes, le
conduit avec une infinité de mines & de grimaces
hors de la salle. Le Commissaire ne laisse pas de r'entrer
apres en son ordre avec les Creanciers, pour se payer tous
ensemble aux despens du Diable d'argent.
La Bouffonnerie acheve, où le Courtisan, sa femme, le
Commissaire & les Sergents estoient venus, chacun sur un
air, & un pas differend, le grand Ballet
commença, dont le subiet estoit,, à
sçavoir qui estoit le plus fort d'Amour, celuy des
Dames, ou de leurs serviteurs: & pour en rapporter les
effects, entroient deux Amours, celuy des hommes mené
par la Constance, qui ioüoit du luth: & celuy des
femmes, mené par la Prudence, qui ioüoit aussi
du luth; & s'estant mit l'un devant l'autre, ils
chanterent ce vers en dialogue, & finirent par un deffy
qu'ils se firent l'un à l'autre.
Le Premier
amour pour les hommes
On ne
void point de changements,
De pleurs, de plaintes, d etourments,
En tous lieux où ie suis le maistre,
Que les Dames ne facent naistre.
Le Second
Amour pour les femmes
Tout le
mal vient des Amoureux,
Leur artifice est dangereux:
Ils se font voir transis & blesmes,
Et cependant n'ayment qu'eux mesmes.
Le
Premier
Des
Dames vient la cruauté,
Et faut que la legereté,
D'elles, & non des hommes sorte:
Car le nom de femme elle porte.
Le
Second
Le
changement & le mépris
Leurs beaux noms des hommes ont pris,
Cesse d'en accuser des belles,
La Constance est femme comme elles.
Le
Premier
Mesler
de l'espoir aux rigueurs,
Avoir des attraits à tous coeurs,
Et moins d'amour que de malice,
Des Dames c'est tout l'exercice.
Le
Second
Rire,
en invocquant le trespas,
Promettre la foy qu'on n'a pas,
Et puis en perdre la memoire,
Des hommes c'est la seule gloire.
Le
Premier:
Si tu veux dire, audacieux,
Que les Dames ayment le mieux
Et qu'il faut bien que l'on s'y fie,
Vien au combat ie te deffie.
Le
Second
Si pour
te sauver de la mort,
Tu ne fuys, craignant mon effort,
Ie me veux battre pour les Dames,
Et t'oster ces traicts & ces flames.
Les
violons sonnerent un air, sous lequel les Amours combatirent
ensemble. Cependant la Musique du Roy entra habillée
en Vertus, pour separer les deux Amours, chante cette
Stance:
Cessez
petits guerriers, c'est assez combatu,
L'Oracle qui des Dieux mesle la connoißance
Vous apprend que l'Amour a les plus de puissance,
Où sa divinité void le plus de
vertu.
Les
deux amours separez, celuy des hommes alla vers la porte,
où il trouva six Cavalliers vestus de toile d'argent
blanche, le corps & le bas de saye semez de flesches en
broderie de cantille d'or & d'argent avec des bandes
depuis la ceinture iusqu'à la moitié du bas de
saye de toille d'argent blanche, les unes en broderie de
flammes, & les autres de pennes: la coiffure avec une
infinité d'aigrettes, le bas incarnat, la botine
blanche, couverte de clinquanr d'or. Ils entrerent leur
Amour devant eux, & firent six figures au son des
violons. L'Amour des femmes entra aussi tost à la
teste de six Dames, habillees de toile d'argent blanche, en
broderie de flames de canetille d'or & d'argent, depuis
la ceinture iusques à la moitié de la robe,
avec des bandes pareilles à celles des Cavaliers:
leur coiffure estoit de guirlandes avec un gros bouquet
d'aigrettes. Et apres avoir fait six figures, les Cavaliers
& les Dames se trouvoient ensemble, &
dançoient le grand Ballet: Puis les deux Amours se
separoient, tenant chacun six arcs qu'ils distribuoient sous
un air & un pas nouveau aux Cavalliers & ou Dames de
son party. Au mesme temps se faisoit un combat entr'eux,
& les Dames desarmoient les Cavalliers. La chesne se
dançoit au son des luths & des voix, &
à la fin l'Amour des hommes se trouvoit prisonnier de
celuy des femmes, & les Cavalliers aussi prisonniers des
Dames, & la musique chantoit des vers à la
loüange des Dames, & à la gloire de leur
Amour.
Grand
Roy des Peuples & des Rois,
Amour, i'adore mille fois
Ton arc, tes flesches, & tes flames,
Et beny ton élection,
Qui cherchant la discretion,
Là va trouver au coeur des Dames.
Elle
suyvent la verité,
Et les hommes la vanité,
Les Dames sont les plus fidelles:
Et leurs Amants presomptueux,
Qu'on void tant soit peu vertueux,
Ne tirent leur vertu que d'elles.
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