Le
Ballet
des Ballets
dansé
devant sa Majesté en son Chasteau de S. Germain
en Laye
au mois de Decembre 1671
Pièce
& Vers de Molière
musique
de:
Jean-Baptiste
Lully
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Avant-Propos
LE ROY
qui ne veut que des choses extraordinaires dans tout ce
qu'il entreprend, s'est proposé de donner un
Divertissement à Madame à son arrivée
à la Cour, qui fust composé de tout ce que le
Theatre peut avoir de plus beau; Et pour répondre
à cette idée, SA MAJESTE' a choisi tous
les plus beaux Endroits des Divertissemens qui se sont
representez devant Elle depuis plusieurs années;
& ordonné à Moliere de faire une Comedie
qui enchaînast tous ces beaux morceaux de Musique
& de Dance, afin que ce Pompeux & Magnifique
assemblage de tant de choses differentes, puisse fournir le
plus beau Spectacle qui ce soit encore veu pour la Salle,
& le Theatre de Saint Germain en Laye.
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Le
Theatre s'ouvre à l'agreable bruit d'un grand nombre
d'Instrumens, & d'abord il offre aux yeux des
Spectateurs une vaste Mer bordée de chaque
costé de sept grands Rochers, avec huit Fleuves,
accoudez sur les marques de ces sortes de Deïtez.
Autour desdits Fleuves sont treize Tritons, & au milieu
de la Mer quatre Amours montez sur des Dauphins avec le Dieu
Aeole derrier eux, élevé au dessus des Ondes
sur un petit Nuage. Aeole commande aux Vents de se retirer,
& tandis que les Amours, les Tritons & les Fleuves
luy répondent, la Mer se calme, & du mileu des
Ondes ont voit s'élever une Isle. Huit Pescheurs
sortent du fond de la Mer avec des nacres de Perles, &
des branches de Corail, & aprés une Dance
agreable; le Choeur de la Musique annonce la venuë de
Neptune, qu'on voit paroistre au milieu des Ondes, avec les
marques de sa Divinité, accompagné de six
Dieux Marins, & pendant que ce Dieu dance avec sa
Suitte, les Pescheurs, les Tritons, & les Fleuves,
accompagnent ses pas de gestes differents, & de bruit de
conques de Perles.
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extrait
des Amants Magnifiques
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Recit
d'Aeole:
Vents, qui troublez les plus beaux jours,
Rentrez dans vos grotes profondes;
Et laissez regner sur les ondes
Les Zephirs & les Amours.
Un
Triton:
Quels beaux yeux ont percé nos demeures humides ?
Venez venez Tritons, cachez vous Nereïdes.
Tous les
Tritons:
Allons tous au devant de ces Divinitez,
Et rendons par nos chants hommage à leurs
beautez.
Un
Amour:
Ah que ces Princesses sont belles !
Un autre
Amour:
Quels sont les coeurs qui ne se rendroient pas ?
Un autre
Amour:
La plus belles des immortelles,
Nostre Mere, a bien moins d'appas.
Le
Choeur:
Allons tous au devant de ces Divinitez,
Et rendons par nos chants hommage à leurs
beautez.
Un
Triton:
Quel noble spectacle s'avance !
Neptune le grand Dieu, Neptune avec sa Cour
Vient honorer ce beau jour
De son Auguste presence.
Le
Choeur:
Redoublons nos Concerts,
Et faisons retentir dans le vague des Airs
Nostre réjoüissance.
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|
Flore
est au milieu du Theatre suivie de ses Nymphes,
accompagnée à droit & à gauche de
Vertumne Dieu des Arbres & des Fruits, & de Palaemon
Dieu des Eaux; chacun de ses Dieux conduit une troupe de
Divinitez, l'une mene à a suitte des Dieux Marins,
& l'autre des Sylvains.
Une grande Machine descend du Ciel au mileu de quatre autres
plus petites, elles sont toutes cinq enveloppées
d'abord dans des nuages qui descendent sur le Theatre: On
découvre Venus dans celle du milieu, au devant d'une
gloire de nuage, avec six petits Amours dans celles qui sont
des deux costez, & six autres qui s'envolent en mesme
temps que les Machines disparoissent; Apres cela le Ciel se
ferme, & le Theatre se change en un agreable boccage
pour le commencement de la Comedie: Aussi tost que Flore
apperçoit Venus, elle la presse de venir achever par
ses charmes les douceurs que la Paix a commencée de
faire gouster sur la terre; Et par un recit qu'elle chante,
elle temoigne l'impatience qu'elle a de profiter du retour
de la plus aymable des Déesses, qui preside à
la plus belle des Saisons.
|
|
Recit de
Flore:
Ce n'est plus le temps de la
Guerre;
Le plus puissant des Rois
Interrompt ses Exploits
Pour donner la Paix à la Terre:
Descendez, Mere des Amours,
Vous nous donnez de beaux jours.
[les
Nymphes de Flore, Vertumne & Palaemon, avec les
Divinitez qui les accompagnent, joignent leurs voix à
celle de Flore pour presser Venus de descendre sur la
Terre]
Le Choeur
des Divinitez, de la terre & des Eaux:
Nous goustons une Paix profonde;
Les plus doux Ieux sont icy bas;
On doit ce repos plein d'appas
Au plus grand ROY du Monde:
Descendez, Mere des Amours,
Vous nous donnez de beaux jours.
[Vertumne
& Palaemon font en chantant une maniere de Dialogue pour
exciter les plus sensibles à cesser de l'estre
à a lveuë de Venus & de l'Amour. Les
Dryades, les Silvains, les Dieux des Fleuves, & les
Nayades expriment en mesme temps par leurs dances la joye
que leur inspire la presence de ces deux charmantes
Divinitez]
Dialogue
de Vertumne & de Palaemon:
Vertumne:
Rendez-vous, Beautez cruelles,
Soûpirez à vostre tour.
Palaemon:
Voicy la Reyne des Belles
Qui vient inspirer l'amour.
Vertumne:
Un bel Objet toûjours severe
Ne se fait jamais bien aimer.
Palaemon:
C'est la beauté qui commence de plaire,
Mais la douceur acheve de charmer.
Ensemble:
C'est la beauté qui commence de plaire,
Mais la douceur acheve de charmer.
Vertumne:
Souffrons tous qu'Amour nous blesse;
Languissons, puis qu'il le faut;
Palaemon:
Que sert un coeur sans tendresse;
Est-il un plus grand defaut ?
[Flore
respond au Dialogue de Vertumne & de Palaemon, par un
Menüet qu'elle chante: Elle fait entendre que l'on de
doit pas perdre le temps des Plaisirs; & que c'est une
folie à la Ieunesse d'estre sans amour. Les
Divinistez qui suivent Vertumne & Palaemon, meslent
leurs dançes au chant de Flore, & chacun fait
connoistre son empressement à contribüer
à la réjoüissance generale]
Menuet de
Flore:
Est-on sage
Dans le bel âge ?
Est-on sage
De n'aimer pas.
Que sans cesse
L'on se presse
De gouster les plaisirs icy bas;
La sagesse
De la Ieunesse
C'est de sçavoir joüir de ses appas.
L'Amour
charme
Ceux qu'il désarme,
L'Amour charme
Cedons luy tous:
Nostre peine
Seroit vaine
De vouloir resister à ses coups:
Quelque chaîne
Qu'un Amant prenne,
La Liberté n'a rien qui soit si doux.
[ les
Divinitez de la Terre & des Eaux, voyant approcher
Venus, recommencent de joindre toutes leurs voix, &
continüent par leurs Dançes de luy
témoigner le plaisir qu'elles ressentent à son
abord, & la douce esperance dont son retour les
flate]
Le Choeur
des Divinitez, de la terre & des Eaux:
Nous goustons une Paix profonde;
Les plus doux Ieux sont icy bas;
On doit ce repos plein d'appas
Au plus grand ROY du Monde:
Descendez, Mere des Amours,
Vous nous donnez de beaux jours.
[Venus
descend du Ciel sur le Theatre avec les six Amours,
où elle fait un petit Prologue qui jette les
Fondemens de toute la Comedie, & des Divertissemens qui
vont venir.
Aprés ce Prologue de Venus, les Violons joüent
une ouverture, en attendant le premier acte de la
Comedie]
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|
PREMIER
ACTE DE LA COMEDIE
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Premier
Intermede
extrait de Psiché
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Plaintes
en Italien
Chantées par Mademoiselle
Hylaire, & Messieurs Morel &
Langez
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|
imitation
en Vers François
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Mlle
Hylaire:
Deh piangete al pianto mio
Saßi duri, antiche selve,
Lagrimate fonti, e belve
D'un bel volto il fato rio.
Mr
Langez:
Ahi dolore.
Mr
Morel:
Ahi martire.
Mr
Langez:
Cruda morte.
Mr
Morel:
Empia sorte.
Tous
trois:
Che condanii a morir tant beltà.
Cieli, stelle, ah crudeltà.
Mlle
Hylaire:
Rispondete a miei lamenti
Antri cavi, ascose rupi,
Deh ridite fondi cupi
Del mio duolo i mesti accenti.
Mr
Langez:
Ahi dolore.
Mr
Morel:
Com' effet puo fra voi, o Numi eterni,
Chi volgia estinta une beltà innocente,
Ahi che tanto rigor, Cielo inclemente,
Vince di crudeltà gli steßi
inferni.
Mr
Langez:
Nume fiero.
Mr
Morel:
Dio severo.
Tous
trois:
Terche tanto rigor
Contro innocente cor.
Ahi sentenza inudita,
Dar morte a la Beltà, ch' altrui da
vita.
[Entrée
des Furies & des Lutins]
Continuation
des Plaintes
Mlle
Hylaire:
Ahi ch'indarno si tarda,
Non resiste a li Dei, mortale affetto,
Alto imperio ne sforza,
Ove commanda il Ciel, l'Uom cede à
sforza.
Deh
piangete, &c. come sopra.
|
Mlle
Hylaire:
Melez vos pleurs avec mes larmes,
Durs Rochers, froides Eaux, & vous Tigres affreux,
Pleurez le destin rigoureux
D'un Objet dont le crime est d'avoir trop de
charmes.
Mr
Langez:
O Dieux! quelle douleur !
Mr
Morel:
Ah ! quel mal-heur !
Mr
Langez:
Rigueur mortelle !
Mr
Morel:
Fatalité cruelle !
Tous
trois:
Faut-il, helas !
Qu'un Sort barbare
Puisse condamner au trespas
Une Beauté si rare !
Cieux ! Astres pleins de dureté !
Ah ! quelle cruauté !
Mlle
Hylaire:
Respondez à ma plainte, Echos ces Bocages,
Qu'un bruit lugubre éclate au fonds de ces
Forests:
Que les Antres profonds, les Cavernes sauvages,
Repetent les accents de mes tristes regrets.
Mr
Langez:
O Dieux! quelle douleur !
Mr
Morel:
Quel de vous, ô grands Dieux ! avec tant de furie,
Veut détruire tant de Beauté ?
Impitoyable Ciel ! par cette barbarie
Voulez-vous surmonter l'Enfer en cruauté ?
Mr
Langez:
Dieu plein de haine !
Mr
Morel:
Divinité trop inhumaine !
Ensemble:
Pourquoy ce courroux si puissant
Contre un Coeur innocent ?
O rigueur inouïe !
Trancher de si beaux jours !
Lors qu'ils donnent la vie !
A tant d'Amours !
[Entrée
des Furies & des Lutins]
Continuation
des Plaintes
Mlle
Hylaire:
Que c'est un vain secours, contre un mal sans remede,
Que d'inutiles pleurs, & des cris superflus:
Quand le Ciel a donné des Ordres absolus,
Il faut que l'effort humain cede.
Melez
vos pleurs avec mes larmes, &c.
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|
DEUXIESME
ACTE DE LA COMEDIE
|
Deuxiesme
Intermede
extrait de la Pastorale Comique
|
Les
Magiciens
Mrs le Gros, Gaye, & Morel
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Desse des
appas
Ne nous refuse pas
La grace qu'implorent nos bouches,
Nous t'en prions par tes rubans,
Par tes boucles de diamants,
Ton rouge, ta poudre, tes mouches,
Ton masque, ta coëffe, & tes gans.
O toy ?
qui peut rendre agreables
Les visages les plus mal-faits,
Répens, Venus, de tesattraits
Deux ou trois dozes charitables
Sur ce muzeau tondu tout frais.
Desse
des appas
Ne nous refuse pas, &c.
Ah qu'il
est beau
Le Jouveanceau,
Ah ! qu'il est beau ! Ah ! qu'il est beau !
Qu'il va faire mourir de belles:
Auprés de luy les puis cruelles
Ne pourront tenir dans leur peau,
Ah qu'il est beau
Le Jouveanceau,
Ah ! qu'il est beau ! Ah ! qu'il est beau !
Ho, ho, ho, ho, ho, ho.
Qu'il est
joli,
Gentil, poli,
Qu'il est joli, qu'il est joli,
Est-il des yeux qu'il ne ravisse ?
Il passe en beauté feu Narcisse
Qui fut un blondin accompli.
Qu'il est joli,
Gentil, poli,
Qu'il est joli, qu'il est joli,
Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
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TROISIESME
ACTE DE LA COMEDIE
|
Troisiesme
Intermede
extrait de George Dandin
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Le
Theatre represente un agreable Iardin de Cedres & de
Mirthes, fermé dans le fonds par une belle
Perspective, & aux deux costez, au dessous desdits
Cedres, tous les Musiciens & Concertans du Choeur de
l'Amour sont assis; & aprés que le Choeur de
l'Amour a chanté quelque temps, la Perspective
s'ouvre, & tout le fond du Theatre represente une grande
Voûte, sous laquelle sont plusieurs Satyres, Chantans
assis sur des Tonneaux de Vin,, tenans des Bouteilles &
des Verres en main, accompagnez de plusieurs autres des deux
costez & derriere eux; & au dessus de ladite
Voûte est une grande Balustrade de Flacons, derriere
laquelle le reste du Choeur de Bacchus paroist assis sur un
Amphitheatre, au dessous d'une Treille ou Berceau de Vigne,
pendant que deux Bergers & deux Bergeres chantent un
Dialogue en Musique, & que quatre Bergers & quatre
Bergeres, avec quatre suivans de Bacchus, & quatre
Bacchantes Dancent leurs Entrées.
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Le
Combat de l'Amour & de Bacchus
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Cloris
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Mlle
Hylaire
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Climene
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Mlle
Des-Fronteaux
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Tircis
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Mr
Gingan cadet
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Philene
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Mr
Gaye
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Cloris:
Icy l'ombre des Ormeaux
Donne un teint frais aux Herbettes,
Et les bords de ces Ruisseaux
Brillent de mille Fleurettes
Qui se mirent dans les Eaux.
Prenez, Bergers, vos Musettes,
Ajustez vos Chalumeaux,
Et mélons nos Chansonnettes
Aux chants des petits Oyseaux.
Le Zephir
entre ces Eaux
Fait mille courses secretes,
Et les Roßignols nouveaux
De leurs douces Amourettes
Parlent aux tendres Rameaux.
Prenez, Bergers, vos Musettes,
Ajustez vos Chalumeaux,
Et mélons nos Chansonnettes
Aux chants des petits Oyseaux.
[plusieurs
Bergers & Bergeres galantes mélent aussi leurs
pas à tout cecy, & occupent les yeux tandis que
la Musique charme les oreilles]
Climene:
Ah ! qu'il est doux, belle Silvie,
Ah ! qu'il est doux de s'enflammer;
Il faut retrancher de la vie
Ce qu'on en passe sans aymer.
Cloris:
Ah ! les beaux jours qu'Amour nous donne
Lors que sa flâme unit les coeurs;
Est-il ny gloire ny Couronne
Qui vaille ses moindres douceurs ?
Tircis:
Qu'avec peu de raison on se plaint d'un martyre
Que suivent de si doux plaisirs.
Philene:
Un moment de bon-heur dans l'amoureux Empire
Repare dix ans de soûpirs.
Tous
ensemble:
Chantons tous de l'Amour le pouvoir adorable,
Chantons tous dans ces lieux
Ses attraits glorieux;
Il est le plus aymable
Et le plus grand des Dieux.
[à
ces mots la Trouppe de Bacchus arrive, & l'un d'eux
s'avançant à la teste chante fierement ces
paroles]
Arrestez,
c'est trop entreprendre,
Un autre Dieu dont nous suivons les Loix
S'oppose à cét honneur qu'à l'Amour ose
rendre
Vos Musettes & vos Voix:
A des titres plus beaux, Bachus seul peut
prétendre,
Et nous sommes icy pour défendre ses
droits.
Le Choeur
de Bachus:
Nous suivons de Bachus le pouvoir adorable,
Nous suivons en tous lieux
Ses attraits glorieux,
Il est le plus aymable,
Et le plus grand des Dieux.
[plusieurs
du party de Bachus mélent aussi leurs pas à la
Musique, & l'on void icy un combat de Dançeurs
contre Dançeurs, & de Chantres contre
Chantres]
Cloris:
C'est le Printemps qui rend l'ame
A nos champs semez de fleurs;
Mais c'est l'Amour & sa flâme
Qui font revivre nos coeurs.
Un Suivant
de Bachus:
Le Soleil chasse les ombres
Dont le Ciel est obscurcy,
Et des ames les plus sombres
Bachus chasse le soucy.
Le Choeur
de Bachus:
Bachus est reveré sur la Terre & sur
l'Onde.
Le Choeur
de l'Amour:
Et l'Amour est un Dieu qu'on adore en tous lieux.
Le Choeur
de Bachus:
Bachus à son pouvoir a soûmis tout le
monde.
Le Choeur
de l'Amour:
Et l'Amour a dompté les Hommes & les
Dieux.
Le Choeur
de Bachus:
Rien peut-il égaler sa douceur sans seconde
?
Le Choeur
de l'Amour:
Rien peut-il égaler ses charmes precieux ?
Le Choeur
de Bachus:
Fy de l'Amour & de ses feux.
Le Choeur
de l'Amour:
Ah ! quel plaisir d'aymer.
Le party
de Bachus:
Ah ! quel plaisir de boire.
Le party
de l'Amour:
A qui vit sans amour, la vie est sans appas.
Le party
de Bachus:
C'est mourir que de vivre, & de ne boire pas.
Le party
de l'Amour:
Aymables fers.
Le party
de Bachus:
Douce victoire.
Le party
de l'Amour:
Ah ! quel plaisir d'aymer.
Le party
de Bachus:
Ah ! quel plaisir de boire.
Les deux
partis:
Non, non c'est un abus,
Le plus grand Dieu de tous,
Le party
de l'Amour:
C'est l'Amour.
Le party
de Bachus:
C'est Bachus.
[un
Berger se jette au milieu de cette dispute, & chante ces
Vers aux deux partis]
C'est
trop, c'est trop, Bergers, hé pourquoy ces
débats ?
Souffrons qu'en un party la raison nous assemble,
L'Amour a des douceurs, Bachus a des appas,
Ce sont deux Deïtez qui sont fort bien ensemble,
Ne les separons pas.
Les deux
Choeurs ensemble:
Meslons donc leurs douceurs aymables,
Meslons nos voix dans ces lieux agreables,
Et faisons repeter aux Echos d'alentour
Qu'il n'est rien de plus doux que Bachus &
l'Amour.
[tous
les Danceurs se meslent ensemble à l'exemple des
autres, & avec cette pleine réjoüissance de
tous les Bergers & Bergeres finit le divertissement du
Combat de l'Amour & de Bachus]
|

|
QUATRIESME
ACTE DE LA COMEDIE
|
Quatriesme
Intermede
extrait de la Pastorale Comique
|
|
Le
fond du Theatre se change en une Grotte de Vulcain, avec une
Forge pour les Cyclopes, & auparavant cette
Entrée on voit paroistre une Egyptienne qui dance
& chante, accompagnée de douze Danceurs
joüans de la Guittarre.
|
Une
Egyptienne qui chante & qui dance
Mr Noblet
|
|
|
|
Premier
Air
D'un
pauvre coeur
Soulgez le martyre,
D'un pauvre coeur
Soulagez la douleur;
J'ay beau vous dire
Ma vive ardeur,
Je vous voy rire
De ma langueur:
Ha ! cruelle j'expire
Sous tant de rigueur,
D'un pauvre coeur
Soulgez le martyre,
D'un pauvre coeur
Soulagez la douleur.
Second
Air
Croyez-moy,
hastons-nous ma Sylvie,
Usons bien des momens precieux,
Contentons icy nostre envie,
De nos ans le feu nous y convie
Nous ne sçaurions vous & moy faire mieux:
Quand l'Hyver a glacé nos guerets,
Le Printemps vient reprendre sa place,
Et ramene à nos champs leurs attraits,
Mais helas ! quand l'âge nous glace,
Nos beaux jours ne reviennent jamais.
Ne
cherchons tous les jours qu'à nous plaire,
Soyons-y l'un & l'autre empressez,
Du plaisir faisons nostre affaire,
Des chagrins songeons à nous défaire;
Il vient un temps où l'on en prend assez.
Quand l'Hyver a glacé nos guerets,
Le Printemps vient reprendre sa place,
Et ramene à nos champs leurs attraits,
Mais helas ! quand l'âge nous glace,
Nos beaux jours ne reviennent jamais.
|
Vulcain
Entrée des Cyclopes & des Fées
Vulcain: Mr de la Forest
|
|
|
|
Despechez,
preparez ces Lieux,
Pour le plus aymable des Dieux:
Que chacun pour luy s'interesse,
N'oubliez rien des soins qu'il faut;
Quand l'Amour presse
On n'a jamais fait assez tost.
Servez
bien un Dieu si charmant,
Il se plaist dans l'empressement:
Que chacun pour luy s'interesse,
N'oubliez rien des soins qu'il faut;
Quand l'Amour presse
On n'a jamais fait assez tost.
[Vulcain
fait travailler les Ciclopes en
diligence]
L'Amour ne
veut point qu'on differe,
Travaillez, hastez-vous,
Frapez, redoublez vos coups;
Que l'ardeur de luy plaire
Fasse vos soins les plus doux.
|

|
CINQUIESME
ACTE DE LA COMEDIE
|
Cinquiesme
Intermede
extrait du Bourgois Gentilhomme
|
|
La
Ceremonie Turcque
Un
Bourgois voulant donner sa Fille en Mariage au Fils du Grand
Turc, est annobly auparavant par une Ceremonie Turcque, qui
se fait en dançant & en chantant.
Il se void une petite Decoration dans le fonds du Theatre,
avec un Portique au milieu d'un Iardin, & au travers on
voit un autre Iardin en éloignement.
|
|
[le
Mufti invoque Mahomet avec les douze Turcs, & les quatre
Dervis aprés, on luy amene le Bourgeois auquel il
chante ces paroles]
Le
Mufti:
Seti sabir
Ti respondir
Se non sabir
Tazir tazir
Mistar
Mufti
Ti quistar ti
Non intendir
Tazir tazir.
[le
Mufti demande en mesme langue aux Turcs assistans de quelle
Religion est le Bourgeois, & ils l'asseurent qu'il est
Mahometan. Le Mufti invoque Mahomet en langue Franche, &
chante les paroles qui suivent]
Le
Mufti:
Mahametta per Giourdina
Ni pregar sra é mattina
Voler far un paladina.
Dé Giourdina, dé Giourdina
Dar turbanta é edar scarcina
Con galera é brigantina
Per deffender Palestina.
Mahametta per Giourdina, &c.
[le
Mufti demande aux Turcs si le Bourgeois sera ferme dans la
Religion Mahometane, & leur chante ces
paroles]
Le
Mufti:
Star bon Turca, Giourdina.
Les
Turcs:
Hi valla.
Le
Mufti:
Hu la ba ba la chou ba la ba ba la da.
Les Turcs
répetent les mesmes Vers.
[le
Mufti propose de donner le Turban au Bourgeois, & chante
les paroles qui suivent]
Le
Mufti:
Ti non star Furba.
Les
Turcs:
No no no.
Le
Mufti:
Non star furfanta.
Les
Turcs:
No no no.
Donar Turbanta, donar Turbanta.
[les
Turcs repetent tout ce qu'a dit le Mufti pour donner le
Turban au Bourgeois. Le Musti & les Dervis se
coëffent avec des Turbans de ceremonies, & l'on
presente au Mufta l'Alcoran, qui fait une seconde invocation
avec tout le reste des Turcs assistans, apres son invocation
il donne au Bourgeois l'espée, & chante ces
paroles]
Le
Mufti:
Tistar nobilé é non star fabola
Pigliar schiabbola.
Les Turcs
répentent les mesmes Vers.
[le
Mufti commande aux Turcs de bastonner le Bourgeois, &
chantent les paroles qui suivent]
Le
Mufti:
Dara dara
Bastonnara bastonnara.
Les Turcs
répetent les mesmes Vers.
[le
Mufti aprés l'avoir fait bastonner luy dit en
chantant]
Le
Mufti:
Non tener honta
Questa star ultima affronta.
Les Turcs
répetent les mesmes Vers.
[le
Mufti recommance une invocation, & se retire
aprés la ceremonie ave tous les Turcs, en
dançant & chantant avec plusieurs Instrumens
à la Turquesque]
|

|
SIXIESME
ACTE DE LA COMEDIE
|
Sixiesme
Intermede
extrait du Ballet des Nations du Bourgois
Gentilhomme
|
|
Une
Musicienne Italienne fait le premier recit dont voicy les
paroles.
|
Les
Italiens
la Musicienne Italienne: Mlle Hylaire
un Musicien Italien: Mr Gaye
|
|
|
|
Di rigori
armata il seno
Contro amor mi ribellai,
Ma fui vinta in un baleno
In mirar duo vaghi rai,
Ahi che resiste puco
Cor di gelo a stral di fuoco.
Ma si cro
é'lmio tormento
Dolce é si la piaga mia,
Ch'il penare é'lmio contento,
El' sanarmi é tirannia.
Ahi che resiste puco
Cor di gelo a stral di fuoco.
[aprés
l'air que la Musicienne a chanté, deux Scaramouches,
deux Trivelins, & deux Harlequins, representent en
cadence une nuit à la maniere des Comediens
Italiens]
[un
Musicien Italien se joint à Mademoiselle Hylaire,
& chante avec elle les paroles qui
suivent]
Le
Musicien Italien:
Bel temp che vola
Rapiscé il contento,
D'amor ne la scola
Si coglie il momento.
Mlle
Hylaire:
Insin che florida
Ride l'età
Che pur tropp'horrida
Da noi sen và.
Tous
deux:
Sù cantiamo,
Sù godiamo,
Nebei di, di gioventù:
Perduto ben non si racquista più.
Mr
Gaye:
Pupilla che vaga
Mill' alme incatena,
Fà dolce la piaga
Felice la pena.
Mlle
Hylaire:
Ma poiche frigida
Langue l'età.
Più l'alma rigida
Fiamme non hà.
Tous
deux:
Sù cantiamo, &c.
[aprés
le Dialogue Italien, les Scaramouches & Trivelins
dançent une
réjoüissance]
|
Les
Espagnols
Mrs la Grille, Morel & Gillet
|
|
|
|
Mr
Morel:
Se que me muero dé amor
Y solicito el dolor.
A un
muriendo de querer
De tanbuen ayre adolezco
Que es mas de loque padezco
Loque quiero padecer
Y no pudiendo exceder
Amidesco ed rigor.
Se que me
muero dé amor
Y solicito el dolor.
Lisonsicame
la fuerté
Con piedad tan advertida,
Que mé assegura lavida
En el riesgo de la muerté
Vivir de Lugolpe fuerte
Es de mi salud primor.
Se que me
muero dé amor
Y solicito el dolor.
Ay que
locura, contanto rigor
Quexarse deamor
Del nino bonito
Que todo es dulçura
Ay que locura,
Ay que locura.
Mr
Gillet:
El dolor solicita,
El que al dolor se da
Y nadie deamor muere
Sino quien no save amar.
Mrs
Morel & Gillet:
Dulce muerte es el amor
Con correspondencia ygual,
Ysi esta gozamos oy,
Porque la quieres turbar ?
Mr
Morel:
Alagrese Enamorado
Y tome mi pacerer
Que en esto dequerer
Todo es hallar el vado.
Tous trois
Ensemble:
Vaya, vaya de fiestas,
Vaya de vayle,
Alegria, alegria, alegria,
Questo de dolor es fantasia.
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SEPTIESME
ACTE DE LA COMEDIE
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Septiesme
Intermede
extrait de Psiché
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Le
Theatre se change en une grande Decoration celeste, &
les deux costez sont remplis de quatre Divinitez avec leurs
suites; Sçavoir Apollon, accompagné des Muses
& des Arts; Bachus de Silene, des Egypans & des
Menades; Mome de la Raillerie, avec une Trouppe
enjoüée de Polichinelles & de Mathasins,
& Mars à la teste d'une Trouppe de Guerriers,
suivy de Timballes, de Tambours & de Trompettes, avec un
grand nombre de Concertans assis sur des nuages au dessus
d'une Mer flottante qui est dans le fond du Theatre, &
au dessous d'une gloire fort éloignée,
où l'on voit toutes les Deïtez celestes assis
par petits plotons sur des nuages.
Apollon Dieu de l'Harmonie commence le premier à
chanter pour inviter les Dieux à se
réjoüir.
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Recit
d'Apollon [Mr Langez]:
Unissons Nous, Troupe immortelle,
Le Dieu d'Amour devient heureux Amant,
Et Venus a repris sa douceur naturelle
En faveur d'un Fils si charmant;
Il va gouster en paix aprés un long tourment,
Une felicité qui doit estre
éternelle.
[toutes
les Divinitez Celestes chantent ensemble à la gloire
de l'Amour]
Le Choeur
des Divinitez Celestes:
Celebrons ce grand Iour;
Celebrons tous une Feste si belle:
Que nos chants en tous lieux en portent la nouvelle;
Qu'ils fassent retentir le celeste sejour:
Chantons, repetons, tour à tour
Qu'il n'est point d'ame si cruelle
Qui tost ou tard ne se rende à l'Amour.
[Bachus
fait entendre qu'il n'est pas si dangereux que
l'Amour]
Recit de
Bachus [Mr Gaye]:
Si quelquefois
Suivant nos douces Loix,
La raison se perd & s'oublie,
Ce que le Vin nous cause de folie
Commence & finit en un jour;
Mais quand un Coeur est enïvré d'Amour,
Souvent, c'est pour toute la vie.
[Mome
déclare qu'il n'a point de plus doux employ que de
médire, & que ce n'est qu'à l'Amour seul
qu'il n'ose se joüer]
Recit de
Mome [Mr Morel]:
Ie cherche à médire
Sur la Terre, & dans les Cieux;
Je soûmets à ma Satyre
Les plus grands des Dieux.
Il n'est dans l'Univers que l'Amour qui m'étonne,
Il est le Seul que j'épargne aujourd'huy;
Il n'appartient qu'à Luy
De n'épargner personne.
[Mars
avoüe que malgré toute sa valeur, il n'a
pû s'empécher de ceder à
l'Amour]
Recit de
Mars [Mr Estival]:
Mes plus fiers Ennemis vaincus ou pleins d'effroy,
Ont veu toûjours ma Valeur triomphante,
L'Amour est le Seul qui se vante
D'avoir pû triompher de Moy.
[tous
les Dieux du Ciel unissent leurs voix, & engagent les
Tymbales & les Trompettes à répondre
à leurs Chants, & à se méler avec
leurs plus doux Concerts]
Le Choeur
des Dieux, où se meslent les Trompettes & les
Tymbales:
Chantons les plaisirs charmants
Des heureux Amants.
Respondez-nous Trompettes,
Tymbales, & Tambours:
Accordez-vous toûjours
Avec le doux son des Musettes,
Accordez-vous toûjours
Avec le doux chant des Amours.
[Entrée
de la Suite d'Apollon]
[les
Arts travestis en Bergers Galants pour paroistre avec plus
d'agrément dans cette Feste, commencent les premiers
à dancer. Apollon vient joindre une Chanson à
leurs Dances, & les sollicite d'oublier les Soins qu'ils
ont accoustumé de prendre le jour, pour profiter des
Divertissements de cette Nuit
bien-heureuse]
Chanson
d'Apollon [Mr Langez]:
Le Dieu qui nous engage
A luy faire la Cour,
Deffend qu'on soit trop sage.
Les Plaisirs ont leur tour,
C'est leur plus doux usage
Que de finir les soins du Iour;
La Nuit est le partage
Des Ieux, & de l'Amour.
Ce seroit
grand dommage
Qu'en ce charmant Sejour
On eust un Coeur sauvage.
Les Plaisirs ont leur tour,
C'est leur plus doux usage
Que de finir les soins du Iour;
La Nuit est le partage
Des Ieux, & de l'Amour.
[au
milieu de l'Entrée de la Suite d'Apollon deux des
Muses qui ont toûjours évité de
s'engager sous les Loix de l'Amour, conseillent aux Belles,
qui n'ont point encore aimé, de s'en deffendre avec
soinà leur exemple]
Chanson
des Muses [Mlles Hylaire,
Deffronteaux]:
Gardez-vous, Beautez severes,
Les Amours sont trop d'affaires,
Craignez toûjours de vous laisser charmer:
Quand il faut que l'on soûpire,
Tout le mal n'est pas de s'enflamer;
Le martyre
De le dire,
Couste plus cent fois que d'aymer.
On ne peut
aymer sans peines,
Il est peu de douces chaines,
A tout moment on se sent allarmer;
Quand il faut que l'on soûpire,
Tout le mal n'est pas de s'enflamer;
Le martyre
De le dire,
Couste plus cent fois que d'aymer.
[Entrée
de la Suite de Bachus]
[Les
Menades & les Egypans viennent dancer à leur
tout. Bachus s'avance au milieu d'Eux, & chante une
Chanson à la loüange du Vin]
Chanson de
Bachus [Mr Gaye]:
Admirons le Jus de la Treille:
Qu'il est puissant ! qu'il a d'attraits !
Il sert aux douceurs de la Paix,
Et dans la Guerre il fait merveille:
Mais sur tout pour les Amours,
Le Vin est d'un grand secours.
[Silene
Nourricier de Bachus paroist monté sur un Asne. Il
chante une Chanson qui fait connoistre les avantages que
l'on trouve à suivre les Loix du Dieu du
Vin]
Chanson de
Silene [Mr Gingan cadet]:
Bachus veut qu'on boive à longs traits;
On ne se plaint jamais
Sous son heureux Empire:
Tout le jour on n'y fait que rire,
Et la nuit on y dort en paix.
Ce Dieu
rend nos voeux satisfaits;
Que sa Cour a d'attraits !
Chantons bien sa gloire:
Tout le jour on n'y fait que rire,
Et la nuit on y dort en paix.
[deux
Satyres se joignent à Silene, & tous trois
chantent ensemble un Trio à la loüange de
Bachus, & des douceurs de son Empire]
Trio de
Silene, & de deux Satyres [Mrs de la
Grille, Gingan cadet & Bernard]:
Voulez-vous des douceurs parfaites ?
Ne les cherchez qu'au fonds des Pots.
Un
Satyre:
Les Grandeurs sont sujettes
A cent peines secrettes.
Second
Satyre:
L'Amour fait perdre la repos.
Tous
ensemble:
Voulez-vous des douceurs parfaites ?
Ne les cherchez qu'au fonds des Pots.
Un
Satyre:
C'est-là que sont les Ris, les Jeux, &
Chansonnettes.
Second
Satyre:
C'est dans le Vin qu'ont trouve les bons mors.
Tous
ensemble:
Voulez-vous des douceurs parfaites ?
Ne les cherchez qu'au fonds des Pots.
[Deux
autres Satyres enlevent Silene de dessus son Asne, qui leur
sert à voltiger, & à former des Ieux
agreables & surprenants]
[Entrée
de la Suite de Mome]
[une
Trouppe de Polichinelles & de Matassins vient joindre
leurs plaisanteries & leurs badinages aux Divertissement
de cette grande Feste. Mome qui les conduit chante au
mullieu d'Eux une Chanson enjoüée sur le sujet
des avantages & des plaisirs de la
Raillerie]
Chanson de
Mome [Mr Morel]:
Folastrons, divertissons Nous,
Raillons, Nous ne sçaurions mieux faire,
La Raillerie est necessaire
Dans les Jeux les plus doux.
Sans la douceur que l'on gouste à médire,
On trouve peu de plaisirs sans ennuy;
Rien n'est si plaisant que de rire,
Quand on rit aux despens d'autruy.
Plaisantons,
ne pardonnons rien,
Rions, rien n'est plus à la mode,
On court peril d'estre incommode
En disant trop de bien.
Sans la douceur que l'on gouste à médire,
On trouve peu de plaisirs sans ennuy;
Rien n'est si plaisant que de rire,
Quand on rit aux despens d'autruy.
[Entrée
de la Suite de Mars]
[Mars
vient au milieu du Theatre suivy de sa Trouppe Guerriere,
qu'il excite à profiter de leur loisir, e nprenant
part au Divertissement]
Chanson de
Mars [Mr d'Estival]:
Laissons en paix toute la Terre,
Cherchons de doux Amusements;
PArmy les Jeux les plus charmants,
Meslons l'image de la Guerre.
[Derniere
Entrée]
[les
quatre Trouppes differentes, de la suitte d'Apollon, de
Bachus, de Mome & de Mars, aprés avoir
achevé leurs Entrées particulieres, s'unissent
ensemble, & forment la derniere Entrée, qui
renferme toutes les autres. Un Choeur de toutes les Voix
& de tous les Instrumens se joint à la Dance
generale, & termine la Feste]
Le
Choeur:
Chantons les Plaisirs charmants
Des heureux Amants:
Respondez-nous Trompettes,
Tymblaes, & Tambours;
Accordez-vous toûjours
Avec le doux son des Musettes;
Accordez-vous toûjours
Avec le doux chant des Amours.
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Vers
du Ballet des Ballets
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Le
Polonois
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AUX DAMES
Le
bruit de vos perfections,
Dont l'Amour declare la guerre:
A tout autant de nations,
Qui respirent dessus la terre,
M'ameine ence pays pour voir
Si vous avez tant de pouvoir
Comme le renom le publie
Mais chef-d'oeuvres de la beauté,
Ie recognois qu'il ne oublie,
Cent fois plus qu'il n'en a conté.
Belles,
les delices des yeux
A nos libertez si fatales,
On ne peut trouver sous les Cieux
De beautez qui vous soient égales,
Außi ie ne m'estonne pas
Contemplant vos divins apas,
Si l'Amour a de si grands charmes
Est-ce merveilles qu'en enfant
Se soit rendu si triomphant
Armé de si puissantes armes.
Ie
bénis l'heure & le moment,
Qui me feit voir cette contrée,
Bien qu'ils soient cause du tourment,
Par qui mon ame est martyrée,
Les Cieux vous rendent le bon-heur,
Ie paye avecque la douleur,
L'heur extresme de vostre veuë,
Dieux ! que ce mal me sera doux
Si la peine vous est cogneuë
Que ie veux endurer pour vous.
Ie
donne le dernier adieu
Au froid sejour de ma naissance,
La Poloigne n'est pas un lieu
Qui soit preferable à la France,
Car on trouve icy les attraits
Dont l'Amour acere les traits,
Qui blesse lesplus belles ames,
Qu'on me pardonne si ie dis,
Qu'abordant ces divines Dames
Ie pense estre en un Paradis.
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|
pour
le Poete
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AUX DAMES
Nymphes
dont l'éclat sans pareil,
A fait retirer le Soleil,
Pour donner à son tour au monde la lumiere,
Beaux ornemens de l'Univers
Ma Muse est en langueur, & manque de matiere,
Lors que vous n'estes pas le sujet de mes
vers.
Mais si
tost qu'il faut vous loüer,
Chacun est contrainct d'avoüer
Que ma veine se rend la plus riche du monde,
Et cela me semble si dous,
Que mon ame jamais de tant d'aise n'abonde
Que quand i'ay le bon-heur de composer pour
vous.
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|
Les
Faiseurs de Ballets
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AUX DAMES
Cheres
delices de nos yeux,
Qui de la richesse des Cieux
Epandez l'éclat sur la terre,
Belles, qui sçavez tout ravir
Ne nous declarez point le guerre,
Pour nous forcer à vous servir.
Des-ja
nos esprits & nos coeurs
Recognoissent pour leurs vainqueurs
Les dous charmes de vos visages,
Tout se doit rendre à leur beauté,
Et nous preferons nos servages
A la plus douce liberté.
Nous-nous
tiendrons les plus heureux
De tous ceux qui sont amoureux
Si vous avouez nos sevices,
Et selon nostre ardent desir
Pouvez dedans nos exercices
Recevoir un peu de plaisir.
Nous
sommes experts en nostre art,
Qui nous voudra tirer à part
En pourra voir l'experience,
Mais les discours sont superflus,
Prenez chacune en diligence
Le balet qui vous plaist le plus.
Nous
avons les manches chez nous,
Dont le manimant est si dous
Que c'est à regret qu'on les quitte,
Et les maris ont beau crier
Quiconque en tousiours medite
Sur les moyens de balayer.
Si vous
voulez nostre secours,
Nous serons cinq ou six tours
La besongne de vos servantes,
Et vos plus secrets cabinets
N'ont point de si petites fentes
Où nous ne les randions bien nets.
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pour
le Valet des Faiseurs de Balets
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à
une Vieille qui les portoit au marché
Vieille
l'horreur des yeux, mégere espouvantable,
Si vous estiez semblable
A celles dont l'oeil sçait mille traits
décocher,
Vous n'emporteriez de la sorte
Ces balets dedans vostre hotte,
Ie vous les voudrois enmancher.
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la
Hoteuse
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Valet,
ne charge plus mon mon dos,
Laisse luy prendre du repos,
Le gain n'égale pas ma peine,
Si je porte d'or-en-avant
Tant le fardeau sans prendre haleine,
Ce sera dessus le devant.
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|
pour
un Joüeur de Violon
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Iris,
dont j'ay tousiours aimé l'humeur accorte,
Si toutes mes chansons rendent un ton si hault:
C'est que du violon qu'à toute heure je porte,
Les nerfs en vous voyant bandent plus qu'il ne
fault.
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|
pour
les Danceurs
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|
Au
bruit de ces doux instruments,
D'une tremoussante allegresse
Nous faisons plus de mouvemens
Que Thais n'en fit dans la Grece:
Depuis long temps nous sommes seurs
Qu'on nous prend pour de bons danceurs
Quand nous frisons la cabriole:
Außi sans nous flatter en rien,
Nous nous vantons de sçavoir bien
Toute dance horsmis l'Espagnole.
Mais
voyant en ce beau sejour
Des beautez en telle abondance,
Pour suivre les loix de l'Amour
Nous quittons celles de la dance.
Si l'on nous faict quelque faveur,
Nous aimerons avec ferveur
La douce cause de nos flâmes;
Et ferons voir en ces transports
La legereté de nos corps,
Et la constance de nos Ames.
AUX DAMES
Beautez,
en qui les Dieux ont voulu se pourtraire,
Que vos yeux nompareils qui triomphent de tous
Sçavent recompenser d'un injuste salaire,
La douceurs des plaisirs qu'ils reçoivent de
nous.
|
Le
Cordonnier
AUX DAMES
J'entens
à bien chausser les Dames,
Mieux que Cordonnier de Paris,
Außi fais-je plus pour les femmes
Que je ne fais pour les maris;
Et la marchandise est si forte,
Belles qu'en besongne je mets
Qu'elle durcit plus on la porte
Et dans l'eau n'amolit jamais.
le
Vendeur de Masques
AUX DAMES
Quelle
erreur a de son poison,
Troublé des hommes la raison,
Ils se couvrent tout le visage,
Laissant
à descouvert cet endroit seulement,
Par ou l'on voit vos traits blesser plus vivement,
Et par ou dans les coeurs vos yeux trouvent
passage.
le
Vendeur de Coiffeures
AUX DAMES
Que le
Ciel contraire à ma felicité,
Et que nostre prudence abonde en vanité,
Ie viens dans ce beau lieu pensant gaigner ma vie,
Et je vois maintenant que le sort envieux,
Qui sous ses dures loix la retient asservie,
M'expose pour la perdre aux flâmes de vos
yeux.
pour
le Peintre
AUX DAMES
Avecque
l'art de la Peinture,
I'imite si bien la nature,
Que chacun veut de mes portraits:
Ie ne vous conte point une chose frivole,
A tous les tableaux que je fais,
Mon pinceau donne la parole.
le
Tailleur d'Habits
AUX HOMMES
Vous
qui nous accusez d'avoir l'ame servile,
Et qui méprisez l'art où s'occupent mes
mains,
Voyez combien il sert au repos des humains,
Et confessez au moins qu'il n'est pas inutile:
Car si le seul objet des charmes glorieux,
Que ces rares beautez descouvrent à vos yeux,
Rend de tous les plaisirs vostre ame despourveuë:
Si vous pouviez à nu contempler ces appas,
Qu'un vestement jaloux dérobe à vostre
veuë,
Quel miracle pourroit vous sauver du trespas
?
L'avantcoureur
des Ecervelez,
coiffé d'un Moulin avant
[sic]
Ne me
blasmes point, ô ma belle,
Pour me voir avecque ceux-cy,
Bien que je sois comme eux un homme sans cervelle,
Ie ne suis pas comme eux un homme sans soucy.
Du jour
que ton bel oeil m'enflâme,
Ses ardeurs tant de mal me font,
Que le vent amoureux des souspirs de mon Ame,
Fait tourner le moulin que j'ay dessus le front,
Que je
haïs ces coeurs infidelles
Qu'on voit changer à tous momens !
Pour moy, belle Philis, qi je porte des aisles
Ce n'est que pour voler à tes
commandemens.
pour
les Ecervelez
Pour
répondr'à certaines bêtes
Qui pensent parler sagemant,
Nous confessons avoir des têtes
Sans cervell', é sans jugemant:
Mais pour cajoller quelque belle,
De même qu'on en voit ici,
Nous en portons d'autrez außi,
Qui ne manquent point de cervelle.
le
Goguelu
AUX DAMES
Quel
astre vient sur moy répandre son poison,
Depuis qu'on void mes jours sur l'orizon,
Le soucy n'eut jamais d'empire dans mon ame.
Mais helas ! en entrant dans ces funestes lieux,
Ce tyran qui tousiours suit l'amoureuse flâme,
Pour me mettre en ses fers, s'est servy de vos
yeux.
la
Gogueluë de son mary
Bien
que dedans mon ame, & dessus mon visage
La gayeté, les riz, les delices, l'amour,
Ainsi que dans leur temple y fassent leur sejour,
Et que mes yeux des pleurs ne sçachent point
l'usage,
Ne pensez pas pourtant qu'au profond de mon coeur,
Le soucy bien souvent ne me traitte en vainqueur,
Quand ie viens à penser qui payera les debtes,
Que depuis quelques nuicts ce gros dormeur a
faites.
l'Amoureux
de la Gogueluë
AUX DAMES
Belle,
j'adore une beauté,
Dont les yeux ont tant de puissance,
Que contre eux nulle liberté
Ne peut faire de resistance,
Nous avons pour nous voir elle a moy resolu
D'anyvrer à ce soir son mary Goguelu,
Indigne de iouyr d'une chose si belle
Mais sçachez ô beauté dont les yeux sont
si doux
Que je ne feray rien cette nuict avec elle,
Que je ne fisse bien encore avecque vous.
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Recit
du Balet des Balets
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Excusez
Meßieurs les François
Un pauvre Prince Polonois,
Qui veut s'offrir de vous plaire,
Ses desseins n'estoient pas trio lais
Mais par malheur il a fait faire
Des balais au lieu de Balets,
Il a
choisi pour son autheur,
Un fort joly Compositeur,
Au beau milieu d'un jeu de quilles,
Un Poëte de la place aux Veaux
Qui prend des vers pour des chenilles,
Et des Muses pour des museaux.
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Deuxiesme
Recit
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Le
Balet s'en va commencer,
Et lors que le Maistre à dancer
Fera ses cadances paroistre,
Vous serez tous bien esbahis:
Car vous ne prendrez plus mon Maistre
Pour un homme de son pays.
Il va
par sa dexterité,
Monstrer que son agilité
Comme sa force est naturelle,
Et que s'il est estropié
De l'esprit & de la cervelle,
Il ne le fut jamais du pied.
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Recit
du grand Balet des quatre Estropiez de
Cervelle
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Nous
sommes quatre écervellez,
Que l'Amour tyrannisé,
Respondez-nous si vous voulez,
Quand reviendra Denise.
Comme
on void par tout le Soleil
Luire dessus la terre,
Ainsi l'amour suit un mauvais conseil,
En nous faisant la guerre.
Ce
petit Dieu victorieux
Attaquant tout le monde,
Tesmoigne bien qu'il n'est pas curieux
Assez de sa rotonde.
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