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Ballet des Arts
dansé par sa Majesté le 8. Janvier 1663, à Paris au Palais-Royal

livret de Isaac de Benserade
musique de: Michel Lambert & Jean-Baptiste Lully


1. l'Agriculture
2. la Navigation
3. l'Orfèvrerie
4. la Peinture
5. la Chasse
6. la Chirurgie
7. la Guerre

Prélude

1er Ritournelle

2e Ritournelle

I. L'Agriculture
la musique est de Monsieur Lambert

Cet Art est représenté par des Bergers et des Bergères; lequels sortent d'agréables boccages, qui sont la décoration de cette première scène.
La Félicité et la Paix qui les accompagnent toujours fontt un récit en dialogue, auquel repond un choeur d'instruments rustiques


Dialogue de la Felicite et de la Paix
chanté par Mademoiselle Hylaire & Mademoiselle de Saint Christophe

Ritournelle
Dialogue 1er couplet
Ritournelle
Dialogue 2e couplet

La Paix:
Douce felicité ne quittons point ces lieux.

La Felicite:
Douce et charmante Paix ou peut on etre mieux ?

Ensemble:
Ny les travaux, ny les peines
N'habitent plus dansces bois.
Les Bergers sont comme des Rois
Les Bergeres sont comme des Reines

La Paix:
J'y veux être toujours,

La Felicite:
Et moy toujours aussi.

Ensemble:
Amour est le seul mal dont on se plaint icy.

La Paix:
Les vents les plus cruels sont changés en zéphirs.

Ensemble:
Icy quand un cour soupire,
Un autre coeur lui répond,
Et c'est là tout le bruit que font
Les échos qui n'osent tout dire.

La Paix:
J'y veux etre toujours,

La Felicite:
Et moy toujours aussi.

Ensemble:
Amour est le mal dont on se plaint icy.

c
I. Entrée
Bergers & Bergères
un Berger: Le Roy
une Bergère: Madame
des Bergers: le Marquis de Rassan, les Sieurs Raynal, Noblet & la Pierre
des Bergères: Mlle de Mortemart, Mlle de Saint-Simon, Mlle de la Vallière, Mlle de Sévigné

1er Air: quatre Bergers & quantre Bergeres
2e Air: pour les mesmes
3e Air: pour le Roy
4e air: Bourrée de Madame
5e Air: Bourrée pour les mesmes


Pour le Roy, un Berger

Voicy la Gloire, et la fleur du Hameau,
Nul n'a la teste et la plus belle et mieux faite;
Nul ne sçait mieux redouter sa houlette,
Nul ne sçait mieux comme on garde un troupeau.

Et quoi qu'il soit dans l'age ou nous sentons
Pour le plaisir une attache si forte,
Ne croyez pas que la plaisir l'emporte,
Il en revient toujours a ses mourons.

A son labeur il passe tout d'un coup,
Et n'ira pas dormir sur la fougere,
Ni s'oublier aupres d'une Bergere,
Jusques au point d'en oublier le loup.

Ce n'est pas tant un Berger qu'un Heros,
Dont l'ame grade applique ses pensees
Au soin de ses brebis engraissees,
En leur laissant la laine sur le dos.

q
Pour Madame, une Bergere

Quelle Bergere, quelq yeux
A faire mourir les Dieux !
Aussi comme eux on l'adore,
Elle est de leur propre sang:
De jeunes lis et des roses
Tout nouvellement écloses
Forment son teint delicat;
Enfin les plus belles choses
Pres d'elle n'ont point d'eclat.
C'est une douceur extreme,
Et pour en dire icy le mal comme le bien,
Il est vrai tout le monde l'aime,
Mais apres son devoir ses mourons et son chien,
Je pense qu'elle n'aime rien.

q
Pour Mademoiselle de Mortemart, une Bergere

Que cette Bergere est belle,
A-t-elle un defaut ?
Un Berger qui soit digne d'elle
N'est-ce pas tout ce qu'il luy faut ?
A quiconque pourra tant faire
Que de la ranger sous sa loi,
La bonne affaire,
L'heureux employ !

q
Pour Mademoiselle de Saint-Simon, une Bergere

Gardez-vous de ces lis, gardez-vous de ces roses,
Qui ne s'en gardera ne sçauroit faire pis,
Ha ! quelle est dangereuse en gardant ses brebis,
Elle a des yeux brillants qui disent mille choses,
Mails ils en donnent a garder
A qui plus qu'il ne faut ose les regarder.

q
Pour Mademoiselle de la Valliere, une Bergere

Non sans doute il nest point de Bergere plus belle,
Pour elle cependant qui s'ose declarer ?
La presse n'est pas grande a soupirer pour elle,
Quoi qu'elle soit si propre a faire soupirer.

Elle a dans ses yeux une douce langueur,
Et bien qu'en apparence aucune n'en soit la cause,
Pour peu qu'il fuat permis de fouiller dans son coeur,
On ne laisseroit pas d'y trouver quelque choise.

Mais pourquoi là dessus s'etendre davantage ?
Suffit qu'on ne sçauroit en dire trop de bien,
Et je ne pense pas que dans tout le village,
Il se rencontre un coeur mieux place que le sien.

q
Pour Mademoiselle de Sévigné, une Bergere

Deja cette beaute fait craindre sa puissance,
Et pour nous mettre en but a d'extrêmes dangers:
Elle entre justement dans l'age ou l'on commence
A distinguer les loups d'avec les Bergers.

q
Pour le Marquis de Rassan, un Berger

Je porte peu d'ennui
Aux Bergers dont la vie
Est pleine de douceur,
Ma fortune est meilleure
Si je trouve mon heure
Ou j'ai perdu mon coeur.

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II. La Navigation
la musique est de Monsieur Lambert

La mer paraît en éloignement de laquelle Thétis, sortant avec trois autres divinités marines, chante des vers à la louange de la Navigation.
Un Chef des Corsaires avec qutre Pirates de sa suite arrivent sur le rivage, ne s'éloignant jamais avec d'un élément, sur lequel il établit sa demeure.


Recit de Thetis
chanté par Mademoiselle de Cercamanan

Ritournelle
Récit 1er couplet
Ritournelle,
Récit 2e couplet


Aux Dames

Ne craignez point le naufrage,
Beaux yeux, le vent ny l'orage
N'oseroient vous attaquer:
Hasardez vous dessus l'onde,
Qu'elle rie ou qu'elle gronde,
Il n'est que de s'embarquer.

Sur les flots qui s'aplanissent
Mille vaisseaux s'enrichissent
Pour un qui vient a manquer:
Vous ne ferez pas grand chose
Tant que vous direz, je n'ose,
Il n'est que de s'embarquer.

c
II. Entrée
Corsaires et Pirates
Le Comte de Saint-Aignan, Corsaire
Messieurs d'Heureux, Beauchamp, Saint-André et Desbrosse, Pirates

1er Air: un Corsaire et quatre Pirates
2e Air: pour les Pirates


Pour le Comte de Saint-Aignan, Corsaire

Ce Corsaire toujours suivi de la victoire
A couru sur toutes les mers;
Il a vu de l'amour, il a vu de la gloire,
Les flots doux, et les flots amers,
Et n'a point redouté leurs vagues les plus hautes,
Devenu célèbre aujourd'hui,
Pour en avoir laissé beaucoup derrière lui
Qui se sont écoués aux côtes.

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III. L'Orfèvrerie
la musique est de Monsieur Lully

Junon descend dans une machine qui représente une mine d'or, comme la déesse qui préside aux richesses, et fait la récit pour l'Orfèvrerie, en suite duquel quatre Courtisans qui ont acheté, de quelque orfèvre, les superbes ornements dont ils sont parés, font la Troisième Entrée.


Recit de Junon sur les Richesse
chanté par Mademoiselle Hylaire

Ritournelle
Récit 1er & 2e couplets


Je répand sur les humains
La richesse à plaines mains,
Aussi pour mes autels la faveur est extreme:
Parmy tous ses attraits, ses charmes, ses appas,
Amour l'avoüroit luy même,
La richesse ne nuit pas.

Soyez beau, soyez bien fait,
N'ayez rien que de parfait,
Pressez, et soupirez, afin que l'on vous aime,
Parmi tous ses attraits, ses charmes, ses appas,
Amour l'avouerait lui même,
La richesse ne nuit pas.

c
III. Entrée
Courtisans chargés d'Orfèvrerie
Le Comte d'Armagnac, le Marquis de Genlis, Monsieur Coquet et Monsieur Langlois, Courtisans

1er Air: les Courtisans chargés d'Orfèvrerie
2e Air: pour les mêmes


Pour le Comte d'Armagnac, Courtisan

Vous êtes Courisan, c'est une race d'hommes
Beaux, diseurs de bons mots, jeunes, adroits, galants,
Et qui parmi tout l'or dont ont les voit brillants,
D'ordinaire chez eux n'ont pas de grandes sommes.

q
Pour Le Comte De Sery, qui devait représenter un Courisan

Il n'est pas trop nécessaire
Qu'un Courtisan soit sincère,
Et cependant je le suis;
Demeurant tant que je puis
Dans la bonne et droite route:
Vous n'en serez jamais en doute,
Pourvu que vous en consultiez
Mes amours et mes amitiés.

q
Pour le Marquis de Genlis, un Courtisan

On pardonne à ma taille, on pardonne à ma mine;
Mais ce n'est pas nouveauté
Qu'à la cour on m'examine
Sur le fait de la beauté.

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IV. La Peinture
la musique est de Monsieur Lully

Le théâtre se change en une galerie ornée de plusieurs tableaux & statues, du fond de laquelle sortent les ombres de ces deux grands Peintres de l'antiquité: Zeuxis & Apelle, qui font entre elles un dialogue servant de récit à l'Art de la Peinture.
Quatre Peintres grotesques, suivis de leurs Valets, avec quatre Dames ridicules sui vont se faire peindre, dansent cette Entrée d'une manière plaisante et bizarre.


Dialogue d'Apelle et de Zeuxis
chanté par Messieurs de Beaumont et d'Estival

Ritournelle
Dialogue 1er couplet,
Ritournelle,
Dialogue 2e couplet


Apelle:
Ma Vénus a chassé les hommes les plus fiers,
Et je suis au dessus de tout ce que nous sommes.

Zeuxis:
J'ai trompé les oiseaux en peignant des raisins,
C'est autant pour le moins que de charmer les hommes.

Tous Deux:
Après de si grands efforts,
Nous faisons bien d'être morts;
Ces modernes pinceaux imitant la nature,
Prétendroient de nous surpasser,
Et nous auroient fait renoncer
A la Peinture.

Apelle:
Quel honneur qu'on n'ait point achevé ce tableau
Om l'Amour même a cru que je flattais sa mère.

Zeuxis:
Quel honneur d'avoir fait un ouvrage si beau,
Que ceux qui m'ont suivi n'ont jamais pu mieux faire.

Tous Deux:
Après de si grands efforts &c...

c
IV. Entrée
Valets, Peintres & Dames
Monsieur Cabou, le Sieu Dolivet, Valets
Les Sieurs de Lorges, le Chantre, le Comte & Desbrosses, Peintres
Monsieurs Mollier, les Sieurs des Airs le cadet, Païsan et Desonets, Dames

Pour les Peintres aux Dames

Beaux sexe qui par nous venez à bout de l'autre
Flattez ce qui vous flatte, et vous prête secours,
Sous votre toile, hélas ! vous n'êtes pas toujours
Comme vous êtes sur la nôtre.

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V. La Chasse
la musique est de Monsieur Lully

Diane sort d'une forêt, en laquelle la face du théâtre s'est changée, et accompagnée de quelques Nymphes, fait un récit auquel plusieurs instruments répondent, et Céphale, suivi de six autres Chasseurs, danse cette Entrée


Récit de Diane
chanté par Mademoiselle de la Barre

Ritournelle de flûtes,
Dialogue 1er & 2e couplet,
Ritournelle


Amour se glisse dans nos bois,
Evitons bien ses entreprises
Nous prenons des bêtes parfois,
Craignons nous mêmes d'être prises:
Il est bon de s'en deffier,
Tous les coeurs sont de son gibier.

Afin de nous assujettir,
Il est toujours en embuscade,
il ne faut parfois qu'un soupir,
Il ne faut qu'une simple oeillade.
Il est bon de s'en défier,
Tous les coeurs sont de son gibier.

c
V. Entrée
Céphale & les Chasseurs
Monsieur le Duc, Céphale,
Le Duc de Beaufort, Les Marquis de Villeroy et de Mirepois, Monsieur Bomteps, Monsieur Langlois & le Sieu de Saint-André, Chasseurs

1er Air: Céphale & les Chasseurs
2e Air: pour les Chasseurs


Pour Monsieur le Duc, Céphale

Il arrive souvent comme l'Amour est fin,
Que d'un projet de Chasse une affaire est couverte,
Quand un jeune Chasseur se lève si matin,
Qu'il est passioné, que sa flamme est soufferte,
Un mari comme un cerf doit se tenir en alerte.

q
Pour Monsieur de Duc de Beaufort, un Chasseur

L'exercice est tout ce que j'aime,
Et je n'en fais pas pour un peu,
Je vais au bois quelquefois même
Je vais à l'eau, je vais au feu.

q
Pour Monsieur le Marquis de Villeroy, un Chasseur

Vous êtes jeune, adroit et parfaitement bien
En tout ce qui compose un fort leste équipage,
A vous dire le vrai ce serait grand dommage
De chasser tout le jour, et de ne prendre rien.

q
Pour le Marquis de Mirepoix, un Chasseur

Entre tous les Chasseurs qui tâchent de bien faire,
Comme les autres j'ai paru,
O ! que j'aurais fait bonne chaire
Si j'avais attrapé tout ce que j'ai couru.

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VI. La Chirurgie
la musique est de Monsieur Lully

Une salle remplie de plusieurs vases de porcelaine, et de toutes les choses qui peuvent remédier aux accidents qui arrivent au corps humain, sert de décoration à l'Art de la Chirurgie.
Esculape, dieu de la Médecine, avec quelques vieux Docteurs en sort et fait le récit.
Plusieurs Estropiés de toutes les manières, dansent une fort ridicule Entrée, qu'un Chirurgien savant et adroit ayant vu, il les met en état, par leur guérison entière, d'en danser une autre avec beaucoup de disposition


Récit d'Esculape sur la Médecine
chanté par Monsieur de la Grille

Ritournelle
Récit 1er couplet
Ritournelle
Récit 2e couplet


Bel Art, qui retardez l'infaillible trépas,
En secrets merveilleux votre science abonde,
[Faut-il] Il faut que vous n'en ayez pas
Contre le plus commun de tous les maux du Monde ?

Un coeur tout languissant, et qui s'en va mourir,
Mettrait-il son espoir en vos seules racines ?
C'est à l'Amour à le guérir,
Et comme il fait les maux, il fait les médecines.


c
VI. Entrée
Chirurgiens, Docteurs & Estropiés
Monsieur de Lully, Chirurgien
Les Sieurs La Vigne, Besson, Magny & Barry, Docteurs
Monsieurs Geoffroy, les Sieurs Raynal, Bonard, le Conte, Païsan, la Pierre, Noblet & Laleu, Estropiés

1er Air; un Chirurgien, quatre Docteurs & huit Estropiés
2e Air: pour les Docteurs et Chirurgien
3e Air: pour les Estropiés


Pour Monsieur de Lully, Chirurgien

J'étais perdu moi-même, et tous ce que je vois
Qui sont aux incurables
Perclus et misérables
Ne s'aidaient pas si mal de leurs membres que moi.
Dans mon infirmité ne sachant plus que faire,
Le dieu du mariage à qui je fus contraire,
L'aurait-on cru si bon pour un Estropié ?
M'a guéri tout à fait et mis sur le bon pied,
Cette divinité, ma chère protectrice
N'en ayant pas laissé la moindre cicatrice.

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VII. La Guerre
la musique est de Monsieur Lully

Un camp orné de plusieurs tentes et pavillons, montre que l'Art de la Guerre va se faire voir: Mars et Bellone, dans une machine, ayant chanté des vers en dialogue à la louange de cet Art, qui produit tant de renommée et de gloire à ceux qui l'exerce dignement.
La déesse Pallas toute brillante, et aussi considérable par sa valeur que par sa beauté descend du ciel; et se joignant à quatre charmantes Amazones dans la septième Entrée: Après qu'un grand concert de plusieurs instruments a succédé au récit de Mars et Bellone


Dialogue de Mars et de Bellone
chanté par Mademoiselle Hylaire; Bellone
Monsieur Don, Mars

Ritournelle
Dialogue 1er couplet
Ritournelle
Dialogue 2e couplet


Mars:
Quoi, jamais plus de sang ?

Bellone:
Quoi, jamais plus de morts ?

Mars:
La Paix a pour longtemps etouffé les discors,
Et réuni les premiers trônes.

Bellone:
Ne nous désespérons pas,
J'aperçois des Amazones
Qui vont faire du fracas.

Tout Deux:
Ces aimables foudres de guerre
Qui font nos braves trembler,
Ont de quoi dépeupler la terre,
Et de quoi la repeupler.

Mars:
Que leurs coups sont cruels !

Bellone:
Que l'on craint leurs regards

Mars: Elles mettront bientôt le feu de toutes parts,
Et vont donner mille batailles.

Bellone:
S'il ne s'agit seulement
Que de voir des funérailles,
Nous aurons contentement.

Tout Deux:
Ces aimables foudres de guerre
Qui font nos braves trembler,
Ont de quoi dépeupler la terre,
Et de quoi la repeupler.

c
VII. & dernière Entrée
Pallas, Amazones & Vertus
Madame, Pallas
Mlle de Mortemart, Mlle de Saint-Simon, Mlle de la Vallière & Mlle de Sévigné, Amazones

1er Air: Concert des Amazones
2e Air: Pallas et les quatre Amazones
3e et dernier Air: les Vertus


Pour Madame, Pallas

A voir la dignité, la pompe, les richesses,
L'éclat de la personne, et la splendeur du nom,
Et tout ce qui convie aux premières déesses,
Diriez vous pas que c'est la superbe Junon ?

A voir comme on la suit en adorant ses traces,
Comme elle enchaîne ceux qui d'ellesont connus,
Comme elle a dans ses yeux les Amours et les Grâces,
Diriez vous pas que c'est la charmante Vénus ?

C'est Pallas elle même, ou quelqu'autre héroïne,
Qui cache sa fierté sous beaucoup de douceur,
Et sans en affecter la redoutale mine,
Elle en a les Vertus, l'esprit, le noble corps ?

Qi Pâris revenait, nous verrions ce jeune homme
Bien moins embarrassé qu'il ne fut autrefois;
Il n'aurait qu'à donner à celle-ci la pomme,
S'il voulait être quitte envers toutes les trois.

q
Pour Mademoiselle de Mortemart, une Amazone

Que d'appas, d'attraits, et de charmes,
Pour le dire en un mot, que d'armes !
Vous avez quelque affaire, et je le prévois bien,
Est-on comme cela pour rien ?
Est-ce pour attaquer ? Est-ce pour vous défendre ?
Car je vous donne avis qu'on tâche à vous surprendre,
Soyez en défiance aux lieux où vous allez,
Tel pourrait s'enhardir, encore qu'il vous redoute,
Je sais qu'on vous en veut, et votre coeur s'en doute,
Dites-nous à l'oreille à qui vous en voulez ?

q
Pour Mademoiselle de Saint-Simon, une Amazone

Cette jeune Amazone avec ses doux regards,
Met indifférement le feu de toutes parts,
Et de la sorte qu'elle frappe,
Ami comme ennemi, personne n'en échappe,
Ces deux jeunes beautés le procédé commun,
Elle s'en lassera peut être,
Après avoir ainsi frappé sans reconnaître
Souvent dans la mêlée on s'attache à quelqu'un.

q
Pour Mademoiselle de la Vallière, une Amazone

Divine Amazone, tout bas,
Contez nous qu'elle est votre gloire,
Volontiers n'affectez vous pas
D'étaler trop une victoire,
Les procédés sont différents,
Les uns comme les torrents
Courent et ravagent la terre,
Les autres au contraire appréhendant l'éclat
Font les plus beaux coups de la Guerre,
Comme on fait un assassinat.

Telle a mille coeurs sous ses lois,
Craignant de vivre trop à l'ombre,
Telle considère parfois
La qualité plus que le nombre:
Je vois luire dans vos beaux yeux
Un certain air impérieux,
Fatal au repos des plus braves,
Et ne conte pas moins qu'Alexandre et César,
En me figurant des esclaves
A la suite de votre char.

q
Pour Mademoiselle de Sévigné, une amazone

Belle et jeune guerrière, une pruve assez bonne
Qu'on suit d'une Amazone et la règle et les voeux,
C'est qu'on a qu'un téton, je crois, Dieu me pardonne,
Que vous en avez déjà deux ?


Les Amazones s'étant retirées, Pallas paraît de nouveau avec les Vertus qui la suivent partout, vêtues des couleurs qui leur conviennent le plus, qui sont:

La Fidélité, représentée par le Comte de Saint-Aignan, et vêtu de bleu
La Beauté, d'incarnat, par Monsieur de Souville
La Force, de couleur de feu par le Sieu de Raynal
La Prudence, par le Sieur des Airs l'aîné, habillé de cette couleur changeante qu'on voit dans la peau des serpents
La Chasteté, de blanc, par le Sieur des Lorges
et
La Constance, par le Sieur des Airs le cadet, vêtu de vert; et représentant la fermeté de la terre

Cette septième et dernière Entrée concluant le Ballet des Arts


Pour le Comte de Saint-Aignan, la Fidélité

Sa mine prouve ce que le coeur doit être,
L'honneur y va loin devant l'utilité,
Pour la maîtresse et pour le maître,
C'est la même Fidélité.

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