Ballet
Royal
d'Alcidiane
en
III Parties, & vingt et une Entrées
dansé par Sa Majesté le 14. Fevrier
1658
Livret
de Isaac de Benserade
musique
de: Jean-Baptiste
Lully &
Autres
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Ballet
divisé en III Parties
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Dont
la
premiere
contient les delices de l'Isle Heureuse ou inaccessible,
où cette belle Reyne tenoir sa Cour
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La
seconde,
les principales advantures de Polexandre avant d'y
parvenir
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Et
la
troisieme,
son Triomphe & sa gloire en la possession
d'Alcidiane
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Avant-Propos
Le
sujet de ce Ballet est tiré du Roman de Polexandre:
et bien que beaucoup de personnes ayent eu la
curiosité de le lire; on se croit pourtant
obligé d'apprendre à ceux qui ne s'en sont pas
donné la peine, que l'Isle inaccessible par l'art des
Pilotes, ne le fut pas à plusieurs que la Fortune y
fait aborder, & que Polexandre ayany esté de ce
nombre; & en estant sorty pour delivrer une des Dames de
la Reyne, eut de grandes traverses avant que d'y retourner;
& qu'enfin par les avis de Pallante, Chef des Illustres
Esclaves d'Alcidiane; il y fut une seconde fois, & se
rendit enfin possesseur de cette Reyne, & de l'Isle
inaccessible, que ses merveilles ont fait nommer
Bien-Heureuse. Il y eust une trop grande quantité
d'Entrées pour la juste kongueur d'un Ballet, , si
l'on y eust ajouté beaucoup de choses qui se
passerent dans l'Isle à son arrivée; & il
suffit que celles qui suivent soient les plus essentielles,
les plus divertissantes, & celles qui conviennent le
mieux au Suiet.
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La
Scene est un Païsage fertile & delicieux,
orné de Jardins, de Fontaines, & de quelques
Palais en esloignement.
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Quelques-uns
des plus Gallands de la Cour d'Alcidiane se trouvans dans un
lieu des plus agreables de l'Isle, avec des Dames & une
partie de sa Musique, chantent des Vers à la
loüange de l'Amour; & comme elle a des Musiciens de
toutes les Nations, ce Concert se fait en Italien & en
François avec emulation, pour servir apres au
divertissement de la belle Alcidiane.
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Concert
Italien & François
recit chanté par Mademoiselle
de la Barre
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Amor
modera il Cielo, e la Natura,
E sempre ubbidienti
Prendono gl'elementi
Dal suo solo voler' norma, e misura.
In Ciel più belle
Splendon d'Amor le stelle,
Ei con saver profondo
Signoreggia le sfere, anima il mondo.
Amian
dunque infin ch'e lecito
Ne cerchiamo altre venture,
La sciagure
Han pur' tropppo il piè solecito.
Quando un core
In Amore
Puo godere alta beltà,
S'altro cerca è vanità.
Volan
gl'anni, i giorni volano,
Del etade il più bel fiore
Brevi l'hore
Troppo ohimè ratto ne involano.
Me sa un alma
Hà la palma
Di gradita alta beltà
S'altro cerca è vanità.
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Amour
commande au Ciel außi bien qu'en la Terre,
Plus puissant que le Dieu qui lance le Tonnerre,
Il impose ses Loix à tous les Elemens,
Il produit tous nos biens, il cause nos desastres,
Et des brillans sont les Astres
Que consultent les coeurs des fidelles Amans.
Aymons
donc, puisqu'il est permis,
Et que nos coeurs soumis
A ce charmant vainqueur qui regne sur nos Ames,
Soient toujours prests à recevoir ses flames:
Qui peut toucher d'amour une jeune beauté,
Trouve que tout le reste est pure
vanité.
Le
Temps coulent insensiblement,
Tout passe en un moment,
Et par tant d'accidens qui traversent la vie
Le bien present à l'amour nous convie:
Cette douce prison vaut bien la liberté,
Et tout autre plaisir n'est qu'une
vanité.
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recit
chanté par Mademoiselle
Hilaire
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Que
vostre Empire, Amour, est un cruel Empire,
Tout le monde s'y plaint, tout le monde y soupire,
Et forme un doux concert des honneurs qu'il vous rend;
Tout l'Univers gemit sous de pareilles chaisnes,
C'est la mesme langueur, ce sont les mesmes peines,
Mais le murmure est different.

Suivons
de si douces loix,
Puisque les Dieux & les Rois
Sont obligez à les suivre;
Il est malaisé de vivre
Sans devenir Amoureux;
Mais il faut estre aymé pour estre
bien-heureux.

Ce Dieu
rend nos jeunes ans,
Aymables, doux, & plaisans,
Et de tout soin il delivre;
Il est malaisé de vivre
Sans devenir Amoureux;
Mais il faut estre aymé pour estre
bien-heureux.
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PREMIERE
ENTRE'E
les
Passions
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L'Isle
Bien-Heureuse estant dedié à la Paix, au
repos, à l'Amour, & aux innocens plaisirs de la
vie; & ne pouvant souffrir aucune de ces passions qui en
troublent la tranquilité; la Haine, la Colere,
l'Envie, la Ialousie, le Desespoir, & la Crainte sont
chassées par l'Innocence hors de cet aymable sejour.
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pour
Sa
Majesté,
representant la Haine
Quel
esclat brille en ce jour ?
Mais n'en soyons plus en peine,
Ce n'est rien moins que l'Amour:
Au contraire c'est la HAINE.

Encore
que son habit
Cache un coeur comme le nostre,
La HAINE auroit grand dépit
Que l'on la prit pour une autre.

Sur un
si dangereux point,
Gardez-vous bien de méprise:
Non, la HAINE n'ayme point,
Et que cela vous suffise.

Elle
veut tüer le Temps
Quand elle n'a rien à faire,
Une HAINE de vingt-ans
Est une terrible affaire.

Amour,
quel est ton appuy,
Où tes retraites sont-elles ?
La HAINE occupe aujourd'huy
Le coeur de toutes les Belles.
Le
Comte de S. Aignan,
representant le Colere
La
COLERE sert l'Amitié,
En elle on s'est toujours fié,
De chaleur elle est toute pleine:
A le prendre d'un ton plus haut
La COLERE sçait comme il faut
Servir utilement la Haine.

Belles,
si vous manquez d'esclat,
Ie rends le teint plus incarnat,
Et je le dispose à mieux plaire:
Ne jurez pas, mais prenez feu,
Et que vostre Ame tant soit peu
Se laisse aller à la
COLERE.
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Le
Marquis de Genlis,
representant l'Innocence
L'INNOCENCE
du Siecle d'or
En mou pouroit fleurir encor,
I'en ay la grace naturelle:
La difference que j'y voy,
Elle estoit plus belle que moy,
Ie ne suis pas si sotte qu'elle.
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L'Abondance
de tout ce qui peut contribüer au bon-heur de la vie en
l'Isle heureuse fait que la Mer y produit des Perles dont la
beauté n'a point de comparaison , non plus que celle
d'Alcidiane: Quelques Pescheurs qui s'en enrichissent par
leur commerce avec les Estrangers que la Fortune fait
aborder en cette Isle, tesmoignent en dançant combien
ils estiment leur felicité.
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Le
Comte de Sery,
representant un Pescheur
Vous
faut-il un Pescheur, n'en choisissez point d'autre;
Mais le seul embaras qui trouble mon dessein,
C'est que l'Onde n'a point de Perles dans son sein
Qui soient blanches comme le vostre.
Le
Marquis de Villeroy,
representant un Pescheur de Perles
La Mer
avec le temps poura bien me fournir
Dequoy parer le sein d'une jeune Maistresse,
Ie ne voy rien de fait; mais außi rien ne presse:
La Perle est à pescher, & la Gorge à
venir.
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Comme
les Sujets d'Alcidiane n'ont point de plus grand attachement
que celuy de la divertir & de luy plaire; Un d'eux avec
sa femme, & leur suite ridiculement vestus, comme on
s'habilloit anciennement en quelques parties de l'Europe,
preparent une Entrée fort grotesque pour la danser
devant elle.
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Pour
les Baladins ridicules qui dancent avec leur
femmes
C'est
un bon remede au mal
Dont on a la teste pleine,
De mener sa famme au Bal
De peut qu'un autre la meine.
Monsieur
Hesselin,
representant une Femme
Nostre
Isle est bien-heureuse, & tous tant que nous sommes
Y goustons un repos qui n'est troublé en rien:
Comme il est dangereux de s'attacher aux hommes,
Ie me tiens à mon Sexe, & ie m'en trouve
bien.

Il faut
de la beauté comme de la ieunesse,
Les Femmes ne font rien sans ce tresor exquis;
Außi ces deux talens m'accompagnent sans cesse,
S'ils ne sont naturels, au moins ils sont
acquis.
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Six
des plus Galands de la Cour d'Alcidiane se divertissent
ensemble; & quoy qu'ils soient rivaux, ils ne laissent
pourtant pas d'estre amis, pource que la Ialousie ayant
esté bannie de l'Isle heureuse avec les autres
Passions, ils ne sçauroient se broüiller
ensemble pour ce sujet.
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Entre
Rivaux, ce me semble,
Tout commerce est interdit;
Quand ils ont si bien ensemble,
Amour, je le tiens pour dit.
Le
Marquis de Saucourt,
representant un Amy rival
Beauté,
pour qui d'abord mon coeur se declara,
Encore que je sois d'humeur assez jalouse,
Si c'est peu d'un Amant, & qu'il en faille douze,
Soyons à vous aymer autant qu'il vous plaira:
Je n'affecteray point toutes ces mignardises,
Les autres languiront, vous diront cent sottises,
Feront les doucereux; mais quand il s'agira
De vous rendre service en quelque bonne affaire
I'en seray plus moy seul qu'en tous n'en sçauroient
faire.
Le
Marquis de Richelieu,
representant une Amy rival
La plus
dure contrainte & le pire des maux
C'est de s'accomoder avecque ses Rivaux:
Ie ne sçay pas sur quoy nostre Ingrate se fonde,
I'en sens diminuer la langueur où je vy,
Et l'Amour en cela semblable aux Gens du monde
Pour avoir plus de train n'en est pas mieux
servy.
Le
Marquis d'Alluye,
representant un Amy rival
Est-ce
un tourment de Damné
Que des Rivaux sur sa route ?
Je ne sçay pas si j'en ay,
Mais j'en merite sans doute:
Pour comprendre ce tracas
Il faut que je m'examine
Sur ce sujet, en tout cas
Si j'ay de cette vermine,
Je suis serviteur à tous,
Ils n'ont rien qui me déplaise,
MAis je l'avoüe entre nous
I'en parle bien à mon aise.
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Huict
des meilleurs Danseurs de la Cour d'Alcidiane, font voir par
une danse serieuse leur disposition & leur addresse.
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Le
Marquis de Seguier,
representant un Balladin furieux
C'est
pour vous plaire seulement
Que l'on me void icy dancer si proprement,
Et le but de ma dance est qu'elle vous agrée;
Tous ces nobles élans à l'Amour estoient
dûs,
Mais si de vostre coeur il m'interdit l'entrée
Voila bien de beaux pas perdus.
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La
Paix qui regne toujours en l'Isle innaccessible, y faisant
paroistre ridicules les guerres de l'Europe; Quelques
habitans de cet heureux sejour preparent un Combat de
plaisir pour le divertissement de leur Reyne, qui imite
parfaitement les regles d'un veritable Combat.
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Monsieur
Baptiste Lully,
representant un Capitaine
Au lieu
de m'emporter j'auray meilleure grace
D'estre modeste sur ce point,
Sans me vanter icy que le Siecle n'a point
De Capitaine qui me passe:
Mais rendons-nous justice, & voyons apres tout
Qui peut mieux meriter des loüanges parfaites,
Les choses dont je viens à bout,
Cesar mesme les eut-il faites ?
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haut
de page

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La Scene
represente une Mer où plusieurs Vaißeaux sont
à la Rade
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Cette
partie du Ballet contenant quelques advantures de
Polexandre, & n'estant remplie que de choses Guerrieres
& Heroïques: Mars, Bellone & les Furies en font
le Recit.
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Recit de
Bellone, Mlle
Raymond
Bien que je sois fiere & cruelle,
Ie voy que mes Amans ne se peuvent tenir
De se précipiter, afin de parvenir
A l'honneur où je les apelle.
La chaleur que j'inspire est glorieuse & belle,
Et qui meurt de mes coups ne sçauroit mieux
finir.
Furies,
Mlles
L'Alleman, le Gros & Beaumont
Remplissons l'Univers d'horreur, & de carnage,
Si nous ne pressons nostre Ouvrage
La Paix viendra mal à propos
Troubler cette fureur qui nous sert de repos.
Bellone:
Quoy, cette Paix malgré mes Armes
A ma divinité voudroit oster l'encens ?
Et viendroit arrester tant de cris gemissans,
De soupirs, de sang, & de larmes,
Ha ! ne permettons point que de si foibles charmes
Effacent des attraits si forts, & si
puissans.
Furies:
Remplissons l'Univers d'horreur, &c.
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Eole
vient déchaisner les vents pour traverser la
navigation de Polexandre, & le Ciel permet cet obstacle
à sa gloire, afin qu'elle en soit plus esclatante
quand il l'aura surmonté.
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Sa
Majesté,
representant Eole
Roy
d'un Peuple leger, inconstant, & volage,
Et l'Arbitre absolu du calme, & de l'orage,
Un legitime Orgueil & sujet de m'enfler:
Des Vents seditieux j'apaise l'insolence,
Et par tout où ma voix impose le silence,
Quelque mutin qu'on soit, rien n'oseroit
soufler.

La
Fortune est par moy poußée à toutes
voiles,
Tantost jusqu'aux Enfers, tantost jusqu'aux Etoilles,
Ie renverse les Murs comme les Bataillons:
Ie ne voy point de force au dessus de la mienne,
Et quand je m'abandonne, il n'est rien qui soutienne
L'impetuosité de mes fiers
tourbillons.

Ie les
tiens enchaisnez, mais pour ces Vents de flame
Qui malgré qu'on en ait sortent du fond de l'ame,
Ie ne sçay comme quoy les mettre à la
raison;
Et c'est, ou je me trompe, une moindre entreprise
D'enfermer l'Aquilon & tous les vents de Bise,
Que de penser tenir un soupir en prison.
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Un
Pilote & six Mariniers jettez par la Tempeste au mesme
rivage où elle a fait aborder Polexandre, tesmoignent
par leurs actions la satisfaction qu'ils ont de se voir
sauvez apres le débris de leur Vaisseau.
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pour
le Pilote & les Mariniers
La
Terre ne vaut rien si la Mer n'est pas bonne
L'une & l'autre est perfide en son plus doux acueil,
Et par tout où se trouve une belle Personne
Il faut croire que là se rencontre un
écueil.
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Zelmatide,
Prince du Perou, apres un extresme danger vient aborder en
ce merveilleux rivage avec quelques-uns des siens, &
faisant voir sur ses habits une partie des prodigieuses
richesses de ses Provinces, se réjoüit des
nouvelles qu'il a apprises en arrivant à terre.
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Le
Duc de Guise,
representant Zelmatide
A tous
les Conquerans ma vaillance m'égalle,
Et le Perou tarit dans ma main liberalle,
Qui verse autour de moy tout son or éclatant:
I'ay promené l'Amour de contrée en
contrée,
Et si ce n'estoit pas que je fusse inconstant,
Ie cherchois Izatide, & je l'ay
rencontrée.

Ses
charmes tout-puissans du fond de l'Amerique,
M'ont jetté dans l'Europe où ma force
heroïque,
Selon la Renommée, a fait assez de bruit,
Et sa jeune Beauté qui n'a point de seconde
D'un seul de ses regards a plainement détruit
Le panchant que mon coeur eut pour le nouveau
Monde.
pour les
Chevaliers de la Marthe, & de Fourbin,
representant des Ameriquains
Imitans
ce grand courage
A qui nous faisons la Cour,
Tout nostre fait se partage
Entre la Gloire & l'Amour.
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Six
Geans, & autant de Nains de la suite de Zelmatide, font
voir une notable difference de leurs tailles, & le
caprice de la fortune qui les a assemblez.
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pour
les Geans & les Nains
Ce
n'est point à dessein de donner des batailles,
Que ces Monstres divers, sont arrivez icy,
Ces Nains & ces Geans ne sont en ce lieu cy,
Que pour faire valoir les Gens d'entre deux
tailles.
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Quatre
des principaux Corsaires de Bajazet vaincus sur Mer par
Polexandre, & faits prisonniers, se
réjoüissent de la liberté qu'il vient de
leur rendre.
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Le
Marquis de Saucourt,
representant un Corsaire
Depuis
que je croise Neptune
Mes faits me sont d'un grand raport,
Et la victoire, & la Fortune,
N'ont point abandonné mon Bord:
Ie fais valoir la Marchandise
Lors que j'en destourne l'employ,
Et me trouvant bien de ma Prise
Ma Prise en mesme temps se trouve bien de
moy.
pour
le Marquis de Richelieu,
representant un Corsaire
Ce
Corsaire n'a pas une valeur commune,
Et de quelque façon qu'il se soit embarqué
Son coeur a noblement soustenu sa fortune,
Et quand l'une a failly, l'autre n'a point
manqué.
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Huict
Demons encoyez par la Magicienne Zelopa, contre ceux qu'elle
croit luy devoir ravir l'affection de Zabaïm;
consultent entre eux quelles persecutions ils feront
souffrir à Polexandre, qu'elle soupçonne
d'estre l'autheur de son déplaisir.
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pour
Sa
Majesté,
representant un Demon
Que je
suis dans un doute estrange,
Et que pour en sortir mes soins sont superflus:
Car je ne me cognois non plus,
En DEMON que ie fais en Ange:
I'y resverois sans fruit d'icy juesqu'à demain,
Ie voy bien sur son front, dans ses yeux dans son geste,
Dans sa taille, & dans tout les reste
Quelque chose de plus qu'humain.

Mille
sentimens doux & tendres
Que l'Amour a baillez en garde à la pudeur,
Cachent mal icy leur ardeur,
Et le feu brille sous les cendres,
Mille ingrates Beautez plus dures que le fer,
Font dire à leurs regards plains d'une honte
extresme,
Si tous les Demons sont de mesme,
Helas ! qu'il fait doux en Enfer.

Quoy
donc, vous n'estes plus si fieres,
Et vous avez besoin vous mesme de secours,
Vous dont le mépris tousles iours
Nous insulte en tant de menieres ?
Vous en tenez enfin, vostre coeur est charmé,
Et se trouve puny d'estre peu sociable,
Aprenez que c'est là le DIABLE
D'aymer sans espoir d'estre aymé.
Le
Marquis de Genlis,
representant un Demon
N'a-t'on
pas mille fois dit, écrit, imprimé,
Que je ne suis pas beau, qui n'en est informé ?
Le monde est rebattu de ces vieilles nouvelles;
On me le reprochoit dez mes plus jeune ans,
Tant de Belles l'ont dit, & l'ont dit si long-temps
Qu'elles mesmes ne sont plus Belles.
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L'arrivée
de Pallante chef des illustres Esclaves d'Alcidiane, &
envoyé à Polexandre avec quatre de ces
Compagnons; les enchantemens sont dissipez & les demons
mis en fuite, le Genie de cette belle Reyne estant plus fort
qur toute leur puissance.
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Le
Comte de S. Aignan,
representant Pallante chef des Illustres Esclace
d'Alcidiane
Mille
Gens amoureux & braves
Endurent où j'endure, & servent où je
sers;
Et je suis seulement le Chef de ces Esclaves
A cause que j'ay plus de fers.
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de page

|
La Scene
represente une superbe Ville, & quelques Paysages qui
l'environnent
|
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C'est
icy que Polexandre se trouve veritablement dans le Port en
toutes façons; & que la Fortune
accompagnée de l'Honneur & de la Gloire qui ont
suivy ce Heros; fait le Recit de cette troisiesme Partie.
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Recit
de la Fortune, chanté par
Mademoiselle
Hilaire
Que
d'Esclaves soûmis à mes Loix adorables,
Les Bien-heureux, les Miserables,
De ma legere humeur sont le bizarre effet:
Et tout l'Univers ne rézonne
Que des reproches qu'on me fait,
Et des loüanges qu'on me donne.

Mon
inconstance a droit sur tout ce qui respire,
Rien n'est durable en mon Empire,
Et là ce qui s'éleve est bien-tost abatu:
Toute chose y change de face;
Mais le Merite & la Vertu,
Y sont toujours en mesme place.
|
|
Polexandre
paroist triomphant, & suivy des principaux des siens
arrive en l'Isle incaccessible.
|
|
pour
Polexandre & sa Suite
Polexandre
parvient au but de son desir
Par plus d'une bataille & plus d'une victoire,
Ainsi l'ordonne Amour qu'on arrive au plaisir
Par le mesme chemin qui conduit à la
gloire.
|
|
Trois
Bergers, & autant de Bergeres de cette heureuse
Contrée, que la douceur de la Solitude & l'amour
ont reduits à cette vie Champestre, & font avec
plusieurs autres un Concert Rustique, auquel un Choeur de
Flustes & de plusieurs autres instrumens respondent;
& tesmoignent avec combien de plaisir ils ont appris
l'arrivée de Polexandre: Pendant qu'ils se
réjoüissent, sept Faulnes descendent des rochers
& montaignes voisines, & viennent se mesler parmy
eux; & quoy qu'ils tesmoignent leur admiration pour les
Bergeres, les Bergers qui ne peuvent recevoir de Ialousie
dans le lieu d'où elle a esté bannie
entierement avec les autres Passions, ne font qu'en rire,
& joüer avec eux; & enfin ils dansent tous
ensemble.
|
|
Le
Comte de S. Aignan,
Berger
Gloire
de la Bergerie,
Au coeur fier, à l'esprit doux,
Faunes, Satyres, & Loups,
Ont éprouvé ma furie,
Il m'en couste prez, & bois
Au service de Diane,
Et j'en ay plus d'une fois
Incommodé ma Cabane:
Ma Houlette a de l'honneur,
Et c'est tout ce qui me flate,
Quel plus solide bon-heur
Pour une Ame delicate.
Le
Comte de Guiche,
Berger
Ma
ieunesse vive & prompte
Se modere d'auiourd'huy,
Et trouvoit assez son conte
Parmy les troupeaux d'autruy,
Mais un Pasteur m'a fait prendre
Une Brebis ieune & tendre,
Douce & belle à regarder;
Elle est tout à fait mignonne,
Bien m'en prend qu'elle soit bonne;
Car il faut toujours garder
Tout ce qu'un Pasteur nous donne.
pour Monsieur
le Marquis de Villeroy,
Bergere
Cette
ieune Bergere cause
Danse, chante, & fait bien du bruit;
Mais ce seroit toute autre chose
N'estoit le Faune qui la suit.

Que de
personnes toutes faites
Sont contraintes de luy ceder,
Et qu'en gardant ses Brebietes
Elle en donne bien à garder.

Elle
entend tout, rien ne l'irrite,
De bons railleurs ny de méchants;
Mais dites luy qu'elle est petite,
La Bergere se met aux champs.
|
|
La
Felicité de Polexandre & d'Alcidiane estant
establie, & ne pouvant plus estre sujette au changement;
Quelques Courtisans se réjoüissent de la
satisfaction de leur Roy.
|
|
Le
Marquis de Rosny,
representant un Courtisan
Les
ieunes Courtisans adorent tour à tour
Ces deux divinitez la Fortune & l'Amour,
I'ay déja quelques acces aupres de la Fortune,
Sa faveur m'est acquise, il reste seulement,
Qu'entre tant de Beautez i'en puisse choisir une
Qui m'ayde à faire à l'autre un premier
compliment.
|
|
Il se fait
une course de Faquin fort ridicule, pour le divertissement
de Polexandre & d'Alcibiade.
|
|
Afin
que rien ne manque au bon-heur de ces deux Amans, les
Saisons au lieu de se succeder les unes aux autres, leur
apportent toutes ensemble ce qu'elles ont de coustume de
produire.
|
|
Le
Comte de Sery,
representant le Printemps
Amour a
sous ses loix rangé ma destinée,
Ie pousse mille soupirs,
Il faut bien que le Temps le plus beau de l'année
Ait sa Flore & ses Zephirs.
Monsieur
de Gontery,
representant l'Esté
La
chaleur qui m'accompagne
Paroist en chaque campagne,
Et qui m'a voulu suivre a touiours éprouvé
Qu'il faisoit assez chaud où ie me suis
trouvé.
pour le
Comte de Guiche,
representant l'Automne
Amour,
pourveu que tu le veuilles,
Ce Temps nous donnera de ses fruits dans neuf mois,
C'est un grand abateur de fueilles,
Ie ne sçay pas s'il est grand abateur de
bois.
|
|
Les
Plaisirs de toutes sortes viennent en cette Cour pour ne
l'abandonner jamais.
|
|
Le
Marquis de Villequier,
la Mascarade
Pour ne
pas faire cognoistre
Ou ma ioye, ou mes ennuis,
Ie Masque, & ie veux paroistre
Tout autre que ie suis.
Le
Marquis de Saucour,
la Comedie
Coquettes,
quoy que vous die
Ou la Mere ou le Mary,
Venez à la Comedie
Vous n'avez iamais tant ry.
Le
Marquis de Richelieu,
la Chasse
Ie
traverse à tout moment
Le bois, le mont, & la plaine,
Et c'est tout mon élement
Que la fatigue & la peine.
Le
Marquis de Genlis,
la Pesche
Pour
des hameçons & des lignes
On sçait que ie n'en manque pas;
Mais il est des languees malignes
Qui disent que i'ay peu d'appas.
Le
Marquis de Villeroy,
representant un Amour
Ie me
cognoistray mieux un iour,
A cette heure ie n'y voy goute;
C'est un grand plaisir que l'Amour,
Je n'en sçay rien, mais ie m'en doute.
pour Monsieur
de Rassen,
l'Amour
Cet
Amour est assez fin,
Et pour surprendre les Belles,
Il sera plus de chemin
De ses pieds que de ses aisles.
|
|
Une
Princesse de Mauritanie que le hazard a fait aborder en
l'Isle inccessible avec sa suite, tesmoigne par une Chacone,
dont les Maures ont esté les premiers inventeurs, la
part qu'elle prend à la satisfaction des deux Amans;
& conclut tout le Ballet par cette dance si agreable;
pendant laquelle il se fait un second Concert de Voix &
de Guittares, à quoy toute la Musique respond
alternativement.
|
|
pour
Sa
Majesté,
representant un Maure
Ces
Maures si bien-faits s'en vont d'un pas hardy
Dans l'empire d'Amour faire de grands vacarmes;
Il n'est point de Galand qui n'en soit estourdy,
De ces beaux Tenebreux on redoute les armes.
Et tout cede à leurs charmes,
Blondins, adieu vous dy.

Un
d'entr'eux qui d'aucun ne peut estre
égalé,
Dont la mine est plus haute encor que la naissance,
Agit comme un Amant parfait & signalé;
Mais il ne sent pas trop l'amoureuse puissance,
Et n'a, comme ie pense,
Que le teint bruslé.

De
mesme que son rang son coeur est singulier,
Et iamais cet Amour que tout le monde adore,
N'eut sous sa discipline un moins souple écolier,
Quelque habile qu'il soit, le fut-il plus encore,
Ie doute que ce More
Endure le colier.
Le
Comte de S. Aignan,
representant un Maure
Mon
coeur a signalé sa noble ambition,
Et s'est rendu fameux en plus d'une Campagne;
Si les Maures avoient la mesme intention
Les Maures pouroient bien retourner en
Espagne.
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Recit
Italien
Chanté par Mademoiselle
de la Barre,
& la
Signora Anna Bergerotti
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Cede al
vostro valore
Ogni Deità
La Fortuna e l'Amore
Per vinto si dà.
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Les
Dieux dont vous estes l'image,
Comme vostre Valeur, font briller vostre Cour;
Et vous recevez un hommage
De la Fortune & de l'Amour.
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Sorte
chognh'or leggiera
Volubil giro
Sua inconstante carriera
Per sempre fermo
Liet' a vostro favore
Immobil si stà.
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Le Sort
d'ont l'aisle est si legere
Qu'elle n'est jamais en repos,
Et dont l'inconstante carriere
Semble changer à tous propos;
De pouvoir l'arrester vous donne l'avantage,
Et depuis l'Occident jusqu'au lever du jour.
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Cede al
vostro valore, &c.
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Les
Dieux par un double partage,
Comme vostre Valeur, font briller vostre Cour,
Et vous recevez un hommage
De la Fortune & de l'Amour.
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Stassi
in fede divina
Amore di fè
Questa in trono destina
Al vostro bel pie
Per si nobil ardore
Dolcesse sol hà.
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Sur un
Trosne des plus sublimes
On void esclater vos vertus,
Et le Ciel qui punit les crimes
Sous vos pieds les tient abbatus:
Le funeste malheur jamais ne vous outrage,
Au milieu des dangers, & dans ce beau
sejour.
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Cede al
vostro valore, &c.
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Des
Dieux la conduite si sage,
Comme vostre Valeur, fait briller vostre Cour,
Et vous recevez l'hommage
De la Fortune & de l'Amour.
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