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ou la Puissance de l'Amour dansé par sa Majesté, au Louvre le 16. jour de Janvier 1656 livret de Isaac de Benserade musique de: Jean-Baptiste Lully & Autres |
- dans la seconde, l'Amour même y divertit la belle
Psyché, par la representation d'une partie des
merveilles qu'il a produites
La Constance qui meine au Palais d'Amour fait le Recit:
Amans,
qui commencez à pousser des soûpirs,
Sur un objet arrestez vos desirs,
Ne cessez point d'aimer ce qui vous blesse;
Souvenez-vous que c'est une foiblesse,
D'avoir au coeur de legeres amours;
Quand on aime une fois, il faut aimer toûjours.
Je puis bien seurement vous mener par la main
Vers ce Palais dont je sçai le chemin;
Mais gardez-vous de suivre de faux guides,
Si vous n'avez de solides amours;
Quand on change une fois, on veut chager
toûjours.
des
Quatre-Vents
Lors
que ce Vent se leve au milieu d'une Salle, Ses
soûpirs sont constans, il est opiniâtre, Qui pis
est, sa puissance en est là parvenuë,
Où sa legereté brille par intervalle,
Il est bien mal-aisé qu'on s'en acquitte mieux;
Il n'est point de Vent qui l'égale;
A tous ces beaux Zephyrs il met la poudre aux
yeux.
Les Dames qu'il attaque ont peine à le combattre;
Et pour se garantir, contre ce fâcheux Vent,
Qui fait par fois le Diable à quatre,
Il faut double Chassis & douve Paravent.
Que même sans souffler, il entre, il
s'insinuë,
A travers les rideaux, penetre jusqu'aux lits;
Et c'est une chose connuë,
Que rien n'est dangereux comme les
Vents-coulis.
du
Printemps & de quatre Nymphes
Tous
deux ensemble: Zephyre: Flore: Tous
deux ensemble:
Que tout le monde est heureux,
De voir ce Printemps amoureux,
Qui brille d'une gloire extrême !
Doit-on pas l'appeller ainsi,
Puis qu'il est cause que l'on aime,
Et que peut estre il aime aussi ?
Ha ! Flore, c'en est fait, on le voit à sa mine,
Lui même a dans le coeur ce qu'il inspire aux
coeurs;
Et dans quelqu'une de tes Fleurs
Il a rencontré quelque épine.
Quel triomphe d'Amour, s'il est dans ses liens,
Doux Zephyr, qui ressens une pareille atteinte,
Cesse de murmurer afin d'ouir sa plainte,
Et retien tes soûpirs pour entendre les
siens.
Que tout le monde est heureux, &c.
Que de
ce doux Printemps on aime le retour; Que sa
jeune vigueur anime de Guerriers ! De
toutes les Beautez il est environné; Il ne
faut pas laisser sur la tige vieillir, Vous
rencontrant ici (Nymphe toute adorable) Ce
visage en beauté surpasse tous les autres, De peur
d'en trop dire (Nymphe) je me retire; Nymphe,
on ne peut tenir contre vos doux appas, Croyez
qu'en agrément nulle ne vous seconde; Amour
témoigne bien par de visibles marques, Donnez
à quelques-uns des regards favorables, Que les
Nymphes sans vous fassent mille querelles, La plus
considerable entre les Immortelles, Pour
nous soûmettre aux loix d'une autre
d'obstinée, Bacchus,
& Ceres, Pomone &Vertumne, Triptoleme, &
Listée, Dryade
O la bonne Saison pour les biens de la Terre !
Elle est toute propre à la Guerre,
Et toute faite pour l'Amour.
Et que cette Vigueur, que la Gloire accompagne,
Fait pousser dedans la Campagne,
Et de Palmes & de Lauriers !
Et toutes les Beautez ne se peuvent défendre,
De tâcher au moins à lui rendre
Cet amour qu'il leur a donné.
Toutes ces belles Fleurs qui sont e son domaine;
C'est le Printemps qui les amene,
C'est au Printemps à les cueillir.
![]()
Je ne puis vous celer que mon hardi projet,
Est de vous découvrir tout ce qu'un Miserable,
Ose s'imaginer dessus vostre sujet.
Et répand un éclat digne de mille voeux;
Mes yeux n'ont jamais vû rien de pareil aux
vostres,
Et qui s'en croit sauvé dans vos
cheveux.
Si ce mot porte un sens dangereux & caché,
Songez que vous estiez dans les mains d'un Satyre,
Et que c'est en sortir encore à bon
marché.
![]()
La Raison devant eux doit mettre bas les armes,
Ils causent bien des maux que vous ne sçavez pas:
Mais outre ces attraits, ces douceurs & ces charmes,
Vous avez tant d'éclat, & tant de
majesté,
Que si l'on vous trouvoit dans un bois
écarté,
Et qu'on eût un dessein temeraire & coupable;
Quand pour l'effectuer on y viendroit expres,
Quelque hardi qu'on fût, on ne seroit capable
Que de vous regarder, & de mourir apres.
![]()
Que vous estes parfaite de corps & d'esprit !
Au moins ne sçai-je pas de Nymphes dans le monde,
Qui n'en crût de bon coeur les gens qui vous l'ont
dit.
Qu'il méprise pour vous des projets glorieux;
Et ce puissant Vainqueur des Dieux & des Monarques,
Ne fit jamais ailleurs ce qu'il fait dans vos
yeux.
Et ne leur fermez par l'oreille au Nom de Dieu:
Les plaintes qu'on vous fait sont fort considerables,
Jointes à des soûpirs qui partent de bon
lieu.
Au fait de la Beauté qui trouble leurs esprits;
Que sur la presseance elles soient mal entr'elles,
Laissez leur la dispute, & gardez-en le
prix.
![]()
A six Nymphes jeunes & belles,
Par qui les feux du Ciel pourroient estre obscurcis;
C'est une suite assez pompeuse,
Et l'Onde où je me mire est tout-à-fait
trompeuse
Si je suis la moindre des six.
L'Amour avecque l'Hyménée,
N'ont qu'à parler tous doux d'un ton clair &
distincq:
Nous sommes six filles ensemble;
Telle chose pourroit arriver, ce me semble,
Qu'on n'en conteroit plus que cinq.
Les
fruits sous mon autorité, Si vous
avez dessein de faire des conquestes, Dans
l'admiration d'un Objet éclatant, La
derniere Campagne a vû mes premiers pas
Sont bien-tost en maturité;
Et par une Vertu secrette,
Quelque ingrat que soit le terroir,
Il n'est si petite fleurette,
Que je ne fasse bien valoir.
![]()
Ne chagez pas de forme, où vous estes perdus;
et tant que vous serez bâti comme vous estes,
Tout l'amour pris par vous sera par vous
rendu.
![]()
Dont les doux traits me percent,
Je m'enyvre d'amour, & je prends tout autant
Que de beaux yeux m'en versent.
![]()
Dans le vaste champ de la Guerre;
Et demandez à Mars si je ne me suis pas
Employé comme il faut à cultiver la
Terre.
la
Discorde, la Tristesse, la Crainte & la Jalousie,
essayent en vain d'entrer dans le Palais de
l'Amour
Monstres,
que mal-à-propos
Vous troublez ce doux Mystere:
Laissez l'Amour en repos,
Vous qui ne l'y laissez guere.
Cupidon,
les Jeux, les Ris, la Jeunesse & la Joye
Ce
Cupidon, si le temps dure,
En rangera bien sous ses loix;
Il ne va pas à la ceinture
Des gens qu'il attaque par fois:
Estant Dieu je le tiens antique,
Cependant je voy qu'il se pique
D'estre un Enfant parmi les Dieux;
Il jouë, il saute, il danse, il trote,
Et le petit n'a rien de vieux,
Que son bon sens & sa calote.
trois
Peintres
Travaillez
(jeune Peintre) & songez de bonne-heure Il faut
faire un Soleil quelquefois d'une Etoile, Peut-estre
l'avez-vous, si ce doute vous pique,
A vous rendre en cet Art un Ouvrier parfait;
On n'est pas mal payé du Tableau qu'on a fait,
Lors que l'Original ensuite nous demeure.
Vous avez les Couleurs, la Toile, le Pinceau;
Il ne vous manque plus qu'un dessein qui soit beau,
Et digne du Pinceau, des Couleurs, de la
Toile.
Comme ordinairement les Peintres sont quinteux,
Je vous en fais excuse, & me sens tout honteux,
D'avoir crû qu'un moment vous fussiez sans
pratique.
sept
Musiciens
La
Musique a tout le pouvoir,
Que sur l'Amour on peut avoir;
Et par une étrange merveille,
Son imperieuse douceur
Le cherchant jusq'au fond du coeur,
L'éveille quand il dort, & l'endort quand il
veille.
Comus,
Dieu des Festins, accompagné de la Propreté
& de l'Abondance.
Ce
n'est pas tout qu'aimer, il faut de la pature,
Et bien des gens sont morts d'amour,
Qui reglément deux fois par jour,
Ne laissent pas d'avoir besoin de nourriture.
quatre
Parfumeurs
Amour
est délicat, il faut qu'on assaisonne
De quelque doux parfum ce qu'on lui veut offrir;
Et malheureusement par fois on empoisonne
Ce pauvre enfant dans un soûpir.
Psyché,
la Beauté & trois Graces
Belle
Psyché, plein d'appas, Vous
estes un couple fort beau, Mais
tous deux ménagez-vous bien Vos
yeux sont éveillez & doux, Puisque
la Loi d'Amour veut que toute personne, C'est
moi qui suis le but de chaque Demoiselle, Un
refort de Beauté, digne de cent loüanges, La
supresme Beauté, que tout le Monde adore, Cette
Belle a de la fraîcheur, Parmi
vous la Beauté regne en diverses places, Quand
vous ne seriez pas faite comme vous estes, O Grace
dont les yeux sont tels, Dont la
bouche est d'un incarnat Dont le
poil noir si doucement Et dont
les bras blancs, gros & ronds, O Grace
! dont les Ris, les Jeux,
Si l'apparence est veritable,
Vous & Cupidon n'avez pas
Encore commencé vostre Fable.
Né l'un pour l'autre, ce me semble;
Et vostre Lampe & son Flambeau,
Feront bien de brusler ensemble.
D'une délicate maniere;
Il s'envole quasi pour rien,
Et je croi que vous estes fiere.
Et vous n'estes point d'une taille
A permettre qu'auprés de vous,
Amour s'endorme ni qu'il baille.
![]()
Se transforme en l'objet dont son coeur est
tenté,
Il ne faut pas que l'on s'étonne
Si je suis la même Beauté.
C'est de moi seulement qu'elles font un grand cas:
Telle m'a sans le croire, & telle
Pense m'avoir qui ne m'a pas.
Est tout prest d'augmenter l'éclat où je me
voy;
Le Paradis, & tous les Anges,
Vont dans peu reluire chez moy.
Relevera bien-tost de mon sacré pouvoir;
Et si je ne l'ai pas encore,
Pour le moins j'aspire à l'avoir.
![]()
De l'embonpoint, de la blancheur;
Sa modestie est sans seconde,
Et son Amant sans doute aura
La meilleure grace du monde
Alors qu'il la possedera.
![]()
Et d'un air different chaque Grace à ses graces;
Vous avez un beau teint, un vif & doux regard,
Vous estes tres-aimamble, & tres-spirituelle;
Mais ce qui m'a percé le coeur à vostre
égard,
C'est que je sçai de bonne part,
Que vous avez la jambe admirablement belle.
Et que vous n'auriez point ces lumieres parfaites,
Que les meilleurs esprits ne découvrent qu'en
vous:
Quand pour vaincre un Amant vous n'auriez que cette arme
Suffiroit-elle pas ? est-il rien de plus doux,
Que de languir à vos genoux,
Puisque vous possedez un si precieux charme ?
![]()
Qu'il n'est rien de pareil au monde,
Et qui dans le coeur des Mortels,
Font une blessure profonde !
Qui fait pâlir toutes les roses,
Et qui parfumant l'odorat,
Montre & dit tant de belles choses !
Vous lie un coeur, & puis ensuite
Le serre si terriblement,
Qu'il ne sçauroit prendre la fuite !
Et la gorge à nous mettre en cendre,
Sont vûs de l'oeil dont les Larrons
Regardent ce qu'ils n'osent prendre !
Et les Amours suivent lestraces !
Que c'est un poste avantageux,
Que d'estre dans vos bonnes graces !
Medée,
Circé, Alcine & Armide; & leurs amans Jason,
Ulisse, Roger & Regnaud
Par ses
méchancetez elle est peu décriée, Cette
Medée ayant une beauté divine Elle en
auroit beaucoup, mais elle les neglige, Que de
cette Circé le regard est fatal ! On
tâche à découvrir par quel charme elle
plaist, A bien
examiner les couleurs de son teint, Sa
gorge a deux boutons nouvellement écloa, Mais
dites-lui deux mots l'enchantement se rompt D'une
jeune lueur elle est environnée; On voit
à son visage, à son air, à sa
grace, Une ame
grande & forte en peut estre seduite, Tout ce
que la Magie aussi blanche que nege, Devant
ce Conquerant tout autre disparest; Il aime
le combat, la Victoire lui plaist: C'est-à-dire
en deux mots, que vous aimeriez fort C'est
vostre seul défaut (merveille des Jasons) Brave
& fameux Roger, honneur des Paladins, Exemple
de Constance & de Fidelité, Sans
que par une dure & penible corvée, N'en
déplaise au Pinceau le plus judicieux
Encore que son nom soit connu de chacun;
Aussi depuis le temps qu'elle s'est mariée,
Elle a fait deux enfans, & n'en a tué
qu'un.
Tout-à-fait au dessus de la comparaison;
C'est estre une Sorciere admirablement fine,
Qu'on ne puisse pas reprocher un Jason.
Elle possede l'art de rajeunir les gens;
En sorte qu'à la Cour ce seroit un prodige
De soûpirer pour elle, & de passer quinze
ans.
![]()
Et qu'elle causera le mal !
Elle est trop dangereuse; il faudroit, ou je meure,
La brusler toute à l'heure.
Et ce qui la rend comme elle est;
Et toutes voudroient bien rencontrer quelque feuille
Des herbes qu'elle cueille.
Ne diriez-vous pas qu'il soit peint ?
Et ces lévres qu'on croit n'avoir point de
pareilles,
Sont-elles pas vermeilles ?
Qui ne paroissent guere gros;
Et prouvent quatorze ans qui composent son âge,
Sans qu'elle ait davantage.
Aussi-tost qu'elle vous répond;
Et vous connoissez, comme chose apparente,
Qu'elle en a plus de trente.
![]()
Et l'on juge à ce blanc rempli d'un tel
éclat
Que cette petite Damnée
Ne sort pas par la cheminée,
Quand il faut qu'elle aille au Sabat.
Enfin à cet aimable & dangereux poison,
Qui par les yeux dans l'ame passe,
Que cette Sorciere de race
A le charme de sa Maison.
Et prés d'elle aisément on pourroit
s'oublier;
Heureux lesDemons de sa suite,
Qui veilleront à sa conduite !
Mais plus heureux le familier.
![]()
a de force & de privilege,
Brille en cette personne avec des traits charmans:
Il ne faut point choquer les Puissances divines;
Et pour produire au jour de grands enchantemens,
Une taille admirable & d'autres agrémens,
Sont ses herbes & ses racines.
![]()
Quelle taille ! quel air ! & quelle chevelure !
En a-t-on jamais vû d'équipé comme il
est,
Pour une glorieuse & galante avanture ?
Il est vrai que la peine aussi lui semble dure;
Se faut-il embarquer ? l'Argonaute est tout prest;
Mais le chagrin lui prend quand le voyage
dure.
Qu'au bruit de vostre Nom l' on se rendît d'abort,
Sans donner à vos soins un penible
exercice:
Et le zele que j'ai pour vous rendre service,
Vous le dit de la part de toutes les
Toissons.
![]()
Et le plus chevelu des modernes Blondins,
Vos traits sont merveilleux, Arioste les vante:
Il vous louë, & dit vrai; mais dans cet
Auteur-là,
Il n'est fait mention que d'une Bradamante,
Et j'en sçai pour le moins cinq ou six
par-delà.
Si l'Amour a permis qu'on vous ait
écoûté,
Aux differents endroits ou vous estiez à
tâche;
Et si vous n'avez point soûpiré pour neant,
Donnez-vous du repos, prenez quelque relâche,
Vous ne futes jamais rien moins qu'un
faineant.
![]()
Je coure l'Univers de l'un à l'autre bout,
Cherchant avanture par tout:
L'avanture est toute trouvée,
Il ne faut point aller si loin,
La peur de la manquer toutefois m'importune;
Et c'est-là que j'ai grand besoin
De l'Amour & de la Fortune.
![]()
Pour bien representner Ulisse,
Il faut lui mettre dans les yeux
Plus d'audace que d'artifice;
Brave en guerre, brave en amour,
Je hai la ruse & le détour:
Aussi n'est-ce en effet qu'une pure chimere,
Dont la Fable a noircy mon honneur & ma foy;
De semblables défauts ne sont que dans Homere,
Dieu me veuille garder qu'ils se trouvent chez
moy.
six
Esprits folets
SONNET Est-ce
chose réelle ? est-ce Sorcellerie ? Cela
marche de l'air d'un grand jeune garçon, Comme
font les Amans, cela fait tout ainsi, Et
n'est femme à choisir dans ce grand
nombre-là,
Ne sçauriez-vous, mes yeux, éclaircir ce
soupçon ?
Adonis étoit beau; pourtant sans flaterie,
L'Esprit qui m'apparest a meilleure
façon.
Où la Nature a mis toute son industrie,
Et dont toute la Cour pourroit prendre leçon,
En fait de bonne grace & de galanterie.
Cela n'aura vingt-ans que dans deux ans d'ici,
Cela sçait mieux danser que toute la gent
Blonde:
A qui cela ne fît la plus grand'peur du monde,
Et qui ne se rendît volontiers à
cela.
le
Silence, la Discretion, & le Secret
Nous
aurions beaucoup à dire,
Nous ne disons rien pourtant;
Et nous voulons qu'on soûpire
Encore qu'on soit content.

Grand
Roy, quel destin est le vostre ? Jugez
par vostre inquiétude,
Vous avez maintenant tout le monde à vos piez,
Et peut-estre estes-vous vous-même aux pieds d'un
autre:
Si l'Amour a sur vous remporté la victoire,
Il est beau que vous lui cediez,
La Gloire vous le dit, vous l'en pouvez bie
ncroire.
Comme en vain l'on prétend s'affranchir de ses
Loix,
Et nous rougissez point d'un peu de servitude:
Si même jusqu'au Dieux il étend sa
victoire,
Il ne sait point de honte aux Rois,
La Gloire vous le dit, vous l'en pouvez bien
croire.
Jupiter,
Apollon, Mars & Mercure, representez par des
Esprits
Les
Dieux ont témoigné des transports
violants,
Et la galanterie est par eux observée:
Je croirois que ces Dieux se la sont reservée;
car les pauvres Mortels ne sont gueres
Galants.
Mome
Bouffon des Dieux, suivi de six Insensez qui ont perdu
l'esprit pour avoir trop aimé
Pourvû
qu'on soit frappé seulement dans le coeur,
Par le trait d'un bel oeil qui nous fait sa conqueste;
Cela n'est presque rien, mais c'est un grand malheur
Quand le coup répond à la
teste.
Talestris
Reine des Amazones, & quatre autres Amazones
amoureuses
Charmante
voisine du Trône, Ainsi
que ces belles Guerrieres, Amazone,
discrete & sage,
Où le Ciel a versé ce qu'il a de meilleur,
Comme une veritable & parfaite Amazône,
Vous avez la beauté tout ensemble & le coeur:
Comme telle par tout vous gagnez la Victoire;
Et comme telle enfin (divine Talestris)
Vous ne cherissez rien à l'égal de la
gloire,
Et ne haïssez rien à l'égal des
Maris.
Vous portez dans les coeurs d'inévitables coups,
Et sçavez triompher de toutes les manieres;
Vos bras deviennent forts, vos yeux sont fiers &
doux:
Vous avez de l'amour pour le grand Alexandre,
De qui toute la Terre admire les progrés;
Vous en aurez le coeur, & vous pouvez
prétendre
Que vous l'attraperez, si vous courez
aprés.
![]()
Sans que vostre pudeur en soit blessée en rien,
J'oserois assurer, & je gagerois bien,
Que vous avez le corps plus beau que le
visage.
Marc-Antoine
suivi de la Profusion & de l'Aveuglement, qui
aprés avoir fait d'excessives dépenses pour
Cleopatre, se fit enfin mourir pour elle
De
cette passion, qui se peut garantir ?
De même que César il s'en faut divertir;
Mais comme Marc-Antoine il ne s'en faut pas faire
Une si furieuse affaire.
huit
Galdiateurs
Quoique
jeune en cent combats,
Vostre coeur & vostre bras
Ont eu beaucoup d'avantage;
Et vous les avez mis au jour
Force preuves de courage,
Et quelqu'unes d'amour.
six
Esclaves Mores
Ce Dieu
m'ayant rangé sous son obéissance, Captif,
si jamais je le fus,
M'a toûjours fait subir d'imperieuses loix;
Et je n'eus de ma vie encore en ma puissance,
Le coeur qu'aux ennemis j'ai montré tant de
fois.
![]()
Loin de vouloir ne l'estre plus,
J'aspire à l'estre davantage;
Et tout mon plus ardent souhait,
est que bien-tost le Mariage
Serre le noeud qu'Amour a fait.
des
Bacchantes qui mettent Orphée en pieces
Ont-elles
resolu de vous oster la vie, Pour
vous dire la vrai, n'estoit vostre grimace, Ces
femmes ont grand tort, & vostre plainte amere
Ou pour vous embrasser de vous prendre au colet ?
Est-ce haine ? est-ce amour ? est-ce rage ? est-ce envie
?
Vous trouvent-elles beau ? vous trouvents-elle laid
?
Je croi qu'à leur fureur vous vous
déroberiez;
Et vostre mauvais sort pourra changer de face,
Moyennant que vous-même aussi vous en
changiez.
Les devroit émouvoir à vous moins
déchirer;
Tel est vostre destin, & vostre propre mere
Commença la premiere à vous
défigurer.
Neptune
& des Tritons
La Mer
a vû faire entre Naples & Rome, Puis
que l'Onde est soûmise à vostre
obéissance,
Ce que peut faire un Dieu sous la fortune d'un homme,
Une simple Coquille estant vostre Vaisseau;
En vos mains le Trident passa pour un Tonnarre,
Et rien n'a tant paru merveilleux à la Terre,
Comme la fermeté que vous eustes sur
l'Eau.
Et puis que vous regnez sur la même Inconstance,
Un peu de changement ne vous sied point trop mal;
Vous pouvez entre cent partager vos tendresses,
Et sans vous consumer brûler pour cent
Maistresses,
Ayant un si grand fond d'humide radical.
des
Chasseurs
Les
peines de ce Chasseur,
Son adresse & sa douceur
Ne seront pas infertiles:
Il fera progrés nouveaux;
Ses pas pour estre inutiles
Sont trop justes & trop beaux.
les
quatre Elemens
Quel
que soit l'embarras & la division Amour,
dont le puissant effort
Entre mes Compagnons, que la Discorde assemble,
J'estois plus avant qu'eux dans la Confusion,
Et seul plus intrigué que tous les trois
ensemble:
Mais, grace à mon adresse, il n'est point
d'Element
Qui se soit du cahos tiré plus
galamment.
![]()
Nous a mis tout quatre d'accord,
Je ne me veux mesler ni d'effets ni de causes:
A mes associez, je laisse de bon coeur,
Toute la gloire & tout l'honneur
De la subsistance des choses;
Qu'à celle qui me plaist je plaise seulement;
Et que je sois son Element.
Pluton
& des Demons
Jupiter
à son gré peut tonner sur les Monts, Aprés
avoir vaincu la Nuit & le Cahos,
Pour moi, j'ai ma puissance ici-bas renfermée,
Et la Cour où je regne est fertile en Demons,
Cet abisme produit quantité de fumée:
La Haine, l'Interest, l'Ambition, l'Amour,
Tantost tous quatre ensemble, & tantost
tour-à-tour,
Sont de ces Malheureux la peine longue & rude;
Personne sous ma loy n'est exempt des ennuis,
Chacun a sa misere, & tout Dieu que je suis
N'ai-je pas mon inquïetude ?
Qui brouilloient pour m'oster la qualité de
Maistre,
Et comme je pensois jouïr de ce repos,
Où l'enfer est lui-même autant qu'il y peut
estre
Je sens dans mon esprit de nouveaux embarras,
Une guerre intestine, & de secrets combats;
Il se coule en mon coeur une douce amertume,
Mon Trône n'en devient ni plus ni moins ardent;
Mais comme je l'éprouve, il y fait cependant
Beaucoup plus chaud que de coûtume.
les
douze Heures du Jour
L'Impatience
de l'Amour
Est assez juste, ce me semble,
Puis que ces douze heures du Jour
Font un siecle toutes ensemble.
l'Hymen
& tous les Plaisirs
Vous ne
vous ressemblez de poil ni de visage,
Non, ce n'est point l'Hymen qui parest en ce lieu;
Et plus propre à brouiller qu'à faire un
Mariage,
Vous en estes plûtost le Demon que le
Dieu.