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Ballet Royal de Psyché
ou la
Puissance de l'Amour
dansé par sa Majesté, au Louvre
le 16. jour de Janvier 1656
livret de Isaac de Benserade
musique de: Jean-Baptiste Lully & Autres

 

- dans la premiere partie sont representées les beautez & les délices du Palais d'Amour
- dans la seconde, l'Amour même y divertit la belle Psyché, par la representation d'une partie des merveilles qu'il a produites

Premiere Partie

Le Palais d'Amour paroist dans le fond du Theatre avec des bois & des païsages aux deux costés
La Constance qui meine au Palais d'Amour fait le Recit:

Recit de la Constance

Amans, qui commencez à pousser des soûpirs,
Sur un objet arrestez vos desirs,
Ne cessez point d'aimer ce qui vous blesse;
Souvenez-vous que c'est une foiblesse,
D'avoir au coeur de legeres amours;
Quand on aime une fois, il faut aimer toûjours.
Je puis bien seurement vous mener par la main
Vers ce Palais dont je sçai le chemin;
Mais gardez-vous de suivre de faux guides,
Si vous n'avez de solides amours;
Quand on change une fois, on veut chager toûjours.

Premiere Entrée

des Quatre-Vents

pour le Marquis de Genlis, representant un des Vents

Lors que ce Vent se leve au milieu d'une Salle,
Où sa legereté brille par intervalle,
Il est bien mal-aisé qu'on s'en acquitte mieux;
Il n'est point de Vent qui l'égale;
A tous ces beaux Zephyrs il met la poudre aux yeux.

Ses soûpirs sont constans, il est opiniâtre,
Les Dames qu'il attaque ont peine à le combattre;
Et pour se garantir, contre ce fâcheux Vent,
Qui fait par fois le Diable à quatre,
Il faut double Chassis & douve Paravent.

Qui pis est, sa puissance en est là parvenuë,
Que même sans souffler, il entre, il s'insinuë,
A travers les rideaux, penetre jusqu'aux lits;
Et c'est une chose connuë,
Que rien n'est dangereux comme les Vents-coulis.

II. Entrée

du Printemps & de quatre Nymphes

Dialogue de Zepyre & Flore

Tous deux ensemble:
Que tout le monde est heureux,
De voir ce Printemps amoureux,
Qui brille d'une gloire extrême !
Doit-on pas l'appeller ainsi,
Puis qu'il est cause que l'on aime,
Et que peut estre il aime aussi ?

Zephyre:
Ha ! Flore, c'en est fait, on le voit à sa mine,
Lui même a dans le coeur ce qu'il inspire aux coeurs;
Et dans quelqu'une de tes Fleurs
Il a rencontré quelque épine.

Flore:
Quel triomphe d'Amour, s'il est dans ses liens,
Doux Zephyr, qui ressens une pareille atteinte,
Cesse de murmurer afin d'ouir sa plainte,
Et retien tes soûpirs pour entendre les siens.

Tous deux ensemble:
Que tout le monde est heureux, &c.

pour SA MAJESTE', representant le Printemps

Que de ce doux Printemps on aime le retour;
O la bonne Saison pour les biens de la Terre !
Elle est toute propre à la Guerre,
Et toute faite pour l'Amour.

Que sa jeune vigueur anime de Guerriers !
Et que cette Vigueur, que la Gloire accompagne,
Fait pousser dedans la Campagne,
Et de Palmes & de Lauriers !

De toutes les Beautez il est environné;
Et toutes les Beautez ne se peuvent défendre,
De tâcher au moins à lui rendre
Cet amour qu'il leur a donné.

Il ne faut pas laisser sur la tige vieillir,
Toutes ces belles Fleurs qui sont e son domaine;
C'est le Printemps qui les amene,
C'est au Printemps à les cueillir.

pour la Duchesse de Mercoeur, representant une Nymphe

Vous rencontrant ici (Nymphe toute adorable)
Je ne puis vous celer que mon hardi projet,
Est de vous découvrir tout ce qu'un Miserable,
Ose s'imaginer dessus vostre sujet.

Ce visage en beauté surpasse tous les autres,
Et répand un éclat digne de mille voeux;
Mes yeux n'ont jamais vû rien de pareil aux vostres,
Et qui s'en croit sauvé dans vos cheveux.

De peur d'en trop dire (Nymphe) je me retire;
Si ce mot porte un sens dangereux & caché,
Songez que vous estiez dans les mains d'un Satyre,
Et que c'est en sortir encore à bon marché.

pour la Duchesse de Crequy, representant une Nymphe

Nymphe, on ne peut tenir contre vos doux appas,
La Raison devant eux doit mettre bas les armes,
Ils causent bien des maux que vous ne sçavez pas:
Mais outre ces attraits, ces douceurs & ces charmes,
Vous avez tant d'éclat, & tant de majesté,
Que si l'on vous trouvoit dans un bois écarté,
Et qu'on eût un dessein temeraire & coupable;
Quand pour l'effectuer on y viendroit expres,
Quelque hardi qu'on fût, on ne seroit capable
Que de vous regarder, & de mourir apres.

pour Mademoiselle Mancini, representant une Nymphe

Croyez qu'en agrément nulle ne vous seconde;
Que vous estes parfaite de corps & d'esprit !
Au moins ne sçai-je pas de Nymphes dans le monde,
Qui n'en crût de bon coeur les gens qui vous l'ont dit.

Amour témoigne bien par de visibles marques,
Qu'il méprise pour vous des projets glorieux;
Et ce puissant Vainqueur des Dieux & des Monarques,
Ne fit jamais ailleurs ce qu'il fait dans vos yeux.

Donnez à quelques-uns des regards favorables,
Et ne leur fermez par l'oreille au Nom de Dieu:
Les plaintes qu'on vous fait sont fort considerables,
Jointes à des soûpirs qui partent de bon lieu.

Que les Nymphes sans vous fassent mille querelles,
Au fait de la Beauté qui trouble leurs esprits;
Que sur la presseance elles soient mal entr'elles,
Laissez leur la dispute, & gardez-en le prix.

pour Mademoiselle de Manneville, representant une Nymphe

La plus considerable entre les Immortelles,
A six Nymphes jeunes & belles,
Par qui les feux du Ciel pourroient estre obscurcis;
C'est une suite assez pompeuse,
Et l'Onde où je me mire est tout-à-fait trompeuse
Si je suis la moindre des six.

Pour nous soûmettre aux loix d'une autre d'obstinée,
L'Amour avecque l'Hyménée,
N'ont qu'à parler tous doux d'un ton clair & distincq:
Nous sommes six filles ensemble;
Telle chose pourroit arriver, ce me semble,
Qu'on n'en conteroit plus que cinq.


III. Entrée

Bacchus, & Ceres, Pomone &Vertumne, Triptoleme, & Listée, Dryade

le Comte de Lude, representant Pomone Déesse des fruits

Les fruits sous mon autorité,
Sont bien-tost en maturité;
Et par une Vertu secrette,
Quelque ingrat que soit le terroir,
Il n'est si petite fleurette,
Que je ne fasse bien valoir.

pour le Marquis de Villequier, representant Vertumne Dieu des Jardins, & qui changeoit de forme à tout moment

Si vous avez dessein de faire des conquestes,
Ne chagez pas de forme, où vous estes perdus;
et tant que vous serez bâti comme vous estes,
Tout l'amour pris par vous sera par vous rendu.

le Marquis de Saucour, representant Bacchus

Dans l'admiration d'un Objet éclatant,
Dont les doux traits me percent,
Je m'enyvre d'amour, & je prends tout autant
Que de beaux yeux m'en versent.

le Marquis de Seguyer, representant Triptoleme Inventeur de l'Agriculture

La derniere Campagne a vû mes premiers pas
Dans le vaste champ de la Guerre;
Et demandez à Mars si je ne me suis pas
Employé comme il faut à cultiver la Terre.

IV. Entrée

la Discorde, la Tristesse, la Crainte & la Jalousie, essayent en vain d'entrer dans le Palais de l'Amour

les Sieurs le Conte, Dolivet, Lambert & Saint Fré

Monstres, que mal-à-propos
Vous troublez ce doux Mystere:
Laissez l'Amour en repos,
Vous qui ne l'y laissez guere.

V. Entrée

Cupidon, les Jeux, les Ris, la Jeunesse & la Joye

pour le Marquis de Villeroiy, representant Cupidon

Ce Cupidon, si le temps dure,
En rangera bien sous ses loix;
Il ne va pas à la ceinture
Des gens qu'il attaque par fois:
Estant Dieu je le tiens antique,
Cependant je voy qu'il se pique
D'estre un Enfant parmi les Dieux;
Il jouë, il saute, il danse, il trote,
Et le petit n'a rien de vieux,
Que son bon sens & sa calote.

VI. Entrée

trois Peintres

pour le Comte de Guiche, representant un Peintre

Travaillez (jeune Peintre) & songez de bonne-heure
A vous rendre en cet Art un Ouvrier parfait;
On n'est pas mal payé du Tableau qu'on a fait,
Lors que l'Original ensuite nous demeure.

Il faut faire un Soleil quelquefois d'une Etoile,
Vous avez les Couleurs, la Toile, le Pinceau;
Il ne vous manque plus qu'un dessein qui soit beau,
Et digne du Pinceau, des Couleurs, de la Toile.

Peut-estre l'avez-vous, si ce doute vous pique,
Comme ordinairement les Peintres sont quinteux,
Je vous en fais excuse, & me sens tout honteux,
D'avoir crû qu'un moment vous fussiez sans pratique.

VII. Entrée

sept Musiciens

La Musique a tout le pouvoir,
Que sur l'Amour on peut avoir;
Et par une étrange merveille,
Son imperieuse douceur
Le cherchant jusq'au fond du coeur,
L'éveille quand il dort, & l'endort quand il veille.

VIII. Entrée

Comus, Dieu des Festins, accompagné de la Propreté & de l'Abondance.

le Sieur Langlois, & les deux Des-Airs

Ce n'est pas tout qu'aimer, il faut de la pature,
Et bien des gens sont morts d'amour,
Qui reglément deux fois par jour,
Ne laissent pas d'avoir besoin de nourriture.

IX. Entrée

quatre Parfumeurs

Monsieur Cabou, les Sieurs Beauchamp & Raynal

Amour est délicat, il faut qu'on assaisonne
De quelque doux parfum ce qu'on lui veut offrir;
Et malheureusement par fois on empoisonne
Ce pauvre enfant dans un soûpir.

X. Entrée

Psyché, la Beauté & trois Graces

pour Mademoiselle de Gramont, representant Psyché

Belle Psyché, plein d'appas,
Si l'apparence est veritable,
Vous & Cupidon n'avez pas
Encore commencé vostre Fable.

Vous estes un couple fort beau,
Né l'un pour l'autre, ce me semble;
Et vostre Lampe & son Flambeau,
Feront bien de brusler ensemble.

Mais tous deux ménagez-vous bien
D'une délicate maniere;
Il s'envole quasi pour rien,
Et je croi que vous estes fiere.

Vos yeux sont éveillez & doux,
Et vous n'estes point d'une taille
A permettre qu'auprés de vous,
Amour s'endorme ni qu'il baille.

pour le Duc de Damville, representant la Beauté

Puisque la Loi d'Amour veut que toute personne,
Se transforme en l'objet dont son coeur est tenté,
Il ne faut pas que l'on s'étonne
Si je suis la même Beauté.

C'est moi qui suis le but de chaque Demoiselle,
C'est de moi seulement qu'elles font un grand cas:
Telle m'a sans le croire, & telle
Pense m'avoir qui ne m'a pas.

Un refort de Beauté, digne de cent loüanges,
Est tout prest d'augmenter l'éclat où je me voy;
Le Paradis, & tous les Anges,
Vont dans peu reluire chez moy.

La supresme Beauté, que tout le Monde adore,
Relevera bien-tost de mon sacré pouvoir;
Et si je ne l'ai pas encore,
Pour le moins j'aspire à l'avoir.

pour Mademoiselle de Nueillan, representant une des graces

Cette Belle a de la fraîcheur,
De l'embonpoint, de la blancheur;
Sa modestie est sans seconde,
Et son Amant sans doute aura
La meilleure grace du monde
Alors qu'il la possedera.

pour Mademoiselle de Gourdon, representant un des Graces

Parmi vous la Beauté regne en diverses places,
Et d'un air different chaque Grace à ses graces;
Vous avez un beau teint, un vif & doux regard,
Vous estes tres-aimamble, & tres-spirituelle;
Mais ce qui m'a percé le coeur à vostre égard,
C'est que je sçai de bonne part,
Que vous avez la jambe admirablement belle.

Quand vous ne seriez pas faite comme vous estes,
Et que vous n'auriez point ces lumieres parfaites,
Que les meilleurs esprits ne découvrent qu'en vous:
Quand pour vaincre un Amant vous n'auriez que cette arme
Suffiroit-elle pas ? est-il rien de plus doux,
Que de languir à vos genoux,
Puisque vous possedez un si precieux charme ?

pour Mademoiselle de la Porte, representant une des Graces

O Grace dont les yeux sont tels,
Qu'il n'est rien de pareil au monde,
Et qui dans le coeur des Mortels,
Font une blessure profonde !

Dont la bouche est d'un incarnat
Qui fait pâlir toutes les roses,
Et qui parfumant l'odorat,
Montre & dit tant de belles choses !

Dont le poil noir si doucement
Vous lie un coeur, & puis ensuite
Le serre si terriblement,
Qu'il ne sçauroit prendre la fuite !

Et dont les bras blancs, gros & ronds,
Et la gorge à nous mettre en cendre,
Sont vûs de l'oeil dont les Larrons
Regardent ce qu'ils n'osent prendre !

O Grace ! dont les Ris, les Jeux,
Et les Amours suivent lestraces !
Que c'est un poste avantageux,
Que d'estre dans vos bonnes graces !

XI. Entrée

Medée, Circé, Alcine & Armide; & leurs amans Jason, Ulisse, Roger & Regnaud

pour la Duchesse de Roquelaure, representant Medée

Par ses méchancetez elle est peu décriée,
Encore que son nom soit connu de chacun;
Aussi depuis le temps qu'elle s'est mariée,
Elle a fait deux enfans, & n'en a tué qu'un.

Cette Medée ayant une beauté divine
Tout-à-fait au dessus de la comparaison;
C'est estre une Sorciere admirablement fine,
Qu'on ne puisse pas reprocher un Jason.

Elle en auroit beaucoup, mais elle les neglige,
Elle possede l'art de rajeunir les gens;
En sorte qu'à la Cour ce seroit un prodige
De soûpirer pour elle, & de passer quinze ans.

pour Mademoiselle de Villeroy, representant Circé

Que de cette Circé le regard est fatal !
Et qu'elle causera le mal !
Elle est trop dangereuse; il faudroit, ou je meure,
La brusler toute à l'heure.

On tâche à découvrir par quel charme elle plaist,
Et ce qui la rend comme elle est;
Et toutes voudroient bien rencontrer quelque feuille
Des herbes qu'elle cueille.

A bien examiner les couleurs de son teint,
Ne diriez-vous pas qu'il soit peint ?
Et ces lévres qu'on croit n'avoir point de pareilles,
Sont-elles pas vermeilles ?

Sa gorge a deux boutons nouvellement écloa,
Qui ne paroissent guere gros;
Et prouvent quatorze ans qui composent son âge,
Sans qu'elle ait davantage.

Mais dites-lui deux mots l'enchantement se rompt
Aussi-tost qu'elle vous répond;
Et vous connoissez, comme chose apparente,
Qu'elle en a plus de trente.

pour Mademoiselle de Bonneuil, representant Alcine

D'une jeune lueur elle est environnée;
Et l'on juge à ce blanc rempli d'un tel éclat
Que cette petite Damnée
Ne sort pas par la cheminée,
Quand il faut qu'elle aille au Sabat.

On voit à son visage, à son air, à sa grace,
Enfin à cet aimable & dangereux poison,
Qui par les yeux dans l'ame passe,
Que cette Sorciere de race
A le charme de sa Maison.

Une ame grande & forte en peut estre seduite,
Et prés d'elle aisément on pourroit s'oublier;
Heureux lesDemons de sa suite,
Qui veilleront à sa conduite !
Mais plus heureux le familier.

pour Mademoiselle du Fouilloux, representant Armide

Tout ce que la Magie aussi blanche que nege,
a de force & de privilege,
Brille en cette personne avec des traits charmans:
Il ne faut point choquer les Puissances divines;
Et pour produire au jour de grands enchantemens,
Une taille admirable & d'autres agrémens,
Sont ses herbes & ses racines.

pour le Duc de Cancale, representant Jason

Devant ce Conquerant tout autre disparest;
Quelle taille ! quel air ! & quelle chevelure !
En a-t-on jamais vû d'équipé comme il est,
Pour une glorieuse & galante avanture ?

Il aime le combat, la Victoire lui plaist:
Il est vrai que la peine aussi lui semble dure;
Se faut-il embarquer ? l'Argonaute est tout prest;
Mais le chagrin lui prend quand le voyage dure.

C'est-à-dire en deux mots, que vous aimeriez fort
Qu'au bruit de vostre Nom l' on se rendît d'abort,
Sans donner à vos soins un penible exercice:

C'est vostre seul défaut (merveille des Jasons)
Et le zele que j'ai pour vous rendre service,
Vous le dit de la part de toutes les Toissons.

le Comte de Lude, representant Roger

Brave & fameux Roger, honneur des Paladins,
Et le plus chevelu des modernes Blondins,
Vos traits sont merveilleux, Arioste les vante:
Il vous louë, & dit vrai; mais dans cet Auteur-là,
Il n'est fait mention que d'une Bradamante,
Et j'en sçai pour le moins cinq ou six par-delà.

Exemple de Constance & de Fidelité,
Si l'Amour a permis qu'on vous ait écoûté,
Aux differents endroits ou vous estiez à tâche;
Et si vous n'avez point soûpiré pour neant,
Donnez-vous du repos, prenez quelque relâche,
Vous ne futes jamais rien moins qu'un faineant.

pour le Marquis de Villequier, representant Renaud

Sans que par une dure & penible corvée,
Je coure l'Univers de l'un à l'autre bout,
Cherchant avanture par tout:
L'avanture est toute trouvée,
Il ne faut point aller si loin,
La peur de la manquer toutefois m'importune;
Et c'est-là que j'ai grand besoin
De l'Amour & de la Fortune.

pour le Marquis de Sancour, representant Ulisse

N'en déplaise au Pinceau le plus judicieux
Pour bien representner Ulisse,
Il faut lui mettre dans les yeux
Plus d'audace que d'artifice;
Brave en guerre, brave en amour,
Je hai la ruse & le détour:
Aussi n'est-ce en effet qu'une pure chimere,
Dont la Fable a noircy mon honneur & ma foy;
De semblables défauts ne sont que dans Homere,
Dieu me veuille garder qu'ils se trouvent chez moy.

XII. Entrée

six Esprits folets

pour le Roy, representant un Esprit folet

SONNET

Est-ce chose réelle ? est-ce Sorcellerie ?
Ne sçauriez-vous, mes yeux, éclaircir ce soupçon ?
Adonis étoit beau; pourtant sans flaterie,
L'Esprit qui m'apparest a meilleure façon.

Cela marche de l'air d'un grand jeune garçon,
Où la Nature a mis toute son industrie,
Et dont toute la Cour pourroit prendre leçon,
En fait de bonne grace & de galanterie.

Comme font les Amans, cela fait tout ainsi,
Cela n'aura vingt-ans que dans deux ans d'ici,
Cela sçait mieux danser que toute la gent Blonde:

Et n'est femme à choisir dans ce grand nombre-là,
A qui cela ne fît la plus grand'peur du monde,
Et qui ne se rendît volontiers à cela.

XIII. Entrée

le Silence, la Discretion, & le Secret

Nous aurions beaucoup à dire,
Nous ne disons rien pourtant;
Et nous voulons qu'on soûpire
Encore qu'on soit content.

Seconde Partie

Recit de la Gloire, au Roy

Grand Roy, quel destin est le vostre ?
Vous avez maintenant tout le monde à vos piez,
Et peut-estre estes-vous vous-même aux pieds d'un autre:
Si l'Amour a sur vous remporté la victoire,
Il est beau que vous lui cediez,
La Gloire vous le dit, vous l'en pouvez bie ncroire.

Jugez par vostre inquiétude,
Comme en vain l'on prétend s'affranchir de ses Loix,
Et nous rougissez point d'un peu de servitude:
Si même jusqu'au Dieux il étend sa victoire,
Il ne sait point de honte aux Rois,
La Gloire vous le dit, vous l'en pouvez bien croire.

Premiere Entrée

Jupiter, Apollon, Mars & Mercure, representez par des Esprits

Les Dieux ont témoigné des transports violants,
Et la galanterie est par eux observée:
Je croirois que ces Dieux se la sont reservée;
car les pauvres Mortels ne sont gueres Galants.

II. Entrée

Mome Bouffon des Dieux, suivi de six Insensez qui ont perdu l'esprit pour avoir trop aimé

Pourvû qu'on soit frappé seulement dans le coeur,
Par le trait d'un bel oeil qui nous fait sa conqueste;
Cela n'est presque rien, mais c'est un grand malheur
Quand le coup répond à la teste.

III. Entrée

Talestris Reine des Amazones, & quatre autres Amazones amoureuses

pour Monsieur Frere Unique du Roy, representant Talestris

Charmante voisine du Trône,
Où le Ciel a versé ce qu'il a de meilleur,
Comme une veritable & parfaite Amazône,
Vous avez la beauté tout ensemble & le coeur:
Comme telle par tout vous gagnez la Victoire;
Et comme telle enfin (divine Talestris)
Vous ne cherissez rien à l'égal de la gloire,
Et ne haïssez rien à l'égal des Maris.

Ainsi que ces belles Guerrieres,
Vous portez dans les coeurs d'inévitables coups,
Et sçavez triompher de toutes les manieres;
Vos bras deviennent forts, vos yeux sont fiers & doux:
Vous avez de l'amour pour le grand Alexandre,
De qui toute la Terre admire les progrés;
Vous en aurez le coeur, & vous pouvez prétendre
Que vous l'attraperez, si vous courez aprés.

pour le Marquis de Genlis, Amazone

Amazone, discrete & sage,
Sans que vostre pudeur en soit blessée en rien,
J'oserois assurer, & je gagerois bien,
Que vous avez le corps plus beau que le visage.

IV. Entrée

Marc-Antoine suivi de la Profusion & de l'Aveuglement, qui aprés avoir fait d'excessives dépenses pour Cleopatre, se fit enfin mourir pour elle

Monsieur Coquet, les Sieurs Langlois & de Gan

De cette passion, qui se peut garantir ?
De même que César il s'en faut divertir;
Mais comme Marc-Antoine il ne s'en faut pas faire
Une si furieuse affaire.

V. Entrée

huit Galdiateurs

pour le Marquis de Richelieu, representant un Galdiateur

Quoique jeune en cent combats,
Vostre coeur & vostre bras
Ont eu beaucoup d'avantage;
Et vous les avez mis au jour
Force preuves de courage,
Et quelqu'unes d'amour.

VI. Entrée

six Esclaves Mores

le Duc de Guise, representant un Esclave

Ce Dieu m'ayant rangé sous son obéissance,
M'a toûjours fait subir d'imperieuses loix;
Et je n'eus de ma vie encore en ma puissance,
Le coeur qu'aux ennemis j'ai montré tant de fois.

le Duc Damville, representant un Esclave

Captif, si jamais je le fus,
Loin de vouloir ne l'estre plus,
J'aspire à l'estre davantage;
Et tout mon plus ardent souhait,
est que bien-tost le Mariage
Serre le noeud qu'Amour a fait.

VII. & VIII. Entrée

des Bacchantes qui mettent Orphée en pieces

pour le Marquis de Genlis, representant Orphée déchiré par les Bacchantes

Ont-elles resolu de vous oster la vie,
Ou pour vous embrasser de vous prendre au colet ?
Est-ce haine ? est-ce amour ? est-ce rage ? est-ce envie ?
Vous trouvent-elles beau ? vous trouvents-elle laid ?

Pour vous dire la vrai, n'estoit vostre grimace,
Je croi qu'à leur fureur vous vous déroberiez;
Et vostre mauvais sort pourra changer de face,
Moyennant que vous-même aussi vous en changiez.

Ces femmes ont grand tort, & vostre plainte amere
Les devroit émouvoir à vous moins déchirer;
Tel est vostre destin, & vostre propre mere
Commença la premiere à vous défigurer.

IX. Entrée

Neptune & des Tritons

pour le Duc de Guise, representant Neptune

La Mer a vû faire entre Naples & Rome,
Ce que peut faire un Dieu sous la fortune d'un homme,
Une simple Coquille estant vostre Vaisseau;
En vos mains le Trident passa pour un Tonnarre,
Et rien n'a tant paru merveilleux à la Terre,
Comme la fermeté que vous eustes sur l'Eau.

Puis que l'Onde est soûmise à vostre obéissance,
Et puis que vous regnez sur la même Inconstance,
Un peu de changement ne vous sied point trop mal;
Vous pouvez entre cent partager vos tendresses,
Et sans vous consumer brûler pour cent Maistresses,
Ayant un si grand fond d'humide radical.

X. Entrée

des Chasseurs

pour Monsieur de Rassan, Chasseur

Les peines de ce Chasseur,
Son adresse & sa douceur
Ne seront pas infertiles:
Il fera progrés nouveaux;
Ses pas pour estre inutiles
Sont trop justes & trop beaux.

XI. Entrée

les quatre Elemens

pour le Duc de Roquelaure, representant un Element

Quel que soit l'embarras & la division
Entre mes Compagnons, que la Discorde assemble,
J'estois plus avant qu'eux dans la Confusion,
Et seul plus intrigué que tous les trois ensemble:
Mais, grace à mon adresse, il n'est point d'Element
Qui se soit du cahos tiré plus galamment.

pour le Marquis d'Aluy, representant un Element

Amour, dont le puissant effort
Nous a mis tout quatre d'accord,
Je ne me veux mesler ni d'effets ni de causes:
A mes associez, je laisse de bon coeur,
Toute la gloire & tout l'honneur
De la subsistance des choses;
Qu'à celle qui me plaist je plaise seulement;
Et que je sois son Element.

XII. Entrée

Pluton & des Demons

pour le Roy, representant Pluon

Jupiter à son gré peut tonner sur les Monts,
Pour moi, j'ai ma puissance ici-bas renfermée,
Et la Cour où je regne est fertile en Demons,
Cet abisme produit quantité de fumée:
La Haine, l'Interest, l'Ambition, l'Amour,
Tantost tous quatre ensemble, & tantost tour-à-tour,
Sont de ces Malheureux la peine longue & rude;
Personne sous ma loy n'est exempt des ennuis,
Chacun a sa misere, & tout Dieu que je suis
N'ai-je pas mon inquïetude ?

Aprés avoir vaincu la Nuit & le Cahos,
Qui brouilloient pour m'oster la qualité de Maistre,
Et comme je pensois jouïr de ce repos,
Où l'enfer est lui-même autant qu'il y peut estre
Je sens dans mon esprit de nouveaux embarras,
Une guerre intestine, & de secrets combats;
Il se coule en mon coeur une douce amertume,
Mon Trône n'en devient ni plus ni moins ardent;
Mais comme je l'éprouve, il y fait cependant
Beaucoup plus chaud que de coûtume.

XIII. Entrée

les douze Heures du Jour

L'Impatience de l'Amour
Est assez juste, ce me semble,
Puis que ces douze heures du Jour
Font un siecle toutes ensemble.

XIV. & derniere Entrée

l'Hymen & tous les Plaisirs

pour Monsieur, representant l'Hymen

Vous ne vous ressemblez de poil ni de visage,
Non, ce n'est point l'Hymen qui parest en ce lieu;
Et plus propre à brouiller qu'à faire un Mariage,
Vous en estes plûtost le Demon que le Dieu.