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Balet de la Reyne
Recueil des Vers
Ce Ballet a été dancé le 31 Janvier 1609
c'est le troisiesme Ballet de la Reyne Marie de Medicis

 

Recit de la Naiade, portée sur un Dauphin

Ces Ninfes pleines de mespris,
Voyant tant de pauvres Espris,
Qui bruslent d'une ardeur profane,
Quittent leurs antres & leurs bois,
Et viennent avec leur Diane
Vous donner de meilleurs loix.

Les Coeurs qui ne sçavent qu'aymer
Apprendront de se reformer
Avec de si chastes exemples,
Et desormais dedans la Cour
On ne trouvera plus de Temples
Où l'on sacrifie à l'Amour.

Car elles iront détruisant
Ce Dieu qui vous va seduisant,
Et le faisant brusler encore
Au feu de son propre flambeau,
De l'Autel mesme où l'on adore
Elles en feront son Tombeau.

Apres un coup si glorieux
Elles s'en iront dans les Cieux
Pour commencer une autre guerre,
Et ne croy pas que les mortels
Les puissent retenir en terre
Si ce n'est avec des autels.

Außi bien ne voyons-nous pas
Qu'elles prisent rien icy bas
De toutes les choses mortelles,
Les hommes les ayment en vain,
Et le fierté d'estre si belles
Est cause de tout leur dédain.

Car le juste orgueil de se voir
Si parfaittes dans leur miroir
Endurcit si fort leur courage,
Qu'il faut croire que leur Beauté
Qui tient vos ames en servage
Maintient les leurs en liberté.

Et tant s'en faut qu'en vous blessant
Elles s'allent esiouissant
De ce que leur trait vous surmonte,
Qu'au contraire en blasmant leurs coups
Leurs beaux yeux semblent avoir honte
D'user leurs armes contre vous.

Mais rien ne les irrite tant
Que de voir qu'on s'alle flattant
En sa vaine perseverance,
Et qu'un homme puisse esperer
Par ses pleurs une recompense
Que les Dieux n'osent desirer.

Reglez doncq si bien vos soupirs
Que mesme en vos plus grands desirs
Vostre coeur demeure insensible,
Et cessant de vous enflamer,
Si c'est quelque chose poßible
Adorez-les sans aymer.

Vers masculins pour la Chaisne du mesme Ballet

Nos esprits libres & contents
Vivent en ces doux passe-temps,
Et par de si chastes plaisirs
Bannissent tous les autres desirs,

La danse, la chasse, & les bois,
Nous rendent exemptes des lois
Et des miseres dont l'Amour
Afflige les coeurs de la Cour.

Et c'est plustost avec cet art
Qu'avec la pointe de ce dard
Que cette trouppe se deffant
Des traits de ce cruel Enfant.

Car en changeant tousiours de lieu
Nous empeschons si bien ce Dieu,
Qu'il ne peut s'asseurer des coups
Qu'il pense tirer contre nous.

Ainsi nous defendans de luy
Et passans nous iours sans ennemy,
Nous essayons de luy ravir
La gloire de nous asservir.

Il est bien vray qu'en nous sauvant,
Il nous va tousiours poursuyvant,
Et nous poursuit en tant de lieux,
Qu'en fin il entre dans nos yeux.

Mais encor' qu'on puisse penser
Qu'alors il nous doive offencer,
Pourtant nous n'avons point de peur
Qu'il nous puisse enflamer le coeur.

Car la neige de nostre sein
Empesche si bien son dessein,
Qu'alors qu'il nous pense enflamer
Son feu ne se peut allumer.

La Renomée, au Roy

Pleine de langues & de voix,
O Roy le miracle des Roys,
Je viens de voir toute la terre:
Et publier en ses deux bouts
Que pour la paix ny pour la guerre
Il n'est rien de pareil à vous.

Par ce bruit ie vous ay donné
Un renom qui n'est terminé
Ny de fleuve ny de montagne:
Et par luy j'ay fait desirer
A la troupe que j'accompagne
De vous voir & vous adorer.

Ce sont douze rares beautez,
Qui de si dignes qualitez
Tirent un cueur à leur service:
Que leur souhaiter plus d'appas,
C'est vouloir avec iniustice
Plus que les cieux ne peuvent pas.

L'Orient qui de leurs ayeux
Sçait les titres ambitieux,
Donne à leur sang un advantage
Qu'on ne leur peut faire quitter
Sans estre yssu du parentage
Ou de vous, ou de Jupiter.

Tout ce qu'à façonner un cors
Nature assemble de tresors
Est en elles sans artifice:
Et la force de leurs esprits
D'où jamais n'aproche le vice
Fait encor accroistre leur pris.

Elles souffrent bien de l'Amour
Par ellesface chaque iour
Nouvelles preuves de ses charmes:
Mais sitost qu'il les veut toucher,
Il reconnoist qu'il n'a point d'armes
Qu'elles ne facent reboucher.

Loin des vaines impreßions
De toutes ces folles paßions
La vertu leur apprend à vivre:
Et dans la Cour leur fait des lois,
Que Diane auroit peine à suivre
Au plus grand silence des bois.

Une Reyne qui les conduit
De tant de merveilles reluit,
Que le soleil qui tout surmonte,
Quand mesme il est plus flamboyant,
S'il estoit sensible à la honte
Se cacheroit en la voyant.

Aussy le temps a beau courir,
Ie la feray tousiours fleurir
Au rang des choses eternelles:
Et non moins que les immortels,
Tant que mon dos aura des elles,
Son image aura des autels.

Grand Roy faites leur bon accueil:
Loüez leur magnanime orgueil,
Que vous seul avez fait ployable:
Et vous acquerez sagement,
Afin de me rendre croyable,
La faveur de leur iugement.

Jusqu'icy vos faits glorieux
Peuvent avoir des envieux:
Mais quelles ames si farouches
Ozeront douter de ma foy,
Quand on verra leurs belles bouches
Les raconter avecques moy ?