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Ballet du Poinct du Iour
 

 

Voicy venir le Poinct du jour,
Chacun à son ouvrage songne:
Mais la plus plaisante besongne
est aujourd'huy celle de l'Amour.

 

Les sonneurs de cloches

AUX DAMES

Nous sommes les sonneurs d'Amour,
Hardis aux premieres approches:
Prestez nous seulement vos cloches,
Nostre batant va nuict & jour.

L'Amoureux

Quand & les Chave-souris,
Tous les soirs ie me resveille:
Et mets la puce à l'oreille
Des meres & des maris.

Les Estafiers

Nostre mestier est fort gentil,
Ce n'est que jeu, que serenades:
Mais si l'on n'a l'esprit subtil,
Il est subiect aux bastonnades.

Le Recit de l'Aurore

Que d'esclairs plus que moy radieux ?
Puis ie bien les souffrir en ces lieux ?
Et mon retour aux humains si cher,
Les Astres faict cacher.

C'est le sort justement irrité,
Qui punit maintenant ma clairté,
D'avoir si tost troublé ces Amans
En leurs contentements.

O beautez qui la mienne effacez,
Puis qu'ainsi vous me la ravissez:
Que puis-ie moins cessant d'esclairer,
Que de me retirer ?

Le Portier

Ma clef est la clef de nature,
Mais i'en ay deffaict les pendans:
Je n'ay iamais trouvé serrure,
Où ie n'entrasse bien dedans.

Les deux Soldats

Heureux presage; on nous apporte
Les clefs assez facilement
Et croy qu'icy n'y aura porte
Qui n'ouvre naturellement.

Le crieur d'eau de vie

Qui de vous, Belles, a l'envie
De gouster de mon eau de vie,
Si bonne à refaire le coeur ?
Demandez, de grace, à vos meres,
Si iamais des reins de vos peres
Coula plus aimable liqueur.

Le Masson

Ie veux bastir sur le devant,
Et tout à toise boute-avant,
Compris moulures & corniches:
Mais mon oeuvre n'est pas perfaict,
Si pour remplir toutes les niches,
Je n'ay quelque moule bien faict.

Le Charpentier

Ie suis entrant comme un verrou,
Mais voyant icy tant de filles,
Je ne sçay comme à chaque trou
Nous pourrons trouver des chevilles.

La Bouquetiere

Ne pensez que ie prenne ailleurs
Que sur mon sein, les belles fleurs
Dont ma corbeille est embellie:
Et pour obliger mon Amant
A les aimer plus constamment,
D'un de mes cheveux ie les lie.

A la vendeuse de citrons

L'Arbre qui porte le citron
A des fleurs en tout temps au front,
Des fruicts meurs & d'autres qui viennent:
Ainsi vos beautez s'entretiennent,
Et iamais la rigueur du temps
N'en fera passer le Printemps.

La vendeuse d'oranges

Non, non, ce n'est pas une orange,
C'est la pomme d'or que le Gange
Forma pour prix de la beauté:
Iadis elle fist des querelles,
Mais au iugement des plus belles
Cela ne m'est point disputé.

La vendeuse de pommes

Elles sont petites mes pommes,
Et manquent de maturité:
Un iour viendra que leur beauté
Ravira les Dieux & les hommes.

La vendeuse d'herbes

A ma belle herbe, à ma belle herbe,
C'est peu de chose dira-t'on,
Toutes choses ont leur saison,
Les bleds un iour seront en gerbe.

A la Laictiere

Gardez ce pot sur votre vie,
Car si iamais sur vous il chet,
Ils diront qu'aurez eu l'envie
De braver la blancheur du laict.

Recit du Soleil

Quelles douces clairtez ialouzes de ma gloire
Paroissent en ces lieux ?
L'Aurore a t'elle bien la vanité de croire
Qu'elle puisse esclairer comme moy dans les Cieux ?

Elle qui seulement d'une poincte incertaine
Traçoit l'espoir du iour,
Met des leur Orient mes chevaux en haleine,
Et m'oblige à languir dans l'humide seiour.

Les peuples esveillez par une autre lumiere
Mocqueront mon pouvoir.
Croyant qu'encore un coup i'ay quitté ma carriere
A celuy que Iupin dedans l'onde fist cheoir.

Belles si vous joingez à sa foible presence
Vos divines clairtez
Heureusement vaincu ie cede à la puissance
Que l'Amour, & le Ciel octroye à vos beautez.

Le Maistre d'hostel

Prompt à faire mon emplette,
Ce qui me plaist ie l'achepte,
Sans tourner autour du pot:
Mais fin à qui faict la fine,
Ie change quand on fafine,
Et veux qu'on me prenne au mot.

Le Hottier

Fort & puissant à merveille,
Et le tout sans me flatter.
Mon mestier est de porter,
Mais ce n'est qu'à la pareille.

Le coupeur de bourse

Faisons un accord entre nous,
Ie couperay toutes les bourses,
Afin que la tienne ait des sources,
Qui ne tarissent point pour vous.

Le Gaigne-petit

Me voila fort bien estrené,
I'ay beau dequoy payer mes debtes
Devinez combien i'ay gaigné,
Demy quarteron d'allumettes;
Ie fuis pourtant bon Emoulleur,
Et si dans Caen i'ay du malheur,
C'est qu'en son pays nul n'est Prophete,
Ailleurs mon affaire ira mieux,
Außi par ma foy ma broüette
Roullera bien tost à Bayeux.

La crieuse d'allumettes

I'ay le corps & l'esprit subtil
A quelque mestier qu'on me mette:
Et si vous avez bon fusil,
Je ne manque point d'allumette.

Le meneur de Chevres

Il est vray que la laict de Chevres
A l'ardeur qui seiche vos levres
Peut profiter aucunement:
Mais celuy qui vous les ameine
A du laict, qui sans tant de peine
Vous peut guerir perfaictement.

Le vendeur d'escailles

O que voila d'escailles vives,
Je croy qu'il n'en est point à Dives
A qui l'on faße plus la cour:
Si l'eau s'en trouve trop salée,
I'en ay de douce distillée
Dedans l'alambic de l'Amour.

Le proteur d'eau

Si l'Amour avec son flambeau
Met le feu dans vos cheminées:
N'en soyez pas plus estonnées,
Car ie vous fourniray de l'eau.

Le Procureur

Laissons là toutes les fineßes,
Il faut regarder dans les sacs,
Car si vous ne monstrez vos pieces,
Ma foy ie n'y travaille pas.

Le Paisan

Le procez suivy de la guerre,
M'a reduict dedans les citez:
Approchez moy de vos beautez,
J'en arrouseray le parterre.

La Veufve

Amis qui par un beau langage
Taschez d'acourir mon courage,
En amertune si fecond:
La raison veut que ie souspire,
Et quoy que vous me puißiez dire
Ie pleureray jusqu'au second.

Le vendeur de passement d'argent

Ie n'apprehende point la touche
Comme mon passement d'argent:
Ie me resveille, & ie me couche
Sans creancier, & sans Sergent.

Air de la Musique pour le Grand Ballet

Enfin ce Dieu cruel, infidelle, & volage,
Au Ciel est arresté:
Et honteux a perdu bien plustost le courage
Que nous la liberté.

Que ne s'addreßoit il à des beautez mortelles,
C'estoit son element:
Avecque moins de gloire il eust triomfé d'elles,
Mais plus facilement.

Donques reconnoissant nostre coeur invincible,
Il n'y doit plus tirer:
Il feroit beaucoup mieux, s'il luy estoit poßible,
D'apprendre à se parer.

Quand il verroit plus clair il perdroit son escrime
Aux rayons de nostre oeil,
Car comment pourroit-il, n'estant pas legitime,
Regarder le Soleil ?

Puiqu'on luy veut souffrir, qu'il conserve l'Empire
Qu'il a sur les humains:
Mais que de nous iamais cela se puiße dire,
Nous luy baisons les mains.

La Lavandiere

A la fraischeur de ceste rive,
Qui vous sert de beau promenoir,
Desguisé ie bats la leßive,
Mais c'est ma Belle pour vous voir.