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Chacun à son ouvrage songne:
Mais la plus plaisante besongne
est aujourd'huy celle de l'Amour.

Nous
sommes les sonneurs d'Amour, Quand
& les Chave-souris, Nostre
mestier est fort gentil, Que
d'esclairs plus que moy radieux ? C'est
le sort justement irrité, O
beautez qui la mienne effacez, Ma clef
est la clef de nature, Heureux
presage; on nous apporte Qui de
vous, Belles, a l'envie Ie veux
bastir sur le devant, Ie suis
entrant comme un verrou, Ne
pensez que ie prenne ailleurs L'Arbre
qui porte le citron Non,
non, ce n'est pas une orange, Elles
sont petites mes pommes, A ma
belle herbe, à ma belle herbe, Gardez
ce pot sur votre vie, Quelles
douces clairtez ialouzes de ma gloire Elle
qui seulement d'une poincte incertaine Les
peuples esveillez par une autre lumiere Belles
si vous joingez à sa foible presence Prompt
à faire mon emplette, Fort
& puissant à merveille, Faisons
un accord entre nous, Me
voila fort bien estrené, I'ay le
corps & l'esprit subtil Il est
vray que la laict de Chevres O que
voila d'escailles vives, Si
l'Amour avec son flambeau Laissons
là toutes les fineßes, Le
procez suivy de la guerre, Amis
qui par un beau langage Ie
n'apprehende point la touche Enfin
ce Dieu cruel, infidelle, & volage, Que ne
s'addreßoit il à des beautez mortelles, Donques
reconnoissant nostre coeur invincible, Quand
il verroit plus clair il perdroit son escrime Puiqu'on
luy veut souffrir, qu'il conserve l'Empire A la
fraischeur de ceste rive,
Hardis aux premieres approches:
Prestez nous seulement vos cloches,
Nostre batant va nuict & jour.
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Tous les soirs ie me resveille:
Et mets la puce à l'oreille
Des meres & des maris.
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Ce n'est que jeu, que serenades:
Mais si l'on n'a l'esprit subtil,
Il est subiect aux bastonnades.
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Puis ie bien les souffrir en ces lieux ?
Et mon retour aux humains si cher,
Les Astres faict cacher.
Qui punit maintenant ma clairté,
D'avoir si tost troublé ces Amans
En leurs contentements.
Puis qu'ainsi vous me la ravissez:
Que puis-ie moins cessant d'esclairer,
Que de me retirer ?
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Mais i'en ay deffaict les pendans:
Je n'ay iamais trouvé serrure,
Où ie n'entrasse bien dedans.
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Les clefs assez facilement
Et croy qu'icy n'y aura porte
Qui n'ouvre naturellement.
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De gouster de mon eau de vie,
Si bonne à refaire le coeur ?
Demandez, de grace, à vos meres,
Si iamais des reins de vos peres
Coula plus aimable liqueur.
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Et tout à toise boute-avant,
Compris moulures & corniches:
Mais mon oeuvre n'est pas perfaict,
Si pour remplir toutes les niches,
Je n'ay quelque moule bien faict.
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Mais voyant icy tant de filles,
Je ne sçay comme à chaque trou
Nous pourrons trouver des chevilles.
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Que sur mon sein, les belles fleurs
Dont ma corbeille est embellie:
Et pour obliger mon Amant
A les aimer plus constamment,
D'un de mes cheveux ie les lie.
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A des fleurs en tout temps au front,
Des fruicts meurs & d'autres qui viennent:
Ainsi vos beautez s'entretiennent,
Et iamais la rigueur du temps
N'en fera passer le Printemps.
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C'est la pomme d'or que le Gange
Forma pour prix de la beauté:
Iadis elle fist des querelles,
Mais au iugement des plus belles
Cela ne m'est point disputé.
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Et manquent de maturité:
Un iour viendra que leur beauté
Ravira les Dieux & les hommes.
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C'est peu de chose dira-t'on,
Toutes choses ont leur saison,
Les bleds un iour seront en gerbe.
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Car si iamais sur vous il chet,
Ils diront qu'aurez eu l'envie
De braver la blancheur du laict.
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Paroissent en ces lieux ?
L'Aurore a t'elle bien la vanité de croire
Qu'elle puisse esclairer comme moy dans les Cieux
?
Traçoit l'espoir du iour,
Met des leur Orient mes chevaux en haleine,
Et m'oblige à languir dans l'humide
seiour.
Mocqueront mon pouvoir.
Croyant qu'encore un coup i'ay quitté ma carriere
A celuy que Iupin dedans l'onde fist cheoir.
Vos divines clairtez
Heureusement vaincu ie cede à la puissance
Que l'Amour, & le Ciel octroye à vos
beautez.
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Ce qui me plaist ie l'achepte,
Sans tourner autour du pot:
Mais fin à qui faict la fine,
Ie change quand on fafine,
Et veux qu'on me prenne au mot.
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Et le tout sans me flatter.
Mon mestier est de porter,
Mais ce n'est qu'à la pareille.
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Ie couperay toutes les bourses,
Afin que la tienne ait des sources,
Qui ne tarissent point pour vous.
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I'ay beau dequoy payer mes debtes
Devinez combien i'ay gaigné,
Demy quarteron d'allumettes;
Ie fuis pourtant bon Emoulleur,
Et si dans Caen i'ay du malheur,
C'est qu'en son pays nul n'est Prophete,
Ailleurs mon affaire ira mieux,
Außi par ma foy ma broüette
Roullera bien tost à Bayeux.
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A quelque mestier qu'on me mette:
Et si vous avez bon fusil,
Je ne manque point d'allumette.
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A l'ardeur qui seiche vos levres
Peut profiter aucunement:
Mais celuy qui vous les ameine
A du laict, qui sans tant de peine
Vous peut guerir perfaictement.
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Je croy qu'il n'en est point à Dives
A qui l'on faße plus la cour:
Si l'eau s'en trouve trop salée,
I'en ay de douce distillée
Dedans l'alambic de l'Amour.
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Met le feu dans vos cheminées:
N'en soyez pas plus estonnées,
Car ie vous fourniray de l'eau.
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Il faut regarder dans les sacs,
Car si vous ne monstrez vos pieces,
Ma foy ie n'y travaille pas.
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M'a reduict dedans les citez:
Approchez moy de vos beautez,
J'en arrouseray le parterre.
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Taschez d'acourir mon courage,
En amertune si fecond:
La raison veut que ie souspire,
Et quoy que vous me puißiez dire
Ie pleureray jusqu'au second.
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Comme mon passement d'argent:
Ie me resveille, & ie me couche
Sans creancier, & sans Sergent.
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Au Ciel est arresté:
Et honteux a perdu bien plustost le courage
Que nous la liberté.
C'estoit son element:
Avecque moins de gloire il eust triomfé d'elles,
Mais plus facilement.
Il n'y doit plus tirer:
Il feroit beaucoup mieux, s'il luy estoit poßible,
D'apprendre à se parer.
Aux rayons de nostre oeil,
Car comment pourroit-il, n'estant pas legitime,
Regarder le Soleil ?
Qu'il a sur les humains:
Mais que de nous iamais cela se puiße dire,
Nous luy baisons les mains.
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Qui vous sert de beau promenoir,
Desguisé ie bats la leßive,
Mais c'est ma Belle pour vous voir.