accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Les Divers Entretiens de la Fontaine de Vaucluse
Balet dansé à la Grande Sale du Roure
dédié à Monseigneur le Vicelégat

l'Année 1649

 

A Monseigneur
Illustrissime & Reverendissime

LAURENS CURSI

Doyen des Protonotaires Apostolics du nombre des Participans, Referendaire de l'une & l'autre Signature, Vicelégat & Gouverneur General en cette Cité & Legation d'Avignon, & Sur-Intendant General au fait des Armes pour Nostre Saint Pere en cet Estat.

Monseigneur,

Puis qu'il vous a pleu d'honorer nostre Balet de vostre presence autant de fois de le desir des Curieux nous a obligé de le danser, & leur faire voir les merveilleuses decorations du Theatre, nous avons creu d'y avoir entierement rencontré vostre satisfaction, & que ce divertissement que nous donnions au public, & que nous prenions pour nous mesmes, avoit esté digne de vostre approbation. Ce qui nous a donné la hardiesse de publier sous vostre Nom si precieux à tous les peuples de cette Province, & son sujet & son oeconomie pour en instruire les Estrangers. Nous ne sommes par sortis hors des limites de vostre Gouvernement (Monseigneur) pour former nostre dessein; la Fontaine de Vaucluse (pour qui la Nature semble s'estre surmontée en toutes choses) nous en a donné la matiere, vostre chere presence nous a animez à l'execution, & votre bonté nous oblige de faire sçavoir à toute le monde que nous sommes,

Monseigneur,

De vostre Seigneurie IIIeme

les tres-humbles & tres-obeïssans Serviteurs

L.N.C.A.D.L.S.D.B.

Les Divers Entretiens de la Fontaine Vaucluse

La Sale où a esté dansé le Balet est de dix-spet toises de longueur, & sept de largeur ou environ, à l'un des bouts estoit eslevé une Theatre de cinq pieds & demy de hauteur, sur le devant & au fonds de huit pieds pour luy donner la pente, il avoit sept toises de largeur, & autant de profondeur: son frontispice estoit orné de deux colomnes de chaque costé, avec ses bases, chapiteaux, frises, & corniches d'ordre Dorique: une grande toile où Vaucluse estoit peinte, & sa fontaine dans un esloignement, s'estendoit sur le devant depuis la corniche iusques à terre, de peur que les spectateurs ne vissent rien iusques au temps ordonné.
Au mesme temps qu'on voulut donner commencement au Balet & ques les hautbois en eurent donné le signe, la toile s'abatit; on vit alors une nuit qui couvroit toute la Scene, un grand Ciel tout couvert d'estoiles si brillantes qu'elles fournissoient assez de clarté pour discerner sa decoration; à sa main gauche ce n'estoient que rochers couverts d'arbres, d'animaux, & de ruisseaux coulans des croupes en bas; à sa main droite on voyoit sur une verdoyante coline une maison, qui dans ses ruines monstroit encore les restes d'une venerable Antiquité. C'est où l'Illustre Petrarque avoit jadis estably sa demeure pour y composer avec plus de quietude ses ouvrages merveilleux qui ont donné de l'admiration à tout l'Univers, & qui sert maintenant de retraite au celebre Magicien Argan.
Au fonds du Theatre parut un grand rocher eslevé au bas duquel estoit la grotte de la Fontaine du Vaucluse artistiquement representée apres l'incomparable Original que la nature en a fait; dans ces roches & petites grottes il y avoit quantité de lumieres, qui sans estre veuës, faisoient distinctement voir les heurts & salies des ruisseaux qui en sortoient, & representoient si naïvement cet Element, que bien qu'il ne fut figuré qu'avec de l'or & de l'argent, son esclat trompoit les yeux des spectateurs, & faisoit paroistre les ondes si claires & si naturelles, qu'ils douterent longuement si elles estoient veritables. C'est enfin tout dire, quand on dit que c'estoit de l'ouvrage merveilleux de l'excellent Peintre & incomparable Architecte Monsieur Dominique Bourbon de Boulogne, dont le merite ne peut estre assez dignement loüé, ny la vertu recompensée.

Oeconomie du Balet

Les hautbois ayans cessé, les violons donnerent commencement au Balet.
Vulturne courrier major de la Renommée avec son incroyable diligence fit la premiere entrée, semant dans la salle une infinité de Livres, pour faire comprendre aux spectateurs avec plus de facilité, & le sujet, & la disposition du Balet.
Deux Illustres Capitaines Bohemiens ayans sçeu le nouveau Mariage du Marquis de la Coque, & de la Baronne de Qincampois, & volé sur la minuit tout ce qu'il y avoit de plus precieux dans le Chasteau de la Coque, vont faire le partage de leur butin à la Fontaine de Vaucluse, asseurez d'estre hors de tout danger dans cette solitude tenebreuse, & à ces heures induës, chacun d'eux portoit une lanterne sourde; de vous dire avec quelle souplesse ils firent cette seconde entrée, il est superflus, car on sçait par experience qu'ils ont autant d'agilité aux poeds pour danser, que de subtilité aux mains pour voler.
Deux petites Bohemiennes tendres & jeunes, copies de ces deux fameux originaux, firent voir dans la troisiéme Entrée qu'elles n'estoient pas novices au mestier de la volerie, elles enrichirent par leur danse inimitable sur toutes les expressions les plus advantageuses.
Deux Ardans, vapeurs nocturnes, qui n'abandonnent iamais les rivieres pour y precipiter les passans inconsiderez, la teste couronnée d'un feu ebloüissant, donnerent une mortelle terreur par leur abord à nos Voleurs, ils sçavoient que malgré leur resistance ils seroitent traisnez par ces Spectres bruslans dans quelques precipices, ce qui les força de se desrober subtilement à leur veuë, laissans faire à ces Esprits Folets la quatriéme Entrée; iugez avec quelle legereté, puis que ce ne sont que fantômes.
Dans les plus espaisses tenebres de la nuit, quatre vieilles Sorcieres vont faire leur sabat au bord de la Fontaine, & rende compte de leurs mal-heureuses operations à celuy qui y preside; pour faire discerner leur autriéme entrée, & leur danse contre-faite de mille espouventables grimaces, elles ne reçoivent autre clarté que celle que leur fournissoit un Demon assis sur le toict d'une masure qui est tout joignant la Fontaine, de la main, de la bouche, & des yeux de ce Lutin sortirent de flâmes effroyables. Ce fut un Balet de desordre & de confusion, puis que celuy qui les esclairoit en estoit le Pere & le Conservateur.
Le Nimphe Echo, dans le profond silence de la nuit, se voyant oisive, & ne sçachant à qui parler, ny à qui respondre, se rendit à la Fontaine, sous l'espoir flateur d'y rencontrer son cruel Narcisse, qui toûjours charmé de sa propre beauté, pouroit estre venu par hazard consulter le miroir liquide de cette belle eau, & considerer ce beau portrait de soy-mesme; où ne l'ayant peut treuver elle chercha çà & là cette belle fleur qui nasquit de son sang, & prit naissance de sa mort infortunée. Mais le mal-heur qui la persecute continuellement, ne luy voulut pas donner cette satisfaction. Quoy que la violence de sa folle passion ne luy aye laissé que des os, & une voix imparfaite, elle ne laissa pas de faire son entrée aussi agreable qu'on la pouvoit desirer; mais alors, la clarté de la Lune commença à pousser ses cornes argentées sur Porison, ce qui obligea cette Amante desolée à se retirer dans ses humides grottes, pour s'entretenir avec ceux qui visiteront la Fontaine ce iour là, & les divertir par ses redites continuelles.

Icy la Lune commençe à paroistre

Au premier éclat de cette brillante Soeur du Soleil, la jeune Endimion vint saluer sa fidelle Maistresse, non plus sur le Mont Latmie, mais sur la delicieuse verdure de cette Fontaine. Il sembloit que ce bel Astre de la nuit se fut estalé avec des soins plus empressez, & des clartez plus lumineuses que de coustume, pour esclairer Pentrée de ce Berger, son unique inclination, & faire place au Balet des Lunatiques, qui dans la noire humeur qui les possede vindrent visiter la Fontaine, sous la brune clarté de la Lune, de laquelle ils portent chacun un quartier dans la teste.
Premierement on vit sortir une femme de la plus haute taille, maigre & descharnée, les yeux haves, & le tein livide. Ce fut la Melacolie, liberale dispensatrice des inflüances de cette inegale Déesse; elle portoit un flambeau d'une main, & un licol de l'autre, ordinaire medecine pour la guerison de ses supports desesperez; à sa suite venoit un Courtisan endebté, portant une liasse re Requestes, de Saufconduits, & de Prorogations, un Usurier avaricieux, un trébuchet à la main, un Mathematicien avec un globe, & un Alchimiste coiffé de la chape d'un alembic; l'air, la danse, & les figures de cete entrée firent voir si profonde melancolie, qu'il sembla que la fin du Balet devoit estre celle de leur vie. Il s'acheva pourtant, car la rouge Fourriere du iour dissipant les moites clartez de la Lune, s'aprestoit à faire les siennes, & donner la chasse à ces Lunatiques, qui suivirent cet Astre qui les predomine.

Icy la Lune se perdit, avec les Estoiles, & du costé de l'Orient
quelques rayons d'une clarté moderée se firent voir sur
l'Orison, donnans à la Scene autant de lumiere que la pointe
du iour en peut fournir, & faire plus clairement
discerner sa decoration

L'Aurore ayant dupuis long temps donné le rendez-vous à Cephale dans la grotte de la Fontaine de Vaucluse, pour gouster dans cette fraicheur des felicitez innocentes, aprehendant la venuë du Soleil, qui n'arreste iamais dans sa course, fit avec luy son entrée, avec des pas maiestueux, & des mouvemens qui exprimoient naïsvement la passion qu'elle a pour ce beau Chasuer, & le desplaisir de le quiter; avec donques les mutuels témoignages d'un reciproque contentement, elle s'en alla, portée sur une nuée, annoncer dans le Ciel la venuë du grand Astre du iour, & laissa cet Amant affligé en des tenebres inconsolables, tandis qu'elle alloit éclairer tout l'Univers.
Quatre Fées, Gardiennes ordinaires de la Fontaine, tirans des premiers rayons de l'Aurore les infaillibles conjectures de la beauté du iour, & prevoyans asseurement que quantité de Curieux s'y viendroient divertir, avec une exacte diligence vindrent disposer toutes choses à la commune satisfaction, & sans interrompre la mesure de leurs pas, peuplerent la Fontaine de divers Poissons, la terre de mille fleurs nouvelles, & l'air d'un nombre infiny d'Oyseaux; leur Balet achevé, elles furent donner ordre à l'entrée suivante, qui fut en cette façon.
Trois petits Zephirs ayans des aisles à la teste, au dos, aux coudes, & aux talons, furent envoyez par les Fées pour souffler tout le iour dans cet agreable Valon une douce fraicheur, & temperer les ardeurs du midy par leurs odorantes halenées. Ce fut un Balet volant, animé, & de leur ieunesse, & des soins que Flore leur Mere a pris de les instruire.

Icy le Soleil parut entierement, esclairant toute la Scene

Un licencié en Medecine de la fameuse Université de Monpellier, informé de la fertilité de ce lieu, & de l'abondance des herbes qui naissent dans cette verdoyante Montagne, dont les propietez sont d'un prix inestimable, se rendit à cette Fontaine, pour arboriser, & y faire une ample moisson de ces thresors donnez par la main de la nature; & tandis que lesrayons naissans du Soleil beuvoient ces humides larmes, que l'Aurore comme des perles liquides avoit versé dans cet agreable Valon, il fit son entrée avec la disposition naturelle aux peuples de cette Province, & se retira tout chargé de ces herbes salutaires, & precieuses racines, qui donnent la vie aux mourans, & souvent indiscretement ordonnées, la mort aux vivans.
Le Marquis de la Coque, & sa chere Baronne de Quincampois, sur quelque indice que deux Capitaines Bohemiens, Voleurs de leurs ioyaux, avoient pris le chemin de la Fontaine, & sur l'esperance de les y surprendre, & d'en faire une Iustice memorable; estans arrivez dans ce delicieux Valon, furent surpris par la melodie des violons, qui charma si bien leur desplaisir, qu'ayans oublié, & leur perte, & la vengeance resoluë, ils firent une entrée aussi crotesque en ses pas, que bouffone en ses habits, elle finit par les témoignages d'un extraordinaire contentement d'avoir paru dans un equipage si ridicule, & si extravagant.
Europe, la plus belle partie de l'Univers, ayant receu la celebre Ambassade des autres trois, faite par un Sanjac Indien, un Cacique Affriquain, & un Sagamos Ameriquain, tous deputez pour rendre à sa Grandeur, les devoirs à quoy ils sont annuellement obligez, leur veut donner le divertissement de cette miraculeuse Fontaine, où les ayans conduits, dans la tristesse du Balet elle leur fit voir toutes les raretez du lieu, & comme par un prodigieux effort cette Source, qui dans sa bassesse semble estre comme prisonniere au fonds de cet Abisme beant, s'esleve toutefois en de certains temps avec un orgueil impetueux, qu'elle semble vouloir porter sa teste blanchissante iusques au Ciel: le Balet finit par les admirations de ces Estrangers, & des protestations à la belle Europe, que ce que la Renommée en a publié dans leurs climats, est infiniment au dessous de ce qu'ils ont veu.
Philanire, Doüairiere Palatine de Scandinavie, sous l'habit d'un Cavalier Polonois, apres avoir roulé long temps pour treuver du divertissement à la melancolie de son veuvage, consideré çà & là les merveilles de l'art, visité le fameux pont du Gar, & l'Amphitheatre de Nismes, voulut encore satisfaire sa curiosité, & voir cette incomparable merveille de la Fontaine de Vaucluse, chef-d'oeuvre de la Nature, dans son entrée elle témoigna une gentillesse toute particuliere à sa Nation, & sous le déguisement d'un homme, fit paroistre des douceurs, qui ne sont données en partage qu'au beau Sexe.

Icy les Violons ayans ceßé, la Musique de voix & d'Instrumens,
fit un intermede, qui fut suivy d'un Trio ravissant,
& sur sa fin;

L'agreable son d'une musete s'y fit ouyr de loin, ce fut Damon chef de tous les Bergers des hameaux voisins, qui descendant de la plus haute roche venoit rendre les homages deux à cette Bien-factrice, qui luy fournit dans les plus brûlantes chaleurs des remedes si raffraichissans; sous la nouvelle harmonie des violons il fit voir qu'il avoit un excellent genie pour la danse, & qu'il n'avoit pas toûjours esté nourry à la Campagne.
Deux Eunuques, Esclaves de l'Empereur des terres qui ne sont pas descouvertes, & qui par un fol caprice de la NAture naissent demy blancs & demy noirs, attendans le venuë de leur Maistre, firent une entrée si divertissante, avec des pas, & des postures si peu connuës en ces Regions, que les spectateurs resterent dans un ravissement qu'on ne peut exprimer, qui cessa toutefois par l'entrée que fis aussi-tost,
Le Grand &inouy Pachacamas Vaspu, Empereur des terres inconnuës, & de la cinquiéme partie du Monde, informé par la diligence de ses Espions inconnus, du voyage que les autres Parties ont fait à cette illustre Fontaine, criyant les y rencontrer, y arriva avec un equipage inconnu, & digne de sa Grandeur; l'habit de ce Prince, soit par sa richesse, soit par sa mode, tout à fait inconnuë dans ces Climas, donna un merveilleux divertissement, & brilla avec tant d'esclat, qu'il sembla n'estre venu que pour éblouyr tout l'Univers.
On vit apres sur la Scene un Chasseur, & un Pescheur, qui bien que piquez de deux differentes passions, & animez d'un desir totalement opposé, l'un de depeupler le Ciel de Gibier, l'autre de deserter la Fontaine de Poissons, ne laisserent pas dans cette contrarieté d'humeurs de faire un agreable acord dans leur Balet, & travailler suivant leurs Genies, chacun à sa tache, sans rompre leurs figures, qu'ils formerent avec une iustesse admirable.
Un enfarinbé Plastrier de Veleron, & deux enfumez Charboniers de Menerbe, concourans au méme dessein, quoy que venans de diverses parts, se rencontrerent fortuitement à la Fontaine, & d'un commun accord, pour ne laisser perdre inutilement la douce harmonie des violons se disposerent à faire une Entrée. Ce fut un divertissement sans égal, dans le mélange de leurs figures, avec quels soins étudiez ils évitoient de se toucher, craignans les uns de se noircir, & l'autre de se blanchir: la cadance y fut neantmoins tellement observée, & les pas si bien mesurez, qu'on se laissa persuader que c'estoient des Cavaliers errans pour tromper ainsi agreablement les assistans.
Deux Poëtes Drilleux, assez mal satisfaits des eaux d'Hyprcrene, & de l'assistance si peu favorable des Muses, abordent la Fontaine, sur cette croyance qu'elle sçaura échaufer leur vaine iusques alors si glacées; portez aussi de la curiosité de voir les Magiques coniurations du Grand Argan, le divin Petrarque, & sa belle Laure; apres les admirations ordinaires de tous les Curieux, & qu'ils eurent achvé leur entrée, lassez, & du long voyage, & de leur danse, ils s'allerent desalterer dans cette vive source, & s'y reposer.
On vit un moment apres sortir une flâme noir & épaisse, suivue de teonerres & d'éclairs, de cete Maison ruinée. Argant parût incontinent sur la porte, la teste en feu, un livre à la main, une verge de l'autre. Il a sçeu par ses Demons le desir passioné de ces Poëtes, ce qui l'anime, poussé de son ordinaire vanité de leur faire voir par épreuve la force de ses enchantemens; apres, donc, les invocations, & les murmures acoustumez, d'un coup de sa verge il fit changer entierement toute la Scene. On vit alors une structure merveilleuse de divers bastimens, ce ne furent que Palais enrichis de Colomnes de marbre & de porphire, frontispices, & autres inventions, qui ne pouvoient estre faites que par un prodigieux enchantement; le tout orné de quantité de Statuës portées sur leur piedestal, suivant l'ordre de la bonne Architecture, la Perspective y fut si religieusement observée, qu'il sembla à tous les plus clairvoyans spectateurs que la sale se fut allongnée de plus de cinquante toises, qui resterent dans le desespoir d'avoir esté si promptement & doucement trompez, lors qu'ils prenoient plus de garde de ne l'estre point. Il fit sortir apres du milieu de la Scene la gracieuse Laure pompeusement vestuë à la mode de son temps, d'un costé, & Petrarque de l'autre, qui ravis de voir ce delicieux sejour, où jadis avec tant de quietude ils s'estoient communiqué leur mutueles flâmes, firent une entrée du tout merveilleuse.
Les Poëtes surpris d'une adventure si inesperée, rompirent leur silence, & vindrent rendre un hommage rimé à ce Grand Favory d'Apollon, croyans asseurement que par contagion le souffle de ce merveilleux Poëte leur pourroit inspirer quelque portion de sa Divine Science. Cette entrée fut toute composée de figures Poëtiques, à la fin prenans congé les uns des autres, Argant reprit le chemin de sa celule, Laure, & Petrarque des champs Elisées, & les Poëtes partirent aussi gelez que le Mont Caucase.
Deux vieux Rabins de l'ancienne Sinagogue de Carpentras, revenans d'une Nopce, & se treuvans recreus de la chaleur, furent chercher du rafraichissement à la Fontaine: le son des violons les surptit; & sembla qu'ils eussent reçeu de la vertu de cette eau, ce que la Fontaine de Iouvance communiquoit jadis à ceux qui s'y alloient desalterer. Ils firent une entrée à l'antique, aussi bouffone qu'on la sçauroit esperer de ces Vieillards; mais dans le plus fort empressement de leur Balet, ils furent arrestez par un bruit confus de Chiens, & de Cors de Chasseurs, & ce qui les mit dans une entiere deroute, ce fut l'abord de deux Sangliers, l'âge ceduc de ces vieux Rabins n'empescha pas leur fuite, ayans (comme on sçait) une telle aversion de ces animaux, que mesme ils les abhorrent sur leur table.
Les Sangliers ayans traversé la Scene, une Nymphe d'une Majesté incomparable, portant un croissant à la teste, & un arc à la main, se fit voir en teste de quatre Chasseresses. Vous pouvez bien juger que c'estoit la Chaste Diane, qui ayant long-temps erré à la poursuite de ces deux Sangliers, vint passer le reste du iour dans cette agreable Vallée. Dés qu'elle & ses Compagnes voulurent commencer le Balet, les deux Zephyrs portant un évantail à chaque main, se vindre mettre de la feste; pour les conserver en l'ardeur & le mouvement de leur danse dans une temperée fraîcheur. Cette entrée fut toute grave, toute serieuse, & si pontuellement ajustée, qu'on iugea bien que c'estoit l'ouvrage d'une Déesse. Mais enfin le travail de la chasse, ou du Balet, les forcea à prendre du repos: Ce fut sur le tapis verd de ces belles sources, où les Fées en reconnoissance de l'honneur que cette Divinité leur faisoit, sans estre veuës, leur firent ouyr un concert de voix, dont la melodie les porta iusques à l'extase, & versant dans leurs paupieres une invisible liqueur de pavots les jetta dans un gracieux sommeil.
Tandis qu'elles dormoient, quatre Aegypans, hostes sauvages de la forest de Saus, brûlans continuellement d'une ardeur brutale, & ne pouvans dans les sombres solitudes des bois treuver dequoy soulager les apetits desordonnez, furent chercher à cette Fontaine, où l'abord de tout sexe est continuel, quelque salutaire remede, ils y arriverent avec des mouvemens qui exprimoient vivement leurs folles passions; & comme nature leur a donné une disposition & une agilité inconcevable. Les grimaces, & les postures de leur Balet furent enrichies d'une grace ravissante. Mais lors qu'ils furent sur le point de le finir, ils découvrirent ces belles Dormeuses, les voir & les desirer ce ne fut qu'une méme chose, & se voyans inopinement possesseurs de ces Beautez innocentes, ils comploterent d'en faire une prompte curée à leurs sales desirs.
Mais Diane, qui veille continuellement à la conservation de ses Filles, lisant dans le coeur de ces Infames les pernicieux desseins qu'ils estoient prests d'executer, & en aprehandant les suites dangereuses, enflâmée d'un iuste courroux, s'élança, l'arc & la flache à la min, au milieu de ces Prophanes, & d'une de ses oeillades, les jetta dans une telle frayeur, qu'ils furent contrains, pour éviter le juste ressentiment de cette Déesse, de prendre la fuite; mais avec des cris & des hulrmens si épouventables, que l'eau de la Fontaine en fut troublée, & les habitans de la campagne si émeus, que les parties faites pour s'aller divertir ce iour à la Fontaine, furent entierement rompuës dans l'aprehension de quelque mauvais rencontre: Ce qui donna fin à cette belle iournée, & en suite à toutes les entrées, attendant le Grand Balet; laissant aux assistans une instruction Morale, que iamais le vice ne peut subsister en presence de la Divinité, & que l'impudicité la plus effrontée, & la plus hardie devient glacée à l'aspect d'une veritable Chasteté.
Douze Heros, apellez les Chevaliers de Diane, ou de la Chasteté, suivant continuellement les traces de cette belle Chasseresse, fermerent entierement la Scene par un grand Balet, qui fut dansé avec toute la grace & la justesse qu'on pouvoit desirer pour une entiere satisfaction.

Monsieur de Longchamps,
representant
Vulturne

Si l'on me voit souvent trotter,
Je n'en suis pas pourtant volage,
Car ie sçay fort bien m'arrester
Quand ie rencontre un beau visage.

Monsieur de Castellane, & Monsieur de Montsallier,
representans
les deux Bohenmiens

Gare les coeurs, gare les corps.
Nous pillons tout, par amour, ou par ruse,
Cinq sols qu'ils soit dedans, cinq sols qu'il soit dehors
C'est à moy Melite s'amuse,
Lors qu'elle vient s'entretenir,
Sur ce que le destin luy garde à l'advenir.

Tandis qu'un luy parle d'Amour,
L'autre plus fin luy dérobe sa bource,
Si bien qu'en méme temps, & dans un méme iour,
Sans esperance de resource,
Sans craindre Prevost, ny Sergent,
Nous volons à la fois son coeur, & son argent.

Les Mesmes, aux Dames

Dans ce lieu de Vaucluse, où la nuit nous convie,
Nous venons partage nôtre riche butin,
Mais par un mal-heureux destin,
L'on vient de nous ravir la vie.
Belles de vos apas, si traistres, & si doux,
Vous estes sans mentir plus Bohemes que nous ?
Si pour un petit vol nôtre troupe l'on blâme,
Que ne doit decerner la Justice en courroux,
Contre les chers Voleurs, & du corps, & de l'ame.

Monsieur de Brantes & monsieur de Thierry,
representans
les Ardans

Ces flâmes que l'on voit briller dessus nos testes,
Ce sont les visibles interpretes,
Des feux que nous portons dans le fonds de nos coeurs;
Belles, sans faire les mocqueurs,
Meslons vos glaçons à nos flâmes,
Lors parmy la ioye & les ris,
Quand vous serez nos tiedes Femmes,
Nous seront vos tiedes Maris.

Monsieur de Crillon Fils & Monsieur de Vivet,
representans
deux Bohemiennes

Encor que nous soyons dans les basses Escoles,
Si faisons nous toûjours des chef-d'oeuvres certains;
Car tel qui peu devant a ris de nos paroles,
Pleure bien-tost apres de l'effet de nos mains.

Monsieur de Bouzolt, Monsieur de Passis,
Monsieur Gilles de Folard & Monsieur De Croset,
representans
quatre Sorcieres

Fy d'Apollon, & bran pour ses lumieres,
La nuit est l'Astre des Sorcieres,
Et ce noir Menestrier qui guide nos Balets,
Comme des vieilles hacquenées,
Nous fait courir la nuit sur des balais,
La bague dans les cheminées.

C'est la voye plus-courte, & la plus asseurée,
Et du Soleil moins éclairée,
Pour aller sans danger, & sans rendre combat,
Sous une harmonie confuse,
Danser, chanter, & tenir la Sabat,
Dans la Fontaine de Vaucluse.

Monsieur de Ponte,
representant
Echo

Ie cherche mon Narcisse en ce lieu solitaire,
Luy seul fut mon plaisir, luy seul fut mon tourment,
Pour n'estre le miroir de ce cruel Amant,
Vaucluse est trop trompeuse, & son onde trop claire.

Mais il rit de mes pleurs, comme de ma priere,
Je roüle vainement, les ruisseaux, & les bois,
Amour m'a fait muette, & ce reste de voix,
Peut à peine exprimer une sillabe entiere.

Nymphes qui soûpirez sous l'Amour empire,
Sans crainte des jaloux, contentez nos desirs,
En toute liberté gorgez vous de plaisirs,
Jamais ce peu de voix ne le sçauray redire.

Monsieur de Longchamps,
representant
Endimion

Sur ce gason fleury ma brillante Maistresse,
Hors du monde & du bruit,
Me vient visiter chaque nuit,
Me parle de ses feux, m'entretient, me caresse,
Mais le iour arrivant cette belle s'enfuit.

Pourtant ie suis content, & quoy qu'elle ayt de l'âge
Iamais les siecles à venir,
Ne verront mon amour finir.
Mon bon-heur est trop grand ayant cet advantage,
Que pour moy chaque mois ie la voy raieunir.

Monsieur des Yssars & Monsieur de Lagnes,
representans
deux Lunatiques

Souffrez nostre plainte importune,
Oeil de la nuit, changeante Lune;
Vos manquemens sont aprens,
Et vostre inflüance indiscrete,
Car de quatre quartiers, pour tous si differens,
Le plus foible tousiours preside en nostre teste.

Monsieur de Ponte,
representant
la Melancolie

Ne vous plaignez plus de la Lune,
Chers nourrissons, troupe importune,
Les intervalles inconstans,
De vostre agreable folie,
Viennent de vos cerveaux, qui font voir en tout temps
Les funestes effets de la Melancolie.

Monsieur de Saignon,
representant
l'Aurore

Vous voyez, beau Chasseur, que la ialouse envie,
D'un Dieu qui trouble nostre vie,
S'en va faire esclipser les Astres de la nuit;
Apollon, qui tousiours me suit,
Ne donne aucun relasche au mal qui me tourmente;
Außi-tost que cet Astre luit,
Il faut que ie m'absente,
L'amour, & la mort dans le sein;
Adieu, cher Cephale, à demain.

Monsieur de Mantin,
representant
Cephale

Ie mourois de regret, Aurore matiniere,
Voyant que ce Jaloux, porteur de la lumiere,
Pour troubler mon destin,
Ne vous laisse voir qu'au matin;
N'estoit qu'au son charmant de ce plaisant murmure,
La Nymphe de Vaucluse, en tout temps, à toute heure,
Me donne les faveurs que cet Astre du iour,
Ravit à mon amour.

Monsieur de Louancyt & Monsieur de Vivet,
representans
deux Fées

Rayonne sur nostre Orison,
Bel Astre que la terre adore,
Et dans le tendre sein de Flore,
Verse des roses à foison;
Desia les Oyseaux dans la nuë
Annoncent ta belle venuë;
Venez Amans delicieux,
Que l'Amour dans ses neuds enchaisne,
Gouster pres de cette Fontaine,
Les plaisirs innocens qu'on gouste dans les Cieux.

Monsieurdu Deves, Monsieur de Valernes & Monsieur Darlin,
representans
trois Zephyrs

Si l'on nous apelle legers,
Si nous volons dedans les airs,
S'en faut il estonner, sont ce choses nouvelles ?
Nous sommes nais avec des aisles,
Mais, mes Dames, en verité,
Sans aisles vous avez plus de legereté.

Monsieur de Brantes,
representant
le Marquis de la Coque

Il est vray que ta bonne mine,
Belle & charmante Proserpine,
Tient mon coeur arresté dedans du fil darcha:
Nostre perte, il est vray, semble estre sans remede,
Mais sçachant que ie te possede,
Je suis plus content qu'un Bacha.

Donques, sans plus faire la sotte,
Digne teste à porter marotte,
Fais toy voir desormais, contente comme un Roy,
D'avoir un beau Mary, qui fait toute sa gloire,
D'estre renommé dans l'Histoire
Außi ridicule que toy.

Monsieur de Ponte,
representant
la Baronne de Quinquampois

Baronne du Grand Quincampois,
Bien que mon dos fasse deux bosses,
Et que mes bras portent des fosses,
Où le soir & matin l'on y seme des pois;
Cent Amans ravis de ma face,
Tousiours si feconde en grimace,
Meurent bien toutesfois, d'espouvente, ou d'amour,
Guerissez vostre fantaisie,
Belles qui m'admirez dans ce pompeux attour,
Ou vous mourrez de jalousie.

Monsieur de Passis,
representant
un Licencié Arboriste

Margot dont le regard superbe,
Semble n'estre charmant que pour assaßiner,
Cessez de plus m'importuner,
Et dire que ie suis un Medecin en herbe:
Bien-tost ie eux m'esvertuer,
De prendre lettres pour tuer;
Et dans cet illustre exercice,
Estant un parfait Medecin,
Sans apprehnder la Iustice,
Je seray comme vous un parfait assaßin.

Monsieur de S. Montan,
representant
l'Europe

De quelque los flateur dont vostre orgueil se vante,
Quels parfums que le Ciel fasse naistre en vos champs,
Que lor, quels diamans, que vostre terre enfante,
Et quand chez vous les iours n'auroient point de couchans,
Tout cede avec raison à la noble structure,
De ce Valon pompeux, Mignon de la Nature;
Seigneurs, que vostre esprit demeure satisfait,
De voir la loüange semée,
Par la voix de la Renommée,
Estre encor moindre que l'effet.

Monsieur des Yssars, Monsieur de Lagnes & Monsieur de Vitrolle Cereste,
representans
les autres trois Parties

Certes nous l'advoüons, Europe glorieuse,
Pour vous seule le Ciel a des soins complaisans;
Mais parmy ces faveurs l'agreable Vaucluse,
A receu de sa main de plus riches presens,
Ses rochers, son christal, sa cascade escumante,
Les clairs ruisseaux naissans de sa Source abondante,
Forment des entretiens si doux, & si parfaits
Que le plaisir qui nous affolle,
Nous fait arrester la parolle,
Pour en admirer les effets.

Monsieur de Thierry,
representant
la Palatine de Scandinavie

Sous l'habit emprunté du Cavalier errant,
Je cherche à divertir l'ennuy de mon Vefvage;
Qu'on blasme ce dessein, qu'on censure mon âge,
Ma foy tout m'est indifferent.
Mars m'a donné sa force, & Cyprine sa grace,
L'une regne en mon coeur, l'autre esclatte en ma face,
Estant donques du Ciel le chef-d'oeuvre parfait,
Aprenez, mesdisans, que ma lame est funeste,
Et ce qu'elle n'aura pas fait,
Que mes yeux ravissans acheveront le reste.

Monsieur de Louancyt,
representant
un Berger

Vous, qui parmy ces eaux, & dans cette campagne,
Voulez cueillir les plaisirs sans danger,
soyez la fidelle compagne
De cet agreable Berger.
Mon amour est sans fard, mes humeurs sont civiles
Ma grace fait voir en tout temps,
Et la geneillesse des Villes,
Comme l'innocence des champs.

Monsieur Saladin & Monsieur de la Pierre,
representans
deux Eunuques inconnus

Au pays inconnu, où le Roy des Saisons,
Tousiours desordonné, verse son inflüance,
Eunuques moitié noirs, moitié blancs, nous fiasons
Que pour nous seulement il a de la constance.

Monsieur de Castellane,
representant
l'Empereur des terres inconnuës

Prince des terres inconnuës,
Superbe & Grand Pachacamas,
Ie tiens un pied dedans les nuës,
Et marche dessus les frimas:
L'Europe, l'Asie, l'Affrique,
Et cette deserte Amerique,
Qui forment de climas divers,
N'ont plus moyen de s'en desdire,
Car de tout ce grand Univers
Je ne veus faire qu'un Empire.

Mais quand i'aurois pris une place,
Sur le Throsne de Iupiter,
Que mesme le Dieu de la Thrace,
Ne l'oseroit plus disputer,
Que tous les peuples de la terre,
Par l'effort de mon cimeterre,
Se treuveroient ensevelis,
(Quoy que ie l'espreuve inhumaine)
Je puis bien iurer que Philis,
Sera tousiours ma Souveraine.

C'est vous, agreable Vaucluse,
Qui dessous ce nom emprunté,
Forgez la chaine glorieuse,
Où mon coeur se voit arresté;
Je benis la fatalle entrave,
Qui de Roy m'a fait vostre esclave;
Icy i'establis mon seiour,
Et sans reserve i'abandonne,
A la force de mon Amour,
La richesse de ma Couronne.

Monsieur Gilles de Folard,
representant
un Pescheur & un Chasseur

Cloris, si vous voulez garder vostre franchise,
(De vostre doux repos le thresor precieux)
Fuyez ce lieu fatal, comme delicieux,
Autrement vous y serez prise;
Et vostre liberté treuvera son tombeau,
Puis que nous tuons tout sur la terre, & sur l'eau.

Monsieur de Montsallier, representant un Plastier
Monsieur de S. Montan & Monsieur Gilles de Folard,
representans
deux Charboniers

Ne soyez plus si desdaigneuses,
Filles qui nous voyez languir aupres de vous;
Nous avons descouvert vos ruses,
Vous ne sçauriez iamais estres belles sans nous:
Pourquoy faire tant les sucrées,
Puis que vous portez nos livrées,
Et que vostre beauté nous addresse ses voeux;
c'est contre la raison trop vainement combatre,
Voyant noste charbon, qui noircit vos cheveux,
Et que vostre blancheur se fait de nostre plastre.

Monsieur de Longchamps & Monsieur de Thierry,
representans
deux Poëtes

Nous sommes si gelez, & si froids en nos rimes
Que l'on nous prend pour des Oysons;
Autant de vers que nous faisons,
Ce sont pour nous autant de crimes:
Mais dans ce beau Vallon,
Nostre Maistre Apollon,
A nous instruire se dispose,
Il promet de nous mieux traiter;
Mais, las ! que sert de nous flater,
Su nous avons la veine-close.

Monsieur de Crillon,
representant
le Magicien Argant

La verge dans la main i'opere des merveilles,
Rien ne peut resister à mon divin pouvoir,
Mais quoy ? vos graces nompareilles,
Amaranthe ont plus de pouvoir:
Vos yeux me vont reduire en cendre,
Vostre Demon est mon vainqueur,
Puis que sans oser me deffendre,
Pour vous ie pers le sens, la science, & le coeur.

Monsieur de Bouzolz,
representant
Petrarque

Donques ie vous revois, cher objet de mes flâmes,
Adorable beauté,
Que jadis i'ay si bien chanté;
Non, ne redoutez plus, de tant de belles Dames,
Les attraits ravissans,
Ils sont pour moy trop impuissans;
Et quelque trait d'Amour que leur bel oeil eslance,
Ne sçauroit esbranler tant soit peu ma constance.

Monsieur de Brantes,
representant
Laure

Qui sçauroit mes beautez, & ses charmans apas,
Sans toy, mon aymable Petrarque,
Qui malgré les loix de la Parque,
M'as fait vivre apres le trespas:
Tes beaux vers ont fait voir, ton esprit, & ma grace,
Et que pour monter au Parnasse,
Jamais aucun mortel n'a peu suivre tes pas.

Monsieur de Lagnes,
representant
les Rabins

Docteurs Rabins, de parolle & d'effet,
Nous venons raffraichir nostre gueule alterée;
Vous belles qui portez la robe deschirée,
Venez nous voir, nous avons vostre fait.
Que si des ans passez la deplorable fleche,
A fait sur vostre tainct quelque visible bresche,
Sçachez que sans tant babiller,
Nous sçavons l'ar de rabiller.

Monsieur de Croset,
representant
Diane

AUX DAMES

Agreables Divinitez,
Miroirs vivans, où ie voy ma peinture,
Superbes, & chastes Beautez,
Des hommes, & des Dieux l'innocente torture;
Beaux yeux, invincibles vainqueurs,
Comment bruslez-vous tant coeurs ?
Puis que vous presidez sur un Throsne de glace ?
Que ie sçache que lest ce inconnu pouvoir ?
Qui vous fait, avec tant de grace,
Donenr tant de tourmens, & n'en point recevoir ?

Tout Deesse que ie suis,
Et quelque chasteté que ma beauté proffesse,
C'est enfin tout ce que ie puis,
Quand mon oeil, par l'effet d'une divine adresse,
A toute peine se deffend,
Des traits de cet aveugle Enfant,
Qui fait dedans les coeurs des coups si redoutables;
Je vous puis bien ceder ma place dans les Cieux,
Puis que l'art d'estre invulnerables,
Par un fatal bon-heur n'est donné qu'à vos yeux.

Monsieur de Catellane & Monsieur de Passis,
representans
deux Aegipans

Ne vous estonnezpas, Beautez, de musc & d'ambre,
De voir ces Aegipans si bouquins, & si laids,
Ils sont des Demons aux Balets,
Et des demy Dieux à la chambre.

Les Chevaliers de Diane

Qu'on ne nous vante plus les faveurs de Cypris,
Objet de nos justes mespris,
Et dont les entretiens n'ont rien que de profane;
Tous nos plaisirs sont innocens,
Et nous ne versons des encens,
Que sur les Autels de Diane.

Myrthes, Palmes, Lauriers, dont Amour, & dont Mars,
Couronnent leurs dignes Soldats,
Humbles nous renonçons à vos pompeuses gloires;
Puis que vainscre nos paßions,
Fait toutes nos ambitions,
Et nos plus celebres victoires.

La Chasse, les Balets, & la Pesche à son tour,
Sont les objets de nostre Amour,
Nous fuyons l'entretien de ces belles Coquetes,
Qui par un sort capricieux,
Portent le Soleil dans leurs yeux,
Et la Lune dedans leurs testes.

Et sçachans que la Cour est une folle Mer,
Qui iamais ne se peut calmer,
Où la raison finit, quand l'Amour y commence,
Le tombeau de la Chsteté,
Le champ de l'Infidelité,
Et le throsne de l'inconstance.

Nous quitons pour iamais les superbes Citez,
Et leurs pompeuses vanitez,
Et loing de leur apas où l'insensé s'amuse,
Nos plus chers divertissemens,
Sont les entretiens si charmans,
De la Fontaine de Vaucluse.

De Nouguier