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Balet dansé à la Grande Sale du Roure dédié à Monseigneur le Vicelégat l'Année 1649 |
LAURENS
CURSI
Illustrissime & Reverendissime
Monseigneur, Monseigneur, De vostre
Seigneurie IIIeme les
tres-humbles & tres-obeïssans Serviteurs L.N.C.A.D.L.S.D.B.
![]()
Au mesme temps qu'on voulut donner commencement au Balet
& ques les hautbois en eurent donné le signe, la
toile s'abatit; on vit alors une nuit qui couvroit toute la
Scene, un grand Ciel tout couvert d'estoiles si brillantes
qu'elles fournissoient assez de clarté pour discerner
sa decoration; à sa main gauche ce n'estoient que
rochers couverts d'arbres, d'animaux, & de ruisseaux
coulans des croupes en bas; à sa main droite on
voyoit sur une verdoyante coline une maison, qui dans ses
ruines monstroit encore les restes d'une venerable
Antiquité. C'est où l'Illustre Petrarque avoit
jadis estably sa demeure pour y composer avec plus de
quietude ses ouvrages merveilleux qui ont donné de
l'admiration à tout l'Univers, & qui sert
maintenant de retraite au celebre Magicien Argan.
Au fonds du Theatre parut un grand rocher eslevé au
bas duquel estoit la grotte de la Fontaine du Vaucluse
artistiquement representée apres l'incomparable
Original que la nature en a fait; dans ces roches &
petites grottes il y avoit quantité de lumieres, qui
sans estre veuës, faisoient distinctement voir les
heurts & salies des ruisseaux qui en sortoient, &
representoient si naïvement cet Element, que bien qu'il
ne fut figuré qu'avec de l'or & de l'argent, son
esclat trompoit les yeux des spectateurs, & faisoit
paroistre les ondes si claires & si naturelles, qu'ils
douterent longuement si elles estoient veritables. C'est
enfin tout dire, quand on dit que c'estoit de l'ouvrage
merveilleux de l'excellent Peintre & incomparable
Architecte Monsieur Dominique Bourbon de Boulogne, dont le
merite ne peut estre assez dignement loüé, ny la
vertu recompensée.
![]()
Au premier
éclat de cette brillante Soeur du Soleil, la jeune
Endimion vint saluer sa fidelle Maistresse, non plus sur le
Mont Latmie, mais sur la delicieuse verdure de cette
Fontaine. Il sembloit que ce bel Astre de la nuit se fut
estalé avec des soins plus empressez, & des
clartez plus lumineuses que de coustume, pour esclairer
Pentrée de ce Berger, son unique inclination, &
faire place au Balet des Lunatiques, qui dans la noire
humeur qui les possede vindrent visiter la Fontaine, sous la
brune clarté de la Lune, de laquelle ils portent
chacun un quartier dans la teste. L'Aurore
ayant dupuis long temps donné le rendez-vous à
Cephale dans la grotte de la Fontaine de Vaucluse, pour
gouster dans cette fraicheur des felicitez innocentes,
aprehendant la venuë du Soleil, qui n'arreste iamais
dans sa course, fit avec luy son entrée, avec des pas
maiestueux, & des mouvemens qui exprimoient
naïsvement la passion qu'elle a pour ce beau Chasuer,
& le desplaisir de le quiter; avec donques les mutuels
témoignages d'un reciproque contentement, elle s'en
alla, portée sur une nuée, annoncer dans le
Ciel la venuë du grand Astre du iour, & laissa cet
Amant affligé en des tenebres inconsolables, tandis
qu'elle alloit éclairer tout l'Univers. Un
licencié en Medecine de la fameuse Université
de Monpellier, informé de la fertilité de ce
lieu, & de l'abondance des herbes qui naissent dans
cette verdoyante Montagne, dont les propietez sont d'un prix
inestimable, se rendit à cette Fontaine, pour
arboriser, & y faire une ample moisson de ces thresors
donnez par la main de la nature; & tandis que lesrayons
naissans du Soleil beuvoient ces humides larmes, que
l'Aurore comme des perles liquides avoit versé dans
cet agreable Valon, il fit son entrée avec la
disposition naturelle aux peuples de cette Province, &
se retira tout chargé de ces herbes salutaires, &
precieuses racines, qui donnent la vie aux mourans, &
souvent indiscretement ordonnées, la mort aux
vivans. L'agreable
son d'une musete s'y fit ouyr de loin, ce fut Damon chef de
tous les Bergers des hameaux voisins, qui descendant de la
plus haute roche venoit rendre les homages deux à
cette Bien-factrice, qui luy fournit dans les plus
brûlantes chaleurs des remedes si raffraichissans;
sous la nouvelle harmonie des violons il fit voir qu'il
avoit un excellent genie pour la danse, & qu'il n'avoit
pas toûjours esté nourry à la
Campagne.
Vulturne courrier major de la Renommée avec son
incroyable diligence fit la premiere entrée, semant
dans la salle une infinité de Livres, pour faire
comprendre aux spectateurs avec plus de facilité,
& le sujet, & la disposition du Balet.
Deux Illustres Capitaines Bohemiens ayans sçeu le
nouveau Mariage du Marquis de la Coque, & de la Baronne
de Qincampois, & volé sur la minuit tout ce qu'il
y avoit de plus precieux dans le Chasteau de la Coque, vont
faire le partage de leur butin à la Fontaine de
Vaucluse, asseurez d'estre hors de tout danger dans cette
solitude tenebreuse, & à ces heures induës,
chacun d'eux portoit une lanterne sourde; de vous dire avec
quelle souplesse ils firent cette seconde entrée, il
est superflus, car on sçait par experience qu'ils ont
autant d'agilité aux poeds pour danser, que de
subtilité aux mains pour voler.
Deux petites Bohemiennes tendres & jeunes, copies de ces
deux fameux originaux, firent voir dans la troisiéme
Entrée qu'elles n'estoient pas novices au mestier de
la volerie, elles enrichirent par leur danse inimitable sur
toutes les expressions les plus advantageuses.
Deux Ardans, vapeurs nocturnes, qui n'abandonnent iamais les
rivieres pour y precipiter les passans inconsiderez, la
teste couronnée d'un feu ebloüissant, donnerent
une mortelle terreur par leur abord à nos Voleurs,
ils sçavoient que malgré leur resistance ils
seroitent traisnez par ces Spectres bruslans dans quelques
precipices, ce qui les força de se desrober
subtilement à leur veuë, laissans faire à
ces Esprits Folets la quatriéme Entrée; iugez
avec quelle legereté, puis que ce ne sont que
fantômes.
Dans les plus espaisses tenebres de la nuit, quatre vieilles
Sorcieres vont faire leur sabat au bord de la Fontaine,
& rende compte de leurs mal-heureuses operations
à celuy qui y preside; pour faire discerner leur
autriéme entrée, & leur danse contre-faite
de mille espouventables grimaces, elles ne reçoivent
autre clarté que celle que leur fournissoit un Demon
assis sur le toict d'une masure qui est tout joignant la
Fontaine, de la main, de la bouche, & des yeux de ce
Lutin sortirent de flâmes effroyables. Ce fut un Balet
de desordre & de confusion, puis que celuy qui les
esclairoit en estoit le Pere & le Conservateur.
Le Nimphe Echo, dans le profond silence de la nuit, se
voyant oisive, & ne sçachant à qui parler,
ny à qui respondre, se rendit à la Fontaine,
sous l'espoir flateur d'y rencontrer son cruel Narcisse, qui
toûjours charmé de sa propre beauté,
pouroit estre venu par hazard consulter le miroir liquide de
cette belle eau, & considerer ce beau portrait de
soy-mesme; où ne l'ayant peut treuver elle chercha
çà & là cette belle fleur qui
nasquit de son sang, & prit naissance de sa mort
infortunée. Mais le mal-heur qui la persecute
continuellement, ne luy voulut pas donner cette
satisfaction. Quoy que la violence de sa folle passion ne
luy aye laissé que des os, & une voix imparfaite,
elle ne laissa pas de faire son entrée aussi agreable
qu'on la pouvoit desirer; mais alors, la clarté de la
Lune commença à pousser ses cornes
argentées sur Porison, ce qui obligea cette Amante
desolée à se retirer dans ses humides grottes,
pour s'entretenir avec ceux qui visiteront la Fontaine ce
iour là, & les divertir par ses redites
continuelles.
Premierement on vit sortir une femme de la plus haute
taille, maigre & descharnée, les yeux haves,
& le tein livide. Ce fut la Melacolie, liberale
dispensatrice des inflüances de cette inegale
Déesse; elle portoit un flambeau d'une main, & un
licol de l'autre, ordinaire medecine pour la guerison de ses
supports desesperez; à sa suite venoit un Courtisan
endebté, portant une liasse re Requestes, de
Saufconduits, & de Prorogations, un Usurier avaricieux,
un trébuchet à la main, un Mathematicien avec
un globe, & un Alchimiste coiffé de la chape d'un
alembic; l'air, la danse, & les figures de cete
entrée firent voir si profonde melancolie, qu'il
sembla que la fin du Balet devoit estre celle de leur vie.
Il s'acheva pourtant, car la rouge Fourriere du iour
dissipant les moites clartez de la Lune, s'aprestoit
à faire les siennes, & donner la chasse à
ces Lunatiques, qui suivirent cet Astre qui les
predomine.
quelques rayons d'une clarté moderée se firent
voir sur
l'Orison, donnans à la Scene autant de lumiere que la
pointe
du iour en peut fournir, & faire plus clairement
discerner sa decoration
Quatre Fées, Gardiennes ordinaires de la Fontaine,
tirans des premiers rayons de l'Aurore les infaillibles
conjectures de la beauté du iour, & prevoyans
asseurement que quantité de Curieux s'y viendroient
divertir, avec une exacte diligence vindrent disposer toutes
choses à la commune satisfaction, & sans
interrompre la mesure de leurs pas, peuplerent la Fontaine
de divers Poissons, la terre de mille fleurs nouvelles,
& l'air d'un nombre infiny d'Oyseaux; leur Balet
achevé, elles furent donner ordre à
l'entrée suivante, qui fut en cette façon.
Trois petits Zephirs ayans des aisles à la teste, au
dos, aux coudes, & aux talons, furent envoyez par les
Fées pour souffler tout le iour dans cet agreable
Valon une douce fraicheur, & temperer les ardeurs du
midy par leurs odorantes halenées. Ce fut un Balet
volant, animé, & de leur ieunesse, & des
soins que Flore leur Mere a pris de les
instruire.
Le Marquis de la Coque, & sa chere Baronne de
Quincampois, sur quelque indice que deux Capitaines
Bohemiens, Voleurs de leurs ioyaux, avoient pris le chemin
de la Fontaine, & sur l'esperance de les y surprendre,
& d'en faire une Iustice memorable; estans arrivez dans
ce delicieux Valon, furent surpris par la melodie des
violons, qui charma si bien leur desplaisir, qu'ayans
oublié, & leur perte, & la vengeance
resoluë, ils firent une entrée aussi crotesque
en ses pas, que bouffone en ses habits, elle finit par les
témoignages d'un extraordinaire contentement d'avoir
paru dans un equipage si ridicule, & si extravagant.
Europe, la plus belle partie de l'Univers, ayant receu la
celebre Ambassade des autres trois, faite par un Sanjac
Indien, un Cacique Affriquain, & un Sagamos Ameriquain,
tous deputez pour rendre à sa Grandeur, les devoirs
à quoy ils sont annuellement obligez, leur veut
donner le divertissement de cette miraculeuse Fontaine,
où les ayans conduits, dans la tristesse du Balet
elle leur fit voir toutes les raretez du lieu, & comme
par un prodigieux effort cette Source, qui dans sa bassesse
semble estre comme prisonniere au fonds de cet Abisme beant,
s'esleve toutefois en de certains temps avec un orgueil
impetueux, qu'elle semble vouloir porter sa teste
blanchissante iusques au Ciel: le Balet finit par les
admirations de ces Estrangers, & des protestations
à la belle Europe, que ce que la Renommée en a
publié dans leurs climats, est infiniment au dessous
de ce qu'ils ont veu.
Philanire, Doüairiere Palatine de Scandinavie, sous
l'habit d'un Cavalier Polonois, apres avoir roulé
long temps pour treuver du divertissement à la
melancolie de son veuvage, consideré çà
& là les merveilles de l'art, visité le
fameux pont du Gar, & l'Amphitheatre de Nismes, voulut
encore satisfaire sa curiosité, & voir cette
incomparable merveille de la Fontaine de Vaucluse,
chef-d'oeuvre de la Nature, dans son entrée elle
témoigna une gentillesse toute particuliere à
sa Nation, & sous le déguisement d'un homme, fit
paroistre des douceurs, qui ne sont données en
partage qu'au beau Sexe.
fit un intermede, qui fut suivy d'un Trio ravissant,
& sur sa fin;
Deux Eunuques, Esclaves de l'Empereur des terres qui ne sont
pas descouvertes, & qui par un fol caprice de la NAture
naissent demy blancs & demy noirs, attendans le
venuë de leur Maistre, firent une entrée si
divertissante, avec des pas, & des postures si peu
connuës en ces Regions, que les spectateurs resterent
dans un ravissement qu'on ne peut exprimer, qui cessa
toutefois par l'entrée que fis aussi-tost,
Le Grand &inouy Pachacamas Vaspu, Empereur des terres
inconnuës, & de la cinquiéme partie du
Monde, informé par la diligence de ses Espions
inconnus, du voyage que les autres Parties ont fait à
cette illustre Fontaine, criyant les y rencontrer, y arriva
avec un equipage inconnu, & digne de sa Grandeur;
l'habit de ce Prince, soit par sa richesse, soit par sa
mode, tout à fait inconnuë dans ces Climas,
donna un merveilleux divertissement, & brilla avec tant
d'esclat, qu'il sembla n'estre venu que pour éblouyr
tout l'Univers.
On vit apres sur la Scene un Chasseur, & un Pescheur,
qui bien que piquez de deux differentes passions, &
animez d'un desir totalement opposé, l'un de
depeupler le Ciel de Gibier, l'autre de deserter la Fontaine
de Poissons, ne laisserent pas dans cette contrarieté
d'humeurs de faire un agreable acord dans leur Balet, &
travailler suivant leurs Genies, chacun à sa tache,
sans rompre leurs figures, qu'ils formerent avec une
iustesse admirable.
Un enfarinbé Plastrier de Veleron, & deux enfumez
Charboniers de Menerbe, concourans au méme dessein,
quoy que venans de diverses parts, se rencontrerent
fortuitement à la Fontaine, & d'un commun accord,
pour ne laisser perdre inutilement la douce harmonie des
violons se disposerent à faire une Entrée. Ce
fut un divertissement sans égal, dans le
mélange de leurs figures, avec quels soins
étudiez ils évitoient de se toucher, craignans
les uns de se noircir, & l'autre de se blanchir: la
cadance y fut neantmoins tellement observée, &
les pas si bien mesurez, qu'on se laissa persuader que
c'estoient des Cavaliers errans pour tromper ainsi
agreablement les assistans.
Deux Poëtes Drilleux, assez mal satisfaits des eaux
d'Hyprcrene, & de l'assistance si peu favorable des
Muses, abordent la Fontaine, sur cette croyance qu'elle
sçaura échaufer leur vaine iusques alors si
glacées; portez aussi de la curiosité de voir
les Magiques coniurations du Grand Argan, le divin
Petrarque, & sa belle Laure; apres les admirations
ordinaires de tous les Curieux, & qu'ils eurent
achvé leur entrée, lassez, & du long
voyage, & de leur danse, ils s'allerent desalterer dans
cette vive source, & s'y reposer.
On vit un moment apres sortir une flâme noir &
épaisse, suivue de teonerres & d'éclairs,
de cete Maison ruinée. Argant parût incontinent
sur la porte, la teste en feu, un livre à la main,
une verge de l'autre. Il a sçeu par ses Demons le
desir passioné de ces Poëtes, ce qui l'anime,
poussé de son ordinaire vanité de leur faire
voir par épreuve la force de ses enchantemens; apres,
donc, les invocations, & les murmures acoustumez, d'un
coup de sa verge il fit changer entierement toute la Scene.
On vit alors une structure merveilleuse de divers bastimens,
ce ne furent que Palais enrichis de Colomnes de marbre &
de porphire, frontispices, & autres inventions, qui ne
pouvoient estre faites que par un prodigieux enchantement;
le tout orné de quantité de Statuës
portées sur leur piedestal, suivant l'ordre de la
bonne Architecture, la Perspective y fut si religieusement
observée, qu'il sembla à tous les plus
clairvoyans spectateurs que la sale se fut allongnée
de plus de cinquante toises, qui resterent dans le desespoir
d'avoir esté si promptement & doucement trompez,
lors qu'ils prenoient plus de garde de ne l'estre point. Il
fit sortir apres du milieu de la Scene la gracieuse Laure
pompeusement vestuë à la mode de son temps, d'un
costé, & Petrarque de l'autre, qui ravis de voir
ce delicieux sejour, où jadis avec tant de quietude
ils s'estoient communiqué leur mutueles flâmes,
firent une entrée du tout merveilleuse.
Les Poëtes surpris d'une adventure si inesperée,
rompirent leur silence, & vindrent rendre un hommage
rimé à ce Grand Favory d'Apollon, croyans
asseurement que par contagion le souffle de ce merveilleux
Poëte leur pourroit inspirer quelque portion de sa
Divine Science. Cette entrée fut toute
composée de figures Poëtiques, à la fin
prenans congé les uns des autres, Argant reprit le
chemin de sa celule, Laure, & Petrarque des champs
Elisées, & les Poëtes partirent aussi gelez
que le Mont Caucase.
Deux vieux Rabins de l'ancienne Sinagogue de Carpentras,
revenans d'une Nopce, & se treuvans recreus de la
chaleur, furent chercher du rafraichissement à la
Fontaine: le son des violons les surptit; & sembla
qu'ils eussent reçeu de la vertu de cette eau, ce que
la Fontaine de Iouvance communiquoit jadis à ceux qui
s'y alloient desalterer. Ils firent une entrée
à l'antique, aussi bouffone qu'on la sçauroit
esperer de ces Vieillards; mais dans le plus fort
empressement de leur Balet, ils furent arrestez par un bruit
confus de Chiens, & de Cors de Chasseurs, & ce qui
les mit dans une entiere deroute, ce fut l'abord de deux
Sangliers, l'âge ceduc de ces vieux Rabins n'empescha
pas leur fuite, ayans (comme on sçait) une telle
aversion de ces animaux, que mesme ils les abhorrent sur
leur table.
Les Sangliers ayans traversé la Scene, une Nymphe
d'une Majesté incomparable, portant un croissant
à la teste, & un arc à la main, se fit
voir en teste de quatre Chasseresses. Vous pouvez bien juger
que c'estoit la Chaste Diane, qui ayant long-temps
erré à la poursuite de ces deux Sangliers,
vint passer le reste du iour dans cette agreable
Vallée. Dés qu'elle & ses Compagnes
voulurent commencer le Balet, les deux Zephyrs portant
un évantail à chaque main, se vindre mettre de
la feste; pour les conserver en l'ardeur & le mouvement
de leur danse dans une temperée fraîcheur.
Cette entrée fut toute grave, toute serieuse, &
si pontuellement ajustée, qu'on iugea bien que
c'estoit l'ouvrage d'une Déesse. Mais enfin le
travail de la chasse, ou du Balet, les forcea à
prendre du repos: Ce fut sur le tapis verd de ces belles
sources, où les Fées en reconnoissance de
l'honneur que cette Divinité leur faisoit, sans estre
veuës, leur firent ouyr un concert de voix, dont la
melodie les porta iusques à l'extase, & versant
dans leurs paupieres une invisible liqueur de pavots les
jetta dans un gracieux sommeil.
Tandis qu'elles dormoient, quatre Aegypans, hostes sauvages
de la forest de Saus, brûlans continuellement d'une
ardeur brutale, & ne pouvans dans les sombres solitudes
des bois treuver dequoy soulager les apetits desordonnez,
furent chercher à cette Fontaine, où l'abord
de tout sexe est continuel, quelque salutaire remede, ils y
arriverent avec des mouvemens qui exprimoient vivement leurs
folles passions; & comme nature leur a donné une
disposition & une agilité inconcevable. Les
grimaces, & les postures de leur Balet furent enrichies
d'une grace ravissante. Mais lors qu'ils furent sur le point
de le finir, ils découvrirent ces belles Dormeuses,
les voir & les desirer ce ne fut qu'une méme
chose, & se voyans inopinement possesseurs de ces
Beautez innocentes, ils comploterent d'en faire une prompte
curée à leurs sales desirs.
Mais Diane, qui veille continuellement à la
conservation de ses Filles, lisant dans le coeur de ces
Infames les pernicieux desseins qu'ils estoient prests
d'executer, & en aprehandant les suites dangereuses,
enflâmée d'un iuste courroux,
s'élança, l'arc & la flache à la
min, au milieu de ces Prophanes, & d'une de ses
oeillades, les jetta dans une telle frayeur, qu'ils furent
contrains, pour éviter le juste ressentiment de cette
Déesse, de prendre la fuite; mais avec des cris &
des hulrmens si épouventables, que l'eau de la
Fontaine en fut troublée, & les habitans de la
campagne si émeus, que les parties faites pour
s'aller divertir ce iour à la Fontaine, furent
entierement rompuës dans l'aprehension de quelque
mauvais rencontre: Ce qui donna fin à cette belle
iournée, & en suite à toutes les
entrées, attendant le Grand Balet; laissant aux
assistans une instruction Morale, que iamais le vice ne peut
subsister en presence de la Divinité, & que
l'impudicité la plus effrontée, & la plus
hardie devient glacée à l'aspect d'une
veritable Chasteté.
Douze Heros, apellez les Chevaliers de Diane, ou de la
Chasteté, suivant continuellement les traces de cette
belle Chasseresse, fermerent entierement la Scene par un
grand Balet, qui fut dansé avec toute la grace &
la justesse qu'on pouvoit desirer pour une entiere
satisfaction.

Si l'on
me voit souvent trotter, Gare
les coeurs, gare les corps. Tandis
qu'un luy parle d'Amour, Dans ce
lieu de Vaucluse, où la nuit nous convie, Ces
flâmes que l'on voit briller dessus nos testes, Encor
que nous soyons dans les basses Escoles, Fy
d'Apollon, & bran pour ses lumieres, C'est
la voye plus-courte, & la plus asseurée, Ie
cherche mon Narcisse en ce lieu solitaire, Mais il
rit de mes pleurs, comme de ma priere, Nymphes
qui soûpirez sous l'Amour empire, Sur ce
gason fleury ma brillante Maistresse, Pourtant
ie suis content, & quoy qu'elle ayt de l'âge Souffrez
nostre plainte importune, Ne vous
plaignez plus de la Lune, Vous
voyez, beau Chasseur, que la ialouse envie, Ie
mourois de regret, Aurore matiniere, Rayonne
sur nostre Orison, Si l'on
nous apelle legers, Il est
vray que ta bonne mine, Donques,
sans plus faire la sotte, Baronne
du Grand Quincampois, Margot
dont le regard superbe, De
quelque los flateur dont vostre orgueil se vante, Certes
nous l'advoüons, Europe glorieuse, Sous
l'habit emprunté du Cavalier errant, Vous,
qui parmy ces eaux, & dans cette campagne, Au pays
inconnu, où le Roy des Saisons, Prince
des terres inconnuës, Mais
quand i'aurois pris une place, C'est
vous, agreable Vaucluse, Cloris,
si vous voulez garder vostre franchise, Ne
soyez plus si desdaigneuses, Nous
sommes si gelez, & si froids en nos rimes La
verge dans la main i'opere des merveilles, Donques
ie vous revois, cher objet de mes flâmes, Qui
sçauroit mes beautez, & ses charmans apas, Docteurs
Rabins, de parolle & d'effet, Agreables
Divinitez, Tout
Deesse que ie suis, Ne vous
estonnezpas, Beautez, de musc & d'ambre, Qu'on
ne nous vante plus les faveurs de Cypris, Myrthes,
Palmes, Lauriers, dont Amour, & dont Mars, La
Chasse, les Balets, & la Pesche à son tour, Et
sçachans que la Cour est une folle Mer, Nous
quitons pour iamais les superbes Citez,
representant Vulturne
Je n'en suis pas pourtant volage,
Car ie sçay fort bien m'arrester
Quand ie rencontre un beau visage.
![]()
representans les
deux Bohenmiens
Nous pillons tout, par amour, ou par ruse,
Cinq sols qu'ils soit dedans, cinq sols qu'il soit
dehors
C'est à moy Melite s'amuse,
Lors qu'elle vient s'entretenir,
Sur ce que le destin luy garde à
l'advenir.
L'autre plus fin luy dérobe sa bource,
Si bien qu'en méme temps, & dans un méme
iour,
Sans esperance de resource,
Sans craindre Prevost, ny Sergent,
Nous volons à la fois son coeur, & son
argent.
![]()
Nous venons partage nôtre riche butin,
Mais par un mal-heureux destin,
L'on vient de nous ravir la vie.
Belles de vos apas, si traistres, & si doux,
Vous estes sans mentir plus Bohemes que nous ?
Si pour un petit vol nôtre troupe l'on
blâme,
Que ne doit decerner la Justice en courroux,
Contre les chers Voleurs, & du corps, & de
l'ame.
![]()
representans les
Ardans
Ce sont les visibles interpretes,
Des feux que nous portons dans le fonds de nos coeurs;
Belles, sans faire les mocqueurs,
Meslons vos glaçons à nos flâmes,
Lors parmy la ioye & les ris,
Quand vous serez nos tiedes Femmes,
Nous seront vos tiedes Maris.
![]()
representans deux
Bohemiennes
Si faisons nous toûjours des chef-d'oeuvres
certains;
Car tel qui peu devant a ris de nos paroles,
Pleure bien-tost apres de l'effet de nos
mains.
![]()
Monsieur Gilles de Folard & Monsieur De Croset,
representans quatre
Sorcieres
La nuit est l'Astre des Sorcieres,
Et ce noir Menestrier qui guide nos Balets,
Comme des vieilles hacquenées,
Nous fait courir la nuit sur des balais,
La bague dans les cheminées.
Et du Soleil moins éclairée,
Pour aller sans danger, & sans rendre combat,
Sous une harmonie confuse,
Danser, chanter, & tenir la Sabat,
Dans la Fontaine de Vaucluse.
![]()
representant Echo
Luy seul fut mon plaisir, luy seul fut mon tourment,
Pour n'estre le miroir de ce cruel Amant,
Vaucluse est trop trompeuse, & son onde trop
claire.
Je roüle vainement, les ruisseaux, & les bois,
Amour m'a fait muette, & ce reste de voix,
Peut à peine exprimer une sillabe
entiere.
Sans crainte des jaloux, contentez nos desirs,
En toute liberté gorgez vous de plaisirs,
Jamais ce peu de voix ne le sçauray
redire.
![]()
representant Endimion
Hors du monde & du bruit,
Me vient visiter chaque nuit,
Me parle de ses feux, m'entretient, me caresse,
Mais le iour arrivant cette belle s'enfuit.
Iamais les siecles à venir,
Ne verront mon amour finir.
Mon bon-heur est trop grand ayant cet advantage,
Que pour moy chaque mois ie la voy raieunir.
![]()
representans deux
Lunatiques
Oeil de la nuit, changeante Lune;
Vos manquemens sont aprens,
Et vostre inflüance indiscrete,
Car de quatre quartiers, pour tous si differens,
Le plus foible tousiours preside en nostre
teste.
![]()
representant la
Melancolie
Chers nourrissons, troupe importune,
Les intervalles inconstans,
De vostre agreable folie,
Viennent de vos cerveaux, qui font voir en tout temps
Les funestes effets de la Melancolie.
![]()
representant l'Aurore
D'un Dieu qui trouble nostre vie,
S'en va faire esclipser les Astres de la nuit;
Apollon, qui tousiours me suit,
Ne donne aucun relasche au mal qui me tourmente;
Außi-tost que cet Astre luit,
Il faut que ie m'absente,
L'amour, & la mort dans le sein;
Adieu, cher Cephale, à demain.
![]()
representant Cephale
Voyant que ce Jaloux, porteur de la lumiere,
Pour troubler mon destin,
Ne vous laisse voir qu'au matin;
N'estoit qu'au son charmant de ce plaisant murmure,
La Nymphe de Vaucluse, en tout temps, à toute
heure,
Me donne les faveurs que cet Astre du iour,
Ravit à mon amour.
![]()
representans deux
Fées
Bel Astre que la terre adore,
Et dans le tendre sein de Flore,
Verse des roses à foison;
Desia les Oyseaux dans la nuë
Annoncent ta belle venuë;
Venez Amans delicieux,
Que l'Amour dans ses neuds enchaisne,
Gouster pres de cette Fontaine,
Les plaisirs innocens qu'on gouste dans les
Cieux.
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representans trois
Zephyrs
Si nous volons dedans les airs,
S'en faut il estonner, sont ce choses nouvelles ?
Nous sommes nais avec des aisles,
Mais, mes Dames, en verité,
Sans aisles vous avez plus de
legereté.
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representant le
Marquis de la Coque
Belle & charmante Proserpine,
Tient mon coeur arresté dedans du fil darcha:
Nostre perte, il est vray, semble estre sans remede,
Mais sçachant que ie te possede,
Je suis plus content qu'un Bacha.
Digne teste à porter marotte,
Fais toy voir desormais, contente comme un Roy,
D'avoir un beau Mary, qui fait toute sa gloire,
D'estre renommé dans l'Histoire
Außi ridicule que toy.
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representant la
Baronne de Quinquampois
Bien que mon dos fasse deux bosses,
Et que mes bras portent des fosses,
Où le soir & matin l'on y seme des pois;
Cent Amans ravis de ma face,
Tousiours si feconde en grimace,
Meurent bien toutesfois, d'espouvente, ou d'amour,
Guerissez vostre fantaisie,
Belles qui m'admirez dans ce pompeux attour,
Ou vous mourrez de jalousie.
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representant un
Licencié Arboriste
Semble n'estre charmant que pour assaßiner,
Cessez de plus m'importuner,
Et dire que ie suis un Medecin en herbe:
Bien-tost ie eux m'esvertuer,
De prendre lettres pour tuer;
Et dans cet illustre exercice,
Estant un parfait Medecin,
Sans apprehnder la Iustice,
Je seray comme vous un parfait assaßin.
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representant l'Europe
Quels parfums que le Ciel fasse naistre en vos champs,
Que lor, quels diamans, que vostre terre enfante,
Et quand chez vous les iours n'auroient point de
couchans,
Tout cede avec raison à la noble structure,
De ce Valon pompeux, Mignon de la Nature;
Seigneurs, que vostre esprit demeure satisfait,
De voir la loüange semée,
Par la voix de la Renommée,
Estre encor moindre que l'effet.
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representans les
autres trois Parties
Pour vous seule le Ciel a des soins complaisans;
Mais parmy ces faveurs l'agreable Vaucluse,
A receu de sa main de plus riches presens,
Ses rochers, son christal, sa cascade escumante,
Les clairs ruisseaux naissans de sa Source abondante,
Forment des entretiens si doux, & si parfaits
Que le plaisir qui nous affolle,
Nous fait arrester la parolle,
Pour en admirer les effets.
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representant la
Palatine de Scandinavie
Je cherche à divertir l'ennuy de mon Vefvage;
Qu'on blasme ce dessein, qu'on censure mon âge,
Ma foy tout m'est indifferent.
Mars m'a donné sa force, & Cyprine sa grace,
L'une regne en mon coeur, l'autre esclatte en ma face,
Estant donques du Ciel le chef-d'oeuvre parfait,
Aprenez, mesdisans, que ma lame est funeste,
Et ce qu'elle n'aura pas fait,
Que mes yeux ravissans acheveront le reste.
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representant un
Berger
Voulez cueillir les plaisirs sans danger,
soyez la fidelle compagne
De cet agreable Berger.
Mon amour est sans fard, mes humeurs sont civiles
Ma grace fait voir en tout temps,
Et la geneillesse des Villes,
Comme l'innocence des champs.
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representans deux
Eunuques inconnus
Tousiours desordonné, verse son inflüance,
Eunuques moitié noirs, moitié blancs, nous
fiasons
Que pour nous seulement il a de la constance.
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representant l'Empereur
des terres inconnuës
Superbe & Grand Pachacamas,
Ie tiens un pied dedans les nuës,
Et marche dessus les frimas:
L'Europe, l'Asie, l'Affrique,
Et cette deserte Amerique,
Qui forment de climas divers,
N'ont plus moyen de s'en desdire,
Car de tout ce grand Univers
Je ne veus faire qu'un Empire.
Sur le Throsne de Iupiter,
Que mesme le Dieu de la Thrace,
Ne l'oseroit plus disputer,
Que tous les peuples de la terre,
Par l'effort de mon cimeterre,
Se treuveroient ensevelis,
(Quoy que ie l'espreuve inhumaine)
Je puis bien iurer que Philis,
Sera tousiours ma Souveraine.
Qui dessous ce nom emprunté,
Forgez la chaine glorieuse,
Où mon coeur se voit arresté;
Je benis la fatalle entrave,
Qui de Roy m'a fait vostre esclave;
Icy i'establis mon seiour,
Et sans reserve i'abandonne,
A la force de mon Amour,
La richesse de ma Couronne.
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representant un
Pescheur & un Chasseur
(De vostre doux repos le thresor precieux)
Fuyez ce lieu fatal, comme delicieux,
Autrement vous y serez prise;
Et vostre liberté treuvera son tombeau,
Puis que nous tuons tout sur la terre, & sur
l'eau.
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Monsieur de S. Montan & Monsieur Gilles de Folard,
representans deux
Charboniers
Filles qui nous voyez languir aupres de vous;
Nous avons descouvert vos ruses,
Vous ne sçauriez iamais estres belles sans nous:
Pourquoy faire tant les sucrées,
Puis que vous portez nos livrées,
Et que vostre beauté nous addresse ses voeux;
c'est contre la raison trop vainement combatre,
Voyant noste charbon, qui noircit vos cheveux,
Et que vostre blancheur se fait de nostre
plastre.
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representans deux
Poëtes
Que l'on nous prend pour des Oysons;
Autant de vers que nous faisons,
Ce sont pour nous autant de crimes:
Mais dans ce beau Vallon,
Nostre Maistre Apollon,
A nous instruire se dispose,
Il promet de nous mieux traiter;
Mais, las ! que sert de nous flater,
Su nous avons la veine-close.
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representant le
Magicien Argant
Rien ne peut resister à mon divin pouvoir,
Mais quoy ? vos graces nompareilles,
Amaranthe ont plus de pouvoir:
Vos yeux me vont reduire en cendre,
Vostre Demon est mon vainqueur,
Puis que sans oser me deffendre,
Pour vous ie pers le sens, la science, & le
coeur.
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representant Petrarque
Adorable beauté,
Que jadis i'ay si bien chanté;
Non, ne redoutez plus, de tant de belles Dames,
Les attraits ravissans,
Ils sont pour moy trop impuissans;
Et quelque trait d'Amour que leur bel oeil eslance,
Ne sçauroit esbranler tant soit peu ma
constance.
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representant Laure
Sans toy, mon aymable Petrarque,
Qui malgré les loix de la Parque,
M'as fait vivre apres le trespas:
Tes beaux vers ont fait voir, ton esprit, & ma
grace,
Et que pour monter au Parnasse,
Jamais aucun mortel n'a peu suivre tes pas.
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representant les
Rabins
Nous venons raffraichir nostre gueule alterée;
Vous belles qui portez la robe deschirée,
Venez nous voir, nous avons vostre fait.
Que si des ans passez la deplorable fleche,
A fait sur vostre tainct quelque visible bresche,
Sçachez que sans tant babiller,
Nous sçavons l'ar de rabiller.
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representant Diane
Miroirs vivans, où ie voy ma peinture,
Superbes, & chastes Beautez,
Des hommes, & des Dieux l'innocente torture;
Beaux yeux, invincibles vainqueurs,
Comment bruslez-vous tant coeurs ?
Puis que vous presidez sur un Throsne de glace ?
Que ie sçache que lest ce inconnu pouvoir ?
Qui vous fait, avec tant de grace,
Donenr tant de tourmens, & n'en point recevoir
?
Et quelque chasteté que ma beauté
proffesse,
C'est enfin tout ce que ie puis,
Quand mon oeil, par l'effet d'une divine adresse,
A toute peine se deffend,
Des traits de cet aveugle Enfant,
Qui fait dedans les coeurs des coups si redoutables;
Je vous puis bien ceder ma place dans les Cieux,
Puis que l'art d'estre invulnerables,
Par un fatal bon-heur n'est donné qu'à vos
yeux.
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representans deux
Aegipans
De voir ces Aegipans si bouquins, & si laids,
Ils sont des Demons aux Balets,
Et des demy Dieux à la chambre.
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Objet de nos justes mespris,
Et dont les entretiens n'ont rien que de profane;
Tous nos plaisirs sont innocens,
Et nous ne versons des encens,
Que sur les Autels de Diane.
Couronnent leurs dignes Soldats,
Humbles nous renonçons à vos pompeuses
gloires;
Puis que vainscre nos paßions,
Fait toutes nos ambitions,
Et nos plus celebres victoires.
Sont les objets de nostre Amour,
Nous fuyons l'entretien de ces belles Coquetes,
Qui par un sort capricieux,
Portent le Soleil dans leurs yeux,
Et la Lune dedans leurs testes.
Qui iamais ne se peut calmer,
Où la raison finit, quand l'Amour y commence,
Le tombeau de la Chsteté,
Le champ de l'Infidelité,
Et le throsne de l'inconstance.
Et leurs pompeuses vanitez,
Et loing de leur apas où l'insensé
s'amuse,
Nos plus chers divertissemens,
Sont les entretiens si charmans,
De la Fontaine de Vaucluse.
De
Nouguier