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Balet de l'Amour
dansé le 25. Fevrier 1669

chez Monsieur l'Intendant de Bourgogne

 

PREMIERE ENTREE

L'Amour, representé par M. Bouchu

Ie suis le plus puissant des Dieux,
A qui chacun vient rendre ses hommages,
Les petits & les grands, les plus & les moins sages,
Et tout ce qu'on voit sous les Cieux.

Ie suis cet amour tant souhaitté,
Par mes douceurs, & par mes charmes:
Mais aussi je suis redouté,
Par mes rigueurs, & par mes armes.

Celuy qui m'a donné le jour,
Est le vray pere de l'Amour;
Il possede tous ses mysteres;
Il se sert de ses feux pour charmer son ennemy;
Et pour se delasser quelquefois des affaires,
Il le veut toûjours prez de luy.

II. ENTREE

L'Homme de Cour, et la Dame de Cour

pour Monsieur Dumont, representant l'Homme de Cour

La Cour où l'on m'a veu paroître,
Faisoit tous mes empressemens:
Mais depuis que je suis au nombre des Amans,
Il m'a falu changer de Maître;
Et suivant les efforts d'un destin Amoureux,
Me rendre au plus puissant des Dieux.

pour Madame l'Intendante, representant la Dame de Cour

Quand on est belle, blanche & blonde,
Et d'une vertu sans seconde,
On ne peut s'empécher d'agreer à la Cour:
Il faut faire ce que vous faites:
Il faut estre ce que vous estes,
Pour estre Mere de l'Amour.

III. ENTREE

un Bourgeois et une Bourgeoise

pour Monsieur Gagne, representant un Bourgeois

I'ay plus que l'on ne croit de rente;
Ie ne desire point les grandeurs de la Cour:
I'ay plus de plaisir en un jour,
Qu'un Courtisan n'en a dans trente:
Je ne reconnois point le loy,
Que celle que je fais chez moy:
Je vis dedans l'independance,
Et si je n'estois amoureux,
Je m'estimerois plus heureux,
Que tous les plus heureux de France.

pour Madame Borjon, representant une Bourgeoise

I'ay fait parler de moy en nôtre voisinage,
Ma conduite a paru, judicieuse & sage,
Dieu mercy:
Et lors qu'on se gouverne ainsy,
Toutes les douceurs de la vie
Se trouvent dans la Bourgeoisie.

IV. ENTREE

Deux Lutins, representés par Mrs d'Harley & de Mongey

Nous sommes crains, chacun nous fuit,
Nous ne regnons que dans la nuit,
Avec l'Amour nous partegeons l'Empire,
Nous le suivons par tout & la nuit & le jour
Mais quoy que l'on en puisse dire,
Le temps viendra qu'à nôtre tour,
Nous seront Lutins en amour.

V. ENTREE

Un Gentrilhomme de Campagne, et une Dame de Campagne

pour Mr Bouhier, representant un Gentilhomme de Campagne

Les plaisirs les plus doux & les plus innocens,
Se goûtent dans nôtre Campagne,
Nous avons ce qu'il faut pour charmer tous les sens
Dans la plaine & dans la montagne,
Pour me faire quitter un si charmant sejour
Rien ne le pouvoit que l'Amour.

pour Madame de la Ferriere, representant une Dame de Campagne

Ie ne puis que me plaire aux champs,
Mon inclination est pour eux sans seconde,
Je n'ayme rien tant dans le monde,
Que tous ses divertissemens,
Et ces plaisirs si differens,
Dont toute la Campagne abonde:
J'ay fait dire à plusieurs qu'on y voyoit encor
Les delices du siecle d'Or:
Et si dans nos Gentil-hommieres,
Toutes avoient de mes manieres,
Elles feroient dire à l'Amour,
Que la Campagne vaut la Cour.

VI. ENTREE

un Paysan & une Paysanne

pour Mr d'Harconcey, representant un Paysan

Pendant que la guerre a duré,
Nous avons beaucoup enduré,
Et nos pauvres bergeronnettes
Esvitans le son des trompettes,
Ont fuy pour chercher quelque azile asseuré:
Mais on a changé de langage,
Et par le retour de la Paix,
Nous voyons dans nôtre village,
Et par tout nôtre voisinage,
Regner l'Amour plus que jamais.

pour Madame Dumont, representant une Paysanne

Ie passe pour ingenieuse,
Et suis plaine d'honnesteté,
Quand on parle de ma beauté,
On le trouve assez gracieuse,
Je la possede encor comme en mes jeûnes ans,
Et j'en fais part à mes enfans.

VII. ENTREE

L'Amour, representé par le petit Mr Bouchu

VIII. ENTREE

Deux Satyres, representés par Mrs Bouhier & Gagne

Nous observons de rudes loix
Dans le profond de nos bocages,
Ce qui fait dire quelques fois,
Que nous ne sommes pas trop sages.
Nous sommes au guet nuit & jour
Pour attraper quelques bergeres,
Elles sont cruelles & fieres,
Nous le serons à nôtre tour
Si nous pouvons dans nos tanieres,
Leur faire ressentir le feu de nôtre amour.

IX. ENTREE

un Berger & une Bergere

pour Mr d'Harlay, representant un Berger

Un Berger n'a jamais si bien sçeu regretter
Celle que le destin luy donna pour compagne,
Et depuis son malheur la douleur l'accompagne,
Sans le quitter:
Mais avec justice on espere,
Que ce constant Berger deviendra moins austere,
Et que dans quelques jours,
Avec quelque Bergere,
On parlera de nouvelles amours.

pour Mademoiselle Borjon, representant une Bergere

Dans ce pays cy,
Vit-on jamais une Bergere,
Plus insensible ny plus fiere,
Que celle-cy:
Amour a toûjours eu bien du respect pour elle,
Et jamais à son coeur il n'osa s'adresser,
De peur de la blesser,
Et de se faire une querelle:
Ils se sont accordés entr'eux,
Ce Dieu luy prestera des flames,
Pour embraser de belles ames,
Et par un troc mysterieux
Elle luy prestera ses yeux.

X. ENTREE

Momus, representé par Mr de la Rade

Quoy que l'on dise de l'Amour,
Et de ceux qui suivent sa Cour,
Il y en a peu qui soient sages,
Les plus avantagés de tous,
Et qui font mieux leurs personnages
sont les plus fous.

XI. ENTREE

un Bohemien & une Bohemienne

pour Mr de Montgey, representant un Bohemien

Venés à moy qui soûpirés,
Et pour la blonde & pour la brune,
Venés, vous dis-je, & d'abord vous sçaurés
Les secrets de vôtre fortune.
Ie veus predire aux Amoureux
Les momens qu'il seront heureux:
Aux belles je leur veus apprendre
La carte du tendre.

pour Mademoiselle Iayr, representant une Bohemienne

Ie ne desespere de rien,
Ie suis jeune & je danse bien,
I'ay de la taille & de la mine,
Et mon humeur n'est point chagrine,
Et de plus je ne vous dis pas,
D'un jour quelqu'un ne m'importune,
Et ne vienne sur mes appas
Consulter sa bonne fortune.

XII. ENTREE

Deux Sauvages, representés par Mrs d'Harconcey & Dumont

Nos coeurs depuis long temps se sentent embraser
De ces feux que l'Amour seme par tout le monde,
Et la brune comme la blonde
Ont bien sçeu nous apprivoiser.
Souvent pour vous faire plus sages,
Mes Dames vous voudriés faire nos personnages,
Et voir tres-rarement le jour,
Vous imaginant que l'Amour
Ne frequente point les Sauvages,
Mais le moindre des dards qu'il a dans son carquois,
Penetre les forts de nos bois.

Le Grand Ballet

Vous avés veu des Bourgeois, des Bourgeoises,
Des Villageois, des Villageoises,
Des Bergers & des Courtisans,
Des Bohemes, des Paysans,
Des Campagnards & des Sauvages,
Des Lutins, des Fols & des Sages:
A present par un prompt retour,
Nous paroissons sous un méme visage,
Nous faisons tous le méme personnage,
Tout est égal sous l'Empire d'Amour.