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Le Magnifique & Royal Ballet
dansé à Lyon, en presence des deux Reynes

sous le nom de
L'Aurore & Cephale
1622

 

 

La Nuict, à la Reyne

Soleil de la terre & des Cieux,
Grande REYNE, de qui les yeux
Penetrent les plus noires ombres,
Chassez vous mon obscurité,
Afin que mes tenebres sombres
Ne cachent plus vostre beauté.

Außi tsot que vous paroissez,
Mes nuages sont effacez
PAr un tel excez de lumiere
Qu'il monstre en nous esbloüissant,
Que le Soleil en sa carriere
N'a iamais esté si puissant.

Astre, qui reluisez par tout,
Et qui de l'un à l'autre bout
Faites sentir vostre influence;
Commandez à vostre reveil
De permettre que mon silence
Redonne au monde le sommeil.

 

 

Les Spectres, à la Reyne

Quelle merveilleuse puissance,
Fille de la Divinité,
Fait ressentir la violence
Au seiour de l'obscurité,
Et trouble le repos des nocturnes Esprits,
Des flames de l'Amour nouvellement espris ?

Iamais en nos retraites sombres,
Lieu du silence & du sommeil,
L'Amour n'a fait la gueere aux ombres
Avec un Empire pareil.
Mais une autre beauté plus puissance reluit,
Qui captive nos coeurs dans l'obscur de la nuict.

REYNE des beautez la premiere,
Que vostre oeil nous a bien faict voir
En ravissant par sa lumiere,
Qu'il enchaisne par son pouvoir,
Et que le Monde doit estre tout à la fois
Et ravi par vos yeux, & regi par vos loys.

 

 

L'Aurore, à Céphale

Beau Cephale où es tu ? que ta fascheuse absence
Afflige mon Amour.
Ne veux tu pas souffrir que la tienne commence
Außi tost que le iour ?

Ie dore mes rayons, i'advance ma carriere
Seulement pour te voir.
Mais ie recognois bien que plus i'ay de lumiere,
Moins i'en ay le pouvoir.

Car tu fuis insensé dans le fort de l'ombrage
La Biche qui te fuit,
Et tu fuis insensible à l'amoureux servage,
L'Aurore qui te suit.

La rosee & mes pleurs qui temperent la flame,
Messagere du iour,
Faisant naistre les fleurs, font mourir en ton Ame
Les Roses de l'Amour.

L'insensible durté qui te rend si farouche
Aux charmes de ma voix,
Faict que tu vas croissant encore d'une souche
Les souches de ces bois.

Pour suivre pas à pas ta course vagabonde,
Ie quitteray les Cieux,
Si tu veux que mon feu donne le iour au monde,
Redonne moy tes yeux.

 

 

L'Aurore, à la Reyne

Grande REYNE, divin Soleil,
Qui par un esclat nompareil
Ravissez les coeurs & les ames,
Ie descends du plus haut des Cieux,
Non pour m'esgaler à vos flames:
Mais pour rendre hommage à vos yeux.

Ie n'ose plus, avec raison,
Paroistre dessus l'horizon:
Car vos beautez me font la guerre,
Pour me faire voir en tous lieux,
Que la lumiere de la terre
Surpasse celle-là des Cieux.

Le Soleil mesme paslissant
De voir un esclat si puissant,
N'ose commencer sa carriere:
Et sa plus brillante clarté
N'a rien d'esgal à la lumiere
Qu'on void en vostre Maiesté.

Ses rayons si beaux & si doux,
Ont rendu les astres ialoux
De vostre feu qui les surmonte:
Car vostre clarté s'alumant,
Faict außi tost cacher de honte
Les Estoiles du firmamant.

Qui n'admirera vos rayons,
Dans l'esclat desquels nous voyons
Une merveille sans seconde ?
Mais la gloire est deuë à vos yeux,
De donner deux Soleils au monde,
Qui n'en vid iamais qu'un aux Cieux.

Donnez moy (grande Deité)
Qui remplissez tout de clarté,
Un rayon de vostre lumiere:
Et lors mon Astre s'eslevant
Comme une Estoile matiniere,
Annoncera vostre Levant.

 

 

Les Nymphes du Iour, à la Reyne

Royale Maiesté, lumiere sans seconde,
Qui rendiez l'Orient de la France envieux,
Pour suivre deux Soleils que vous donnez au monde,
Nous quittons le Soleil que luy donnent les Cieux.

Lors qu'il a veu vos yeux sur l'horizon paroistre,
Et le iour redonné par deux Astres si beaux:
Si son ambition l'incite de renaistre,
Sa honte incontinent le cache sous les eaux.

Vostre douce clarté, leur divine influence,
Faict paroistre à nos yeux un si aymable iour
Que vos mesmes rayons ont außi la puissance
D'alumer en nos coeurs le flames de l'Amour.

Soleil qui regissez l'Empire de nos Ames,
Et à qui les mortels adressent tous leurs voeux:
Si vous ne temperez la force de vos flames,
Vous perdrez l'Univers par l'esclat de vos [yeux ?].

 

 

L'Amour

Nymphes, les plus belles du iour,
Qui combattez contre l'Amour
Par une vaine resistance:
Ie viens monstrer à vos beautez
Que rien n'esgale la puissance
Qu'a l'Amour sur les volontez.

Le Soleil que vous adorez
Parmy des rayons si dorez,
N'a rien de pareil à les flames:
Car sans qu'on le puisse guerir,
Ie brusle les coeurs & les Ames
D'un feu qui faict vivre & mourir.

Mais paroissant devant mes yeux,
REYNE, la merveille des Cieux,
Ie perds moy-mesme la franchise,
Et ne vois-pas en ce sejour
Tant de belles Ames esprises
D'autre feu que de vostre Amour.

 

 

Cephale, & les Chasseurs, à la Reyne

La solitude de ces bois
Où nostre liberté respire,
Faict que nous ignorons les loix
De l'Amour & de son Empire
Außi nos desirs innocents
Parmy les charmes ravissants
De nos bocageres delices,
Ne se voyent iamais troublez
Par les rigueurs & les supplices
De mille souspirs redoublez.

En cet agreable sejour,
Dont la tutelaire puissance
N'a permis encor à l'Amour
D'y exercer sa violence:
Iamais d'une ingrate beauté
Nous ne pleurons la cruauté,
Qui bourrelle une ame asservie:
Mais tousiours le desir nous poinct
Au doux esclat de nsotre vie,
Non d'aymer, mais de n'aymer point.

Nos coeurs dans le contentement
De cette aimable solitude,
Ne ressentent point le tourment
De l'amoureuse inquitude,
A poursuivre iusque aux abois
Le Cerf relancé dans les bois,
Nostre plus doux aage se passe
Faisant gouster à nos esprits
L'extreme plaisir d'une chasse,
Où nous prenons sans estre pris.

Qui peut que vostre Maiesté,
REYNE, du monde la merveille,
Captiver nostre volonté
Par une force sans pareille ?
Ce front dont la Divinité
N'a point de pouvoir limité,
Ravit si bien nostre courage,
Qu'il s'estimera glorieux,
De mourir au mesme servage,
Dans lequel vivent tous les Dieux.

 

 

L'Amour

Vous qui le plaisir de la chasse
Rend insensible à l'Amour,
Et qui faites cent fois le iour
Mourir son feu dans vostre glace,
Pourquoy pensez-vous que les bois
Exemptent vos coeurs de ses loix ?

Parmy l'horreur & le silence
De vos ombrages escartez,
Les plus agreables beautez
N'adorent rien que la puissance
De l'Amour qui grave ses loix
Dedans l'ecorce de vos bois.

REYNE des coeurs & des pensees,
Qui peut mieux dompter leurs esprits
Que vos beautez qui ont espris
Les Ames les plus insensees,
Et qui captivent soubs leurs loix
Le plus grand ROY de tous les ROYS ?

Le Ciel dont la faveur ordonne
Que l'on adore vos beautez,
Pour commander aux volontez
Ceint vostre front d'une Couronne,
Mais vos yeux des Ames vainqueurs
Vous donnent l'Empire des Coeurs.

 

 

Les Bergeres & Bergers, à la Reyne

Amour domptant nostre courage
Contre ses charmes revolté,
Pour mettre nos coeurs en servage,
A mis nos corps en liberté.

Il nous deffend d'estre legeres,
Et pour ne iamais plus changer,
De Nymphes il nous rend Bergeres:
Le Chasseur fidelle Berger.

Nous recevons par son atteinte
Un contentement si parfaict,
Que iamais nos coeurs n'ont faict pleinte
Du mal que ce Dieu leur a faict.

Car bien qu'il ne donne à nos flames
Un heure de soulagements
Il faict esperer à nos Ames
Un siecle de contentement.

Sa forte puissance & divine
Nous faict cueillir en ce seiour
Des roses qui n'ont point d'espine,
Qui sont les roses de l'Amour.

Mais il faut que tant de delices
Cedent à l'honneur de vous voir,
Puisque Amour & ses artifices
N'esgalent pas vostre pouvoir.

Außi vostre douce presence
Nous a faict sortir de nos bois,
Pour tesmoigner l'obéïssance
Que nos coeurs rendent à vos loix.

 

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